La position du passé et des productions africaines contemporaines par rapport au problème

Quelle position les africains accordent-ils à leurs productions pour tenter de réduire leurs difficultés de vivre par rapport à ces difficultés ? Ces questions rejoignent celle de la position des “Autres” et du passé. Nous abordons ci-après le passé et les productions africaines. Pour avoir consacré beaucoup d’effort à réfléchir à ces interrogations, nous sommes parvenus à la conclusions que l’Afrique gagnerait à cesser d’ignorer ou de minorer ses productions pour mieux insister ou majorer ce que d’autres produisent dans le cadre de leurs relations inévitables. Concernant le passé, on pourrait être tenté de dire qu’il empoisonne l’existence des Africains. Mais c’est une erreur. Le passé n’agit pas. Ce sont les hommes qui agissement et produisent leur réalité. Ce qu’ils font du passé, si tant est que le passé constitue une difficulté en travers de leur marche, il leur appartient d’y apporter les meilleures réponses ou en faire un appui réaliser leur réalité présente. Quant à ses productions, c’est insupportable de les prendre pour le problème.

Le passé et le problème actuel de l’Afrique

Dès que l’on débat de l’Afrique, l’analyse attentive des réponses que chacun fait à l’interrogation portant sur le problème auquel elle est exposée est remarquable. Certaines le datent et en font une singularité. Ce sont celles exprimées par de nombreux africains et leurs amis intéressés. A entendre certains propos ou à lire certains de leurs écrits, le problème est connu de tous. N’est-ce pas les Autres, par le biais de leurs productions ? La Traite Atlantique des Noirs et la colonisation reviennent immanquablement dans la définition du problème. Ainsi, l’observateur attentif peut relever que l’abord du problème que chacun croit connaître fait généralement démarrer sa difficulté de vivre à ces deux événements historiques encore douloureux pour les africains contemporains. Même s’il est exact qu’au fur et à mesure que le temps passe, le commerce triangulaire s’efface mais difficilement de la problématique. De plus, il est rare que la période de sa rencontre avec les Arabes et la traite orientale soient soulignées. Cette période n’est évoquée que pour introduire les empires bâtis au cours de ces époques. Ces derniers servent un but : réfuter son anhistoricité défendue hier par une certaine idée européocentriste. Quant au chemin parcouru par l’Afrique, depuis l’avènement des hommes jusqu’à cette dernière, il n’est évoqué que pour introduire et vanter la tradition, l’Afrique de naguère. A faire une extrapolation de certains énoncés, on croit comprendre : cette Afrique, on l’aime ou on ne l’aime pas, mais on ne l’analyse pas. Mais, la fierté éprouvée à son égard ne peut servir simplement d’argument d’un continent vierge d’aucune réalité analysable, de tout facteurs de difficultés avant les problèmes anciens figés pour la postérité. Aimer l’Afrique d’hier ne doit pas constituer un pansement aux traumatismes dus à l’histoire de celle d’aujourd’hui. C’est tout à fait le contraire. Réfuter une telle voie, c’est au contraire adopter la juste attitude à l’égard de sa souffrance d’hier et pour la compréhension des difficultés de celle d’aujourd’hui. C’est pourquoi, nous réfutons cette vision du problème auquel elle est confrontée. C’est tellement choquant pour de nombreux africains de se l’entendre dire, que nous demandons au lecteur “une écoute ouverte et non voulue”, comme le disait Sigmund Freud. Le problème de l’Afrique est sans doute de même nature que celui de tous les hommes et de toutes les sociétés humaines. Il est loin de consister en une singularité, à l’instar de l’une des nombreuses particularités africaines dont certains ont le secret de la découverte. Il n’est ni circonscrit dans le temps et n’a de borne que celle de l’avènement des hommes. Il se manifeste différemment, en prenant des formes variables, en fonction des réponses des hommes. Et toutes les productions humaines visent précisément sa résolution ou son maintien dans une forme supportable. C’est ainsi que la culture à une époque donnée, constitue, l’ensemble des réponses efficaces à son égard. Cela dit, le problème actuel que nous recherchons, porte une singularité qui le distingue.

Quand nous introduisons dans le débat la tradition de l’Afrique d’hier, encore présente, nous évoquons ses réponses efficaces face aux situations inacceptables anciennes qu’elle a rencontrées. Lorsque nous évoquons son problème aujourd’hui, il s’agit nécessairement de celui sous sa forme actuelle ; il s’agit de la réalité contemporaine africaine. Et l’Afrique n’est plus en situation d’esclavage ni plus sous domination coloniale. Lequel d’entre-nous prétend le contraire ? De plus, aborder son problème suppose, comme précisé précédemment, qu’un nombre significatif d’africains le partagent, le reconnaissent comme commun à eux et affichent par conséquent une ferme et résolue volonté d’y répondre ensemble. De ce point de vue, si le passé ressenti encore douloureusement est reconnu comme une histoire commune, elle n’est cependant que de l’histoire, donc pas actuelle. Et, le fait qu’il constitue un point de rassemblement des africains, tel une communauté éplorée autour d’une Afrique défunte ou de croyants autour de l’autel de leur Dieu n’y change rien. Parce que ce passé n’est ni son problème contemporain, ni le tombeau d’une défunte Afrique, ni son dieu. De plus, la production africaine l’ignore comme un problème actuel à résoudre. Autrement, qui peut affirmer et défendre qu’une seule de ses productions tente de résoudre ces problèmes du passé ? Au contraire, certaines des productions démontrent au moins que ce passé n’a même pas amené l’Afrique à en faire l’exemple de ce qu’elle ne veut plus. Car, si les hommes ignorent véritablement (n’ont aucune certitude s’agissant de) ce qu’ils veulent vraiment, leurs expériences de l’existence leur confirment ce qu’ils ne veulent surtout plus. C’est là, ce à quoi peut conduire une lecture raisonnable du passé. Tel ne semble pas être le cas.

Par exemple, quand on s’affronte en Afrique par communautés interposées pour avoir l’autorité armée de dominer les autres, est-ce pour échapper à l’assujettissement ou le faire subir aux autres ou les deux situations en une ? N’est-ce pas d’une certaine manière procéder selon ce qui est précisément reproché au passé ? Pour toutes ces raisons, il nous apparaît inutile de rechercher les preuves de mise en commun, dans un problème résidant dans le passé traumatique, puisqu’il ne consiste guère en le passé. Mais un tel effort de la raison ne suffit pas pour supprimer ce qui constitue aux yeux des africains un problème. Il en faut davantage. Encore plus de raison pour tenter d’expliquer la réalité historique ; la confiance dans la raison des hommes doit constituer l’espoir d’y parvenir. Mais on ne peut espérer parvenir à la convoquer et la ramener aux commandes de la lecture de leurs réalités qu’en admettant la part de subjectivité qui est la leur et que chacun a : celle consistant à croire que le passé est ce qui cause leur présent, que les africains n’y sont pour rien dans leurs périodes historiques. Finalement, on convoque parfois le passé pour couper court à la discussion et à l’argumentation qu’impose l’analyse rigoureuse de tout problème. Comment peut-on expliquer que la Traite Atlantique des africains et la colonisation causent quelque réalités africaines aujourd’hui, sans créer la confusion quant à la compréhension du statut de la Traite orientale et de celui du passé en général ? La situation concrète actuelle de l’Afrique, comme par exemple l’occupation de ses parties par des gens qui n’aspirent qu’à servir leur dieu comme il le disent, au lieu d’être au service de leur liberté, relève-t-elle du passé ?

Les productions africaines contemporaines et le problème

On présente souvent les productions africaines également comme les causes de ses souffrances si ce n’est le problème. C’est le cas des affrontements sociopolitiques et les guerres civiles, finissant par contraindre les acteurs à la pause. Certes, nous comprenons que quand l’agressivité et la violence règnent au sein d’une société humaine, elles favorisent un stress vital inacceptable pour les hommes concernés. Mais, ce ne sont là que des productions humaines ; et à ce titre, elles sont avant tout des réponses à d’autres causes ou problèmes. Tant que nous ne considérons que leurs impacts non bénéfiques à l’Afrique, nous omettons ou refusons de les voir comme des réponses. Et, c’est là un nœud dans l’effort de compréhension du problème. C’est dire combien nous avons conscience qu’il y a des chaînes causales naissant du développement des réponses ; lesquelles aboutissent à de nouvelles situations indésirables ou à renforcer celles traitées, y compris pour les acteurs de ces réponses. Cependant, une réponse n’apparaît-elle pas comme cause qu’en raison même de son inadaptation ou de son inefficacité à résoudre le problème initial alors renforcé ; autrement ne conserve-t-elle pas son statut en l’esprit des hommes ? Alors, pourquoi et comment les réponses de l’Afrique constituent-elles les causes de ses souffrances ou son problème ?

Face aux difficultés de la vie, il est nécessaire de se poser des questions et de tenter d’y répondre. Or dès qu’on procède ainsi, on fait de la philosophie en quelque sorte, si l’on n’appuie pas une telle assertion sur quelque prétention de rigueur de ce concept. Pourtant, le lecteur parvenu à cette étape peut être rebuté par ce paragraphe qui rend compte de nos tentatives de poser des questions et d’y répondre pour essayer de savoir pourquoi les africains agissent de telle ou telle manière. Les hommes produisent pour continuer à être et à vivre. Tenter de réduire leur peine d’être est à la fois le but de leurs productions et vivre. Leurs productions constituent de ce point de vue leurs réponses en face de leur peine d’être. C’est donc que la fin de leur existence et la souffrance de vivre leur sont insupportables. C’est cela leur problème consubstantiel à leur être et existence. C’est la raison pour laquelle, à la question de savoir qu’est ce qu’une production humaine, nous pensons sans hésiter : c’est la réponse à un problème, actuel et vécu ou projeté. Quand nous disons cela, nous ne signifions pas que les hommes ne tirent aucun plaisir à produire, comme dénués de toute sensibilité. Nous n’affirmons pas plus qu’ils ne vivent que de rapports de force. Mais, au delà de ces considérations, leur enjeu fondamental consiste à résoudre ou à anticiper une situation de problème, donc de souffrance. Précisément, ils retirent le plaisir à produire du sentiment de tenter de maîtriser leur existence, donc d’être libres. Et malgré le fait qu’ils manquent parfois d’être raisonnables et sont contre-productifs dans cette quête. Ainsi, la production humaine, pour celui la réalisant, n’est ni une cause de son problème, ni le problème lui-même, ni même ses conséquences. Nous pouvons admettre cela du point de vue historique, méthodologique et de la morale de l’individu considéré. Nous pouvons aussi reconnaître qu’en tant que telle, elle peut même renforcer la cause, le problème et ses conséquences qu’elle traite. Mais, à la condition express de la reconnaître d’abord comme une réponse. C’est la raison méthodologique pour laquelle, s’agissant de l’Afrique, nous pensons qu’il convient de réserver à ses productions la position qui est la leur dans le débat, si nous voulons approcher l’objet de notre quête. Du double point de vue historique et méthodologique, ce sont ses réponses. C’est ainsi que nous pouvons accéder à leur raison propre et engager un dialogue intelligent car respectueux de la nature d’acteurs des africains et de celle de réponses de leurs productions, même toxiques pour eux-même en renforçant leur difficulté de vivre.

Aussi, l’indexation des productions africaines et des éléments de culture africaine, en termes de problèmes, d’obstacles, de freins et aux vocables suggérant que l’Afrique souffrance est schizophrène est contre-productive, comme l’est une telle approche. Nombreuses sont en effet les analyses contribuant à la confusion des termes et rendant difficile l’accès au véritable problème. Pourtant que les réponses africaines relèvent de celles inefficaces du passé ou de celles improductives du présent, il n’y aucune raison d’ignorer leur nature première. Ainsi, selon de telles analyses, l’Afrique réfractaire au changement et soldat congénital pour le statut-quo, comme l’on le prétend, ne souffre-t-elle pas aussi d’analyses confuses et inchangées ? C’est une raison supplémentaire d’inviter au débat l’Afrique et tous ces analystes : les productions africaines sont ses réponses. A quels problèmes, cela c’est un autre débat, comme celui devant aboutir à comprendre pourquoi l’Afrique réalise-t-elle finalement des productions contre-productives pour elle ? Pourquoi, par exemple, la guerre civile est-elle une réponse pour l’Afrique ? Une telle approche s’oppose à celles en faisant le problème et des Africains ses causes. L’examen des productions africaines peut au contraire tenter, de ce point de vue, d’identifier leurs caractéristiques communes. De cette manière, on peut espérer ajouter au débat de nouvelles pièces : les causes et les problèmes traités par ces réponses au sujet desquelles un accord est indiscutable quant à leur contribution à l’aggravation de la condition de l’Afrique. L’abord de ces problèmes privés, a longtemps été évité ou ignoré. Tout se passe comme si le partage de la difficulté de vivre par les Africains suffit à considérer qu’ils l’ont mise en commun. Comme si, le fait d’être au sein d’une même communauté nationale valait mise en commun. Comme si les réponses indexées constituaient des réponses communes à un problème mis en commun. Sans le savoir, ces analyses souffrent d’une méprise : traiter de réponses privées à un problème privatisé, comme si leur objet concernait le problème commun de l’Afrique et ses réponses concertées. Notre effort tente d’éclaircir ce quiproquo, donnant l’impression à l’analyste que les africains sont inconséquents.

Quelle que soit la production africaine, elle contribue comme réponse à produire un effet dans son rapport avec la difficulté traitée. Ainsi, chaque fois que nous abordons par exemple le sujet de la faim, il convient de ne pas oublier d’admettre qu’elle est un résultat, un état ou plus précisément le jugement porté sur ce dernier. On peut s’étonner parfois d’entendre que la faim produit ceci ou cela s’agissant de la réalité des africains. L’une des raisons de cette surprise est que la faim n’est qu’un concept pour caractériser l’état de quelqu’un qui n’a pas satisfait ses besoins impératifs de nourrir son corps et son esprit. A ce titre, elle ne constitue pas en elle-même une force capable de produire quelque effet que ce soit. Et même la mort qui définit l’état susceptible de la prolonger n’est que la désignation d’un état particulier. La mort n’est pas la conséquence ou l’effet de la faim ; elle est simplement l’état d’une réalité qui ne vit plus, par défaut en l’occurrence de recevoir les nutriments pour continuer et maintenir un état de vivant. La faim n’y est pour rien dans cette évolution ; elle est la désignation d’un manque, d’un besoin non réalisé. En poursuivant, on peut relever l’analphabétisme qui est la désignation pour caractériser la situation de personnes qui ne savent ni lire ni écrire. Le fait de ne pas être instruit témoigne et désigne un manque : celui de navoir pas reçu une instruction ; il résulte de l’absence d’actions en ce sens. Mais, ne pas l’être ne cause rien du tout. On le constate ainsi que l’intérêt qu’on peut tirer de son contraire et dont la réalisation exige cependant l’action des hommes. On peut poursuivre cette même réflexion à propos de l’endettement de l’Afrique. Depuis les indépendances, chaque enfant qui naît en Afrique connaît la musique : l’Afrique a de tous temps et depuis cette période, quelque chose à rembourser. Sans doute parce que non seulement elle ne parvient pas à le faire jusqu’à l’épuisement de sa dette, mais elle continue d’emprunter. L’Afrique vit à crédit. L’état dans lequel elle a quelque chose à rembourser à ses créanciers est désigné par ce terme. Encore une fois, c’est un état. Il résulte de productions africaines : le fait d’emprunter. L’endettement, comme état, n’a aucune capacité à produire quelque effet participant à la constitution de la réalité africaine. Cet état étant lui même constitutif de cette réalité en tant que la somme des résultats des productions de l’Afrique. D’une manière plus générale, la pauvreté est le mot qui revient le plus à propos de l’Afrique. Mais là encore, il s’agit du jugement porté sur un état général. Ainsi, quand on parle de la pauvreté de l’Afrique, on dit quelque chose d’approchant par rapport à l’endettement. Dans ce travail, nous avons décidé de ne citer aucun chiffre. Est-il nécessaire de jouer à l’économiste maniant des chiffres pour montrer le faible pouvoir économique et financier des africains individuellement et de leurs États ? Les spécialistes en ces matières ont un accord sur le sujet. Et l’Afrique ne conteste pas ce point. Elle désigne entre autres, un poids et un pouvoir économique et financier négligeables de l’Afrique. Mais est-elle en amont ou en aval de la réalité africaine ? Ni l’un ni l’autre. La pauvreté désigne le jugement de cette réalité. A ce titre, elle ne se situe ni en amont en tant que cause, ni en aval, comme conséquence ou le résultat de l’économie de l’existence de l’Afrique. De plus près, on peut se rendre compte que ce que la pauvreté est la qualification de ce résultat. L’incapacité globale de l’Afrique à se protéger est aussi un fait. Il a suffit que quelques bandits s’improvisent hommes de foi pour qu’au nom d’un Dieu qu’eux-mêmes vilipendent, ils parviennent à occuper des parties de territoires africains. L’Afrique est incapable de les en déloger. Les faits d’atrocité à leur passif qu’ils commettent ne suffisent pas à la révolter pour une action commune décisive, même avec les mains nues.

Ainsi rien de tout ce qui généralement énoncé, pour désigner ou pour caractériser des états donnés ne produit la réalité de l’Afrique ni ne constitue son problème. Ce qui lui donne son existence, ce sont toutes les les attitudes et comportements ainsi que toutes les productions des africains, en tant que leurs réponses, dans leur confrontation à ce qu’ils se représente comme leur problème. Ainsi, lorsque l’on fait un effort méthodologique et que l’on consent à considérer chaque aspect de la situation de l’Afrique pour ce qu’elle est, on peut libérer la pensée. Bref, jusque là, nous avons tenté d’alimenter le débat concernant le problème de l’Afrique en nous attachant à préciser la position du passé et de leurs productions par rapport à ce problème. Cela n’était pas inutile même si nous avons conscience d’avoir sans aucun perdu sur le chemin des lecteurs et contributeurs impatients de découvrir la réponse à la question posée. Cependant, son intérêt était de considérer dans la suite du débat, les productions africaines de quelque nature que ce soit comme ses réponses et le passé comme une réalité à constater simplement. Ces deux thèmes seront développés ultérieurement. Peut-être même que ses production-réponses nous mèneront au problème recherché et à défaut, à des problèmes qui ne sont pas le sien, même s’ils y contribuent par conséquent. Et cela, ce n’est pas rien de savoir que les problèmes considérés et traités par l’Afrique à travers ses productions ne constituent pas son problème commun.

Nous introduirons dans l’article à venir “Les Autres” et leur position, non seulement par rapport au problème recherché, mais par rapport aux africains sans lesquels le problème étudié n’aurait aucune existence.

Comment reconnaît-on le problème de l’Afrique ?

Pourquoi ?

La question que nous étudions dans cet espace est celle qui conduit au débat premier de l’Afrique. Ce débat concerne celui de savoir quelle est la question principale de l’Afrique. Car, qu’elle consiste et soit formulée comme une question ou un problème, cette difficulté principale est confusément posée. En effet, lorsqu’on en vient à se demander quel est le problème commun de l’Afrique, on est embarrassé pour trouver la réponse. Cette question est équivalente à celle de savoir quelle est la situation insatisfaisante partagée par les Africains et considérée par eux, collectivement comme leur problème commun, celle dont leurs productions constituent leurs réponses. Car, les réponses que les analystes donnent jusque-là sont loin d’être satisfaisantes ou manquent de rigueur.

Tant qu’on s’en est tenu aux traumatismes du passé, en tant que le problème, on croyait l’avoir cerné. Et, il a été difficile de lui trouver d’autres définitions. La question ne se posait même pas. Au fur et à mesure que le temps passe, les Africains gagnent en autonomie en même temps que ces traumatismes sont peu à peu relégués dans l’histoire avec difficulté cependant. Désormais, leurs productions sont admises comme une partie du problème avant d’être aussitôt, généralement minorées par leur association avec la production des Autres. Cette dernière est globalement présentée comme l’essentiel. Cette évolution n’a conduit qu’à accorder un peu de place aux productions africaines, sans pour autant nous éclairer davantage le problème actuel que ne l’a fait l’indexation du passé. Car, est-ce raisonnable de penser que le passé constitue son problème actuel, que les « Autres » et leurs productions ou les Africains eux-mêmes et leurs productions le constituent ? Qu’est-ce que la réponse à un problème ? Et, quel lien a-t-elle avec une production humaine ? Quant aux acteurs africains, peuvent-ils lui être assimilés alors même qu’ils tentent péniblement et de manière malhabile d’y répondre, en mettant en œuvre leurs solutions ? Depuis fort longtemps, le débat ne donne pas de réponses à ces questions. Or, l’Afrique peine déjà à accepter le débat. Comment pourrait-elle en extraire le moindre intérêt si ses termes manquent de la respecter et de faire appel à son intelligence, malgré le poids de sa peine et son caractère farouche parfois. Nous disons qu’il convient que ses termes fassent sens ; qu’ils soient intelligibles pour elle et fassent appel à sa raison. N’est-ce pas l’absence de clarification de ces questions et le manque de rigueur induite qui potentialisent son problème ou du moins la difficulté pour le cerner ? Car, si au lieu d’évoquer des réponses africaines, mêmes toxiques pour elle-même, on pointe des causes, c’est considérer qu’elle cause sa situation pathogène. Certains franchissent même le pas de l’intentionnalité. Cela peut-il être sensé pour elle que de considérer que son intention est de se faire du mal, telle une schizophrène ? Nous disons non. L’intention les expliquant et les justifiant est à rechercher dans les problèmes tels qu’elle les perçoit et dont ses productions constituent ses réponses. Peut-être même qu’ils sont intériorisés et donc tus. Ainsi, le débat concernant la problématique de situation de l’Afrique souffre de l’absence d’un accord méthodologique ou de sa convenance, à priori. Les termes de problème, de causes, d’obstacles, de freins, de conséquences habituellement employés par les débatteurs manquent parfois de précisions. Ils majorent davantage les difficultés de compréhension de la réalité africaine qu’ils ne l’éclairent. C’est donc une nécessité que l’Afrique et les débatteurs s’accordent sur le terme de problème et autres concepts associés pour un débat productif et utile. C’est la raison pour laquelle, avant de tenter d’explorer la réalité africaine, à la suite d’autres, en quête de son problème commun, il importe de livrer notre compréhension de ce qu’est un problème. Le débat que cette définition introduit et l’accord auquel elle peut aboutir constitue l’accord initial et la condition d’un débat pertinent concernant celui de l’Afrique et ses manifestations.

Qu’est-ce qu’un problème ?

Très souvent dans vie courante et s’agissant d’un problème humain, dès que qu’un pose cette question, celui y répondant commence par nommer un responsable. Un coupable, en quelque sorte. Cette réponse est si commune qu’on l’entend la donner par un enfant, un conjoint, une communauté. C’est le fameux, « le problème, ce sont les Autres ». Par exemple, un enfant accourant en pleurs vers sa mère répondra «c’est tel frère ». Bien entendu, la mère ne comprend rien à ce qu’il veut exprimer comme problème dont les pleurs et larmes sont la conséquence. Ainsi, la définition d’un problème en désignant quelqu’un le rend parfaitement incompréhensible. C’est pourquoi, celui questionnant relance par « les Autres quoi ? », pour demander ce qu’ils ont fait ? Qu’a-t-il fait ton frère ?, rétorquera la mère. C’est en introduisant un fait, une action que l’on approche le problème. Mais, même là encore, il est difficile de comprendre le problème. Car si l’enfant répond « il est parti avec son copain », cela ne suffit toujours pas à expliquer le problème à sa mère, puisqu’elle ne voit rien de problématique dans le fait que l’autre frère soit allé avec son copain. « Et alors ? », relancera-t-elle à nouveau, dans le avec le souci de cerner davantage le problème de son fils. Et, quand ce dernier répondra enfin que l’acte libre de son frère le prive de la possibilité de continuer à jouer avec lui et qu’il se retrouve tout seul sans partenaire de jeu, alors sa mère commencera à comprendre les pleurs. Ainsi, un problème ne réside pas en un coupable, encore moins dans ses actes. Il est dans la situation induite. C’est en cela que dans son sens commun, un problème est défini par une situation présente et préoccupante à laquelle est confronté un individu ou un groupe d’individus. Sa modification présente des niveaux de difficultés. C’est donc une situation vécue, qu’elle le soit objectivement ou ressentie. Un problème s’objective quand une telle situation parvient à la conscience et est analysée puis jugée comme inacceptable par le ou le groupe concerné. Un problème est par conséquent loin d’être une situation neutre et impersonnelle, si bien qu’on entend souvent ceux qui en sont affectés définir le leur par un responsable (l’auteur de la cause prétendue) ou par ses conséquences. Parce que les manifestations perçues, que sont ses causes et conséquences, sont précisément des éléments concrets constitutifs de la situation inacceptable (et de son développement auquel peuvent participer les éléments de résolution). Le problème est du domaine conceptuel et de la sensibilité. Un problème ne consiste donc pas nécessairement en une réalité démontrable par la seule raison ; la sensibilité peut suffire à le définir. C’est en caractérisant ses manifestations perçues que ceux qui les vivent et qui en sont affectés le définissent. Un problème consiste ainsi en un jugement porté sur la perception de ses manifestations. C’est dire combien le problème ne peut être défini sans interroger ses deux notions associées que sont ses causes et ses conséquences. Ainsi, un problème peut être matérialisé par une phrase. Il a un sujet, des causes, un verbe, le problème lui-même et des compléments, ses conséquences. Pour avoir un sens, comme une phrase, il ne peut être décrit qu’en respectant la désignation de chacun de ses termes pour ce qu’ils sont véritablement. Autrement, c’est comment prendre le sujet d’une phrase pour le verbe ou ses compléments pour le groupe sujet ou le groupe verbal. C’est pour cela qu’il convient de préciser ce que sont les causes ou les conséquences d’un problème afin d’éclairer la question recherchée et de ne pas la confondre avec réalités correspondant à ces concepts. Cela étant, il faut remarquer immédiatement que la recherche et analyse des causes et conséquences fait partie de sa résolution. Elle suppose par conséquent la question ou le problème déjà posé : à savoir, sa problématique précisée et comprise. Ainsi, on entrevoit des éléments de développement ultérieur de ce travail, dont le but est précisément de poser et préciser la question centrale africaine.

Que sont les causes d’un problème ?

Pour y répondre, appuyons-nous sur les dictionnaires de langues. Ils s’accordent pour définir une cause comme étant « ce qui produit quelque chose ». C’est la conception généralement admise. Ne dit-on pas qu’il n’y a pas d’effet sans cause ou de fumé sans feu ? Même si cette dernière assertion est dépassée depuis longtemps par la créativité de l’homme. Appliquée au sujet traité, cette définition renvoie à voir « quelque chose » comme consistant en les difficultés actuelles de l’Afrique. La cause apparaît ainsi comme ce qui intervient en tant qu’une force agissant sur les Africains. Elle les affecte en rendant leurs conditions actuelles d’existence difficiles. Ainsi, la cause des difficultés de l’Afrique consiste en ce qui modifie son environnement et ses conditions de vie, perçues alors comme difficiles. L’enjeu est de savoir ce qui les affecte dans le sens perçu. La cause est aussi appréhendée comme la raison d’être de quelque chose. En évoquant la raison, on introduit l’action de l’homme dans l’existence de cette chose. Il s’agit là des causes en tant que productions humaines. Cela étant, si la raison explique telle ou telle action des hommes, la cause véritable de la chose due est représentée précisément par leurs actions. Ainsi, la raison est mère de la cause constituée par une production humaine vis-à-vis de son effet : la transformation de son environnement. On peut par conséquent s’interroger sur le lien existant entre la raison et cette chose, son effet. D’autant qu’entre ce dernier et elle, il y a la force appliquée : celle le produisant concrètement au sens de la conception première de la cause. En ce sens, la raison s’incarne en la force qui, elle l’exprime en modifiant l’état de l’objet sur lequel elle s’applique. La raison motive, justifie et explique l’existence de la cause en tant que force. La raison comme le motif explique la force. Mais pas l’effet de la force. L’explication de l’effet est ailleurs. C’est donc un raccourci de la pensée, s’agissant d’une production humaine, que d’introduire la raison ou le motif, comme la cause d’un effet. Si l’on peut admettre que la raison formule le sens et l’attendu d’une production humaine, la réalité à laquelle elle conduit dépend toujours de cette production, agissant comme force. Encore que cela ne suffit guère à expliquer l’effet. Car, l’objet auquel elle s’applique oppose une force. Un sujet sensible sur lequel agit une production humaine génère en retour ses propres productions, agissant elles-aussi, comme forces. C’est le rapport de ces forces et/ou leur addition ou soustractions aux forces causales qui induit l’effet. Cela achève de confirmer le fait que si la raison, comme la motivation, est l’un des déterminants de l’action humaine, elle ne cause pas directement un effet. Comment le pourrait-elle alors même que la production en laquelle elle s’incarne n’y parvient pas seule si on n’introduit pas la nature de ce à quoi elle s’applique ou les productions du sujet concerné ? Cette nature doit être comprise comme telle, quand il s’agit d’un objet, mais surtout comme force. Concernant une société humaine la force est celle d’une organisation sociale, celles de réponses humaines, celle des hommes et de leur état d’esprit. Un effet résulte donc toujours soit, d’un rapport de forces, de leur addition, de leur soustraction ou de leur multiplication. Il s’en suit aussi que l’effet dépend aussi de leur direction et de leur sens. En cela, l’effet est le résultat de l’interaction entre la cause et l’objet ou sujet auquel elle s’applique. Et l’effet est loin d’être représenté par les seules modifications de l’objet ou du sujet et de sa réalité ; il se matérialise aussi dans les modifications et adaptations de la cause initiale. Par ailleurs, la cause est également présentée comme « l’origine ou la source de quelque chose ». Or, en raison de l’analyse précédente, la motivation ou la raison, est la source de toute production historique. Cette dernière, en tant que force, est le canal par lequel l’homme agit sur son environnement. La production humaine est, de ce point de vue, la cause de la modification directe et amicale ou antagoniste de l’environnement de l’homme ; la raison en est la source. Nous aboutissons au fait que cette dernière n’a de rapport avec l’effet (la modification) qu’en raisonnant. Autant dire en établissant, de façon motivée, l’existence de ce lien. Dès lors, une cause consistant en la raison ou en la motivation peut souffrir de la possibilité d’un biais : celui occasionné par la motivation. Or, la cause doit être un fait et non le résultat d’un raisonnement. Car ce dernier fait appel à des arguments ; eux-mêmes souffrant de leurs motivations, lesquelles présentent le défaut de servir de réponses au problème dont les causes sont recherchées. De plus, loger ses causes en la raison, c’est prendre le risque un problème dans le passé. N’est-ce pas le même risque que celui de loger les causes du problème actuel de l’Afrique dans le passé ? Le problème de l’Afrique peut-il résider dans le résultat d’un raisonnement établissement un lien entre son passé et sa situation concrète actuelle, excluant les acteurs-sujets que sont les Africains et leurs productions de ses effets ? De cela, il résulte que rechercher et définir les causes des difficultés contemporaines de l’Afrique par quelque raison ou motivation peut être entachée par le raisonnement ou la motivation conduisant à les établir. Somme toute, que les causes soient définies par ce qui produit quelque chose ou par les concepts de raison, de motivation, d’origine ou de source, elles renvoient à des faits ou à des réalités actuelles. Ces faits consistent en forces, ne souffrant d’aucun biais d’être le résultat d’un raisonnement. S’agissant du sujet nous préoccupant, ces faits s’appliquent aux africains d’aujourd’hui et à leurs conditions actuelles d’existence. Et la question que cela appelle est de savoir si des rapports passés et ne s’appliquant plus, en tous cas, pas dans leur forme initiale, peuvent occasionner des effets au présent qui puissent leur être attribués. Peuvent-ils expliquer la réalité actuelle des hommes auxquels ils ne s’appliquent plus ? La part traumatique de l’histoire de l’Afrique occupe à cet égard une large place. Trop de place dirions-nous. C’est pourquoi, nous l’examinerons ultérieurement pour son évocation en tant que cause. Pour l’instant, tentons d’examiner la définition de ce que sont les conséquences d’un problème.

Que sont les conséquences d’un problème ? Le rapport causes – réponses

Quels rapports les conséquences ont-elles avec les réponses pour en éliminer les causes ? Avant de tenter de répondre à cette question, examinons sa définition. Selon les dictionnaires, « c’est ce qui est produit nécessairement par quelque chose ; qui est une suite logique ». Ainsi, une cause induit une situation-problème pour celui auquel elle s’applique en produisant des effets, ses conséquences, comme ses suites logiques. Mais, cette définition mérite des précisions, s’agissant en particulier d’un problème humain. Comme nous l’avons précédemment indiqué, une telle définition ignore le sujet ou l’acteur, sans lequel on ne peut évoquer un problème ni ses conséquences. En effet, puisque nous admettons qu’une conséquence est produite nécessairement par quelque chose, nous devons également considérer que ce « quelque chose » en est alors la cause, telle que nous l’avons analysée précédemment. La situation qu’elle induit et vécue par le sujet auquel la cause s’applique est le problème, lorsqu’elle ne l’agrée pas. Cette situation s’objective par ses manifestations que sont ses causes et ses conséquences. C’est à travers elles que la situation est jugée. C’est probablement pour cette raison que certaines écoles de sociologie, définissent un problème social par ces dernières. Ainsi, les conséquences sont loin d’être le second terme logique d’un couple causes-effets, dont l’existence ne doit rien au sujet vivant ces effets. Comme nous l’avons vu également, La logique des effets, si elle existe, ne réside-t-elle pas précisément dans la nature même du rapport causes-sujet ? Par ricocher, n’est-elle pas dans celle du rapport causes-réponses du sujet à leur égard ? Par conséquent, les conséquences sont loin de représenter les images des causes, dans une sorte de symétrie mathématique dans laquelle le sujet ne constituerait que l’axe passif. Aussi, nous devons admettre que les conséquences sont les résultats induits par le rapport entre, d’une part, des causes et, d’autre part, les réponses de leur objet ou sujet. De ce point de vue, l’état des hommes et leurs conditions socio-économiques, sociopolitiques, culturelles sont les résultats de leurs rapports, à travers leurs réponses, aux causes des problèmes de vivre auxquels ils sont confrontés.

Ces considérations amènent également à préciser la définition des conséquences comme suit. Elles existent ou sont absentes, selon que leur déterminant initial (les causes) est neutralisé par des réponses ad hoc ou non. Lorsqu’elles existent, les conséquences, comme les causes d’un problème peuvent être réduites, modifiées, transformées ou renforcées. Un tout autre aspect au sujet des conséquences concerne leur signe. En tant que réalités, elles n’ont pas un, ni de sexe par ailleurs. Mais, elles l’acquièrent par la sensibilité des hommes. Lorsque qu’ils les perçoivent comme insatisfaisantes pour leurs espoirs de vivre, ils leur affectent un signe négatif. Quand elles contribuent à l’équilibre minimum recherché, ils leur confèrent le signe positif. Dans ce cas, ils n’évoquent guère de conséquences. Au contraire, ils affichent fièrement des retombées, terme valorisant leurs réponses. Ce terme est alors la désignation des conséquences, perçues comme positives. Ainsi, on voit bien que les hommes donnent un signe ou un sexe aux conséquences, pour finalement réduire la notion de « conséquences » aux seuls résultats du rapport causes-réponses perçus comme défavorables. Les hommes procèdent ainsi à un véritable arrangement avec leur raison ; lequel est de même nature que celui à travers lequel ils ont tenté d’exclure de l’humanité d’autres hommes pour leur sexe, leur handicap, leur âge, la couleur de leur peau ou encore leur origine ou leur culture. Pourquoi nient-ils à une conséquence, ressentie comme positive, son caractère de conséquence ? Et bien, parce que la retombée (conséquence positive) recentre le sujet au cœur de la dynamique du problème humain existentiel. Elle le valorise. Pour ce que sa contribution au résultat a produit d’agréable et de satisfaisant. Mais, cela relève d’une vision restreinte de l’existence. C’est une forme d’existentialiste, mais bornée. Quant à la conséquence, sans épithète ni qualificatif (donc effet défavorable), elle, est essentiellement associée à la cause. Une telle définition exclut le sujet de toute contribution à son état. Dans une sorte de vision spinoziste, dans laquelle sa réalité ne serait que déterminée (par la seule cause et pardi !). Une telle vision amène souvent les hommes à rechercher des causes de conséquences actuelles, hors d’eux-mêmes. C’est ce que l’Afrique fait parfois. En indexant les causes les plus lointaines de ses problèmes anciens ou leurs conséquences et en les transformant en causes actuelles de ses problèmes contemporains. Dans cette vision uniquement déterministe de ses réalités d’hier et actuelles, l’Afrique faible certes hier, mais libre aujourd’hui, est absente. Pourtant actrice elle n’a jamais cessé d’être actrice, même assujettie. En excluant dans une telle vision ses réponses et en abandonnant par la même occasion sa liberté et son pouvoir d’influencer le lien entre causes et effets de son problème, l’Afrique ne se constitue-elle pas esclave d’une telle vision ?. Cette question est suffisamment importante, pour que la place de l’acteur soit également examinée dans cet effort de définition du problème. L’examen de la conséquence du problème du point de vue d’un sujet actif peut nous y aider. Un tel sujet est une réalité à la fois déterminée et existentialiste. Déterminé, dans le sens, par les causes, en tant que forces agissant sur lui ; par tout ce tend à le contraindre. Existentialiste, dans le sens de ce que sa volonté d’être l’amène à tenter de réaliser pour se libérer de ces contraintes. Dans la mesure où, et comme nous l’avons vu, la conséquence résulte consiste d’un rapport entre des causes et ses réponses, alors ces dernières fondent la responsabilité du sujet-acteur. Cette responsabilité réside dans sa liberté et les moyens qu’il engage pour la résolution du problème auquel il est confronté. Ainsi, l’effort fait, depuis son identification, son analyse le conduisant à en trouver les causes le déterminant ainsi que ses conséquences, jusqu’au choix des solutions de résolution et leur mise en œuvre, constitue l’autre terme du rapport. Ainsi, si la conséquence d’un problème, c’est ce que la cause produit, ce résultat implique nécessairement les réponses pour tenter de le résoudre. C’est pourquoi, nous devrions considérer que la conséquence d’un problème dépend également de sa résolution : réponses inadaptées ou inefficaces ou encore de la résolution partielle. Parvenu là, nous pouvons faire de nouvelles hypothèses concernant la question de savoir pourquoi la conséquence non désirée, comme résultat d’un tel rapport, est attribuée aux seules causes ? Parce que dans leur désir de dissociation, les hommes fractionnés veulent paraître beaux, grands, forts et dominateurs de l’environnement ; quand leurs réponses contribuent à produire des conséquences favorables. Mais, ils entendent se présenter comme petits, faibles et finalement victimes de l’environnement, quand ces dernières ne réalisent pas leur prétention. L’homme gardant son unité, en étant à la fois déterminé et acteur responsable, ne souscrit guère à la définition de la conséquence ne s’appliquant qu’au seul résultat du rapport perçu comme défavorable. Parce qu’il est solidaire de l’environnement dont il est lui-même une partie. Et, parce qu’une telle perception de la conséquence induit une erreur fondamentale transformant l’acteur en sujet passif : la passion conduisant à n’affecter ce résultat négatif qu’aux seules causes externes, plutôt que la raison de mettre en lumière ses réponses lorsqu’elles sont inadaptées, inefficaces à leur égard. Procéder ainsi, pensent les hommes, c’est prendre le risque de faire passer leurs réponses pour des causes. Cela leur est insupportable. Pourtant, c’est un abus confortable de langage et de perception de la réalité complexe, mais aussi d’arrangement avec leurs passions, que d’attribuer une conséquence aux seules causes, et de surcroît externe, ignorant ainsi l’effet de couple causes-réponses. C’est aussi s’épargner d’interroger leur responsabilité dans les résultats défavorables du rapport entre causes et réponses les affectant ? Ainsi, par exemple le choix d’engager un affrontement ou une guerre n’est nullement la conséquence de quoi que ce soit, comme le prétendent certains analystes et chroniqueurs de la réalité africaine. C’est toujours une réponse à une situation considérée comme inacceptable. Certes, le rapport de la réponse guerrière à une telle situation restant à élucider produit les véritables conséquences connues : la faim, la malnutrition, la santé précaire et mort et nous en passons. Certes, ces situations sont malheureusement et à juste titre inacceptables.  Mais, il importe de se rappeler que le caractère tragique d’une production humaine, comme faire la guerre à titre de réponse, n’en fait jamais pour leurs auteurs, ni la conséquence d’une situation problématique, ni sa cause, ni le problème qu’ils traitent par ce moyen. C’est leur marge de liberté en action. Les conséquences sont donc bien une fonction du rapport des réponses aux causes. Donc, de la nature et de l’efficacité des réponses. Nous parvenons finalement à cette évidence : les conséquences ont à avoir avec les choix des hommes concernés.

Ainsi, en fonction de ces choix, une cause peut aboutir à un problème rapidement avorté, en raison de l’efficience des réponses. Il existe donc des causes à conséquences nulles. La logique du lien des causes aux effets, introduite par la définition des dictionnaires réside alors en ce que des conséquences nulles sont associées qu’à des réponses adaptées et que d’autres maximales et défavorables correspondent à des réponses hors sujet ou inefficientes. Ainsi, confondre la conséquence, en tant que résultat de ce rapport, avec une cause ou avec une production humaine, consistant toujours en une réponse à cette dernière relève d’une forme de déraison. De tout cela, il résulte qu’un problème, comme situation insatisfaisante, est celle précisément induite par des causes initiales, les réponses et les conséquences découlant de leur rapport. En ce sens, un problème est une situation dynamique. Jusqu’ici, on voit bien que la définition d’un problème est loin d’être une évidence. Car, les situations telles que vécues et les mots pour les décrire peuvent avoir des sens différents selon les sujets concernés. Cela ne conduit-il pas les hommes à privatiser même une situation insatisfaisante pour tous, selon leur perception jusqu’à adopter des stratégies de réponses menaçant la résolution d’un problème commun ? Cette question montre qu’un individu peut être en face d’un problème ou se poser une question devant ce qui lui apparaît comme une difficulté. Elle suggère aussi qu’une communauté humaine peut être concernée de la même manière de telle sorte que la difficulté et le problème qui la traduit sont partagés ou communs. Le problème a donc des caractéristiques.

Au delà des causes, des réponses et des conséquences d’un problème

Il existe des problèmes individuels ou de couples, de familles ainsi que de collectivités ou de communautés humaines, de la plus petite à toute la communauté humaine. Selon qu’une situation parvient à la conscience et est ressentie comme telle par un ou deux individus, un groupe humain, une nation, un continent, tous les hommes, elle constitue un problème individuel ou partagé, dans le sens identique pour tous. Pour autant, le partage d’une même et telle situation n’en fait pas une préoccupation commune ou collective. Pour le devenir, deux conditions sont nécessaires. D’abord, si ceux la partageant le reconnaissent ensemble comme un problème commun. Ensuite, s’ils choisissent et acceptent de fédérer leur énergie pour y répondre ensemble au bénéfice de chacun et de tous. Ainsi, la finalité de la politique – la vraie – est de tenter d’amener une communauté humaine à réaliser ces deux conditions. Dans ce cadre, les solutions et des moyens communs mis en œuvre sont concertés. De cela, il ressort qu’un problème commun n’est pas nécessairement celui ressenti par une même communauté humaine. Il le devient par le libre choix, donc raisonnable, de ses membres d’en faire leur enjeu commun. Si une telle communauté ne procède pas ainsi, alors, le problème est partagé dans ses manifestations, mais non s’agissant des voies de sa résolution, privatisées quant à elles, dès lors que la situation indésirable leur apparaît privée. Le réchauffement climatique est l’exemple du problème commun le plus simple pour tous, mais restant à mettre en commun. Depuis des pionniers comme René Dumont, les hommes ont fait du chemin. Si la mise en commun du problème commun a connu un réel progrès, personne contestera que globalement les États ne sont pas parvenus à une stratégie et à des solutions concertées ; chacun pensant pouvoir y échapper retranchée derrière ses réponses privées et ses moyens. Ainsi, un problème partagé et non mis en commun se reconnaît quand chacun ou chaque partie de cette communauté tente d’y échapper séparément. Mais, c’est la voie de l’égoïsme sur fond de méfiance face à un problème commun. C’est également la voie certaine qu’aucune de ses parties n’y échappe de manière durable. C’est pourquoi, l’identification et la caractérisation d’une situation insatisfaisante constituent, de fait, la première réponse sa résolution. Comme nous l’avons indiqué précédemment, un problème étant l’étape d’une situation dynamique insatisfaisante, sa résolution consiste à la stopper ou la ralentir. C’est ainsi qu’on peut se rendre compte qu’une situation insatisfaisante mue en problème au sens où ses manifestations affectent durablement ceux qui y sont exposés. Une situation insatisfaisante mue en problème à résoudre quand que la situation initiale n’est pas traitée pour parvenir à la situation satisfaisante. Ainsi, un problème implique pour ceux le définissant et qui y sont exposés, de réduire ou d’éliminer la différence entre la situation jugée inacceptable et celle requise, souhaitée ou acceptable pour eux. Ce passage constitue la résolution ou la réduction du problème ; tel le passage d’un élément chimique, de sa forme instable (oxydée) à sa forme stabilisée (réduite). Le problème constitue sous cet angle, l’élément déclencheur d’un processus de recherches, de questionnements et d’interrogations susceptibles de les conduire à l’identification et à la caractérisation de ses de ses conséquences et de ses causes. En faisant preuve de raison, d’imagination et d’audace, des solutions peuvent alors être identifiées. Des plans d’actions, s’appuyant sur les solutions et les hommes pour les mettre en œuvre, sur la base d’une stratégie permettent alors de le traiter. La résolution du problème est le processus qui va de son identification à sa maîtrise ou à son atténuation sous sa forme supportable et acceptable. Pour une société humaine, cet aboutissement ramène alors le problème à sa forme consubstantielle à l’existence qu’est l’adversité ; l’adversité étant la forme prise par un problème lorsque le sujet-acteur a gagné en autonomie à son égard. D’où l’interrogation suivante : qu’est-ce que l’adversité ?

Sans jouer au philosophe que je ne suis pas, l’’adversité, ce sont toutes les contraintes internes et externes au sujet, telle une collectivité humaine. Elles font de sa liberté, non pas une illusion, mais une conquête concrète et permanente. Elles donnent son sens à la liberté. Alors qu’est-ce que la liberté ? Elle consiste pour une telle société à être responsable d’elle-même ; donc de sa réalité. Il y a un lien entre la notion de problème, d’adversité et de liberté. Un problème est la forme que prend l’adversité quand elle n’est pas maîtrisée ou contenue ; c’est quand le sujet vit la situation comme celle de non-liberté. C’est aussi la situation dans laquelle l’impression de liberté s’envisage comme une illusion. De ce point de vue, un problème humain a toujours à avoir avec la liberté. Comme elle, il invite à la raison pour le ramener à sa forme d’adversité, donc contenue. Car, une situation acceptable est pure illusion si elle est envisagée comme celle du règne des désirs, des émotions et des passions ; c’est vivre dans une condition permanente d’esclave de ses passions ; donc souffrant. D’où l’interrogation suivante : comment une société humaine résout-elle les problèmes auxquels elle est sans cesse confrontée pour vivre dans une certaine autonomie, qu’elle juge acceptable ? Comment contient-elle l’adversité ? C’est en mettant en commun les problèmes et en recherchant des réponses concertées qu’elle y parvient ; qu’elle gagne en autonomie. La condition de cette évolution repose sur son affranchissement de ses désirs égoïstes et de ses passions dont la satisfaction lui est plus pathogène que l’adversité non contenue : les problèmes. Ainsi, lorsqu’un problème social est résolu, les réponses efficaces, basculent dans le champ de la culture de la communauté humaine concernée. Mais, une situation pour laquelle l’application de règles, par exemple de culture ou de connaissances ou de solutions connues suffit à la rendre acceptable cesse de constituer un problème actif ; il devient un problème conjugué. De ce point de vue, et à titre d’exemple, tant que la population d’un village au cœur de l’Afrique respecte la tradition du chef héréditaire, le problème traité par cette organisation n’en est plus un ou est du moins contenu. Il peut le redevenir si une telle population refusait de continuer à observer la règle traditionnelle. De nouvelles solutions devraient donc être concertées. Ainsi, un problème consiste en un enjeu pour passer d’une situation insatisfaisante à une autre souhaitée, car acceptable. Mais, la difficulté de vivre n’est pas un problème définitivement résolu puisque c’est la condition même de la vie. Aussi, du point de vue de l’existence, un problème est la forme circonscrite dans le dans le temps qu’elle prend, lequel temps s’écoule jusqu’à ce qu’une réponse appropriée lui soit appliquée. Et la réponse à un problème humain n’est pas celle d’une équation mathématique. Elle est entachée d’une part de subjectivité. Et la perception même du problème l’est également. La subjectivité est une raison suffisante expliquant qu’un problème humain soit difficile à résoudre et que sa résolution ne soit pas définitive. Pour cette même raison, les réponses peuvent parfois être pires que le problème initial traité. Tels les effets secondaires de médicaments contre une pathologie, ces réponses aggravent la situation telle qu’on fini souvent par en faire le problème en oubliant le problème initial. C’est cette situation précise qui amène parfois à prendre les réponses pour des causes ou le problème, en raison de leurs effets secondaires toxiques. Telle peut être le cas de la guerre civile inter communautaire, en tant que solution d’un différend, aux conséquences redoutables. Elle fait oublier le différend qui explique qu’elle soit une réponse pour devenir elle-même le problème aux yeux des hommes. Ainsi, en raison de l’évolution de la perception des hommes, une chaîne de causes menant à des problèmes et des effets se met en place continuellement. Telle cause initiale produit telles conséquences dans son rapport avec telles réponses. Toutes les trois caractérisent le problème initial. Finalement, les effets des réponses pour traiter les causes et les conséquences peuvent dériver, en de conséquences nouvelles dans la perception des hommes. Quant aux réponses, elles sont transformées en causes, si bien que leur association avec leurs effets donne une nouvelle définition du problème. Sans que le problème initial ait été résolu. Pire encore, ces causes et conséquences nouvelles masquent totalement le problème leur ayant donné naissance. Ainsi, les difficultés à résoudre un véritable problème peuvent naître de la liberté des hommes, déviant et orientant, en l’absence de raison, leurs solutions vers ce qui leur apparaît comme des causes ou ce qu’ils perçoivent comme des problèmes. Mais, leurs solutions peuvent causer des situations qu’ils vivent comme problématiques et occupant néanmoins leurs esprits. Leurs solutions laissent cependant proliférer le problème initial ainsi ignoré, oublié, non traité ou masqué. Or, chaque problème humain est en réalité un problème secondaire au problème initial des hommes ; celui de leurs difficultés à exister selon leurs désirs et leurs passions. Il est contemporain de leur avènement. Pour toutes ces raisons, un problème humain est toujours plus complexe que ce qu’on en perçoit. Ainsi, les difficultés à résoudre un problème social renseignent sur son niveau de complexité.

Problème complexe

Les difficultés qu’éprouve l’Afrique en tentant de résoudre la question centrale à laquelle elle fait face autorisent l’hypothèse selon laquelle son problème est complexe. De cela et s’agissant de l’Afrique, l’objet de nos préoccupations, il peut être déduit qu’une partie de l’ensemble des éléments nécessaires à sa réduction échappe à l’Afrique ou qu’elle l’ignore ou la méconnaît. La complexité suggère également que d’autres éléments de ses caractéristiques peuvent être imprécis, partiels ou contradictoires. Le problème de l’Afrique l’est encore par rapport à la représentation que chaque Africain s’en fait. Il peut enfin être rendu complexe par les systèmes de référence des acteurs africains : références historiques, sociales, politiques, économiques, culturelles ou traditionnelles. Cela justifie l’examen des caractéristiques du problème : sont-elles suffisamment connues, complètes pour permettre à l’Afrique de réduire son niveau de complexité ? Les causes en font partie. Les concernant, il convient de se demander si celles évoquées pour l’expliquer sont pertinentes : si elles contribuent à la compréhension de la situation et à sa résolution. Quant aux conséquences du problème, sont-elles ce que chacun croit connaître ? Est-ce les guerres, les drames, les génocides, les coups d’État ou au contraire la faim, la maladie, l’ignorance et finalement la souffrance ? Il convient également de considérer les solutions de l’Afrique au problème. Quelles sont-elles ? Sont-elles adaptées et produisent-elles, dans le cadre de plans d’actions cohérents des résultats satisfaisants ? Sont-ce alors les plans d’actions et les modalités de mise en œuvre des solutions qui potentialisent le problème de l’Afrique ayant pour conséquence principale sa souffrance de vivre ? Cette question conduit à examiner le plan de progrès de l’Afrique. Le plan d’actions déroulé depuis les indépendances est-il cohérent ? Cette interrogation invite à passer en revue les éléments de ce plan : la contribution des acteurs et leurs productions ; les coûts acceptés de chaque solution et leur finalité et ainsi de suite. Parvenu à cette étape, une dernière interrogation s’impose néanmoins pour cerner complètement le problème : les solutions africaines sont-elles évaluées ; les meilleures pratiques et réponses au problème sont-elles encouragées et généralisées ?

L’analyse de la réalité africaine a pour objet de traiter les questions soulevées par ces éléments de définition. Cette analyse est une prétention : être la lampe permettant d’éclairer le problème pour sa compréhension. Ce parcours est un chemin ; celui menant au fait que son problème se renforce du manque d’une démarche méthodique pour sa compréhension et sa réduction. En clarifiant le problème et la réponse de l’Afrique, on éclaircit pourquoi l’Afrique en est-là : souffrante. Il est donc temps de revenir à la question posée initialement : quel est le problème commun de l’Afrique, quelle est la question commune de l’Afrique ? Pour y répondre, le chemin le plus court consiste à examiner d’abord ce qui est généralement présenté comme le problème de l’Afrique. Réside-t-il dans les traumatismes du passé et de manière générale dans les productions des « Autres » ? Au contraire, sont-ce les productions-réponses africaines qui le constituent ? Consiste-t-il précisément en un écart de comportements des africain par rapport aux valeurs de l’Afrique ? Ou, résulte-t-il d’activités de revendications des parties de populations nationales africaines ? Finalement, est-ce la grande difficulté de vivre de l’Afrique ou faut-il le rechercher ailleurs ? Voici les questions que nous examinerons ultérieurement, à la lumière des éléments précédents de définition du problème et des concepts associés.

Mais avant de quelle Afrique s’agit-il ?

De quelle Afrique s’agit-il ?

Il importe de rappeler que nos préoccupations consistent à trouver le problème commun de l’Afrique. Le sujet auquel se rattache ce problème est donc l’Afrique. Mais alors, qu’est-ce qu’elle est ou de quoi parle-t-on ? Aujourd’hui, peu de monde ignore ce qu’est la vaste portion de terre désignée par l’Afrique. Mais, au delà, qu’est-ce qu’elle est. Pour mieux approcher sa connaissance, nous devons serrer un peu plus près sa géographique, les hommes qui y vivent, leur histoire et leur culture. De cette manière, peut-être même qu’on pourra en définir plusieurs.

Une portion de la Terre

Quand on l’évoque et avant toute autre considération, on pense à une portion de la Terre. En effet, au cours des fracas immémoriaux qui ont modelé tout ce qui nous est accessible, la Terre est apparue ; comme les autres réalités que nous désignons par des planètes, des étoiles, etc…, donc bien avant les hommes. Les africains qui en font leur chez eux sont par conséquent apparus bien après elle ou du moins ne l’occupent. Quelque soit ce que chacun pense de la source de l’existence, ce constat est une une évidence, sinon où poseraient-ils leurs pieds, même s’ils  ? Les mêmes forces qui les ont fait naître n’ont jamais cessé de s’exercer. Elles continuent de modifier, comme hier toutes les réalités. Ce que nous appelons l’Afrique se détachera du reste de la Terre pour devenir ce dont elle porte la désignation que nous connaissons aujourd’hui. On peut tout de suite observer que ce nom, ce sont des hommes qui l’ont attribué à cette portion. Il la singularise du reste de la Terre. Ils y sont parvenus en ayant conscience de sa réalité et de sa situation par rapport des repères, chers à Einstein. Le premier de ces repères, ce sont les hommes eux-mêmes, ainsi que les lieux différents d’où ils sont partis, les espaces qu’ils ont traversés, comme des océans. C’est donc la conscience de l’existence d’autres réalités, comme celle des autres parties de la Terre qui permettra de distinguer l’Afrique, dans l’océan des réalités du monde.

Aujourd’hui, tout le monde semble s’accorder à dire que l’homme est apparu en Afrique. Cela fait encore débat car il semble bien que reconnaître cela est un enjeu. Dans l’esprit de ceux qui ont encore des doutes, peut-être, est-ce reconnaître l’humanité de l’africain que de s’accorder avec ceux qui l’affirment ? Espérons que les Africains eux ne revendiquent pas d’avoir produit cet événement, mais qu’en revanche, ils aspirent simplement à être des hommes, comme tous les autres humains. On peut avoir des raisons et le souci de cette clarification. Car, parfois ils montrent une fierté concernant cet accord partiel alors même qu’ils n’ont néanmoins aucun mérite particulier, ni le concernant ni ce qu’il signifie, sinon que l’avènement des hommes en cette portion de la Terre. Ils se dévoilent ainsi à leurs contemporains, en agissant comme s’ils avaient produit les humains. Ils le font, comme d’autres sont fiers d’avoir produit leur Dieu qu’ils tentent d’imposer aux autres. Dieu, que tous les hommes ont imaginé pour apaiser leurs souffrances face aux innombrables difficultés de vivre. En tout état de cause, les Africains, n’y sont pour rien dans l’avènement des humains. Aucun homme, n’y est par ailleurs pour quoi que ce soit dans l’apparition de l’Homme. Quant à l’hypothèse de Dieu, c’est un objet de divergence et de conflits pour le seul motif que chacun entend que son dieu s’impose comme vérité ; sa vérité puisqu’il en est le créateur. Dieu, est une réalité-hypothèse. Son existence se situe aux confins de nos connaissances limitées, là où la subjectivité est loi. Il devient ainsi vérité par l’effet réel que sa supposition induit sur la vie des hommes. De tout cela, il résulte que les africains ne sont pas non plus propriétaires de cette portion d’espace terrestre nommée Afrique. Et, si cela peut réconforter ceux d’entre eux pensant détenir toute la vérité du monde, les autres hommes ne sont pas non plus propriétaires de leur espace respectif que l’histoire du monde les a amenés à occuper. Chaque espace revendiquée par volonté absolutiste ne doit rien de son existence aux hommes. Certes le voyage des hommes et les productions qu’ils y ont réalisées les lient à leur espace revendiqué, sans que ce lien soit absolu en soi, puisqu’il dépend des hommes eux-mêmes.

Quels que soient l’origine et le lieu de l’apparition de l’Homme, tous les hommes résultent du même voyage que celui de toutes les réalités du monde. Il tire sa spécificité de son humanité, à savoir cette capacité de pouvoir agir sur sa propre réalité dans les limites des contraintes qu’il ne peut que réduire. Car, contrairement à la définition populaire, l’humanité de l’homme ne se réduit pas à ce qu’il produit d’agréable pour lui-même. Ce qui dans sa production affecte et altère ce qu’il entend être est tout aussi humain, car c’est ainsi que l’énergie qu’il incarne sous sa forme humaine se révèle et se dissipe dans l’environnement. Les richesses africaines, posées souvent comme préalables à toute discussion et justifiant, dit-on, l’activisme des autres, n’ont pas été produites pas les africains, ni par aucun homme. Du point de vue de l’histoire, le fait que les africains occupent cette portion de terre ne les en rend pas propriétaires. Et cela est vrai pour d’autres ressources naturelles ailleurs dans le monde. Elles résultent du mouvement global du monde, du voyage de je ne sait quoi qui apparaît tantôt, en totalité ou partiellement sous la forme de la matière, de l’énergie, de l’esprit, de quelque production que soit, d’inertie, de mouvements de toutes natures et amplitudes, donnant au temps sa définition. Ces fameuses richesses se sont constituées avant les hommes et donc avant que les africains n’occupent cette portion terre, nommée Afrique. Abrégeons cette digression, car nous discuterons ce thème ultérieurement en même temps que celui de “la cause des Autres”. Achevons donc la description de l’Afrique physique par le climat, pour mieux introduire un premier élément de variabilité. L’Afrique est multiple par son climat. L’Afrique du Nord, désignée par le Maghreb est tempérée, ainsi qu’on peut en dire de la pointe sud, sans que les deux soient fasse un. L’Afrique tropicale à subtropicale bénéficie davantage d’un climat chaud et humide, encore que le Sahel gagne du terrain. Quand au reste de l’Afrique formant des bandes horizontales entre les tropiques, le climat est de type désertique à sahélien, à savoir très chaud et sec. Ces facteurs ont cependant influencé les hommes constituent en l’état des facteurs non pas d’unité mais de variabilité faisant de l’Afrique une réalité multiple.

Des “Afriques” au plan historique et culturel

Sur le plan historique et culturel, l’Afrique est complexe, car il y en a plusieurs. Nous ne pouvons les aborder sans évoquer les africains qui ont fait cette histoire et cette culture. Et, contrairement à la terre d’Afrique, qui ne doit rien aux africains, la culture et l’histoire de ces derniers sont leur œuvre. Remarquons aussitôt que c’est même plutôt la géographie qui les as influencés.

Il existe une Afrique des traditions africaines, sur lesquelles personne ne peut affirmer que tous les Africains sont d’accord pour continuer à faire exister certaines d’entre elles. C’est celle dont l’existence s’étend de l’aube de l’homme jusqu’à la rencontre des hommes y vivant avec leurs contemporains, façonnés par d’autres géographies à l’issue de leur voyage. Il y a celle d’inspiration arabe qui a résulté de la rencontre avec l’empire arabo-musulman. Enfin, il y a l’Afrique latine et anglo-saxonne qu’on peut regrouper par souci de simplification en une Afrique occidentale. Il y a néanmoins un élément culturel commun à ces quatre principales “Afriques”, du point de vue culturelle. Dans ses grandes lignes, ce sont les traditions initiales auxquelles une grande majorité des africains sont sensibles. Le fait que dans un même espace vit une Afrique à la fois traditionnelle, d’inspiration orientale et d’obédience occidentale participe à cette complexité. L’Afrique peut ainsi être segmentée culturellement et pour les besoins de l’analyse, selon plusieurs combinaisons par effet de l’influence des rencontres historiques. Cependant, une Afrique des traditions demeure en chaque africain, même en celui le plus influencé culturellement. Cela, ses gardiens aveugles semblent ne pas le percevoir en un tel africain, focalisés qu’ils sont, sur la traque en toutes circonstances de quelques influences impérialistes. On ne peut pas cerner le sujet de nos préoccupations si on ne reconnaît pas qu’il existe une Afrique traditionnelle, majoritaire à la sortie des villes, une Afrique à la fois traditionnelle, orientale et latine, d’une part et une Afrique tout aussi à la fois traditionnelle, orientale et anglo-saxonne, d’autre part ainsi que toutes celles issues d’autres combinaisons n’impliquant que deux influences. Selon que leur regard est majoritairement pointé vers la Tradition, La Mecque ou vers Rome participe à leur différenciation culturelle. Ainsi l’essentiel de l’Afrique du Nord et une large portion occidentale, sahélienne et orientale regardent plutôt vers la tradition et La Mecque. Une autre portion occidentale, la quasi-totalité de l’Afrique Centrale et du Sud fixent la direction de la tradition et de Rome. Cependant, quel que soit la direction de leur regard, une large part de chaque Afrique est imprégnée par la Tradition africaine, la culture avant ses rencontres successives. Ainsi, s’il y a bien un endroit du monde où la culture africaine, la culture orientale et européenne, voire asiatique cohabitent en les mêmes hommes, c’est bien en Afrique. Certes, ailleurs dans le monde, on retrouve parfois ici et là cette complexité culturelle. Mais, elle est apparente cependant. Car la réalité est qu’on y observe en proportion une faible imbrication des cultures en les mêmes hommes ou communautés là où elles sont tolérées, et pas du tout là où les influences sont combattues. Au delà de ce qui vient d’être énoncé, on peut ajouter d’autres facteurs de complexité, y compris s’agissant des communautés formant de nos jours des États. Ces éléments ont trait à la manière dont chaque africain ou chaque communauté a participé aux différentes histoires qui ont apporté des influences extérieures. Entre ceux dont les aïeux ordonnaient la souffrance des aïeux des autres au cours de ces histoires traumatiques et ces derniers, leur perception peut-elle être convergente, sans aucun effort de la raison ? Indépendamment même des types phénotypiques, sont-ce les mêmes africains ?

Pour compléter ces éléments de complexité d’une Afrique multiple, nous évoquons les types phénotypiques et historiques d’Africains. D’une part et à titre d’exemple dans la partie sud, entre des africains d’origine européenne, asiatiques et africaine, le phénotype peut constituer un élément de complexité, d’autant qu’il est facile à remarquer. Sans doute pas pour ceux qui entendent occulter toute analyse rigoureuse par un mépris de la réalité, préférant ne pas voir la réalité et en user cependant comme ressource privée, plutôt que de la regarder et la prendre en compte dans l’appréciation des difficultés. On peut aussi superposer les types phénotypiques, historiques et culturels à l’Afrique terrestre ; cela donne d’autres éléments de segmentation. Par exemple, les Africains berbères, arabisés, arabo-berbères de l’Afrique à la fois traditionnelle, orientale et occidentale occupent principalement la moitié nord tandis que celle des noirs à la fois traditionnelle et occidentalisés occupe la moitié sud et centre, avec quelques minorités orientales ici et là.

Ainsi, derrière l’apparente réalité unique que l’Afrique, elle est au contraire à la fois multiple et complexe ; sauf pour ceux qui entendent ignorer la prise souvent des subjectivités sur l’esprit des hommes. Les facteurs géographiques et climatiques, les types phénotypiques et l’histoire que les hommes qui s’y sont rencontrés ont produite, sont autant éléments qui ont agi sur les hommes demeurés en cette terre d’Afrique, qui on influencé les réponses qu’ils ont estimées utiles pour réduire leurs difficultés de vivre. Ces réponses elles-mêmes ont contribué à leur tour à façonner des “Afriques” et des Africains jusqu’à produire une Afrique en réalité multiple et complexe.

L’Afrique existe-elle en tant qu’unité géographique, historique et culturelle ?

Existe-t-il cependant une un élément d’unité ou d’identité, définissant l’Afrique qui nous préoccupe ? Sur la base de l’analyse précédente, la géographie n’autorise guère à la penser : les larges bandes désertiques au nord et au sud et les régions sahéliennes n’ont rien de comparable avec les zones de forêts équatoriales, même si de nos jours ces dernières n’offrent que leur souvenir de leur luxuriante verdure. Les hautes terres d’Afrique de l’Est n’ont que peu de choses en commun avec le reste de l’Afrique. On peut fonder une unité approximative sur le type phénotypique des hommes. Mais les africains ne sont pas que noirs. Il y a des africaines de type berbère, sémitique, européen ou asiatiques et issus des combinaisons des différents types. On peut aussi la fonder sur la culture. Mais, on peine aussi à la définir si on tente d’y parvenir. L’histoire a contribué à façonner sa culture multiple et complexe. Que partage l’africain de confession musulmane du sahel avec celui influencé par la culture latine du Bénin ou de l’Angola, ou encore par la culture afro-anglo-saxonne du Nigeria, du Ghana ou de l’Ouganda ?

L’Afrique culturelle ?

On peut sans doute concevoir une Afrique culturelle, reconnaissable en chacune de toutes les autres, celle qui déborde des cultures orientale, latine, anglo-saxonne : c’est l’Afrique des traditions noires africaines. Sans que nous soyons en mesure de la définir précisément, c’est cette dernière qui constitue l’élément d’unité du point de vue culturel. On peut l’approcher dans l’agir de plupart des hommes d’Afrique. Cependant, les africains de la zone forestière ne sont pas les mêmes que ceux des zones de savane et sahélienne. Même dans des territoires communs, ceux qui sont pasteurs ne sont pas tout à fait les mêmes que ceux qui sont cultivateurs ou pêcheurs. Le type culturel, ne serait-ce qu’en matière agricole, d’élevage et de pêche, suffit à l’affirmer à minima l’existence de variabilités. Les conflits entre agriculteurs et pasteurs africains nous enseignent régulièrement leurs divergences au sujet de la manière d’exploiter la terre. Ces exemples confirment qu’il y a pas une Afrique en laquelle chaque africain peut se reconnaître et être reconnu, sans qu’il y ait des aspects sujets à débat. Ainsi, cet élément d’unité présente elle aussi des variabilités. Ils peuvent cependant être minorés à la faveur de l’avènement d’un espace social commun, rendu possible par l’aplanissement des divergences. Mais, pour l’instant, ils existent bel et bien. C’est la raison pour laquelle, concernant l’unité de l’Afrique, on est en droit de se poser la question de savoir si le niveau politique constitue son espace ou si c’est le plan économique qui le constitue.

L’Afrique politico-économique ?

L’Afrique bénéficie d’énormes quantités de terre à mettre en valeur. Elle a les mêmes besoins que d’autres peuples, de s’accorder sur le contenu de sa culture. Ces exigences sont en lien étroit avec la relation entre les hommes et leurs communautés ethniques, religieuses ou historiques. En matière de gouvernance politique, entre l’expérience sud-africaine et celle des pays qui ont passé le cap de deux élections libres et ceux qui n’en ont même pas encore fait l’expérience, qui peut oser parler d’unité au plan politique, en se référant simplement à l’Union Africaine et à des ensembles politico-économiques ici et là  ? Peut-être, si l’on considère l’absence de parlementarisme et en revanche l’unité ou identité s’agissant de l’existence d’hommes providentiels ou de fortes personnalités dont de nombreux africains sont friands, mais qui soit divisent ou s’imposent avec leur communautés à d’autres. Les africains ont produit des pharaons, des « Famiens », des « Rois des rois », des “Pères de nations” et la liste es longue. Mais, comme partout dans le monde où les hommes procèdent ainsi, ils étaient des rois et empereurs d’empires ou de royaumes fragiles par leur principe premier de considérer l’empire ou le royaume comme la propriété d’une famille singulière, d’une communauté particulière, qui fait d’eux précisément l’africain remarquable, en étant roi ou empereur. Et ça continue de nos jours. Car, contrairement aux États-Unis, qui ont inventé la notion de président, pour la substituer à celle de roi ou d’empereur, le président africain dans une large partie du continent demeure, dans l’esprit, un roi, à l’échelon d’un pays vu comme un royaume, mais aussi le chef d’une communauté se préservant des autres pour être remarquable et le demeurer. Ainsi, la raison doit s’incliner devant un élément d’unité : la confiance dans le passé et dans la place occupée par rapport à ses contemporains. Mais, un élément d’unité qui rend impossible l’existence d’une Afrique unique et la fractionne au contraire est-il ?

L’Afrique historique

Certains analyses évoquent un autre élément d’unité, dès qu’il s’agit de définir l’Afrique à l’attention d’un interlocuteur l’extérieur : il s’agit des histoires partagées qui ont rendu possible les influences extérieures ; elles sont perçues comme élément d’unité. Mais, dès qu’il s’agit de la définir, pour les africains eux-mêmes, telle qu’il la voient, ces histoires constituent des éléments de différenciation, les uns des autres, selon la manière de les regarder, toutes subjectivités dans le regard, comme des loupes. La réalité qu’est l’Afrique, définie à la fois, par une référence à ces histoires prenant un caractère englobant et fragmentant à la fois n’existe pas ; soit il y en a une, soit il y en a plusieurs. Ici aussi, on peut noter la conception de l’espace de sécurité à l’œuvre : vis-à-vis de l’extérieur, il y en a une, mais de l’intérieur, il y en a plusieurs, sur la base de la même référence. Une lecture complémentaire rend compte du fait que si ces histoires ont contribué à façonner des “Afriques”, elles n’ont pas eu raison d’un des véritables éléments d’unité : l’inégalité sociale. Définir une Afrique impose par conséquent de résoudre deux défis : le défi de l’égalité et celui de digestion de ses influences.La tradition d’inégalité unit toutes ses parties mais les oppose désormais, en raison des influences. Les influences historiques les divisent, certains entendent intégrer des aspects en tant qu’éléments d’unité. Voici les enjeux au terme desquels il sera acceptable de donner une définition de ce qu’est l’Afrique. Pour l’heure, souffrons de constater qu’il en existe plusieurs, parfois même en le même africain.

L’Afrique unitaire n’existe pas

Au terme de ce développement et outre le continent physique, on peut retenir que fragilité et instabilité culturelle, d’une part et l’attachement à l’inégalité, d’autre part, sont à courte vue les deux éléments constitutifs d’unité de l’Afrique aujourd’hui. Car, il est frappant et préoccupant de constater que les éléments de contour d’une Afrique unique et singulière, au delà de sa multiplicité et complexité, constituent en même temps des facteurs toxiques à son existence. Car, l’unité à laquelle ils conduisent constitue un sujet d’opposition de ses parties. D’une part, la conception et la volonté de supériorité qui confie les espoirs de sa réalisation à la violence pour tenter de dominer. D’autre part, la volonté d’égalité, d’équité et de liberté, qui confie les siens aux audacieuses productions pour tenter de changer les facteurs d’unité, à bâtir sur des bases communes. Entre l’unité contrainte et l’unité libre, voici deux conceptions opposées qui, d’une certaine manière, stoppent la marche de l’Afrique en en faisant une Afrique fragmentée. Pour conclure, nous énonçons que la géographie ne constitue nullement un élément d’unité de l’Afrique. L’histoire non plus, dès qu’on accepte d’aller au-delà des notions de traites et de colonisation, pour disséquer de quelle manière ces histoires ont façonné avec la géographie les hommes et leurs productions, les rendant différents les uns des autres. Certes, l’inégalité sociale est l’élément d’unité de l’Afrique traditionnelle en chaque africain. L’Afrique multiple issue de l’influence orientale et occidentale trouve son unité dans cette conception, partagée naguère avec les peuples qui l’ont influencée.

Dernière tentative de définir l’Afrique

Pour les besoins de l’analyse, on pourrait cependant poser arbitrairement l’hypothèse de ce qu’est l’Afrique du sujet traité, comme étant celle située en dessous du désert du Sahara. Elle est léchée au sud par les vagues du Pacifique. Il aussi de celle africains majoritairement à peau noire, dont certaines de ses parties ont souffert des affres aussi bien de la Traite orientale, de la Traite atlantique, que de la colonisation occidentale. C’est donc l’Afrique qui a partagé la plus longue histoire, don elle semble en faire son élément d’unité dès qu’il s’agit d’en donner une définition à l’extérieur. Même en lui déniant le but de l’isoler de l’Afrique maghrébine et méditerranéenne, cette segmentation ne suffit pas malgré tout à délimiter le champ de l’effort de recherche à faire dans le cadre de la quête. Parce que, comme cela a été dit, une telle Afrique n’est pas unitaire. Ainsi, l’Afrique dont il s’agit dans ce travail peut être celle dite noire, à la fois traditionnelle, orientale et occidentale en sa double composante latine et anglo-saxonne.

Mon Afrique

Il ne reste plus qu’à en supposer une, qui n’existe pas encore, mais qui puisse le devenir par l’effet d’un élément d’unité à imaginer. Une telle Afrique dépasse nécessairement les éléments de multiplicité et de complexité précédemment évoqués : à savoir la géographie, les hommes et la couleur de leur tégument, leurs histoires et leurs influences sur leurs pensées et leurs croyances. Elle peut être définie par un espace social commun africain, constitué par tous les hommes revendiquant d’être africains pour l’avoir précisément fait être. Or, pour constituer un tel espace, la difficulté qui empêche la marche vers son avènement doit être identifiée et posée comme l’opération à effectuer pour y parvenir. En ce sens, l’Afrique dont il s’agit en ce lieu de débat est constituée par les africains mettant cet objectif en commun et ayant la ferme volonté de la faire être en tant qu’un espace d’économie collective du progrès. Voilà l’Afrique à venir, dont la recherche de son problème commun constitue la première étape. Autour de ce problème alors identifié par eux se bâtira l’Afrique du sujet traité.

C’est pour toutes ces raisons que l’Afrique dont nous poserons la difficulté sous la forme d’une question à traiter est l’Afrique qui marque la plus grande envie d’avancer. Ainsi, la désignation du problème commun de l’Afrique est constitutive de l’Afrique elle-même. Puisqu’elle implique que des africains reconnaissent ensemble une situation donnée comme leur difficulté commune, qu’ils la posent ensemble comme un problème à résoudre collectivement et soient résolus à rechercher ensemble les moyens d’y parvenir ensemble pour rendre plus efficiente leur économie de l’existence.

La question à débattre : Quel est le problème commun de l’Afrique ?

Quel est le problème commun de l’Afrique ?

Telle est la question centrale débattue en cet espace. Cette interrogation est en soi une prétention, puisqu’elle suppose l’existence d’une telle réalité, celle qui explique sa marche lente, voire son arrêt et peu productive, pour ne pas dire peu efficace. Le lecteur patient, parvenu à cet article peut s’impatienter que l’hypothèse de problème ne soit pas encore identifiée. On tourne autour du pot en quelque sorte, pense-t-il ? On peut entendre son impatience. Mais, une question se pose cependant. Est-il sûr que le débat peut reposer sur des bases accordées sans accord préalable sur la question centrale ?

La question est le cœur de ce débat. Elle constitue l’une des clés de lecture et de contribution au débat : d’un côté ceux qui mettent en commun cette supposition et de l’autre, ceux qui posent le contraire. Mais, au sein même du premier groupe auquel j’appartiens, sommes-nous tous d’accord sur les termes même de la question ? Si tel n’est pas le cas, comment parvenons-nous à une quête commune fructueuse et aboutissant à démontrer au second groupe son erreur ?  Voici le premier enjeu. Car, la question est à l’évidence simple. Mais, il ne faut pas s’y tromper, elle est plus complexe que ce donne la première impression. Car quelle réponse attend-on de “quel” ? Que signifie “problème” et sa caractéristique “commun”, veut-elle dire “partagé” ? Enfin, de quelle “Afrique” s’agit-il ? Ainsi, il est primordial que la question à débattre soit clarifiée ; ce qui implique d’obtenir un accord minimal sur sa compréhension.

Notre approche nous conduit à nous placer dans la lumière des règles grammaticales, pour observer que le sujet à comprendre consiste en une phrase ; sa structure à juste titre interrogative est ponctuée par un point d’interrogation (?). Il est donc une interrogation ; il invite par conséquent à trouver une inconnue et non pas à s’épancher, sans direction ni but précis, sur une réalité donnée. Dans le développement de l’approche, on analysera les termes du sujet, donc de la phrase. Pour cet exercice, on se placera aussi sous sous l’autorité de quelques catégories définies par Aristote – histoire de jouer à l’apprenti-philosophe.

Débat autour de la compréhension d’une phrase

Accord sur le complément

La phrase commence par un déterminant  : “quel”. Il est aisé de remarquer qu’il renvoie à trouver une réalité singulière puisque par sa connaissance, on désigne le problème particulier recherché : on le détermine. Le désigner implique que le problème sera posé et clarifié. Le problème désigné et substitué à “quel” fait partie d’une espèce de réalités nommée le problème, lequel à son tour appartient à un genre de réalités qui n’est rien d’autres que tout ce que nous analysons et désignons ordinairement par “la difficulté”. Aux difficultés, les philosophes préfèrent le terme savant “d’apories”, pour dire contradictions, embarras, tant celui qui est concerné se trouve dans sa marche (celui de son esprit vers ce qui est vrai, donc acceptable) devant deux situations. S’agissant de l’Afrique, elle se trouve en face de deux situations consistant en ses conditions concrètes d’existence et celles auxquelles elle aspire. Ainsi, nous cherchons à identifier et à désigner ce problème singulier, au milieu d’un ensemble d’autres problèmes singuliers, eux-mêmes consistant en une manière de mettre en équations d’innombrables difficultés rencontrées et à résoudre . Par conséquent, poser ce problème, c’est l’identifier, c’est préciser ce qu’est “quel”, comme la forme sous laquelle le problème de l’Afrique se présente. Par cette opération même, on accède à sa substance, à ce qui fait sa singularité par rapport tout ce à quoi on l’assimile parfois. Le fait que le déterminant “quel”, soit associé au verbe d’état conjugé ici “est” en fait l’attribut d’un problème particulier parmi d’autres. Trouver l’attribut en le posant permet de de spécifier. Comme tel, “quel” est un qualificatif de ce problème, il clarifie son état. Comme qualificatif  soit au singulier, il implique de trouver un problème unique et non des problèmes que certains analystes voient souvent partout, dès qu’il s’agit de l’Afrique. La réponse recherchée ne peut donc pas consister en l’évocation ou la désignation de problèmes, certes dignes d’intérêt pour l’analyse et la quête. La catégorie de la quantité ou du nombre de la réalité recherchée est ainsi partiellement précisée ; nous compléterons ce point ultérieurement. Ainsi, on cherche donc un problème singulier posé et non des problèmes posés, encore mois des réalités ne consistant ni en des problèmes, ni en des problèmes posés.

Accord sur la signification du verbe

Ensuite, le groupe verbal. “Est”. Il s’agit de l’auxiliaire être. Le fait d’être conjugué au présent oriente la recherche et suggère de déterminer la qualité ou l’état de ce problème singulier. Le temps de conjugaison (présent) impose de trouver le problème actuel, vécu par les africains aujourd’hui ; inutile donc de chercher un problème du passé ou de faire l’hypothèse de problèmes futurs. Le présent implique également qu’en plus de ne rechercher qu’un problème singulier, il est inutile d’en rechercher un autre qui soit continu ; en d’autres termes dont on ferait remonter l’existence depuis le passé. Il s’agit donc bien du problème tel que les africains le perçoivent à l’instant même où ils se pose cette question. Les termes de la quête se précisent ainsi : le problème est singulier parce qu’il est unique, actuel et non continu en venant du passé ou discontinu, parce qu’actualisé au présent. Il est celui concret des africains à chaque instant où chacun ils se pose cette question ; quelles que soient par ailleurs les circonstances dans lesquelles elle est posée. Ce problème peut renvoyer des d’actions dont il résulte ou qu’il induit, sans être ces actions qui lui sont liées. La réponse à la question ne consiste donc pas en des causes, des réponses et des conséquences. En parvenant là, on voit bien qu’il faudra donc distinguer ce problème de réalités consistant en causes, réponses, conséquences, qui néanmoins à préciser pour les distinguer de lui.

Accord sur le sens du sujet

Enfin, le groupe sujet : “le problème commun de l’Afrique”. En l’état, c’est un véritable groupe sujet. Il facilite la quête en nous précisant la relation du problème singulier recherché et sa qualité : “quel”, comme état ou désignation, doit être celui d’un problème de l’Afrique. Sa singularité est renforcée par l’épithète “commun” le distinguant de tous les autres problèmes de l’Afrique. En concernant l’Afrique, il donne une idée du lieu où il se pose et est posé et où ceux qui sont censés le définir et agir en face résident majoritairement. Mais, on ne sera pas plus avancer en restant là, car qu’est-ce que l’Afrique du groupe sujet ? Le sujet qui comporte plusieurs termes doit par conséquent être clarifié : “Le problème” est ce dont on cherche un état, une désignation, une qualification, laquelle est l’inconnue “quel” à trouver ; l’inconnue qualifie et désigne à la fois le problème singulier dans cette espèce de réalités désignées par “le problème”. Peut-on désigner ce problème singulier sans avoir défini l’espèce de réalités qu’est le problème et à laquelle il appartient ? Pourra-t-on valider quelque réponse concernant sa désignation si aucun accord préalable concernant la définition du problème ne sert d’étalon ? Et, comment clarifier ce que signifie le problème”, si nous ne le distinguons pas des termes proches comme une question, une interrogation, une équation, un mystère. Comment le distingue-t-on de la difficulté, qui est le genre du problème et qui regroupe toutes les réalités que nous nommons par “difficulté” ? S’agissant de “commun”, comme épithète, il est un qualificatif du problème particulier recherché. Il nous indique que parmi tous les problèmes singuliers de l’Afrique identifiables, il s’agit de ceux qui sont communs à l’Afrique. Et “commun” signifie-t-il “partagé”par les africains ou “mis en commun” ? On le voit, il est nécessaire de disposer d’un accord sur ce point, sur la base peut-être de critères convergents. Et, parmi les problèmes qui répondraient à la définition de “commun” ayant fait l’objet d’un accord, comment valide-t-on celui précisément qui soit, non seulement singulier mais commun à l’Afrique, si l’Afrique n’est pas définie ? Nous en arrivons enfin au terme “de”. Cette préposition rattache le problème commun à trouver au terme “l’Afrique”, faisant du problème singulier commun recherché, celui de l’Afrique. Mais, alors, “de” introduit-il le lieu où ce problème est observé ou vécu, ou indique-t-il introduit-il des détenteurs ou propriétaires ou indique-t-il simplement ceux qui le définissent ensemble comme un problème commun, en raison d’être concernés par ses manifestations et donc à traiter ensemble ? Même si nous parvenions à un accord sur ce que nous entendons par l’Afrique, ne pas s’accorder sur le sens de “de” permet-il de clarifier la compréhension de la question ? A l’évidence, non. Et, si l’Afrique n’est pas définie ou du moins l’objet d’un accord, la réponse à la question initiale ne peut faire l’objet d’aucun accord.

Le débat sur la compréhension de la question est nécessaire.

 Comme on peut s’en rendre compte, tout cela est indispensable et nécessite d’être débattu. Pour éviter des quiproquos et des monologues juxtaposés, envenimant inutilement trop souvent le débat, dès qu’il est engagé. Il ne nous reste plus qu’à poursuivre la discussion pour tenter de préciser les termes de la phrase introductive du débat. L’enjeu en vaut la chandelle : nous accorder sur le sujet à traiter, disposer d’un cadre accordé d’analyse, de moyens accordés de confronter les hypothèses de réponses et de ceux permettant de nous accorder sur l’hypothèse approchant le plus la réponse à la question posée.

Le débat, y compris terminologique et méthodologique, que nous engageons sur ce point produira,  en fonction des avancées, le temps nécessaire pour un accord sur les bases de la quête et de la discussion du problème commun de l’Afrique. Le stade où nous en sommes nous renvoie aux questions suivantes : Comment distinguer le problème particulier recherché d’un autre ? Qu’est-ce qu’un problème, par rapport à une difficulté, une question, un mystère ? Qu’entendre par qu’un problème commun ? Qu’est-ce que l’Afrique dont nous recherchons son problème commun ? etc… Voici les termes de ce débat avant que quelque hypothèse ait un sens.

La juste attitude face à la difficulté de vivre de l’Afrique.

La grande peine de vivre de l’Afrique est insupportable. Elle appelle à agir. Les Africains agissent déjà. A mieux agir donc.

Mais, comment y parvenir si ses problèmes sont perçus comme leurs causes ou leurs conséquences. Comment le faire si les réponses de l’Afrique sont prises pour ses problèmes ? Quelle pertinence les solutions proposées par quelques débatteurs peuvent-elles avoir si le problème est confusément posé ? C’est pour contribuer à formuler les meilleures réponses que j’élargis en ce lieu même le débat. C’est avant tout, un débat entre Africains. Le lecteur non africain pourra néanmoins y prendre part. S’il est intéressé par la réduction de la peine de l’Afrique. Et s’il s’arme de courage, pour ne pas sacrifier ses arguments les plus pertinents et utiles à l’Afrique aux passions et aux tragédies de l’histoire. Ce débat doit reposer au préalable sur un constat partagé et accepté : les états de l’Afrique de naguère à aujourd’hui résultent, au moins en partie, de ce que les Africains ont produit dans leurs rapports à l’environnement ; y compris avec d’autres sociétés humaines. Le caractère traumatique de certains de ces rapports ne change pas ce fait. Ils ont donc produit leur histoire, avec l’esprit et les moyens qui étaient les leurs face à l’adversité. Et ils continuent de procéder ainsi, pour réduire leur peine de vivre.

Pour que ce débat mène l’Afrique sur la voie de la sortie du noir, nous devons nous interroger sur ce qui est le problème de l’Afrique. Cette question nous conduira à explorer ce qui constitue la situation inacceptable partagée et mise en commun par les africains organisés en collectivités nationales. Continuer la lecture de « La juste attitude face à la difficulté de vivre de l’Afrique. »

Au secours, “la nouvelle africaine” ! (5)

Le “Djassi” et le problème de l’Afrique contemporaine.

Voici le dernier article consacré à l’analyse de l’intérêt de “La nouvelle africaine” pour tenter de clarifier la problématique de ce qu’est la difficulté principale de l’Afrique.

Avant d’achever cette analyse, autorisons-nous une digression par rapport à la ligne directrice jusque-là développée. Le lecteur, amoureux de littérature et ayant été intéressé par la lecture des précédents articles, aura sans doute eu l’impression qu’elle n’a rien à avoir avec la nouvelle, au sens d’un genre en littérature. Pourtant, si nous prenions soin de ne rien segmenter, mais de rechercher un principe commun aux productions humaines, certes particulières dans leurs formes, on pourrait faire l’hypothèse de l’existence de tels principes. En littérature, une réalité ou histoire est racontée à travers un texte désignée par “nouvelle”, selon des règles propres au genre. Ainsi, un livre consistant en un recueil de nouvelles regroupe des histoires se rapportant à un même sujet que l’auteur traite. S’agissant du “Djassi”, on peut observer que le “voyageur” africain  raconte et partage des histoires différentes, vécues au fil de ses aventures. En cela, chaque histoire délivrée au cours du cérémonial du “Djassi” est proche de la nouvelle narrée par le nouvelliste. Et les histoires qu’il raconte lors des différentes occasions de ce cérémonial se rapportent elles-aussi à un même sujet : celui de réduire la difficulté collective de vivre. Sur la base de ces énoncés, on peut donc s’autoriser à rapprocher le genre littéraire qu’est la nouvelle de la “nouvelle africaine” qui n’est rien d’autre que le récit de la réalité vécue d’un voyageur”. Et, si l’on se pose la ,question de savoir qui donne la nouvelle, la réponse est le “voyageur”. Il peut être un écrivain ou quelque contemporain qui a des choses à exprimer à propos d’un sujet pour lequel il a une connaissance ou des hypothèses pour sa compréhension ou tout simplement quelque chose à communiquer. C’est dire l’importance de la “nouvelle”, comme modalité particulière d’être avec les contemporains, de communiquer avec eux et ainsi de participer à la marche collective d’un espace social commun. Clôturons donc cette digression pour revenir à ce dernier article qui traite la question suivante : le “Djassi” n’est-il devenu qu’un vestige historique ?

De nos jours, des africains peuvent avoir peur de contribuer à la marche collective pour qu’elle soit plus bénéfique pour tous. Cette crispation les éloigne des citoyens qu’ils espèrent être. Il y a plusieurs raisons à cela. La peur du pouvoir des gouvernants y est sans doute pour quelque chose. Le passage des communautés nationales africaines à des formes de monarchies absolues aux « monarchies monopartites » et aux « démocraties mornarchiques » ou structures approchantes que d’aucuns désignent par le néologisme de “démocratures” n’y a rien changé. Car, il semble bien que nombre de ces dernières sont également viciées et vicieuses. Le souci de conserver ses avantages ou sa situation personnelle du moment en fait également partie. Cependant, la première raison est souvent davantage commode et valorisante pour expliquer quelques fois le manque d’audace et en fin de compte l’inaction. La peur des maîtres penseurs stresse ainsi la volonté de restituer et de partager le résultat de la pensée et de la connaissance humaine à laquelle on accède, d’autant que ceux-ci se muent parfois en maîtres censeurs.

Dans ces conditions, beaucoup de “voyageurs” africains optent pour le partage de leurs “nouvelles” avec ceux avec lesquels ils croient et espèrent ne prendre aucun risque. Quand on a en commun un même espace social, y compris avec ceux avec lesquels on évite de partager les matériaux de formulation de l’économie collective du progrès , parce qu’on a peur d’eux, cela ne peut aboutir qu’à une sécurité peu durable. Vivre, c’est marcher de progrès en progrès et la sécurité en fait partie. C’est aussi accepter de prendre un risque, puisque qu’il n’y pas d’existence sans adversité. Quel est le résultat de cette vaine attitude. En agissant ainsi, une grande partie de la pensée et de la créativité des africains se perd et se dissipe inutilement ; son expression étant à la fois placée sous l’autorité  de leurs aspirations légitimes à la sécurité, ainsi que sous celle des détenteurs de la vérité, les maîtres penseurs et censeurs. Sans indexer ces africains, on peut tout de même s’accorder à observer que cette situation affecte la marche de l’Afrique qui repose alors et trop souvent sur les peurs et des subjectivités imposées comme des vérités.

Continuer la lecture de « Au secours, “la nouvelle africaine” ! (5) »

Au secours, “la nouvelle africaine” ! (4)

Djassi” et espace d’économie de l’existence

Nous l’avons vu précédemment. Le « Djassi » consiste en une double représentations. Comme « frontière », il peut être matérialisé avec un simple crayon. Il marque une ligne de séparation conceptuelle entre deux espaces. La cérémonie du « Donner les nouvelles », constitue le mécanisme par lequel cette frontière conceptuelle, qui sépare un espace de sécurité ou à sécuriser d’un autre, perçu essentiellement comme dangereux, est rendue sure. Appliqué à l’histoire de Afrique en général, l’observateur attentif peut alors comprendre les enjeux du présent africain. Sur la base de l’opposition d’une double association entre d’une part, espace sécurisé – liberté et progrès, et d’autre part, espace non sécurisé – étranger, danger et source de difficulté. Ainsi, s’est construite la représentation de la communauté dans l’histoire. La communauté restreinte s’imprime alors à l’esprit comme celle de l’espace d’économie collective de la liberté. Elle s’oppose alors au reste de l’environnement. En cela, il n’y a rien d’inhumain, mais une part de l’expression de l’humanité entière, selon l’époque. Le cérémonial du « Djassi » est aussi un cadre collectif permettant au “voyageur” de contribuer à la connaissance de l’environnement extérieur et de participer à l’économie collective du progrès, dont il est un instrument .

Ainsi une observation attentive rend compte de ce que ces africains d’hier considéraient comme le cadre de production de leur liberté, de leur sécurité et de leur équilibre. L’attachement à la communauté restreinte repose sur la perception de cet espace par rapport à celui extérieur  à la fois utile et dangereux. Cette vision ne rejoint-elle pas finalement celle de tous les hommes ayant donné naissance à plusieurs mondes, aux réalités naturelles et artificielles, au bien et au mal ainsi qu’à la segmentation de la communauté humaine, constituée en différents États-nations ? Mais, y a-t-il d’un côté l’espace restreint sécurisé et le reste de l’environnement, comme essentiellement dangereux ? Continuer la lecture de « Au secours, “la nouvelle africaine” ! (4) »

Au secours, “la nouvelle africaine” ! (3)

Djassi“, frontière, rôle et responsabilité du “voyageur”

A l’analyse, «la cérémonie des nouvelles » ne constitue-telle pas un rite de franchissement d’une frontière ? Le « Djassi » a été pour les africains un instrument puissant, utile à la résolution des problèmes que posait l’existence à des époques très reculées. De nos jours, malgré les enjeux incommensurables en Afrique, la voix-électorale est trop souvent conditionnée et manipulée. La libération de la voix-pensée, à travers en particulier la parole, parait être l’une des conditions essentielles à l’émergence d’idées d’intérêt collectif. La société africaine d’hier était avant tout essentiellement celle du verbe et donc de la parole. Que la société africaine d’aujourd’hui, à travers ceux qui entendent la guider, ait peur de la parole exprimée ou figurée est un non sens historique. Que cette parole, désormais retranscrite sur des feuilles de l’écorce des arbres à palabres de notre époque, crée des démangeaisons chez eux relève de l’ignorance de son histoire. Que pourtant, ces derniers ratent rarement une occasion de se poser en seuls défenseurs et gardiens de la tradition peut à juste titre rendre triste le « voyageur » africain conscient de la valeur de cet outil.

La translation n’est donc pas perçue par eux. Ils se coupent ainsi, de leurs vecteurs historiques en se noyant avec la société africaine entière d’aujourd’hui. L’Afrique doit se réconcilier avec elle-même en percevant sa réalité dans le mouvement historique d’ensemble. L’acceptation du verbe et de la parole libre (à défaut qu’elle soit imposée et canalisée comme naguère) peut permettre, comme naguère de relever les défis qui demeurent.L’environnement, qu’il soit intérieur ou extérieur, reste utile et indispensable mais aussi adverse, voire dangereux pour la liberté. Et cela, d’autant plus lorsque les hommes ne font pas en toutes circonstances preuve de raison et de sensibilité, leurs principaux attribut discriminants. Chaque Africain est ainsi convoqué par l’histoire : pour faire une lecture lucide et dynamique des traditions africaines. En tentant de le faire, on peut observer que le « Djassi » apparaît comme une approche d’économie de l’existence. Sa vocation semblait être la connaissance de l’environnement et les progrès que cela permet, tant pour vivre que pour se protéger en sécurisant l’espace de vie, en l’éclairant et en le nourrissant. Chacune de ses séquences sont significatives de sens.

En pays « Akan », « Djassi » signifie littéralement « derrière le talon du pied » ; et dire le « Djassi », « donner les nouvelles » situées derrière ces talons. Ces dernières se rapportent aux réalités connues du « voyageur » dans l’espace situé en arrière de ses talons de pieds. Il s’agit en somme pour lui de rendre compte de ce qui se passe dans cet environnement duquel il revient. Lui ayant osé aller dans cet espace devait ainsi informer tous ceux qui n’y ont pas été et qui ne l’appréhendent pas nécessairement. Il était ainsi investi de la mission ou de la responsabilité de partager avec eux ce qu’il y a vu, entendu, fait et d’échanger avec eux ses impressions. Toute sa connaissance de l’environnement devait ainsi être livrée au partage. Dans l’esprit des anciens, « Djassi », c’est l’espace de connaissances se trouvant au-delà du talon, derrière le dernier pas de celui qui, en en revenant, entre dans son espace de vie où il est accueilli. Cet espace derrière le tendon d’Achille s’oppose, par l’existence historique des aïeux et de leur conception, à l’espace habituel connu de sécurité, puisqu’ils l’ont organisé en ce sens.

Le « Djassi » constituait ainsi un rite de passage d’une frontière. D’un côté, le domaine considéré connu, sécurisé et protégé par la communauté. De l’autre, l’extérieur à appréhender pour mieux s’adapter. Les nouvelles des « voyageurs » contribuaient ainsi à des productions en faveur du progrès. Cet espace, certes nécessaire aux progrès de leur vie, leur semblait malgré tout essentiellement dangereux. Dans cette vision segmentée de l’environnement, les maîtres mots sont sécurité d’abord, puis progrès ensuite. D’ailleurs, cela n’a pas changé : se protéger de l’espace extérieur et tenter de l’appréhender pour le rendre amical pour s’en nourrir a fait du « Djassi » l’un des moyens. Dans l’esprit de ces africains d’hier, c’est une espèce de rite douanier au cours duquel chaque voyageur doit faire une déclaration imposée mais dont le contenu est libre. Libre, car il est attaché à la réalité qu’il a vécue ou dont il a eu connaissance dans l’environnement extérieur. C’est toute la réalité intelligible ou non à laquelle le voyageur a accédé. Tout cela constitue un socle de savoirs nouveaux dont la cérémonie du « Djassi » essaie d’organiser le compte-rendu et le partage en vue du progrès. de la protection et du mieux-être de tous au sein d’un espace commun, considéré à priori libre et sécurisé. Le leader et les gouvernants en sont néanmoins les premiers destinataires.

Ainsi, la cérémonie du “donner les nouvelles” rend compte de la conception de l’espace social commun, espace d’économie collective du progrès et de ce qui n’en fait pas partie. Elle renseigne aussi sur la responsabilité reconnue à chaque contemporain “voyageur” dans l’efficacité de cette économie collective. La question est alors de savoir, pourquoi l’Afrique contemporaine a conservé sa conception de ce qui est étranger et dangereux  et s’est détournée de l’intérêt du “voyageur africain”. C’est ce que nous verrons dans l’article à suivre.

Au secours, “la nouvelle africaine” ! (2)

Des nouvelles utiles pour le progrès

Dans l’esprit des aïeux en Afrique, le « Djassi » reposait sur la conscience de la réalité duale que le monde constitue. La première réside en ce que c’est l’environnement qui permet la vie. Sa connaissance était nécessaire pour organiser les progrès se traduisant par la réduction de la peine de vivre. Dans leur contexte d’organisation de la société, basée sur l’inégalité, ils percevaient la seconde réalité ainsi : les principaux dangers qui menaçaient chacun et la communauté étaient perçus comme étant principalement extérieurs. Ils supposaient ainsi que le domaine intérieur était par conséquent à priori maîtrisé, à défaut d’être totalement sécurisé, grâce à l’intelligence organisationnelle qu’ils ont développée sur divers plans, social, politique, ainsi de suite. Et, puisque le principe d’inégalité offre les moyens de réduire  les dangers internes, avec davantage de facilité. La communauté constituait donc l’espace et le moyen de la sécurité collective. Ainsi, à travers le « Djassi », la contribution de chaque habitant au progrès et à la protection collective était ainsi attendue et formalisée.

Remarquons au passage, et ce n’est pas là le moins intéressant, qu’à leur époque la communauté était perçue comme limitée. Quant aux dangers qui étaient présents dans leur environnement immédiat, ils leur paraissaient donc à priori évidents et de nature peu diffuse. C’est ce qui a par ailleurs justifié l’efficience des parades qu’ils opposaient et qui apparaissent de nos jours rudimentaires et moyennement élaborées. C’est probablement aussi ce qui peut expliquer la codification et sécularisation du « Djassi » comme pratique d’économie de l’existence. C’est aussi un élément d’explication du rythme lent de progrès évoqué par Joseph Ki-Zerbo que nous aborderons ultérieurement. Il apparaît d’emblée que la perception de l’environnement a fortement impacté le rythme d’évolution de la société africaine. Ainsi, la connaissance du « voyageur », transmise par la cérémonie instituée, permettait à toute la famille, à tout le clan, à tout le royaume de connaître et comprendre son environnement proche et éloigné. Se faisant, le « Djassi » permettait de faire œuvre de créativité collective. Le progrès qui en était issu conduisait à anticiper les dangers qui menaçaient et à les maîtriser. La connaissance partagée du  voyageur contribuait à l’adaptation à l’environnement. Les moyens de subsistance, de protection de la communauté et d’adaptation à l’environnement, à la fois nourricier et hostile, pouvaient ainsi être améliorés, grâce aux « nouvelles » des « voyageurs ». Le progrès reposait en partie sur eux, apparaissant de ce fait comme des colporteurs de possibilités de progrès et d’équilibre. La cérémonie du « le Djassi », telle que décrite, est un legs de l’Afrique de naguère. Même si elle est variée dans son approche selon la partie concernée, elle est à la fois une production et une valeur partagée par une grande partie de l’Afrique. C’est pourquoi, cela présente beaucoup d’intérêt de s’interroger sur sa signification et sur ce que les africains en ont fait.

On peut faire des hypothèses, qui d’une certaine manière, représentent le sens à donner à cette constante de la société africaine. Qui sait, si ce n’est en fin de compte l’un des leviers pour surmonter certains obstacles actuels entravant la marche de l’Afrique. La cérémonie du « Djassi » est un rituel de salut et de partage d’information, donc de savoirs. Et comme le salut, c’est un outil d’économie de l’existence. C’est une production marquée du seau de l’Homme, dans sa volonté de réduire sa peine de vivre et donc d’équilibre dans son environnement. Ceux qui nous ont précédés nous ont enseignés que la parole, comme l’écriture, qui objectivent la pensée et la sensibilité peuvent changer la vision du monde. Toutes les deux peuvent engager les hommes sur les voies les plus fécondes pour se réaliser. Et, tout ce que les hommes produisent a un sens ou une signification, en rapport avec l’économie humaine d’être et d’exister.

Bref ! Voici ma part d’égarement, d’ignorance, d’audace et d’espérance, s’agissant de ce que « Djassi » évoque en mon esprit. J’en ai également tiré des interprétations et des possibilités d’amélioration des productions du présent. Je ne prends pas beaucoup de risques. Et tant bien même ce serait le cas, j’assume mon audace. Il n’y a aucun tort à tenter de rechercher le sens des choses ou des principes en elles. Il n’y en a pas non plus à chercher à comprendre une certaine vision du monde par les hommes, d’autant que cela peut éclairer le chemin de la marche pour exister. Et, dès lors que cette expression ne tente pas d’y contraindre les autres hommes. Car, il semble bien que le « Djassi » livré par chaque « voyageur » fait sens en économie de l’existence des hommes. Dès lors, on peut se rendre compte de l’intérêt des africains de se saisir de leur rôle de voyageurs et dépositaires de “nouvelles”, tant bien même personne ne leur demande des nouvelles, comme naguère. Si « le voyageur » à cette période a une grande importance, c’est en raison de la connaissance qu’il pouvait avoir de l’environnement vital. En ce sens,  le «Djassi» peut permettre aux hommes en Afrique de réduire leur peine d’être. Ne serait-ce qu’en partageant la compréhension des difficultés communes que leurs voyages divers leur livrent. On verra ainsi que «la nouvelle » peut servir l’économie de l’existence, en permettant de mieux définir et de clarifier les difficultés à résoudre.

Je développerai ce point au prochain article.

Au secours, “la nouvelle africaine” ! (1)

“Djassi” ou l’outil d’économie du progrès

Pour comprendre pourquoi  il est si important que chaque voyageur africain donne des “nouvelles”, il me plaît de partager ma compréhension de la cérémonie des nouvelles. S’il y a bien une tradition africaine qui peut nous aider à comprendre les difficultés de l’Afrique avant même de penser les réduire, c’est bien ce leg.

Pour le non initié arrivant pour la première fois dans un village africain, il remarque très rapidement un cérémonial de salut. Celui-ci implique chaque voyageur. Parvenu chez les peuples Akan en Côte d’Ivoire et au Ghana, il peut lui sembler fort lourd, répétitif même et en fin de compte rébarbatif. C’est la cérémonie du « Djassi » ou « Amanien». Il s’agit de « donner les nouvelles ».

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