Tempérance et volonté de restaurer la société ivoirienne pour que la période 2021-2025 soit la plus vivable et utile possible.

L’année 2020 s’achève sur bas les masques et les cagoules portés par ceux qui intriguaient le peuple ivoirien. A découverts, les visages visages laissent apparaître enfin la plus grande démagogie. Après avoir joué les victimes pendant plus de 20 ans, les voilà dans leur véritable nudité et authenticité : des démagogues, certes doués et on peut le reconnaître, d’une rationalité calculatrice qui fait primer leur fin particulière sur les moyens. Immense est d’abord, la souffrance de ceux des ivoiriens qui ont perdu les leurs ou qui ont souffert plus de d’autres de la folie collective depuis 1993. Grande est la déception des ivoiriens qui pensaient et croyaient participer à une œuvre immense en contribuant à la violence la plus aveugle pendant cette période : parce que le résultat de leur activisme est laid et monstrueux ; il ne peut pas y avoir d’œuvre humaine plus laide et monstrueuse que celle dont il résulte la fracture de la société, la condition de la possibilité d’existence des individus et de leurs tentatives de réduire leurs parts des difficultés communes.

Année 2020 : bas les masques, la laideur apparaît enfin.

La démagogie consiste à faire fi des considérations morales et de ce qui unit les ivoiriens. Elle consiste à faire des institutions d’État, les moyens au service du régime. Il suffit alors aux démagogues d’amener une partie – à amener une partie du peuple ivoirien à préférer et à choisir son intérêt particulier immédiat plutôt que la vie apaisée avec et pour les autres. Elle consiste surtout à négliger la constitution, la règle qui unit les membres du peuple et à les amener à réélire une seconde fois celui qui ne peut pas l’être en vertu de la règle et enfin à faire de ce processus moribond une preuve de démocratie. Est-ce cela faire société commune que de mépriser la société elle-même et ce sur quoi elle repose ?

La Cour constitutionnelle n’était pas compétente pour juger de la recevabilité ou de l’acceptabilité d’une candidature de président, relativement à l’article 55 de la constitution. Cet article ne traite pas de candidature, mais de l’après élection ou plutôt de son résultat. Un candidat déjà réélu une première fois ne peut l’être une seconde, bien qu’il puisse être candidat. Ce ver dans le fruit constitutionnel a permis aux démagogues d’abuser de ce qu’il y a de plus sombre en certains ivoiriens, préférant vivre seuls et si possible heureux mais dangereusement plus que de vivre avec eux et pour eux tous. J’ignorais qu’un “diplôme en raison”, exigé par le président de cette Cour, était nécessaire aux ivoiriens et au peuple souverain de Côte d’Ivoire pour en avoir le droit et pour donner librement leurs opinions sur ce qui leur apparaît comme un non sens et inacceptable. Quand on méprise ceux au nom desquels le droit doit être dit, c’est là une preuve qu’il n’est pas nécessaire de le dire.

Certes. Mais, le souci que les ivoiriens de bonne volonté doivent avoir, ceux dont la volonté est commandée par l’exigence de restaurer la société ivoirienne, n’est pas de vaincre ce régime inique. Il existera toujours en Côte d’Ivoire des ivoiriens démagogues, suffisamment armés, pour tenter d’entraîner une partie du peuple dans des chemins sans issue collective. Leur souci doit être de chercher à comprendre pourquoi des millions d’ivoiriens acceptent-ils de faire sécession des autres et de se présenter à eux tous seuls comme un peuple qui en combat un autre. Car, ce serait une erreur de leur part de ne voir dans cette affaire que des pérégrinations d’un régime égaré sur le chemin de l’histoire des sociétés humaines. Sans le consentement et le concours de ces innombrables autres ivoiriens, rien de tout ce qui vient d’être rappelé ne serait une réalité.

Ainsi, la réélection illégale et illégitime qui a résulté de tout cela est annonciatrice d’une période de violences possibles tout au long des cinq années à venir au moins. Cela dit, vouloir coûte que coûte arracher le pouvoir de quelque manière que ce soit avant même d’avoir passé en revue les conditions de la possibilité d’une société restaurée et apaisée serait une erreur recommencée.

L’impuissance et l’erreur manifestes d’une opposition qui a choisi de ne pas l’être pendant plus de huit ans.

Apprêté pour  parvenir à ses fins de se maintenir au pouvoir Le régime a procédé à toutes les contorsions morales, juridiques et corrompu l’esprit civique d’une partie du peuple ivoirien. Face à un tel régime pour lequel plus aucune valeur n’avait d’importance à ses yeux et qui lui a tendu le piège d’être celui qui compte et affecte les choix des ivoiriens, l’opposition ivoirienne était désemparée. Elle a d’abord contesté juridiquement et politiquement la candidature du président Ouattara pour un troisième mandant et plus précisément pour une seconde réélection avant de bricoler opportunément une alliance de circonstance.

Je persiste à observer que, si elle avait raison de le faire au plan politique, elle avait tort de contester cette candidature au plan judiciaire : l’article 55 de la constitution n’interdit à personne de se présenter à l’élection présidentielle ; ce qu’elle interdit, c’est une seconde élection. Et, nul ivoirien ne peut juridiquement sanctionner un autre avant qu’il ne commette l’infraction punissable. Ce n’est pas parce que la constitution imparfaite sollicitait à travers cet article la moralité politique et l’éthique sociale de chaque ivoirien, que le président Ouattara n’a pas démontré tout cela mais au contraire a pris appui sur cette lacune pour réaliser son œuvre démagogique qu’il est possible dans ce pays de sanctionner un voleur avant qu’il ne vole effectivement. Bref, il n’existait de sujet lié à la candidature que politiquement et non au plan judiciaire. C’est la même raison qui fait de la compétence que le Conseil constitutionnel s’est donné alors qu’il ne pouvait juger relativement à cet article une des preuves de son caractère de Cour politique.

Chacun se rappelle l’appel infructueux de l’opposition au peuple au boycott et à la désobéissance civile active. Dès lors que pour le régime le plus important n’était pas de savoir qui votait ni combien d’ivoiriens allaient voter pour l’opposition, mais que le plus important était qu’une institution à son service allait compter les voix des ivoiriens et les affecter aux candidats, l’opposition redoutait une défaite électorale inévitable. De plus, elle n’entendait offrir sa participation à l’élection présidentielle un gage de légitimité au vainqueur connu avant même qu’elle ne se tienne. S’étant alors enfermée dans cette logique, le Comité National de Transition est apparu comme une corde qu’elle s’est mise à son coup pour se pendre, en voulant néanmoins être une opposition heureuse avec la société ivoirienne. Les faits montrent qu’il semble que la pendaison ne conduit pas au bonheur recherché ; le malheur de l’opposition est alors devenu plus important avec les arrestations et emprisonnements de plusieurs de ses membres par le régime. Les ivoiriens ont fini par s’en rendre compte : une large partie de l’opposition d’aujourd’hui s’est sabordée depuis 2010 jusqu’à ces dernières semaines.

Parce que le temps d’une conquête démocratique du pouvoir et sans violence a échu, il ne reste qu’à se poser pour la réflexion collective. Il est probable qu’un arrachage violent du pouvoir soit nécessaire, compte tenu de la détermination du régime à en faire sa propriété et de la corruption de toutes les institutions au service de son but. Mais, cela n’est pas souhaitable avant d’avoir réfléchi à tout ce qui a conduit le peuple là où il en est. Voici pourquoi c’est précisément parce que l’avenir est obscurci que plus que la coutume, souhaiter une bonne année 2021 prend tout son sens ; c’est même une bonne période de 2021 à 2025 qu’il convient d’espérer pour le peuple ivoirien aux abois. Si l’opposition ivoirienne accepte de surseoir temporairement à ses intérêts partisans, elle peut jouer un rôle utile pour rendre cette période collectivement utile et prometteuse, à défaut qu’elle ne soit celle de gaieté.

Tous les sujets repoussés comme des poussières sous les tapis d’intérêts partisans doivent être courageusement traités : la question de la nationalité et de ce qu’est un ivoirien, de l’identification et du nombre d’ivoiriens et son rapport à une liste électorale dont il résulte qu’à peine un tiers des ivoiriens sont inscrits, la question de l’organisation du pouvoir et d’une alternance sereine, la question de l’organisation des consultations électorales et du recueil respectueux des décisions et choix des ivoiriens, la question de l’exclusion de fait des ivoiriens du champ politique, etc… Plusieurs années de discussions et de négociations ne seront pas de trop pour parvenir à un bon accord pour le peuple ivoirien tout entier.

2021-2025 sera le moment où des dirigeants gagneront ou perdront l’estime du peuple ivoirien.

Les premières rencontres entre régime et opposition sont intervenues, semble-t-il en vue des élections législatives à venir. Le président réélu illégalement et illégitime annonce la création d’un Ministère de la réconciliation nationale. Une chose est certaine, ce n’est pas faire preuve d’authenticité que de fracturer la société ivoirienne et de se présenter juste après comme un champion de réconciliation : pourquoi avoir agi alors dans le sens de la rupture, si ce n’est que c’était le moyen de parvenir à un but inavouable : accaparer le pouvoir ?

Passons vite sur la proposition à l’accent chrétiens du Ministère de la réconciliation. Le président Ouattara n’est pas comme le dieu de Jésus que St Pierre, dans St Paul dans sa 2eme lettre aux Corynthiens pense que sa mort invite les hommes à se réconcilier avec lui à travers elle. Pire encore, il a franchi le Rubicon qui sépare les valeurs communes d’une morale de puissance : après les termes de clôture de plus de trente années de méfiance mutuelle, je doute qu’une grande majorité d’ivoiriens puisse parvenir à se réconcilier avec lui. C’est précisément en cela même que les années qui viennent risquent d’être porteuses des plus graves risques pour la société ivoirienne. Il y a sans aucun doute une réconciliation à faire entre les membres du peuple ivoirien, si tant est que l’on puisse considérer qu’ils étaient concilier auparavant. Ils disposent d’une occasion de tenter d’initier le chantier, en attendant que ceux parmi eux qui ont choisi des intérêts immédiats à courte vue les rejoignent dans cette noble tâche de refonder leurs relations et la manière de vivre ensemble en État de paix.

Que vont faire les leaders de l’opposition qui n’acceptaient pas ce régime et qui refusaient même de constater simplement son existence comme étant le pouvoir qui les surplombe, malgré son illégalité et illégitimité ? Vont-ils troquer leurs intérêts de partis contre l’intérêt de la république et commun aux membres du peuple ivoirien ? Il y a de fortes chances que ce soit le cas. Déjà, des voies parmi eux appellent à participer aux législatives pour dit Gnamien Konan, “prendre le pouvoir législatif”. Boycott, désobéissance civile, CNT, tout ça pour demander aux ivoiriens de prendre le pouvoir législatif ? Quelle inconséquence ! Le moment de vérité est là pour l’opposition : le choix de ses membres entre les intérêts particuliers de leurs partis ou l’intérêt du peuple ivoirien, la République de Côte d’Ivoire. Raisonnement curieux de ce membre de l’opposition que de demander au peuple ivoirien de choisir des députés, sans lui garantir comment son choix sera respecté dans un pays où elle lui demandait hier de ne point s’exprimer à propos du choix du président pour éviter le vol de son choix par le régime ! Le peuple ivoirien attend mieux des dirigeants. L’opposition ne prendra rien du tout. Un régime qui s’est imposé à la constitution ivoirienne, en usant d’une rationalité toxique mais redoutable, n’est pas assez malhabile au point de laisser le pouvoir législatif à l’opposition pouvant lui permettre de le neutraliser. La meilleure façon de délégitimer ce pouvoir est d’être dépourvu de toute opposition démocratique qu’il ne mérite pas ; le laisser être ce qu’il est, à savoir un pouvoir total et non démocratique.

S’il arriva que des dirigeants de l’opposition choisirent les intérêts particuliers de leurs partis, alors ils devront aller s’expliquer devant le peuple ivoirien. Après avoir encouragé certains de ses membres à la révolte jusqu’à se faire décapiter, ils devront avoir le courage de leur dire que les vies de ces derniers ne valaient que comme les moyens de leurs tentatives de réaliser leurs intérêts partisans. L’intérêt supérieur du peuple ivoirien commande, pour une fois, que tous les membres de l’opposition aient une finalité collective plus élevée que leurs intérêts partisans pour les cinq années à venir.

A ce point de vue, il est possible de voir la circonstance quinquennale inquiétante à venir comme une opportunité. En effet, il me semble que dans un contexte où aucun parti de l’opposition actuelle ne détient le pouvoir, position dans laquelle la tentation de ceux qui le détiennent est d’être avares de leurs acquis politiques est absente, il est alors possible de négocier sereinement ce qui peut rassembler durablement les parties du peuple ivoirien et leurs membres. Faisant preuve de tempérance et de mesure, ils disposent alors de cinq années pour conduire courageusement ensemble cet effort pour la nation ivoirienne toute entière et à son bénéfice avec chaque ivoirien qui le souhaite. Les membres de l’opposition actuelle ont le choix : entre la haute estime du peuple tout entier ou son mépris. C’est à elle de faire le sien ; celui du régime est clair de ce point de vue. Il ne fait aucun doute qu’au terme de ce quinquennat à venir, le peuple ivoirien tranchera la concurrence violente pour bénéficier de la haute estime de la majorité du peuple ivoirien, en tant que des hommes d’État.

Pas seulement, la considération des intermédiaires locaux qui jouent un rôle incommensurable dans le processus politique sera sans doute aussi réévaluée par le peuple ivoirien. Dans leurs quartiers ou villages, les ivoiriens qui colportent jusque-là les consignes partisanes et amènent les masses ivoiriennes à adopter des postures de moutons n’ont montré dans cette affaire aucune utilité collective. A force de traiter les ivoiriens comme des incapables de raison, de leur ordonner leurs conduites sans aucune explication, ni arguments de leur pertinence, efficacité ou utilité, ils n’ont pas appris à rendre meilleurs leurs dirigeants et gouvernants et se sont montrés incapables de les aider à éviter de les conduire dans l’abîme. Parce qu’ils disposent d’un esprit cependant, chaque ivoirien est capable de comprendre et de passer dans le filtre de sa propre raison ce qu’on lui propose. Il ne peut exercer cette libre détermination, qu’à condition de le respecter ainsi que son intelligence et son indépendance et d’avoir confiance en elles.

Ce que cette histoire montre, c’est que le mépris pour les masses est pire que la confiance dans l’intelligence et la créativité de chaque ivoirien. Car, quand les erreurs de quelques dirigeants suffisent à plonger la société entière dans l’abîme sans que des ivoiriens en toute autonomie aient questionné leurs décisions pour relever leurs insuffisances, l’on comprend dès lors que des chefs, supposés détenir plus d’intelligence que l’intelligence collective, aient pu livrer naguère les africains à l’adversité et à l’indignité. Voici, me semble-t-il, les conditions pour que la période quinquennale à venir soit porteuse des meilleures promesses pour le peuple ivoirien tout entier.

Le meilleur accord entre ivoiriens est celui qui sera conclu à égale distance du pouvoir.

Que sont cinq années dans la vie d’un peuple ? Sauf à vouloir ne poursuivre que leurs intérêts partisans, la conquête du pouvoir ou son accaparement ne sont pas l’enjeu de cette période ; c’est la création des conditions susceptibles de rendre le pouvoir conquis utile pour tout le peuple ivoirien. Et, le peuple ivoirien ne peut pas parvenir à un meilleur accord que celui que ses membre concluent lorsque aucun d’eux ne détient le pouvoir qui pervertit sa considération de ce qui est mieux pour le peuple tout entier et dont il décide sans lui du haut de la puissance que lui confère cette détention. Au terme de cet effort décisif commun à égale distance du pouvoir, le moment viendra alors quand sa conquête par des parties partisanes aura un véritable sens commun pour chaque ivoirien.

Ceux des ivoiriens qui en somment d’autres de choisir entre le régime et l’opposition, sans avoir discuter du chemin dans lequel ils veulent engager le peuple tout entier, ne veulent que poursuivre dans la voie qui n’a pas réussi au peuple ivoirien depuis plus trente ans. Un autre choix existe : la république de Côte d’Ivoire et son peuple, fracturé depuis 1993 et dont les parties opposées sont rangées derrière chaque régime, hier l’opposition et son opposition, hier le régime. Pour ma part, voici ce à quoi je compte m’engager à la réalisation, aux côtés de tous les ivoiriens qui aspirent à une société ivoirienne enfin en État de paix durable, pour constituer un espace commun restauré d’économie collective de réduction des difficultés semblables du plus grand nombre possible d’ivoiriens.

Le bonheur du peuple ivoirien doit constituer une fin plus élevée que les buts immédiats de tels partis politiques, plus encore, la maxime de toutes les volontés politiques manifestées sans laquelle ces volontés ne peuvent recevoir l’attribut de bonnes. Ce n’est pas parce que les partis politiques et leurs dirigeants ne peuvent pas attendre de ne pas détenir et exercer le pouvoir que le peuple ivoirien ne peut pas générer le temps pour discuter et convenir de la meilleure manière de vivre ensemble. C’est à lui d’en décider, souverain qu’il est, sauf s’il existe des ivoiriens qui lui contestent cette autorité.

Enfin, quand on songe au terrorisme si proche des côtes éburnéennes, que l’on pense aux bouleversements du monde de l’après Covid-19, les dirigeants qui veulent conduire la marche historique du peuple ivoirien ne peuvent pas continuer à être captivés par la détention du pouvoir et en être ses captifs. Un moment vient dans l’histoire ou surgissent des hommes dignes d’États, dont la valeur se mesure au degré avec lequel ils se sont débarrassés de leur vanité et passions d’eux-mêmes ainsi qu’à minima, de de leur potentiel de nuisibilité à la société, à défaut de démontrer une certaine historicité en lui rendant un grand service. Chacun est appelé par les circonstances de l’histoire à faire librement son choix. L’année 2021 et celles qui suivront jusqu’en 2025 auront la saveur de l’espoir, si tempérance et volonté de restaurer la société ivoirienne guident les conduites du grand nombre d’ivoiriens, plutôt qu’un vaniteux désir d’affronter précipitamment un pouvoir qui n’attend et ne sait agir que violemment pour des bas intérêts. On le leur souhaite.

 

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