CRISE DE LA COTE D’IVOIRE : En quête de ce qui constitue le véritable problème qui se pose au peuple ivoirien.

Certes, des problèmes sont posés ici et là par des ivoiriens comme étant constitutifs du problème du peuple de Côte d’Ivoire. Mais, ceux des ivoiriens qui parviennent à contrôler leurs passions une minute savent que ceux-ci masquent le véritable problème commun aux membres du peuple ivoirien depuis 1990. Depuis 1990, les ivoiriens tentent de résoudre le problème qui se pose à eux. La question qu’ils ne se sont pas encore posée est : quel est-il, telle est l’enjeu ?  Une chose est certaine, le problème de la Côte d’Ivoire et du peuple ivoirien n’est pas la candidature d’Alassane Ouattara, fusse-elle abusive, ni la parodie de sa réélection, fusse-t-elle illégitime. Il n’est pas non plus constitué par la désobéissance civile ni par la création d’un gouvernement parallèle dit Comité national de Transition (CNT). Cela, les ivoiriens qui font preuve de vérité le savent. Voici pourquoi, si les ivoiriens ne veulent pas retourner leurs forces contre eux-mêmes, il doivent se mettre en quête de ce problème. Sur ce chemin, ils constateront que les faux problèmes par lesquels certains parmi eux tentent d’opposer les parties du peuple les unes contre les autres sont en réalité ses poisons mortels. Existe-t-il un seul problème du peuple ivoirien dont la résolution requiert que le peuple et sa constitution, qui est la règle qui doit assurer la cohésion de ses membres, les lier pour réaliser son unité, constituent des obstacles à franchir ?

Les faux problème du peuple ivoirien sont reconnaissables.

Aussi sérieusement qu’ils chercheraient à le poser honnêtement, rigoureusement et sas passion aucune, une grande majorité d’ivoiriens parviendraient à un constat : nombre situations inacceptables, pour tels et tels acteurs ivoiriens et considérées par eux comme constitutives du problème du peuple ivoirien, ne constituent que des sortes d’étincelles ; elles embrasent régulièrement la poudre que leur problème commun soigneusement caché accumule depuis 1990.  En réalité, ils reconnaîtront par conséquent que cette candidature et cette réélection ainsi que toutes les productions qui leur sont liées ne sont constitutives que de réponses particulières à ce problème, de la part du régime Ouattara et de ses partisans, en vue d’accaparer le pouvoir d’une part et, de la part de l’opposition, pour le conquérir, d’autre part. Toutefois, on peut convenir qu’en renforçant et en aggravant le problème réel du peuple, la toxicité de leurs réponses, les fait alors apparaître comme des problèmes du peuple. C’est le cas de cette candidature et de cette réélection, pour l’opposition et ses partisans, qui les perçoivent comme étant le problème du pays quand, pour le régime au pouvoir et ses partisans, ce dernier se manifeste à travers la désobéissance civile et le CNT. Nous nous proposons d’argumenter en quoi ces appréciations du problème du peuple ivoirien procèdent d’une erreur fatale.

Ainsi, face à ce problème commun que toutes les composantes du peuple ivoirien n’ont pas encore collectivement posé ou refusent de le faire pour tenter de le résoudre ou de l’atténuer ensemble, elles ont procédé de manière identique jusque-là depuis 1990 : tentatives de privatisation du problème commun et de le traiter particulièrement. Tour à tour, tels régimes au pouvoir constituant les oppositions d’hier et leurs partisans et leurs oppositions, hier au pouvoir et aspirant aujourd’hui à le détenir, soutenus par leurs partisans ont essayé de lui appliquer leurs réponses particulières, le percevant comme un problème qui se pose à eux seuls. On ne peut pas dire autre chose de leur problème commun, que de constater que l’échec collectif du peuple ivoirien est incontestable.

C’est de cette manière collectivement toxique que depuis 2011, en parvenant au pouvoir dans les conditions que chaque ivoirien sait, Alassane Ouattara et ses partisans ont procédé à leur tour, en détenant le pouvoir convoité depuis 1990 et que ceux qui s’opposent à eux ont fait de leur côté. Il n’y a donc rien de nouveau dans la manière d’aborder ce problème. Dans tous ces développements, la constante est que le peuple et sa constitution qui lie ses membres et organise leurs relations apaisées apparaissent comme des obstacles à franchir pour la résolution des faux problèmes identifiés. Dès lors, le temps est venu de changer de perceptions du problème du peuple ivoirien qu’il doit résoudre. Identifier et poser ensemble le problème commun, voici l’enjeu premier. Qu’est-ce qui distingue le problème commun du peuple ivoirien de tous les autres que des ivoiriens voient partout et en tous et pour lesquels ils appliquent des réponses toxiques depuis 1993 ? Comment le distinguer de ces faux problèmes que les ivoiriens constituant le peuple ne peuvent mettre en commun ? Des repères sont nécessaires pour identifier les faux problèmes du peuple.

Les ivoiriens peuvent reconnaître les faux problèmes du peuple en se posant des questions. Quel est le problème qui se pose au peuple ivoirien à résoudre ensemble par tous ses membres ? Pour répondre à cette question, il convient d’éviter les écueils. Un problème n’est pas toujours là où l’on pense qu’il se situe ni en ce en quoi l’on croit qu’il se trouve. Et puis, il faut éviter de confondre le problème, ses causes, ses manifestations et ses conséquences. Par ailleurs, il convient de considérer que tous les actes posés par les ivoiriens seuls, en groupes ou en communautés, visent soit à tenter de résoudre un problème perçu ou à y réagir. Des faux problèmes du peuple consistent en leurs réponses particulières à tels problèmes particuliers rencontrés ou anticipés et tels que posés par les auteurs de ces actes. Enfin, il faut se garder de faire des acteurs ivoiriens en relation, vivant ensemble dans leur société commune, générant le problème et le subissant le problème lui-même. Ils peuvent agir comme des producteurs des causes du problème, ou alors être ceux qui pensent qu’il les affecte seuls et qui tentent de le résoudre seuls et à leur seule manière.

Une fois ce préalable posé et accepté, nous pouvons le chercher, après avoir convenu d’un peu de méthode. Cette méthode est nécessaire ; car, comment les ivoiriens peuvent-ils identifier le problème commun et s’y accorder sans que rien de ses caractéristiques sur lesquelles ils doivent convenir ne leur permette de parvenir à ce résultat ? Il faut donc décrire et poser comment se présente le problème commun. Un minimum de méthodologie et de pédagogie n’est donc pas de trop. Lorsque, vivant avec tels autres, tels ivoiriens perçoivent un problème et tentent de le résoudre seuls, c’est bien là, une preuve qu’ils le perçoivent comme un problème privé, qui leur est particulier. Ainsi procèdent les parties du peuple ivoirien depuis 1990. Tour à tour, les régimes au pouvoir et leurs oppositions ainsi que leurs partisans respectifs ont fondamentalement procédé pareillement : ils ont privatisé le problème et tenté de le résoudre à leur seule manière. Or, si l’on considère que le problème réside dans les situations inacceptables de la société nées de leurs différentes conceptions et divergences à propos de la manière de vivre ensemble, on ne peut pas affirmer par la suite que ce problème les concerne tous seuls et qu’il est leur problème exclusif ; c’est nécessairement un problème de toute la société ivoirienne. Il y a donc lieu de nous accorder sur le problème à traiter ensemble.

Que disons et cherchons-nous lorsqu’on se pose la question de la nature du problème commun ? On dit qu’on cherche un problème et précisément à le définir. On dit aussi que le problème recherché se pose au peuple ivoirien tout entier et non pas à telles composantes en particulier. Dès lors, un tel problème n’est reconnaissable que parce qu’il se pose au régime au pouvoir et à ses partisans autant qu’à l’opposition et aux siens. Mais pas seulement, car il se pose aussi aux ivoiriens qui ne sont ni partisans de l’une ou l’autre de ces parties du peuple. Bref le problème est commun à tous les ivoiriens constituant ce peuple. Quand tels ivoiriens affirment cela, ils supposent que ce peuple ivoirien affecté par ce problème commun est défini et circonscrit. Autrement, comment peuvent-ils avoir en commun tel problème avec tels autres compatriotes, s’ils pensent qu’ils ne font pas parti de ce peuple ? Ainsi la question du problème commun renvoie à l’existence d’un peuple parfaitement défini et constituant la société ivoirienne. Inutile d’évoquer un problème commun aux membres du peuple qui ne se reconnaissent pas comme tels.

Et qu’entendons-nous par problème ? Nous signifions par là, une difficulté. Elle stoppe ou contrarie la marche historique de la société ivoirienne entière vers une société en État de paix et de progrès continus. Quelle est cette difficulté ? C’est à partir de ce point que nous devons être non seulement attentifs, mais surtout cohérents et rigoureux dans notre quête du problème commun. Nous devons éviter de confondre toutes les situations inacceptables pour les uns et les autres en particulier avec le problème commun, à savoir telle situation est inacceptable pour tous. Il en ressort que toutes situations acceptables pour les uns et pas pour les autres ne peuvent constituer un problème commun, mais des objets de divergences et d’oppositions.

Voici pourquoi, pour poursuivre cette recherche, nous devons d’abord identifier et exclure toutes les situations, certes inacceptables pour les uns ou les autres, mais qui ne constituent pas le problème recherché et qui agissent néanmoins comme des leurres toxiques. A force de considérer et de prendre les faux problèmes pour celui commun à traiter ensemble, les ivoiriens n’en finissent pas de s’égarer. C’est extraordinaire d’observer que le peuple ivoirien paraît être étonné à chaque crise de sa société, comme s’il ignorait qu’il n’avait jamais posé son problème commun, ainsi que tous les problèmes particuliers identifiés et leurs solutions élaborées dans des cadres privées ne pouvaient que les opposer. Il ne peut omettre le fait que comme les solutions particulières qui sont jusque-là appliquées aux faux identifiés ne peuvent lui être qu’étrangères. Les ivoiriens doivent discerner leur problème commun des faux problèmes particuliers qu’ils considèrent, contre toute raison, qu’ils sont le problème de tous. Ils devront alors le poser si clairement que chaque ivoirien ne peut que le reconnaître et en faire le sien aussi. Mais avant, il leur faut reconnaître les faux problèmes qui empoisonnent leur existence ensemble.

Des problèmes identifiés et traités sans le peuple depuis 1990 ne peuvent pas être des problèmes du peuple.

Depuis 1990, des ivoiriens ont cru voir le problème du peuple ivoirien partout et en tout. Ils leur ont appliqué leurs solutions particulière. L’inefficacité de ces dernières à le résoudre montre qu’il ne s’agissait pas du problème commun du peuple ivoirien. Si de leurs points de vue, ils percevaient des problèmes du peuple, ce qu’on peut en dire est qu’il s’agissait de faux problèmes du peuple ivoirien. Ainsi, dès le décès de Félix Houphouët-Boigny, Alassane Ouattara avait cru percevoir le problème du peuple ivoirien. Il identifiait ce problème dans le fait inacceptable à son sens et celui de ses partisans, que le président de l’Assemblée nationale en 1993 (Konan Bédié) achève le mandant du président Houphouët-Boigny, ainsi que le prévoyait la constitution. Sa réponse martiale pour le traiter s’est transformée en un problème pour Konan Bédié et ses partisans et perçue comme telle par eux. A leur tour, leur réponse a consisté alors en le fameux concept de l’“Ivoirité” et en toutes les productions corollaires.

Leur réponse devenue à son tour le problème du point de vue de tous les autres défenseurs auto-proclamés du peuple ivoirien, leur réponse  a été le coup d’État de 1999 suivie d’une parodie d’élection présidentielle en 2000, au cours de laquelle des ivoiriens étaient exclus peut-on ainsi dire, suite à l’exclusion de leurs champions. Cette réponse elle-même a produit un problème pour ses auteurs ou sympathisants ; le problème de l’illégitimité du président Gbagbo eût comme réponse le coup d’État partiellement réussi, suivi de la partition du pays en 2002. Finalement, l’accord de ceux qui ont tenté de privatiser le problème du peuple ivoirien aboutira à leur solution commune en laquelle eux-mêmes ne croyaient guère, tant aucun d’eux ne l’acceptant qu’en étant le vainqueur ou unique bénéficiaire : les élections présidentielles de 2010. En devenant le nouveau problème qu’ils devaient résoudre, la guerre en plein cœur d’Abidjan sera la solution décisive au résultat inacceptable des élections de de 2010 et à l’existence inacceptable de deux présidents. La mise en état de nuire durable – si on ose dire – de certains dirigeants et de leurs partisans orphelins de leur absence complètera cette réponse à ce nouveau problème, en tant que la solution définitive. Finalement, elle ne l’est pas et ne pouvait pas l’être : la solution d’un problème du peuple ivoirien ne peut consister ni aboutir à l’exclusion politique d’une partie du peuple.

Dès lors,  le faux problème du peuple que tant d’ivoiriens croyaient être résolu depuis 2010 par la guerre et la quasi-exclusion d’une partie du peuple, devait alors affleurer en 2018, dès que les élections de 2020 étaient en vue.   Le voici alors complètement réapparu en 2020, sous différentes formes et manifestations. Si les ivoiriens sont honnêtes, ils savent depuis 1993 au moins, que tout ce qui a jusque-là été désigné par le problème du peuple ivoirien ne l’a jamais été. Sauf à continuer de tricher avec leurs esprits souverains, ils savent qu’un problème des uns, qui ne constituent pas le même problème des autres ne peut recevoir la désignation de problème du peuple ivoirien. L’histoire toxique qu’ils produisent collectivement depuis 1993 les invitent alors à rechercher la vérité de leurs êtres. Au lieu d’une telle posture, ils sont encore trop nombreux à continuer de poser des faux problèmes aujourd’hui. Ils continuent de voir le problème du peuple ivoirien partout et en tout dans la crise actuelle, mais sans que n’existe le peuple lui-même pour le définir. Malheureusement pour le peuple ivoirien, ce ne sont pas son problème commun. Examinons donc ces nouveaux faux problèmes du peuple.

Ces faux problèmes du peuple qu’on pointe encore  lors de la crise actuelle.

Tant de faux problèmes ont été vus partout et en tout dans la crise actuelle, mais ceux-ci ne sont pas le problème commun. Le moment est venu de prendre un risque, quitte à choquer mais sans le vouloir, les ivoiriens qui voient des problèmes du peuple ivoirien partout et en tout. Le problème commun du peuple ivoirien ne réside pas dans le fait de la candidature même abusive pour un troisième mandat du président Ouattara, ni dans son élection illégitime. En effet, aussitôt qu’il est dit que ce problème se constitue dans sa candidature jugée abusive et/ou dans sa réélection illégitime et que ces faits sont inacceptables comme tels, une contradiction est immédiatement générée. Nous la développerons ultérieurement.

Cette candidature et cette réélection qui l’a suivie sont constitutive du problème tel qu’il a été identifié par le régime et ses partisans. Examinons donc d’abord la difficulté identifiée par le régime Ouattara et ses partisans que sa candidature et sa réélection doivent résoudre, en tant que leurs solutions particulières. Pour y parvenir, nous devons partir du présupposé que toutes actions humaines visent à résoudre une difficulté : une situation inacceptable. Il en va ainsi de toutes les productions des ivoiriens de ces dernières semaines, en particulier celles du régime au pouvoir et de l’opposition et de leurs partisans. La candidature et la réélection qui agitent le pays et augurent d’une société violente n’y échappent pas. Elles constituent leurs réponses aux difficultés partisanes qu’ils ont identifiées ; quelles sont-elles ? Lors de l’examen de ces faux problèmes, nous les distinguons par leur numéros d’ordre (1, 2, etc…) et par ceux qui les identifient (P, comme Pouvoir : le régime) et O, comme opposition).

Le faux problème commun dont la réponse est la candidature du président Ouattara pour un 3ème mandat : problème n°1P

Le point de départ de la situation calamiteuse et dangereuse actuelle de la Côte d’Ivoire est précisément l’acte de candidature du président Ouattara à l’élection de 2020. Tout ce qui l’a suivi en découle dans un enchaînement où chaque réponse devient problème et ainsi de suite. En posant d’emblée que tout acte posé vise à résoudre un problème identifié, nous parvenons au fait que  la candidature du président Ouattara est en conséquence une réponse particulière à un problème initial (problème n°1P) tel que le régime au pouvoir et ses partisans l’ont perçu et posé.  Comme, nous l’avons déjà indiqué, le problème initial est par conséquent celui dont l’acte de candidature est une réponse. Quel est donc le problème ou difficulté pour laquelle la réponse particulière du régime au pouvoir est la candidature du président Ouattara ?

Il semble que plusieurs problèmes du peuple ivoirien à résoudre exigeaient pour réponse sa candidature. Le premier d’entre eux est l’État de violence, d’absence de cohésion et de paix de la Côte d’Ivoire et d’absence de démocratie, selon le président Ouattara. Il s’est fait un devoir, depuis 1990, d’en faire une démocratie achevée et paisible qui rayonne. Il ne pouvait laisser le peuple ivoirien dans cette situation inacceptable que lui seul pouvait régler ainsi qu’il l’exprime dans son acte de candidature : (…) nous avons un bilan, un projet et une vision pour notre pays. Nous devons continuer de renforcer la paix, la stabilité, la cohésion sociale et le rayonnement de notre pays.” (1) Selon lui, depuis 2011, il est parvenu à apaiser le pays qui n’a pas connu de paix depuis 1993. « Depuis la mort d’Houphouët, le pays n’a pas eu de tranquillité jusqu’à ce que je vienne au pouvoir » (2), ainsi s’exprimait le président Ouattara dans un discours qu’il a prononcé au congrès du RHDP-RDR, le samedi 26 janvier 2019. Il omettait soigneusement de souligner que le pays ne pouvait être en paix dès lors que son état permanent violence correspondait à sa lutte violente en tant que l’un des acteurs principaux, pour détenir et exercer le pouvoir.

Bref, balayant ce fait, il pense qu’il doit rester au pouvoir pour ne laisser aux ivoiriens qu’un pays complètement bâti, sans plus rien d’autre à y faire, par les générations à venir, pour le progrès des ivoiriens sinon qu’à profiter paisiblement des richesses qu’il a produites et accumulées. Et, il était certain d’être réélu au premier tour des élections. C’est exactement ce qui vient de se passer. Si l’absence inacceptable de paix et de cohésion du peuple constituaient la difficulté que toute son œuvre politique, en particulier sa candidature abusive devaient résoudre, on peut au moins dire que l’échec est total : les réponses du régime ne sont parvenues qu’à faire du peuple ivoirien, la victime en accroissant sa division et en occasionnant des meurtrissures à nombre de ses membres, pire encore, en faisant surgir dans la société, la barbarie dont elle pensait en être éloignée.

En définitive, quand à la place de la paix et et de la cohésion sociale, les ivoiriens hument malgré eux l’odeur du sang des hommes qu’on tue, souffrent des souffrances de ceux qui échappent à la mort et qu’on prive de leurs libertés et qu’ils découvrent avec effroi des têtes ensanglantées servant de ballons d’un football macabre, tout cela montre qu’on en est loin de la finalité poursuivie par le régime et ses partisans. Ainsi, des faux problèmes du peuple et leurs fausses solutions peuvent aggraver plus le problème du peuple et l’empirer plutôt qu’à le réduire.

Une autre difficulté du peuple ivoirien qui rejoint la précédente a été identifiée par le régime Ouattara ; il s’agit de l’absence inacceptable d’hommes ou dirigeants compétents en Côte d’Ivoire pour diriger ce pays, en dehors d’Alassane Ouattara. La résolution de cette difficulté qui semble se poser au peuple ivoirien paraissait impérative au président français. Dans un entretien qu’il a consacré à Jeune Afrique, Emmanuel Macron l’exprime ainsi : “Je pense vraiment qu’il s’est présenté par devoir. Dans l’absolu, j’aurais préféré qu’il y ait une autre solution, mais il n’y en avait pas”. Ce qui fait dire à Benoît Hilli  qu’“Il s’est présenté par devoir. Il n’y avait pas une autre solution”  (3) Le président Ouattara devait servir le peuple ivoirien quand personne d’autre n’était assez compétent pour le faire à sa place ; il n’a ni abusé le peuple, ni sa constitution, dès lors que c’était pour son bien. On peut douter de l’intérêt de cette candidature pour le peuple ivoirien dès lors que l’existence de celle-ci nie ce qui doit précisément assurer sa cohésion, à savoir sa constitution, et qu’au contraire elle engage le pays sur la voie de la division du peuple et de la violence.

Emmanuel Macron, le Président de la République française, s'est prononcé au sujet de la candidature du Président Ouattara. (Dr)

Emmanuel Macron, le Président de la République française, s’est prononcé au sujet de la candidature du Président Ouattara. (Dr)

 La candidature du président Ouattara devait, semble-t-il, constituer le moyen de sauver le peuple ivoirien de sa médiocrité et pauvreté inacceptable en dirigeants capables de gouverner la Côte d’Ivoire, en dehors du président Ouattara. Cette insulte faite au peuple ivoirien est valable autant pour ses partisans que pour ses opposants. Cette sortie du président français conforte la vanité exprimée par le président Ouattara, dont le désir est non dissimulé : être “Le Meilleur” d’entre tous les dirigeants ivoiriens de son époque qu’il a combattus et vaincus, ainsi qu’il entend que ses partisans le désignent et que les ivoiriens gardent de lui ce souvenir pour la postérité. Le peuple ivoirien appréciera le fait que le président français, qui agit pour l’intérêt supérieur de son peuple, partage l’avis d’Alassane Ouattara selon lequel il est le sauveur du pays. Quand il mettra cela en rapport avec la circonstance historique du pays depuis 1990, le peuple ivoirien comprend que ce n’est pas son intérêt qui est en jeu dans cette réponse que constitue sa candidature abusive en vue d’accaparer le pouvoir.

En outre cette réponse de sa part et de son régime ainsi que de leurs partisans devait résoudre une autre difficulté : sa situation personnelle inacceptable d’insécurité et d’indignité hors du pouvoir, dès l’instant qu’il est persuadé que nombre d’ivoiriens ne lui veulent pas du bien et de nul d’entre eux ne le protègera, en particulier s’il ne disposait pas du pouvoir pour le faire. Dès lors, c’est en y restant pour garantir sa liberté et sa dignité, jusqu’à la mort qu’il y parviendra. Le risque inacceptable de ne pas être protégé par le peuple ivoirien explique en partie sa réponse formulée à travers cette candidature. Cette difficulté personnelle s’additionne avec celle inacceptable de ses partisans dès lors qu’avec eux ils ne détiennent pas le pouvoir. N’est-ce pas pourquoi, le projet de conserver le pouvoir durablement est ainsi formulé : ”Nous resterons au pouvoir pendant 50 ans, après Ouattara, on va choisir un autre président “ (4)

Ainsi, quoi que fût la difficulté supposée du peuple ivoirien identifiée par le régime Ouattara, dès lors que la réponse qu’il lui apporte justifie une solution consistant en l’abus de la constitution et de l’ignorance d’une grande partie du peuple ivoirien, chacun comprend alors qu’il ne s’agit pas d’une difficulté du peuple ivoirien tout entier, mais particulière. La véritable question en rapport avec cette candidature abusive est alors : pourquoi une partie du peuple abusé trouve-t-il un intérêt dans cet abus en donnant son soutien à ses auteurs ? Et qu’y gagne-t-elle en comparaison de son prix : sa distension avec l’autre partie qu’elle ne peut ignorer ? C’est en analysant cette question que certains propos qui échappent de tels ou tels partisans du régime au pouvoir prennent tout leur sens et présente un intérêt pour cette quête. Pourquoi le pouvoir et ses partisans veulent-ils accaparer par tous les moyens le pouvoir pendant 50 ans comme ils l’annoncent et prendre ainsi le risque d’une fracture durable du peuple ivoirien ? La politique du rattrapage ethnique nous met sur la piste de la réponse à cette question.

Depuis la détention et exercice du pouvoir en 2011, le président Ouattara et ses partisans ont décidé de mener cette politique. Face aux difficultés communes de vivre, Elle consiste à favoriser ses partisans, une partie du peuple donc, en vue d’alléger la pesanteur de ces difficultés sur les vies de ses membres et pour rattraper les difficultés vécues dans le passé dont ils souffrent encore. Chaque ivoirien doit comprendre que le président Ouattara et ses partisans conçoivent la détention du pouvoir et son exercice comme le moyen de réduire leurs seules difficultés de vivre. Dès lors, ils n’ont aucune autre réponse pour y parvenir que de détenir et d’accaparer le pouvoir que tout le peuple ivoirien représente. Sa candidature abusive trouve en cela sa justification ; c’est la réponse du régime Ouattara et de ses partisans aux difficultés auxquelles ils font face, pareillement à l’ensemble des membres du peuple cependant. De ce point de vue, entre eux et le pouvoir à accaparer se trouve le peuple ivoirien et sa constitution censée assurer sa cohésion. Se présentant alors comme une contrainte à surmonter, l’abus de la constitution à travers cette candidature, permet alors d’abolir le peuple et son unité. C’est ainsi que n’existant plus, le pouvoir qu’il représente néanmoins peut être martialement détenu ou avec vices, avec le soutien de la fraction partisane du peuple.

Il résulte de tout cela que le problème commun du peuple ivoirien est privatisé par ce régime et ses partisans. Ils en ont fait les difficultés qui les affectent seuls et pour lesquelles la détention du pouvoir est le moyen de la résolution. Tant que cette détention relevait d’un processus ordonné par la constitution, une grande partie du peuple acceptait cette réponse, certes particulière et cavalière. Mais, dès l’instant où cet ordre est rompu par cette candidature abusive, le conflit est inévitable, à défaut que la divergence entre parties du peuple sur ce point n’ait pu trouver une solution raisonnable. Mais, ce conflit constitue-t-il néanmoins le problème commun du peuple ? Nous explorerons ultérieurement cette piste.

C’est donc pour résoudre tous ces problèmes faussement supposés d’un peuple ivoirien, que leurs actes tendent précisément à abolir l’existence, que le président Ouattara et son parti ont décidé de poser sa candidature aux élections de 2020. A l’évidence, ils l’ont posée en sachant que la règle qui doit lier ensemble les membres du peuple et assurer leur cohésion ne tolère pas une seconde réélection. Ainsi, ils pensent savoir ce qui à leur sens constitue le peuple ivoirien : sa part partisane qui s’accommoderait de l’abus de la règle et leur accorderaient ses scrutins, à savoir celle pour laquelle la constitution n’a aucune valeur. Chacun comprend bien que leurs solutions particulières consistent en une manœuvre politique et juridique ayant pour finalité d’aboutir à la conservation du pouvoir. La détention du pouvoir, même abusivement et de façon illégitime, leur apparaît comme étant le moyen ou la solution permettant de réduire le problème tel qu’ils l’ont identifié et en ont fait leur problème. En présentant néanmoins cette réponse comme ayant pour finalité d’asseoir la démocratie en Côte d’Ivoire et de procurer la paix au peuple ivoirien, leur réponse particulière est affichée comme une réponse commune à un problème commun du peuple ivoirien : l’absence inacceptable de démocratie, de cohésion du peuple, de paix, etc… que toutes leurs productions aboutissent précisément à renforcer : conquête violente du pouvoir, rattrapage ethnique, conquête et détention illégitime du pouvoir. Il convient tout simplement de conclure que le problème du peuple ivoirien ou les difficultés identifiées par le régime, dont la candidature abusive en est l’une des solutions ne peuvent constituer le problème de tout le peuple ivoirien.

Pour autant, les ivoiriens qui font de leur réponse particulière (candidature abusive) le problème du peuple ivoirien ont-il raison de penser l’avoir identifié en cette candidature ? En d’autres termes, la candidature abusive du président Ouattara constitue-t-elle le problème du peuple ivoirien tout entier ? Examinons cette question.

Le faux problème commun de la candidature du président Ouattara pour un 3ème mandat : problème n°1O

De son côté, l’opposition et de ses partisans ont identifié le problème du peuple ivoirien dans l’existence même de cette candidature. Leur première réponse à ce problème qu’ils ont a identifié a consisté en la requête de l’opposition en annulation de la candidature du président Ouattara, déposée auprès du Conseil constitutionnel. Considérant que le fait même que le président Ouattara pose sa candidature est inacceptable, l’opposition et ses partisans sollicitent l’arbitrage du Conseil constitutionnel, pour leur donner raison et résoudre ainsi le problème n°1O tel qu’ils l’ont identifié et posé. Le fait qui semble avoir échappé à tous est que la Cour constitutionnelle n’était pas encore compétente pour se saisir de cette question de la candidature, puisque ce n’est pas l’objet de l’article 55 de la constitution. Pourtant, cette Cour a néanmoins rendu une décision défavorable à l’opposition, sans être compétente à ce stade pour le faire. De plus, ses arguments fallacieux, bien que faisant autorité en république, étaient politiquement discutables. La réponse de cette Cour à la requête de l’opposition et de ses partisans leur permettra de confirmer  l’existence de ce problème, tel qu’ils l’ont posé.

C’est ainsi que la décision du Conseil constitutionnel faisant suite à la requête devient un autre problème pour l’opposition : elle conçoit la décision du Conseil comme une situation inacceptable pour le peuple ivoirien (problème n°2O). En effet, qu’il s’agisse de la candidature jugée abusive, de l’autorité de l’institution judiciaire et de son arrêt, en étant toutes inacceptables pour l’opposition, elles constituent des problèmes du peuple ivoirien à résoudre. Alors même qu’une partie de ce même peuple accepte ces situations, peuvent-elles constituer des problèmes du peuple, sans qu’aussitôt, une contradiction n’apparaisse et ne souligne le caractère particulier de ces problèmes ?

Voici pourquoi, si l’existence de ces problèmes particuliers posés par l’opposition et ses partisans existent, ils ne peuvent pas en faire des problèmes du peuple ivoirien, sans aussitôt exclure ces ivoiriens qui n’y en voient aucun. Dès lors que ces problèmes ne peuvent être mis en commun, les solutions de l’opposition et de ses partisans ne peuvent être de leur côté que particulières. Les réponses de l’opposition à ces problèmes consisteront en boycott et en désobéissance civile active, après l’échec de la recherche d’une solution au plan juridique. Quelle est la nature de cet acte de l’opposition, pour le régime au pouvoir, au point de vue du problème commun ? Le régime et ses partisans en font un problème du peuple ivoirien et le traitent comme tel. Mais, un tel problème peut-il être celui du peuple ivoirien tout entier, quand précisément l’autre en fait sa solution à ce problème ? C’est ce que nous allons voir.

Le faux problème commun constitué par le boycott et la désobéissance civile : problème n°2P

Comme nous venons de l’analyser, le boycott des élections et la désobéissance civile constituent des réponses particulières de l’opposition et de ses partisans à des problèmes particuliers qu’ils posent ainsi : la candidature d’Alassane Ouattara pour un 3ème mandat leur est inacceptable (problème n°1O) ; l’autorité et la décision du Conseil constitutionnel leurs sont inacceptables (problème n°2O). Cette réponse de leur part a produit une conséquence inattendue, à défaut d’avoir pu empêcher totalement que l’élection ne se tienne ainsi que tous les ivoiriens d’exercer leurs droits : elle a précisément facilité la réélection du président Ouattara au premier tour de l’élection. Ainsi, contrairement à leurs attentes, il a résulté de leurs réponses particulières (boycott et désobéissance civile active) à leurs problèmes particuliers initiaux la croissance de ces derniers qui deviennent alors : la réélection inacceptable du président Ouattara ou l’inacceptabilité d’une réélection illégitime ; c’est le problème n°3O de l’opposition et de ses partisans.

De l’autre, ces réponses particulières de l’opposition sont apparues pour le régime au pouvoir comme le problème du peuple ivoirien, en réalité son problème n°2P, auquel il opposera ultérieurement une réponse. Rien dans le boycott et la désobéissance civile ne peut constituer un problème commun, quand précisément des ivoiriens tentent de le faire disparaître en s’attaquant violemment à leurs auteurs. Une difficulté qui met aux prises les parties du peuple ivoirien au lieu de constituer une raison de se rassembler pour la résoudre ne peut être un problème du peuple tout entier. Avant d’examiner la signification au point de vue du problème du peuple ivoirien de la réponse du régime au problème tel qu’il le perçoit désormais, analysons le sens de la réélection du président Ouattara pour l’opposition. Elle en fait de son côté le problème du peuple ivoirien. En quoi l’est-il plus que tout ce que nous venons d’analyser ?

Le faux problème commun de la réélection illégitime et inacceptable du président Ouattara : problème n°3O

La réélection inacceptable du président Ouattara, car jugée illégitime, constitue le problème n°3O de l’opposition. Après que les solutions particulières de l’opposition aient échoué à résoudre ses problèmes particuliers initiaux (candidature, autorité et décision du conseil constitutionnel  inacceptables), le président Ouattara est réélu. Avant de devenir leur problème n° 3O à résoudre, la réélection facile du président Ouattara a d’abord pour cause facilitatrice la réponse initiale de l’opposition et de ses partisans. Cette réponse a contribué en réalité à précipiter l’existence effective de la circonstance dans laquelle l’article 55 de la constitution était applicable : la réélection du président Ouattara pour la seconde fois qui manifestait l’infraction commise et avéréé. Passons donc les conditions dans lesquelles l’élection est intervenue et la question de la légitimité de son résultat.

Ils ont tiré une conséquence de l’illégitimité de cette seconde réélection : elle se manifeste sous la forme d’une autre réponse particulière, le Comité National de Transition (CNT), dont nous analysons ci-après la nature problématique pour le régime au pouvoir. De même que la réélection même illégitime du président Ouattara n’est pas le problème du peuple ivoirien tout entier, la création d’un gouvernement parallèle ne l’est pas non plus, contrairement à la perception du régime au pouvoir.

Le faux problème commun de la création inacceptable du Comité National de Transition (CNT) : problème n°3P

L’opposition et ses partisans ont décidé de résoudre leur problème  n°3O (la réélection inacceptable du président Ouattara pour un troisième mandat) à travers une nouvelle réponse particulière : le refus de reconnaître le pouvoir qu’ils considèrent comme étant illégitime. Leur réponse s’est manifestée et s’est traduite par la création du Conseil National de Transition (CNT). Pour le régime au pouvoir et ses partisans, cette nouvelle réponse particulière de la part de l’opposition (le CNT) s’additionne au problème particulier n°1P qu’ils ont identifié et le renforce. Le CNT, inacceptable en tant que gouvernement parralèle et concurrent constitue le problème particulier n°3P. Ils y apporteront leur solution particulière : les poursuites et arrestations de dirigeants de l’opposition, perçues alors par l’opposition comme un nouveau problème n° 4O. Mais, ce problème comme tous les précédents n’est pas le problème du peuple ivoirien, mais celui particulier des parties du peuple, reconnaissant, acceptant et soutenant chacune un gouvernement différent (régime Ouattara d’une part et CNT d’autre part).

Des parties opposées du peuple et non liées par une règle, qui assure leur cohésion et unité et que toutes ignorent, ne forment pas un peuple. En conséquence, les problèmes que chacune d’elles identifient unilatéralement et sans aucune volonté de mettre en commun, ne peuvent pas constituer  ceux d’un peuple qui n’existe pas, mais des problèmes particuliers. C’est encore le cas des poursuites et arrestations présentées par l’opposition et ses partisans comme un problème du peuple ivoirien.

Le faux problème commun des arrestations et poursuites de membres de l’opposition : problème n°4O

Outre les actes ignobles et barbares attribués à des partisans du régime Ouattara, le régime et ses partisans traitent leurs problèmes constitués par la désobéissance civile et la création du CNT, par une réponse judiciaire. Pour l’opposition et ses partisans, ces réponses particulières du régime au pouvoir consistant notamment en des poursuites et arrestations de certains de leurs dirigeants sont inacceptables et, à ce titre, représentent un nouveau problème (problème n°4O) à  résoudre. Comme tous les autres problèmes qui précèdent, on peut lui appliquer les mêmes arguments qui contestent sa nature de problème du peuple ivoirien. Fébriles, les ivoiriens sont dans l’attente de la solution particulière de l’opposition et de ses partisans à appliquer à ce nouveau problème supposé du peuple qu’ils ont identifiés.

Une suite, comme depuis 1993 ?

On ne peut passer sous silence les violences et les crimes qui ont émaillé ces tentatives hasardeuses de traiter le problème ivoirien alors que manifestement aucuns ivoiriens seuls ne pouvaient en donner une définition acceptable par tous. Ainsi des réponses particulières ont été appliquées à des problèmes particuliers et non au problème du peuple ivoirien, lequel peuple ne pouvait exister en raison des efforts faits pour empêcher d’exister. Sans savoir comment tout cela va se terminer, on peut d’ores et déjà énoncer néanmoins que des perspectives de  fausses résolutions sont déjà en vue ou espérées : le coup d’État que certains espèrent et/ ou alors des négociations entre parties, encore une fois, sans le peuple ivoirien. En effet, les perspectives de développement de cet enchaînement de problèmes particuliers, de conséquences et de réponses particulières ne peuvent que consister en violence et en successions de réponses particulières aussi toxiques les unes que les autres, elles-mêmes aussitôt traitées comme des problèmes particuliers.

Nombre de partisans de l’opposition et les ivoiriens scrutent l’avenir, espérant pour les uns et redoutant pour les autres l’avènement d’une réponse particulière consistant en un coup d’État dont des acteurs eux-mêmes n’ont pas évité d’encourager l’intervention. Il convient de le dire tout de suite et avec force ; une réponse consistant en un coup d’État mettra sans doute un terme temporaire aux faux problèmes du peuple ivoirien identifiés par les deux parties. Mais, les ivoiriens le savent en raison d’en avoir déjà fait l’expérience : une telle réponse ne sera pas une solution commune au problème commun du peuple ivoirien. Dès lors, une réponse qui n’est pas commune au régime au pouvoir et à son opposition et leurs partisans respectifs, ne être leur solution à toutes les deux, encore moins et à fortiori une solution du peuple ivoirien. En effet, une solution qui n’est ni commune aux deux partie, ni aux nombreux ivoiriens pas nécessairement partisans de ces deux parties passionnées, ne peut constituer une solution efficace et durable au problème de la société ivoirienne. C’est une évidence qu’une solution qui exclut au lieu de rassembler ne peut consister en une solution commune jusqu’à devenir une solution du peuple à son problème. Ainsi, comme depuis 1993, il pourrait en résulter une exclusion politique de dirigeants et avec eux leurs partisans de la communauté nationale constituant le peuple. Un tel aboutissement mettra assurément un terme temporaire à la succession de problèmes particuliers traités particulièrement, mais sans que jamais le problème du peuple ivoirien ne soit abordé. Il sera alors nourri par ces faux problèmes communs et leurs fausses réponses communes, jusqu’à ce qu’il affleure à nouveau ultérieurement, à défaut d’avoir été réduit efficacement et durablement.

Dans l’attente d’une nouvelle réponse de leur part par l’opposition et ses partisans, pour briser le statu quo, le régime au pouvoir et ses partisans ont de leur côté pris une initiative, sans doute conseillés par leurs soutiens extérieurs. Elle s’est traduite par la rencontre le 11 novembre 2020 entre le président Ouattara et le président Bédié. A ce sujet, on entend des observateurs et acteurs ivoiriens pointer la volonté du président Ouattara de semer la zizanie dans l’opposition et de la diviser, comme si les dirigeants de l’opposition étaient eux-mêmes unis et ne poursuivaient aucun but particulier. Ce n’est pas le lieu de discuter des modalités de cette rencontre, ni des propos d’ivoiriens qui préfèrent toujours accuser les autres et ce qu’ils font plutôt que d’interroger leurs propres actes. Que signifie cette rencontre au point de vue du problème commun du peuple ivoirien ? Est-ce une solution du peuple ivoirien à son problème qui n’est défini par aucun de ceux que nous venons d’analyser ?

En tous cas, la fausse réponse commune de la perspective de négociation pouvoir-opposition est une des solutions initiées. La rencontre entre le président Ouattara et le président Bédié n’a qu’une finalité : faire chuter la tension dans le pays et initier la possibilité d’une discussion entre le régime au pouvoir et son opposition et les parties partisanes du peuple ivoirien qui les soutiennent. A l’évidence, un chemin de type Linas-Marcoussis ou du type des médiations intervenues entre 2005 et 2010 risque d’être pris encore une fois. On évoque un dialogue inclusif entre dirigeants ivoirien, comme si la circonscription du dialogue aux seuls ivoiriens suffisait à en faire une réponse efficace. Bref, comme en 2002, une solution commune au régime au pouvoir et à son opposition est en cours d’initiation, pour tenter de résoudre leurs divergences et sujets de conflit. Quoi que les ivoiriens puissent en penser, ils doivent être alertés.

A quelque époque que soit, il n’existe pas de problème commun du peuple ivoirien qui puisse être résolu que par quelque régime au pouvoir et son opposition, à l’exclusion du peuple lui-même et sans qu’il ne participe à sa définition et à l’identification de solutions pour le traiter. Le peuple ivoirien doit se dire la vérité : les sujets de divergences entre les deux pouvoirs symboliques n’ont jamais constitué le problème commun. Et, si leurs solutions particulières ou communes parfois, identifiées et mises en œuvre depuis 1999 pouvaient réduire ce problème, le peuple ivoirien ne serait pas encore une fois dans une circonstance de crise qu’ils ont générée. Les ivoiriens, partisans de quelque bord qui soit, se rendent bien compte que tout ce qui a été fait depuis 1993 jusqu’à présent a surtout produit les conditions pour que ne puisse exister un peuple ivoirien souverain, mais surtout pour permettre à ses parties de se disputer l’honneur d’être seule le peuple et d’usurper sa souveraineté. Bien entendu, régimes et oppositions y sont parvenus avec les soutiens et contributions actives des fractions partisanes du peuple. Comme eux, ces fractions ont pris parti pour l’un et l’autre, mais pas le parti du peuple souverain tout entier, de sa cohésion et de son unité ; chaque fraction agit et se présente comme étant le peuple à elle seule.

Ainsi, on peut observer, s’agissant de tout ce qui précède, que les solutions des uns à tels problèmes qu’ils ont identifiés constituent les problèmes identifiés par les autres, auxquels ils appliquent à leur tour telles solutions, devenant les problèmes et ainsi de suite. Un premier constat s’impose alors : le problème commun du peuple ivoirien peut-il être l’un de ceux que nous venons d’analyser ? A l’évidence, non. Mais cela ne suffit pas. Il nous faut fournir les arguments de cette réponse de telle manière que chaque ivoirien puisse se faire sa propre raison. Le chemin le plus court est d’examiner les caractères semblables qui font de tous ces problèmes des faux problèmes du peuple ivoirien. Voici ce que l’on peut dire de ces problèmes particuliers, en prenant appui sur le problème fanion de la candidature abusive inacceptable.

Caractères communs de fausseté des problèmes particuliers faits problèmes du peuple ivoirien.

Un problème supposé commun du peuple, mais qui est faux et ne l’est pas se caractérise par le fait que son constat et sa définition même sont sources de divergences entre les acteurs de sa résolution. C’est un problème dont la solution est particulière, à savoir celle d’une partie du peuple et qui constitue immédiatement un problème pour la partie n’ayant pas participé à son choix. Bref, c’est un problème qui ne rassemble part le peuple ivoirien, pas plus que sa solution. Considérons l’exemple des problèmes du peuple supposés actuels. D’abord, on peut observer, s’agissant de tout ce qui précède, que les solutions des uns à tels problèmes qu’ils ont identifiés constituent les problèmes des autres, auxquels ils appliquent à leur tour telles solutions. On peut extraire de cela que le régime au pouvoir et ses partisans ne partagent pas les mêmes problèmes que l’opposition et ses partisans. Dès lors, des problèmes que des parties du peuple ivoirien ne peuvent mettre en commun peuvent-ils constituer leurs problèmes communs ? Une réponse de telle partie du peuple qui est vue comme un problème par telle autre peut-elle consister en une solution commune ou en un problème commun ? Là aussi et  à l’évidence, non.

La candidature abusive et la réélection illégitime ne constituent pas le problème commun des ivoiriens, pas plus que cette candidature elle-même ne constitue une réponse commune du peuple à son problème, tel qu’identifié par le régime et ses partisans et pour lequel ils ont appliqué cette réponse envers et contre une grande partie du peuple. De leur côté, les ivoiriens qui pensent qu’à travers les modalités de mise en œuvre de la constitution par le pouvoir Ouattara, ils ont généré généré ce problème commun devraient interroger leur définition du problème commun.

La vérité est que le problème tel que les parties du peuple ivoirien le posent, à savoir ce qui a justifiée la candidature comme leur réponse, d’un côté et de l’autre, la candidature abusive de Ouattara elle même, ne peut être mis en commun ; le régime au pouvoir et ses partisans ne voyant aucun problème en cette candidature. En conséquence, le problème tel que posé ne correspond pas à celui commun recherché. Les ivoiriens qui s’efforcent de le considérer comme un problème commun ne peuvent que diverger avec ceux d’entre eux qui n’en voient aucun correspondant à celui qu’ils définissent ainsi. On peut faire la même analyse pour tous les faux problème commun précédents.

Comment résoudre alors ensemble un problème dont l’existence même est source de divergence ? Nous devons par conséquent changer de méthode. Faute de procéder ainsi, si une partie du peuple veut le résoudre toute seule, tel qu’elle la pose unilatéralement, c’est le lieu d’observer qu’elle a identifié un problème particulier, mais non commun, qu’elle tente de résoudre toute seule, avec sa solution tout aussi particulière. On peut faire la même analyse de l’élection illégitime tenue et de son résultat illégitime et de tous les autres problèmes précédents. Les ivoiriens ne seraient donc pas plus avancés s’agissant d’identifier le problème commun du peuple ivoirien. Il faut donc continuer à se poser des questions et tenter d’y répondre. Quelle est alors la désignation commune du problème commun à résoudre ensemble ? A la recherche du problème commun du peuple ivoirien, le peuple ivoirien doit faire preuve de rigueur intellectuelle. Les problèmes tels que posés par une partie du peuple, qu’elle soit le régime au pouvoir ou l’opposition et leurs partisans respectifs, naissent de leurs divergences.

Ainsi, par exemple, le problème de la candidature inacceptable naît d’une divergence initiale entre ces deux parties du peuple : la divergence sur l’absence de maîtrise du pouvoir détenu par le gouvernement. Pour l’opposition, le régime au pouvoir ne maîtrise pas sa par de pouvoir en posant une candidature qui ne peut l’être. Cette divergence a aboutit à une autre divergence sur la légalité et légitimité de cette candidature. A l’examen de la situation problématique ainsi posée, nous constatons que de multiples divergences sont alors apparues. D’abord, divergence sur la moralité en politique du président qui fait le contraire de ce qu’il a annoncé et ne respecte pas la constitution ; divergence sur l’intégrité et la probité des institutions dont le Conseil constitutionnel ; divergence sur la légalité et légitimité de la candidature validée par ce Conseil ; divergences, sur la légalité et légitimité de l’élection et son résultat (la  réélection du président Ouattara) ; divergence sur la légalité et légitimité de la désobéissance civile ainsi que du CNT ou gouvernement parallèle ; enfin de tous comptes, divergence sur la volonté réelle croisée du président et de son régime d’un côté et de l’opposition de l’autre ainsi que de leurs partisans respectifs de respecter l’État de droit.

Or, aucun accord des membres du peuple ivoirien n’existe pour considérer que les objets de leurs divergences constituent le problème commun à résoudre. Quant au caractère jugé non légal et légitime et donc inacceptable du processus ayant abouti à la validation de la candidature du président Ouattara, en tant que la manière d’exercer sa part du pouvoir, il ne constitue qu’une des manifestation du même problème. Dès lors, le refus de cette manière et le rejet de ses auteurs relèvent en réalité des manifestations du même problème. De plus, on peut ajouter à ces divergences, une autre : la divergence, à propos de la non maîtrise de sa part de pouvoir par l’opposition.

De son côté, pour le régime au pouvoir, l’opposition ne maîtrise pas sa part de pouvoir en voulant être celui qui juge de ce qui est légal et légitime. Sur ce point leurs divergences sont nombreuses aussi s’agissant de qui juge de la légalité et légitimité d’une candidature, de celles de l’élection et son résultat et enfin de ce qu’est le gouvernement ou le pouvoir du peuple ivorien.  Ainsi, à l’examen de la situation problématique initial posée par l’opposition, nous constatons que de multiples divergences l’ont suivie. La réponse particulière à ce problème de la part de l’opposition et ses partisans, sans le pouvoir et ses partisans et tous les autres ivoiriens,  a consisté en une réponse unilatérale : le boycott et la désobéissance civile active. Cette réponse particulière elle-même, devenue cause, a contribué à générer une élection et son résultat considérés comme illégitimes, en tant qu’un autre problème. A son tour, cet autre problème particulier a eu pour réponse la création du CNT par l’opposition. Devenant le problème particulier du régime au pouvoir, le boycott et la désobéissance civile ainsi que le CNT, sont considérés comme abusifs de la constitution ; ils constituent à leur tour le problème pour le pouvoir et l’autre partie partisane du peuple qu’il emporte avec lui. Ces problèmes ont reçu comme réponse particulière de la part du pouvoir des arrestations de dirigeants de l’opposition. De sorte que finalement, par quelque bout que nous prenons les faits, le problème initial de la candidature abusive a pris des allures d’une crise politique grave.

Il résulte de tout cela qu’un confit est donc né de l’exercice inapproprié de leurs parts respectives du pouvoir, de l’opposition de leurs problèmes respectifs identifiés sans l’adhésion des autres. Bref, la crise s’est constituée dans ces diverses oppositions insolubles dès lors qu’elles ne constituent pas un problème commun. De cette manière, puisque chacun définit ce qui constitue à son unique sens le problème, lequel est opposé à celui que les autres définissent, on se demande comment une solution commune est-elle possible à deux problèmes opposés sur lesquels ceux qui doivent le résoudre ne s’accordent pas. Une chose est claire et certaine, un problème commun du peuple ivoirien, sur la définition duquel tous ses membres sont d’accord, et auquel ils appliquent ensemble des réponses communes ne peut pas conduire à une situation de crise.

Constatons simplement et sans aucune autre observation que l’objet initial de leur divergence est la probité, la légalité et la légitimité de la candidature du président Ouattara pour un troisième mandat. Puis, elle a été renforcée par l’illégitimité déclarée par l’opposition du pouvoir exercé par le gouvernement depuis le 31 octobre 2020 . Cette divergence a eu pour conséquence et réponse de la part de l’opposition et d’une partie du peuple, le rejet de ceux qui ont exercé ainsi leur part du pouvoir détenu ainsi que des institutions collectives qu’ils incarnent. En définitive, leurs parts respectives du pouvoir exercé, sont jugées inacceptables car non maîtrisées, ce qui a justifié la réponse du CNT. Il s’en suit le refus mutuel de reconnaître et d’accepter les parts respectives du pouvoir exercé par leurs détenteurs que sont le régime au pouvoir et son opposition, ainsi que leurs partisans respectifs. Tout cela constitue leur conflit, leur problème et non pas le problème du peuple ivoirien, même si bien entendu, des membres partisans soutiennent les deux parties actrices de premier plan. En définitive, le constat s’impose :  telle divergence, à telle époque, entre un régime au pouvoir et son opposition et leurs partisans respectifs ne constitue pas un problème commun du peuple. Les ivoiriens doivent l’admettre s’ils ne veulent pas persister dans l’erreur.

Toxicité des faux problèmes du peuple ivoirien et de leurs solutions particulières.

La candidature du président Ouattara, comme toute production humaine constitue la réponse à un problème. Ce problème est celui identifié par lui et ses partisans. Mais, sans pouvoir préciser sa nature exacte, au delà des éléments que nous avons analysés précédemment, on peut néanmoins énoncer une évidence : un problème dont la solution  implique de leur part de ruser avec le droit constitutionnelle et en fin de compte d’en abuser ne peut constituer un problème commun du peuple ivoirien tout entier qu’ils tentent de résoudre par cette voie. Or, cette procédure nauséabonde vise à s’accaparer du pouvoir que les ivoiriens constituent collectivement en vivant ensemble conformément à cette loi fondamentale. Il vient en conséquence que la détention du pouvoir, même de manière abusive et illégitime, en tant que finalité de cette procédure, est la solution à leur problème tel qu’ils se le posent. Or l’abus se fait au détriment d’une partie du peuple ivoirien. Dès lors, il est tout à fait clair que le problème identifié pour lequel sa candidature est le moyen de parvenir à la solution qu’ils ont identifiée ne peut constituer un problème du peuple ivoirien tout entier.

De son côté, l’opposition et une autre partie du peuple voient un problème dans la candidature abusive du président Ouattara pour les élections de 2020 et sa réélection illégitime toutes les deux acceptables à leur sens. Est-ce un problème qu’ils sont parvenus à mettre en commun avec le reste du peuple ivoirien, en particulier avec le régime et ses partisans ? La réponse est évidente : non. Ainsi, la candidature abusive du président Ouattara pour les élections de 2020 et sa réélection illégitime ne sont pas acceptables pour l’opposition et une partie du peuple, quand elles le sont pour le régime au pouvoir et une autre partie du peuple. Dès lors une situation qui est à la fois acceptable et non acceptable ne peut pas constituer le problème commun du peuple ivoirien, tel qu’elle puisse être reconnue et mise en commun par toutes ses parties.

On voit bien que l’existence même de ce problème conduit à des divergences entre parties du peuple. Ces divergences ont conduit à l’opposition violente (conflit) entre les deux détenteurs des plus grandes parts du pouvoir que les membres du peuple ivoirien représentent en vivant ensemble. Les faux problèmes du peuple ivoirien pointés au cours de cette crise débutante n’en sont guère, mais des manifestations du traitement réservé à de faux problèmes communs initiaux. Une divergence entre pouvoir et opposition ne constitue pas un problème commun des ivoiriens, mais un problème entre un gouvernement et ses partisans d’un côté et son opposition et les siens de l’autre. Les ivoiriens partisans du régime et de l’opposition voient-il un problème en le fait qu’ils divergent ? A priori, la réponse est évidemment non, si l’on considère que le pouvoir et ses partisans procèdent comme s’il y en avait aucune divergence. Comment les ivoiriens peuvent-ils alors s’accorder pour résoudre un problème qui n’existe pas pour les uns et qui est différemment défini par chaque partie ? Le danger de prendre des problèmes particuliers pour le problème commun du peule ivoirien alors est grand.

Ce danger réside dans le fait que les acteurs ivoiriens, interlocuteurs et contradicteurs pensent et s’adressent à des parties du peuple et agissent en réalité pour elles, mais procèdent comme si le peuple tout entier était leur interlocuteur, le bénéficiaire de leurs actes et celui qui devait apprécier leurs raisons respectives d’agir ainsi plutôt qu’autrement. Mais, chaque ivoirien sait en conscience et et raison que cela ne constitue pas la vérité. Ni les problèmes identifiés par le régime Ouattara et ses partisans, ni ceux identifiés par l’opposition et les siens ne sont les mêmes problèmes, encore moins le problème du peuple ivoirien. Il en est de même pour leurs solutions à ces problèmes. Lorsque les solutions des uns à ce problème sont les problèmes des autres, alors, il convient simplement de faire preuve de conséquence : ce ne sont ni le problème commun, ni les réponses communes. Au final, en étant chacun d’eux dans sa voie unilatérale de résolution d’un problème qui n’est pas le même, ni celui commun du peuple, ils se persuadent de résoudre le problème du peuple ivoirien alors qu’ils déploient tant d’énergie à montrer à leurs partisans que c’est un problème qui se posent à eux et les invitent à les soutenir dans sa résolution.

Le peuple ivoirien, dont les parties partisanes soutiennent tel régime au pouvoir et son opposition à telle période de l’histoire, doit prendre conscience de cela. Son véritable problème qui peut rassembler ses membres est absent de tous ceux que nous venons d’examiner qui couvre trente années au moins de son existence. Dans l’histoire, des peuples se sont bâties dans leur opposition semblablable à la même adversité extérieure identifiée comme l’ennemi commun ; ainsi s’est forgé le peuple chinois antique et plus près de nous le royaume mossi. D’autres se construits dans la même volonté commune de relever un défi vital commun, ainsi s’est forgé le peuple égyptien antique. Leur problème commun à traiter ensemble est ce qui peut unir le peuple ivoirien. Par conséquent, il faut  à ses membres dispersés et répartis sur le fondement de leurs passions semblables, le rechercher, l’identifier, en convenir et l’imposer souverainement à tous comme étant le véritable problème commun à résoudre ensemble. De ce point de vue, un problème bien posé est un problème à moitié résolu dit l’adage populaire. Et bien, tentons de le poser correctement. Puisque rien de tout ce qui précède ne constitue le problème commun des membres du peuple ivoirien, est-ce alors le conflit et la crise qui résultent de ces nombreux problèmes particuliers qui le constituent ? Nous examinerons cette question dans un prochain article.

Conclusion.

Sans avoir jamais défini ensemble son problème semblable à mettre en commun, des parties du peuple ivoirien veulent résoudre unilatéralement le problème qui se pose au peuple tout entier depuis 1990, tel qu’elles se le posent. Se faisant, leur perception de ce problème est fausse, parce qu’elles l’ont privatisé au lieu de le mettre en commun. Cette privatisation du problème commun les amènent alors à en donner une définition fausse, faisant de leurs problèmes particulièrement perçus et unilatéralement définis, le problème du peuple ivoirien à résoudre. Or, dans le fait même que les membres de ces parties du peuple veuillent le définir seuls, au sein de leurs groupes partisans, le fait de ne pas vouloir le mettre en commun, ainsi que de vouloir le résoudre seul, se trouve le caractère particulier des problèmes qu’ils identifient et tentent de résoudre. Cette manière de procéder est nécessairement exclusive ; l’exclusion des membres d’autres parties du peuple accompagne nécessairement une définition et une réponse particulières du problème.

Le problème du peuple ivoirien est nécessairement commun à tous les ivoiriens. Et, résoudre ce problème, c’est trouver les réponses communes qui se trouvent dans la question commune qui formule et pose ce problème. Si les questions par lesquelles les ivoiriens s’interrogent à son sujet, à savoir toutes les situations qu’ils n’acceptent pas, ne posent pas le problème commun, mais des problèmes particuliers, alors ils pourrons difficilement résoudre leur problème commun. En effet, leur problème commun ne peut être à l’évidence celui sur la définition duquel ils divergent et s’opposent jusqu’aux conflits qui génèrent les crises. Par ailleurs, à toutes époques depuis 1993, les régimes au pouvoir, leurs oppositions ainsi que leurs partisans respectifs parviennent toujours à résoudre leurs problèmes particuliers, mais pas le problème du peuple ivoirien. Ainsi, on a vu ces trente dernières années que dès lors qu’ils y sont parvenus, ils ont procédé comme si plus aucun problème n’existait ou comme s’il avait été résolu par leurs solutions particulières, jusqu’à ce que ce problème s’aggrave à nouveau dès qu’une divergence surgit entre eux. Les ivoiriens partisans de tels régimes et oppositions à telle période savent que rarement, les solutions proposées ne sont de nature à les relier ; au contraire, elles organisent leur éloignement les uns des autres. Pour des intérêts immédiats et circonstanciels, ils acceptent contre leur raison souveraine, des solutions fausses et socialement toxiques, qui défient toute raison, ainsi que leur volonté d’être libres et dignes. Malgré tout, il y a des raison d’espérer et nous comptons y contribuer.

Dans un prochaine article nous partageons le résultat de notre quête de ce problème pour le soumettre à la discussion, plutôt que participer à la dispute destructrice de la société ivoirienne. Ceux des ivoiriens qui n’ont pas choisi la voie de la guerre entre parties du peuple ivoirien seront sans doute intéressés que cette pièce ajoutée à la discussion éveille leur curiosité. Quant à ceux parmi eux qui déjà opté pour l’affrontement violent entre parties d’un peuple ivoirien à bâtir plus qu’à parler et à agir faussement en son nom, il se peut que cette pièce leur offre enfin une autre perspective de lecture de la réalité toxique et mette à l’épreuve leurs certitudes concernant ce qu’est le problème du peuple ivoirien et les solutions à lui appliquer. Peut-être alors, sera-t-il enfin possible de discuter de ce qui pose problème au peuple ivoirien et non à ses seules parties, autrement qu’au sein des cadres communautaires confortables. Là, dans ces espaces obscurs et étanches où les ivoiriens prennent nul risque à exposer et à partager leurs sentiments passionnels ainsi qu’à apparaître comme inauthentiques, se conçoivent sans débats contradictoires ce qui est le problème du peuple ivoirien et les solutions qu’il convient de lui appliquer.

Les ivoiriens savent reconnaître ce qui vrai, bien, juste, beau, utile collectivement de ce qui ne l’est pas. C’est pourquoi ils n’ignorent pas que nombre de nos productions collectives ne le sont pas authentiques. Il faut donc en finir avec l’inauthenticité, car elle est mortelle pour la société ivoirienne. Ne pas tenter de dépasser les passions et d’être authentiques pour renforcer la confiance mutuelle ajoute la misère à la difficulté de vivre ; cela les ivoiriens le savent. Si le peuple ivoirien veut sortir durablement de la crise qui s’éternise depuis plus de 30 ans, les ivoiriens de tous bords politiques sont condamnés à changer de méthode : discerner d’abord ce qui constitue leur problème commun, au delà des problèmes particuliers à travers lesquels ils le posent unilatéralement et sans les autres. Ensemble, ils doivent donc trouver ce problème commun et le poser si clairement qu’il contiendra les axes de réponses que les ivoiriens n’ont pas cherchées depuis plus de 30 ans. Lorsqu’il sera identifié, le peuple ivoirien le reconnaîtra. Il est nécessairement celui qui ne peut pas diviser les ivoiriens, mais au contraire, celui qui ne peut que réunir les parties certes partisanes du peuple, mais qui sont affectées tôt ou tard par ses effets délétères. Quand ils y parviendront, le moment sera venu ; il sera alors temps pour eux de pouvoir réfléchir ensemble à ses solutions, elles-aussi communes.

Il n’existe pas de problèmes du peuple ivoirien dont la résolution implique requiert de mépriser le peuple et d’abuser de la règle qui assure la cohésion de ses membres et les lie ensemble pour réaliser son unité. Pas plus, il n’existe de problèmes du peuple ivoirien dans ce mépris et cet abus, dont la résolution exige d’abuser cette règle. Il est incontestable que des parties opposées du peuple ivoirien identifient des problèmes ; mais, leurs problèmes particuliers ne peuvent constituer le problème du peuple ivoirien si le peuple lui-même n’existe pas pour le définir et convenir des moyens de sa résolution. Puisque nombre de dirigeants ivoiriens trahissent ce peuple pour les communautés pour lesquelles ils privatisent le problème et en faveur desquelles ils appliquent leurs solutions particulières, les ivoiriens sont appelés par l’histoire à s’en indigner, à se révolter et à s’engager résolument en faveur de la possibilité d’avènement du peuple ivoirien et enfin à agir en cette direction.

Discerner ce qui leur pose problème à tous est une voie qui exige d’eux de partager leurs hypothèses et de les soumettre à débat en vue de la mise en commun d’un problème qui ne peut recevoir cet attribut qu’en procédant ainsi. Prenons donc rendez-vous approcher ce qui peut ressembler au véritable problème susceptible de rassembler ses membres, auxquels des prestidigitateurs de la politique ne laissent aucun autre choix que celui partisan communautaire et fondé sur leurs passions. Parce que son existence tend précisément à être empêchée par tous les faux problèmes qu’ils identifient et tentent de traiter par des fausses solutions élaborées dans des cadres privés et clos communautaires, nombre de dirigeants et d’acteurs ivoiriens trahissent le peuple ivoirien.

_______________________________________________________________________

(1) Léa Masseguin, “Présidentielle en Côte-d’Ivoire : Alassane Ouattara se déclare dans la défiance”, Article du 24 août 2020, dans le quotidien français Libération URL : https://www.liberation.fr/planete/2020/08/24/presidentielle-en-cote-d-ivoire-alassane-ouattara-se-declare-dans-la-defiance_1797604

(2) Roxane Ouattara, “Alassane Ouattara au congrès du RHDP : « Depuis la mort d’Houphouët, le pays n’a pas eu de tranquillité jusqu’à ce que je vienne au pouvoir», Publié le URL : https://www.yeclo.com/alassane-ouattara-au-congres-du-rhdp-depuis-la-mort-dhouphouet-le-pays-na-pas-eu-de-tranquillite-jusqua-ce-que-je-vienne-au-pouvoir/

(3) Benoît Hilli, Macron à propos de la candidature de Ouattara : “Il s’est présenté par devoir. Il n’y avait pas une autre solution”, Fratmatinfo.net, Le 21/11/20 URL : https://www.fratmat.info/article/209536/politique/preacutesidentielle-2020/macron-a-propos-de-la-candidature-de-ouattara-il-sest-presente-par-devoir-il-ny-avait-pas-une-autre-solution

(4) Cap Magazine, “Mariam Traoré : « nous resterons au pouvoir pendant 50 ans, après Ouattara, on va choisir un autre. »”, novembre 19, 2020 URL : https://cap-mag.com/mariam-traore-nous-resterons-au-pouvoir-pendant-50-ans-apres-ouattara-on-va-choisir-un-autre/

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

82 − = 77