Sortir l’Afrique du noir, tout un programme !

Sortir l’Afrique du noir peut constituer un état d’esprit.

Le bref bilan dressé concernant l’économie de l’existence de l’Afrique montre une constance : sa difficulté spécifique de vivre. Et, cette évidence, elle ne peut la balayer d’un revers de certitudes dont elle en a le secret. Sortir l’Afrique du noir, amorcer une véritable modification de sa trajectoire existentielle, tel est l’enjeu au regard de ce bilan et de sa réalité concrète aujourd’hui. Dans le passé et quelque soit ce qu’a pu être le rôle joué par d’Autres, il est tout à fait clair que la grande masse des africains n’ont pas eu de relations directes avec ces autres, hormis leurs gouvernants. L’essentiel de la relation humaine  a consisté en celle, d’une part entre cette masse d’hommes et leurs gouvernants, d’une part et d’autre part, l’autre entre ces derniers eux-mêmes et enfin avec les “Autres”. Il en est de même de la réalité africaine aujourd’hui. Si de ces relations il a résulté et résulte encore de grandes souffrances pour les africains, c’est en interrogeant la société africaine que l’on peut accéder à des réponses approchant les éléments de leurs mécanismes et explication. Or, la souffrance, c’est ce que ressentent les hommes qui ne marchent pas vers l’avant, vers le progrès, qui reculent ou qui réalisent un mouvement en boucle sans intérêt pour la conscience humaine. Car l’esprit progresse ou souffre : par exemple revenir à son point de départ ou ne pas avancer lui sont insupportables. Être dans une l’une de telles situations, c’est pour les hommes être dans le noir. C’est pourquoi, l’Afrique doit sortir du noir, ce qui signifie se mettre à marcher vers l’avant.

Sur le trajet de cette marche, il importe de percevoir de la même manière le noir renvoyé par l’environnement, rien de plus ou de moins que comme chacune des couleurs accessibles, en tant que réalité qui est simplement. Le faire sans sursaut, ni attention particulière qui épuise l’énergie vitale. Sans volonté aucune de briser la liberté d’autres acteurs de percevoir le noir, au-delà de la réalité qu’elle est, une couleur parmi d’autres. Accepter et respecter leur liberté, c’est pour l’acteur africain responsable de lui, le moyen le moins coûteux et le plus efficace de vivre et de renforcer la sienne. Cela signifie également accepter le noir, en tant que concept et désignation d’une couleur, parce différente d’autres couleurs, dont la singularité ne tient qu’à des longueurs d’ondes précises de la lumière. Comme couleur particulière des africains noirs, elle est le résultat de leur adaptation à leur environnement contingent depuis leur apparition. Comme les hommes dits blancs ou jaunes et toutes leurs nuances ont procédé également, sans avoir participé à cela. Le phénotype des hommes est le signe même de leur lutte et rapport à l’environnement. Si l’environnement subit l’exigence d’exister des hommes, ces derniers portent de leur côté ses impacts. En poursuivant ce sujet, chacun notera que toutes les communautés humaines se trompent sur les réalités. Ils les perçoivent avec une honteuse mauvaise foi parfois. L’européen n’est pas blanc. L’africain au sud du Sahara n’est pas non plus noir. Quant aux asiatiques, les voir jaunes relève d’une volonté malsaine et réalisée avec un manque évident de rigueur de la part d’hommes se définissant et entendant se distinguer par la raison et donc par la précision. Elles ont agit ainsi, soit par volonté restrictive, soit peut-être par pure et honnête simplification ou approximation. Il faut observer que la question de la couleur tégumentaire ne se posait sans doute pas tant que chacun croyait être seul, l’Homme. Qui pense que l’obscurité des grottes les a conduits à cette appréciation ? A notre sens, seules deux hypothèses approchent l’explication de cette réalité. D’une part, l’une considère l’ignorance des hommes. Tous les nouveaux nés naissent avec une teinte proche de la couleur de la chair, avant qu’aussitôt la mémoire de l’histoire des hommes dans leur rapport à l’environnement oriente leur couleur finale. Cette mémoire historique, c’est le résultat de leur adaptation à environnement. D’autre part, l’autre hypothèse conçoit une intention visant à fractionner l’homme pour justifier la domestication de ses parties, comme l’homme a procède depuis le néolithique pour les plantes et les animaux. Cette hypothèse constitue un élément d’explication de l’histoire des hommes.

Sortir du noir, cela signifie aussi se libérer de l’obscurité qu’alimentent la méconnaissance, le refus et les regrets des réalités passées de l’Afrique ainsi que la volonté d’absolu, y compris de nos jours. Tétanisée et encore sidérée par ces réalités d’hier qu’elle vit par procuration, l’Afrique peine dans sa grande majorité à percevoir que dans l’histoire personne n’a raison ni n’a tort. Tous les hommes sont en quête de ce qu’ils entendent être. Ils se trompent parfois. Et ils continueront de se tromper. Il n’y a aucune compassion à exprimer à l’égard de quelques acteurs que ce soient, puisque aucun homme n’est supérieur à un autre, encore moins que ceux d’aujourd’hui le soient par rapport à ceux d’hier. La juste attitude consiste à faire preuve d’humilité. Reconnaître et accepter la juste réalité de l’homme par rapport à ce que les contemporains prétendent d’eux-mêmes et par rapport à l’environnement. Tel est le chemin du véritable progrès. C’est précisément l’attitude utile pour approcher la réalisation du résultat de la quête de tous les hommes : à savoir être et exister en hommes, selon et conformément à leur propre volonté. Mais des hommes en tant que réalités singulières, parce qu’ayant une capacité à influencer leur être et leur existence dans un équilibre avantageux avec son environnement vital.

Quoi qu’il en soit, la couleur appréciée de bonne ou de mauvaise foi n’a pas pesé objectivement lourd, comme déterminant de l’agir des hommes envers d’autres. Autrement, ni les berbères, ni les arabes dans le Maghreb, ni les asiatiques d’Indochine, de l’Inde, ni les peuples d’Amérique du Sud, ni des peuples d’Europe n’auraient connu dans l’histoire la servitude sous toutes ses formes, l’esclavage et la colonisation en particulier. Il convient de se rendre à l’évidence : le fait d’être noir n’est pas dans l’histoire, un facteur déterminant ; il a constitué sans aucun doute un subterfuge à travers lequel des hommes ont rusé avec leur raison et leurs croyances, pour réaliser leurs aspirations à une existence moins difficile. C’est pourquoi il faut en sortir. Et, le temps est venu pour les africains qui sont plongés dans ce noir de le faire. L’Afrique doit influencer le temps. Faire arriver le crépuscule d’une période où se plaindre d’autres hommes suffisait à lui donner du sens à ce qu’elle est une époque donnée. Initier et sonner l’aube où l’africain responsable de lui-même mais également de tous les hommes et où son action tente de réaliser l’Homme qui justifiait ses plaintes et ses revers de main à l’égard des autres hommes. Chacun en Afrique doit assumer sa responsabilité d’être ce qu’il prétend et entend être et qu’il reproche précisément aux autres de ne pas être ou de n’avoir pas été dans le passé. C’est une raison suffisante pour que la tentative la plus simple soit d’exprimer chaque perception de ce qu’est le monde, de ce que chacun entend être et agir dans cette direction. Il est sans doute ce système auto-régulé dans lequel chacun est acteur et non victime ; cela, contrairement à ce que les hommes aiment trop souvent se le représenter dès que leurs productions aboutissent au résultat inverse de leur volonté et aspirations. Ce monde est aussi cet espace et son contenu dans lequel chacun se croit innocent de tout, lorsque ses productions aboutissent à un confort et à un équilibre sectaire mais sans nul doute précaire.

Quelle est la question centrale, puisqu’elle existe, dont le fait même de la poser comme problème à résoudre permettra à l’Afrique de continuer sa marche vers l’avant, de sortir du noir ? Voici l’objet de cet espace. La réponse que chaque africain lui donnera alimentera, nous l’espérons, le débat pour définir l’enjeu de l’Afrique. Il est essentiel car il conditionne la qualité des réponses africaines pour produire cet Homme. Nous avons des raisons d’espérer. Quand nous voyons, prenant un seul exemple, la façon dont les jeunes africains se sont appropriés les outils modernes de communication, nous disons qu’il y a là des possibilités de s’étonner davantage, de poser des questions et de s’en poser, de tenter d’y répondre ou de rechercher des réponses. Des débats sont engagés sur Internet. Ils font des efforts pour exprimer leur avis sur tout ; disent ou font aussi des conneries sur la «La Toile ». Certes, il y a des dangers de désinformation, de méconnaissances et pire encore de déraison. Mais, ils ont raison de préférer que tout soit possible, le pire comme le meilleur, plutôt que rien ne le soit ou que finalement tout soit, contre leur volonté. Étonnement, questions et tentatives de résolution, tels sont les aspects de leur nouvelle trajectoire. C’est en cela que l’économie africaine de vivre peut prendre un virage, un pont ou s’accélérer. C’est un espoir que nous entendons contribuer à nourrir.

Le bilan de l’économie africaine nous rend compte des principes qui y ont conduit. Des africains croient tout savoir ; savent-ils vraiment quelque chose ? Des africains ont peur de vivre parce qu’ils ont conscience qu’elle comporte des dangers. Mais, est-ce ainsi vivre ? Ils font de l’innovation principale au Néolithique, à savoir la domestication ou assujettissement, la limite de l’innovation des hommes. Ils sont par conséquent à l’arrêt et ne marchent plus depuis cette période. Des hommes qui ne marchent plus vers le progrès, c’est-à-dire qui n’accumulent plus, à chaque étape de leur vie, des connaissances pour améliorer leur condition de vivants et d’existants, sans nuisance aucune ou peu, puisque cela est inévitable, sont-ils raisonnables ? Est-ce même des hommes que ceux qui ne tentent pas de vivre pas ainsi ? Puisque les africains, le sont, je suis convaincu que nous nous accorderons sur ce point.

Ainsi, au delà de l’obscurité concrète dans laquelle sa plus grande partie est plongée dès le coucher du soleil, qui préoccupe tant d’hommes, la plus grande obscurité est celle dans laquelle se trouve l’homme qui ne marche pas vers l’avant, de progrès concrets en progrès en progrès. Il y aura des contradicteurs pour me dire que l’Afrique progresse. C’est pourquoi, il faut ajouter, de progrès “principes” communs, en progrès principes communs. Car, ce sont qui influencent sa direction, son sens, sa vitesse et son  amplitude. Appréciez par exemple, le temps qu’il aura fallu à un rayon lumineux électrique pour parvient aujourd’hui  à un quelconque village africain depuis Thomas Edison et tous les autres pionniers. Puis, observez l’usage qui en sera fait à la faveur d’un abonnement, avant que ses utilisateurs n’acceptent de continuer leur vie dans le noir sous des lampe-tempêtes. Qu’est-ce que le progrès dans une telle dynamique ? Si on ne s’en tenait qu’à un progrès concret, on peut considérer le prolongement de la visibilité est un progrès dans la mesure où il facilite les déplacements et actions nocturnes. Mais, il est furtif puisque qu’on revient à la situation dans laquelle on voit avec difficulté. S’il y a un accord pour considérer le premier mouvement comme tel, on peut néanmoins dire qu’il ne constitue guère un progrès “principe”, celui dont peut découler tous les autres et les rendre durables, comme par exemple maintenir l’abonnement et donc le prolongement de la visibilité, et pourquoi pas, trouver les meilleures manières par exemple de mettre ce temps de visibilité facilitée et prolongée au service de la réalisation d’autres progrès ?

Sortir du noir, c’est d’une certainement manière accepter de revoir ses conceptions, ses hypothèses et ses vérités ; accepter que la réalité n’est pas toujours que ce qu’on pense qu’elle est. C’est dépasser ses subjectivités et questionner ses vérités. C’est le programme d’une vie d’homme, mais le programme qui peut unir les hommes et rendre possible un espace social commun apaisé et productif de progrès.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

50 − 42 =