De quelle Afrique s’agit-il ?

Il importe de rappeler que nos préoccupations consistent à trouver le problème commun de l’Afrique. Le sujet auquel se rattache ce problème est donc l’Afrique. Mais alors, qu’est-ce qu’elle est ou de quoi parle-t-on ? Aujourd’hui, peu de monde ignore ce qu’est la vaste portion de terre désignée par l’Afrique. Mais, au delà, qu’est-ce qu’elle est. Pour mieux approcher sa connaissance, nous devons serrer un peu plus près sa géographique, les hommes qui y vivent, leur histoire et leur culture. De cette manière, peut-être même qu’on pourra en définir plusieurs.

Une portion de la Terre

Quand on l’évoque et avant toute autre considération, on pense à une portion de la Terre. En effet, au cours des fracas immémoriaux qui ont modelé tout ce qui nous est accessible, la Terre est apparue ; comme les autres réalités que nous désignons par des planètes, des étoiles, etc…, donc bien avant les hommes. Les africains qui en font leur chez eux sont par conséquent apparus bien après elle ou du moins ne l’occupent. Quelque soit ce que chacun pense de la source de l’existence, ce constat est une une évidence, sinon où poseraient-ils leurs pieds, même s’ils  ? Les mêmes forces qui les ont fait naître n’ont jamais cessé de s’exercer. Elles continuent de modifier, comme hier toutes les réalités. Ce que nous appelons l’Afrique se détachera du reste de la Terre pour devenir ce dont elle porte la désignation que nous connaissons aujourd’hui. On peut tout de suite observer que ce nom, ce sont des hommes qui l’ont attribué à cette portion. Il la singularise du reste de la Terre. Ils y sont parvenus en ayant conscience de sa réalité et de sa situation par rapport des repères, chers à Einstein. Le premier de ces repères, ce sont les hommes eux-mêmes, ainsi que les lieux différents d’où ils sont partis, les espaces qu’ils ont traversés, comme des océans. C’est donc la conscience de l’existence d’autres réalités, comme celle des autres parties de la Terre qui permettra de distinguer l’Afrique, dans l’océan des réalités du monde.

Aujourd’hui, tout le monde semble s’accorder à dire que l’homme est apparu en Afrique. Cela fait encore débat car il semble bien que reconnaître cela est un enjeu. Dans l’esprit de ceux qui ont encore des doutes, peut-être, est-ce reconnaître l’humanité de l’africain que de s’accorder avec ceux qui l’affirment ? Espérons que les Africains eux ne revendiquent pas d’avoir produit cet événement, mais qu’en revanche, ils aspirent simplement à être des hommes, comme tous les autres humains. On peut avoir des raisons et le souci de cette clarification. Car, parfois ils montrent une fierté concernant cet accord partiel alors même qu’ils n’ont néanmoins aucun mérite particulier, ni le concernant ni ce qu’il signifie, sinon que l’avènement des hommes en cette portion de la Terre. Ils se dévoilent ainsi à leurs contemporains, en agissant comme s’ils avaient produit les humains. Ils le font, comme d’autres sont fiers d’avoir produit leur Dieu qu’ils tentent d’imposer aux autres. Dieu, que tous les hommes ont imaginé pour apaiser leurs souffrances face aux innombrables difficultés de vivre. En tout état de cause, les Africains, n’y sont pour rien dans l’avènement des humains. Aucun homme, n’y est par ailleurs pour quoi que ce soit dans l’apparition de l’Homme. Quant à l’hypothèse de Dieu, c’est un objet de divergence et de conflits pour le seul motif que chacun entend que son dieu s’impose comme vérité ; sa vérité puisqu’il en est le créateur. Dieu, est une réalité-hypothèse. Son existence se situe aux confins de nos connaissances limitées, là où la subjectivité est loi. Il devient ainsi vérité par l’effet réel que sa supposition induit sur la vie des hommes. De tout cela, il résulte que les africains ne sont pas non plus propriétaires de cette portion d’espace terrestre nommée Afrique. Et, si cela peut réconforter ceux d’entre eux pensant détenir toute la vérité du monde, les autres hommes ne sont pas non plus propriétaires de leur espace respectif que l’histoire du monde les a amenés à occuper. Chaque espace revendiquée par volonté absolutiste ne doit rien de son existence aux hommes. Certes le voyage des hommes et les productions qu’ils y ont réalisées les lient à leur espace revendiqué, sans que ce lien soit absolu en soi, puisqu’il dépend des hommes eux-mêmes.

Quels que soient l’origine et le lieu de l’apparition de l’Homme, tous les hommes résultent du même voyage que celui de toutes les réalités du monde. Il tire sa spécificité de son humanité, à savoir cette capacité de pouvoir agir sur sa propre réalité dans les limites des contraintes qu’il ne peut que réduire. Car, contrairement à la définition populaire, l’humanité de l’homme ne se réduit pas à ce qu’il produit d’agréable pour lui-même. Ce qui dans sa production affecte et altère ce qu’il entend être est tout aussi humain, car c’est ainsi que l’énergie qu’il incarne sous sa forme humaine se révèle et se dissipe dans l’environnement. Les richesses africaines, posées souvent comme préalables à toute discussion et justifiant, dit-on, l’activisme des autres, n’ont pas été produites pas les africains, ni par aucun homme. Du point de vue de l’histoire, le fait que les africains occupent cette portion de terre ne les en rend pas propriétaires. Et cela est vrai pour d’autres ressources naturelles ailleurs dans le monde. Elles résultent du mouvement global du monde, du voyage de je ne sait quoi qui apparaît tantôt, en totalité ou partiellement sous la forme de la matière, de l’énergie, de l’esprit, de quelque production que soit, d’inertie, de mouvements de toutes natures et amplitudes, donnant au temps sa définition. Ces fameuses richesses se sont constituées avant les hommes et donc avant que les africains n’occupent cette portion terre, nommée Afrique. Abrégeons cette digression, car nous discuterons ce thème ultérieurement en même temps que celui de “la cause des Autres”. Achevons donc la description de l’Afrique physique par le climat, pour mieux introduire un premier élément de variabilité. L’Afrique est multiple par son climat. L’Afrique du Nord, désignée par le Maghreb est tempérée, ainsi qu’on peut en dire de la pointe sud, sans que les deux soient fasse un. L’Afrique tropicale à subtropicale bénéficie davantage d’un climat chaud et humide, encore que le Sahel gagne du terrain. Quand au reste de l’Afrique formant des bandes horizontales entre les tropiques, le climat est de type désertique à sahélien, à savoir très chaud et sec. Ces facteurs ont cependant influencé les hommes constituent en l’état des facteurs non pas d’unité mais de variabilité faisant de l’Afrique une réalité multiple.

Des “Afriques” au plan historique et culturel

Sur le plan historique et culturel, l’Afrique est complexe, car il y en a plusieurs. Nous ne pouvons les aborder sans évoquer les africains qui ont fait cette histoire et cette culture. Et, contrairement à la terre d’Afrique, qui ne doit rien aux africains, la culture et l’histoire de ces derniers sont leur œuvre. Remarquons aussitôt que c’est même plutôt la géographie qui les as influencés.

Il existe une Afrique des traditions africaines, sur lesquelles personne ne peut affirmer que tous les Africains sont d’accord pour continuer à faire exister certaines d’entre elles. C’est celle dont l’existence s’étend de l’aube de l’homme jusqu’à la rencontre des hommes y vivant avec leurs contemporains, façonnés par d’autres géographies à l’issue de leur voyage. Il y a celle d’inspiration arabe qui a résulté de la rencontre avec l’empire arabo-musulman. Enfin, il y a l’Afrique latine et anglo-saxonne qu’on peut regrouper par souci de simplification en une Afrique occidentale. Il y a néanmoins un élément culturel commun à ces quatre principales “Afriques”, du point de vue culturelle. Dans ses grandes lignes, ce sont les traditions initiales auxquelles une grande majorité des africains sont sensibles. Le fait que dans un même espace vit une Afrique à la fois traditionnelle, d’inspiration orientale et d’obédience occidentale participe à cette complexité. L’Afrique peut ainsi être segmentée culturellement et pour les besoins de l’analyse, selon plusieurs combinaisons par effet de l’influence des rencontres historiques. Cependant, une Afrique des traditions demeure en chaque africain, même en celui le plus influencé culturellement. Cela, ses gardiens aveugles semblent ne pas le percevoir en un tel africain, focalisés qu’ils sont, sur la traque en toutes circonstances de quelques influences impérialistes. On ne peut pas cerner le sujet de nos préoccupations si on ne reconnaît pas qu’il existe une Afrique traditionnelle, majoritaire à la sortie des villes, une Afrique à la fois traditionnelle, orientale et latine, d’une part et une Afrique tout aussi à la fois traditionnelle, orientale et anglo-saxonne, d’autre part ainsi que toutes celles issues d’autres combinaisons n’impliquant que deux influences. Selon que leur regard est majoritairement pointé vers la Tradition, La Mecque ou vers Rome participe à leur différenciation culturelle. Ainsi l’essentiel de l’Afrique du Nord et une large portion occidentale, sahélienne et orientale regardent plutôt vers la tradition et La Mecque. Une autre portion occidentale, la quasi-totalité de l’Afrique Centrale et du Sud fixent la direction de la tradition et de Rome. Cependant, quel que soit la direction de leur regard, une large part de chaque Afrique est imprégnée par la Tradition africaine, la culture avant ses rencontres successives. Ainsi, s’il y a bien un endroit du monde où la culture africaine, la culture orientale et européenne, voire asiatique cohabitent en les mêmes hommes, c’est bien en Afrique. Certes, ailleurs dans le monde, on retrouve parfois ici et là cette complexité culturelle. Mais, elle est apparente cependant. Car la réalité est qu’on y observe en proportion une faible imbrication des cultures en les mêmes hommes ou communautés là où elles sont tolérées, et pas du tout là où les influences sont combattues. Au delà de ce qui vient d’être énoncé, on peut ajouter d’autres facteurs de complexité, y compris s’agissant des communautés formant de nos jours des États. Ces éléments ont trait à la manière dont chaque africain ou chaque communauté a participé aux différentes histoires qui ont apporté des influences extérieures. Entre ceux dont les aïeux ordonnaient la souffrance des aïeux des autres au cours de ces histoires traumatiques et ces derniers, leur perception peut-elle être convergente, sans aucun effort de la raison ? Indépendamment même des types phénotypiques, sont-ce les mêmes africains ?

Pour compléter ces éléments de complexité d’une Afrique multiple, nous évoquons les types phénotypiques et historiques d’Africains. D’une part et à titre d’exemple dans la partie sud, entre des africains d’origine européenne, asiatiques et africaine, le phénotype peut constituer un élément de complexité, d’autant qu’il est facile à remarquer. Sans doute pas pour ceux qui entendent occulter toute analyse rigoureuse par un mépris de la réalité, préférant ne pas voir la réalité et en user cependant comme ressource privée, plutôt que de la regarder et la prendre en compte dans l’appréciation des difficultés. On peut aussi superposer les types phénotypiques, historiques et culturels à l’Afrique terrestre ; cela donne d’autres éléments de segmentation. Par exemple, les Africains berbères, arabisés, arabo-berbères de l’Afrique à la fois traditionnelle, orientale et occidentale occupent principalement la moitié nord tandis que celle des noirs à la fois traditionnelle et occidentalisés occupe la moitié sud et centre, avec quelques minorités orientales ici et là.

Ainsi, derrière l’apparente réalité unique que l’Afrique, elle est au contraire à la fois multiple et complexe ; sauf pour ceux qui entendent ignorer la prise souvent des subjectivités sur l’esprit des hommes. Les facteurs géographiques et climatiques, les types phénotypiques et l’histoire que les hommes qui s’y sont rencontrés ont produite, sont autant éléments qui ont agi sur les hommes demeurés en cette terre d’Afrique, qui on influencé les réponses qu’ils ont estimées utiles pour réduire leurs difficultés de vivre. Ces réponses elles-mêmes ont contribué à leur tour à façonner des “Afriques” et des Africains jusqu’à produire une Afrique en réalité multiple et complexe.

L’Afrique existe-elle en tant qu’unité géographique, historique et culturelle ?

Existe-t-il cependant une un élément d’unité ou d’identité, définissant l’Afrique qui nous préoccupe ? Sur la base de l’analyse précédente, la géographie n’autorise guère à la penser : les larges bandes désertiques au nord et au sud et les régions sahéliennes n’ont rien de comparable avec les zones de forêts équatoriales, même si de nos jours ces dernières n’offrent que leur souvenir de leur luxuriante verdure. Les hautes terres d’Afrique de l’Est n’ont que peu de choses en commun avec le reste de l’Afrique. On peut fonder une unité approximative sur le type phénotypique des hommes. Mais les africains ne sont pas que noirs. Il y a des africaines de type berbère, sémitique, européen ou asiatiques et issus des combinaisons des différents types. On peut aussi la fonder sur la culture. Mais, on peine aussi à la définir si on tente d’y parvenir. L’histoire a contribué à façonner sa culture multiple et complexe. Que partage l’africain de confession musulmane du sahel avec celui influencé par la culture latine du Bénin ou de l’Angola, ou encore par la culture afro-anglo-saxonne du Nigeria, du Ghana ou de l’Ouganda ?

L’Afrique culturelle ?

On peut sans doute concevoir une Afrique culturelle, reconnaissable en chacune de toutes les autres, celle qui déborde des cultures orientale, latine, anglo-saxonne : c’est l’Afrique des traditions noires africaines. Sans que nous soyons en mesure de la définir précisément, c’est cette dernière qui constitue l’élément d’unité du point de vue culturel. On peut l’approcher dans l’agir de plupart des hommes d’Afrique. Cependant, les africains de la zone forestière ne sont pas les mêmes que ceux des zones de savane et sahélienne. Même dans des territoires communs, ceux qui sont pasteurs ne sont pas tout à fait les mêmes que ceux qui sont cultivateurs ou pêcheurs. Le type culturel, ne serait-ce qu’en matière agricole, d’élevage et de pêche, suffit à l’affirmer à minima l’existence de variabilités. Les conflits entre agriculteurs et pasteurs africains nous enseignent régulièrement leurs divergences au sujet de la manière d’exploiter la terre. Ces exemples confirment qu’il y a pas une Afrique en laquelle chaque africain peut se reconnaître et être reconnu, sans qu’il y ait des aspects sujets à débat. Ainsi, cet élément d’unité présente elle aussi des variabilités. Ils peuvent cependant être minorés à la faveur de l’avènement d’un espace social commun, rendu possible par l’aplanissement des divergences. Mais, pour l’instant, ils existent bel et bien. C’est la raison pour laquelle, concernant l’unité de l’Afrique, on est en droit de se poser la question de savoir si le niveau politique constitue son espace ou si c’est le plan économique qui le constitue.

L’Afrique politico-économique ?

L’Afrique bénéficie d’énormes quantités de terre à mettre en valeur. Elle a les mêmes besoins que d’autres peuples, de s’accorder sur le contenu de sa culture. Ces exigences sont en lien étroit avec la relation entre les hommes et leurs communautés ethniques, religieuses ou historiques. En matière de gouvernance politique, entre l’expérience sud-africaine et celle des pays qui ont passé le cap de deux élections libres et ceux qui n’en ont même pas encore fait l’expérience, qui peut oser parler d’unité au plan politique, en se référant simplement à l’Union Africaine et à des ensembles politico-économiques ici et là  ? Peut-être, si l’on considère l’absence de parlementarisme et en revanche l’unité ou identité s’agissant de l’existence d’hommes providentiels ou de fortes personnalités dont de nombreux africains sont friands, mais qui soit divisent ou s’imposent avec leur communautés à d’autres. Les africains ont produit des pharaons, des « Famiens », des « Rois des rois », des “Pères de nations” et la liste es longue. Mais, comme partout dans le monde où les hommes procèdent ainsi, ils étaient des rois et empereurs d’empires ou de royaumes fragiles par leur principe premier de considérer l’empire ou le royaume comme la propriété d’une famille singulière, d’une communauté particulière, qui fait d’eux précisément l’africain remarquable, en étant roi ou empereur. Et ça continue de nos jours. Car, contrairement aux États-Unis, qui ont inventé la notion de président, pour la substituer à celle de roi ou d’empereur, le président africain dans une large partie du continent demeure, dans l’esprit, un roi, à l’échelon d’un pays vu comme un royaume, mais aussi le chef d’une communauté se préservant des autres pour être remarquable et le demeurer. Ainsi, la raison doit s’incliner devant un élément d’unité : la confiance dans le passé et dans la place occupée par rapport à ses contemporains. Mais, un élément d’unité qui rend impossible l’existence d’une Afrique unique et la fractionne au contraire est-il ?

L’Afrique historique

Certains analyses évoquent un autre élément d’unité, dès qu’il s’agit de définir l’Afrique à l’attention d’un interlocuteur l’extérieur : il s’agit des histoires partagées qui ont rendu possible les influences extérieures ; elles sont perçues comme élément d’unité. Mais, dès qu’il s’agit de la définir, pour les africains eux-mêmes, telle qu’il la voient, ces histoires constituent des éléments de différenciation, les uns des autres, selon la manière de les regarder, toutes subjectivités dans le regard, comme des loupes. La réalité qu’est l’Afrique, définie à la fois, par une référence à ces histoires prenant un caractère englobant et fragmentant à la fois n’existe pas ; soit il y en a une, soit il y en a plusieurs. Ici aussi, on peut noter la conception de l’espace de sécurité à l’œuvre : vis-à-vis de l’extérieur, il y en a une, mais de l’intérieur, il y en a plusieurs, sur la base de la même référence. Une lecture complémentaire rend compte du fait que si ces histoires ont contribué à façonner des “Afriques”, elles n’ont pas eu raison d’un des véritables éléments d’unité : l’inégalité sociale. Définir une Afrique impose par conséquent de résoudre deux défis : le défi de l’égalité et celui de digestion de ses influences.La tradition d’inégalité unit toutes ses parties mais les oppose désormais, en raison des influences. Les influences historiques les divisent, certains entendent intégrer des aspects en tant qu’éléments d’unité. Voici les enjeux au terme desquels il sera acceptable de donner une définition de ce qu’est l’Afrique. Pour l’heure, souffrons de constater qu’il en existe plusieurs, parfois même en le même africain.

L’Afrique unitaire n’existe pas

Au terme de ce développement et outre le continent physique, on peut retenir que fragilité et instabilité culturelle, d’une part et l’attachement à l’inégalité, d’autre part, sont à courte vue les deux éléments constitutifs d’unité de l’Afrique aujourd’hui. Car, il est frappant et préoccupant de constater que les éléments de contour d’une Afrique unique et singulière, au delà de sa multiplicité et complexité, constituent en même temps des facteurs toxiques à son existence. Car, l’unité à laquelle ils conduisent constitue un sujet d’opposition de ses parties. D’une part, la conception et la volonté de supériorité qui confie les espoirs de sa réalisation à la violence pour tenter de dominer. D’autre part, la volonté d’égalité, d’équité et de liberté, qui confie les siens aux audacieuses productions pour tenter de changer les facteurs d’unité, à bâtir sur des bases communes. Entre l’unité contrainte et l’unité libre, voici deux conceptions opposées qui, d’une certaine manière, stoppent la marche de l’Afrique en en faisant une Afrique fragmentée. Pour conclure, nous énonçons que la géographie ne constitue nullement un élément d’unité de l’Afrique. L’histoire non plus, dès qu’on accepte d’aller au-delà des notions de traites et de colonisation, pour disséquer de quelle manière ces histoires ont façonné avec la géographie les hommes et leurs productions, les rendant différents les uns des autres. Certes, l’inégalité sociale est l’élément d’unité de l’Afrique traditionnelle en chaque africain. L’Afrique multiple issue de l’influence orientale et occidentale trouve son unité dans cette conception, partagée naguère avec les peuples qui l’ont influencée.

Dernière tentative de définir l’Afrique

Pour les besoins de l’analyse, on pourrait cependant poser arbitrairement l’hypothèse de ce qu’est l’Afrique du sujet traité, comme étant celle située en dessous du désert du Sahara. Elle est léchée au sud par les vagues du Pacifique. Il aussi de celle africains majoritairement à peau noire, dont certaines de ses parties ont souffert des affres aussi bien de la Traite orientale, de la Traite atlantique, que de la colonisation occidentale. C’est donc l’Afrique qui a partagé la plus longue histoire, don elle semble en faire son élément d’unité dès qu’il s’agit d’en donner une définition à l’extérieur. Même en lui déniant le but de l’isoler de l’Afrique maghrébine et méditerranéenne, cette segmentation ne suffit pas malgré tout à délimiter le champ de l’effort de recherche à faire dans le cadre de la quête. Parce que, comme cela a été dit, une telle Afrique n’est pas unitaire. Ainsi, l’Afrique dont il s’agit dans ce travail peut être celle dite noire, à la fois traditionnelle, orientale et occidentale en sa double composante latine et anglo-saxonne.

Mon Afrique

Il ne reste plus qu’à en supposer une, qui n’existe pas encore, mais qui puisse le devenir par l’effet d’un élément d’unité à imaginer. Une telle Afrique dépasse nécessairement les éléments de multiplicité et de complexité précédemment évoqués : à savoir la géographie, les hommes et la couleur de leur tégument, leurs histoires et leurs influences sur leurs pensées et leurs croyances. Elle peut être définie par un espace social commun africain, constitué par tous les hommes revendiquant d’être africains pour l’avoir précisément fait être. Or, pour constituer un tel espace, la difficulté qui empêche la marche vers son avènement doit être identifiée et posée comme l’opération à effectuer pour y parvenir. En ce sens, l’Afrique dont il s’agit en ce lieu de débat est constituée par les africains mettant cet objectif en commun et ayant la ferme volonté de la faire être en tant qu’un espace d’économie collective du progrès. Voilà l’Afrique à venir, dont la recherche de son problème commun constitue la première étape. Autour de ce problème alors identifié par eux se bâtira l’Afrique du sujet traité.

C’est pour toutes ces raisons que l’Afrique dont nous poserons la difficulté sous la forme d’une question à traiter est l’Afrique qui marque la plus grande envie d’avancer. Ainsi, la désignation du problème commun de l’Afrique est constitutive de l’Afrique elle-même. Puisqu’elle implique que des africains reconnaissent ensemble une situation donnée comme leur difficulté commune, qu’ils la posent ensemble comme un problème à résoudre collectivement et soient résolus à rechercher ensemble les moyens d’y parvenir ensemble pour rendre plus efficiente leur économie de l’existence.

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