CRISE DE LA COTE D’IVOIRE : Le peuple ivoirien que ses guides égarent et empêchent de se constituer au profit de ses parties.

Honte à ces guides qui égarent davantage le peuple ivoirien qu’ils ne canalisent et ne concentrent sa puissance pour réduire ses difficultés de vivre. Débarrassons tous les sujets de divergences qui constituent la crise actuelle de la Côte d’Ivoire de leurs scories passionnelles. Que reste-t-il, sinon le fait qu’une partie du peuple ivoirien a procédé à la réélection du président Ouattara pour la seconde fois, alors que l’article 55 de la constitution ne le permet pas et que l’autre partie a tenté d’empêcher le crime contre la république avant qu’il ne soit commis

Ainsi, loin de constituer un problème, sa candidature contestée et sa réélection illégitimes soulignent au contraire une difficulté qui se pose aux ivoiriens. Ces faits montrent le fait que l’existence même d’un peuple ivoirien au nom et pour l’intérêt duquel les acteurs ivoiriens affirment agir est problématique. En effet un peuple ivoirien existe-t-il véritablement, lorsque ses parties ne s’accordent pas sur l’autorité de la règle commune qui doit les lier ensemble ?  La preuve de son existence peut-elle être établie par le fait que telle de ses parties s’en affranchisse en procédant à une seconde réélection qu’elle interdit précisément ? Voici pourquoi, la candidature certes contestable du président n’est pas la question fondamentale que les ivoiriens doivent examiner pour parvenir à une meilleure compréhension de tout ce qui se passe dans la société ivoirienne depuis 1993.

Pour des ivoiriens qui manifestent le souci d’un peuple ivoirien, la candidature abusive du président Ouattara et sa réélection illégale et illégitime une seconde fois ne constituent pas le problème de ce peuple, mais des causes qui nourrissent ce problème. La véritable question qui résulte de cela et que les ivoiriens de tous bords doivent se poser, si vivre ensemble est ce qu’ils veulent est : pourquoi une partie du peuple a soutenu cette candidature et a accordé ses voix à un candidat qui ne pouvait pas être réélu à nouveau, en vertu de la règle commune et a choisi d’ignorer cette règle ? L’enjeu ne se situe guère dans un rapport orageux à avoir avec Alassane Ouattara et son régime, mais dans la nature de la relation que les parties du peuples veulent entretenir pour constituer ensemble le peuple ivoirien. Manifestement, cette part partisane du peuple a entendu ignorer la règle commune qui doit les lier ensemble et a choisi en conséquence de le soutenir et de le réélire une seconde fois. On peut alors énoncer que tout se passe comme si la conception du régime et de cette part partisane du peuple ivoirien faisait d’eux seuls ce qui constituait le peuple ivoirien. Pour réaliser une telle conception, ils ont brisé le lien qui les lie à l’autre part en ignorant son existence, à travers le mépris pour ce qui les relie et fait leur unité : la constitution.

Voici à nouveau la société ivoirienne en crise. Honte à ces guides qui veulent profiter des faiblesses du peuple ivoirien ! Honte à ceux qui mènent le peuple ivoirien à sa perte depuis 1993. Des responsables qui tirent leur fiel de la division et fracturation du peuple, s’appuyant sur les passions de vivre de ses membres ne lui sont guère utiles, mais nuisibles. Un peu comme une plaie sur laquelle une croûte s’est formée, le problème ivoirien qui a affleuré depuis 2018 au delà de la fausse paix retrouvée depuis 2011, se manifeste à nouveau avec vive acuité. On se demande alors que font depuis 1993 ces guides politiques qui ont fait profession de conduire les relations entre les membres du peuple ivoirien, en vue d’une économie collective de réduction de leurs difficultés communes inacceptables de vivre. A l’examen des relations entre membres du peuple ivoirien depuis 1993, les guides les plus en vue ressemblent à des porteurs de cannes qui semblent manifester plus de cécité historique que les parties du peuple qu’ils prétendent guider.

La situation délétère dans laquelle se trouve le peuple ivoirien est inacceptable. Les faits sont là ; ils sont têtus : encore une fois, les ivoiriens se retrouvent dans l’une de ces situations qui paraissent inextricables, dont eux-seuls ont le secret de leur génération. Pourtant, malgré leurs charges passionnelles et émotionnelles résultant de la situation chaotique qu’ils ont collectivement générée depuis 1993, il faut bien que des ivoiriens se ressaisissent et fassent des pas de côté. Ceux-ci doivent chercher à comprendre pourquoi ils se battent violemment ; ensuite, ils devront tenter d’expliquer ce qui se passe en Côte d’Ivoire depuis 1993, à savoir la politique ivoirienne.

Guidée par le régime Ouattara jusqu’à l’abus de la république et de l’autre partie du peuple ivoirien.

D’innombrables ivoiriens partisans du régime sont une partie du peuple ivoirien, mais pas tout le peuple. Ils sont liés à tous les autres, y compris partisans de l’opposition par une règle commune : la constitution, au terme de laquelle un président ne peut être réélu qu’une seule fois. Ils ont accepté d’être guidés jusqu’à braver la république et l’abuser, comme si les autres ivoiriens n’existaient pas et qu’eux seuls constituaient le peuple ivoirien qui détient la puissance d’aller outre la règle et de décider de ce qu’il accepte ou pas.

Hors les sociétés inégalitaristes et autoritaires qui voient naître des dirigeants, dans nulles sociétés dans lesquelles la liberté et l’égalité sociale et politiques sont lois, ne naissent des dirigeants. Même dans de telles sociétés où naissent encore des gouvernants, ces derniers ne le sont pas sans qu’ils ne partagent le pouvoir avec des hommes ordinaires semblables à d’autres qui les font dirigeants puis gouvernants par ces autres. Mieux encore, c’est le peuple magnanime qui leur accorde l’incarnation de sa souveraineté. Ainsi, un homme semblable et égal à d’autres, peut parvenir librement, grâce à sa liberté, dignité et à son utilité collective reconnues par ses contemporains, ainsi qu’à ses talents également reconnus à la charge de gouvernant.

Ce chemin de la vie d’un homme ordinaire et semblable à tous ses contemporains qui le mène à être dirigeant puis gouvernant, est souvent semé d’embuches. Ces dernières peuvent aller jusqu’à porter atteinte à ce qu’il a de plus cher : sa liberté et sa dignité. C’est alors avec ses blessures qu’un homme peut devenir gouvernant. C’est aussi en affrontant ceux qui le blessent qu’il y parvient. C’est ainsi que le pouvoir qu’il détient peut constituer le cadre et le moyen pour tenter de restaurer et faire être ce que d’autres ne lui reconnaissent pas ou lui contestent ou encore pour tenter de les empêcher d’y porter atteinte.  A parcourir le chemin politique du président Ouattara, il ressemble à celui d’un tel gouvernant, ainsi que cela a été développé dans un article antérieur.

Le président Ouattara a fini par utiliser le pouvoir comme le moyen d’affronter ceux qui veulent l’abaisser ou le nier et avec lui, d’autres. La rage intérieure d’un homme pour parvenir au pouvoir et lors de sa détention et exercice, contre ceux qu’il est parvenu à gouverner peut être dévastatrice. Le pouvoir lui-même peut devenir à son sens l’assurance de son existence et d’une dignité malgré tout toujours contestée. Le président Ouattara est un homme blessé qui, se battant pour mettre fin à leurs coups donnés à sa dignité, blesse d’autres ivoiriens. Voilà pourquoi à son sens, nul ivoirien ne peut l’assurer de respecter sa dignité hors du pouvoir qu’il détient et exerce, d’autant que sa lutte a occasionné des effets délétères et surtout des ressentiments en plus de la suspicion initiale tenace qui pèse encore sur son appartenance à la société ivoirienne. En l’absence d’une autre garantie, il n’a aucune raison de quitter le pouvoir, pense-t-il. Il est possible et certain sans doute que les arguments économiques en rapport avec ses partisans internes ou externes interviennent dans sa décision et renforçant son fondement. Mais, si lui même n’y gagne rien d’une autre nature sur un plan personnel, il ne peut accepter de faire s’affronter des parties du peuple pour ne servir que d’autres.

Voilà pourquoi les ivoiriens sont engagés avec lui dans une nouvelle décennie de violence, si un minimum de raison manque pour tenter de vaincre les passions destructrices de vivre libres et dignes. Une telle perspective ne peut que constituer une cause aggravante et majeure de leur problème commun qu’il convient d’identifier au milieu de tous les problèmes que les ivoiriens voient partout et en tout. Disons-le tout net et dès à présent : quoi que sera ce problème, il ne pourra être défini par quelques composantes du peuple seules, ni être traitées par elles-seules et sans les autres. Le peuple souverain de Côte d’Ivoire est celui identifie et s’accorde sur le problème commun qui se pose à lui, donc à ses membres sans exclusion aucune et qui  le traitent comme tel ensemble.

Au nom de la défense de sa liberté et de ses droits, au nom de sa dignité qu’il pense bafouée et de sa sécurité, au nom des intérêts communautaires d’une partie du peuple ivoirien, le président Ouattara et son régime ont bafoué la république et méprisé une partie du peuple ivoirien. Sa candidature et sa réélection illégitimes fondées sur un juridisme nauséabond en attestent.

Pourquoi le président Ouattara, son parti et ses partisans ont-il posé sa candidature à une seconde réélection présidentielle 2020, alors qu’ils savaient que sa réélection constitueraient une infraction à l’article 55 de la constitution ? Et pourquoi ses partisans le soutiennent corps et âmes ? Pourquoi l’opposition qui dit défendre le peuple ne s’adresse-t-elle qu’à ses partisans qui n’ont besoin de nulle explication ni d’être convaincus pour changer d’avis ? Ainsi, il semble que l’existence du peuple et de son intérêt général à exister comme tel n’est pas une finalité de l’action politique. Examinons ce dont sont responsables ces guides qui ressemblent tant à leurs aïeux.

Le régime Ouattara et sa part partisane du peuple détiennent une grande part de la responsabilité. Le président Ouattara savait qu’il pouvait compter sur d’innombrables ivoiriens pour lui accorder leurs suffrages, malgré l’impossibilité de sa 2ème réélection éventuelle. Cela ne faisait aucun doute dans son esprit. Ainsi, il a en toute conscience choisi de questionner la rationalité des ivoiriens, à savoir, leur esprit calculateur qui les amène à faire  l’économie de leurs intérêts particuliers immédiats, plutôt que d’un intérêt commun durable et à préférer les premiers, certes volatiles et circonstanciels. En procédant ainsi, il a choisi les intérêts particuliers des membres du peuple ivoiriens plutôt que l’intérêt exigeant et commun du peuple tout entier. Malgré tout, la charge de sa grande responsabilité dans l’inexistence d’un peuple ivoirien, il y a des raisons d’interroger la part partisane du peuple qui lui accorde toute sa considération.

Pourquoi le président Ouattara et son régime qui n’ignoraient pas l’existence de la disposition constitutionnelle n’autorisant pas une seconde réélection ont-il tenu malgré ce à poser sa candidature. La réponse est simple : ils avaient foi en ce qu’une partie du peuple ivoirien ignorerait cette disposition pour lui donné ses scrutins jusqu’à la possibilité de le réélire une deuxième fois, malgré l’article 55. Ainsi, à leur sens, ce qui est non seulement légal mais aussi légitime, c’est ce que le peuple ivoirien accepte et choisi, y compris contre les dispositions constitutionnelles. Dès lors, ils placent, la souveraineté du peuple au dessus de la constitution que seul précisément le peuple peut choisir d’ignorer. La question rebondit alors sur une autre question. D’autre part, pourquoi des ivoiriens constituant cette partie du peuple ivoiriens, qui savent le président non rééligible une 2ème fois lui accordent-ils leurs suffrages ? On peut introduire l’argument du fait de leur ignorance. Sans doute que des ivoiriens ignorants existent, s’agissant de ce sujet. Mais, on ne peut alléguer pour autant que tous le soient. Il convient par conséquent d’admettre qu’une partie de ceux des ivoiriens qui ont donné leurs suffrages à Alassane Ouattara, pour le réélire à nouveau pour la seconde fois n’ignoraient pas la constitution.

Par ailleurs, le régime ne commet sans doute aucun acte illégal à vouloir solliciter l’exercice de sa souveraineté par le peuple. Cela dit, la souveraineté du peuple s’exerce dans des conditions de consultations justes et transparentes au cours desquelles, non seulement les choix de ses membres sont libres et éclairés, mais aussi et surtout, lorsque ceux-ci sont respectés. Aussi, dès l’instant que le régime tient à organiser seul ces consultations, pour s’assurer que les résultats qui en résultent ne lui échappent pas et réalisent son but d’une seconde réélection légitimée par ces consultations faussées, ce n’est plus le peuple qui ignore souverainement la constitution, en particulier son article 55, mais le régime qui y procède en mystifiant le peuple au passage. Voici pourquoi l’opposition tenait tant à anticiper une seconde réélection et la rendre illégitime.

Compte tenu de ce qui précède, il convient de considérer le fait que l’opposition a empêché le vol probable des scrutions d’une partie du peuple, à travers le boycott et la désobéissance civile. Ensuite, on peut voir qu’il en résulte que c’est bien l’autre partie acquise au régime Ouattara qui l’a réélu une seconde fois au mépris de l’existence de l’article 55. Dès lors, c’est donc le lieu de dire que le président Ouattara et son régime ne sont pas les seuls à avoir abusé la constitution commune et que nul vol des choix des ivoiriens n’a été nécessaire à cette seconde réélection de la part du régime. En réalité, l’empêchement de ce vol redouté par l’opposition a une vertu unique : il permet de souligner qu’avec ou sans usurpation des choix de tels ivoiriens par le régime, nombre d’ivoiriens l’ont soutenu et continuent de le faire, au mépris d’une règle qui doit rassembler les membres de la société ivoirienne. Ainsi, à moins de considérer  que ces ivoiriens ne sont pas rationnels, en d’autres termes intelligents, il y a donc lieu de s’interroger aussi, en dehors du président Ouattara et de son régime, sur la volonté réelle de ces ivoiriens de vouloir faire société avec tous les autres qui contestent encore sa candidature et sa 2ème réélection, pour illégitimité. Considérant que le président Ouattara et son régime guident mal cette partie du peuple ivoirien, on peut au moins admettre la servitude volontaire de ces ivoiriens ; ils préfèrent se constituer leurs troupeaux en méprisant la constitution, quitte à se couper de tous les autres autres ivoiriens avec lesquels ils doivent constituer ensemble la puissance collective nécessaire à la réduction de leurs difficultés communes de vivre.

Guidée par l’opposition jusqu’au contre-abus de la république et de l’autre partie du peuple ivoirien.

De leur côté, l’opposition et les autres parts partisanes peuple ivoirien ne sont pas des saints ; hier, ils étaient au pouvoir. A titre de réponse à la candidature du président Ouattara, l’opposition a confondu le régime au pouvoir et ses partisans à la république elle-même qu’elle entendait défendre. Ainsi, au nom d’une autre partie du même peuple, elle l’a bafouée à son tour et méprisé la partie partisane du peuple associée au régime. Pour l’opposition et ses partisans, les réponses particulières du régime et de ses partisans constituent en réalité le problème de leur point de vue, donc leur problème particulier. A ce titre, la candidature du président Ouattara aux élections de 2020 leur est inacceptable. Soit, mais, la constitution n’a jamais interdit à quelque ivoirien que ce soit de poser sa candidature. Des ivoiriens opposent au fait que sa candidature n’est pas illégale les dispositions de l’article 55 de cette constitution. On ne peut que les inviter à relire ces disposition : elles ne traitent pas de candidature, mais de durée du mandat du président et du nombre de sa réélection. Rien dans cet article ne traite de l’avant tenue et résultat de l’élection.

D’autres ivoiriens ajoutent à ce faux argument, le fait que le président Ouattara s’est dédit et qu’il leur a menti et qu’il n’a pas tenu sa parole. Certes, un l’homme digne de leur considération l’est aussi à travers sa parole et ses actes. Mais, s’il choisit l’indignité plutôt que leur considération, quel problème y a-t-il dans le fait qu’il choisisse de ne pas être digne de la considération des ivoiriens et lequel cela pose-t-il à tous les ivoiriens dont ils n’ont pas la solution ? Admettons même que cela leur pose un problème particulier, en rapport avec leur conception de l’homme président digne ou de la morale et en politique en particulier, ce problème est-il insoluble de leur part ?  Il se trouve que cela n’en pose aucun à d’autres ivoiriens. Quel est ce problème dont la société ivoirienne ivoirienne n’a pas la solution ? En existe-il un de commun à la société ivoirienne quand ses membres divergent sur ce point ?

Si l’indignité manifestée par tel gouvernant suffisait pour qu’une partie du peuple qui en est heurtée s’octroie le droit de lui supprimer ses droits, Trump n’aurait pas continuer à être président de la première puissance américaine pendant quatre année et jusqu’à présent. La réponse du peuple et de ses parties au dirigeant ou gouvernant qu’ils jugent indignes de leur considération est indubitablement politique et non pas des arguments sophistes, ni un rapport violent de forces. La solution à la candidature jugée illégitime par une partie du peuple ivoirien était politique et non judiciaire. Mais, ce n’est pas ce premier choix seul que l’opposition et ses partisans ont fait. Ils ont préféré se saborder, avant même que l’infraction ne soit commise et matérialisée : la réélection effective pour un seconde fois. Ainsi, tout s’est passé finalement comme si tels ivoiriens préféraient combattre et sanctionner l’infraction avant qu’elle ne soit commise, sur le fondement de leurs double craintes. Cette infraction redoutée était la possible réélection d’un candidat qui ne pouvait pas l’être.

D’abord, l’opposition et ses partisans craignaient qu’une partie des ivoiriens, qui ont pourtant validé avec eux la constitution et l’article 55, donnèrent leurs suffrages à un candidat dont la 2ème réélection aurait constitué une infraction à cet article. Ainsi, ils redoutaient que des ivoiriens ne tiennent aucun compte de la loi fondamentale qui doit assurer leur cohésion et l’unité en tant que peuple ivoirien. Certes, mais aucune illégalité n’existe dans le fait que le président Ouattara pose sa candidature aux élections de 2020. Il est tout aussi normal que des ivoiriens partisans contestent politiquement une candidature qui ne peut aboutir à une réélection légale ni acceptable en l’état.  La légalité de sa candidature, certes contestable aux élections présidentielles de 2020 ne souffrait d’aucun écart. Bref, cette candidature ne pouvait pas constituer un sujet judiciaire, mais d’ordre politique ; il appartenait au peuple ivoirien de trancher la question de sa légitimité. Ceux des ivoiriens qui ont contesté et continue de contester la légalité de cette candidature cessent immédiatement de vivre dans une république ; ils choisissent de vivre dans un État de non droit et de violence, dans lequel chacun est source du droit et où la violence décide et vaut le moyen de l’imposer. Mais, ils ont raison de contester la légitimité politique de cette candidature. Toutefois, ce n’est pas parce la pertinence et cohérence des actes de ceux qui incarnent telles institutions sont contestables et doivent être contestés que les actes de ces institutions qui la fragilisent perdent leur légalité en république. L’enjeu concerne leur légitimité et non leur légalité. Et, la légitimité concerne l’acceptabilité politique de cette candidature par le peuple.

D’autre part, en ce domaine de la légitimité, il ne suffit pas à une partie du peuple ivoirien de pointer l’illégitimité de cette candidature pour valoir jugement du peuple tout entier ; il est nécessaire que le processus démocratique de détermination de ce jugement intervienne pour en décider. Là aussi, l’opposition et ses partisans ont opté pour le refus de ce processus en boycottant et en s’opposant à son déroulement. A l’illégalité et illégitimité de la candidature dont ils décidaient seuls de l’acceptabilité, ils voulaient aussi ajouter et, par anticipation, une autre illégitimité : l’élection possible du candidat Ouattara, valant sa réélection illégale et illégitime pour la deuxième fois. Question : ce qu’un peuple décide et choisit peut-il être jugé d’illégal, même contre sa constitution ? Un tel choix ne signifie-t-il pas abrogation de sa part de sa constitution ? Quoi qu’il en soit de ce qui est légal, en ce domaine de la légitimité, il n’appartient ni au régime au pouvoir seul, ni à l’opposition seule et à leurs partisans respectifs de la fonder sels, mais au peuple souverain de Côte d’Ivoire tout entier. En tout état de cause, il revient de droit au peuple souverain digne de Côte d’Ivoire, la décision d’accepter ou pas une candidature dont la légitimité est source de divergence entre les différentes parties du peuple. Même en admettant que cette candidature soit une marque de mépris à son égard, il lui appartient d’en juger et de lui réserver la réponse appropriée. C’est exactement le même sujet s’agissant des suffrages de ses membres dont le régime pourrait s’approprier pour établir la réélection du président Ouattara. Là encore, la réponse au vol de ses suffrages par le régime suspecté appartient au peuple.

Certes, l’opposition et ses partisans peuvent penser que, comme des adorateurs de Joseph Staline (1), le régime Ouattara et ses partisans peuvent considérer qu’il n’y a aucune importance à savoir qui vote, ni comment. A ce titre, ils peuvent redouter que le boycott de l’élection qu’ils ont décidé, ainsi que les circonstances de sa tenue troublées par la désobéissance civile qu’ils ont actée, peuvent leur sembler sans aucune importance. L’opposition et ses partisans peuvent surtout redouter le fait, au contraire, que ce qui est extraordinairement important pour le régime et ses partisans, c’est qui va compter les votes, et comment, à savoir eux-mêmes et selon leur but particulier. Mais, la crainte de l’opposition et de ses partisans, des ennemis supposés de la république qui méprisent le peuple souverain peut-elle justifier que leurs défenseurs proclamés qu’ils revendiquent être, suppriment leur existence comme pour les soustraire par avance des coups que leurs ennemis pourraient leur porter ?

D’autre part, l’opposition et ses partisans appréhendaient le vol probable des suffrages de nombreux autres ivoiriens qui ne le porteraient pas sur cette candidature jusqu’à usurper son résultat. Pour ces deux motifs, l’opposition et ses partisans ont choisi d’anticiper le problème que constituerait sa 2ème réélection en lui appliquant une réponse préventive particulière : le boycott et la désobéissance civile active ayant pour finalité d’empêcher la possibilité même de ce résultat et le cas échéant de le rendre non valable et illégitime. Un peu comme si des ivoiriens voudraient empêcher le vol dont d’autres ivoiriens pourraient être les auteurs, l’opposition et ses partisans ont échoué à empêcher la seconde réélection redoutée. Mais existe-il une seule société au monde se rapprochant de ce qui est vrai, bien, juste, beau, etc…; bref, une société humaine dans laquelle des hommes sont sanctionnés avant d’avoir fait une faute, commis une infraction ou un délit pour lequel ils le sont ? Ils ont tiré une conséquence de l’illégitimité de cette seconde réélection : elle se manifeste sous la forme d’une autre réponse particulière, le Comité National de Transition (CNT), dont nous analysons ci-après la nature problématique pour le régime au pouvoir. De même que la réélection même illégitime du président Ouattara n’est pas le problème du peuple ivoirien tout entier, la création d’un gouvernement parallèle ne l’est pas non plus, contrairement à la perception du régime au pouvoir. La situation actuelle de crise résulte de tout cela ; il semble que peu d’ivoiriens y ont les mains propres. Lequel des ivoiriens a les mains propres ? Il convient tout simplement de s’en remettre à la vérité.

En définitive, une longue circonstance de tentatives d’usurpation de la souveraineté du peuple depuis 1993 abouti aux différentes crises dont celle de 2020. Dans cette affaire, une multitude d’ivoiriens ont les mains sales, suivant aveuglement leurs passions de vouloir vivre libres et égaux aux autres. Peine perdue par conséquent à ceux d’entre eux qui cherchent à avoir les mains propres par rapport à tels autres. En plus de constater qu’aucun de leurs guides n’a de mains propres, les ivoiriens doivent se rendre à l’évidence des faits : leurs guides paraissent être plus aveugles qu’eux-mêmes, en fracturant le peuple sur la base de la sollicitation de leurs passions et de considérations sociotoxiques.

Dans cette circonstance de rapport de force violent, la république et le peuple ivoirien sont encore une fois, les grands perdants de cette nouvelle aventure politique hasardeuse. Voici pourquoi le régime Ouattara et son opposition doivent revenir à ce qui doit unir les parties partisanes du peuple et leurs membre : à savoir, le souci commun de la république et du peuple ivoirien. Un accord minimum doit être possible pour créer les conditions d’un retour au processus républicain, là où il a été rompu, et placer enfin le peuple souverain au cœur des divergences et du traitement du problème commun pour être l’arbitre ultime et souverain, s’agissant de la définition du problème à traiter et de la réponse collective à lui donner ensemble. En république, dont une autre désignation est société en État de droit et de paix, seul le peuple souverain. Agissant comme arbitre et juge ultime du jeu politique, entre régime au pouvoir et son opposition et leurs partisans respectifs, il dispose du pouvoir de trancher leurs divergences. A ce titre, l’argument de l’opposition et de ses partisans lié au risque de la légitimation du président réélu une seconde fois et celui lié à sa crainte de voir les choix du peuple non respectés par le régime ne peuvent justifier d’ignorer la république.

Il ne peut y avoir, en république, de bergers qui gardent et défendent le peuple comme un troupeau pour ne pas dire qui usurpent sa souveraineté. En ce domaine de la dignité d’un peuple souverain qu’est celui de Côte d’Ivoire, il est nécessaire qu’en république, ce peuple soit celui qui l’impose à tous, au régime au pouvoir, comme à l’opposition, à l’armée, aux citoyens, aux influences extérieures. La juste considération de sa propre dignité suffit à déterminer ce qu’il accepte ou pas ainsi qu’à déterminer les moyens de la recouvrir, si tant est qu’il considère qu’elle est bafouée par quiconque. Mais cela présuppose son existence et sa conscience de sa souveraineté. Les ivoiriens qui n’acceptent pas cela doivent exprimer le fond de leurs pensées. Pour notre part, nous disons que dans ce cas, ils refusent la république et la souveraineté du peuple tout simplement ou du moins, ils préfèrent la république dont ils sont les gouvernants et ceux qui incarnent ses institutions. Bref, ils veulent être des monarques à la place d’autres monarques semblables et en définitive du peuple. Dans cette affaire, le régime au pouvoir entend faire des institutions ses alliées ; tel est la posture de l’arbitre qui doit juger leurs divergences.

Le Conseil constitutionnel : un arbitre qui n’a pas dit le droit et qui a pris un parti politique.

Le fait que la constitution prévoit qu’un président de la république ne puisse être réélu qu’une seule fois ne l’empêche pas de la poser, dès lors qu’elle ne traite pas de candidature, mais de sa réélection. Or, bien qu’il soit interdit en toutes sociétés de voler, des gens qui ne disposent pas de ce droit ne volent-il pas librement, avant que leurs actes manifestes ne soient sanctionnés ? Il n’y a donc aucun problème dans le fait de poser sa candidature aux élections présidentielles en Côte d’Ivoire, même en sachant ne pas pouvoir être réélu ou élu. Rien n’interdit à tel ivoirien qui aurait même commis des crimes ou volé l’État et qui aurait un casier judiciaire plein de poser librement la sienne. Rien ne le lui interdit ; le pouvoir de la règle est de rendre non recevable ni acceptable la candidature d’un tel ivoirien. Mais, ce n’est pas parce des ivoiriens redoutent le vol des suffrages des ivoiriens par le régime Ouattara, qu’ils disposent du droit de considérer sa candidature illégale. Rien dans la constitution ivoirienne n’interdit à celui qui ne peut être élu ou réélu d’être candidat, quoi que furent les sentiments éprouvés par nombre d’ivoiriens à propos de la moralité et de la mauvaise intention du candidat. A moins de changer de conception philosophique et de faire en conséquence du droit le moyens de sanctionner la faute avant qu’elle soit commise, le choix se situe entre la peur ou la crainte de la faute. La crainte est un facteur de véritables actions préventives, fondées sur la raison ; quant à la peur qui abolit la raison, elle conduit à des actions déraisonnables, guidées par la passion et les émotions, suscitées par un événement redouté que l’on ne veut voir réalisé. Sans doute, l’opposition et ses partisans ont laissé leurs passions et émotions décider à la place de leurs esprits.

D’innombrables autres ivoiriens pointent l’incompatibilité de sa candidature avec la constitution. Mais, si nous restons dans le strict cadre de la logique du droit qui doit réguler les relations sociales et politiques, d’où tirent-ils les arguments de leur affirmation ? Puisqu’ils en opposent, en tous cas, on peut dire que leurs arguments ne relèvent pas de la constitution. Contrairement au voleur qui est sanctionné quand il se fait prendre pour avoir volé, il semble à une partie du peuple ivoirien que la candidature dont ils contestent même la simple existence n’a pas été justement sanctionnée par le Conseil constitutionnel, relativement aux règles existantes. Soit. Mais, si nous considérons l’article 55 de la constitution, il ne prévoit aucune disposition ou sanction concernant quelque candidature que ce soit, mais concernant la réélection d’un président. Quoi que des ivoiriens puissent penser de la moralité de l’homme Ouattara, s’agissant de sa probité et moralité de sa candidature ainsi que de la probité des membres du Conseil constitutionnel qui l’ont validée relativement aux règles et de la validation de cette candidature, rien, strictement rien dans cet article ne traite de candidature. Aucune de ses dispositions ne règle non plus la question de l’éthique des dirigeants quant à leurs discours trompeurs des électeurs. Induits en erreur par la Cour constitutionnelle, on a sans doute été nombreux à disserter et à spéculer rapidement sur l’arrêt de cette Cour, sans même avoir examiné en quoi elle était compétente pour juger de cette candidature et pour décider de sa validité.

A y regarder de près, on constate que cette Cour constitutionnelle elle-même n’était pas fondée à traiter de la conformité constitutionnelle de cette candidature. La raison est simple : absence de disposition constitutionnelle en rapport avec une candidature au élections présidentielles. L’article 55 n’a d’objet que l’élection, la réélection donc que le résultat de l’élection et non aucune candidature à l’élection. Ainsi, aucun problème n’existe en soi avec cette candidature, relativement à cette disposition constitutionnelle. Si écart il y a, il ne peut apparaître qu’à la suite de l’élection, s’il est réélu. Mais, dès lors que l’opposition en fait un problème de son strict point de vue, donc particulier à résoudre, elle lui applique sa réponse toute aussi particulière : la requête en annulation auprès du Conseil constitutionnel sa solution au plan juridique. Quelle est la nature de cet acte de l’opposition au point de vue du problème commun ? C’est ce que nous allons voir. Si à son terme, le président-candidat Alassane Ouattara n’est pas le vainqueur de l’élection, donc réélu, il n’existe aucun sujet en rapport avec l’article 55 de la constitution, lequel n’a d’objets que, d’une part la durée du mandat conféré par le peuple et le nombre de réélection et point la candidature d’un président. Rien n’interdit à celui qui ne peut être élu ou réélu d’être candidat, quoi que furent les sentiments éprouvés par nombre d’ivoiriens à propos de la moralité et de la mauvaise intention du candidat.

Il suffit d’observer que cette disposition ne s’applique qu’au résultat de l’élection ;  c’est en cas de réélection d’un président-candidat que l’article 55 peut s’appliquer à son objet : la réélection d’un président suite à une élection. Cet article ne s’applique à aucune candidature, fusse-t-elle celle d’un président. Cet article n’a aucune vocation, ni prétention en droit, à anticiper un résultat de l’élection, pour éviter de s’appliquer à ce résultat, dès lors qu’il s’agit d’une réélection d’un président-candidat. C’est à partir de cette réélection, lorsque le résultat de l’élection est connu et consiste en réélection d’un président plus d’une fois qu’un écart peut apparaître par rapport aux dispositions de l’article 55 de la constitution. Voici pourquoi, c’est depuis le 3 novembre où le résultat de cette élection est rendu et validé que le président Alassane Ouattara est réélu plus d’une fois et que cela constitue une infraction à l’article 55 de la constitution. Il était alors temps pour l’opposition de contester juridiquement cette réélection au regard de cet article, indépendamment de la contestation politique de sa légitimité. Elle ne l’a pas fait, en raison de ne plus rien attendre certainement de cette Cour.

Indépendamment des conditions de sa tenue (boycott, et mouvement de désobéissance) dont il a résulté que nombre d’ivoiriens n’y ont pas participé, cette Cour elle-même ne pouvait pas constater une infraction liée à cette seconde élection. Pour cause, elle a déjà fourni ses arguments lors de l’examen de la requête de l’opposition en annulation de la candidature du président Ouattara. Ainsi, lors de la validation des résultats de l’élection, la Cour constitutionnelle n’a relevé aucune infraction à l’article 55 de la constitution à la suite de cette élection, ainsi que le présentait l’opposition ; mais cela ne justifiait pas de la part de cette cette dernière, qu’elle empêcha le crime d’être commis par des moyens non constitutionnels, avant qu’il ne le soit. Le fait que la Cour constitutionnelle ne dise pas le droit est-elle une raison suffisante pour que l’opposition crée son propre droit, sans se présenter avec ses partisans à eux seuls comme étant le peuple souverain, doté de l’autorité d’ignorer la constitution pour se défendre ?

De ce point de vue, ceux qui sont chargés d’incarner l’institution juridique ont failli. D’abord, non pas en leur décision, mais précisément en le fait de se saisir d’un objet politique (candidature contestée) pour le traiter comme un objet juridique, en lui appliquant leurs préférences politiques au lieu de dire le droit. En cela, ce n’était pas la décision de ceux qui incarnent cette institution qui était contestable, leur posture de juges en cette matière politique dans laquelle l’institution n’était pas fondée à intervenir. Cela dit, ceux qui l’ont sollicitée auraient-ils accepté une telle affirmation et toute autre de quelque nature que ce soit qui ne donna pas raison à leur refus de cette candidature ? En tout état de cause, la candidature du président Ouattara était légale mais contestable. Ensuite, ils ont failli en ne relevant pas la véritable infraction à l’article 55 lors de la validation du résultat de l’élection présidentielle. Dès lors que la constitution autorisait une candidat qui ne pouvait être réélu, puisque aucune de ses disposition n’en traite, la légitimité de la candidature du président Ouattara relevait d’un sujet hautement politique. Seul le peuple de Côte d’Ivoire pouvait décider d’une candidature pour une seconde réélection impossible, mais non pas une partie partisane seule qui la contestait, certes, à juste titre. Cette lacune de la constitution ne peut être compensée par l’empêchement de l’exercice d’une liberté de poser une candidature que rien n’interdit, certes sans pouvoir être réélu une seconde fois. En définitive et sans donner toutefois raison à l’opposition, la nature de Cour politique du Cour constitutionnelle permet de comprendre l’anticipation maladroite et hasardeuse de l’opposition qui ne lui a pas permis de rassembler le peuple ivoirien. Tout cela dit, que pourrait décider cependant une Constitutionnelle, à propos de la souveraine décision du peuple ivoirien aboutissant à réélire une seconde fois un président, contre l’article 55 de la constitution ? Constatons que cette grave lacune constitutionnelle depuis celle de 2000, autorise la candidature de présidents qui ne peuvent plus être réélus une seconde fois ; elle renvoie finalement la détermination de ce qui est légal en matière de réélection non pas à cet article 55, mais à la décision souveraine du peuple qui fonde aussi la légitimité de cette réélection. Malgré ce, le véritable sujet est pourquoi en étant  liés à d’autres par la règle, des ivoiriens décident-ils de réélire un président dont la règle certes imparfaite autorise néanmoins la candidature, mais sans pouvoir être réélu, ignorant ainsi ce les lie ensemble ?

A défaut d’avoir recentré l’enjeu lié à cette candidature, la Cour constitutionnelle agissant comme une cour partisane? a accepté de déplacer le sujet politique dans l’ordre juridique. Procédant ainsi, à savoir en arbitrant une divergence politique, elle a manqué à sa mission au service de la république : en arbitrant une divergence politique, au lieu d’arbitrer les divergences d’ordre juridique ; en cette candidature dans laquelle il n’y avait aucun objet juridique constitutionnel, la Cour constitutionnelle en a admis un,  sous la pression -, il faut bien le reconnaître et le dire – de l’opposition et de ses partisans. Les hommes qui doivent arbitrer les divergences d’ordre juridique entre régime et opposition ont failli à leurs missions au service du peuple ivoirien, ayant choisi d’être des politiciens partisans et de se ranger du côté du régime et de le servir. L’arbitre n’a pas échappé à la passion de détenir le pouvoir qui fait dire le faux à la place du vrai, l’injuste à la plan du juste, le mauvais à la place du bien, le laid à la place du beau et le toxique à la place de ce qui est collectivement toxique. Qu’on se comprenne bien : la seule réponse possible du conseil constitutionnel à la requête de l’opposition était de dire qu’il n’était pas compétent pour en traiter, puisqu’il n’y avait aucun sujet constitutionnel en cette candidature. Au lieu d’éclairer les ivoiriens, la Cour constitutionnelle a renforcé leur aveuglement par leurs passions, parce qu’elle-même était passionnée et a agi passionnément.

Responsabilité collective dans l’aggravation du problème ivoirien.

Comme un prestidigitateur, le président Ouattara et son régime sont passés maîtres dans l’art de subtiliser les notions. Ainsi, le droit est devenu sa volonté. La constitution lui est apparue comme une règle qu’il pouvait remplacer de son propre droit pour justifier l’abus de sa candidature pour un troisième mandant. Quant aux institutions comme le Conseil constitutionnel, elles sont comme des chambres d’enregistrement et de mise en œuvre de sa volonté. Que dire de ce qui est légal, sinon que le caractère de sa volonté réalisée, pendant que la légitimité est selon ses propres termes « La légitimité, c’est le respect du droit.» (2) En d’autres termes, elle est le respect de sa propre volonté et n’a donc rien à avoir avec le caractère de ce qui est acceptable et qui a effectivement été accepté par le peule ivoirien. L’abus du peuple ivoirien est ainsi totalement manifeste. La Côte d’Ivoire est ainsi devenue leur propriété et leur patrimoine. L’élection présidentielle prévue de longue date en 2020 devenait alors la bataille de Côte d’Ivoire entre ce régime et ses partisans et son opposition et les siens. Si cette bataille n’est sans doute pas terminée, à minima, l’opposition au régime Ouattara qui entendait protéger le peuple de Côte d’Ivoire de ce régime l’a mal engagée. Ainsi, tout ce qui a renforcé ce problème commun depuis 1990 continue d’être la solution des composantes du peuple ivoirien.

La responsabilité des pouvoirs successifs et de leurs oppositions dans le renforcement de ce problème est indéniable. Mais, ils n’en sont pas seuls responsables. L’écrivaine tchèque Milena Jasenska énonçait : “Et, tant que les gens qui se refusent absolument à faire de la politique ne considéreront pas que “la politique” – c’est-à-dire “ce qui se passe”, comme aussi importante que leurs affaires privées, la grande masse des hommes se laisseront ballotter avec indifférence, au gré des événements, sans se rendre compte que ces mêmes événements pénétreront dans ses maisons, jusque dans les assiettes de la soupe de midi.” (3). Une multitude d’ivoiriens ne se refusent absolument pas à faire de la politique certains parmi eux considèrent “la politique” comme quelque chose de très important et même utile. Certains parmi eux de la politique, comme leur travail qui doit leur apporter les moyens de vivre. Sans négliger ce qu’elle peut leur apporter, d’autres font de la politique pour être au service de la multitude. Un plus grand nombre d’autres encore font de la politique sans le savoir. Apparaissent parfois comme ceux qui ne sont pas concernés par elle, beaucoup parmi eux sont malgré eux mis au service sans le savoir, de la politique que d’autres mènent. Au cours de cette crise, on a vu des chefs traditionnels jouer à ceux qui n’étaient au courant de rien de tout le développement qui a conduit à la crise pour laquelle ils tentent de jouer les faiseurs de paix. Les uns ont été contributeurs à la mobilisation des membres partisans du régime pour soutenir la candidature du président Ouattara, pour le réélire comme un seul homme. Les autres ont servi d’intermédiaires entre l’opposition et certains de leurs partisans, pour récuser une candidature jugée illégale et illégitime, pour s’assurer de l’observation stricte du boycott et de l’élection et de la réussite de la désobéissance civile.

Quand on est autant au cœur de l’action qui mène à la crise, on ne vient pas jouer ceux qui ne sont au courant de rien et qui viennent chercher à comprendre pourquoi la crise est survenue. Plutôt que de se juger et de se porter des accusations mutuellement dans les moments de crises auxquelles ils ont contribué à la survenue, les ivoiriens devraient s’interroger sur leur authenticité et sur les actes partisans qui les précipitent. Tous les ivoiriens, sans exception aucune, expérimentent régulièrement l’atterrissage douloureux de leur connaissance ou ignorance de la politique, de leur déconsidération de la politique ou encore de leur fausse considération de la politique, en tant que le moyen de leurs tentatives de réaliser leurs intérêts particuliers. Pour ceux des ivoiriens qui ignorent faire de la politique ou donnent l’impression de ne pas être concernés ou même affirment ne pas en faire, la situation chaotique actuelle dans laquelle ils tentent péniblement, comme tous les ivoiriens, de trouver un équilibre doit les amener à revoir leur considération de ce qui se passe, à savoir “la politique”.

Les deux acteurs décisifs que sont les régimes au pouvoir et leurs oppositions doivent cependant endosser la plus grande responsabilité de cette situation. Leurs oppositions violentes à propos de ce qui légal et de ce qui est légitime leur confère cette responsabilité depuis 1993. Leurs savoirs détenus, qui leur confèrent leur place dans la société fondent précisément aussi leur responsabilité éminente dans la société, y compris dans les difficultés que le peuple ivoirien rencontre. Au cours de leurs multiples oppositions depuis 1990, en changeant de place par rapport au pouvoir convoité, ils emportent avec eux des parties partisanes du peuple. Malgré cette responsabilité éminente due à ces savoirs et à leurs places mobiles, il semble qu’aucun d’eux ne maîtrise la part importante du pouvoir commun qu’ils détiennent et exercent sur la société. Qu’on se le dise une bonne fois pour toute. Il n’existe nuls ivoiriens qui détiennent tous seuls le pouvoir que le peuple ivoirien représente, généré par la vie ensemble de ses membres.

Certes, une part visible de ce pouvoir est symbolisé par l’État de Côte d’Ivoire ; il est dans les institutions, elle-mêmes incarnées par tels ou tels ivoiriens.  Au titre de ces institutions, figurent des partis politiques dont certains gouvernent par la volonté de la part majoritaire du peuple pendant une période donnée en ayant reçu mandat de sa part pour le faire. D’autres partis politiques constituent ce que nous regroupons sous le terme d’opposition à ceux qui gouvernent. Quant aux autres ivoiriens, individuellement ou au sein de divers groupes sociaux de diverses natures, ils détiennent eux aussi une part du même pouvoir. Ainsi, ils l’exercent en étant partisans du gouvernement ou de l’opposition ou encore en agissant d’une manière où d’une autre pour les intérêts qu’ils poursuivent. Ils exercent cette responsabilité à générer tels et tels dirigeants et gouvernants, en étant leurs partisans qui leur confèrent leur force collective, leur donnant la puissance d’agir au nom du peuple ivoirien.

Ainsi, quand bien même une constitution existe, elle ne donne pas tout le pouvoir à un gouvernement ou à une opposition, mais le pouvoir symbolique. Et, quand une constitution n’existe pas pour répartir le pouvoir, chacun en détient malgré cette absence une part quand même. Voilà pourquoi, avec ou sans constitution, et tant que les ivoiriens vivent ensemble, leur existence collective génère un pouvoir dont les uns et les autres emportent et exercent une partie, dans des proportions différentes organisées par une constitution ou que le rapport de force peut déterminer, en son absence. La conjonction de mauvais exercices des parts du pouvoir détenues, qu’ils soient pouvoir ou opposition ou leurs partisans ou encore des ivoiriens non partisans, peut avoir pour conséquence de générer des situations toxiques pour tous les membres de la société. Il vient par conséquent que c’est ce défaut de maîtrise par chacun de la part du pouvoir qu’il détient qui nous mène collectivement dans le chaos depuis 1990. La crise actuelle n’y échappe pas. Nous produisons en définitive, la société puante dont nous n’acceptons pas la puanteur qui s’en dégage.

Les ivoiriens agissent en retournant leurs forces contre eux-même. C’est pourquoi, et s’ils le veulent, ils ne peuvent pas continuer avec les vieilles recettes qui ont davantage crée les conditions pour la prolongation de la crise et sa continuité. Nous disons que ce pays n’est ni la propriété, ni le patrimoine exclusif de tels régimes circonstanciels au pouvoir et leurs partisans, ni aux oppositions de telles époques à ces régimes et leurs partisans. Ce pays est celui du peuple ivoirien ; il en est le souverain. Considérant la situation inacceptable actuelle de la Côte d’Ivoire, une réflexion a été menée dans le précédent article. Elle se rapporte à ce qui constitue la difficulté commune à résoudre : le problème du peuple ivoirien.

Si les ivoiriens font encore une fois le mauvais constat et la mauvaise définition du problème, comme depuis 1993, alors on peut prendre le pari que nulle solution le résoudra. Il leur faut s’accorder sur ce qui leur pose un problème à tous avant de parler de solution. Si le peuple ivoirien accepte de considérer que l’hypothèse à laquelle nous sommes parvenue au terme de cette recherche fait sens, au point d’en faire son problème commun, alors le temps sera venu de faire des propositions de solution. Pour notre part, Nous proposerons lorsque le moment sera venu, au pouvoir et à son opposition et à leurs partisans, ainsi qu’à tous les autres ivoiriens avec lesquels ils forment le peuple ivoirien, des éléments d’un accord cadre. Il aura pour finalité de tenter ensemble de sortir durablement de la crise, pour restaurer la république et pour parvenir à asseoir enfin le peuple souverain dans le siège que régimes et leurs oppositions se disputent depuis 1993, mais qui lui revient de son propre droit. Ce moment sera celui quand le problème du peuple ivoirien sera discerné par le peuple ivoirien. Malgré les esprits débordés par tant de passions, les ivoiriens doivent admettre ce qui est : il ne peut y avoir de problème de la Côte d’Ivoire qui puisse être défini et traité par tels ivoiriens seuls et sans les autres, ni par tel régime au pouvoir et son opposition seuls. Voici pourquoi, malgré la tension en les ivoiriens, ils doivent faire des pas de côté nécessaires à la réflexion, comme s’ils prenaient momentanément congé de la situation délétère, pour laquelle ils s’interrogent sur les voies pour en sortir.

Des pas de côté nécessaires, malgré les passions dévorantes.

Les faits sont incontestables. On ne peut pas affirmer que tout le peuple ivoirien a refusé l’abus d’une candidature illégitime, ni une élection illégitime, quand une partie du même peuple crie sa victoire sur l’autre et s’en amuse même. On ne peut pas non plus dire que le peuple tout entier n’a aucune raison ni intérêt commun à accepter d’attendre la mort au pouvoir du président Ouattara pour reprendre sa quête de conditions de vies acceptables pour le plus grand nombre de ses membres. Un seul argument suffit : une partie du peuple le veut et même aspire à conserver le pouvoir pendant cinquante ans, donc même au delà de sa mort, ainsi que Mariam Traoré l’affirme : « nous resterons au pouvoir pendant 50 ans, après Ouattara, on va choisir un autre. » (4) Cela étant, le président Ouattara sait qu’une partie du peuple ivoirien n’a pas accepté l’abus d’une candidature illégitime, ni une élection illégitime. Il sait qu’elle n’a aucune raison non plus ni aucun intérêt à accepter d’attendre sa mort au pouvoir pour reprendre sa quête de conditions de vies acceptables pour le plus grand nombre de ses membres. Mais, agissant pour son propre compte ainsi que pour satisfaire les intérêts particuliers de ses seuls partisans internes et externes, il s’est préparé à affronter cette partie du peuple, au lieu d’être au service de tout le peuple.

Les choses étant ce qu’elles sont depuis 1990, il ne suffit pas cependant de désigner le peuple, de parler en son nom pour qu’il exista comme tel et pour que les refus d’acceptation qu’on lui attribue ou qu’on lui prête soient les siens et relèvent de sa volonté. Quand on constate que ses parties ont pris faits et causes pour le régime Ouattara ou pour son opposition, on comprend alors que ses parties ne partagent pas ni n’ont en commun un même intérêt supérieur à leurs intérêts partisans dans ces situations d’abus. Une période dangereuse de dix ans au moins de violence est par conséquent devant le peuple ivoirien, si aucune solution acceptable pour toutes ses parties n’est collectivement trouvée par elles. Ainsi la solution au problème que rencontre le peuple ivoirien ne peut être développée que si sa considération intègre un préalable : la conciliation de ses parties en vue de reconstituer son unité et orienter son énergie vers le discernement d’un problème commun et vers la résolution commune de ce problème.

Tous problèmes identifiés et posés par telles composantes du peuple, mais qui se révèlent être des objets de divergences avec les autres parties du peuple ne peuvent pas constituer le problème commun, mais des problèmes particuliers. De même, toutes solutions particulières à ce problème, même parfaitement identifié et mis en commun, mais qui ignorent le peuple sont des solutions particulières à un problème conçu comme étant particulier. Tout se passerait alors comme si telles parties du peuple, auteures de ces solutions, pensaient qu’il se pose à elles seules, mais en voulant le faire apparaître comme un problème commun à toutes les composantes du peuple. D’autre part, avant même de penser le résoudre, les ivoiriens doivent s’accorder sur le problème qui, se posant à eux tous, peut les réunir en vue de tenter de le résoudre ensemble. A défaut de procéder ainsi, ils commettront à nouveau l’erreur qu’ils ont maintes fois répétée jusqu’à présent depuis 1993 au moins : la tentative de privatisation du problème commun et la tentative de lui appliquer une solution privée, dont le détenteur du pouvoir et son opposition à une époque donnée conviennent sans le peuple souverain de Côte d’Ivoire.

On n’apprend rien aux ivoiriens authentiques de relever que nombre de ses guides qui entendent conduire son économie collective de réduction de ses difficultés de vivre pour le plus grand nombre de ses membres ne sont parvenus jusque-là qu’à fractionner le peuple ivoirien depuis 1993, chaque cinq ans un peu plus. Sans doute, ils n’identifient pas le problème commun et ce qui a pour conséquence que leurs réponses inefficaces et toxiques l’aggravent. Au delà des faux problème commun de la candidature abusive du président Ouattara et de son élection illégitime, le véritable problème commun à toutes les parties du peuple ivoirien existe. Après plus de 30 années de hors sujet, il est temps de rechercher ce problème commun. Cet enjeu de la crise recommande de discuter dur puisque cela est nécessaire et qu’il le faut, mais ne nous disputons pas. Eh bien discutons de la nature de notre problème commun, car il ne peut exister de problème commun ni de solutions le concernant sans que le peuple souverain n’existe. Dès lors que nombre de faux problèmes du peuple ivoirien que des guides soumettent au peuple ne sont pas le sien véritable,  il convient de les distinguer de son véritable problème, ce qui revient à dire en quoi ils le sont. Sans discerner le problème du peuple ivoirien qu’il doit résoudre parmi ces leurres, le peuple ivoirien risque alors de faire durablement un hors sujet historique dont il peine à sortir de ses conséquences depuis au moins 1993. Les parties du peuple ivoirien doivent par conséquent introduire un peu de méthode et de pédagogie à l’examen des problèmes qui leur sont présentés. Pour ce qui nous concerne, c’est ce que nous avons librement tenté de faire dans un article précédent.Il est temps d’examiner ce que les guides du peuple ivoirien lui ont procuré depuis 1993, à la lumière des problèmes identifiés tels qu’ils les ont traités.

Des guides qui manquent à leur responsabilité et obligations historiques envers le peuple ivoirien.

La république connaît ses agresseurs, ce sont tous les ivoiriens. Parmi eux figurent ceux d’entre eux qui veulent guider le peuple qu’ils constituent, en vivant ensemble. Les ivoiriens le savent : détenir le pouvoir constitue la réponse à la peur mutuelle des parties du peuple ivoirien les unes des autres. C’est pourquoi l’accaparer ou le conquérir par tous les moyens les oppose régulièrement depuis 1993. Dans une telle disposition d’esprits faite de méfiance mutuelle, les ivoiriens se racontent des histoires à propos de droit, de légalité et de légitimité : aucune constitution même la plus parfaite en théorie, ne peut faire autorité qu’en servant la quête. De quoi les parties du peuple ivoirien ont-elles peur, sinon que de l’augmentation de leurs difficultés de vivre et de l’absence de leur réduction, dès lors qu’ils pensent que la détention du pouvoir est ce qui les produit. Voici aussi pourquoi, contre l’évidence et rusant avec leurs raisons souveraines, des multitudes d’ivoiriens tolèrent ce qui est faux, toxique, etc… dès lors qu’ils ont le sentiment qu’il les mène à l’accaparation ou conquête du pouvoir. C’est la même raison qui les pousse à concéder à ce qui faux, injuste, mauvais et collectivement toxique, des attributs de vrai, de vérité, de ce qui est juste et collectivement utile, en soutenant leurs adeptes qui les guident vers la croissance de leurs difficultés de vivre.

Ces gouvernants et dirigeants ivoiriens ainsi que ces innombrables autres ivoiriens instruits, dits intellectuels ou cadres dans leurs villes et villages, sans foi ni loi en font partie. Ils ne veulent guider que leurs partisans et non le peuple ; si on ne trompe, ils ne sont pas utiles à ce dernier. Leur plus grave crime, partagé par le régime au pouvoir et son opposition est leur volonté commune de ne parler et de ne s’adresser qu’à leurs partisans. Ici le régime ne présente tel candidat que pour la partie partisane du peuple qui le supporte, en son nom et pour défendre ses intérêts. Ce que pense l’autre partie partisane du peuple ne présente aucun intérêt sinon que celui de nécessiter d’être combattu comme ennemie. Elle ne mérite aucune explication puisque la recherche d’une adhésion à la voie dans laquelle il veut amener le peuple  n’est pas nécessaire. Tant que ses partisans adhèrent à la voie qu’il a choisie, le reste du peuple n’a de d’autre choix que de les y suivre.

Là, l’opposition n’agit que pour parler à ses partisans et les défendre ; elle ne cherche même pas à convaincre des partisans du pouvoir de ce qui est bien, juste, mieux et utile collectivement. Il lui semble inutile de déplacer ce qui doit constituer la vérité commune vers l’intérêt du peuple reconstitué à travers cet effort. Ce qui compte le plus, c’est de maîtriser ses partisans en vue du combat contre le régime et les siens. Agissant de manière semblable, comme le régime qu’elle combat, tout ce qui vient de l’opposition est la vérité du peuple, mais en emportant avec elle qu’une partie seulement acquise à son but identique : la détention du pouvoir. Bref, face à leurs divergences, l’enjeu n’est ni pour l’un ni pour l’autre, de déplacer la ligne de fracture du peuple, fondée sur la communauté historico-ethnique ainsi que sur les passions et les émotions vers la ligne ligne de partage de l’intérêt général du peuple, à savoir ce qui peut conduire à son plus grand rassemblement possible. Au contraire, ce qui semble compter le plus à leur sens, c’est leurs combats pour détenir le pouvoir que le peuple ivoirien représente. Ils s’appuient alors sur l’excitation des passions et des émotions des parts partisanes du peuple qui les créditent de leur confiance. Le peuple, c’est celui qu’eux et leurs partisans forment et représentent seuls. On se trompe de très peu que d’énoncer que c’est ce qui se dégage de cette histoire ivoirienne des trente dernières années ponctuée de crises de violence. C’est terrible pour le peuple ivoirien.

Quels ivoiriens, surtout raisonnables, peuvent parvenir à vaincre leurs passions et émotions quand rien des actes posés n’ont aucune finalité visant à rassembler. existe-t-il un seul acte de quelque partie partisane qui sollicita chez les non partisans la mise à l’épreuve de leurs sentiments et pensées de ce qui est vrai, juste, bien, mauvais, beau, etc… ? Lorsque ces actes consistent au contraire en ce qui faux, injuste, toxique, moche, avouons que même les plus courageux des ivoiriens ont quelque raison de leur préférence : le choix de ce qui est faux, injuste, toxique et vilain qui leur donne le sentiment d’être protégés, certes faussement. Pourquoi voudrait-on que des partisans du régime suivent le faux, l’injuste, le mauvais, le vilain actés par l’opposition plus que ceux du régime ? Pourquoi voudrait-on que des partisans de l’opposition suivent le faux, l’injuste, le mauvais, le vilain actés par le régime plutôt que ceux du régime ? Quand le choix est fondé sur les passions et les émotions, les lignes de fractures du peuple sont non déplaçables pour tenter de constituer son unité. Pourtant, il le faut ; sans que l’unité du peuple ne soit reconstituée, bien que ses parties puissent être partisanes, il n’existe aucune possibilité de parvenir à une paix durable.

Les guides de ces trente dernières années ont lamentablement échoué dans leur mission historique ; ils ne sont seulement parvenus qu’à constituer des troupeaux d’ivoiriens partageant leurs passions, après avoir fracturé le fragile peuple en construction. Dès lors, l’heure est venue d’être indignés, d’être révoltés par la fracturation du peuple ivoirien et de s’engager résolument en faveur du recouvrement de son unité. Sans cette unité, aucune économie collective de réduction des difficultés de vivre du plus grand nombre de ses membres n’est possible ; aucune lutte efficace contre l’adversité externe ne peut non plus l’être. Quand sa prise est facilitée par telle partie du peuple opposée à telle autre en tant que son ennemie dans l’histoire dans sa tentative d’accaparer ou de conquérir le pouvoir pour dominer, que lui reprocher alors ? Une chose est certaine : des parties du peuple ivoirien sont peut-être puissantes, mais tellement si fragile et ridicules au point de vue de l’histoire et de l’économie de l’existence, autrement dit de l’économie de la réduction des difficultés de vivre. Pendant que les ivoiriens s’affrontent encore une fois, le terrorisme est à la porte nord de Ferkessédoudougou, tandis que l’après Covid-19 n’épargnera aucun peuple.

L’heure du choix décisif approche.

Il y a sans doute une proposition à faire aux ivoiriens : discuter de la puissance collective à bâtir ensemble, plutôt que de se disputer pour être des puissants impuissants. Les sociétés humaines sont astreintes à une économie collective de réduction de leurs difficultés communes de vivre. C’est en existant en tant que communauté nationale au sein de leurs États respectifs que les peuples y parviennent. L’avènement d’un peuple ivoirien souverain est non seulement possible mais nécessaire à cette économie de l’existence. Chaque ivoirien qui ne se raconte pas d’histoire sait où nous en sommes. Félix Houphouët-Boigny a laissé au peuple ivoirien, en devenir, une république toute organisée. Mais, tout restait à y faire : lui donner une âme, convenir des valeurs en lesquelles tous ses membres croient et qui régissent leurs relations ; bref elle restait à faire fonctionner comme telle, là où lui-même a échoué à le faire, si l’on peut s’exprimer ainsi, sachant que si tel était sa volonté ou pas, les circonstances historiques constituaient une contrainte. On peut continuer à accuser les autres et à pointer leurs responsabilités, y compris les morts.

Mais, “chaque génération découvre sa mission, la rempli ou la trahit”, disait Frantz Fanon (5). Plus de 30 ans de crises successives, on peut espérer que de plus en plus d’ivoiriens prennent conscience de leur mission, à savoir les finalités collectives à atteindre : donner à la république un contenu et une âme, à savoir s’accorder sur les valeurs en lesquelles le plus grand nombre croit sinon tous ; donner au peuple ivoirien une signification qui rassemble ses membres ; générer la confiance mutuelle nécessaire à une économie collective de réduction des difficultés communes de vivre, etc… Réaliser ensemble cette mission ou démissionner ou s’en détourner, cela revient à faire être le peuple ivoirien et sa république ou au contraire empêcher son existence, au profit des groupes socio-historiques ou d’intérêts particuliers opposés. Les ivoiriens à chaque époque ont pris conscience de leurs devoirs et responsabilités vis-à-vis des sociétés qu’ils constituaient ; la plupart d’entre eux les ont assumées ; d’autres ont choisi de les abandonner au profit de gains particuliers proches de mirages. La société commune dans laquelle ils vivent ensemble aujourd’hui résulte de la combinaison de leurs actes.

Depuis sa mort, tout ce que la politique ivoirienne depuis 1993 est parvenue à faire est de le fractionner à chaque période électorale un peu plus. Ceux qui avaient la mission historique d’élever son esprit pour être davantage apte à juger par lui même et à exercer sa souveraineté ont préféré tenter de la lui usurper. Pour y parvenir, ils se sont présentés à ses parties comme leurs défenseurs contre d’autres parties auxquelles au lieu de s’assembler elles sont opposées, avec entre elles le pouvoir qu’elles représentent. Sa détention et son exercice est l’enjeu qui les opposent et explique leurs contorsions et divergences multiples qui finissent par empoisonner la vie collective. Ils sont parvenus à faire de leurs problèmes, le problèmes de chaque partie du peuple. Bien sûr, les autres parties du peuple sont les auteurs des causes de ces problèmes.

Dans ce bazar durable qui n’a aucun sens et qui leur procure collectivement aucun intérêt eux, l’adversité externe y trouve toujours son compte. Le peuple ivoirien lui-même divisé, en particulier ses parties opposées à travers eux, n’en retire aucune réduction des difficultés communes de vivre de ses membres, si ce n’est le plus souvent, le vaniteux sentiment d’être supérieur aux compatriotes, de les dominer à travers le fait de détenir le pouvoir. L’histoire n’est jamais la même, en ce sens que les difficultés auxquelles les hommes font face se manifestent différemment ; il demeure que leurs manifestations variables ne suppriment leur nature. C’est dans ce monde désorienté par tant de réalités, terrorisme, incidences des phénomènes climatiques, dont les pandémies que le peuple ivoirien fracturé est appelé à vivre. Si les ivoiriens n’y prennent garde, un moment viendra quand ils ne seront pas assez liés et unis pour faire face ensemble aux plus graves catastrophes à venir, y compris celles résultant des réponses impériales que d’autres plus unis ne manqueront de constituer. Ainsi, ils auront agi exactement comme leurs aïeux, occupés à se battre quand le véritable danger commun se présenta, en étant tous parfaitement désarmés, sans utilité d’aucune puissance acquise en luttant violemment contre ceux qui devaient augmenter ses capacités.

Pour la finalité de conserver le pouvoir ou pour le conquérir, nombre de dirigeants et gouvernants ivoiriens, leurs partis ainsi que leurs partisans qui les créditent de leur confiance ne reculent devant aucun poison social pour y parvenir. De leur part, tout est fait pour que le peuple ivoirien n’existe pas, afin de s’assurer d’être propriétaires de telles de ses parties, comme des bergers disposeraient de leurs troupeaux. C’est ainsi que les difficultés qui se dressent devant leurs tentatives de réaliser leurs buts particuliers sont transformées en difficultés du peuple tout entier, faisant ainsi de sa partie qu’ils s’approprient le peuple tout entier. Le fait est que les problèmes particuliers à travers lesquels ils privatisent le problème du peuple ivoirien constituent leurs moyens par lesquels ils parviennent à maintenir ces parties ainsi passionnellement divisées du peuple comme des troupeaux de moutons dont ils sont les bergers. L’existence même d’un problème du peuple ivoirien représente alors leur plus grande crainte. Sa recherche implique pour les ivoiriens de se retrouver, au delà de leurs passions, pour en discuter et le poser ainsi que pour tenter de lui trouver des solutions communes. Ce sont là autant de circonstances au cours desquelles les ivoiriens peuvent s’affranchir des tutelles en surmontant les passions par lesquels ils sont faits des troupeaux. Des ivoiriens qui placeraient leurs esprits souverains au fondement de leurs déterminations politiques risqueraient alors de vider les bergeries politiques. C’est là un grave danger que ne veulent pas courir des bergers politiques qui les ont conduits jusque là, en s’appuyant sur leurs passions comme d’aiguillons ou bâtons de bergers. C’est ainsi que la confusion volontaire entretenue entre les difficultés particulières se présentant à tels ou tels partis politiques et celles du peuple tout entier vise soit à conserver le pouvoir, soit à le conquérir, en tentant d’agir comme un peuple. En faisant de leurs difficultés la difficulté du peuple tout entier, c’est une manière de procéder comme s’ils représentaient le peuple et agissaient à sa place. Mais, là n’est pas le plus grave.

Cette procédure est hautement socialement toxique, dès lors qu’agissant comme le peuple tout entier, ils s’autorisent à exercer sa souveraineté. Il en résulte le droit qu’ils se donnent, comme tout peuple, de s’affranchir des règles communes devant assurer la cohésion et l’unité dès l’instant que son existence même lui semble en jeu. C’est en cela nombre de dirigeants enferment les ivoiriens, prisonniers de leurs passions. La passion amène à faire de la détention, conservation ou conquête du pouvoir le moyen de vivre libres et dignes dans la société ivoirienne. Elle implique de faire de ses contemporains membres de la société commune les ennemis à combattre pour lesquels la détention du pouvoir constitue le moyen impératif et absolu pour y parvenir. La passion conduit aussi à voir un problème dans la candidature du président Ouattara quand il y en a aucun, alors que ce qui est véritablement redouté à travers elle, est la claire conscience de la possibilité que d’autres membres de la société ne tiennent aucun compte des règles communes et qu’ils lui accorderont leurs scrutins en vue de le réélire pour la seconde fois ou encore que les scrutins d’autres ivoiriens soient usurpés. En réalité, l’intériorisation du fait de ne pas vivre ensemble avec des ivoiriens qui lui donneraient en conséquence leurs suffrages, malgré la règle interdisant sa rééligibilité une seconde fois, a amené à des initiatives malheureuses visant à anticiper ces réalités. Parmi ces anticipations hasardeuses figurent celles de n’accorder aucun crédit à leur tour à cette règle commune, dont ils redoutaient qu’elle ne fasse autorité aux yeux de ces autres ivoiriens.

Si les ivoiriens de quels que bords partisans qu’ils se trouvent sur le fondement de leurs passions aspirent à être libres et dignes, ils n’y parviendront qu’avec l’existence d’un peuple ivoirien et non pas en se constituant prisonniers de leurs passions et de ceux des dirigeants qui en usent pour faire d’eux leurs troupeaux politiques. Faute de cela, ils sont condamnés à errer de passions en passions, enfermés dans des groupes partisans politiques déterminés par des passions semblables, avec d’autres membres avec lesquels ils partagent les mêmes passions. Le peuple ivoirien a jusque-là résisté à l’entrainement dans la violence la plus totale. De plus en plus éclairé et conscient de ce jeu mortel, il  va finir par se rendre compte de la voie dangereuse sur laquelle ceux qui guident sa marche historique le conduisent depuis plus de 30 ans. Mais, à n’en pas douter, il a besoin du courage devant la vérité de ceux des ivoiriens que la dire n’effraient pas. C’est ainsi qu’il constituera sa force et qu’il lui sera alors possible de recouvrer son unité fracturée avec soins par ses guides. Dès lors, il sera en mesure de sanctionner sévèrement les prestidigitateurs ou illusionnistes de la noble politique, ainsi que les sophistes, les hypocrites, imposteurs et les fourbes de tous bords qui trompe, dupent, leurrent et mystifient les ivoiriens. Cette perspective n’aura une possibilité de réalisation que si le plus grand effort est fait pour nourrir l’esprit du peuple et sa faculté de jugement afin de le rendre chaque jour davantage libre de ses choix.

Conclusion

Qu’ils soient partisans de tel régimes au pouvoir ou partisans de telle opposition à ce régime à telle époque historique, si les ivoiriens ne sont pas prêts à se battre ensemble pour la république, à savoir pour leur liberté et égalité politique et pour mener collectivement une économie de réduction de leurs difficultés communes de vivre, ce n’est certainement pas une appropriation brutale du pouvoir, ni un coup d’État institutionnel ou militaire réalisé par tel régime ou telle opposition qui résoudra la question de leur choix. Rien n’empêche tels ivoiriens de juger et de condamner tels régimes au pouvoir ou telles oppositions à ces régime. Mais critiquer et condamner ne suffisent pas ; il faut surtout chercher à comprendre leurs actes, objets des condamnations. Certes, pour nombre d’ivoiriens, le temps n’est pas à la raison mais au règne des passions et des émotions. Ce temps n’est pas à chercher à comprendre, mais à riposter avant de chercher à comprendre ce qui agresse à juste titre selon eux et encore moins à se l’expliquer. Pourtant, même au milieu du chaos, seule la quête de vérité permet de supporter la circonstance et d’en sortir.

Depuis 1993, les faits montrent que de fait, tel régime au pouvoir et son opposition sont la même réalité. L’opposition devient le régime au pouvoir en détenant et exerçant ce dernier selon l’issue de leurs affrontements brutaux, bien sûr avec la contribution partisane et passionnelle des ivoiriens eux-mêmes. Quant à tel régime d’hier, il devient l’opposition aujourd’hui en quête du même pouvoir qu’il détenait hier, sans que les ivoiriens ne mesurent ce qu’elle en a fait, autrement que de constater l’éloignement continu des ivoiriens les uns des autres. Peut-être qu’une autre opposition est nécessaire au régime et à son opposition. Depuis 1993, ils tournent autour du pouvoir dans une sorte de danse funeste dans laquelle ils entraînent les parties du peuple ivoirien, jouant avec leur passions.

Ces 30 dernières années, les régimes et oppositions successifs n’ont pas fait mieux que briser la cohésion et l’unité fragile du peuple, que de convoquer les aspirations passionnées de vivre libres des ivoiriens. Quand on constate que toutes ces sollicitations n’ont pas encore conduit les parties du peuple ivoirien au pire, on est heureux de faire l’hypothèse que les ivoiriens ont une force d’esprit insoupçonnable. C’est leur principal atout pour tenter de raccommoder les liens distendus par trois décennies de fureurs passionnées. La république de Côte d’Ivoire est un projet ainsi que son peuple dont Félix Houphouët-Boigny n’a fait qu’initier la possibilité de son existence. Les ivoiriens savent qu’un homme ne crée pas tout seul une république contrairement à ce que certains d’entre croient. Houphouët-Boigny n’a pas généré une république et un peuple dont certains seraient propriétaires. Le plus dur reste à bâtir. Sa république ne pouvait survivre durablement à sa mort ; une explication à cela existe : la république de Côte d’Ivoire n’est encore parvenue à être la république du peuple ivoirien. De 1789 à la VIe république française en 1958, que d’affrontements concernant la manière dont la société devait être organisée et les relations de ses membres s’établir.

La république de Côte d’Ivoire, son peuple, l’âme de ce peuple, ainsi que les valeurs en lesquelles ses membres croient profondément sont à bâtir sans cesse ; ce seront les œuvres du peuple ivoirien, son histoire. Quand les ivoiriens seront à cette étape, il n’existera sans aucun doute plus un double ordre institutionnel, l’un national et démocratique, fondé sur la liberté et l’égalité politique de ses membres et l’autre monarchique, au niveau local, adossé à l’inégalité sociale et politique. Voici certainement le travail qui attend le peuple ivoirien : la fondation d’un ordre social et politique unique ; c’est le travail de son existence. Tels régimes au pouvoir selon les époques et leurs oppositions n’ont de rôle dans ce travail de la vie de la société ivoirienne que d’y contribuer dans le cadre des choix souverains du peuple ivoirien. C’est insupportable de constater que ces guides égarent davantage le peuple ivoirien qu’ils ne canalisent et ne concentrent sa puissance pour réduire ses difficultés de vivre.

Serait-ce trop demander à la nouvelle génération d’ivoiriens que de ne pas croire devoir refaire la Côte d’Ivoire ? Avec humilité, elle doit savoir qu’elle ne la refera pas, en particulier ceux de ses membres qui n’ont d’horizon de relations avec les autres que de les dominer, qui ont foi en l’inégalité sociale et politique. Mais, sa tâche peut-être plus grande encore : préparer l’avenir. Après plus de trente années de risques d’implosion, sa tâche consiste à empêcher que des prestidigitateurs et autres mystificateurs en tous genres de la noble politique ne conduisent à sa défection. (6) Voici la mission collective de cette génération : sauver de la ruine, l’espace d’économie collective de la réduction des difficultés de vivre du plus grand nombre de ses membres que nous désignons par la Côte d’Ivoire. Demain, des multitudes d’ivoiriens sauront donner à cet espace une signification plus heureuse et plus honorable.

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(1) Boris Bajanov, “Bajanov révèle Staline – Souvenirs d’un ancien secrétaire de Staline”, Collection air du temps Gallimard, 1979

(2) Paris Match, “Exclusif – Alassane Ouattara “Les candidatures de Soro et Gbabo relèvent de la provocation”,  publié le 04 octobre 2020 URL : https://www.parismatch.com/Actu/International/Alassane-Ouattara-Les-candidatures-de-Soro-et-Gbabo-relevent-de-la-provocation-1703986

(3) Milena Jasenska, “Vivre, reportages politiques 1937-1939”, Collection “Bibliothèques”, Editions 10/18

(4) Cap Magazine, “Mariam Traoré : « nous resterons au pouvoir pendant 50 ans, après Ouattara, on va choisir un autre. »”, novembre 19, 2020 URL : https://cap-mag.com/mariam-traore-nous-resterons-au-pouvoir-pendant-50-ans-apres-ouattara-on-va-choisir-un-autre/

(5) Frantz Fanon, “Les Damnés de la terre” – Maspero, 1961

(6) Discours de réception du prix Nobel de littérature, à Stockholm, 10 décembre 1957 (de Albert Camus)

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