La passion de ce qui est passé : Le culte du vieux

Cher lecteur, Chère lectrice

J’ai décidé de prendre un engagement auprès de tous les lecteurs qui montrent de la patience à écouter ce que j’ai à dire. Parce que je souhaite que le débat ouvert en cet espace soit global, structuré et responsable, l’intervalle de parution des différents volets peut  paraître long.

Pour respecter l’intérêt que vous manifestez à cet espace et atténuer votre attente, si tel est le cas, j’ai souhaité aménager une catégorie  : EXTRAITS, comme extraits d’articles à paraître ou toutes choses qui peut rencontrer votre intérêt en rapport avec le sujet traité. De cette sorte, j’espère que vous ne vous détournez pas de cet espace. En l’absence de publication d’un article, un extrait sera publié au moins tous les 15 JOURS.

Vous situer par rapport au débat
Termes du débat : Quel est le problème commun de l’Afrique ? / Hypothèse-question : Les africains et leur culture le constituent-ils ? / Chapitre : Devant qui sont les africains ? / Volet : Devant les valeurs et la culture de l’Afrique ? / Sujet : La valeur Passé : La passion de ce qui est passé ? / Exemple : “Le culte des vieux”

 

Disons quelques mots du culte des vieux. C’est entre autres raisons leur reconnaissance d’avoir servi longtemps, plus que quiconque leur communauté, comme Julius Nyerere l’a exposé. Mais c’est aussi le présupposé qu’ils en savent beaucoup des secrets de la vie que d’autres avant eux leur ont légués tout au long de leur vie. Tout cela leur confère la sagesse supposée de celui qui sait et qui ne cherche plus de réponses que des hommes avant lui ont déjà trouvées. Tout cela a beaucoup de sens. Cependant, laissez-moi vous raconter une petite histoire.

Quand j’étais petit enfant, j’aimais poser des questions. Je n’avais toujours pas eu une réponse à la question posée mais une du genre “toi le petit, tu veux tout savoir, connaître le fond des choses”. D’autres fois on répondait en formulant sous la forme de questions des hypothèses que je me faisais moi-même. C’est pourquoi, je pose une question que j’avais posée quand j’avais huit ans environ et que je pose encore autour de moi. Elle se rapporte à la manière d’extraire une boisson alcoolisée. Pour ceux qui savent ce que c’est que le “bangui” ou vin blanc africain ou vin de palme, ils comprendront très vite. C’est une boisson obtenue par l’extraction de la sève du palmier ou du palmier dattier ou du raphia. Le liquide est  et blanc légèrement bleuté comme le lait. il s’alcoolise surtout après extraction par fermentation en produisant une mousse abondante comme de la bière pression ; et la pression est telle qu’on ferme rarement complètement le couvercle du pot le contenant. On raconte même qu’avant, en l’absence de montée de lait chez les mères allaitantes, le breuvage fraîchement extrait et à taux de sucre élevé servait à allaiter le bébés. Bref, la question ?

Pourquoi avant d’extraire le breuvage, déracine-t-on le palmier (et le raphia), qui fait 3 à 8 maximum (pour les variétés courantes) et un peu plus de 10 m pour les autres, alors que l’extracteur grimpe, 2 fois minimum voire 3 fois par jour (pendant 1 mois au minimum que dure l’extraction) à une hauteur de 20 à 80 sur un tronc lisse et à la verticale de 30 à 50 cm de diamètre ?

A mon âge, je n’ai toujours que des hypothèses alors que bientôt je pourrais être dans la situation de celui qui est censé savoir. La question pourrait prêter à rire et aurait été sans importance si des hommes ne mouraient pas de leur chute parfois du haut de 20 à 80 m de hauteur et si on ne croyait pas souvent en Afrique donner l’impression de savoir alors qu’on ne sait pas.

Ainsi, la place éminente dévolue aux plus âgés, même s’ils ne la refusent pas, car personne n’écartent des flatteries, ils ont conscience et sont assez mesurés, modestes et même sages pour reconnaître eux-mêmes les limites de leurs connaissances et leurs productions. Ils sont même assez sages et tellement d’authentiques africains qu’ils se flagellent dans la conscience masquée de leurs limites dans leur propre désignation. Mais, cela, comme souvent en Afrique, tout est caché et il faut le découvrir ou mériter qu’on te le livre ; à condition d’obéir, de se soumettre en quelque sorte.

Ainsi, en pays Akan, dans l’ouest africain, il y a une parenté entre « Pking », l’aîné et « pking gbin », « le vieux ». Ce dernier terme exprime littéralement « celui qui est tombé dans le vide, sur rien ». En quelque sorte, il a certes vieilli en obéissant sans mot dire aux règles et en servant longtemps la communauté lignagère mais sans parvenir à grand-chose ou sans hériter de grand-chose de ses homologues l’ayant précédé. Dans le sens de l’histoire, cela peut signifier un vieux qui n’a pas connu de progrès significatif par rapport à son âge et aux responsabilités qu’il a assumé, dans le cadre social rigide défini. C’est à méditer, comme bien d’autres terminologies en Afrique. Les aïeux étaient certainement assez sages pour résumer le constat de ce qui a résulté de la vie qu’ils ont produite et leurs propres limites, au crépuscule d’une vie de certitudes, de soumission et d’abandon de leur raison souveraine. Si les contemporains le sont également et assez modestes, peut-être alors trouveront-ils le sens de l’histoire laissée par l’Afrique d’hier. Un vieux peut savoir beaucoup de choses, mais pas tout, ignorer aussi beaucoup de choses mais pas tout non plus. Un jeune peut savoir peu de choses mais néanmoins quelque chose et ignorer bien plus de choses mais pas tout non plus. Entre tout ce que les vieux savaient mais partageaient avec parcimonie et tout ce que les plus jeunes savaient que personne ne voulait savoir, l’Afrique a peut-être ralenti là sa marche. Le respect d à devoir aux vieux ne constitue guère un problème. Les oppositions sont ailleurs. A nous de les identifier pour respecter les vieux, mais pas leur obéir ou se soumettre, mais également pour que chacun soit respecté, vieux, hommes, femmes, enfants, jeunes, handicapés, etc…

Voici un élément du débat engagé dans ce volet à venir.

Une réflexion sur « La passion de ce qui est passé : Le culte du vieux »

  1. Patience !
    Pour nous connaître, il faut qu’on décode tout ce que ceux qui nous ont précédés n’ont pas livré ou ont caché derrière les mots, les proverbes, la façon d’être et d’agir, etc… A leur époque, c’était la meilleure manière d’exister, de se faire une place, d’être en équilibre. Il n’ y a pas à les juger. Mais, ce qui était dans le passé concernait les africains d’hier. Nous sommes aujourd’hui. Ce qui compte, c’est ce que nous faisons aujourd’hui, comme ceux d’hier ou non. C’est tels que nous sommes africains aujourd’hui. Arrêtons de croire qu’africains, c’est que ceux d’hier, ou que ceux d’aujourd’hui sont exactement les mêmes que ceux d’hier.
    Puisque nous évoquons les vieux, Sommes-nous/Serons-nous demain des vieux, des “Pking Gbin”, comme eux ou des africains qui ont/auront vieilli et dont certains sont/seront sages pour savoir beaucoup de choses, et d’autres pour savoir peu de choses, partageons/partagerons nous nos savoirs, non pas qu’à certains membres de la famille qui se soumettent à nous, mais au plus grand nombre pour élever tous les hommes, respectons/respecterons-nous (je ne dis pas obéir ou se soumettre) les autres (femmes, enfants, jeunes…), comme nous attendons qu’ils le fassent à notre égard, etc…
    Je ne suis pas tout ce que mon père était, ni ce que mon grand-père était. Je suis/ serai ce que je fais/ferai de ce qu’ils étaient et de ce que je veux/ voudrai être. On est/sera tous de vieux africains comme eux, néanmoins tous des africains, mais à différentes époques.

    Il n’y a donc aucun problème avec les vieux, ni hier, ni aujourd’hui, parce qu’ils sont, comme chaque africain, acteurs pour résoudre le problème de vivre : le problème c’est la difficulté de vivre.

    En revanche, quand la façon de vivre ensemble impose de croire et d’accepter sans rien dire que le vieux sait tout, que le jeune ne sait rien, qu’on doit se soumettre au vieux quand lui-même ne respecte pas les autres, on peut au moins dire que cette organisation ou pratique n’est pas une bonne réponse. En revanche, se respecter mutuellement tous et non pas obéir aveuglement ou se soumettre, partager ce qu’on sait, sans attendre de celui à qui on donne le savoir de se soumettre, sans trier à qui le donne, c’est quelque chose (une réponse) qui peut nous faire tous avancer, c’est une réponse qui peut aider à réduire les difficultés communes. Parce que la solidarité, ce n’est seulement pour aller débroussailler le champ, c’est aussi se respecter, partager ce qu’on sait dans une volonté commune de tenter d’avancer et d’affronter la vie ensemble et également. Et ce qu’on sait est plus facile à partager puisque chacun peut avoir une part pour mieux contribuer à résoudre le problème.

    Au fond, quelle est la raison pour laquelle on doit se soumettre au vieux, pour laquelle son savoir n’est partagé qu’avec sa famille et encore pas tous, etc…. Puisque cette manière de faire est une réponse de sa part rendue cependant collective, alors ce que cette manière traite est le problème du vieux. Mais le problème du vieux = ne pas être grand, ne pas avoir une grande place, la peur que le jeune plus vigoureux diminue sa valeur, la peur que si tout le sait il n’est plus rien, tout cela c’est son problème, mais pas le problème commun de toute la famille qui la difficulté à exister tout simplement.

    Cela dit, un vieux sera toujours un acteur de la réponse au problème commun et détiendra une grande part de la solution au problème, mais à condition que le problème commun soit identifié et qu’on soit tous d’accord pour en faire le problème commun à traiter par des réponses sur lesquelles nous ,sommes tous et également d’accord.
    Ce n’est pas parce qu’un vieux traite son problème personnel, individuel, qu’il est le problème commun. Il en est de même pour chaque africain, chaque acteur africain. Et, ce n’est pas parce que la réponse de n’importe quel africain ne traite pas un problème commun qu’elle devient c’est le problème commun.

    Il n’y a rien de gênant pour le vieux d’arriver à rien s’il en est content. Or, il dit lui-même qu’il est “Pking gbing”. Il cherchait donc bien quelque toute sa vie avant de devenir. Non ?
    La manière dont il a vécu, dont il s’est comporté, dont il a agi, comme enfant, puis comme adulte et enfin comme vieux qui abouti à ce vieux. Mais, ce vieux, il n’a pas vécu seul. Il a vécu dans le cadre d’une relation avec les autres. Il a pu empêcher d’autres de faire autrement, comme lui enfant on a fait avec lui. Il n’y aurait rien de gênant si la vie de chaque africain vivant avec lui et le vieux lui-même sont content de leur vie, de la façon dont ils sont chaque jour en relation et si personne ne se plaint de cette relation et de son résultat.

    Conclusion : Aucun africain, ni aucune production de sa part n’est le problème commun que nous cherchons.
    Cherchons donc ailleurs. En identifiant et en soulignant les problèmes personnels privés pour lesquels chacun se comporte ou agit de telle ou telle manière au sein de la communauté familiale, amicale, villageoise, nationale, africaine, on évite d’en faire de manière paresseuse le problème commun de tous. Le problème commun est sans doute à rechercher dans la situation dans laquelle nous sommes tous, et non en cherchant des responsables, des coupables, des victimes, des bourreaux, des causes, des conséquences, des personnes, des actions, etc…

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