La valeur “Temps” : Introduction au temps (1/2) : Distance, Temps, Mouvement et Energie

Une formule populaire en Afrique dont je ne sais pas qui en est l’auteur postule : “les occidentaux détiennent la montre ; les africains ont le temps”. L’Afrique détient-t-elle vraiment le temps ?  Quelque société humaine a-t-elle la capacité de détenir le temps ? Qu’est-ce que le temps ? L’homme produit-il le temps ou le temps est-il quelque chose qui existe en soi et est à utiliser par les hommes ? Existe-t-il un temps à rentabiliser ou à rendre utile ? Bref, existe-t-il une difficulté à surmonter par l’Afrique en rapport avec le temps ? Au terme de l’examen du rapport de l’Afrique à la parole, nous avons relevé que beaucoup d’africains consacrent une part essentielle de leur vie à palabrer pour s’accorder ou plutôt pour maintenir le statu quo. En procédant ainsi, l’on dirait qu’ils y consacrent trop de temps. Cette procédure constitue-elle une difficulté en rapport avec un temps qu’ils dilapideraient ainsi ? Comme on le voit, même si finalement son évocation appelle plus de questions qu’elle n’en résout, il n’en demeure pas moins que le le temps a un rapport avec les productions humaines, donc africaines.

Qu’est-ce qui est inacceptable dans le rapport de l’Afrique au temps ?

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Termes du débat : Quel est le problème commun de l’Afrique ? / Hypothèse-question : Les africains et leur culture le constituent-ils ? / Chapitre : Devant qui sont les africains ? / Volet : Devant les valeurs et la culture de l’Afrique ? / Sujet : “La valeur Temps (1/3) : Introduction au temps et etc…”

Devant les africains, leurs valeurs et leur culture

12.B La valeur “Temps”

Mis aux arrêts par le temps

Le temps implique tant d’autres choses que ce sujet m’a mis aux arrêts. Je ne sais pas par quoi commencer l’abord du temps vu par l’Afrique. Ayant rassemblé de la matière pour pouvoir faire une introduction au temps en deux parties, j’ai décidé de partager avec vous ce qui me vient à l’esprit. Ce qui suit m’est parvenu et ne me quitte plus depuis que que quelqu’un m’a demandé la distance d’un trajet. Depuis et faisant le lien avec le sujet du temps que j’ai mis en jachère, je n’ai cessé de ressasser plusieurs fois cette scène dans ma tête. Voici la synthèse que je fais de cette réflexion. Et, parce que je crois qu’elle peut introduire notre sujet, je souhaite vous la livrer en deux temps. Voici le premier.

Distance = Temps

La question qui m’a été posée était de savoir quelle était la distance entre deux villes. Je ne sais pas pourquoi je voulais tant reproduire cette scène en Baoulé, une variance de la langue de peuples Akan en Afrique de l’Ouest. Bref ! Quand un africain parlant cette langue veut connaître la distance entre le lieu A où ils trouvent avec son interlocuteur et le lieu B, il poste la question suivante : Wa ni lô wali ou Wa ni lô ti tindin ? Cela signifie “est-ce long d’ici (A) à la-bas (B)”. Posée dans ces termes, la question suggère qu’il s’agit de distance et que son interlocuteur connaît la distance et que ce qui attendu de sa part, c’est sont jugement sur le temps nécessaire pour effectuer le trajet. Observons immédiatement, en anticipant la réponse, que le terme wali ou tindin = “long”, qui est plutôt habituellement associé à une longueur (comme celle d’une corde) est employé même si ce qui est attendu concerne la durée du parcours. Il peut aussi demander à son interlocteur : Bé afiein ti ngnè ? ; à savoir “combien vaut l’intervalle entre eux” (A et B) ou “Wa ni lô ti ngnè ? : “combien vaut d’ici à là-bas ?” Si cette interrogation se rapporte à une quantité (ngnè = combien), elle ne nomme ni ne désigne ce dont la mesure donne la quantité questionnée. La réponse peut aussi être Be afiein wa ha man : “l’intervalle entre les deux n’est pas grand” ou Ô ti kè wa ni X, en d’autres termes, leur intervalle, “c’est comme d’ici au lieu X” ; ce qui suppose là aussi de connaître et d’avoir déjà parcouru l’intervalle servant de repère à la comparaison. Enfin, elle peut être du genre “si tu pars au lever du soleil, tu y seras avant la tombée de la nuit ou au moment ou ….”. Cela dit, tout ce déploiement verbal n’empêche pas le fait que les deux interlocuteurs se comprennent et savent de quoi il s’agit. Au delà de tout cela, ce qui est remarquable, c’est le fait qu’alors que les deux interlocuteurs échangent à propos de la distance entre deux lieux, cela vaut aussi un échange au sujet du temps nécessaire pour parcourir l’intervalle entre ces deux lieux, sans que les objets (distance, temps/durée) soient nommés. On ne s’aventure pas trop à penser que, pour les Baoulés et sans même les désigner, le temps est convertible en distance. Sans faire montre d’une l’exigence de précision, on peut élargir et dire qu’ils convertissent de l’espace en temps. Premier constat : distance (d) = fonction du temps.  Cette conversion est cependant fondée sur l’expérimentation. Je n’y ai jamais fait attention. Me découvrant en train de penser, j’en suis arrivé à penser au cerveau.

Cerveau = Énergie

Comment les Baoulés le désignent-t-ils ?  Ils l’appellent Ti nou hounmien. Cette désignation peut être comprise de trois manières : soit littéralement “énergie logée dans la tête”, soit “force logée dans la tête”, soit enfin un autre terme proche : “puissance logée dans la tête”. Quand on les interroge, leur réponse est de dire que c’est là qu’on pense et que c’est la pensée qui permet à l’homme d’agir. Or, les Baoulés désignent les objets, en particulier des organes comme le foie ou les reins, des membres comme les bras ou les jambes, etc… Enfin, cela peut signifier “esprit”. Ainsi, avec un peu d’imagination, on ne peut donc manquer d’observer que pour eux, l’organe ou la substance-masse qu’est le cerveau est l’énergie, au lieu d’être un organe ou un objet lambda, parce que c’est le centre de la pensée. Deuxième constat : pour eux, le cerveau (masse m) pensant = énergie. Ce n’est donc pas un hasard non plus qu’ils désignent ce qui reste de l’homme dans l’au-delà en lequel ils croient : hounmien. Par l’état du mouvement de l’homme que la mort constitue, l’homme tout entier est transformé en énergie  ; l’esprit du mort n’est rien d’autre que cela. Les hommes de science quantique verront le parallèle entre la lumière en tant que particules de photons et ses ondes électromagnétiques.

Comment le cerveau est énergie ?

Einstein dirait qu’il manque de faire de la pensée, le mouvement du cerveau-masse. C’est pourquoi cette réflexion m’a conduit à me remémorer mes notions de physique quantique. Ce vagabondage d’esprit m’a mené à son fameux E = mC2. Tout objet de masse m en mouvement produit l’énergie E ; c’est pas loin du deuxième constat, dans lequel il manque de préciser que la pensée est le mouvement du cerveau. La science donne par conséquent une représentation de cette vision africaine du rapport en masse et énergie, au point de désigner la masse singulière qu’est le cerveau par énergie. Cela dit, on peut noter un point essentiel non précisé par la conception africaine faisant de la masse l’énergie : ce point, c’est de ne pas avoir fait de la pensée le mouvement de la masse. C’est donc parce que la masse potentiellement énergétique est en mouvement qu’elle devient en partie l’énergie, comme Einstein l’a démontré. C’est cela E = mC2, pour les masses astronomiques en mouvement de grande vitesse. La vitesse du mouvement d’un cerveau humain a-t-il quelque chose à envier de celle d’un rayon lumineux ?

La conception africaine faisant de la masse de l’énergie (cerveau nommé énergie) est intuitive, sensorielle et expérimentale. Et parce que l’espace sensoriel et expérimental est celui des faits tels qu’observés, interprétés, ressentis, etc… et non celui du comment de ces faits, cet espace n’est pas celui permettant d’observer le mouvement, la troisième dimension permettant d’expliquer les faits ; il est par conséquent absent de la conception. En effet, tous les objets de notre quotidien résultent de l’effet de cette énergie-masse qu’est le cerveau, convertie en énergie par son mouvement : la pensée. La pensée est en ce sens le mouvement par lequel la masse cerveau devient énergie et désignée par elle : On peut donc reprendre cette conception comme suit et en simplifiant : cerveau pensant = énergie = hounmien.

Insistons sur le fait que le cerveau, en tant qu’objet massique, ne devient énergie qu’en mouvement. Quant à l’énergie qui en résulte, elle n’est visible, comme toute forme d’énergie, qu’à travers ses effets : ce que l’homme transforme, adapte pour entretenir sa masse-énergie et son mouvement. La conversion du cerveau en énergie résulte des progrès de la pensée par unité de temps, rapport entendu comme la vitesse du mouvement du cerveau. La distance entre les états du mouvement historique des hommes peut être assimilée au temps en vertu du premier constat précédent. Ce temps est nécessairement le même que celui des états du mouvement du cerveau, donc de la pensée. Puisque l’énergie est une fonction de la pensée (mouvement du cerveau par unité de temps, sa masse ne changeant pas), on peut donc considérer que le temps est aussi la fonction inverse de l’énergie du cerveau en mouvement (la pensée). Il vient donc que la distance entre les états du mouvement historique des hommes est une fonction de cette énergie : plus l’énergie est importante (mouvement rapide du cerveau = vitesse de la pensée), moins le temps est long (comme distance) et plus il est court (comme durée). En ce sens, le cerveau en tant que masse-énergie en mouvement (la pensée) raccourcit la distance historique et rétrécit le temps d’un état du mouvement à l’autre. Einstein a raison. Le cerveau pensant, comme une masse en mouvement agit comme une onde influençant le mouvement historique de l’homme et de son environnement.

Qu’est-ce qui met le cerveau en mouvement ?

La question est alors de savoir comment le cerveau passe de son état de masse à celui d’énergie et plus précisément, comme il se met en mouvement (à penser). En vertu des découvertes de Newton, le repos est pour un objet-masse un état de son mouvement.  Une population donnée peut ne pas percevoir cet état de son mouvement comme tel (comme repos). Parce que quand on ne voit rien d’autre que sa vie, on ne peut être qu’heureux. Mais le malheur commence dès l’instant que des miroirs vous renvoient le mouvement apparent comme un repos. Quand le monde désormais ouvert vous projette votre réalité et l’éclaire, il n’y a rien d’autre à faire que de chercher à comprendre. Einstein de son côté et par sa formule légendaire énonce qu’une masse ne produit d’énergie qu’en mouvement (avec donc une vitesse). Il en résulte qu’un cerveau dont l’état du mouvement est le repos est essentiellement dans son état de masse, sans générer d’énergie. C’est dire alors l’importance du mouvement, pour que la distance et le temps aient une signification et une réalité. Ce qui met le cerveau en mouvement, c’est le besoin de savoir ; il qui implique nécessairement l’ignorance. Le rapport au savoir et à l’ignorance est à l’origine de deux conceptions de l’Univers, de l’homme et donc de son cerveau.

La première, que tous les hommes ont partagée dans l’histoire, est prétentieuse. Parce qu’elle prétend parler au non d’un phénomène absolu : Dieu, duquel tout découlerait. Même en admettant qu’il existe, l’homme peut-il être à la hauteur de l’esprit vif et mobile d’un créateur et de son message inscrit en tout, pour parler à sa place en devançant ses mots et ses phrases ? Malgré tout, cette conception prétend rendre compte et expliquer tout. Or, qu’on admette ou non l’existence de Dieu, le besoin de savoir et d’expliquer est ce caractérise les hommes et les conduit à agir. On peut même dire que c’est ce besoin qui met son cerveau en mouvement. C’est pourquoi, dès lors que cette conception fait de toute chose une évidence et l’explique, la curiosité n’est pas. En l’absence de cette dernière, le cerveau sans changement de l’état de son mouvement consume alors son énergie potentielle massique à la faveur d’une sorte de mouvement de sclérose qu’Aristote qualifie de mouvement de “décroissement ou diminution”. Il résulte d’un tel mouvement une diminution un faible impact du cerveau, pour ne pas dire inexistant, par défaut d’énergie consécutive à l’absence de son mouvement. Si on devait résumer cette conception, je dirais bien volontiers que sa ruse consiste à contester la vie sensorielle des hommes et surtout les questions auxquelles elle les même pour mieux leur vendre l’espoir d’un monde monde abstrait, rêvé : la vie après la mort, le paradis et que sais-je encore. Les hommes ainsi infantilisés et à sa merci peuvent alors se contenter de réponses clé en mains qu’elle leur offre, tels des parents à leurs enfants. Cependant, une telle conception est celle qui génère l’énergie spirituelle. Et, à ce titre, elle est nécessaire et utile, car c’est l’énergie de la sauvegarde même pour un cerveau au repos ou qui peut s’emballer dans un mouvement jusqu’à la folie.

La seconde conception augure, en première approche, d’un meilleur espoir que celui précédent. Elle joue d’humilité. Faisant du principe de l’ignorance et de ne pas savoir sa raison d’être, elle est cause du mouvement du cerveau (la pensée). L’acceptation de l’opposition des thèses pour parvenir à expliquer la réalité est sa vertu. Cette opposition trouve sa résolution dans le débat au terme duquel chaque progrès de l’esprit est juge. En faisant de la quête du savoir le chemin et son horizon la connaissance des lois de la nature et qui régissent l’Univers, une telle conception ne peut que contribuer à entraîner et entretenir le mouvement de l’esprit et sa conversion en énergie. Ainsi alors, le mouvement historique des hommes peut s’appuyer sur une énergie abondante et sans cesse renouvelée par la curiosité devant chaque phénomène nouveau auquel chaque état du mouvement du cerveau conduit les hommes. Qu’un état de ce mouvement soit jugé comme un progrès ou un recul de la pensée ou de l’homme ne change rien en le fait que cette quête de la connaissance est l’unique manière du cerveau d’être dans un état de mouvement différent du repos. Quand on a peur que ce mouvement aboutisse à quelque chose de désagréable au point de bloquer le mouvement, c’est d’une certaine manière se priver de la conversion du cerveau en énergie nécessaire pour faire face aux contingences matérielles. Cela dit, cette conception en dernière analyse peut être aussi prétentieuse que la première : à travers l’idée qu’elle peut tout expliquer, tout transformer, tout influencer ou modifier grâce à l’énergie colossale d’un cerveau sans cesse entraîné au mouvement.

Parvenu à ce point, on peut alors introduire la question suivante. Très souvent, on peut entendre beaucoup d’africains dire, s’agissant de la réalité de l’Afrique “il faut que ça change”. La question est alors de savoir ce que “changement” signifie pour eux : changement de gouvernant, augmentation de la population, passer de la guerre à la paix et vis-versa, faire de plus d’africains des lettrés, etc… N’est-ce pas là des changements qu’ils opèrent déjà ? Quelle est donc la nature de celui espéré, avec quelle énergie, etc… que avec quelle conception du temps ?

Prenons donc rendez-vous pour en discuter.

 

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