COTE D’IVOIRE – Une si longue impasse 1993-2020 : Tentative de médiation entre le peuple ivoirien et ses dirigeants. (1/2)

Imaginez une famille, à l’image de celle traditionnellement connue. Cette famille est constituée d’un père, d’une mère et de leurs enfants. Maintenant, concevez que l’un de leurs enfants soit positionné par tous les autres membres comme le père de famille et agisse comme tel. Observons qu’il découle de ce qui précède que le père, la mère et les autres enfants de cette famille constituent en conséquence les enfants, ceux naturellement de celui des enfants qu’ils ont désigné comme leur père. Ainsi, dans une telle famille, aucun de ses membres n’est à sa place. Sans pour l’instant savoir de quelle manière chacun d’eux agit, ni avec quelle posture et quelle autorité, tout ce qu’on peut dire est que les membres de cette famille vont au devant de graves incompréhensions. Car, l’enfant doit-il et peut-il prendre la place de ses parents, notamment de son père, sans aucune conséquences collectives et familiales ? Doits-il et peut-il agir impunément comme s’il était le père ? Quant aux parents, doivent-ils abandonner ce qu’ils sont pour s’engouffrer dans les habits de leurs enfants et leurs esprits ? A première vue, tout cela est le fruit de la pensée. Certes. Mais, cela est-il inutile de penser les difficultés réelles en homme d’actions ou de réalités et de tenter de les observer, de les analyser, de chercher à les comprendre et les expliquer en homme de pensées. Car, peut-être, penser en hommes d’actions et agir en hommes de pensées, comme le recommande le philosophe Henri Bergson, peut permettre aux ivoiriens de cerner leurs réalités et les améliorer. Face à la situation réelle d’impasse de la Côte d’Ivoire, la penser en révisant la symbolique ramenant le pays à une famille pour préparer l’action efficace, est-ce peut-être la meilleure manière d’examiner les difficultés et de prendre la voie de leur résolution.

En effet, désirs et volontés mêlés alimentent les relations entre le peuple ivoirien et ses responsables politiques. Ils déterminent d’une certaine manière ce qui est jugé : les circonstances de l’existence commune. Le jugement implacable du peuple, s’agissant du peu d’utilité, voire de la nuisibilité de la plupart de ses dirigeants et leur responsabilité quasi-exclusive dans les conditions de son existence semble relever du regard d’un borgne.  Du haut de ce qui ressemble pourtant à une manifestation d’autoritarisme de sa part, le peuple ivoirien semble n’avoir aucune influence sur ses dirigeants, sur leur manière d’être et d’agir. Comme si, dans une famille croulant sous les difficultés relationnelles, l’enfant n’était que seul responsable de tout ce que ses parents lui reprochaient ou que les parents le soient, concernant tout ce que les enfants pouvaient leur reprocher.

Le dirigeant ou gouvernant, comme l’enfant, craint de perdre la sécurité, constituée et offerte par le peuple de ses supporters, qui lui confère sa position. Trop souvent, il n’ose pas refuser son autoritarisme, bien qu’adulte, il dispose pourtant de davantage de ressources que l’enfant pour le faire face à des parents auto-centrés. Face à la situation inconfortable générée par tous les deux, le peuple se plait à en faire porter souvent toute la responsabilité aux seuls dirigeants, comme des parents procèderaient à l’égard de leurs enfants. D’autant que selon lui, il ne suffisait au gouvernant et aux dirigeants que d’être et d’agir conformément à ses désirs. Voici pourquoi une médiation, selon le regard de de celui qui a mieux que quiconque consacré une part essentielle de son existence à scruter la question des relations humaines familiales peut être utile. Comme “Lettre au père” (1), voici ma lettre au peuple ivoirien, à ses dirigeants, dont le gouvernant, ainsi qu’à à tous ceux qui aspirent à le devenir. Kafka n’aurait pas été un médiateur de trop. A défaut, nous pouvons tenter une analyse en ramenant la Côte d’Ivoire symboliquement à une famille.

 1. Des raisons de contester la symbolique faisant du gouvernant le père du peuple.

L’observation montre que, quand les ivoiriens considèrent les relations du gouvernant ivoirien et du peuple qu’il gouverne, ils semblent ramener ces dernières à celles auxquelles ils sont si coutumiers. Ainsi, à bien y regarder de près, ils les discernent comme semblables aux relations familiales ordinaires des enfants et de leurs parents. Reste alors à déterminer, entre les dirigeants et le peuple, et plus précisément ses parts majoritaire et minoritaire par rapport au gouvernant,  lesquels des acteurs jouent le rôle de père, de mère et des enfants symboliques. 

Au terme d’une certaine symbolique, le peuple est souvent représenté comme une famille. Cela dit, on connaît généralement le père de famille ; c’est le gouvernant qui est présenté par cette symbolique comme le père. Il suffit de se rappeler les termes de “père fondateur” ou de “père de la nation”. Un petit effort de réflexion nous livre la mère de famille. Il semble qu’elle est représentée par la patrie, d’où le terme “mère patrie”, sans que l’on distingue bien la patrie du peuple, ni de l’Etat, etc… Mais là n’est pas le sujet. Ainsi, dans cette symbolique, le gouvernant est l’époux symbolique de la patrie. On suppose que le peuple représente leur enfant symbolique. Cette considération semble être renforcée et attestée par le fait que le peuple lui-même désigne son gouvernant par le père. Ainsi, à première vue et selon les africains, le gouvernant est le père symbolique du peuple. Ils ont en ont appelés certains ainsi, sans que l’on puisse relier cela à une nécessaire volonté de culte de leur personnalité de leur part : “papa Houphouët-Boigny”, pour prendre un exemple bien de chez nous. Néanmoins, ils ne sont pas les seuls à voir les choses de ce point de vue. En effet, dans des contrées lointaines, d’autres peuples ont procédé de manière similaire. Précisément, pour désigner les tsars en Russie tsariste, puis en Union soviétique, pour désigner Joseph Staline, “le petit père des peuple” était l’expression consacrée. Existe-t-il une raison de faire du gouvernant le père symbolique d’un peuple donné ?

Première considération générale : arguments pour réfuter la conception faisant du gouvernant le père symbolique du peuple

Dans une vision monarchiste de la relation du gouvernant au peuple qu’il gouverne, faire du gouvernant le père du peuple correspond à la réalité suivante. En effet, cette conception acquiert un certain sens, si l’on considère celui dont le leadership, manifesté à travers une lutte politique, y compris manifestée par la guerre a abouti à la naissance d’un État et de son peuple . Dans cette conception, qu’il soit monarchiste, indépendantiste ou tyran, c’est le leader qui génère initialement l’État et son peuple qui est le père de ce dernier. C’est donc sur le fondement de la raison apparente que l’État et son peuple sont symboliquement perçus comme étant les enfants du gouvernant, que l’expression “le père de la nation ou du peuple” acquiert son sens. Ainsi, ceux qui tiennent à une représentation familiale et symbolique du peuple ont leur argument décisif : il leur semble bien qu’à l’origine, un État et sa population que nous désignons le peuple se constituent, sous l’autorité d’un leader politique et/ou d’un guerrier. Ils sont son œuvre politique et souvent martial. Quelle est donc la mère symbolique du peuple, non encore identifiée à ce stade ?

On peut localiser cette dernière dans cette autre pensée, communément énoncée. Elle suggère que “la mère patrie” est la mère de tous les membres d’un peuple donné. Ainsi donc, si le père du peuple est le gouvernant, il semble bien que la patrie est son épouse. Les membres de la famille symbolique peuvent alors être reconstitués : la patrie (la mère) et son époux, le gouvernant (le père) sont les parents de leurs enfants, à savoir les membres du peuple. Certes. La notion même de patrie soulève une question. Si comme le dictionnaire Larousse la définit, la patrie est le pays de naissance et auquel l’on appartient en tant que citoyen et pour lequel l’on a un attachement affectif, alors tel Etat, son territoire et sa géographie, sa population, son histoire et ses règles de fonctionnement forment un ensemble unitaire constituant la patrie du citoyen qui en relève et y est attaché. Parce que cet ensemble façonne le caractère de ses hommes, la présente conception en fait leur mère symbolique. Or, le dirigeant ou gouvernant est lui-même l’uns de enfants de la patrie. Il vient donc que le gouvernant est à la fois l’enfant et l’époux de la patrie, et par inférence le père de tous leurs enfants constituant le peuple de citoyens. 

Admettons que tel ou tel dirigeant est le père symbolique du peuple, et la patrie son épouse. Comme le gouvernant ou dirigeant est issu du peuple, il est par conséquent et nécessairement l’un des enfants constituant le peuple du gouvernant précédent. Il vient par conséquent qu’un gouvernant en génère un autre, son enfant. Devenu adulte et dirigeant, il devient alors l’époux de la patrie et le père de tous les autres enfants qui contribuent à la constitution du peuple. Quand on se pose la question de savoir qui sont les parents du gouvernant, il nous apparaît évident que son père à lui ne peut être autre que le gouvernant précédent. Lorsqu’on se demande alors qui est l’épouse du dirigeant précédent (père du gouvernant actuel), on ne peut répondre qu’en désignant la patrie. Ainsi, la mère patrie, mère du peuple est à la fois l’épouse du gouvernant précédent (père du gouvernant actuel) et l’épouse du gouvernant actuel (père du peuple). La patrie que nous limitons en première hypothèse au territoire, et dont on énonce qu’elle est la mère du peuple (enfant symbolique du gouvernant), semble être l’épouse gouvernant précédent (enfant symbolique de la patrie et père de l’actuel gouvernant) et du gouvernant actuel (autre enfant de la patrie, époux actuel de la patrie).

Observer que le gouvernant est un élément du peuple enfant symbolique, avant de le devenir ainsi que père, nous amène à conclure comme suit. Car, finalement, cette conception symbolique suggère qu’une mère éternelle (la patrie), épouse, selon la période, tel ou tel de ses enfants (tel gouvernant) pour générer d’autres enfants, ses frères et sœurs, à savoir tous les autres membres du peuple. De frère, ayant en commun avec eux tous leur mère (la patrie), et avec certains d’eux, leur père (le dirigeant précédent), il devient à son tour, à la fois  le père de ses autres frères et sœurs et le fils-époux de sa mère patrie. De plus, lorsque nous procédons à une approche étymologique de la patrie, l’inceste est alors plus évident. En effet, la patrie se conçoit comme étant une création patrilinéaire, de même qu’un système politico-social sera dit patrilinéaire ou matrilinéaire en étant fondé respectivement sur le lignage masculin (père) ou maternel (mère). La patrie n’est pas “matrie”, en raison de la pensée ancrée selon laquelle l’ensemble constitué par l’Etat, son territoire et sa géographie, sa population, son histoire et ses règles de fonctionnement sont une production du dirigeant masculin (le père) et son œuvre. Or cet ensemble est la patrie, d’où on tire que le dirigeant (le père symbolique) est finalement aussi le père de son épouse, mère de leurs enfant, à savoir la patrie. Parvenu à ce point, on ne peut pas dire autre chose que de relever que tout ce qui précède relève d’une conception incestueuse des rapports du gouvernant (à la fois enfant, père et époux) et de sa mère, désignée par patrie (à la fois mère et épouse du gouvernant, mais aussi  mère du peuple). On peut en dire autant des relations entre le peuple (enfants du gouvernant) et sa mère (patrie). Il résulte de l’analyse, que selon cette conception, le gouvernant est une certaine totalité : il génère à la fois son épouse et sa mère (patrie), leurs enfants (ses frères et sœurs formant le peuple) et, pardessus tout, auto-généré, en étant le père (des enfants constituant le peuple, dont lui-même, le gouvernant). Une telle conception manque de permettre de rendre compte des relations entre les membres d’une telle famille symbolique, dans laquelle l’enfant est aussi le père, la mère est aussi la fille et où le père est aussi le frère de ses enfants. Il convient par conséquent de la challenger par une autre conception symbolique d’un pays, en tant qu’une famille, si tant est que la finalité de la conception symbolique est de déplacer le champ d’examen des difficultés réelles qui se posent au pays symbolisé.

Par ailleurs, il est difficile de trouver le sens d’une telle conception dès lors que nous sommes en présence d’un gouvernant et d’un peuple dans une relation démocratique, dans la mesure où l’avènement du gouvernant résulte de son élection, parmi d’autres dirigeants. En effet, c’est à travers l’élection que le peuple donne naissance au gouvernant, certes façonné par la patrie, de sorte que la raison suggère que le peuple représente les parents du gouvernant, comme son enfant. C’est pourquoi, une question se pose. Est-ce véritablement le gouvernant, le père symbolique du peuple ou l’inverse ? Et, si nous élargissons le champ de vision, elle peut se poser ainsi : sont-ce véritablement les dirigeants, les parents (père/mère) et le peuple leur enfant ou l’inverse ? 

Deuxième considération générale : arguments pour faire du gouvernant, l’enfant symbolique du peuple et du peuple, les parents symboliques du gouvernant.

Cette nouvelle conception invite à passer du gouvernant comme père du peuple, au gouvernant comme enfant du peuple. Rappelons que dans la conception précédente, l’argument décisif tenait au fait que c’est le gouvernant qui génère un État et un peuple. Or, un homme seul, quel qu’il soit peut-il être un gouvernant, sans la population qu’il dirige et pour laquelle il est dirigeant ? Dans l’affirmative, devons-nous considérer que tout homme est un dirigeant de/pour lui-même ? Un homme parmi ses contemporains ne devient-il pas dirigeant ou gouvernant et nécessairement de ceux qui le font tel, aux noms et avec la force du soutien desquels il développe et endosse cette fonction, y compris souvent dans l’histoire en soumettant ceux qui ne le reconnaissent ainsi ? C’est pourquoi, il semble que le peuple se constitue en même temps qu’il génère son gouvernant, dans le même mouvement. C’est aussi pourquoi, il convient d’observer que, symboliquement comme un enfant, le dirigeant a des parents. Ils sont constitués par ceux dont la reconnaissance de son autorité et le soutien le font être dirigeant, ainsi qu’aux yeux desquels et aux noms desquels et pour lesquels il l’est et sans la considération desquels il n’est pas dirigeant ou gouvernant. Initialement constitués d’individus divers, le peuple et, plus précisément ses parties, acquièrent les fonctions symboliques de père ou de mère si l’on introduit le processus politique, les relations entre individus et en particulier celles avec celui d’entre eux qu’ils font être dirigeant. De soutiens en soutiens de leurs contemporains, tel membre du peuple acquiert le statut de gouvernant. L’acquisition de ce statut dû à ceux qui le soutiennent et à ceux qui pourtant soutiennent d’autres dirigeants ; c’est en cela-même qu’ils constituent et représentent ses parents symboliques. Posons arbitrairement, pour l’instant, que les premiers qui constituent la part majoritaire du peuple qui l’a soutenu et généré de façon décisive en tant que gouvernant représente son père symbolique et que les seconds soutiens et électeurs d’autres dirigeants non gouvernants représente leur mère symbolique. Nous y reviendrons pour tenter de fonder cette double association. Ainsi, par un processus politique reproductif, le peuple se fractionne constamment en parts mâles et femelles, en même tant que ces parts génèrent les enfants du peuple : ses gouvernants et dirigeants.

Par ailleurs, dès lors que l’on suppose qu’on est en démocratie, l’observation attentive de la réalité coproduite par le peuple, son gouvernant et ses autres dirigeants politiques contredit formellement la conception ayant abouti à l’inversion des positions symboliques des acteurs, dont il ressort que le gouvernant est le père et que le peuple est son enfant. En effet, contrairement à la symbolique incestueuse précédemment développée, faisant du dirigeant le père, le gouvernant ne semble plus être le père du peuple, dans la mesure où par le processus électoral, les parties du peuple apparaissent comme étant ses parents. S’agissant d’un peuple constitué et dans le cadre d’une démocratie, c’est le vote majoritaire qui achève le processus d’enfantement symbolique du gouvernant et confère sa sexualité au peuple, en aboutissant à former ses parts mâles et femelles variables dans leur composition. Rappelons que nous avons arbitrairement assimilé la part majoritaire du peuple (électrice du gouvernant) à son père symbolique et avons fait de sa part minoritaire (électrice d’autres dirigeants) la mère symbolique du dirigeant. A une époque politique donnée, ces parents symboliques du gouvernant n’ont par conséquent tel sexe que selon leurs rapports au dirigeant considéré, qu’ils génèrent comme leur enfant, par leur reconnaissance de son autorité, leurs soutiens, leurs choix et votes ou leur soutien à d’autres dirigeants.

Relativement à cette nouvelle symbolique faisant d’un pays une famille, Il vient donc qu’en Afrique et ailleurs, on a souvent une vision renversée des positions familiales respectives du dirigeant et du peuple. Dans la conception que nous analysons, nous parvenons au fait que le peuple n’est pas en soi comme une famille ordinaire. Comme nous venons d’introduire la question, il semble que c’est le processus politique, à savoir les relations entre les membres du peuple, qui permettent d’entrevoir en lui le symbole d’une famille. Ce sont les mêmes relations qui confèrent aux parties du peuple leur sexualité et leur sexe leur permettant de générer leurs enfants (les dirigeants). Les relations politiques produisent dans un même mouvement l’enfant, ses parents ainsi que le sexe de ces derniers, dépendant lui-même de leurs relations à l’enfant symbolique (le gouvernant). Ainsi, le peuple asexué acquiert sa sexualité en même temps qu’il génère ses enfants (les dirigeants et gouvernants). Contrairement à une famille ordinaire, c’est le processus d’avènement d’un gouvernant (choix électoral) qui transforme des parties du peuple en parents. Dit autrement, c’est la naissance du gouvernant (enfant symbolique) qui permet la manifestation de tel ou tel sexe des parents ainsi que le discernement des parents eux-mêmes. En conséquence, le peuple est fondamentalement hermaphrodite, à savoir que toutes ses parties disposent de deux sexes. 

En effet, telle part du peuple manifeste tel sexe par rapport à tels dirigeants qui naissent et manifeste le sexe contraire vis-à-vis de tels autres dirigeants. Par convention, nous adoptons que telle part du peuple est un parent mâle ou femelle, selon que respectivement elle soutient tel ou tel dirigeant et choisit ou élit tel gouvernant ou pas. Autrement dit, à la fois potentiellement pères et mères, tels sexes des parties du peuple s’expriment lors de l’avènement de tel ou tel gouvernant qu’elles génèrent, dans la manifestation même de leurs idées et préférences politiques. Ce n’est pas tout ; contrairement à une mère patrie éternelle et épousant certains de ses enfants, le père et la mère symbolique du gouvernant varie dans le temps politique, dans leur composition et leur sexe, déterminées par les pensées de ceux qui les constituent et les représentent. C’est pourquoi, c’est dans une telle conception symbolique qu’il y a une possibilité de développement de la démocratie et de l’alternance pacifique du détenteur du pouvoir. Car, considérant le pays comme une famille symbolique, c’est dans cette perspective, qu’il est permis de penser que les mêmes parents (parties du peuple) ne génèrent pas les mêmes enfants (dirigeants/gouvernants), ni qu’ils demeurent les mêmes parents de tel ou tel dirigeant à toute époque politique. La raison réside dans le fait que les parents symboliques du gouvernant (enfant symbolique) peuvent se recomposer, se recombiner et changer de sexe, dans le même mouvement où ils produisent d’autres enfants (d’autres gouvernants), à travers la manifestation de leurs idées et préférences politiques elles-mêmes variables.

Que symboliquement le peuple soit conçu comme une famille, selon une conception dans laquelle le gouvernant est, non pas son père symbolique, mais son enfant remarquable. Le gouvernant est alors celui des enfants symboliques que ses parents (parties majoritaire et minoritaire du peuple) ont généré pour gouverner les relations familiales. Une telle famille symbolique se distingue d’une famille ordinaire réelle à plusieurs titres. D’abord, contrairement à une famille ordinaire, ils  ont confié à l’un parmi  tous leurs autres enfants (dirigeants), le pouvoir de gouverner les relations entre  tous les membres de la famille ainsi que l’essentiel de leurs relations extérieures. Alors que les parents d’une famille africaine ordinaire gouvernent les relations familiales, cette conception amène à observer que ce sont au contraire les enfants qui assument ce rôle au service du peuple symboliquement fait famille. Ensuite, alors que le père de famille africaine entend la gouverner seul, la part majoritaire du peuple, à savoir celle qui entend, par sa grande influence, gouverner seule les relations est celle qui ressemble au père africain. C’est la raison pour laquelle le sexe mâle lui est attribué et qu’il désigne le père du gouvernant.

Contrairement à ce dernier, cette part que nous désignons symboliquement le peuple-père n’a cependant la possibilité de réaliser son désir que par procuration, à travers sa grande influence sur le gouvernant, l’élu parmi ses enfants (autres dirigeants). La famille symbolique que l’on perçoit du peuple se distingue ainsi de la famille réelle. Enfin, entendu symboliquement comme une famille, le peuple est néanmoins une qui est en évolution permanente, notamment au gré des cycles électoraux. Sa structure et la position de ses membres se modifient au gré des événements et des évolutions politiques de ses membres. En outre, s’agissant de la famille unique que le peuple constitue dans cette symbolique, le gouvernant et les autres dirigeants ne sont pas des enfants ordinaires mineurs, puisque déjà adultes, ayant capacité à agir en adultes dans les relations avec leurs parents (le peuple et ses parties). Le peuple les fait symboliquement naître gouvernants. Par ailleurs, il importe d’insister sur le fait que, contrairement aux parents d’une famille ordinaire, les parts majoritaire et minoritaire du peuple (parents du gouvernant) ne détiennent, ni n’exercent directement le pouvoir de gouverner les relations familiales, mais leurs enfants (gouvernants/dirigeants) auxquels le peuple et ses parties le leur ont donné. Il ne reste plus qu’à examiner de plus près les membres de la famille symboliquement constituée qu’est le peuple-famille, ainsi que les relations familiales. Mais avant, nous pouvons enfin résumer la conception comme suit.

Lorsque l’on fait du pays ou du peuple une famille symbolique, il convient d’observer que dans un cadre démocratique, une telle famille (le peuple) est constituée de parents à une période politique donnée. La part majoritaire de la population, électrice du gouvernant représente le père ; nous la désignons par le peuple-père. Sa part minoritaire, électrice d’autres dirigeants malheureux, représente la mère ; nous la nommons le peuple-mère. Les dirigeants et parmi eux le gouvernant représentent leurs enfants. Quant au gouvernant, il est celui des enfants que les parents (part majoritaire – peuple-père et part minoritaire – peuple-mère) ont choisi pour gouverner les relations à leur place de parents, contrairement aux relations familiales ordinaires. Remarquons que ce choix décisif résulte du rapport de leurs choix particuliers. C’est pourquoi, dans la suite de l’analyse concernant un pays, comme la Côte d’Ivoire, en tant qu’une famille, le gouvernant (certes adulte) est comme l’enfant symbolique du peuple, auxquels ses parents ont donné le pouvoir d’administrer les relations familiales, à leur place. Symboliquement enfant remarquable, mais adulte réellement, c’est sous cet angle qu’il convient d’appréhender le gouvernant, ainsi qu’il convient de procéder aussi pour tous les dirigeants (réellement adultes), mais symboliquement les autres enfants du peuple. Il va s’en dire en conséquence que le gouvernant ne peut être le père du peuple.

Quant au peuple, il représente symboliquement leurs parents. Considérant tel gouvernant, la part majoritaire et électrice du peuple représente le père (peuple père), quant celle minoritaire représente la mère (peuple-mère). Nous verrons ultérieurement qu’une telle famille ne peut être définie que pour une époque politique donnée, étant entendu que tel père symbolique peut devenir en partie telle mère symbolique et que telle mère peut devenir tel père en se recombinant avec une partie de tel père. C’est dire que la question n’est pas de savoir si tel père est tyrannique et si telle mère est dominée, puisque telle mère dominée peut devenir tel autre père tyrannique, au gré des évolutions politiques. Il est temps de développer le peuple, perçu dans cette conception comme une famille symbolique ayant pour gouvernant un enfant et des parents qui tentent de gouverner par procuration et à travers leur influence sur des tous les enfants, à savoir les dirigeants, en vue de réaliser leurs désirs et non le bien de toute la famille : la réduction des difficultés communes de vivre.

2. Nécessité et pertinence de redéfinir les membres de la famille symbolique et de clarifier leurs positions. 

 L’importance de discuter des relations des dirigeants et du peuple tient au fait de savoir de quelle position dans la relation et à partir de quelles données le peuple, en particulier, juge-t-il les actes des dirigeants ? Même si, contrairement à ce qui vient d’être analysé, le peuple persiste à admettre que tel gouvernant est son père et qu’il en est l’enfant, le peuple ne peut raisonnablement pas échapper à faire du gouvernant (son père), une source très importante de ses propres attitudes et comportements, se considérant lui-même comme son enfant. En tous cas, il ne peut éviter d’en faire ce qui influence considérablement ses attitudes et ses comportements. En examinant de près la situation, on observera que c’est en partie seulement que ce père (gouvernant) l’influence, si le peule accepte d’éviter de faire de lui-même, un machin qui réagit et exécute mécaniquement la volonté et les désirs du père (part majoritaire du peuple). Malgré tout, cette vision des relations du gouvernant au peuple est contestable comme nous venons d’examiner la question. D’autant que rien de cette conception n’approche la réalité dans une situation de démocratie et parce que tout simplement les faits parlent d’eux-mêmes et constituent les meilleurs avocats pour défendre la perspective introduite ci-avant, il est temps d’examiner les membres du peuple, famille symbolique dans laquelle le gouvernant est l’enfant et non le père.

Convenance d’observer comment, à une époque donnée, la majorité politique électrice du gouvernant représente son père symbolique.

Le changement de perspectives suggère que la majorité politique à une époque donnée constitue le père symbolique du peuple familial. Il convient d’observer immédiatement par déduction qu’il s’agit d’un parent qui ne gouverne pas les relations familiales, comme dans l’existence d’une famille ordinaire. En effet, malgré une démocratie ivoirienne naissante – on peut en convenir -, il suffit d’introduire,  que c’est le peuple qui détient et exerce le pouvoir et l’autorité de faire de n’importe quel ivoirien un dirigeant de 1er rang, dont il juge par la suite l’action utile ou toxique pour lui. En disposant de la faculté de générer le dirigeant, par ses actes, à défaut de sa volonté, c’est donc le peuple qui est proche d’être un générateur de dirigeants. A ce titre, cela correspond mieux à la réalité de faire du peuple les parents des dirigeants. Ajoutons qu’un dirigeant nait du soutien de telle partie du peuple, dont il tire sa légitimité. C’est pourquoi on peut  symboliquement faire de cette portion du peuple, son père, d’où sa désignation. On peut alors énoncer que tout dirigeant, tel qu’il est et agit est le résultat, d’une part très importante, de l’éducation du peuple (ses parents) et de sa propre attitude et de ses comportements vis-à-vis des attentes de du peuple. On verra que cette part n’en constitue qu’une seulement de cette détermination.

Car, de même qu’être père ou mère (dans le sens de géniteurs dans l’existence familiale ordinaire) démontre la possibilité de quelque homme pour faire naître ou pour générer un autre homme, cette qualité ne suffit pas, même pour lui-même, pour être digne de l’homme, ni pour en produire un qui soit digne de l’homme. Il en est exactement de même de telle part majoritaire (père) ou minoritaire (mère) du peuple qui ne peut faire être un dirigeant (son enfant en quelque sorte), qui soit digne de la responsabilité historique du dirigeant. On est alors contraint de nous incliner devant l’évidence : comme un père ordinaire par exemple, la part majoritaire du peuple (soutien du dirigeant) ne dispose pas seul de toutes les ressources pour un exercice utile à tous de son pouvoir exorbitant, à savoir réaliser le meilleur choix de ses dirigeants, les éduquer pour en faire des dirigeants dignes : de véritables politiciens au sens noble. Parce que et sans même juger sa manière de l’exercer, en face de son pouvoir exorbitant, se dresse un autre. En effet, le dirigeant (enfant symbolique du peuple) tel qu’il est généré, et qu’il est et agit est le résultat du choix décisif de cette part majoritaire, de son éducation, d’une part et l’est aussi de ses propres attitudes, initiatives et comportements vis-à-vis des attentes de cette dernière et des siennes propres, d’autre part. Tout en continuant de prendre appui sur la relation ordinaire parents-enfants que chacun vit et en considérant la part majoritaire du peuple comme étant le père du gouvernant, c’est à partir de ce point qu’il faut porter un autre regard pour percevoir et analyser les choses autrement, s’agissant des relations entre les dirigeants et le peuple, en particulier la majorité politique de la population à une époque donnée. Si cette part majoritaire, soutien de tel gouvernant à telle époque politique, constitue symboliquement son père et agit comme tel, qu’en est-il de son enfant symbolique (le gouvernant) ?

On se demande encore comment les hommes sont parvenus à faire de l’enfant symbolique du peuple (à savoir le gouvernant) son père. Car, l’évidence rend compte du fait que le gouvernant est l’un des enfants symbolique du peuple conçu comme une famille. On peut simplement convenant qu’il est un enfant remarquable. On peut également observer immédiatement que c’est en le fait que cet enfant symbolique est fait gouvernant des relations familiales, que se situe la source de la grande part de responsabilité du gouvernant ou du dirigeant politique. En démocratie, le dirigeant ou gouvernant paraît davantage être comme l’enfant symbolique du peuple ; l’un des parents étant constitué par la partie majoritaire électrice, son père symbolique. Pus qu’un enfant ordinaire et contrairement à lui, le dirigeant (enfant symbolique) est réellement un homme adulte que le peuple fait naître en tant que gouvernant. Avant sa naissance, il est déjà adulte. Il affirme  sa volonté de gouverner la relation pour un bénéfice familial commun. Il a la prétention de penser qu’il dispose des ressources de l’esprit pour le faire. C’est même ainsi que sa gestation politique se fait. Une chose est certaine, il dispose de davantage de pouvoir que n’en dispose un enfant ordinaire, pour résister à la part majorité politique (père), ainsi que pour s’abstenir, contre son désir, d’exercer l’autorité que la part majoritaire du peuple (symboliquement son père) lui a conférée au profit exclusif de ce dernier. Comme un père ordinaire, cette part dispose de son côté de la faculté d’être utile au gouvernant (enfant symbolique), à lui-même et au reste de la famille. Mais aussi et comme un père qui prétend régenter toute existence à la sienne unique, elle peut être toxique à tous. Bien que symboliquement un enfant, le gouvernant toutefois majeur peut l’être davantage vis-à-vis de la part majoritaire du peuple (son père symbolique) et accessoirement mais rarement de lui-même, ainsi qu’en raison des ressources et des moyens considérables dont il dispose. S’agissant de la dignité du dirigeant politique ou du gouvernant, comme de celle de l’enfant ordinaire qui grandit, c’est en résistant souvent à cette part majoritaire (le père symbolique), toutes les fois où il pense cela utile à tous les membres de la famille, qu’il devient le véritable dirigeant, comme un enfant ordinaire devient adulte ainsi. Face à un père totalitaire, l’enfant n’est-il pas en soi, ne devient-il pas adulte en récusant et en refusant son désir de le maintenir enfant, de le façonner pour qu’il le reflète et pour réaliser l’idée qu’il a de lui-même, en niant au passage son propre être ?

Clarté et moralité d’une symbolique faisant du gouvernant l’enfant symbolique et remarquable du peuple.

Il est nécessaire et moteur de discerner l’erreur fondamentale d’une conception faisant du gouvernant le père du peuple. Généré gouvernant de manière décisive par la majorité, il est appelé à devenir un véritable homme politique, à savoir un dirigeant digne de cette qualité. Il acquiert ainsi la considération de cette majorité qui aura usé de sa raison pour constater enfin qu’elle ne peut être, sans manifester aucune raison et sans accepter l’existence propre du dirigeant. Si nous admettons que les attentes souvent sociopathiques de la majorité se retournent contre tous les membres de la famille, nous devons aussi admettre que le refus du gouvernant/dirigeant, de surcroît majeur et disposant de davantage de moyens pour le faire qu’un enfant, de lui résister, aboutit au même résultat, voire pire encore. Or, dans cette affaire, le dirigeant (symboliquement enfant mais déjà adulte), affirme lui-même qu’il dispose de la connaissance nécessaire pour résister aux désirs de cette part majoritaire (son père symbolique).

Dès lors, chacun peut comprendre qu’il ait davantage de responsabilité comparativement et contrairement à celle attribuable à l’enfant ordinaire dans la situation qui est celle de sa relation avec son père tyran. Cela étant, il ne faut pas s’y tromper. Dans l’existence ordinaire des hommes, l’influence considérable d’un géniteur conserve sa pesanteur, même sur des enfants persistants en des adultes devenus. Il en est exactement de même de celle d’une majorité politique du peuple sur des dirigeants adultes, même symboliquement considérés comme des enfants). Malgré tout, sa meilleure conscience revendiquée des enjeux du monde et sa volonté de gouverner les relations pour les relever au profit de tous les membres de la famille ainsi que le pouvoir pour y parvenir qui lui a été concédé, constituent à cet égard, une circonstance aggravante de la part de responsabilité historique du gouvernant ou dirigeant (majeur) tout le contraire pour un enfant, même devenu adulte. Parce que l’enfant n’a ni la prétention de mieux connaître le monde que ses parents au point de vouloir gouverner les relations d’existence avec son père, pour le bénéfice de tous les membres de la famille, ni reçu de quiconque, encore moins de lui, le pouvoir qui fonderait son obligation d’essayer d’y parvenir, à défaut de ne pas réussir.

Cela dit, en parvenant ici, les ivoiriens doivent questionner le peuple, en tant qu’un père tyran (la majorité politique supportrice du gouvernant) et qu’une mère qui n’aspire à être ce père et à agir comme lui (la minorité politique ne soutenant pas le gouvernant). Tous les deux semble avoir contracté un pacte violent. L’objet de cette lutte violente est d’être père. Sans doute parce que posséder ce sexe implique d’avoir généré de manière décisive le détenteur du pouvoir d’État. Mais surtout, nombre d’ivoiriens pensent qu’en étant dans cette position familiale, le père symbolique, comme un père ordinaire africain, peut exiger de toute la famille, en particulier de ses enfants d’obtempérer à toutes ses demandes, sans aucun questionnement et de réaliser son seul être. Comme tel père pense qu’il suffirait à l’enfant de s’effacer au profit de son existence, le peuple de parents pense qu’il suffirait que tel gouvernant assume sa responsabilité, à savoir le réaliser conformément à ses désirs, pour que tout aille mieux dans son monde meilleur tel qu’il l’envisage. Peut être ! Le monde réel et contingent de relations humaines est loin d’être le meilleur désiré par chacun puisque qu’il ne relève pas d’un ordre mécanique, mais des volontés et désirs croisées de ceux qui le constituent. A défaut de pouvoir être le meilleur que le peuple désire, il peut cependant être celui acceptable, par la raison, par tous les membres de la famille. Dès lors, tous les ivoiriens n’ont pas d’autre choix que de tenter, par un minimum de raison, de ne pas souffrir de son immense complexité.

Sans doute, la part de responsabilité de toute majorité politique du peuple soutenant tel gouvernant, quelle qu’en soit l’ampleur voire sa petitesse, ne peut déterminer seule un mouvement commun dans la direction utile à tous. Il en est exactement de la grande part qui est attribuée au gouvernant mais dont l’exercice même raisonnable ne peut néanmoins lui suffire pour réaliser l’intérêt général. Toutefois, ce n’est pas là une raison suffisante pour négliger la responsabilité du peuple et son aptitude à ruiner tel ou tel effort de progrès, même le plus petit du gouvernant, s’agissant de l’exercice de la sienne. C’est pourquoi, on ne peut éluder la responsabilité de la majorité soutenant tel gouvernant, aussi faible soit-elle et son impact sur le gouvernant (dirigeant) et sa contribution décisive aux conditions de leur existence commune. Le gouvernant ou dirigeant, même adulte,  est symboliquement ainsi discerné comme l’enfant du peuple, ses parents. Quant à  la partie précise du peuple qui le soutient activement et qui l’a fait être gouvernant, de manière décisive, elle l’est comme son père symbolique, comme nous l’avons vu précédemment : c’est la majorité politique du peuple électrice du gouvernant et qui le soutient. C’est pourquoi, il est temps d’aborder une question qui brûlait jusque-là et à juste titre les lèvres du lecteur attentif et patient : mais, dans cette hypothèse du peuple, comme famille symbolique, où sont la mère, les frères et sœurs du gouvernant ainsi que les autres communautés familiales, le village, le monde autour dans tout cela ? Votre patience sera récompensée. Le gouvernant est l’enfant symbolique du peuple familial ; c’est un enfant qui gouverne les relations familiales à la place de ses parents.

Arguments en faveur de la minorité politique, non électrice du gouvernant à une époque donnée, comme étant la mère symbolique du gouvernant.

De ce qui précède, le dirigeant ou gouvernant est l’acteur le plus clairement défini du peuple, considéré symboliquement comme une famille : il est comme l’enfant du peuple, dont les parties constituent ses parents. Symboliquement, la part du peuple qui l’a fait être gouvernant, par son soutien et son choix électif majoritaires portés sur lui représente son père. Pour en savoir un peu plus sur sa mère symbolique, revenons à cette part du peuple, pour préciser qu’il ne représente que la composante “père” des deux parents ; la totalité du peuple étant comme les parents du dirigeant ou gouvernant. Il faut imaginer le père et la mère à partir de la représentation d’une famille ordinaire africaine usuellement connue.

En effet, nombre de familles africaines courantes, d’hier et d’aujourd’hui, il est fréquent que le père se comporta comme si l’enfant qui paraissait était son enfant exclusif. Il y en existe même pour lesquels seuls les fils paraissent être leurs enfants. Celle qui l’a porté pendant neuf mois semble être, de son point de vue et pour ainsi dire, un peu comme une réceptrice-hébergeuse de sa semence, avant de devenir nounou-éducatrice de base, pour les règles courantes inégalitaires de la vie ordinaire familiale. Peu d’ivoiriens contesteront que du haut de son hégémonie, l’archétype du père africain entend régenter l’existence de tous les membres de la famille, dont celle de l’enfant naturellement avec peu de défenses. Il est utile de préciser que cette description ne correspond sans doute pas à la réalité de toutes les familles. En conséquence, il convient d’observer immédiatement que, contrairement à l’enfant ordinaire, le dirigeant (symboliquement enfant du peuple, bien que réellement adulte), affirme connaître mieux le monde que les parents, en particulier, la part majoritaire du peuple qui le soutient et qui représente symboliquement son père. C’est même à ce titre qu’il est fait gouvernant des relations, fonction assurée de manière ordinaire par les parents dans une famille ordinaire. A bien y regarder de près, cette part majoritaire du peuple, dont les choix de ses membres ont constitué la majorité qui a généré le dirigeant, ressemble fort bien à ce père. N’entend-t-elle pas régenter l’existence et le mandat du gouvernant, considéré comme son enfant, au service de la sienne ? Avoir souligné le père permet d’entrevoir et de préciser la mère du gouvernant. Qui est-elle ?

Généralement dominée dans une relation inégalitaire d’ordinaire en Afrique des traditions, et dans le contexte d’une démocratie ivre et en quête d’un certain équilibre, on cherchera inutilement ailleurs ce qui correspond symboliquement à la mère du gouvernant, si on ne suivait pas le fil d’Ariane, la famille africaine. Comme un père de l’Afrique des traditions, la part majoritaire du peuple soutien et électrice du gouvernant pense l’avoir généré seule, comme si la part minoritaire du peuple n’y était pour rien dans son existence. En conséquence, la mère du gouvernant que nous recherchons est inévitablement cette part minoritaire du peuple, dont celle qui précède pense qu’elle n’y est que pour peu dans l’existence du gouvernant. Ainsi et en clair, les citoyens qui ont porté leurs choix sur d’autres dirigeants candidats (malheureux) et sur d’autres projets (s’ils existent), constitue cette part, la mère symbolique du gouvernant. Unique, elle est cependant composite en raison des choix divers des membres qui la constituent. Nous assimilons cette part minoritaire du peuple au moment et à l’issue d’élection à la mère du gouvernant élu, tant il apparaît à la part majoritaire que le gouvernant (l’enfant) est sa priorité, comme un père-tyran africain. C’est une mère qui ne se laisse pas faire ; mieux, elle veut être le père du gouvernant.

Car, nous commettrions une grave erreur à penser que dominée, elle acceptait stoïque sa situation. Il n’en est rien du tout. Car, de quoi s’agit-il quand elle réclame l’alternance démocratique ? L’alternance évoque chez elle, non seulement un changement de gouvernant, mais surtout, une inversion des sexes symboliques. De la part minoritaire du peuple (mère du gouvernant), elle entend occuper la position de part majoritaire, lui permettant d’être le père symbolique du nouveau gouvernant et en tous cas, de celui qu’elle génère par l’alternance. Avec ce changement de sexe en tant que père du gouvernant, elle espère dans le même mouvement d’alternance un échange : échanger le pouvoir de tyrannie de la famille et d’influence du gouvernant du père symbolique qui précède et en être doté, contre la position de mère dominée. Son combat dont l’unique finalité est de faire de tel enfant symbolique (dirigeant) qu’elle soutient l’enfant remarquable de la famille (le gouvernant) n’a pour seule ambition de faire comme le père symbolique (la majorité actuelle). C’est sans doute là, pourquoi on parvient avec peu d’effort au fait essentiel que le père (majorité) et la mère (minorité) symboliques du gouvernant ne respectent pas l’être propre de tous les membres de la famille, en particulier de l’enfant symbolique remarquable (le gouvernant). C’est la raison pour laquelle tant que cela reste la réalité, alors rien ne permet de les distinguer, même cachés derrière la majorité et minorité constituant leurs sexes différents. Ce constat est renforcé d’autant que leur volonté est semblable : annexer l’existence même du gouvernant au profit de la leur particulière et au détriment de l’égale existence de tous les membres de la famille. Vis-à-vis de tel gouvernant, la minorité politique est sa mère symbolique dans la conception du peuple familial ; mais, elle est une mère qui veut être le père et dans sa position avantageuse. 

Maintenant que nous savons que le gouvernant est l’enfant symbolique du pays familial, que la majorité politique du peuple constitue son père symbolique et que la minorité représente sa mère symbolique, quels sont les frères et sœurs symboliques du gouvernant ? Il convient de préciser qui représente le dernier des quatre acteurs principaux de la famille. Parce  le gouvernant n’est pas l’unique enfant symbolique du peuple, il est temps d’explorer qui sont les autres enfants du peuple familial et quels sont les acteurs extérieurs à une telle famille ainsi que leur environnement.

Le gouvernant n’est ni le père ni l’unique enfant symbolique du peuple.

A ce stade, il convient d’introduire les autres enfants du peuple, au delà de celui remarquable qui gouverne. Ce sont les autres dirigeants.  C’est précisément parmi eux que la mère du gouvernant (part minoritaire du peuple) entend choisir son préféré pour gouverner la relation familiale à la place de celui préféré par la part majoritaire (le père). Rappelons que les foules d’ivoiriens ordinaires sont ceux dont leurs choix font d’eux, ceux qui constituent symboliquement, soit le père, soit la mère du gouvernant. Par leurs soutiens, à travers la reconnaissance de l’autorité et du leadership de tels ou tels ivoiriens, des parties du peuple génèrent des dirigeants, à partir de certains des membres du peuple. Ces enfants symboliques du peuple constitue la fratrie du peuple de parents. Ainsi, le peuple se présente comme un sujet-multiple et multiforme.

Multiple, il est par les individus qui le composent. Il l’est aussi à travers ses parties symboliques que constituent les individus selon leurs préférences, leurs soutiens, leurs choix et leurs votes, à un moment politique donné et par rapport à un  dirigeant donné. Ce que le peuple est dans toutes ces dimensions que nous venons de préciser est variable. Il varie en fonction des ivoiriens, de leurs volontés, de leurs désirs, de leurs choix et décisions politiques qu’impose le rythme de la démocratie. Ainsi, si les ivoiriens en tant qu’individus sont la constante, leurs expressions politiques la rendent multiforme dans la composition de ses parts symboliques constitutives : père et mère. Ses parts symboliques et variables que sont le père, la mère et leurs enfants sont les résultats circonstanciels définis par un ordre politique déterminés par les ivoiriens eux-mêmes, pris individuellement, dans leurs rapports politiques à un moment donné vis-à-vis de tel ou tel dirigeant. Tout dirigeant (adulte par définition) est symboliquement  néanmoins comme un enfant que le peuple génère, en même temps que ses propres part sexuées (vis-à-vis de ce dirigeant, ses parts soutien/rejet). Symboliquement, tout se passe comme si, au moment de générer tel dirigeant, chaque soutien ou rejet individuel (des ivoiriens) contribuait à constituer une part mâle (celle soutenant le dirigeant) et une part femelle (la part femelle constituant par définition celle résultant de tous les soutiens aux autres dirigeants). Cette condition hermaphrodite de toutes les parties du peuple vis-à-vis de tels dirigeants autorise qu’elles puissent, en partie ou en totalité être pères ou mères de n’importe quels autres dirigeant élus. Vis-à-vis du gouvernant, le peuple ivoirien est composé d’ivoiriens, constituant selon leurs volontés et décisions le concernant, la part majoritaire ou sa part minoritaire ou symboliquement de sa fraction père et de sa fraction mère. Chacune d’elles participe à la constitution de sous-fractions pères et mères vis-à-vis de tous les autres dirigeants, non gouvernants que nous désignons symboliquement comme les autres enfants du pays familial.

A partir de cet échafaudage de la pensée, chacun peut imaginer les relations des membres de la famille symbolique ainsi circonscrite. Il y a les relations d’ordre institutionnel, accessibles à tous les membres de la famille, se manifestant comme des conseils de famille.  Il y a surtout, la grande masse des relations du gouvernant avec chaque parent (majorité et minorité de la population vis-à-vis de lui), de chacun de ces parents avec les autres enfants (autres dirigeants), etc… Au delà de ces relations internes à la famille, tous les membres de la famille entretiennent des relations hors famille.

Incohérence et danger de penser et d’agir comme si la famille symbolique existait seule au monde. .

Comme une famille ordinaire, le peuple familial n’est pas seul au monde, ni n’existe dans un environnement amical et dénué de toute adversité. Ainsi, de même que les membres d’une famille ordinaires recherchent des soutiens internes et externes pour assurer la place à la mesure de leurs volontés et désirs, les membres de la famille symbolique procèdent autant. De leurs positons d’enfants symboliques qui dirigent néanmoins la famille, le gouvernant et les autres responsables politiques sont en relation avec des gouvernants et dirigeants d’autres États et d’autres acteurs impliqués dans des relations extérieures d’un État. Inutile de dire que ces acteurs influencent leurs propres perceptions et actions. Il en est exactement du peuple dans ses composantes symboliques père, mère et frères et sœurs (autres dirigeants ou responsables politiques) du gouvernant. Chacun des acteurs des relations familiales cherchent des soutiens, des appuis, etc… Chacun d’eux est parfois irrité, gêné, renforcé par ces relations extérieures, selon qu’elles servent ses objectifs dans les relations internes. C’est une évidence de dire que les acteurs intervenant dans les relations des membres de la famille ne les influencent et n’ont de prise que parce des membres ou tous les acceptent. Quels que fussent leurs objectifs, réalisés à travers leurs implications décriées ici et là par des membres de la famille symbolique, peuvent-ils avoir toute la nocivité collective pour la famille qu’on leur prête tant qu’il existe une majorité de membres de la famille pour penser le contraire ?  Ainsi, les membres de la famille s’en tenaient à la force de la pensée majoritaire en négligeant la force de tout effort de conviction de sa vérité et utilité collective, alors tel père symbolique et son enfant prodigue, fait gouvernant, continueront de conduire le pays familial dans les abîmes de l’histoire, qu’ils s’allient avec des acteurs extérieurs ou les maintiennent à bonne distance de la famille pour dans les deux cas potentialiser leur force déjà rendue importante en raison de la détention du pouvoir.

Voici grosso-modo, ce qui semble symboliquement se jouer, dès lors qu’on évoque le gouvernant et son peuple en Afrique, en Côte d’Ivoire en particulier. Envisagé symboliquement comme une famille, le pays est comme une famille ordinaire, dans laquelle le jeu des parents et des enfants, est de surcroit complexifié par des enfants faits dirigeants, dont l’un remarquable reçoit le pouvoir de gouverner la famille à la place des parents, en particulier du père. Outre cette inversion de taille, le problème du gouvernant comme celui de l’enfant devenu adulte, reste le même : entretenir des relations entre adultes avec ses parents pour le bien de tous les membres de la famille, faute de quoi la famille est en dérive. Le chemin le plus cours est d’appeler la famille ordinaire en appui de la compréhension de la difficulté de la famille symbolique.

3. Danger de tolérer l’idée du gouvernant comme étant le père symbolique du peuple.

Concevoir le pays comme une famille symbolique en inversant la place de ses membres mène une telle famille dans l’impasse et lui fait courir un danger : celui de la violence permanente. Par conséquent, il importe de tenter une autre compréhension des difficultés de la nouvelle famille symbolique, à partir de la clarification précédente de ses membres et de ce qui se joue parfois dans une famille ordinaire. De tout ce qui précède, il ressort que les rapports du peuple, dans sa double composante (part majoritaire électrice et part minoritaire non électrice) et de ses dirigeants ressemblent comme deux goutes d’eau à celles ordinaires des membres d’une famille traditionnelle africaine. A partir de faire symboliquement de la communauté nationale l’équivalent d’un cadre familial ordinaire, les difficultés du pays peuvent être appréhendées, lorsque les acteurs sont positionnés à leur véritable place symbolique dans une telle famille.

Approcher ce qui se joue dans les relations des membres d’une telle famille ordinaire fournit une certaine mesure des difficultés à résoudre.

D’une part, l’un des parents (partie majoritaire élective du gouvernant) entend régenter les relations à son profit. D’autre part, l’autre parent (part minoritaire et élective d’autres dirigeants candidats malheureux) entend, d’un côté bénéficier de la “bienveillance” du gouvernant, l’enfant symbolique qu’il peine à aimer du fait de sa relation quasi exclusive avec le père (majorité). Malgré ce et d’un côté, il pense qu’il la lui doit par la république. De l’autre, adossé à la démocratie, il agit pour lui substituer un autre dirigeant, son préféré à la gouvernance des relations familiales. Entre les deux parents, le dirigeant qui gouverne est tiraillé, bien que très souvent il ait choisi de satisfaire les attentes de la part majoritaire électrice, la ligne de plus forte contrainte. Il l’est, d’une part, entre ces deux pôles opposés. D’autre part, il navigue péniblement entre ses propres projets, en tant que membre de la famille ayant ses intérêts propres et en tant que gouverneur des relations, sensible malgré tout à la dignité de sa place et fonction à construire qui ne peut être réalisée sans considérer un minimum d’intérêts communs. Parvenu à ce point d’une description des relations entre acteurs se percevant “comme si…”, on perçoit que les premières difficultés commencent dans les attitudes et comportements fondés sur ce “comme si…” des acteurs. Ces comportements nous rapprochent en réalité des relations ordinaires des membres d’une famille africaine traditionnelles, à l’exclusion de la position de l’enfant, adulte et fait gouvernant des relations à la place du père et de la mère, en raison de sa prétention à mieux connaître le monde qu’eux et à pouvoir mieux gouverner les relations familiales au profit de toute la famille.

A chaque époque, telle part majoritaire du peuple (symboliquement le père et électrice du gouvernant)) pense que l’existence du gouvernant résulte de son seul fait. Or, la vérité est que sans la part de la mère du peuple (par minoritaire), rien de tout cela n’aurait été possible. Si donc, cette partie du peuple, qui ne l’a pas choisi, n’acceptait pas la république et la démocratie, quel gouvernant peut-il naître par la seule force des voix électorales, même majoritaires d’une majorité du peuple ? Un tyran peut-être, gouvernant à la force des baïonnettes ! L’histoire enseigne qu’il finit par avoir, comme le meilleur démocrate, un père et une mère. Quoi qu’il en soit, il ne peut y avoir de famille ordinaire, encore moins symbolique sans un fort sentiment d’appartenance commune. Par ce qu’elle équivaut à la génération d’une part majoritaire du peuple (père symbolique) et d’une part minoritaire (la mère symbolique), dont leur enfant symbolique remarquable est le gouvernant,   la démocratie ou libre expression politique des ivoiriens est à la source de la famille symbolique. L’existence de cette dernière implique que la minorité accepte le choix décisif de la majorité, donc le gouvernant quand de son côté, la majorité doit se garder d’écraser ou d’ignorer la minorité, comme si elle existait seule et avait donné seul naissance à un enfant symbolique : le gouvernant. Cela n’est possible que si le sentiments d’appartenance commune de la minorité et de la majorité sont si solides que la première a confiance dans ce lien pour s’abandonner à la décision de la majorité et pour la seconde, pour considérer la minorité comme nécessaire pour sa propre existence, constituant la réalité à laquelle tous les deux sont solidement attachées. A défaut d’un tel lien, la famille peine à exister. Voici, comment les relations s’empoisonnent de malentendus, d’incompréhensions mutuelles, d’opposition des désirs et des vanités, etc…. D’une part, entre un père (partie majoritaire du peuple) et une mère (la partie multiple minoritaire), dont il attend qu’elle reconnaisse ses vaniteuses prétentions sur le gouvernant (l’enfant symbolique), son existence, ses décisions, ses productions, etc… D’autre part, entre ce père symbolique (majorité) et celui qu’il pense être “son enfant” (le gouvernant), dont il attend, comme de sa mère, obéissance à ses désirs et qu’il agisse dans le sens qui lui convient, qu’il réalise toutes ses attentes, qu’il lui ressemble en manifestant ses qualités d’égoïsme, d’être la totalité. Enfin, les relations entre cette mère symbolique (la minorité politique) et le gouvernant qu’elle n’a pas élu mais qu’elle considère malgré tout et à juste titre, comme son enfant aussi, qu’elle rejette cependant en raison de ses rapports obtus avec son père. Elle n’en attend pas moins néanmoins. Au delà et plus que les meilleurs regards, elle exige même la satisfaction de ses attentes qu’elle considère qu’elles sont tout autant légitimes que celles du père, malgré sa position rendue inconfortable par un père totalitaire et un enfant, certes adulte, mais agissant souvent comme un enfant.

Voilà en quelque sorte une projection de certains acteurs de la scène de coexistence nationale et la situation des relations de la communauté nationale ivoirienne, convertie symboliquement en une famille. Bien sûr, si ce sont les membres des parties du peuple et le gouvernant qui changent selon l’époque politique, la situation elle-même semble être constante. Tant qu’une médiation n’aura pas amené les protagonistes à discerner autrement leur situation commune et à réviser leurs certitudes ainsi que leurs prétentions, à défaut que toutes les rassemblent, une telle situation risque de durer. En la matière, il n’y a aucune solution providentielle. Seule l’interrogation profonde des ivoiriens eux-mêmes sur leurs comportements, leurs ressorts ainsi que leur utilité collective peut les conduire à les modifier. C’est là l’unique voie et le seul espoir auxquels peut contribuer la pensée.

Danger de se tromper sur la question essentielle qui se pose à la famille symbolique.

La question fondamentale qui se pose à présent à la famille ainsi symboliquement constituée est de même nature que celle qui se pose à une famille réelle ordinaire. De même qu’une famille ordinaire, n’est pas seule au village, en Côte d’Ivoire ou en Afrique, ni dans le monde, aucun peuple-famille ne l’est dans le monde. Existant dans un environnement contraint de l’intérieur par les désirs, la liberté et les volontés de ses membres et de l’extérieur par ceux des acteurs externes à elle, la question est de savoir si chaque membre du peuple-famille entend seul faire avec les contraintes, à savoir les utiliser, les détourner, les contourner, s’en accommoder, etc… à son seul profit. Car, au terme de cette réflexion et au regard de la production des ivoiriens, il semble qu’ils ont fini par oublier que l’intérêt commun général est l’unique raison initiale de l’avènement et l’acceptation du gouvernant par le peuple, dans ses multiples composantes.

La majorité d’ivoiriens qui soutient et est électrice de tel semble agir comme un père symbolique tyran. Comme un père prétentieux, elle regarde la famille du haut de sa puissance circonstancielle, acquise de l’avènement même du gouvernant qu’il a élu. Elle attend le sacrifice même de l’être du gouvernant (enfant symbolique) à sa réalisation et à la satisfaction de ses intérêts particuliers. De sa position fragile, la minorité toute aussi circonstancielle d’ivoiriens, comme une mère coexistant avec un époux-père tyrannique, n’attend pas moins du gouvernant (son enfant symbolique aussi), bien qu’il lui échappe totalement sous l’influence d’un père régent. Entre les deux et en grande difficulté, l’ivoirien en le gouvernant n’oublie toutefois pas la satisfaction de ses propres désirs, dès lors qu’il s’est assuré de disposer des bonnes grâces de la ligne de force (part majoritaire du peuple) pour les réaliser. Ainsi, oubliant tous les trois que le gouvernant a un être propre à réaliser et la dignité de sa fonction à bâtir, l’intérêt général risque alors dans ces conditions d’être un mirage au point de vue du père, de la mère et de l’ivoirien en le gouvernant. Est-ce peut-être pourquoi les rapports entre le peuple ivoirien, ses dirigeants et gouvernants sont ce qu’ils sont ?

En fait, sans y prêter attention, dès qu’on évoque la situation de la Côte d’Ivoire, des relations entre ses gouvernants/dirigeants et le peuple, on traite des relations de la vie ordinaire, des désirs de domination, d’égoïsme, de prétentions et de vanité, de solidarités et d’amitiés intéressées. On traite aussi, comme dans une famille déchirée par les ambitions et les désirs, de volonté commune de se défendre ensemble contre des agressions externes, dès lors qu’aucun membre n’y a rien à gagner à les accepter. La question première commune ne semble donc pas de savoir, à quel point le peuple ivoirien est agressé de l’extérieur. Elle semble plutôt être celle de savoir, si des agressions externes servent des volontés et des intérêts particuliers de membres de la famille n’agissant pas pour un intérêt commun. La question nous amène à questionner pourquoi des membres du peuple les tolère et comment parvenir à une famille qui ne leur donne aucune prise.

Pour traiter de cette question, il est impératif que les membres de la famille discernent leur position dans la famille symbolique. Autrement, faire comme c’est le cas du gouvernant, le père symbolique du peuple, revient à aborder la difficulté de la famille symbolique en considérant que l’enfant est le père et en ne s’apercevant pas que c’est l’enfant qui gouverne les relations familiales, contrairement à une famille ordinaire. En conséquence, le peuple court le risque de s’en tenir à ses jugements convenus de tel gouvernant, considéré comme son père symbolique qui joue insuffisamment son rôle à son égard, lui son enfant symbolique. L’analyse qui précède et qui a abouti à réviser les membres de la famille symbolique et leurs position peut l’inviter à revoir les fondements de ses jugements. 

 

Conclusion

Depuis 1993, la Côte d’Ivoire est dans une impasse. Les uns ont identifié les responsables internes de cette situation ; c’est tel gouvernant et tous les dirigeants. De leur côté, d’autres les ont identifiés en des acteurs extérieurs à la famille symbolique constituée par la Côte d’Ivoire. S’agissant des responsables internes, dans la mesure où les accusations sont croisées, selon que les uns sont distants du pouvoir ou ont une aversion pour son détenteur, on parvient au fait que tels membres de la famille en accusent tels autres, à telle époque politique, mais de la même manière. Pour tenter de comprendre ce qui se joue, nous avons examiné la conception ramenant le pays à une famille symbolique.

Ayant analysé de quelle manière le gouvernant advenait, nous avons tenté de montrer qu’il ne peut point être le père symbolique du peuple comme les faits témoignent que la population se le représente. En conséquence, nous avons établi le danger d’une conception de famille symbolique qui a abouti à mettre l’enfant symbolique du peuple (le gouvernant) à la place de ses parents, constitués par telle majorité et telle minorité politique à telle époque donnée. Ce danger est de même nature que celui que pouvait courir une famille ordinaire dans laquelle aucun membre n’était à sa place, ni en pensée, en représentation ou posture, ni en actions.

C’est pour constituer une nouvelle base d’exploration des difficultés relationnelles entre tel gouvernant et tels dirigeants et le peuple que nous avons tenté une redéfinition des membres de la famille symbolique. A son terme, nous sommes parvenus à quel point le gouvernant, certes adulte, représentait l’enfant symbolique de la famille. Nous avons insisté sur la particularité décisive d’une telle famille. Contrairement à une famille ordinaire, le pays est une famille symbolique dans laquelle l’un des enfants est rendu remarquable à travers le fait que l’autorité de gouverner les relations familiales et extérieures lui a été confiée pour son exercice au bénéfice de tous les membres de la famille. Ce renversement historique trouve son fondement dans la meilleure connaissance supposée de l’enfant symbolique du monde par rapport à ses parents, reconnue et acceptée par ces derniers.

Ainsi, manquant de rigueur dans leur discernement, l’analyse nous a conduit à observer que les positions familiales présentent le danger important d’induire les acteurs en erreur, quant à leur postures, leurs attentes et leurs comportements dans les relations. D’autre part, étant les mêmes, à partir desquelles les accusations sont portées par tels membres de la famille à l’égard de tels autres, leur défaut de pertinence risque d’altérer gravement la qualité des appréciations et des jugements, en raison de manquer de constituer un repère digne de considération. Ainsi, la conception qui a abouti à faire du gouvernant le père de la nation relève non seulement d’une grave erreur d’appréciation, mais surtout est susceptible d’affecter gravement la psychologie, la pensée et les jugements des acteurs.

Par ailleurs, la procédure usuelle qui conduit à faire du gouvernant et des dirigeants les seuls responsables des relation familiales délétères constitue une fausse route collective, en raison de nier toute liberté et toute capacité de discernement au peuple. Elle résulte d’un manque total de considération à l’égard du peuple. Car, existe-il une seule famille, en proie aux difficultés relationnelles, dans laquelle tel parent ou tel enfant, tel membre serait le seul responsable de la situation détestable qui est celle de leur coexistence ? Si la Côte d’Ivoire est une famille symbolique, le gouvernant n’est pas le père symbolique du peuple ; de même que ce dernier n’est pas son enfant, mais l’inverse. C’est à partir de cet angle de vue, qu’il faut réexaminer les points de vue et les jugements concernant les relations des membres de la famille symbolique ivoirienne, à savoir les relations de coexistence des ivoiriens constituant le peuple, leurs dirigeants et leur gouvernant à toute époque.  Pourrait-on être surpris de constater que peut-être, dans telle situation, tel gouvernant enfant symbolique mais adulte, agit effectivement comme l’enfant symbolique, quand dans telle autre contexte, il agit comme le père symbolique qu’il est, persuadé de l’être et que le peuple lui-même le lui reconnaît. Remarquerait-on également que dans les mêmes contextes, telles parts du peuple se comportent comme des parents symboliques, mais tyrans ou comme des enfants, n’admettant ni ne reconnaissant aucune limite imposée par la règle que leur père symbolique supposé (gouvernant) est censé faire observer. Dans le prochain volet de cet article, nous examinerons l’innocence généralement supposée du peuple.

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(1) Franz Kafka, “Lettre au père”, Editions Gallimard, 1957, pour traduction édition française, 97p.

(2) Chinua Achebe, cité par Maria Malagardis, Chinua Achebe, au-delà des ténèbres”, Article du journal français Libération, publié le   https://next.liberation.fr/livres/2013/11/27/chinua-achebe-au-dela-des-tenebres_962436

(3) Chinua Achebe, cité Tirthankar Chanda«”Things fall apart”, le chef d’œuvre de Chinua Achebe de nouveau en français”», Article de la radio française RFI, p http://www.rfi.fr/mfi/20131227-things-fall-apart-roman-nigerian-chinua-achebe-tout-effondre-actes-sud

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