CRISE POLITIQUE ET MORALE DE LA COTE D’IVOIRE : De la sociotoxicité des fins poursuivies et des préférences de moyens politiques des acteurs.

La république démocratique ivoirienne est meurtrie par la valeur douteuse des actes de nombre de ses acteurs politiques. Elle est devenue une société dont les valeurs communes ou “fictions régulatrices”, selon les termes de Andreas Urs Sommer, ont perdu leur caractère impératif et leur autorité. Ainsi, des interdits ont cessé d’être des interdits par la volonté de quelques uns de ses membres et sans aucun consensus. La violence est ce qui a fourni l’énergie de cette évolution inacceptable pour une multitude d’ivoiriens. Devenue moribonde et méconnaissable, malgré les apparences de calme et de tranquillité, elle évolue désormais vers une société semblant se situer entre une société humaine ayant progressé au plan moral et la société animale. Le président Ouattara emporte avec lui une immense responsabilité dans cette affaire.

Son acte de candidature à l’élection présidentielle de 2020 qui vient de se tenir en Côte d’Ivoire et sa seconde réélection interdite par la règle commune ont constitué des actes politiques d’une grande importance et décisifs pour la société ivoirienne. Il en a résulté une période de rébellion, laquelle a été réduite par l’usage de la violence la plus macabre. Même si le calme semble être revenu et de rigueur, il est indiscutable que le coup porté à la cohésion nationale par ces actes poursuit encore ses effets les plus délétères. Dans des articles précédents, nous avons exprimé ce que nous avions à en dire. Nous avons procédé à chaud si bien qu’il se peut qu’ici et là le manque de recul nécessaire a entaché la véracité de certaines des pensées ainsi que la justesse de certaines opinions exprimées, s’agissant de jugements portés sur la moralité de certains actes et comportements politiques des acteurs.

Le sujet que nous abordons dans cette réflexion n’a donc pas pour objet de contester la réalité : Alassane Ouattara s’est imposé au peuple ivoirien et est président jusqu’à nouvel ordre. Cela est un fait incontestable que nous nous contentons de constater ; nous en faisons même le point de départ de la réflexion. Si nous évoquons ici et là ces actes, c’est d’une part, pour chercher à expliquer et comprendre comment naît son acte de candidature en tant qu’une opération politique d’assujettissement des valeurs de la société ivoirienne aux siennes propres, alors que la constitution ivoirienne interdit la possibilité d’une seconde réélection. D’autre part, c’est pour examiner de quelle manière son souhait de cette seconde réélection interdite a été converti en une fin réalisable dont finalement la réalisation ne dépendait en définitive que de lui seul et de ses actes. Bref, il s’agit d’examiner la valeur de tous ces actes politiques dont il résulte la conversion d’un but interdit en une fin réalisable et réalisée ainsi que celle des actes qui ont permis de transformer en réalité ce qui ne constituait qu’un souhait ou désir profond de sa part et aurait du le rester. Cet examen nous conduit à questionner la valeur de la république démocratique, de l’autorité du peuple ivoirien ainsi que de sa loi fondamentale en tant que la déclinaison de valeurs culturelles en normes de comportements notamment politiques, s’imposant à tous dirigeants, pour une société de progrès, y compris moraux de ses membres et en État de paix.

Cette réflexion exposera d’abord nos doutes sur l’éthique politique et sociale des acteurs politiques. Au delà, elle est destinée à éprouver les certitudes des ivoiriens et leurs préjugés. Les heurts occasionnés par la moralité douteuse de ces actes sur leur conscience suscitent sans doute des questions en les esprits de nombre d’entre eux. C’est pourquoi, tous sont par avance invités à ne pas attendre de cet effort d’étonnement des réponses qui ne seraient que vraies et justes ou que fausses ou injustes et définitives aux questions, quand elles existent, qui hantent encore leurs esprits. Mais, des réponses certes imparfaites qui en résulteront peuvent néanmoins introduire en leurs esprits un doute suffisant à propos de leurs certitudes et préjugés. A son tour, ce doute peut les conduire à de nouvelles manières de voir la réalité et à de nouveaux jugements des actes politiques. Et si toutefois de telles questions ne les agitaient pas, en raison de leurs certitudes et préjugés, disposant ma foi de réponses vraies, justes et définitives, cette réflexion peut malgré tout avoir une certaine valeur. Elle peut leur poser des questions qu’ils ne se posent pas spontanément compte tenu de leurs explications et de leurs compréhensions parfaites de la réalité. Par ailleurs, elle peut ébranler aussi leurs opinions qu’ils considèrent vraies et indubitables ainsi que des jugements des actes posés supposés indiscutables  au point de n’induire chez eux aucun doute, s’agissant de la valeur éthique des comportements et actes politiques de leurs partisans ou adversaires.

Bref, le temps est est venu de conduire cette réflexion en cinq points.

I. Problématique.

II. Des buts et fins politiques poursuivis par le président Ouattara et ses partisans.

III. Des préférences de moyens ou d’actes politiques à la responsabilité des acteurs.

IV. De l’éthique des acteurs et de la valeur de leurs actes politiques.

V. De la valeur de la constitution de la république démocratique et de l’autorité du peuple ivoirien.

Conclusion.

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I. Problématique.

Déjà réélu une fois en 2015 et, alors qu’il ne peut être réélu à nouveau, le président Ouattara s’est porté candidat à l’élection présidentielle de 2020. Indubitablement, c’est en raison d’une certaine fin qu’il poursuivait. Et s’il a procédé ainsi, c’est qu’il a décidé d’être candidat. Il a donc choisi de l’être alors qu’il avait le choix contraire de ne pas l’être. En conséquence, sa décision initiale consiste en une préférence : entre être candidat ou ne pas l’être. Et s’il a été effectivement candidat, c’est la preuve qu’il a mis en œuvre sa décision d’agir conformément à sa préférence d’action.

La fin immédiate que l’on peut penser qu’il poursuivait était de continuer à être le gouvernant du pays. Et, dès lors que cela résulte d’une élection en société ivoirienne supposée être une république démocratique, la qualité de candidat est une condition sine qua none pour avoir la possibilité de la réaliser et de l’être. Or, pour ce qui le concerne et au regard de sa situation de président déjà réélu une fois en 2015, un interdit commun et adopté par tous les ivoiriens pesait sur la réalisation de cette fin à travers l’article 55 de la constitution. Dès lors, il est nécessaire de comprendre, comment cela procède-t-il qu’une fin à ne pas réaliser, en raison d’être interdite par la règle commune, apparaît en l’esprit du président et de ses soutiens comme possible et réalisable. C’est là, une question qu’il convient de traiter plutôt que ses actes eux-mêmes. Le fait qu’il résulte de ses actes la transformation de cette fin à priori à ne pas réaliser par la loi fondamentale en une fin, non seulement possible et réalisable, mais réalisée ne fournira pas de réponse à cette question décisive.

D’autre part, il ne suffisait que lui seul aspira à réaliser cette fin  interdite et qui ne devait pas être à priori réalisée. Même considérée par lui comme étant possible et réalisable, cela ne suffisait pas pour que ses seuls actes y parviennent. Il a fallu que d’autres actes, qui ne dépendent pas de lui, interviennent ; leurs auteurs ont considéré de leur côté que la réalité de sa seconde réélection était non seulement possible à réaliser, mais était constitutive d’un moyen utile à l’atteinte de leurs propres fins identifiées. Ainsi, la réflexion rebondit alors sur la recherche de compréhension de la manière dont une réalité interdite et rendue à priori non réalisable parvient à être malgré tout réalisée par les actes de certains de ceux-là même qui ont contribué à fixer la règle la rendant interdite. Inévitablement, nous devrons examiner le rapport de la réalité à ne pas réaliser par la loi et la valeur de la règle que ne lui confèrent non seulement ceux-là même qui font partie de ses auteurs mais également qui sont responsables de ces actes. C’est alors qu’il sera possible de saisir les mécanismes qui rendent possible et réalisable, la réalité politique interdite et à priori à ne pas réaliser.

Ainsi, c’est la compréhension de tout cela qui permettra de saisir la signification des actes politiques qui découlent de l’appréciation du caractère possible et réalisable de cette fin, lesquels ne peuvent être jugés, sans les principes qui les ont déterminés en tant que choix de leurs auteurs. Le moment sera alors venu d’examiner la valeur éthique des fins poursuivies et des moyens préférés pour les réaliser ainsi que la valeur de la loi fondamentale de traduction des valeurs culturelles communes en normes de comportements politiques et de son autorité. Il sera également possible de déterminer s’il existe un sens et une valeur commune attribuables à la société ivoirienne consistant en une république démocratique, dont précisément ses valeurs principales sont niées : souveraineté du peuple et sa volonté exprimée à travers sa règle fondamentale ; recherche du dépassement des antagonismes fondamentaux des membres ou groupes sociaux, c’est-à-dire de pacification des intérêts divergents de chacun. Tout ce qui vient d’être produit montre que la préférence n’est pas la quête visant un accord sur lequel les protagonistes parviennent au consensus plutôt que qu’à faire juge, le rapport de force et le conflit. Une société qui ne permet pas aux citoyens de contrôler l’éthique des actes de ses dirigeants et de les évincer en conséquence sans recourir à la violence et à la révolution est-elle une société consistant en république démocratique ?

Pour examiner ces questions, se rapportant à la problématique de la valeur des fins et actes politiques et de l’autorité de la règle commune et du peuple, ainsi que de la république démocratique, nous userons d’une méthode. Dans cette réflexion, nous ne procéderons pas en partant de principes à priori pour tenter de se donner un sens à la réalité insupportable qui agresse une multitude d’ivoiriens que constitue le mépris pour l’interdit d’une seconde réélection. De ce point de vue, il ne s’agira guère d’imiter les partisans tracteurs naturels. Ils expliquent aux ivoiriens que le président Ouattara est libre et qu’en cette qualité il a librement posé sa candidature. D’autre part, ils convoquent le principe du droit qui, affirment-ils, l’autorise à poser sa candidature et à briguer une seconde réélection non interdite à leur sens.

Ainsi, ces principes qu’ils évoquent sont les causes de sa candidature et de sa seconde réélection. Pour ce qui nous concerne, il ne s’agit point d’exposer simplement des faits, en partant de principes à priori (de liberté, de droit constitutionnel) pour remonter aux actes posés et à leurs résultats (candidature et seconde réélection) en tant que leurs causes. Nous prenons comme point de départ les actes politiques posés eux-mêmes ; puis nous remontons à leurs causes et aux véritables principes  dont ils résultent. Nous ne voulons pas simplement exposer que des faits et des actes ; nous voulons procéder à une démonstration. Il s’agit dans cette étude de relier les actes du président et de ses partisans à leurs causes véritables et non pas à des principes théoriques à priori de liberté et de légalité.

On ne pose pas sa candidature en vue d’une seconde réélection ni permise ni interdite parce, d’une part, en théorie on est libre de procéder ainsi et que, d’autre part, c’est légal en théorie aussi de le faire. En d’autres termes, ce ne sont pas la liberté et la légalité d’agir de telle ou telle manière qui poussent à se déterminer à le faire, à préférer tels ou tels actes et à les réaliser. Nous concevons que les ivoiriens sont libres de voler des biens qui ne leur appartiennent pas. Ils sont même libres de tuer tous ceux qui entraveraient la réalisation de leurs désirs. Mais, malgré cela, ils s’abstiennent de voler et de tuer leurs semblables dans leur immense majorité. Ils disposent aussi du droit qu’ils peuvent s’attribuer de voler et de tuer. Mais, ils s’abstiennent et placent le droit commun qui rend de tels actes inacceptables pour la société des hommes au dessus du leur propre, dès lors que ce dernier les heurte.

Aussi longtemps que nous chercherions lune explication à cet état de fait, nous ne pouvons la trouver qu’en nous-mêmes. Sans doute, il en est ainsi parce que sans aucune conscience de soi, ni aucun souci manifesté des autres, leur liberté n’existe pas, pas plus qu’ils ne parviennent à se donner leur valeur d’hommes. C’est cette vérité que Robert Badinter a mieux saisi et formulé qu’un autre : un homme, dit-il, se retient. Il choisit de faire ceci et préfère ne pas faire cela. C’est cette faculté qui le distingue d’un autre être vivant, y compris d’un autre contemporain. Tout cela procède ainsi depuis que les hommes ont surgi et vivent en société, parce que c’est la manière des hommes d’exister et ne vivre et pas autrement. Et, en vivant ensemble avec d’autres, ils tirent leur valeur et leur amour d’eux-mêmes précisément de leur spiritualité que nous désignons par le souci qu’ils manifestent de ces autres membres de la société dans laquelle s’écoulent leurs vies. Bref, cela soulève la question suivante : comment des hommes en arrivent-ils à ignorer ces autres sans lesquels leur existence apaisée n’est ni possible ni n’a aucun sens, ni eux-mêmes n’ont aucune valeur ? Que peut-être une société ivoirienne sans interdits et quelle valeur les ivoiriens peuvent-ils se donner en concevant leur société ainsi ?

II. Des buts et fins politiques poursuivis par le président Ouattara et ses partisans.

D’abord, il est possible, comme Aristote a tenté d’en donner une définition, que des actes involontaires existent (1). Si nous excluons cependant ceux végétatifs, il est quasiment impossible d’apporter la preuve indubitable de l’existence de tels actes. En effet, comment y parvenir considérant que les hommes disposent du pouvoir de masquer, de tricher, de tromper ou gruger, de simuler, de mentir et que sais-je encore. A l’exception de ces actes végétatifs, il est plus simple de postuler qu’il n’existe aucun acte qui ait été posé sans aucun dessein poursuivi par son auteur. Les hommes agissent toujours en vue d’une fin ; il en est ainsi d’un homme agissant politiquement. D’autre part, il est raisonnable de dire que l’identification et la connaissance de telle fin possible et réalisable poursuivie précèdent les actes pour la réaliser. Bref, le but ou finalité poursuivie précède les actes politiques qui n’en sont que les moyens de leur réalisation. Dès lors,  le président Ouattara a posé sa candidature en tant que son acte politique en vue d’une certaine fin qu’il visait. La réflexion nous mène alors en quête de cette fin.

Par ailleurs, dès lors que nous admettons qu’aucun acte n’est posé par quiconque, s’il pense le but poursuivi impossible à atteindre et irréalisable, nous devons admettre qu’il a pensé cette fin réalisable, autrement il n’aurait pas agi pour l’atteindre. En conséquence, il a posé sa candidature parce qu’il pensait possibles et réalisables les buts poursuivis à travers cet acte. Mais, puisque la fin d’être réélu une seconde fois et de continuer à gouverner est formellement interdite et est défendue d’être réalisée par la constitution – si elle est respectée – il vient qu’il a décidé de la braver, ainsi que l’autorité du peuple ivoirien qui lui confère sa force.

De ce point, il nous faut d’abord approfondir l’examen de ses fins poursuivies. Ensuite, il conviendra d’explorer de quelle manière une fin interdite de réalisation par la loi est devenue atteignable. En effet, la fin d’être réélu une seconde fois est un interdit posé par la norme commune de comportements politiques. Enfin, il nous faudra aller en quête de compréhension des actes dont la détermination raisonnée a abouti à les identifier et à les mettre en œuvre. C’est au terme de cette détermination qu’il est parvenu à préférer tels actes politiques plutôt que tels autres et à décider de les exécuter. La colère, la désapprobation et l’opposition à ces actes, d’une large partie de la société ivoirienne, réduite par la terreur ne peuvent être le terme de cette, histoire. Lorsque l’esprit est stoppé dans sa marche de vérité en vérité, rien pas même la violence, ne parvient à l’y maintenir et à entraver sa marche.

Buts et fins poursuivis par le président Ouattara.

A première vue, d’une part, on se présente à une élection pour tenter de se faire élire par les électeurs ; c’est ce qu’a fait le président Ouattara. D’autre part, il est candidat pour tenter d’endosser la qualité que cette élection confère, à savoir pour incarner la représentation de ces derniers. Cela dit, le président s’est présenté à l’élection présidentielle de 2020, pour tenter d’être réélu une seconde fois, compte tenu de sa situation particulière de président élu en 2010 et réélu en 2015. Puisque cette élection confère la qualité de gouvernant du du pays, on peut donc affirmer que sa candidature visait à faire de lui le gouvernant, à le maintenir tel depuis 2010. C’est donc pour continuer à être le président de la Côte d’Ivoire qu’il a été candidat à l’élection présidentielle de 2020. La qualité de président est par conséquent le but immédiat poursuivi qui explique l’action consistant en son acte de candidature. Et, c’est à partir de ce point que la recherche de compréhension va nous conduire au domaine complexe et obscur des âmes.

En effet, on peut penser que la fin du président n’était pas tout cela ; autrement Amadou Gon Coulibaly n’aurait pas été candidat, sans que lui-même ne le fut initialement. Être réélu une seconde fois et continuer à être président n’était donc pas son but ultime. A moins que la candidature de Gon ne fut qu’une simple diversion, sensé détourner le peuple ivoirien de ses réelles intentions. Nous constatons que la candidature du président n’est intervenue qu’en raison de celle d’Amadou Gon Coulibaly rendue caduque par son décès. Il semble donc que le but immédiat d’être gouvernant réélu une seconde fois n’est pas la véritable fin poursuivie par le président Ouattara. En effet, si tel était le cas, cette fin aurait été contrariée par celle de l’élection de Gon à laquelle sa candidature devait conduire.

Or, précisément, le président ne pouvait agréer une candidature qui pouvait annihiler sa propre fin poursuivie, en l’empêchant d’être lui aussi candidat ou en diminuant sa candidature. Dès lors, ni Gon, ni le président ne pouvait avoir pour but ultime d’être élu gouvernant, pour le premier ou réélu une deuxième fois gouvernant, pour le second ; autrement Gon n’aurait peut-être pas pu être candidat de leur parti commun à sa place. A minima, la fin poursuivie par les deux acteurs politiques était le même. De cela, il faut extraire l’hypothèse selon laquelle le but poursuivi par tous les deux était réalisable à travers chacune de leur candidature. Il consiste en la conservation du pouvoir par leur parti à travers l’élection du premier ou la réélection du second.  C’est en considérant cela que les candidatures non concurrentes et successives de Gon Coulibaly et la sienne peuvent avoir un sens. Si à première vue, l’objectif de ce parti politique visant à continuer à gouverner n’est ni toxique pour la société ni honteux en soi, en revanche, sa fin poursuivie et les moyens d’y parvenir le sont et, à ce titre, ne sont pas acceptables.

En y regardant de plus près, l’on constate que ce but n’est qu’intermédiaire ; c’est une sorte de moyen pour une fin plus importante qui a justifié la préférence du président Ouattara d’être candidat à une élection dont ne pouvait résulter sa seconde réélection en vertu de la constitution, plutôt que de s’abstenir. En effet, ce but immédiat n’est constitutif que du moyen de réaliser une fin ultime : accaparer le pouvoir et en user pour continuer à servir leurs sympathisants et partisans. Car, au delà de conserver le pouvoir, la finalité poursuivie est ce que sa détention et exercice peuvent permettre de réaliser : le mettre au service de la réalisation de leurs intérêts particuliers en est une possibilité. Il ne faut pas être devin pour constater que la politique du “rattrapage ethnique” et l’occupation sectaire de la grande majorité des postes de responsabilités de l’État, fondée sur le patronyme nordique de leurs détenteurs donnent une indication quant à l’exercice de ce pouvoir. En tout état de cause, de tels faits constituent des arguments importants en faveur de cette hypothèse de la fin poursuivie. Ainsi, cette finalité constitue la fin recherchée de laquelle découle la quête de moyens pour la réaliser : le service de leurs sympathisants. C’est cette fin qui a conduit à la quête d’actions et buts intermédiaires, en tant que les moyens constitutifs de la voie qui mène à sa réalisation.

Leurs buts intermédiaires, ce sont l’appropriation du pouvoir et son exercice qui permettent de réaliser cette finalité ; c’est l’élection annoncée de Gon mais éteinte pas sa mort, puis en substitution, la seconde réélection du président par la combinaison des scrutins exprimés par les ivoiriens, laquelle réélection à l’élection présidentielle  est indispensable à la détention et exercice du pouvoir ; c’est la validation de sa candidature à l’élection présidentielle pour pouvoir y participer et qui est une condition nécessaire à la possibilité de seconde réélection et de détention du pouvoir. Quant aux  actions et actes qui doivent les réaliser,  ce sont les candidatures posées d’abord de Gon Coulibaly, puis celle du président Ouattara, acte initial sans lequel cette fin ne resterait qu’un phénomène d’esprit, à défaut que la fin identifiée ne conduise à quelques actions pour la réaliser. Enfin, ce sont leurs décisions de se présenter à l’élection présidentielle, consécutives à la fin visée. Maintenant, voyons comment l’idée de cette finalité, objet de pensée et de volonté, peut devenir une réalité à travers le moyen de se faire réélire une seconde fois, alors que cela est interdit par la loi fondamentale.

A l’évidence, une fin impossible et irréalisable ne peut aboutir à la détermination d’actes à poser, encore moins à leur exécution par celui qui la pense telle et à fortiori à des actes qui la réalisent. Or, non seulement de cette fin ont résulté des actes qui divisent encore les ivoiriens, mais en plus, ces actions ont abouti à créer les conditions de réalisation de la finalité poursuivie. C’est dire par conséquent que les auteurs de ces actes ont pensé cette fin comme étant possible et réalisable, bien que la constitution l’interdise en ses principes. Ainsi donc, ceux des ivoiriens qui ignorent la différence entre ce qui est interdit et est en conséquence à ne pas réaliser à est priori, d’une part et ce qui est impossible, à savoir non réalisable en soi ou en raison de contraintes impératives, d’autre part, peuvent trouver en ces faits politiques, de quoi les distinguer : ce qui est interdit peut être rendu possible et réalisable ainsi que le régime Ouattara a procédé. C’est le processus par lequel une fin interdite est transformée en fin possible et réalisable qu’il convient d’explorer et de comprendre.

Une opération décisive et sociotoxique : conversion de buts et fins interdits en choses possibles et réalisables.

Qu’il s’agisse du but intermédiaire de continuer à être président de la république, en étant réélu une seconde fois ou de la finalité d’accaparer le pouvoir pour continuer à servir ses sympathisants, ils sont à interdits et donc à ne pas réaliser à priori par ceux qui observent ses principes. Car, entre ce but et cette finalité et la volonté du président, de son régime et de leurs partisans se dressent une grande partie du peuple ivoirien et la constitution. Cette dernière prescrit en effet en son article 55 l’interdiction de la seconde réélection d’un président déjà réélu une fois. Et, cela est applicable à sa situation de président déjà réélu une fois en 2015. Ainsi, le président poursuivait une fin interdite par l’effet de la loi fondamentale ; cela confère à cette fin un caractère d’interdit formel, mais non impossible en pratique à réaliser.

Or ce caractère d’interdit qui leste cette fin et qui peut être faussement assimilé à chose impossible à advenir, c’est le peuple ivoirien qui le lui confère à travers sa loi fondamentale qu’il a adoptée dans sa grande majorité. Comme tel, ce caractère de réalité faussement impossible à être réalisée de cette fin   trouve son fondement en chaque ivoirien, y compris en le président Ouattara lui-même, en ce qui l’amène à observer la règle et à en faire un impératif ayant autorité sur ses désirs : en vertu de sa volonté de faire société commune avec tous les autres membres de la société ivoiriennes avec lesquels ils ont adopté ensemble la loi commune. Par ailleurs, considérant les principes de la république démocratique, le but intermédiaire de détenir, conserver et exercer le pouvoir par l’effet d’une seconde réélection interdite, en vue de le mettre au service d’une partie partisane du peuple ivoirien sont l’un, un but interdit et l’autre, une finalité interdite car anti-républicaine et anti-démocratique et à ne pas réaliser en principe. Mais rien de ces buts et de cette fin ne consiste en choses impossibles et non réalisables, ni en soi, ni en raison des contraintes constituées par la volonté du peuple ivoirien et de la constitution, surtout si elles sont dépourvues de caractère impératif.

En outre, nombre d’ivoiriens prennent pour uniques déterminants de leurs actes, les considérations, les délibérations, les jugements et les actes des dirigeants auxquels ils ont abandonné leur liberté de détermination de ce qui est vrai, bien, juste et utile collectivement. De cette manière, des ivoiriens ont procédé pareillement que le président Ouattara. D’une part, il a considéré l’existence d’un but et d’une fin possibles et réalisables. D’autre part, il a préféré ne pas observer les principes de la règle commune ou choisi de les interpréter à sa convenance pour rendre possible la réalisation de ces interdits constitués par ce but (seconde réélection et conservation du pouvoir) et par cette fin (servir ses sympathisants et ses partisans). Dès lors, la seule question qui a intéressé et qui s’est posée au président et à ses partisans était celui des moyens de réaliser les buts et la fin dessinés en son esprit. Comment leur a-t-il été possible de réaliser ce qui ne peut l’être par la loi commune et par la volonté du peuple ivoirien ? On ne peut pas énoncer que ce but et cette fin ne pouvaient pas être réalisés puisque précisément ils le sont et que cela démontre l’absence de caractère inéluctable du fait qu’aucun ivoirien ne réalisera ce que la loi interdit et en fait une obligation s’imposant à lui.

Ainsi, on ne peut que constater simplement l’évidence :  cet interdit constitutionnel de la seconde réélection ne tire son autorité que de la force morale de ceux des membres de la société ivoirienne qui l’ont intitué. Sans cette force d’esprit, tout est possible et aucun interdit n’a de sens. Les actes du président Ouattara et les faits auxquels ils conduisent fournissent l’argument du fait que l’interdit commun cesse d’être un interdit par ses actes combinés à ceux de ses partisans. Si les autres ivoiriens acceptent cela, que peuvent alors être les valeurs de la société ivoirienne si ce qui est interdit par tout le peuple ivoirien peut perdre ce caractère sans aucun consensus nouveau, par l’unique volonté d’un seul soutenu par quelques uns ? La seule recherche est alors de comprendre, comment un but et une fin interdits ont-ils perdu ce caractère pour leur apparaître comme un but et une fin possibles et réalisables ? Et, comment des actions ou actes politiques ont-ils pu résulter d’un but et d’une fin qui ne devaient ni être adoptés ni être réalisés ?

De l’adoption de buts et fins rendus possibles et réalisables au choix des moyens politiques pour les réaliser.

La volonté d’accaparer le pouvoir était sans aucun doute l’un des buts intermédiaires incontournables en vue de réaliser la finalité principale. Pour éviter de devoir affronter le non sens d’une candidature du président déjà réélu une fois en 2015, et qui ne pouvait ni ne devait aboutir par la loi à une seconde réélection, la stratégie initiale a consisté en une candidature de confiance autre que celui problématique du président. Ce fût celle d’Amadou Gon Coulibaly, auquel il était convaincu que la détention du pouvoir ne pouvait échapper quels que soient ses adversaires. Il y a une raison à cela : ils comptaient sur la possibilité de déterminer par eux-mêmes les résultats de l’élection plutôt que les électeurs ivoiriens. Ainsi, un moment intervint quand ils usèrent de la candidature d’Amadou Gon Coulibaly pour convaincre le peuple ivoirien d’une transition républicaine, démocratique et juste du pouvoir.

Mais, il lui a semblé que sa mort avant l’élection ne leur laissait plus beaucoup d’alternatives, considérant la qualité des candidats éventuels pour augmenter la probabilité de gagner ainsi que le niveau de confiance qu’ils leur inspirent. Les masques du régime tombèrent alors : la candidature du président Ouattara à une élection dont ne pouvait résulter une seconde réélection par la loi. Par ailleurs, nul ivoirien qui examine sérieusement cette candidature au regard de la loi fondamentale ne peut y voir un acte injuste légalement bien qu’injuste au plan de l’éthique sociale et politique. Quoi qu’il en soit, sa candidature ne suffisait pas seule, en tant que l’unique moyen pour réaliser la finalité dont les buts de seconde réélection, de gouvernant et de conservation du pouvoir constituaient les moyens. Car, si l’acte de candidature du président dépend de lui, ni la validation de cette candidature, ni l’organisation de l’élection, ni les choix des électeurs ivoiriens ne dépendaient de lui. En conséquence, au plan moral, quel que soit le jugement porté sur sa candidature, il a quelques circonstances atténuantes : la moralité des actes concernant l’organisation de l’élection, les choix des ivoiriens, notamment de ceux qui ont porté leurs scrutins sur son nom ainsi que celle de la proclamation de la seconde réélection d’un président non rééligible une seconde fois, en vertu de la loi constitutionnelle.

Voici pourquoi  par rapport à ce but et à cette finalité, nous pouvons affirmer que le président a recherché les moyens les plus efficaces de les réaliser : les moyens utiles à quelques uns à la réalisation de buts et fins interdits par tous ne pouvaient être que violents et impératifs, tant leur réalisation ne peut que rencontrer une opposition déterminée de la majorité. Parfaitement conscient de cela, sa préférence alla d’abord en faveur de la candidature de Gon Coulibaly. Elle présentait l’avantage de masquer les obscurs buts et finalités poursuivis ; elle devait orienter le débat politique, non pas sur la moralité des fins poursuivies, mais sur la régularité des moyens de les réaliser, s’agissant de leur conformité républicaine et démocratique. Avec son décès brutal qui n’a pas révélé toutes ses incertitudes et inconnues, son choix s’est porté sur la sienne, malgré et contre la constitution et le peuple ivoirien qui ne pouvait tolérer l’ignorance de son interdit : la seconde réélection.

Une certaine morale, contestée par le philosophe Emmanuel Kant, prétend que la fin justifie les moyens et qu’elle en est même le principe. En d’autres termes, la fin poursuivie justifie les actions ou actes pour la réaliser et leur donne leur valeur. Compte tenu de sa nature sociotoxique, passée dans le filtre de cette manière de valoriser les actes humains  sa fin poursuivie d’accaparer le pouvoir au service de ses partisans est parfaitement anti-républicaine, anti-démocratique et amorale, si bien que les actes posés par le président Ouattara et ses partisans pour la réaliser ne peuvent recevoir aucune valeur morale acceptable. Sa seconde réélection interdite et sa candidature pour y parvenir constituent les moyens préférés pour réaliser cette fin. A l’évidence, une telle fin ne peut conférer à sa candidature, ni à sa seconde réélection une valeur éthique ou morale. Par ailleurs, toutes fins peuvent-elles justifier celles d’actions qui permettent de les réaliser ? La fin d’accaparer coûte que coûte le pouvoir  en tant que but intermédiaire, et celle de le mettre au service de ses seuls partisans qu’il permet de réaliser, peuvent-elles justifier une candidature, certes légales, mais sociotoxique et politiquement destructrice, qui ne peut aboutir à une seconde réélection en vertu de la loi constitutionnelle ? La réponse à cette question est évidemment non, sauf à considérer que le pouvoir n’est ni usurpé ni accaparé par le régime Ouattara, qu’une seconde réélection n’est jamais intervenue contre la règle commune, que le service des sympathisants est une hypothèse ou une opinion fausse et que le pouvoir est détenu et exercé de manière régulière et non abusive, ce qui ne peut que heurter tout sens commun et être contredit par l’analyse des faits.

C’est donc la valeur accordée à ces fins poursuivies par le président et ses partisans qui a donné leur valeur à leurs actions et actes posés en vue de les réaliser. Les choses sont claires de ce point de vue : le but d’accaparer le pouvoir et la finalité de servir ses sympathisants, de surcroit en démolissant la paix sociale, ont justifié sa candidature et son but d’une une seconde réélection contre la règle commune, et finalement une détention et exercice abusifs du pouvoir. Cela étant, les finalités visées (seconde réélection, accaparer le pouvoir, continuer à servir les partisans) n’étaient simplement que des souhaits initialement. Et, les moyens qui ont permis de les réaliser n’auraient pas produit la circonstance sociopolitique délétère ivoirienne, si en tant que souhaits du président, d’autres fins poursuivis et actes posés par d’autres ivoiriens, y compris indépendants de son régime, n’avaient pas favorisé la réalisation de ses fins toxiques au lieu de le contrarier. Or, du pouvoir exercé à déterminer la fin poursuivie et les buts intermédiaires et des moyens pour les réaliser ainsi que de leur mise en œuvre naît la responsabilité. Examinons donc la responsabilité des acteurs, à travers la valeur de leurs déterminations et actes.

En effet, si nous avons examiné les buts et fins du président Ouattara et de ses partisans, ainsi que leurs moyens pour les réaliser, il est clair que ceux-ci ne constituaient que des souhaits. Qu’il s’agisse de la validation de sa candidature, de l’organisation des élections, des choix des ivoiriens et de la validation et publication de leurs résultats ou de leur proclamation, de l’intronisation de l’élu, bref de sa seconde réélection, rien de tout cela ne dépendait que lui. Ainsi, de leur côté, les ivoiriens détenaient une partie du pouvoir de réaliser ou de contrarier cette fin. De leurs buts et finalités poursuivis ont résulté leurs actes, vis-à-vis de la candidature du président Ouattara. Et, autant eux-mêmes que le président Ouattara, ils étaient astreints à l’observation de la loi fondamentale qu’ils ont ensemble adoptée. En prétendant y être tous astreints, comment leurs buts poursuivis et leurs moyens déterminés par leurs choix pour les réaliser ont-ils abouti à la manifestation d’actes défiant toute éthique sociale et politique ?

Certains ivoiriens voudraient pouvoir mettre fin au débat concernant la responsabilité de la situation en opposant un unique argument : pour ces derniers, il suffisait que le président Ouattara ne présenta pas sa candidature pouvant aboutir à une seconde réélection interdite constitutionnellement pour que la réalité actuelle délétère actuelle ne fut pas. Cela aurait pu être un fait, dans une société mathématique. La réalité est que les hommes et leurs sociétés sont complexes. Ces ivoiriens sont les mêmes qui pensent ne disposer d’aucun pouvoir de modifier la réalité et qui font de telle cause l’unique déterminant de tel effet ou conséquence : la candidature du président a produit la situation délétère comme sa conséquence, comme si le peuple ivoirien sur lequel cette candidature a agi ne disposait d’aucune capacité propre de détermination d’un autre résultat. Rien ne permettait de prévoir un résultat mécanique  et consistant en une seconde réélection interdite dû au seul fait de cette candidature. C’est sans aucun doute, la combinaison des finalités poursuivie ainsi que les préférences d’actes politiques posés qui ont généré la réalité actuelle ; d’autres réalités étaient possibles.

III. Des préférences de moyens et d’actes politiques à la responsabilité des acteurs.

Des finalités poursuivies aux actes politiques en tant que les moyens pour tenter de les réaliser, il y a les acteurs, leurs pensées, leurs sentiments, leurs déterminations et choix. Le président Ouattara a choisi puis décidé de se présenter aux élections présidentielles de 2020, sachant parfaitement sa seconde réélection interdite par la règle commune. Sa décision implique qu’il a d’abord fait un choix d’action : entre se présenter comme candidat ou s’abstenir de le faire ; la finalité qu’il poursuivait enracine sa préférence, à savoir : accaparer le pouvoir pour user de son exercice pour servir ceux qui lui vouent une haute considération, en tant que leur sauveur. De qui les sauvent-ils, telle est ce qui trouble leurs âmes qu’ils préservent de la connaissance par les autres ivoiriens. Ainsi, si le fait de porter ou pas sa candidature et celui contraire de ne pas le faire ont constitué les deux éléments constitutifs du choix de moyens pour parvenir à la fin, c’est d’une part parce que être candidat ou ne pas l’être ne lui étaient pas indifférents. C’est cet intérêt manifesté pour être ou ne pas être candidat qui a fait de ces deux options les éléments d’un choix. Dès lors, la question qui se pose est celle des déterminants de l’absence d’indifférence et au contraire de l’intérêt d’être ou pas candidat ainsi que de son choix. Choix ou préférence, décision et actes voici les trois facteurs de la responsabilité par lesquels nous abordons ce sujet.

Des préférences et de la responsabilité du président Ouattara.

Le président Ouattara a préféré les actes qui étaient utiles et avantageux à la réalisation de sa fin visée. Même en le supposant, l’ignorance initiale de cette fin et des conséquences de ses actes qu’il a finalement préférés n’aurait pas fait de lui un acteur irresponsable. Cette responsabilité est d’autant certaine qu’il est absurde de considérer qu’un homme qui a manifesté autant de rationnalité, certes toxique, et malsaine, ait pu agir dans l’ignorance des fins vers lesquelles ses actes le conduisaient.

Des choix libres et conscients qu’aucune mort ne peut justifier.

Si nous examinons les conditions dans lesquelles il a choisi d’être candidat, on peut à minima s’arrêter à la raison qu’il a lui-même exposée : elle est constituée par le décès brutal du premier ministre Amadou Gon Coulibaly, alors pressenti comme le candidat du RHDP. Pourtant, rien dans cette circonstance, certes triste, ne consistait en impératif ou contrainte qui lui imposa d’être candidat de substitution de son parti. Ayant par ailleurs affirmé lui-même sa décision de l’être, on ne peut pas dire que son acte de candidature releva d’ignorance de sa part. C’est par conséquent, volontairement qu’il a porté sa candidature à l’élection présidentielle de 2020 pour une seconde réélection qu’il savait interdite par la constitution. Dès lors, c’est du sophisme de sa part que de tenter de loger le principe de son acte politique hors de lui-même.

Procédant ainsi, ses explications tendent à accabler en plus d’être mort, la mort de Gon d’être responsable de son acte à la place de son principe siégeant en lui-même. La mort du pauvre Amadou Gon Coulibaly n’a jamais eu pour effet de se rendre maître de la libre détermination du président Ouattara jusqu’à l’obliger à être candidat. Quel grand malheur son décès pouvait-il lui faire craindre s’il ne s’était pas porté candidat ? Aucun à notre connaissance, à défaut d’avoir partagé les raisons de sa crainte avec le peuple ivoirien, pour attester du contraire. Ainsi, le président doit assumer son acte et non pas accabler le décès de celui qui est mort : librement, il a choisi et décidé d’être candidat à une élection dont il ne pouvait résulter sa seconde réélection en vertu de la loi commune. En choisissant cette option et en décidant d’être candidat, il a ignoré et méprisé un principe commun aux membres de la société ivoirienne, à savoir un interdit que ses membres ont collectivement posé et adopté en vue de tenter de bâtir une société plus humaine, de progrès et apaisée.

Admettons même que le décès de Gon consiste, comme il le prétend, en une contrainte si forte qu’elle l’obligeait à poser sa candidature. Soit, mais faute de cette candidature, perdrait-il sa vie ou ce qu’il possède de valeur liée à la détention du pouvoir par Gon ou par lui-même ? Il faut le croire, sinon le principe de sa candidature relèverait alors de rien, et sa justification par la mort de Gon serait alors sans aucun fondement. Dans ce cas, le caractère  volontaire de l’acte posé qu’il a présenté aux ivoiriens comme étant involontaire ou indépendante de sa volonté apparaitrait alors plus clairement. Mais comment penser qu’un décès puisse représenter l’équivalent de la puissance d’un tyran qui contraint à ne point agir et se taire ou celle d’une cause supposée honorable qui pousse à agir péniblement ? Une telle cause ne peut être qu’un puissant désir d’être le serviteur d’un groupe communautaire et ethnique au sein d’une société considérée néanmoins comme république démocratique. Soyons clairs et précis, dès lors que l’on constate que le président Ouattara et ses partisans ont conçu les politiques du rattrapage ethnique et des affectations majoritairement fondées sur le patronyme ethnique des heureux bénéficiaires, le doute n’est pas permis s’agissant de leur finalité poursuivie. La finalité d’accaparer le pouvoir en vue de continuer à servir ses partisans est en soi une préférence de leur part. Ce choix est celui de la fraction du peuple ivoirien, envisagée en tant que la fin pour laquelle ils agissent. Comme ce qu’il y a de plus important à leurs yeux, cette fraction de la société constitue la valeur éminente au nom de laquelle toutes autres valeurs peuvent être minorées et même sacrifiées, ainsi que l’a été l’interdit collectif de la seconde réélection.

D’autre part, si la mort de Gon a constitué, comme il l’affirme, une contrainte l’obligeant à être candidat, c’est parce qu’il a considéré qu’il existait deux inconvénients auxquels il devait faire face : l’un résulte de ne pas l’être et l’autre dans le fait de l’être. Quel était l’inconvénient lié à l’abstention de se présenter candidat, qui l’a amené à préférer l’acte de candidature  dont on connaît l’inconvénient : la dégradation de la paix sociale ? Nulle part, le président n’a partagé avec le peuple ivoirien cet inconvénient ; sans doute, il est inavouable. Quoi qu’il en soit, il résulte de cette situation dans laquelle il pense s’être trouvé son choix à partir de deux jugements contradictoires. D’abord, l’action qu’il a préférée ou choisie, à savoir sa candidature, mais sans être exposé à un péril ; cette préférence est blâmée par une large partie de la population, si l’on en croit les manifestations d’hostilité. D’autre part, sa préférence est source d’éloges et d’une grande indulgence à l’endroit de son auteur de la part d’une partie minoritaire du peuple, comme si sans lui candidat réélu une seconde fois président, ils auraient été exposés à un grand péril, lequel péril n’a jamais été explicité et partagé avec les autres ivoiriens par le président et ses partisans. Et, c’est bien en cela que se situe le danger que court la république démocratique. Les conséquences de la reproduction d’actes destinés à traiter préventivement un péril identifié et soigneusement caché par et au sein de la fraction communautaire pour laquelle il agit sont par conséquent à craindre.

Plutôt que de traiter ce sujet, le président et ses partisans préfèrent défendre la justice de leurs actes injustifiables. La question conséquente est alors : si le président est l’auteur d’actes justes, à savoir sa candidature et sa seconde réélection, ainsi que l’exploitation du pouvoir au service de leurs intérêts particuliers, peut-il à la fois être blâmé et couvert d’éloges en raison de ses choix ? La situation de contrainte présumée, due au décès de Gon, peut-elle être véritablement une circonstance de contrainte, sans être source de divers inconvénients obligeant à une préférence de tel acte de sa part politique ? Ainsi, être candidat a été son action certes préférée, mais blâmée par une part importante du peuple ivoirien. En la préférant, le président a choisi d’accepter son inconvénient associé : la dégradation de la paix sociale et la rupture entre parties du peuple ivoirien. Le choix de ne pas être était l’autre acte possible. Sans aucun doute, il est possible qu’il fût aussi blâmé par une minorité d’ivoiriens partisans s’il n’avait accaparé le pouvoir. Cela dit, on n’en voit pas bien ni en quoi il était blâmable, ni l’inconvénient qui lui était associé, à part la perte possible du pouvoir par le RHDP et l’incertitude liée au fait que les ivoiriens sympathisants ne soient plus servis comme ces dix dernières années.

En définitive, on peut affirmer que le président Ouattara ne s’est pas trouvé en situation de faire un choix pour un acte dont le but dépendait de ses circonstances. Le but de sa candidature n’a jamais dépendu de la circonstance du décès de Gon Coulibaly, parce qu’elle ne l’a jamais mis dans une situation de sauver quoi que ce soit d’incommensurable. Son acte de candidature dont ne pouvait résulter possiblement qu’un refus de l’interdit constitutionnel est parfaitement volontaire. Loin le fait que son principe soit en cette triste circonstance de la mort de Gon, c’est en lui-même et en ses partisans qu’il se trouve. A vrai dire, voici ce qu’il a cependant fait de cette mort : le moyen de cacher sa volonté propre, en la présentant comme la puissance qui l’a oblige à agir ainsi. Il n’a jamais eu à choisir ou à préférer être candidat plutôt que de s’abstenir de l’être. La raison est simple : il ne s’est jamais trouvé dans une circonstance dangereuse due à la mort de Gon Coulibaly, sauf en éclairant le peuple ivoirien sur ce danger, ce qu’il n’a jamais fait. Par ailleurs, si contrainte cette mort fut, le choix de lui obéir ou pas en présentant sa candidature ou en s’abstenant de le faire impliquait la considération de plusieurs inconvénients.

Compte tenu de tout ce qui précède, on ne peut pas affirmer comme le président le laisse penser que son acte de candidature est un acte involontaire, non dépendant de sa volonté. Car, quand il pèse les inconvénients liées à ses options de choix et qu’il choisit celles qu’il préfèrent, il ne peut extraire d’une telle détermination ni une contrainte, ni son irresponsabilité dans ses préférences et ses décisions, notamment d’être candidat et d’être réélu une seconde fois. S’il est compréhensible de ne pas connaître à l’avance leurs conséquences non voulues, existe-t-il cependant des actes involontaires ?

Des actes volontaires indiscutables de la part du président Ouattara.

Voici pourquoi, aussi longtemps que l’on recherche la cause de sa candidature en tant qu’un acte involontaire, elle n’existe pas sans une part de déterminisme du président. Que l’on suppose la cause d’une contrainte extérieure, par exemple le décès de Gon ou la volonté des membres de son parti, le président a choisi et décidé comme n’importe quel acteur choisit ou préfère toujours tels actes par rapport à tels autres dans telle circonstance, même supposée de contrainte. Et même si au bout de son acte préféré (sa candidature) se trouve la souffrance ou la peine du peuple ivoirien, c’est en raison de la valeur de dirigeant que le président Ouattara entend associer à celle de son acte. Cette valeur est celle qu’il espère que ses sympathisants lui accorderont. Cependant, comme les hommes responsables d’actes qui heurtent les valeurs culturelles communes procèdent en général, le président préfère rejeter sur des causes extérieures à lui, son acte qu’il considère et présente comme étant contraint et involontaire ou non dépendant de sa volonté. Il accable la mort de Gon, dès lors que de par leur nature et leur caractère non estimables et malhonnêtes. C’est parce qu’il ne peut rien tirer d’une candidature ni d’une réélection interdite, qui puisse le valoriser auprès de la grande majorité du peuple ivoirien, qui en est par ailleurs et au contraire affectée et dont il puisse tirer un quelconque mérite à ses yeux. Que l’on suppose la cause de l’ignorance du président Ouattara, son acte ne suffit pas à en faire un action involontaire due à son ignorance.

Jusque-là, le président n’a manifesté aucun regret d’avoir été candidat à une élection au cours de laquelle sa seconde réélection était interdite, ni de sa conséquence principale consistant en la rupture en fractions du peuple ivoirien et la fracture de la société ivoirienne ; mais, cela pouvait-il intervenir ? Regretter résulte d’un examen de ses actes à postériori au regard de leurs résultats ; il ne peut le faire, sachant parfaitement ses conséquences prévisibles avant même d’avoir posé sa candidature et constatant que ces dernières correspondent à ses fins poursuivies. Contrairement à ce que pensait Aristote, il n’existe aucun acte qui ait été fait sans aucun dessein et la candidature était posée en vue d’un dessein non collectif.

Par ailleurs, le président ne manifeste aucune affliction due aux conséquences délétères de sa candidature. Et, s’il n’en est pas affligé, ce n’est sans doute pas parce qu’il a agi contre son plein gré, comme il le prétend, mais précisément par que cela relevait de sa volonté raisonnée. Il ne peut être affecté par les conséquences intolérables d’actes dont il savait qu’elles lui seraient associées ni prétendre avoir agi contre son gré alors qu’il a malgré tout procédé en toute connaissance de causes et conséquences. Dans tous les cas, même un acte posé par ignorance dont il résulte que l’auteur n’exprime aucun regret à défaut de savoir les conséquences a un but initial ; même celui qui n’afflige pas son auteur à défaut de l’avoir fait contre son gré, relève toujours de sa préférence, dans les conditions dans lesquelles elle est intervenue, en vue d’une fin choisie, certes douloureusement.

En posant sa candidature, le président savait le but et la finalité qu’il poursuivait ; il connaissait aussi les conséquences quasi-inévitables et susceptibles d’être associées à son acte. Un tel homme ne peut être ignorant avant d’agir. Celui qui agit pense savoir ou connaître et a un but ; il n’a conscience d’une ignorance qu’après son acte. C’est lorsque le résultat produit à travers par cet acte, et attendu en raison de ses connaissances, est différent ou contraire en raison des connaissance ou hypothèses erronées, en tant que conditions de son acte que son ignorance apparaît. Cette ignorance à postériori la manifeste, la révèle et la souligne. Même l’homme, dont l’ignorance se révèlera à travers le produit de son acte a quelque dessein initial, en tant que le motif de cet acte. Voici pourquoi un acte produit par un ignorant est volontaire ; seules ses corollaires peuvent l’être. Par la suite, il convient tout simplement d’énoncer que la candidature du président Ouattara est volontaire ; elle dépend de sa volonté passée dans le filtre d’une détermination raisonnée. En conséquence, elle ne résulte pas de la disparition de la candidature d’Amadou Gon Coulibaly, éteinte avec son décès. Au delà de ces arguments, si le doute sur sa volonté subsistait, on ne peut le lever définitivement.

Car, comment savoir que le président qui posa sa candidature, procéda  en tant que celui qui savait ou qui connaissait les buts de ses actes ou en tant que celui qui les ignorait, si ce n’est le président lui-même ? Comment juger hors de lui ses actes en tant que ceux d’un ignorant réel ou de celui qui savait, dès lors qu’il a la faculté d’apparaître comme un ignorant ou qu’il est capable de simuler cette qualité ? Ainsi, même avec les meilleurs éléments de preuves d’ignorance, le caractère incontestable d’un acte involontaire de la part du président ignorant la fin à laquelle il était destiné ne peut être définitivement établi que par son auteur et à lui-même. Voici aussi pourquoi même des éventuels regrets hypothétiques à posteriori de sa part ne constituent pas une garantie si bien qu’aucune espèce de manifestation de regrets n’est à attendre du président Ouattara. A leur sujet et si l’on en croit ses efforts répétés ainsi que ceux de ses partisans pour démontrer le caractère juste et bien de ses actes, ils ne comptent pas par ailleurs en manifester.

Qu’est-ce qui peut faire penser que le président et ses partisans ont agi sans le savoir et en ignorant la cause qui les a amenés à agir selon leurs préférences ? Que pourrait faire le président sans savoir et quand est-ce qu’il aurait dû faire pour que ce que l’on puisse affirmer que ce que cette action réalise lui était inconnu et démontrer ainsi son ignorance des fins poursuivies ? Et, qu’est-ce qu’il devait savoir avant d’agir, mais sans l’être de sa part, qui puisse faire apparaître son acte de candidature par exemple comme relevant de son ignorance ? Sans répondre à cette question, il est impossible de démontrer une ignorance qui puisse aboutir à rendre son acte de candidature involontaire. Le président n’a pas posé sa candidature sans savoir ce qui l’amenait à le faire. Il n’ignorait pas que les causes qui le faisaient agir sont sa seconde réélection interdite, et au delà, celles de conserver le pouvoir au service de ses partisans. Existe-t-il quelque action conduite sans aucun but en vue par son auteur et sans rien qui engagea son auteur dans cette action de sa part ?

A l’observation, même un animal, être supposé dépourvu de raison, n’agit que poussé par telle détermination externe ou interne, fusse-t-elle instinctive ou végétative. Pour les hommes, êtres doués de raison, le choix résulte de déterminations raisonnées et conscientes. En ce sens, les choix et décisions du président de poser tels actes et l’exécution de ces actes sont toujours volontaires. Cela ne signifie pas que tout ce la raison raisonne est bien, juste, et beau. Quant à la volonté, elle ne résulte pas toujours d’un raisonnement. Considérant tout cela, le président Ouattara n’est cependant pas comme un enfant. Ce dernier exprime sa volonté à travers ses actes mais est incapable de préférer ou de choisir lesquels, à défaut de pouvoir opérer une détermination réfléchie ou raisonnée, pour laquelle la raison entraînée et développée est nécessaire. Concernant le président ainsi que ses actes, les arguments manquent pour considérer qu’un homme, qui a fait démonstration d’autant de rationalité dans tous ses actes politiques depuis 1990, en ait manqué quand il s’est agi pour lui de poser sa candidature et de vouloir être réélu une seconde fois, malgré une interdiction qu’il n’ignorait guère. En conséquence, il a préféré être candidat et a nourri une volonté raisonnée d’être réélu une deuxième fois, contradictoirement à l’interdit posé par la loi commune. Pour avoir en vue une fin toxique et préféré des moyens interdits pour la réaliser, on peut penser que cela relève de désirs du président, à moins qu’il ne s’agisse de revanche d’un homme en colère.

Compte tenu, d’une part, de ce qu’on pourrait voir comme de l’avidité manifestée pour détenir le pouvoir depuis 1993, on peut penser que ces actes manifestent un certain désir de le détenir. D’autre part, prenant en considération les relations politiques toxiques et non apaisées depuis cette date entre acteurs politiques, on peut aussi penser qu’il a posé ces actes sous le coup de la colère. Enfin, sont-ce simplement des vœux ou souhaits de sa part (seconde réélection, accaparation du pouvoir), certes toxiques, mais que les ivoiriens eux-mêmes ont réalisé à son profit ? Entendu que le choix et la volonté sont différents du désir, de la colère, du ou souhait et de l’opinion, il convient d’approfondir l’examen de la nature et du fondement des actes du président Ouattara.

Nous observons que la faculté de raisonner démontrée par le président ou même l’absence de raison n’empêche pas l’expression de désirs et de colère, ainsi qu’un chien peut se comporter. Le président qui est un homme et, comme tel, est maître de lui-même, est doté d’une faculté démontrée de raison, laquelle permet son emprise sur lui-même. Mais, cette faculté ne le dispense pas d’agir sur l’impulsion de ses désirs ainsi que tous les hommes procèdent de manière ordinaire. Il s’en suit que cette faculté de rationalité ne constitue pas un moyen total qui éteint toutes les impulsions, y compris celles du président. Certes, cette disposition à raisonner peut rendre l’acteur tempérant ou non selon ses choix ou préférences raisonnées. Quoi qu’il en soit, l’homme qui agit procède toujours consécutivement à un choix, donc raisonné. Mais, il peut opérer de faux raisonnements, poussé par l’impulsion de ses désirs. C’est en cela que, comme dit Aristote, le désir est l’opposé de la préférence et ne peut être comparé à la colère. Le désir implique l’agréable et s’accompagne de peine pour l’auteur, ce qui ne semble pas être le cas s’agissant du président et ses partisans ; à défaut de peine manifestée associée à leurs actes, ils n’ont pas désiré sa réélection une seconde fois et la conservation du pouvoir. En revanche, cette réélection et cette appropriation du pouvoir s’accompagnent d’une immense peine pour le peuple ivoirien, quant à l’inverse ils l’agréent et qu’elle s’accompagne d’une immense joie pour eux. Quant au choix ou préférence, elle n’implique pas toujours ce qui est agréable et ne s’accompagne pas toujours de peine. Dans le cas de la préférence du président d’être candidat, il est clair qu’elle est agréable pour le président et ses partisans et qu’elle ne s’accompagne d’aucune peine pour eux. C’est en cela qu’il s’agit davantage de désir que de préférence. Ainsi, à contrario, elle ne l’est nullement agréable pour le peuple ivoirien et s’accompagne de sa grande peine. C’est en cette double conséquence que se pose la question de la conception divergente de la société commune.

Pourtant, si l’on considère son abstention initiale d’être candidat et le fait qu’il semblait faire la promotion de la candidature de Gon Coulibaly, il semble à l’analyse que le président n’a pas désiré être réélu pour la seconde fois président de la république, sauf à considérer que cela ne relevait que d’une tactique politique. Dans tous les cas, si désir il y a eu de la part du président, il s’agit d’un désir raisonné d’être réélu en vue de réaliser sa volonté de conservation du pouvoir au service de ses sympathisants. Ainsi, sa préférence consiste en un désir mais raisonné. S’agissant le fait qu’il ait agi sous l’emprise de la colère, il est possible qu’il fût en colère compte tenu des événements politiques intervenus depuis 1993. Ne considère-t-il pas avoir été avec ses partisans, la première, unique et grande victime de la politique ivoirienne depuis l’indépendance. Car qu’est-ce qui peut expliquer le fameux “rattrapage ethnique”, sinon que l’acte coléreux et vengeur d’un homme en colère ? Mais la colère ne peut pas expliquer à elle-seule tous les actes qu’il a posés, dès lors que ces actes résultent d’une rationalité indiscutable. Dans tous les cas sa colère a été disciplinée et canalisée. Enfin, existe-t-il des argument pour énoncer qu’il a agi pour tenter de réaliser de simples vœux ou souhaits ? La nature fondamentale des voeux ou souhaits réside dans le fait que leur réalisation ne dépend pas de celui qui les formule.

Un examen attentif des actes du président et de ses partisans montre, si l’on en croit les faits et leur primo-analyse, qu’initialement, il n’a pas formulé le souhait d’être réélu une seconde fois ; la candidature de Gon au titre de son parti semble attester cela. Mais, cet argument s’efface en seconde analyse ainsi que nous l’approfondirons ultérieurement. On est plus proche de la vérité si l’on considérait que la fin d’accaparer le pouvoir n’a jamais constitué non plus un souhait, dans le sens où sa réalisation dépendait pas de lui. A la source ses fins qui ne devaient être que des souhaits ont été converties en objets de la seule volonté du président et de ses partisans. Précisément, il a considéré que la réalisation des fins d’une candidature validée, de sa seconde réélection ne dépendait que de lui et ses partisans, à l’exclusion des actes de tous les autres ivoiriens. C’est en cela que loin d’être des souhaits, se faire élire et conserver le pouvoir relevaient d’objets de leur volonté.  Que le propos soit clair : non, le président n’a jamais considéré que le déterminant de la réalisation de ces buts se situait hors de lui, en des acteurs autres que lui, ni en le peuple ivoirien. Dès lors, ces buts ne pouvaient être des souhaits ou des vœux de sa part, ainsi que tout candidat souhaite se faire élire. C’étaient les objets de sa volonté que lui seul et quelques partisans pouvaient réaliser seuls en se donnant les moyens d’y parvenir : n’est-ce pas ce qui vient de se passer ? A observer leurs jubilations consécutives à l’atteinte de leurs fins, une seule question se pose : existe-t-il une seule circonstance atténuante pour le président Ouattara et ses partisans, responsables de la conversion de souhaits en objets de volonté et d’interdits en ce qui est permis par leur unique volonté ?

Aucune circonstance atténuante des actes du président Ouattara.

Analysant tout cela, il est clair que l’essentiel de nos énoncés précédents relève de nos opinions concernant les buts, fins et actes qu’il a posés pour les réaliser. Cela dit, il est incontestable que la seconde réélection visée à travers sa candidature n’était pas un vœu ou un souhait, mais sa préférence ou choix. Il ne devait pas choisir ou préférer être réélu une seconde fois, puisque cela était interdit, et que l’autorité de la loi et du peuple ivoirien défendait à priori la réalisation de cela. Mais, en convertissant l’interdit en ce qui est librement réalisable et sans aucune limite, il a préféré le pouvoir d’un seul au devoir de tous ainsi que autorité de l’individu à l’autorité de la société. Procédant ainsi, la société n’est plus alors la condition de la possibilité d’existence de l’individu, mais l’inverse si bien que la société ivoirienne ne tient plus en l’ordre qu’il définit seul, de sa propre et unique volonté, renversant ainsi l’ordre républicain et démocratique.

En vue de réaliser ses buts et sa fin poursuivie, le président ne pouvait que souhaiter des actions qu’il était incapable d’exécuter ou d’accomplir lui-même, comme décider de la validité de sa candidature, voter pour déterminer sa seconde réélection bien qu’interdite, valider les résultats du scrutin électoral. Il ne pouvait pas choisir lesquelles actions conduire, dès lors qu’il ne disposait pas directement des moyens. Il a résolu cette difficulté en plaçant les institutions et ceux qui les incarnent et sans leur faire injures à leur raison propre, sous l’autorité de sa volonté. En revanche, les choix ou préférences du président sont bons ou ou mauvais, justes ou injustes au plan collectif, toxiques ou pas. En cela, le choix d’être candidat n’est pas une opinion du président, mais sa préférence donnée à ses fins et moyens pour les réaliser ; c’est en cela qu’il a préféré le mal collectif qui confère une mauvaise qualité morale à son but de se faire réélire une seconde fois et de servir ses partisans, ainsi que les actes pour les réaliser. Le président et ses partisans ont choisi et décidé d’être à eux seuls la société ivoirienne, usant du pouvoir comme le moyen pour tenter de plier la grande majorité de ses membres aux nouvelles valeurs qu’ils leur imposent. Il résulte de ces dernières qu’on peut librement réaliser et faire ce qui est interdit, chacun posant seul les limites de ses actes et non plus le consensus social des valeurs communes.

Être candidat plutôt que s’abstenir d’être candidat à une élection pour une seconde réélection interdite, rechercher les moyens d’y parvenir et agir de telles manières pour y parvenir ne peut relever ni du hasard, ni de l’ignorance ou encore de la colère ; son principe est en le président Ouattara. La volonté du président ou désir raisonné d’accaparer le pouvoir pour en user au service de fins particulières était-elle préférable, dès lors que passée dans le filtre du raisonnement et de la réflexion, un tel choix aboutit inévitablement et inéluctablement à la fracture de la société ivoirienne et à sa transformation en société en État de guerre entre ses parties en désaccord sur les valeurs de la société. Peut-être, considéraient-ils déjà que la société était dans un tel état ce qui impliquerait que leurs préférences s’inscrivent dans un tel cadre de pensées et de sentiments. Mais, cela ne semble pas être leurs opinions exprimées depuis les indépendances ni depuis qu’ils détiennent le pouvoir.

La préférence ou choix implique raisonnement et réflexion : elle se veut acte choisi ou adopté avant un autre et plutôt que ce dernier. Elle implique par conséquent délibération. Toute délibération, qui est une recherche, a pour fin de trouver le moyen le meilleur de parvenir à un but. Face à ses fins à réaliser (conserver le pouvoir et servir ses partisans), celle du président avait initialement abouti à la candidature d’Amadou Gon Coulibaly. Parce qu’il a considéré que le but de conserver le pouvoir pour son parti et ses sympathisants et la fin de servir ses partisans s’imposaient à lui, il semble que ces fins n’ont pas fait l’objet de leurs délibération, comme si elle était évidence. A ce sujet, observons que rarement les hommes délibèrent sur les fins qu’ils poursuivent si bien qu’on a le sentiment que la fin d’accaparer le pouvoir s’imposait à eux dès sa conquête ainsi qu’ils en ont abreuvé les autres ivoiriens, en particulier leurs prévisions certaines d’avoir gagné l’élection présidentielle de 2020 avant qu’elle n’intervienne ainsi que les affirmations de leurs volontés d’accaparer le pouvoir pendant 50 ans au moins.

En conséquence, le président et ses partisans n’ont délibéré que sur les moyens de réaliser ce but et cette fin. C’est ainsi que sa délibération initiale a abouti à la candidature jugée plus pertinente et moins problématique de Gon. Après sa mort, le président a à nouveau délibéré sur le moyen de les réaliser : être candidat en vue d’une seconde réélection interdite par la constitution en vue de conserver le pouvoir ou pas, en tant que le moyen de réaliser les fins visées. Sa seconde délibération devait alors aboutir à l’opposé de l’option que sa consciencieuse délibération initiale l’avait mené. Pour avoir préféré une voie sociopathique, le président Ouattara a agi contre sa conscience, au détriment de la société ivoirienne et de sa cohésion. Mais, pouvait-il véritablement exister une meilleure voie de réalisation d’une finalité qui n’est pas bien collectivement ? Quoi qu’il en soit, le président Ouattara, malgré toute sa rationalité et non son intelligence politique ne pouvait être l’auteur de toutes les déterminations qui ont abouti aux actes politiques ainsi qu’à leur mise en œuvre. Cela signifie qu’il ne pouvait que souhaiter accaparer le pouvoir et servir ses partisans, n’étant pas celui dont dépendant toutes les actions nécessaires.

Quelles que soient les finalités malheureuses poursuivies par le président, ses délibérations qui ont conduit aux moyens les plus injustes pour les réaliser ne pouvaient suffire à les réaliser seules ; ses moyens ou choix ne l’ont conduit à leur réalisation que parce que les buts et fins d’autres ivoiriens constituaient des adjuvants et que d’autres fins ont favorisé leur réalisation. Ainsi, d’autres ivoiriens ont rendu possible la réalisation de son but et de sa fin. De sorte qu’on peut disserter longtemps sur la toxicité sociale et politique de son acte de candidature à une élection dont ne pouvait résulter sa seconde réélection interdite par la constitution. On peut juger de sa moralité ou éthique en politique. Mais, si les ivoiriens veulent vraiment avoir une compréhension utile de tout ce qui vient de se passer au plan politique, ils doivent chercher à se rapprocher de la vérité en interrogeant la moralité et l’éthique des actes déterminés et posés par chaque ivoirien à l’occasion de cette consultation électorale, sans lesquels les fins du présidents n’auraient été que des phénomènes et sa candidature serait alors un simple acte librement posé, mais sans conséquence, par un président amoral et inconséquent.

Tout ce que nous venons d’examiner résulte de l’effet des préférences ou choix du président que nous jugeons mauvais et pas bien collectivement.  Parce que nos énoncés concernant ses actes peuvent être jugés vrais ou faux par les ivoiriens, ce sont nos opinions. Comme telles, elles n’ont pas à être bien ou mauvaise, mais vraies, justes ou fausses. En cela, elles se distinguent de ses actes et préférences d’une grande gravité collective, en relevant de ce qui bien ou toxique pour la société ivoirienne. A leur tour cependant, nos opinions exprimées sur ce que sont les objets de ses choix et de sa manière d’agir politiquement et sur leur utilité collective peuvent être jugées par les ivoiriens. Parce qu’une préférence comme une opinion sont toutes les deux volontaires, le président Ouattara autant que tous les ivoiriens qui expriment leurs opinions sur les objets de ses choix ne doivent pas convoquer des causes extérieures à eux-mêmes, ni s’agissant de ses choix ni de leurs opinions sur ces choix, mais les assumer en ce qui les concerne. Cela dit, de même que tous les buts et moyens qui relèvent de la volonté du président Ouattara ne doivent pas être préférés par lui, dès lors qu’ils ne consistent pas en biens collectifs, toutes les opinions les concernant, qui relèvent elles-aussi de la volonté des ivoiriens, ne doivent pas non plus être exprimées si elles sont fausses. Qu’en est-il des préférences des membres de son régime et de ses partisans ?

Préférences et responsabilité des membres  du régime et de ses partisans.

La confusion volontaire par ceux qui les incarnent entre les institutions de l’État et le régime au pouvoir ou l’opposition a pour conséquence de ramener le combat politique entre institutions et administrations de l’État et les partis d’opposition. Or, le conseil constitutionnel intervient dans la possibilité de réalisation de l’objectif du président Ouattara de validité de sa candidature à l’élection présidentielle de 2020. Sauf à considérer qu’une candidature qui ne peut aboutir à une seconde ne peut être valide, rien dans la constitution ne permettait à cette institution de la rejeter. Et, rien dans l’article 55 de la constitution n’interdisait une telle candidature. Par ailleurs, sauf l’intégration de considérations éthiques, la Cour constitutionnelle ne pouvait rejeter sa candidature pour le motif d’impossibilité par la loi fondamentale de rééligibilité pour une seconde fois, ce qu’elle a ignoré. De ce point de vue, les ivoiriens qui incarnent cette institution n’ont tenu aucun compte de l’argument éthique dans la détermination de leurs actes, ayant préféré les fonder sur de fallacieux arguments juridiques. Ensuite, ce sont des conditions d’organisation de l’élection et de la manière de comptabiliser les scrutins exprimés par les ivoiriens dont pouvait résulter une seconde réélection du président. Dès lors que ces actions ne sont pas justes, elles peuvent artificiellement conduire à une réélection. En cela, la finalité poursuivie par ces institutions les conduisait à une recherche, à savoir à une détermination des moyens appropriés. Dès lors que cette finalité consistait en cette réélection, et non pas en la mise en œuvre la plus juste possible des principes de la république démocratique, les moyens préférés par ceux qui les incarnent ne peuvent que correspondre à cette finalité. C’est ainsi que la finalité poursuivie déterminant les actes politiques, la finalité de la réélection du président a été à la source des choix de modalités d’actions de ces institutions.

S’agissant du Conseil constitutionnel, l’interprétation de la loi fondamentale a si bien été orientée vers cette fin, que des arguments non fondés sur la constitution ont été évoqués pour justifier de la validité d’une candidature qui n’en avait pas besoin, sans nulle considération d’aucun argument éthique. Quant à la Commission électorale indépendante, elle s’est rendue seule maître de la détermination de ceux qui pouvaient voter et du décompte de leurs voix. Et, comme s’il était nécessaire d’attester plus qu’il ne le faut la victoire électorale pour une seconde réélection des taux de scrutin de plus de 100% des suffrages exprimés ont été calculés. Au delà des aspects de droit, la validation des résultats de l’élection par le Conseil constitutionnel et la déclaration de seconde réélection d’un candidat qui ne pouvaient l’être ainsi que son intronisation, n’ont posé aucun problème de conscience à ceux qui incarnent cette institution. Ainsi, la considération de la dimension éthique de tous ces actes est parfaitement absence si bien que les préférences de leurs auteurs n’ont été fondées que sur leur utilité à la réalisation des fins visées : la seconde réélection  du président Ouattara interdite par la constitution.

Préférences et responsabilité des membres de l’opposition et de ses partisans.

Quelles étaient les fins de l’opposition ? S’agissant de ses fins immédiates, il s’agissait pour elle de mettre en échec le projet politique du président et son régime et pour chacun de ses membres, de conquérir le pouvoir. Quels moyens a-t-elle choisi : l’opposition a préféré après détermination raisonnée, d’une part contester sa candidature et quand cela n’a pas abouti, empêché la tenue régulière des élections et en tous cas tente de la rendre illégitime. Or, si la non participation aux élections relevait de son fait, la proclamation d’illégitimité de l’élection ne dépendait pas d’elle seule. En ce sens, son but de délégitimer l’élu ne pouvait qu’être qu’un vœu de sa part ou un souhait, à savoir une réalité dont l’avènement ne dépendait pas d’elle et de ses seuls actes. A l’évidence, ce fût un vœu pieux qu’aucun dieu ne pouvait exhausser, si ce n’est le pouvoir combattu le peuple ivoirien et la communauté internationale.

Ainsi et au delà de la politique, plutôt qu’un candidat unique de l’opposition pour concentrer ses forces dans la bataille morale qui s’engageait, la préférence à minima des membres de l’opposition est allée au boycott et à la désobéissance civile active visant à délégitimer l’élection et l’élu. Plutôt qu’une grande campagne d’éclairage des esprits des ivoiriens sur la toxicité collective des préférences du président et de sa seconde réélection interdite par la constitution, l’opposition a choisi de confier la réalisation de son vœu au régime qu’il combattait et à des puissances lointaines qu’elle espérait mobiliser à travers la délégitimation. Or, tous États ne déterminent leurs actes que conformément à leurs propres finalités poursuivies, qui ne pouvaient être nécessairement celles du peuple ivoirien et les leurs particuliers. En évitant soigneusement de voir en les ivoiriens la puissance qui pouvait s’opposer au régime, les membres de l’opposition ivoirienne ont fait en réalité l’économie de leurs buts partisans immédiats, plutôt que l’économie de l’existence de la république démocratique de Côte d’Ivoire, laquelle ne peut être sans un peuple ivoirien acteur libre, conscient et volontaire. Dès lors, face à l’effet toxique d’une seconde réélection interdite du président Ouattara, le choix massif de protestation d’un candidat unique de l’opposition, par une multitude d’ivoiriens éclairés par l’opposition sur le danger ou poison que cela représentait pour la république démocratique n’a pas constitué une préférence de l’opposition.

Pourtant, cette alternative qui était la plus juste pour sortir le pays des ornières a été rejetée par les membres de l’opposition eux-mêmes déterminés par leurs intérêts partisans particuliers et non pas l’intérêt supérieur de la république démocratique. Sans doute, lors de la détermination des moyens à utiliser, les intérêts immédiats de partis ont été jugés éminents par rapport à l’intérêt supérieur de la république démocratique d’empêcher la forfaiture. Dès lors, des partis qui la composent étaient-ils plus dignes de la considération des ivoiriens par rapport au RHDP (Rassemblement des Houphouétistes, nouveau canal) et au président Ouattara et à leur finalité d’accaparer le pouvoir  par leurs moyens  contestables défiant toute éthique politique républicaine et démocratique ? Collectivement, ces partis qui composent l’opposition ont préféré échouer ensemble à mettre en échec le saccage de la république démocratique, plutôt que préférer la possibilité d’y parvenir ensemble à la condition d’accepter que l’un d’entre eux parvienne à conquérir et à exercer le pouvoir à leur place. Lorsque ce qui fait tenir ensemble la société est en jeu, que le régime qui doit faire se dérouler le processus démocratique a choisi de piétiner l’interdit de la société et avec lui la société elle-même, l’argument de l’exigence d’une élection démocratique parfaite ne tient plus. De même qu’en présence d’un incendie la qualité de l’eau pour l’éteindre n’a plus aucune importante, l’enjeu était d’arracher avec le plus grand nombre possible d’ivoiriens la société attaquée en ses valeurs et interdits à des responsables politiques pour lesquels l’éthique en politique est sans aucune valeur.

Par ailleurs, alors que c’est en cette action précise qu’ils pouvaient mesurer la popularité de leurs fins, ils ont contradictoirement procédé comme si la grande majorité des ivoiriens étaient leurs partisans et partageaient leurs finalités. Ainsi, les membres de l’opposition ivoirienne ont préféré l’échec collectif quasi-certain à la possibilité de mise en échec collective du projet malsain du régime. D’une part, ils ont procédé  sans avoir la moindre idée du nombre des défenseurs de la république démocratique attaquée par le régime. D’autre part, ils ont agi ensemble sachant l’absence de la moindre confiance les uns dans les autres et leur doute commun s’agissant de la poursuite d’actions collectives au service de la république démocratique, une fois le pouvoir éventuellement conquis ensemble. Dès lors, pas plus que le président Ouattara et son régime, nuls des dirigeants de l’opposition ivoirienne ne peuvent aller expliquer aux ivoiriens qu’ils défendaient la république et l’intérêt supérieur de tous les ivoiriens. Les ivoiriens ne pouvaient préférer exposer leurs vies à défaut de fins qui puissent leur être supérieures à chacune de leurs vies prises individuellement. Voici pourquoi, le moment venu, il sera juste de considérer l’absence de telles fins lorsqu’il s’agira de juger de la moralité du peuple ivoirien, qui semble avoir accepté l’inacceptable : le refus de ses interdits communs par quelques uns de ses membres.

Conclusion.

Aussi attentivement que l’on examine les fins politiques poursuivies ainsi que les préférences d’actes politiques du régime Ouattara et de son opposition, on est en peine de repérer le moindre souci manifesté pour l’existence et la pérennité de la république et du peuple ivoirien tout entier. On se demande même si du point de vue des acteurs impliqués, quelque considération morale a imprégné leurs conceptions politiques. Tout ne s’est-il pas passé comme si les uns et les autres ainsi que leurs partisans voudraient constituer et incarner à eux seuls la Côte d’Ivoire ?

Plutôt que se lancer dans des conjectures au sujet de leur philosophie politique, la meilleure manière de parvenir à quelque réponse à cette question est de mettre en débat l’éthique politique de ces acteurs à travers leurs fins poursuivies et leurs préférences d’actes politiques pour tenter de les réaliser. C’est cette analyse que nous conduirons dans le prochain volet de cette réflexion.

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Introduction

I. Problématique.

II. Des buts et  fins politiques poursuivis par le président Ouattara et ses partisans.

Buts et fins poursuivis par le président Ouattara.

Une opération décisive et sociotoxique : conversion de buts et fins interdits en choses possibles et réalisables.

De l’adoption de buts et fins possibles et réalisables au choix des moyens

III. Des préférences de moyens et d’actes politiques à la responsabilité des acteurs.

Des préférences  et de la responsabilité du président Ouattara.

Des préférences et de la responsabilité du régime Ouattara et de ses partisans.

Des préférences et de la responsabilité de l’opposition et de ses partisans.

IV. De l’éthique des acteurs et de la valeur de leurs actes politiques.

Éthique du régime Ouattara et de la valeur de ses actes politiques.

Éthique des membres de l’opposition et de la valeur de leurs actes politiques.

L’éthique discutable des fins et des préférences d’actes politiques qui ne distingue pas les acteurs.

V. De la valeur de la constitution de la république démocratique et de l’autorité du peuple ivoirien.

De ce qui est jugé le plus avantageux à la valeur accordée à la règle fondamentale commune.

Les preuves de croyance et de confiance dans la république démocratique et en ses valeurs manquent.

Conclusion.

_____________________________________De l’acte politique et de sa valeur.

(1) Jean-François Thurot, “La Morale et la Politique d’Aristote”, Paris, Firmin Didot, 1823, 500 p.

(2) Xavier Jaze, “Funérailles de Jerry Rawlings : pourquoi Alassane Ouattara a envoyé Affi N’Guessan”, Monde Actuel, 2 février 2021. URL : https://www.mondeactuel.net/2021/02/02/funerailles-de-jerry-rawlings-pourquoi-alassane-ouattara-a-envoye-affi-nguessan/

(3) Dreffus Polichinelle, “En meeting Amon Tanoh : “Dites à Ouattara de libérer notre pays” Publié par afrique-sur7.fr le 10/10/2020 – URL : https://www.afrique-sur7.fr/443616-amon-tanoh-ouattara-liberer-pays/

(4) Richard Yasseu “Pour ses attaques contre le président Alassane Ouattara, Marcel Amon Tanoh déchu de ses droits coutumiers par le royaume du Sanwi”7info.ci le 17/10/2020 URL : https://www.7info.ci/pour-ses-attaques-contre-le-president-alassane-ouattara-marcel-amon-tanoh-dechu-de-ses-droits-coutumiers-par-le-royaume-du-sanwi/

(5) Arnaud Houssou, “Marcel Amon Tanoh demande pardon à Alassane Ouattara.” – Publié par 7info.ci le 25/01/2021 URL : https://www.7info.ci/marcel-amon-tanoh-demande-pardon-a-alassane-ouattara/

 

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