Culture et réalité africaine : Grande scène autour du respect

Voici une scène qui nous concerne tous. J’ai souhaité en faire le support pour entamer le développement du volet “Culture”. Avant d’user de “grands discours”, comme d’autres, pour parler des africains et de ce qu’ils sont et comment ils vivent, elle éclaira les enjeux. J’espère ne faire aucun mal. En tous cas, ce n’est là pas mon intention.

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Termes du débat : Quel est le problème commun de l’Afrique ? / Hypothèse-question : Les africains et leur culture le constituent-ils ? / Chapitre : Devant qui sont les africains ? / Volet : Devant les valeurs et la culture de l’Afrique ? / Sujet : La culture dans la réalité des africains : Grande scène autour du respect

Devant les africains, leurs valeurs et leur culture

0. La culture est dans la réalité des africains : Grande scène africaine autour du respect

Voici l’enjeu et il est simple : Qui est africain ?

Acte 1 : Démarrage de la relation.

Tels africains d’aujourd’hui énoncent : “Vous, les africains de maintenant, vous ne respectez pas”.

Ces autres, africains d’aujourd’hui aussi, et interrogés répondent : “Bien sûr que nous vous respectons.

Jusque là tout va à peu près bien dans leur relation. Parce que tout se passe comme si  la demande de vérification a été vérifiée, quand au respect effectif attendu par les premiers et à celui tel que conçu et à donner par les autres. Sauf que dans le monde africain, la réalité n’est souvent pas elle, mais plutôt apparence. Les uns et les autres, culture en eux, donnent à penser qu’ils se sont compris, pour n’avoir aucun doute sur ce qu’ils venaient de se dire. La vérité aujourd’hui est que rien moins sûr que cette réalité.

Acte 2 : Tension.

Car si ces autres africains interrogés répondent en plus : “Mais, Vous, vous êtes vous aussi bien des africains d’aujourd’hui non”.  Il y a fort à parier que la situation s’envenimerait ou se dégraderait brusquement alors que tout semblait calme et paisible, en dehors du bruit de la vie autour. Sous la forme de la question suivante serait même probablement pire encore : “Mais, vous, vous êtes des africains de quelle époque ?” Ils n’auraient même pas le temps d’ajouter : “Pourquoi pensez-vous que nous ne vous respectons pas”, la relation étant devenue chaotique ou ou étant à la limite de son maintien. 

Pourquoi donc ?

Acte 3 : Résolution.

On verra plus tard comment elle se résout avec d’autres valeurs.

Analyses.

Revenons à l’acte 1 pour tenter de comprendre. Les premiers questionnent les autres, comme s’ils étaient les seuls africains d’aujourd’hui (fait) et comme si si eux étaient des africains d’hier (déduction). Les seconds répondent, comme s’ils acceptaient d’être les seuls africains d’aujourd’hui (hypothèse) et comme s’ils devaient n’être que ceux qui devaient respecter (hypothèse), et bien sûr respecter les africains se présentant comme ceux d’hier (déduction) et enfin, comme si ceux qui leur posent la question étaient effectivement des africains d’hier. (Déduction + hypothèse). Faisons donc les comptes :

  • 1 fait = les africains d’aujourd’hui questionnés
  • 3 déductions –>  non-dits déduits
  • 3 hypothèses –> non-dits imaginés

Bilan de la communication : 1 seul fait = réalité ; 3 réalités impliquées et 3 réalités imaginées, devinées, pensées, découvertes.

Revenons à l’acte 2 et essayons de le comprendre. L’observation en retour est suggérée par la question initiale : “Mais Vous, vous êtes bien vous aussi des africains d’aujourd’hui non. ” (fait). Il y en a même une première que la question initiale suggère : “pourquoi pensez-vous que nous ne vous respectons pas” (implication-déduction)  et “pensez-vous que nous sommes les seuls à devoir respecter”, s’il y a lieu ? (implication-déduction-hypothèse) ; mais elle n’ont pas été posées. Probablement, elle aurait comme l’observation occasionner courroux, ainsi qu’une réponse de contestation du genre : “nous ne sommes pas les seuls africains d’aujourd’hui” (fait), du fait de suggérer qu’il y a des africains d’aujourd’hui et d’autres ; elle non plus n’a pas été posée

Faisons donc les comptes :

  • 2 faits
  • 2 déductions
  • 1 hypothèse

Bilan de la communication (tenant compte des échanges réels) : 1 seul fait = réalité dite.

Ainsi tout ce passe comme si la relation devenait inamicale au fur et à mesure qu’on se rapprochait d’une compréhension mutuelle, grâce ce qui est factuel lorsqu’il est exprimé, au détriment du deviné, du pensé, du à découvrir, tu et.., en somme du non-dit. Ainsi, faire preuve d’intelligence et rendre compte par déduction de ce qui est caché ou non-dit, voire même questionner pour le démasquer semblent parfaitement les voies de rendre une relation inamicale. On abordera abondamment le lien du secret, du caché avec l’écriture, les proverbes, les signes, etc…. C’est dire que tenter de montrer qu’on voit ce qui est ou qu’on cherche ce qui est caché ou qu’on l’a trouvé est une véritable infraction à la règle de respect des hommes et des règles.

On peut faire une hypothèse sur la base du fait que la compréhension mutuelle est proportionnelle au niveau de clarté, au dits et au désigné. Car même si dans la vie de tous les jours, des gens supportent mal qu’on leur disent ce qui est, il semble bien que beaucoup d’africains y sont particulièrement sensibles.

Nature amicale de la relation = proportionnelle en sens inverse du niveau de compréhension mutuelle = proportionnelle en sens inverse du taux de désignation/révélation des choses (des faits ou des réalités cachées).

Ce n’est donc pas un hasard, si parmi les réponses possibles pouvant consister en faits (2) et en déduction (2), seule 1 sur 4 a été donnée. Et, encore, elle a été suffisante pour mettre fin à la communication amicale.

On ne peut pas s’empêcher de voir que dans cette réalité se joue à la fois, une valeur, une position sociale, une représentation de soi, un rapport au temps, le rapport à la liberté et à l’égalité, la conception du respect et la définition de ce qu’est un vrai africain, aux attitudes dans la relation sociale, etc… Toutes choses par ailleurs qui nous ramènent à la conception et définition de la culture.

Comment parvient-on à se comprendre quand on nomme ou dit si peu les choses. On abordera ultérieurement le goût des africains pour “le caché”, le “à deviner, à imaginer ou à penser”. Le problème avec cela, c’est qu’on est jamais sûr de rien, ni de ce qu’on imagine, ni de ce devine, ni de ce qu’on croit découvrir, ni de ce qu’on pense, etc…. En fait, on ne sait pas où on met les pieds, ni où on va.  Il y a des raisons à cela que nous devons découvrir.

 J’ai pris cette scène parce qu’il ne s’agit pas de diviser les africains entre ceux-ci et ceux-la, mais parce que c’est mon vécu, comme c’est probablement celui de beaucoup d’entre nous. Une fois qu’on a dit cela, la question est pourquoi ? On ne peut que faire des hypothèses que nous ne pourrons vérifier que si on le veut. Voici mon analyse. Elle sera abondamment complétée par l’étude des autres valeurs.

Avec un peu d’imagination…

 Une question se pose d’emblée : qu’est-ce que le respect ? Car, c’est bien l’un des enjeux de la scène. Cette question aurait sans doute aurait permis aux protagonistes de la scène de prendre le chemin du débat pour s’accorder ensemble sur ce qu’est un africain et ce que signifie respecter. Ne pas la poser, montre bien qu’on s’adresse à des africains d’hier dont on ménage la susceptibilité, ou tout simplement qu’on agit comme si on était un africain d’hier.

C’est pourquoi ce dialogue au sujet du respect éclaire la situation africaine, au point qu’on peut se demander qu’est-ce qu’un africain aujour’hui. Est-ce celui d’hier ou celui qui croit qu’il est celui d’hier ? Ou est-ce celui qui est aujourd’hui et qui croit devoir tout seul respecter, celui d’hier bien sûr, mais à sa manière,  laquelle manière unilatérale n’est cependant pas nécessairement la tradition commune ? Dans cette situation précise, au delà du repère, passé, présent et futur, par rapport auquel on tente d’être ce qu’être africain, il y a un autre repère : celui des caractéristiques même de leur relation sociale et de leur réaction ou agir. Or, ce sont les mots qui permettent de les exprimer ou de les montrer. Ainsi, la signification ou compréhension des mots employés fait la relation sociale revendiquée et sa nature. Sans les mots et surtout sans leur compréhension commune il n’y a guère de société africaine, ni sa culture. Il y alors a une relation entre humains certes, mais pas au sens social, marque d’un espace social commun.

Que signifie respecter pour un africain d’aujourd’hui qui se vit comme celui du passé et que désigne-t-il pour celui qui se vit comme un africain d’aujourd’hui face à un autre du passé, pourtant son contemporain ? Ces deux africains ont-ils un même espace social commun s’ils ne se comprennent pas mutuellement ? C’est pour ce type de raisons que le chapitre pose la question de savoir si l’Afrique est à l’arrêt devant la difficulté de savoir qui sont les véritables africains que chacun revendique d’être, qui font face au problème que nous recherchons. Car, il semble bien que chacun revendique d’être l’africain authentique. Certains africains d’aujourd’hui vivant en partie en ceux du passé jugent l’attitude des autres d’aujourd’hui, s’agissant du respect qu’ils leur doivent. Observons que quasiment tous se retrouvent dans l’une ou l’autre des situations selon les circonstances, par ce qu’ils sont tous les africains d’aujourd’hui et tous relevant de ceux d’hier.  Avec un petit effort d’imagination, on peut reconnaître dans cette cette scène, si on la projette sur le mur de l’imagination, comme un film ancien, que les africains d’hier les parents, vivant dans des africains d’aujourd’hui, attendent d’autres d’aujourd’hui pourtant majeurs qu’ils continuent d’être leurs enfants, comme si étions tous encore hier. On voit aussi que ces africains, dont on attend qu’ils soient des enfants d’hier et respectent par conséquent comme hier  réagissent non pas comme des enfants d’hier, mais comme des africains adultes d’aujourd’hui. Cependant, qu’à bien y regarder, ils donnent à voir qu’ils reconnaissent des africains d’hier en les premiers. C’est une situation que Freud, Dolto, Shakespeare et les plus grands maîtres africains “Liseurs de l’invisible” n’ont pas imaginé ou décrite. C’est en cela qu’elle  est spécifique à l’Afrique.

Si on laisse de côté son aspect de quiproquo dramatique, pour nous intéresser au suspense qu’elle génère également, le maître en la matière, Alfred Hitchcock aurait pu nous aider pour un atterrissage des plus heureux. Car une question se pose : comment l’Afrique parvient-elle à identifier les africains d’hier, ceux d’aujourd’hui croyant être ceux d’hier, cependant qu’une partie de ceux d’aujourd’hui croient eux aussi voir en eux ceux d’hier et même penser qu’eux-mêmes sont ceux d’hier mais qui ont changé ? Tout ça est un peut alambiqué et compliqué non !? Le lecteur a parfaitement raison de l’observer. Parce que la situation est effectivement complexe mais cependant pas compliquée. Parce qu’elle est humaine.

Conclusion

Comment les africains d’aujourd’hui, que nous sommes tous (autant que ceux du passé qui ne sont cependant plus), parviennent-ils à se reconnaître tous comme tels, vivant aujourd’hui, mais à la fois détenteurs de legs de ceux du passé et cependant acteurs de leur réalité aujourd’hui ? ! Telle est la question, “That’s the question”, dirait Shakespeare, “N’dè yôolè “, si je m’étais donné toute la peine pour dire tout ce que j’ai à dire dans ma langue natale, mais tous les lecteurs africains notamment ne m’auraient pas compris ; ce qui n’est pas l’objectif et aurait été dommageable. Quelle définition commune donnent-ils au respect aujourd’hui ?

Pour ma part, je ne vois rien-là qui constitue le problème de l’Afrique, autres que des enjeux de qualité de réponses de sa part. Mieux s’accorder sur qui est l’africain d’aujourd’hui et ce qui le distingue de celui d’hier en dehors de la période, Avoir en commun une définition du respect, acceptable et reconnaissable par tous aujourd’hui, voila de beaux objectifs communs, pour former la communauté unie d’économie collective dont l’Afrique a tant besoin, laquelle communauté est le préalable pour s’accorder sur le problème commun qu’on ne connaît pas encore à ce stade et pour mieux y répondre. De ce point de vue, Je suis en parfait désaccord avec quelque argument qui postulerait que l’opposition sur qui est africain aujourd’hui et comment il doit l’être et sur la définition du respect et la posture relationnelle sont le problème recherché. Tout simplement parce que l’africain et le respect sont des éléments de réponses à ce problème. Bien sûr à condition qu’on les définisse ensemble.

Sur la base de cette position on peut donc continuer à traiter les questions ci-dessus posées en nous rapprochant des efforts d’analyse de la situation africaine par certains de ceux qui s’y intéressent, de leur vision de la culture africaine.  Nous restituerons tout ce qu’on croit y voir pour alimenter le débat de savoir si la culture et les africains sont le problème recherché. Cela on le verra très prochainement.