CRISE DE LA COTE D’IVOIRE : Le véritable problème commun du peuple ivoirien que les ivoiriens raisonnables sauront reconnaître.

En quête du problème du peuple ivoirien qui peut fédérer ses membres, dans l’article précédent, nous avons traité des faux problèmes du peuple ivoirien. Nous sommes parvenus au fait que des définitions du problème du peuple ivoirien consistent à le privatiser ; ainsi des difficultés de tels partis politiques et de ses partisans sont pris pour ce problème. Associées alors à leur résolution  dans des cadres restreints et privés, ces problèmes ainsi posés et traités pourrissent en réalité la cohésion et l’unité du peuple tout entier. Bref, Ces faux problèmes et leurs solutions associées, non seulement tendent à empêcher la possibilité de l’existence même du peuple ivoirien, mais en plus, ils aggravent son véritable problème. Nous voici poursuivant la recherche du véritable problème du peuple ivoirien que les ivoiriens authentiques sauront reconnaître.

Ce problème consiste nécessairement en une situation inacceptable pour le peuple ivoirien tout entier. Cette situation affecte et nuit gravement à sa marche historique de progrès en progrès des conditions d’existence du plus grand nombre ses membres, soit en la contrariant, en la ralentissant ou encore en la stoppant. A ce titre, il ne peut consister en tels ou tels ivoiriens et leurs productions, ni en tels autres intervenants extérieurs et leurs et interférences dans les productions des membres de la société ivoirienne, bien qu’elles puissent l’aggraver. Cette situation inacceptable ne peut pas constituer un objet de divergences entre ivoiriens, s’agissant de sa nature inacceptable pour tous. C’est pourquoi, elle constitue une difficulté qu’ils peuvent mettre en commun en vue de tenter de la résoudre ensemble. A ce titre, telles difficultés identifiées par telles parties du peuple, mais qu’elles ne peuvent mettre en commun avec telles autres parties, ne le sont pas. Cette situation a des causes qu’il lui faut identifier. Elle se manifeste sous différentes formes qu’il convient qu’il les distingue du problème lui-même. Cette difficulté produit des conséquences toxiques pour le peuple, la rendant inacceptable et appelant une nécessité de la résoudre et à minima de la réduire.

Cette difficulté affecte tous les ivoiriens de la même manière ou presque, ce qui la rend reconnaissable par tous et en fait l’objet de leurs accords, non seulement pour la désigner, mais également pour la traiter. Parce que le peuple ivoirien tout entier est celui qu’elle affecte, il est l’acteur qui doit la résoudre ou du moins l’atténuer, ce qui implique des solutions et réponses concertées de ses membres. Il est l’acteur de sa résolution. Un tel problème se distingue de tous les autres problèmes que des ivoiriens rencontrent et identifient ici et là par un trait singulier : il constitue un facteur de rassemblement des membres du peuple et de sa cohésion nécessaire à sa résolution ou réduction. Un tel problème ne peut diviser le peuple ivoirien. Comme telle, ce problème est permanent dans la mesure où il est constitutif de la cohésion de la société, donc de son existence comme tel. Ce n’est donc pas un problème conjoncturel mais un problème dont la résolution constitue le travail de toute une vie d’un peuple.

Maintenant que le problème commun du peuple ivoirien est décrit, tentons de l’identifier et de le poser si clairement que chaque membre du peuple ivoirien le reconnaisse et trouve dans sa définition même, les axes de recherche menant à ses solutions.

 Tentative d’approche du problème commun du peuple ivoirien par la situation conflictuelle.

Nous cherchons une situation inacceptable pour le peuple ivoirien. Or, la situation est générée par les relations entre membres de la société ivoirienne à travers leurs productions et actes, mais aussi leurs interactions avec des membres d’autres sociétés extérieures. C’est donc à partir de leurs actes et en les suivant jusqu’à la production de la situation inacceptable que nous serons en mesure d’identifier le problème. Cette situation inacceptable peut également être immanente à leur existence en communauté, si bien qu’en réalité, chacun de leurs actes constitue une réponse pour la rendre acceptable. Lorsque ces actes sont toxiques en le renforçant au lieu de le traiter, ils sont perçus comme étant le problème lui-même. Ces productions ou réponses toxiques génèrent des divergences dont l’irrésolution conduit aux conflits à l’origine des situations de crise de la société toute entière.

Dès lors que ces crises sont ce qui se rapproche le plus des situations acceptables pour le peuple tout entier, leur examen peut permettre d’approcher le problème du peuple ivoirien. En effet, de par sa nature, la situation conflictuelle née de l’opposition violente entre le régime au pouvoir et son opposition ainsi que leurs partisans respectifs, nous met sur la piste du problème commun du peuple. Examinons donc si cette situation conflictuelle constitue le problème du peuple ivoirien qu’il doit résoudre.

On a bien observé que le régime au pouvoir et l’opposition ainsi que leurs partisans respectifs s’accommodaient de leurs divergences. Par exemple, tandis que l’opposition et ses partisans pointaient une candidature et une élection illégitimes, le régime au pouvoir et ses partisans procédaient comme si nul problème n’existait en cela. Ainsi, on ne pouvait pas énoncer l’existence d’un problème commun au régime au pouvoir et à son opposition dans aucune divergence et à fortiori au peuple ivoirien tout entier en la candidature abusive. Tant que leurs relations en restaient à leurs divergences, et que cela ne constituait aucune difficulté inacceptable pour le le peuple ivoirien, il n’existait aucun problème qui affecta le peuple. La situation change lorsque de divergences non aplanies en divergences non traitées, leurs réponses, chacune des parties de son côté mène à leur conflit, à savoir à leur rupture et à des relations violentes.

Le conflit entre le régime au pouvoir et l’opposition ainsi que leurs partisans respectifs leur est-il acceptable ? A priori, non. Contrairement à leurs divergences, concernant le caractère problématique de la candidature et de la réélection du président Ouattara, il semble que le conflit qui les a suivies aboutissait à une situation, autant inacceptable pour le régime au pouvoir que pour son opposition et leurs partisans respectifs. On tient ce constat du fait de leur tentative de mettre en commun cette cette situation conflictuelle. En effet, cette situation a été posée aussi bien par le pouvoir que par l’opposition comme étant constitutive d’un problème qu’il doivent résoudre ensemble. Cette situation est inacceptable pour tous les deux, si l’on se réfère à la rencontre du 11 novembre en les présidents Ouattara et Bédié pour initier une tentative de sa résolution. Ainsi, la situation conflictuelle inacceptable pour les deux parties constitue un problème qu’elles acceptent de mettre en commun, qu’elles pose ensemble et et veulent résoudre ensemble comme un problème commun. Dès lors, leur conflit n’est plus l’une des conséquences du problème particulier, du point de vue de l’opposition, qu’elle considère comme étant la candidature abusive du président Ouattara et sa réélection illégitimes, ni par celui constitué, du point de vue du régime au pouvoir, par la désobéissance civile et le CNT. Il s’en suit que pour la première fois, un problème commun aux deux parties existe : la situation conflictuelle est alors leur problème commun  que le pouvoir et l’opposition jugent comme étant la situation inacceptable pour tous les deux.

Dès lors, on peut poser que le conflit régime-opposition né de leurs divergences multiples est constitutif de leur problème mis en commun. Cet aboutissement implique de considérer comme ses causes, tout ce qui le précède, à savoir les objets de leurs divergences  : problèmes particuliers de la candidature abusive, du manque de probité des institutions, de l’absence de légalité et de légitimité, du refus mutuel de se reconnaître leurs qualités respectives, etc….  C’est là un argument supplémentaire qui confirme le fait que la candidature abusive et la réélection illégitimes ne constituent donc pas leur problème commun mais les causes qui génèrent ce dernier. Lorsque le président Ouattara décide de poser sa candidature à l’évidence contre la constitution, cet acte est sa réponse particulière au problème que nous cherchons, tel que lui et son parti se le posent en particulier. Évidemment, c’est une solution particulière au problème posé particulièrement par eux, dès lors que l’avis du peuple n’a pas été requis. La contestation de cette candidature est en réalité la contestation de leur réponse au problème tel qu’ils l’ont privatisé. L’opposition résolue à cette solution des autres partis de l’opposition et de leurs partisans est leur solution au problème de la candidature tel qu’ils l’ont privatisé à leur tour. Ils n’ont pas requis l’avis du peuple tout entier sur ce problème pour en faire un problème commun. Ainsi, tous les événements qui constituent leur conflit et finalement la crise, ne sont en réalité que des réponses particulières les unes autant que les autres à des problèmes particulier identifiés ; ils ne sont pas le problème commun du régime au pouvoir et de son opposition et de leurs partisans respectifs ; ils sont encore moins ceux de tous les membres du peuple ivoirien.

En définitive, il existe désormais un problème commun au régime au pouvoir et à son opposition ainsi qu’à leurs partisans respectifs ; ce problème est la situation conflictuelle inacceptable pour les deux parties qui constitue la situation action de crise. Pour autant, si cette situation n’avait aucune conséquence ni répercussions sur les conditions de la vie des membres du peuple ivoirien, constituerait-elle un problème commun à tous les ivoiriens et à résoudre par eux ? A l’évidence non. Dès lors, le problème commun du peuple ivoirien peut être approché, grâce à la situation conflictuelle et plus précisément en suivant ses impacts ou conséquences. Le conflit et ses manifestations semblent alimenter ce problème commun du peuple ivoirien.

A l’examen de l’enchainement des faits qui constituent la crise, le moment où un problème se pose à tous les ivoiriens, c’est lorsque tous, régime au pouvoir, opposition et leurs partisans respectifs et, sans taire leurs divergences initiales, ainsi que tous les autres ivoiriens, ils affirment ensemble que la situation de la société ivoirienne, née de ces diverses divergences entre gouvernement et son opposition et de leur conflit qui résulte, est inacceptable pour tous. Ces divergences ont trait à la définition du problème tel qu’ils se le posent et y répondent particulièrement, chacun de son côté. C’est à cette unique condition qu’ils peuvent ensemble discerner le problème commun comme suit : la situation de la Côte d’Ivoire et les circonstances de la vie ensemble des ivoiriens sont inacceptables et insupportables. Partant de ce point, tout ce qui a été jusque-là érigé en problèmes du peuple ivoirien n’apparaît alors plus que sa cause. Voici la difficulté que nous cherchions à poser comme étant son problème et à résoudre autour de laquelle le peuple ivoirien, sans aucune exception, peut se réunir pour tenter de le résoudre, en tant que peuple. Dès lors, le problème commun que nous, tout le peuple ivoirien, pouvons nommer de manière identique n’est constitué, ni par le caractère inacceptable de la légalité ou légitimité de la candidature, ni par l’illégitimité des institutions et de la manière de rendre cette candidature légale et légitime, ni par une réélection illégitime, ni par la désobéissance civile, ni par le gouvernement parallèle du CNT, ni encore par le conflit qui en découle comme leur conséquence ou manifestation. Tout cela constitue précisément certaines de ses causes.

Le problème du peuple ivoirien semble résider dans la circonstance historique, inacceptable pour tous les ivoiriens, de la société ivoirienne et de l’existence du peuple ivoirien. Plus simplement, la difficulté inacceptable que constitue la circonstance de la vie du peuple ivoirien semble constituer ce problème. Soit. Observons toutefois que cette circonstance inacceptable pour tout le peuple ivoirien résulte de considérations particulières de ce problème. Ce sont bien les solutions particulières pour traiter unilatéralement ces considérations particulières du problème qui ont abouti au problème du peuple. De fait, ce problème existait bien avant les tentatives malheureuses de le privatiser ainsi que ses solutions. Il vient en conséquence que ces faux problèmes et leurs solutions fausses n’ont pas généré ce problème, mais l’ont tout simplement alimenté et aggravé. Des lors, toutes productions qui aboutissent à générer de telles circonstances inacceptables pour le peuple tout entier sont des causes aggravantes du problème du peuple ivoirien. En quoi le sont-elles et quel est le problème ultime que ces circonstances inacceptables aggravent ?

Le problème du peuple ivoirien est alimenté et aggravé par les faux problèmes. 

Le problème du peuple ivoirien ne date pas de la présente crise ni des crises d’hier ; elles l’aggravent. En examinant avec méthode les faits, on voit bien que ce problème commun ne date pas de la candidature certes abusive du président Ouattara, ni de la réponse tout aussi abusive de l’opposition pour la traiter, ni de sa réélection illégitime qui en résulte. Tout cela que les ivoiriens posent généralement et unilatéralement comme étant le problème, de leurs uniques points de vue, ne constitue en réalité et en première instance de que des réponses hasardeuses et particulières à ce problème alors privatisé. Bien sûr, des ivoiriens peuvent présenter certaines de ces productions comme étant des conséquences ou des réponses aux problèmes particuliers qu’eux-seuls ont identifiés, mais faits le problème. A ce tire, ils s’égarent dans le discernement du véritable problème. En effet, en contribuant par la suite à détériorer les conditions d’existence des ivoiriens, toutes ces production apparaissent en réalité comme des causes du problème réel, en raison de constituer ses manifestations. Telle de ses manifestations, comme par exemple la candidature abusive, consiste en une solution particulière trouvée par le régime au pouvoir. Telle autre, comme la désobéissance civile et le CNT, valent réponses particulières de l’opposition.

Ainsi, la situation inacceptable de crise résulte de l’opposition de tentatives hasardeuses, sociotoxiques et unilatérales de définir le problème qui se pose au peuple ivoirien et de le solutionner. En aggravant le problème au lieu de réduire, elle agit comme l’une des cause des difficultés de vivre des membres du peuple ivoirien. Le véritable problème du peuple ivoirien se déduit de cela : ce sont les difficultés inacceptables de vivre des membres du peuple ivoirien. En observant différemment toutes ces productions à la lumière de ce problème ainsi posé, on peut alors parvenir à une autre compréhension de ce qui se joue ainsi que de la nature de chaque production ou situation. La crise peut alors trouver une autre explication que la candidature abusive qui elle-même est une réponse particulière à ce problème et non pas le problème dont elle est précisément une solution inadaptée et collectivement toxique.

Face au caractère inacceptable des difficultés de la vie, qui constituent le véritable problème commun, des parties du peuple tentent de privatiser ce problème ; elles pensent comme si ces difficultés inacceptables rencontrées par le peuple tout entier les concernaient elles seules. Elles procèdent ainsi, non seulement circonscrire le périmètre social des membres devant agir agir pour les réduire, mais surtout pour mieux appliquer au problème ainsi particulièrement défini, leurs solutions particulières. Cette solution particulière consiste à détenir et conserver le pouvoir, considérant que c’est le moyen indispensable pour mieux supporter ces difficultés inacceptables, qui de leur point de vue semble les affecter seuls, ainsi qu’elles les perçoivent.

Ainsi, depuis la mort de Félix Houphouët-Boigny en 1993, on ne peut que constater les tentatives des gouvernants qui lui ont succédé, de mettre en œuvre cette solution depuis 1993 ; ils n’ont pas atteint le niveau d’équilibre et d’efficacité de sa pratique depuis les indépendances en 1960. Mise en œuvre avec brutalité, sans discernement et sans un minimum de justice et d’équité, on ne peut s’étonner qu’une telle réponse ne puisse résoudre les difficultés, si tant est que la finalité de ses promoteurs est de la résoudre pour tous, plutôt que de tenter de faire échapper leurs partisans à leur rigueur. Depuis 2011, le “rattrapage ethnique” du président Ouattara a porté cette réponse à tel niveau de caricature jamais observée. Ainsi, sa candidature abusive ne constitue qu’un élément de cette réponse. Pour lui et ses partisans qui veulent échapper seuls et dans le cadre cadre social restreint aux conséquences du problème réel, elle n’est pas un problème, au contraire ; elle est le moyen de leur solution particulière trouvée : cette solution consiste à rendre unilatéralement le problème moins toxique pour eux et à non le résoudre ou à le réduire pour tous, quitte à ce que leur solution l’aggrave pour d’autres parties du peuple. Cela dit, il n’y a pas à les condamner, mais à chercher à comprendre ensemble pourquoi chacune des parties du peuple veulent privatiser le problème et lui appliquer des solutions particulières, qui bien souvent, produisent leurs effets au détriment d’autres parties. Il convient d’observer d’analyser et de tenter de comprendre toutes les productions et actes qui ne sont en définitive que des solutions particulières au problème ainsi privatisé. Cette manière des parties du peuple, de définir unilatéralement le problème, de le privatiser et finalement de le traiter unilatéralement, est précisément ce qui n’a pas réussi au peuple ivoirien depuis 1990.

Le problème du peuple ivoirien, ce sont les difficultés inacceptables de vivre de ses membres.

Les ivoiriens qui vont preuve d’authenticité ne méconnaissent pas le problème commun du peuple ivoirien : ce sont les difficultés inacceptables de vivre de chacun de ses membres. Ces difficultés sont immanentes à toutes existences. On a de tous temps connu ceux qui portent la qualité d’ivoiriens vivre en communautés de diverses sortes. De la famille au village et à la société ivoirienne en passant par les royaumes, ils n’ont pas cessé de vivre avec d’autres contemporains. Ces formes sociales auxquelles ils sont attachées ne tirent finalement leur principal intérêt que celui de constituer des cadres sociaux de réduction collective de leurs difficultés communes de vivre. Ces difficultés ont plusieurs sources.

D’abord, l’environnement de leur existence. Non mis en valeur, ni rendu utile, il constitue naturellement à la fois la condition de la possibilité de l’existence, mais aussi ce qui l’agresse et peut y mettre un terme. Si les formes sociales ont évolué de la famille au village, au royaume et aux formes étatiques contemporaines, tout cela est le résultat de la recherche de conditions efficaces pour mener une économie de l’existence productrice de réductions constantes de ces difficultés de vivre. La société apparaît alors comme un moyen de faire face ensemble à l’adversité externe. Au titre de l’adversité externe, figurent toutes autres sociétés humaines en relation avec la société ivoirienne, dont les interactions avec elle se caractérisent par leur toxicité collective. Nous développerons ce point ultérieurement. Soulignons ici, que de même que nuls ivoiriens, seuls ou en groupes, ni leurs productions, même toxiques ne représentent le problème du peuple ivoirien, aucune autre société humaine ni leurs membres, ni leurs productions ne le représentent. Dans un cas comme dans l’autre, leurs productions y interviennent comme des causes qui le renforcent.

Dans l’histoire, il arriva presque toujours que l’avènement de telle forme sociale résulte d’un phénomène violent et traumatique. La société qui en résulte n’en donc pas naturellement un cadre commun de cette économie, mais un construit social, sans cesse amélioré. En effet, on a vu dans l’histoire des hommes, des parties de telles sociétés humaines aspirer à réduire leurs difficultés aux détriments de telles autres, alors dominées et mises au service de leur finalité égoïste. C’est dire que l’organisation même de la société et les relations entre ses membres peuvent constituer une cause additionnelle de ces difficultés.

Au sortir de la colonisation, les ivoiriens ont hérité d’une société commune, bâtie martialement et dans la violence. Il a semblé que les rares tentatives de revenir aux sociétés anciennes une fois la force oppressive levée, n’ont pas empêché les ivoiriens de se retrouver vivant ensemble dans leur société commune. Certes, une règle cousue de toute pièce avec l’aide des anciens oppresseurs devait organiser leurs relations ainsi que le pouvoir émanant de leur coexistence. D’une part, on ne peut pas affirmer qu’il aient été interrogés sur l’appartenance à cette nouvelle société commune, ni s’agissant de ses règles. Trop heureux d’en finir avec l’indignité, il semble qu’eux-mêmes ne se posaient pas ces questions. D’autre part, dès lors que ces règles n’affectaient pas fondamentalement celles qu’ils connaissaient et continuaient d’appliquer dans les périmètres sociaux historiques, le caractère fondamentalement antagoniste de ces règles lointaines aux leurs anciennes ne les interrogeait pas. Ainsi, ce double ordres sociopolitiques antagonistes (local et national) devait livrer sa vérité : des gouvernants et dirigeants qui eux-mêmes n’ont pas choisi entre ces deux ordres ; ils agissent alors selon l’ordre monarco-inégalitaire local et selon celui démocratico-égalitaire selon les buts qu’ils poursuivent. Le résultat de tout cela, ce sont les crises multiples de la société.

Par ailleurs, aucune règle ne se substitue aux sentiments éprouvés et à l’état d’esprit de ceux auxquels elle s’applique et qui doivent l’observer. Ainsi, passée l’euphorie de l’indépendance, les sentiments profonds des ivoiriens ont gouverné leurs postures, leurs comportements et leurs actes. Les ivoiriens le savent ; des gens qui deviendront avec d’autre des ivoiriens ont été dominés sur place dans leurs aires sociales ; ces dernières étant circonstancielles, car les aïeux de peu d’ivoiriens ont de tous temps vécu en ces aires. D’autres et leurs aïeux vivent désormais dans ce pays après avoir été arrachés à leurs anciennes aires historiques ou à la faveur de cette histoire commune traumatique qu’est la colonisation.

Le sentiment d’ivoiriens qui se considèrent authentiques sont ceux qui ont été colonisés sur place, dans leurs territoires qu’ils occupaient ; ce sentiment n’a pas disparu avec aucune règle. Ayant été incapables d’empêcher qu’on leur imposa de l’extérieur avec qui ils devaient faire société, les voilà qui nourrissent désormais un sentiment profond de quasi-propriétaires du pays qu’ils n’ont pu défendre. Quant à ces compatriotes dont leurs aïeux de leur côté ont été incapables d’empêcher d’être arrachés à leurs terres initiales par la même force impériale, les voilà nourrissant un profond sentiment d’exclusion de la société, comme si les premiers étaient responsables d’une histoire dont il résulta qu’ils éprouvaient des difficultés à ancrer leur histoire dans un espace qui leur était nouveau sinon étranger. Dans cette relation où les premiers devaient faire de la place aux seconds, la confiance faisait défaut. Pire, encore, les seconds devaient sans doute imaginer le complot des premiers visant à ne leur laisser aucune place. Dès lors, tous actes de leur part s’analysaient sous l’angle des signes qui confirment leur thèse du complot. Les initiatives malheureuses pour briser ce complot et leurs conséquences alimenteront les difficultés de vivre. Faisant société commune, il n’y a rien de pire que la méfiance mutuelle ; ne pas avoir mutuellement confiance les uns dans les autres ajoute aux difficultés de vivre, la misère des esprits et des tentatives hasardeuses d’anticiper ce qu’on croit être l’intention de ceux qu’on suspecte.

Par ailleurs, les règles les plus parfaites d’organisation de la société et des relations pour briser la méfiance et nourrir la confiance mutuelle ne suffisent pas. Au sortir de l’indépendance, les ivoiriens semblaient pourtant accordés sur les règles qui organisent leurs relations et qui doivent assurer leur cohésion et les lier en tant que peuple. Mais, voilà, les règles les plus parfaites ne peuvent offrir que ce qu’elles sont. Quant à ce que les ivoiriens, en particulier, tels dirigeants pensent ou croient qu’elles sont, qui explique leurs manières de les appliquer, c’est aussi l’une des sources de ce qui produit les difficultés. Mais, il n’y a pas que les règles d’organisation de la société et les manières de les mettre en œuvre, à savoir de se relier les uns aux autres. Comme nous l’avons vu, les sentiments éprouvés les uns vis-à-vis des autres et la méfiance que les ivoiriens se manifestent déterminent leurs relations aux règles censées assurer la cohésion de la société.

Enfin, les difficultés ne sont réduites qu’à travers et par des productions collectives déterminées en en vue de cette haute finalité commune. Sur ce plan, il s’agit de l’usage rationnel du pouvoir et des moyens dont il dispose, pour réaliser les conditions du progrès du plus grand nombre des membres de la société. Lorsque le pouvoir détenu n’est pas exercé pour cette finalité, lorsque son exercice ne crée pas les conditions permettant au plus grand nombre d’ivoiriens de disposer des moyens de réduire ses difficultés, alors elles ne peuvent de croître. Ainsi, que tels ivoiriens considèrent telles productions ; avec peu d’effort, ils peuvent l’associer à l’une de ces catégories de causes des difficultés inacceptables de vivre du peuple ivoirien qui constitue son problème. Qu’il s’agisse de la candidature abusive ou de la réélection illégitime ainsi que tout ce qui leur est lié, ils constateront qu’elles peuvent être classées comme causes aggravantes de ce problème, au titre des réponses collectives toxiques. Ce n’est pas parce que telles réponses toxiques aggravent ces difficultés, plutôt que de les réduire, qu’elles perdent leur qualité de réponses pour devenir le problème qui peut être mis en commun ; au mieux, elles sont des causes qui l’aggravent.

Maintenant que le problème du peuple ivoirien est posé, que ses catégories de causes sont explorées, on peut alors constater que toutes les productions, mêmes toxiques des ivoiriens n’en constituent que des causes qui l’aggravent. Or, toutes ces production n’ont qu’une unique finalité : conserver ou conquérir le pouvoir, pourquoi ? Les choses sont claires ; pour les acteurs ivoiriens qui en sont les auteurs, leur but est de détenir le pouvoir, perçu comme le moyen le plus efficace de réduire ces difficultés. Dès lors que tous les moyens sont bons pour parvenir à cette détention ou conservation y compris l’abus et le mépris pour des règles qui l’organisent, la preuve est ainsi faite qu’il ne s’agit pas de réduire les difficultés des membres du peuple ivoirien tout entier. En effet, cela n’a aucun sens d’affirmer vouloir réduire ses difficultés, en commençant par le mépriser, à travers le mépris manifesté pour la règle qui doit lier ses membres et assurer son unité. Impossible détruire le peuple pour lequel on affirme agir pour la réduction de ses difficultés. Voilà pourquoi on ne peut envisager l’existence d’un problème du peuple et sa résolution, sans que le peuple lui-même n’existe pour le poser, identifier les solutions et en bénéficier.

Aucun problème du peuple ivoirien ne peut être défini ni traité, en dehors du peuple lui-même.

La détention et conservation du pouvoir n’est pas la solution au problème commun tel que posé : les difficultés inacceptables de vivre du peuple ivoirien tout entier. Pourtant, dès 1990, Alassane Ouattara et ses sympathisants ont vu dans la conquête du pouvoir, la solution à ce problème, tel qu’ils le percevaient et l’avaient privatisé. C’est ainsi que, considérant que sa détention est leur moyen pour parvenir à la solution particulière identifiée au même problème que toutes les autres parties ont privatisé, la lutte politique violente pour la détention du pouvoir constituait la voie pour parvenir à la solution du problème privatisé. La mort d’Houphouët-Boigny  1993 donna un coup d’accélération à la quête tous azimuts du moyen de la solution au problème alors privatisé par toutes les parties du peuple ivoirien. Tout ce que nous avons appelé des crises n’était que ce qui résultait de cette quête du moyen de la solution particulière, identique pour tous : dominer d’autres parties du peuple. La tentative d’empêcher la transition suite au décès d’Houphouët-Boigny en 1993 recevra pour réponse le concept de l’Ivoirité en 1995 résolu par le coup d’État de 1999 ; la parodie d’élection de 2000 après celle de 1995, sans l’unité du peuple au coup d’État de 2002 à la guerre ayant abouti à la partition du pays jusqu’en 2010, des ivoiriens pensaient avoir résolu ce problème. Les élections de 2010, dignes d’un combat de gladiateurs romains seront ponctuées par une guerre éclaire. Des ivoiriens ont vraiment cru le problème résolu quand la politique du “rattrapage ethnique” leur rétorqua que non. Fatiguée par plus de 10 années de violence, la nouvelle constitution de 2016 qui préparait les conditions de la crise actuelle passa comme une lettre à la poste. De la candidature et la réélection illégitimes et à la crise actuelle, il ne s’agit là que des causes aggravantes d’un problème privatisé et d’une recherche et application de solutions particulières et unilatérales par différentes parties du peuple ivoirien.

Évidemment, à telle période, nombre d’ivoiriens veulent prendre telles de ses manifestations, comme par exemple des réponses particulières et hasardeuses, pour le problème lui-même et les traiter comme telles. Depuis 1990, les faits montrent que la tentative de coup de force d’Alassane Ouattara à la mort d’Houphouët-Boigny, le concept d’ivoirité, le coup d’État de 1999 et tant d’autres réponses aussi particulières que collectivement toxiques, pour résoudre le problème tel que particulièrement perçu ont échoué à le résoudre. A l’examen de ces ces faits,  tous montrent que les parties du peuple ivoirien qui ont mis en œuvre leurs réponses particulières se sont trompées de cible. Le problème commun et se manifeste sous d’autres formes que de nouvelles réponses particulières inefficaces manifestent. Pourtant, les ivoiriens rechignent à changer leur considération de ce qui leur pose problème à tous plutôt qu’en particulier, à questionner le caractère de leurs réponses (particulier ou général) et leur aptitude à résoudre efficacement et durablement un problème commun qu’ils n’ont ni identifié, ni mis en commun.

A propos de solutions particulières et toxiques au problème privatisé, on a vu à chaque période de l’histoire depuis 1990, au cours de laquelle le problème affleure à nouveau et se manifeste avec acuité, les mêmes attitudes, postures et actes de la part des mêmes acteurs, dont leur nouveau ne se mesure qu’à l’aulne de leurs positions par rapport au pouvoir. Considérant leur privatisation du problème, Certains membres du peuple ivoirien, les dirigeants notamment, ont à chaque fois tenté de le résoudre entre eux. C’est ainsi qu’on a vu à chaque fois, au moment où il affleure, les détenteurs du pouvoir et ceux qui s’opposent à eux agir de la même manière. Ils prennent leurs divergences à propos de leur quête du moyen décisif à leur sens (la détention du pouvoir), pour une solution unilatérale au problème du peuple ivoirien alors qu’ils veulent en faire le moyen de résoudre problème qu’ils posent en particulier. Des rencontres entre pouvoirs et oppositions qui se sont succédés tour à tour sont à chaque fois intervenues comme la solution de ce problème. Ensemble, ils ont tenté de résoudre leurs divergences à propos de leurs solutions particulières prises pour le problème de tous le ivoiriens, cependant qu’ils laissaient apparaître et penser au peuple qu’il traitaient le problème commun du peuple ivoirien. Les ivoiriens connaissent les résultats qu’ils ont obtenus en ce dernier domaine depuis que les différents pouvoirs et leurs oppositions veulent régler le problème des ivoiriens, mais sans eux : parodie d’élection en 1995, élections sanglantes de 2000, coup d’État de 2002 suivi d’une guerre civile et partition du pays, élections dont il résulte deux présidents, suivies de guerre et mise à l’écart de parties partisanes du peuple à travers l’exclusion de leurs leaders, avec l’appui de la communauté internationale. Voilà à nouveau le peuple ivoirien en face des mêmes réponses toxiques appliquées au problème du peuple, mais sans lui, pour le moment.

Encore une fois, les divergences entre le pouvoir et opposition d’aujourd’hui, à propos de candidature abusive du détenteur du pouvoir, de probité de ceux qui incarnent les institutions, de légalité et de légitimité de cette candidature et de l’élection de 2020, lui est imposée comme son problème commun, alors même que ses parties partisanes prennent faits et causes pour chacun de ces deux acteurs divergents dont la nouveauté ne tient qu’à leur position relative au pouvoir convoité. Là où l’opposition et ses partisans voient l’existence d’un problème dans la solution particulière du régime au pouvoir, le régime au pouvoir et ses partisans n’en voient aucun. Il n’existe aucun problème dans une divergence dès lors que la divergence elle-même implique un désaccord sur son existence. Si le régime et l’opposition s’accordent pour se rencontrer et négocier, ce n’est pas tant pour résoudre le fait qu’ils divergent, que leur divergence constitue un problème en soi. Une divergence n’est pas un problème pour le peuple ivoirien ; elle est appelée à être une difficulté qu’ils doivent résoudre ensemble. Ils s’accordent en réalité sur le fait que la situation que leurs divergences non résolues produisent n’est pas acceptable. C’est précisément cette situation inacceptable pour tous les deux et pour tous qui constituent le problème commun et non le fait qu’ils divergent sur tels ou tels objets.

Or, cette situation est précisément celle que le peuple ivoirien n’accepte pas, si chacun de ses membres fait preuve d’honnêteté. Dès lors, on peut énoncer que d’une certaine manière, le régime au pouvoir et l’opposition à telle époque privatise le problème commun des ivoiriens ainsi que la solution pour le résoudre. Ensemble, ils procèdent dans le cadre de leurs rencontres et discussions lorsque la crise est installée par l’irrésolution de leurs divergences. Voilà pourquoi tous les efforts déployés depuis 1990 par les uns et les autres n’ont pas approché une résolution efficace du problème qui se pose au peuple que nous discernons ainsi : les modalités et conditions de la vie ensemble sont inacceptables pour le peuple ivoirien depuis longtemps.

A force que certains de ses membres, selon l’époque et leur position par rapport aux détenteurs du pouvoir, rusent avec ce constat commun, ce problème leur est apparu comme inexistant ; quand ils concèdent son existence, ils le considèrent  comme un problème privé d’autres parties du peuple, dont ils peinent à en faire le constat. Le résultat de ce manque d’authenticité est la longue crise de laquelle le peuple ivoirien a le sentiment de ne pas en sortir, au moins depuis 1993. Ce problème se manifeste dans la candidature jugée abusive, en tant qu’une solution particulière. Une autre solution particulière est celle qui se constitue dans la désobéissance civile et la création du CNT. On a vu des ivoiriens vouloir résoudre ce problème depuis 30 ans au moins, à travers des solutions abusives ou martiales qui non seulement excluent une partie des ivoiriens des profits à en tirer, mais en plus sans que tous les ivoiriens y soient associés.

En définitive, il est difficile de concevoir l’existence d’un problème commun de tout le peuple, dont certaines parties ne constatent pas l’existence, ni sa nature identique, ni ne le désignent de la même manière et en fin de compte, dont l’existence elle-même constitue l’objet d’une divergence entre parties du peuple. Les ivoiriens qui identifient un problème qu’ils ne peuvent mettre en commun avec d’autres ivoiriens racontent des histoires à propos de leur problème particulier, en le présentant comme un problème commun du peuple ivoirien. Inutile d’ajouter que dans ce cas, leurs solutions à un tel problème ne peuvent être que particulières. Parce que les solutions particulières des parties du peuple peuvent s’opposer et générer des divergences à leur sujet entre elles, difficilement résolubles, elles alimentent le problème commun et l’aggravent au lieu de le traiter.

Le problème du peuple ivoirien, ce ne sont pas les influences & interférences extérieures.

Les ivoiriens scrutent l’extérieur de leur société à la recherche de soutiens qui viendront conforter une considération du problème et la réponse qu’ils lui donnent. C’est ainsi qu’ils espèrent que leur définition du problème et leurs réponses apparaissent comme fondées. La vérité, c’est que la pertinence du problème tel qu’ils le définissent et des réponses pour le résoudre ne peuvent avoir de sens et d’utilité que collectifs pour tous les ivoiriens. Ce ne sont pas les réponses que les membres d’autres sociétés extérieures donnent à ce qu’ils considèrent comme étant leur problème qui déterminent et confèrent à la définition de leur problème et ses solutions leurs valeurs. Vis-à-vis de la définition de leur problème et des solutions pour le traiter, telles sociétés extérieures agissent pour leurs propres comptes et de telles manières, mais toujours, dans le sens des intérêts communs de leurs membres. Parfois, leurs réponses les confortent ; d’autres fois elles les contrarient. A part tolérer l’adversité parce que les parties du peuple ivoirien espèrent qu’elle conforte leurs définitions particulières de leur problème et leurs solutions tout aussi particulières, mais qui conviennent cependant à ses intérêts, collectivement, les ivoiriens n’ont rien à attendre de l’adversité externe. Les ivoiriens ont donc tort de dilapider leur énergie à juger ses réponses à son problème, au lieu de se consacrer au leur.

Une fois que les ivoiriens posent et conviennent ensemble que leur problème commun ce sont les difficultés communes inacceptables de vivre, ils ne peuvent pas considérer que tels ivoiriens, ni tels autres acteurs acteurs le constituent. Par ailleurs, ils ne peuvent pas non plus vouloir le régler ce problème, avec tels autres acteurs extérieurs à eux tous, sauf à compter sur ces derniers pour traiter le problème en privé qu’ils considèrent comme étant particulier, avec le soutien de ces derniers. Un problème que tels ivoiriens refusent de poser et de ensemble avec tels autres ivoiriens ne peut recevoir l’attribut de commun. Pour toutes ces raisons, chaque fois que tels ivoiriens s’en prennent à tels acteurs extérieurs pour ne pas intervenir dans leur problème dans le sens qu’ils voudraient, ils ne signifient par là, en réalité, qu’ils ne recherchent que tout ce qui peut soutenir leurs réponses particulières au problème qu’ils posent particulièrement.

Or, quoi qu’ils en pensent et veulent, les ivoiriens doivent  constater que partout dans le monde et dans l’histoire, l’économie de réduction des difficultés de vivre se réalise au sein des sociétés politiques en États de paix. Les économies de réduction des difficultés inacceptables de leurs membres sont influencées par celles que mènent d’autres sociétés, si bien que c’est leur cohésion qui empêche ou réduit la prise de ces influences extérieures. Si, tout en vivant ensemble dans leur société, en raison de vouloir solutionner en privé et particulièrement ces difficultés, les parties du peuple ivoirien s’accommodent de ces influences, les utilisant même comme les moyens de leurs solutions particulières, alors ce sont les conditions de la cohésion de leur société que ses membres doivent interroger et non pas l’adversité externe. Tant que la mise en commun de leurs difficultés communes n’aura pas été mise en œuvre et qu’ils ne se sont pas accordées sur des réponses collectives, alors selon l’époque telles de ses parties s’en prendront à l’adversité externe au moment même où telles autres l’applaudiront.

Bref, quand en 2010 des ivoiriens applaudissaient la France faisant la guerre à la Côte d’Ivoire de Laurent Gbagbo avec d’autres parties du peuple ivoirien, et que dans le même temps d’autres ivoiriens l’accusaient, cela signifiait que les ivoiriens n’avaient pas identifié le même problème et ne le résolvaient pas ensemble. Cela signifiait aussi que l’adversité externe pouvait constituer un élément de la réponse particulière des uns, quand elle contrariait la réponse toute aussi particulière des autres. Il convient tout simplement de dire que l’attitude des ivoiriens vis-à-vis de l’adversité externe trahit en réalité leur considération du problème commun. Qu’ils en attendent qu’elle renforce la force et l’efficacité de leurs solutions particulières au problème tel qu’ils le perçoivent et entendent le résoudre ou qu’ils l’accusent d’ingérences, tant que ce qu’ils en disent ne relève pas leur commune réaction, ils considèrent un problème particulier et le traitent en privé et particulièrement. Des ivoiriens qui ne disent pas la même chose avec tous les autres de l’influence de la France, des institutions africaines et de l’Union européennes ni internationales, n’ont pas identifié un problème commun ni ne le traitent ensemble. En quoi ont-ils raison ou tort par rapport à tels autres ?

Des ivoiriens utiles à tous diront que lorsque des ivoiriens sont plus préoccupés par l’adversité externe que par la recherche du problème à mettre en commun et à traiter en vue de la cohésion nécessaire qui permet de compter sur eux-mêmes, alors ces ivoiriens sont davantage préoccupés par l’efficacité de leurs solutions particulières, dans laquelle l’adversité externe peut jouer un rôle que par celle d’une solution collective. Ceux-là renforcent en réalité une adversité externe qu’ils veulent combattre en lui offrant les occasions d’avoir prise. Il voient le complot partout. Démontrant une forme de l’intelligence de l’apparence, ils observent en tout signe la preuve qui conforte leur thèse du complot qui vaut alors vérité. Dès lors, les émotions et les passions sont au dessus de toute la force de l’esprit, la raison. Sans aucune volonté de recherche de la mise en commun du problème et de sa solution, sans cohésion aucune mais nécessaire, l’adversité externe n’a aucun complot à fomenter et à organiser là où les ivoiriens eux-mêmes lui offrent la possibilité d’aggraver leurs difficultés. En définitive, existe-t-il une seule raison pour faire de l’adversité externe ce qui sauver les ivoiriens d’eux-mêmes quand ils œuvrent en la servant ou en facilitant sa prise ? Et selon quelle morale de l’histoire des sociétés humaines et des hommes des sociétés adverses devraient être plus utiles à la réduction des difficultés communes aux membres du peuple ivoirien que les ivoiriens eux-mêmes ? Des ivoiriens si prompts à pointer l’amoralité et l’inhumanité de telles adversités externes évitent en réalité d’évoquer et de questionner leurs propres moralité et humanité qui les amènent à ne pas vouloir faire société avec tels autres ivoiriens pour combattre ensemble l’adversité interne et externe. Aucune société humaine n’a jamais produit pour une autre et à sa place les conditions nécessaires permettant à ses membres de produire ensemble la réduction des difficultés de vivre du plus grand nombre d’entre eux. L’adversité externe est un fait de l’histoire auquel les ivoiriens ne peuvent s’adapter et qu’ils ne peuvent maîtriser s’ils retournent leurs propres forces contre eux-mêmes.

Conclusion.

Au terme de notre quête, nous sommes parvenus au fait que le problème commun aux membres du peuple ivoirien est celui historique de toutes sociétés humaines. Les ivoiriens ne la méconnaissent donc pas, même s’ils se leurrent mutuellement en l’assimilant à de faux problèmes problèmes car particuliers. Ce sont leurs difficultés communes inacceptables de vivre. Les modalités inacceptables de leur coexistence, surtout depuis au moins 1993, aggravent ces difficultés. Ces modalités elles-mêmes résultent de leurs sentiments toxiques et de leurs mal-intentions mutuellement manifestés qui les amènent à vouloir vivre les uns avec les autres qu’en les dominant. Le désir de domination est une réponse particulière à ce problème : pour nombre d’entre eux qui l’éprouvent dans leurs cadres confortables partisans, il s’agit de réduire leurs difficultés à leurs dépens.  Ainsi, tout ce qui renforce ces difficultés inacceptables de vivre ou les aggrave, au lieu de rendre plus supportables est une cause de ce problème commun. Les modalités inacceptables de la vie ensemble depuis 1993 en font partie. Tout ce qui ne cimente pas la cohésion du peuple ivoirien constitue l’une de ses causes. Ainsi, même telle réponse particulière à son problème partisan tel qu’identifié, de la part du pouvoir ou de son opposition, peut en constituer une cause. C’est ainsi que par exemple, la candidature abusive du président Ouattara et sa réélection illigitime, qui tendent à abolir le peuple peuvent recevoir une signification.

S’agissant du problème commun du peuple ivoirien, on ne peut pas continuer à procéder comme s’il était constitué par celui particulier du régime au pouvoir ou par celui de son opposition et de leurs partisans respectifs à telle période historique. Surtout, le concernant, il est mortel de ne pas placer le souverain au cœur de cette tentative de parvenir à des solutions durables. Le temps où le régime au pouvoir et son opposition résolvaient tous seuls leurs problèmes particuliers, mais en donnant à voir au peuple qu’il traitait son problème commun, doit être révolu. La résolution de son problème commun parfaitement identifié et reconnu ne peut que rassembler ses parties, indépendamment de leurs soutiens politiques partisans apportés à chacun d’eux en fonction de leurs sensibilités et convictions politiques. Certes ce problème est incommensurable et immanent à l’existence des hommes, nécessairement collective. Mais, là n’est pas une raison pour trouver le refuge dans des leaders avides de puissance, plutôt que dans la société commune que nous devons ensemble bâtir et organiser pour faire de sa grande cohésion la puissance qui nous abrite et nous protège tous, non seulement des passions les uns des autres, mais aussi de l’adversité extérieure. Sur ce point, les parties du peuple ivoirien, parce que c’est leur intérêt commun, doivent être vigilantes et exigeantes, surtout vis-à-vis de leurs dirigeants qu’elles soutiennent, qu’ils soient détenteurs du pouvoir ou aspirants à le détenir.

Sauf à procéder comme s’ils étaient en guerre et que leurs ennemis étaient d’autres parties du peuple, au lieu d’être les autres co-acteurs de la résolution du problème commun, le peuple ivoirien ne peut esquiver sa propre responsabilité dans la persistance de son problème. A ce sujet, être partisans du régime au pouvoir ou de l’opposition ne suffit pas pour n’avoir aucune responsabilité dans le renforcement de ce problème depuis 1993. Les régimes au pouvoir, leurs oppositions ainsi que leurs partisans respectifs parviennent toujours à résoudre leurs problèmes particuliers, mais pas le problème du peuple ivoirien. Et, on a vu ces 30 dernières années que dès lors qu’ils y sont parvenus, ils procèdent comme si plus aucun problème n’existait ou comme s’il avait été résolu par leurs solutions particulières, jusqu’à ce que ce problème s’aggrave à nouveau dès qu’une divergence surgit entre eux. La privatisation du problème commun du peuple ivoirien par les pouvoirs et leurs oppositions à telle période sera terminée, si le peuple ivoirien souverain le veut et l’exige. Or derrière pouvoir et opposition il a des multitudes partisanes d’ivoiriens constituant le peuple. Sans l’unité de tous les ivoiriens autour de la définition de leur problème commun, il n’y point de peuple ivoirien, mais des parties de ce peuple. Divergentes alors sur la définition de leur problème commun, à moins que ce ne soit sur le périmètre du peuple, ces parties divergent aussi sur la manière de le à traiter ensemble ainsi que sur les solutions collectives à lui appliquer. Il en résulte que les ivoiriens aggravent eux-mêmes leurs difficultés communes alors qu’ils pensent ou croient le résoudre, retournant ainsi leurs forces contre eux-mêmes.

Ainsi, ce peuple ivoirien au nom duquel chacun prétend agir ne peut qu’être constitué, autant par des ivoiriens partisans de tels régimes au pouvoir que par des partisans de telles oppositions à telle époque politique donnée. Ceux qui, en toutes leurs postures, comportements et actes politiques, qu’ils soient au pouvoir ou dans l’opposition, qui prétendent agir pour servir ce peuple doivent préciser de quel peuple il s’agit et quel est donc son problème commun qu’ils traitent à travers leurs actions collectivement toxiques, alors même qu’ils ne peuvent le mettre en commun avec tous les ivoiriens ? Nous avons conscience de tous les ressentiments résultant, non seulement des histoires anciennes encore douloureuses, mais également de celles récentes que les ivoiriens co-produisent néanmoins depuis 1993 au moins. Les ivoiriens doivent prendre garde au fait qu’ils peuvent anéantir leur puissance collective générée par leur unité en tant que peuple, de modifier tout ce qui constitue ou aggrave leurs difficultés de vivre. Sans revoir leurs considérations de leurs réalités, ils prennent alors le risque de traverser l’histoire en produisant collectivement les conditions d’autres ressentiments. Ils doivent accepter le débat. De cette discussion peuvent jaillir de nouvelles idées et d’autres manières de voir leurs réalités vécues, vis-à-vis desquelles ils ont été entraînés et habitués par des guides à adopter des postures belliqueuses, à avoir des comportements violents et à agir de la même manière, convaincus de leurs mêmes hypothèses et considérations. Ce sont des masses d’ivoiriens qui font de tels autres ivoiriens des dirigeants et des gouvernants dignes de leur haute considération. Si nombre d’entre eux les conduisent collectivement dans l’abîme de l’histoire, ils ne peuvent pas les en rendre les uniques responsables, parce qu’ils détiennent le pouvoir de les faire guides.

Si les ivoiriens veulent être leurs propres maîtres et devenir des acteurs qui peuvent modifier le cours dangereux de leur histoire collective depuis plus de 30 ans, c’est en nourrissant leurs propres esprits par des idées que d’autres leur soumettent. C’est ainsi que leurs indignations, leurs révoltes et leurs engagements que traduiront leurs actes contribueront à produire une société ivoirienne en État de paix, comme leur espace commun d’économie collective de réduction de leur problème commun : leurs difficultés communes inacceptables de vivre. Nous pouvons vivre différemment et autrement que de s’épier, que de nourrir des mal-intentions mutuellement les uns contre les autres, que de vouloir dominer les autres membres de la société commune et finalement de se faire la guerre, même larvée pour y parvenir.

Si tels ivoiriens acceptent de continuer à vivre ensemble au sein de la société ivoirienne avec tels autres, c’est parce qu’ils espèrent faire de leur vie collective le moyen de réduire ensemble leur problème commun : les difficultés inacceptable de vivre. Voici pourquoi, tout ce qui aggrave ces difficultés est toxique pour les ivoiriens et constitue une cause qui alimente leur problème commun.  Il en est exactement de tout ce qui génère des modalités inacceptables de coexistence, en particulier les modalités de l’organisation de la société et les manières dont la vie collective s’écoule. Sauf à compter sur la domination de telles parties du peuple ivoirien par telles autres, aucunes parties dominées ne peuvent accepter de vivre avec celles qui les dominent ou veulent le faire  en aggravant ainsi leurs difficultés inacceptables de vivre. Elles n’ont aucun intérêt à vivre avec ceux qui aggravent ces difficultés en les dominant ou en tentant de le faire. Ceux des dirigeants ou gouvernants qui veulent réifiés ou chosifier les ivoiriens en ne sollicitant que leurs passions, parce que c’est le plus court chemin pour détenir le pouvoir ou le conquérir ne rendent aucun service à la société. Leurs procédures sont révélatrices de leurs propres passions.

Une solution collective aux causes aggravantes actuelles de ces difficultés existe. Mais, elle est collective et non pas celle négociée sans eux, par des bergers de troupeaux d’ivoiriens. Sans le peuple ivoirien, la solution particulière entre régime et opposition comme auparavant constituera à nouveau le ferment d’une nouvelle cause aggravante. Une solution étrangère au peuple ivoirien est nécessairement particulière et, comme telle, toujours toxique pour le peuple ivoirien. Pour notre part, nous nous refusons à participer à dire ce qui n’est pas vrai et à ne solliciter que les les passions et émotions des ivoiriens ; bref, ce qu’ils ont en eux de moins noble et qui les éloigne de l’humain tant revendiqué. Nous ne pouvons pas laisser par conséquent à ceux qui veulent être tous seuls le peuple ivoirien le mauvais soin de faire de son problème le leur particulier et de lui appliquer leurs solutions collectivement toxiques cependant. De quel que bord dont ils sont partisans, les ivoiriens finiront pas s’apercevoir et se rendre compte du hors piste historique dans lequel nombre de dirigeants les mènent depuis 1993. Nous ne pouvons laisser ceux qui ne s’adressent qu’à leurs partisans solliciter leurs passions. Parce que le peuple ivoirien mérite qu’on le respecte, nous ferons appelle à son esprit et à sa raison, sans lesquels il n’existe point. Ce que nous pensons simplement peut contribuer à éclairer l’esprit de ses membres ainsi que les enjeux communs qu’ils doivent discerner eux-mêmes en âmes et consciences.

Toutefois, on peut comprendre bien sûr dans l’immédiat, dans la situation actuelle de crise de la société, que la cause immédiate sur laquelle le peuple ivoirien doit agir est  le conflit entre le régime au pouvoir et l’opposition. Les ivoiriens doivent traiter cette cause pour limiter les effets les plus délétères de la situation et surtout éviter d’autres initiatives malheureuses qui risquent de plonger le pays dans un abîme profond et macabre. Sans aucun doute et à condition qu’immédiatement, les membres du peuple ivoirien conviennent et aient à l’esprit ce constat commun qui suit. A chaque fois que les divergences et conflits du pouvoir en place et de son opposition à telle époque donnée, ont été pris pour le problème commun et traités comme tels, tout ce que nous sommes collectivement parvenus à faire est de créer les conditions de leurs prochaines divergences et nouveaux conflit. Voici pourquoi, cette fois-ci, nous devons placer le problème commun du peuple au centre du débat, en vue de le poser clairement et rechercher les solutions les plus adaptées.

Ivoiriens, soit c’est une guerre bien chaude et meurtrière qui décidera à votre place ; soit, vous décidez vous mêmes en faisant définitivement la paix des braves, peu-ton conclure en définitive. Le choix est simple. Il y a celui que nombre de dirigeants invitent sans cesse les ivoiriens partisans à faire : la voie de la guerre, bien qu’elle soit pour l’instant larvée. C’est là un chemin balisé par les passions toujours mortelles. Il y a celui de la vérité et de l’authenticité, que seul le peuple souverain peut y engager chaque ivoirien, qu’il soit dirigeant ou non. Sur ce chemin balisé par la raison, les ivoiriens sont des associés et pas non des ennemis se combattant ; ils peuvent choisir d’être des partenaires engagés dans la construction d’une puissance collective leur permettant de mener une économie collective de réduction de leurs difficultés communes de vivre. Dans un prochain article, à partir de ce que nous pensons qui ressemble au problème du peuple ivoirien, à savoir ses difficultés inacceptables de vivre, nous lui soumettrons librement nos propositions pour contribuer à créer les conditions permettant le surgissement de possibilités d’atténuation continue et durable de son véritable problème.

 

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