COTE D’IVOIRE – Tentative de médiation entre ivoiriens, entre le peuple et ses dirigeants. (3/4)

3.

Peu de choses des conditions communes d’existence pourront être changées si le peuple est innocent de toutes ses difficultés de vivre.

Il sera difficile de se retrouver pour changer ensemble l’état des choses, si nombre d’ivoiriens ne reconnaissent pas être de libres acteurs et refusent leur part de la responsabilité collective. Dans les deux volets précédents de cet article, nous avons tenté de discerner les membres de la famille symbolique constituée par la Côte d’Ivoire. A son terme, le gouvernant n’est plus apparu comme étant le père symbolique de la nation. Il est ressorti de l’analyse comme l’enfant symbolique et remarquable du peuple ivoirien, représentant ses parents symboliques. D’un côté la part du peuple qui le soutient est son père ; de l’autre, celle qui ne le soutient pas représente sa mère. Quant aux autres dirigeants, ils sont les autres enfants symboliques du peuple. Nous avons également tenté de sonder la psychologie des acteurs selon cette double conceptions de la famille symbolique. Pour y parvenir, la famille africaine traditionnelle ordinaire et réelle a été d’un très précieux concours. Maintenant que la famille et ses membres sont connus et définis, on peut alors examiner les difficultés de la famille. La clarification des positions respectives des acteurs de la famille symboliques constituée par le pays et les ébauches psychologiques précédentes fourniront l’éclairage pour le faire.

Considérations préalables concernant l’innocence du peuple dans les conditions de son existence.

Sans aucun doute, il ne sert à rien d’accabler quelque dirigeant ou gouvernant, à la suite du peuple, de toutes ses certitudes le concernant. Non seulement cela relèvera de la répétition de ce qu’il affirme et que tel gouvernant sait déjà, mais en plus ne modifiera en rien leurs réflexions respectives, ce qui est plus grave. De plus, cette procédure n’a amené jusque-là aucun changement substantiel, susceptible de valider son intérêt. Il par conséquent convenable et peut-être décisif d’élargir la perspective. Admettons donc d’emblée que les dirigeants politiques emportent la plus grande part de responsabilité. Mais, cela ne saurait suffire pour expliquer et justifier le forfait dont le peuple souffre. Pour sortir des difficultés communes, il faut ajouter de nouvelles pièces au débat  pour l’alimenter. De ce point de vue, aucun acteur ne doit être épargné.

L’innocence du peuple et victime exclusive en question.

Les ivoiriens n’ignorent pas tout de tout.

Au sujet de leurs difficultés communes, aucun ivoirien ne méconnaît les jugements péremptoires du peuple à l’égard de ses dirigeants et gouvernants. De manière abrégée, nous dit le peuple, le gouvernant et les dirigeants sont responsables de tous les maux du peuple. Les crimes dont on leur fait porter la responsabilité sont si nombreux qu’on se contentera d’en citer quelques uns : détournement des ressources du pays et auteurs de la fuite des capitaux, encouragement du tribalisme, communautarisme ou régionalisme, exposition du pays aux intérêts étrangers ou facilitation de leur réalisation, politique de développement incohérente, imbécile ou absente, désir de monarchie, etc… Les faits sont têtus, comme on dit. Ils ne limiteront pas l’ampleur de la responsabilité des gouvernants et des dirigeants. Pour autant, ils manquent de constituer des arguments suffisants pour affirmer, comme le peuple, que le peuple emporte toute la responsabilité de leur situation commune. Admettons même tous les faits sans les discuter et conduisons une analyse par récurrence. Pour leur faire endosser tous seuls la responsabilité aussi bien qualitativement que quantitativement, de tous les crimes que le peuple leur reproche,  il est nécessaire de se poser deux questions. D’une part, pour quels motifs tel gouvernant les commet-il ? Car, sans discerner ces motifs, énoncer qu’il commet de tels crimes relèverait de la pure absurdité. Approchons donc les mobiles de leurs crimes. D’autre part, et quels sont ses espoirs de succès ? Car qui peut croire que tel gouvernant commette tels crimes réguliers au détriment du peuple, s’il n’a pas forgé quelques convictions ? Au delà de ses chances de succès que le pouvoir lui confère, qu’est-ce qu’il y a ? Qui peut penser qu’il agisse de cette manière si aucun peuple ou partie ne le soutient dans son entreprise et  s’il n’a quelque espoir de l’impunité ?

Ainsi, au terme de l’analyse, peut-être, découvrira-t-on que le peuple, sinon ses parties au moins, sont impliqués dans des crimes que le peuple dénonce. A travers leur soutien, la réalisation de leurs intérêts constitue peut-être les mobiles recherchés et nous éclairerons sans doute ceux auxquels les crimes profitent. D’où, l’on pourrait extraire que le peuple n’est peut-être pas innocent de ce qui ressemblera alors à son propre suicide.

Pour conduire cette réflexion, il convient d’examiner les jugements du peuple sous un angle différent : celui d’une famille symbolique dans laquelle le gouvernant n’est plus le père mais l’enfant symbolique. Parce que tous comptes faits, il est difficile d’affirmer que tous les jugements du peuple rendent compte de la vérité de la situation commune de coexistence. Parce, considérant le gouvernant comme son père symbolique, qu’il commet une erreur de repère dans sa procédure . Il convient aussi d’accepter de mettre de côté toutes les bonnes raisons du peuple, dans ses composantes multiples, de faire des dirigeants et des gouvernants les seules sources du mal du peuple ivoiriens. Le peuple n’affirme-t-il pas qu’ils sont des corrompus qui achètent ses soutiens au lieu de le convaincre. Ne dit-il pas qu’ils sont des communautaristes ou tribalistes qui se mettent au service de leurs communautés ou tribus. Ne les identifie-t-il à des voleurs qui lui pillent ses ressources et ses biens, et à des imbéciles qui agissent sans manifester aucune raison ? Finalement, de son point de vue, n’incarnent-ils pas des irresponsables sans utilité pour lui ? Bref, écartons du débat le jugement impératif du peuple faisant d’eux, non seulement ceux qui n’assument pas leur responsabilité historique et devoir envers lui, mais au contraire, ceux qui lui sont nuisibles.

La souffrance du peuple convertie en son innocence.

Le peuple répète sans cesse que tel gouvernant génère les difficultés des ivoiriens quand il ne constitue pas purement et simplement son problème. Or, un homme ne peut constituer un problème, en particulier celui commun des ivoiriens à résoudre ensemble. Même pour ceux qui veulent faire des acteurs un problème, un acteur seul ne peut représenter seul un problème né des relations humaines. C’est pourquoi, il est temps de discuter l’énoncé de certains principes du peuple.  On ne peut plus se contenter, comme jusque-là, de continuer à revêtir le peuple de son costume d’innocence au détriment de la vérité. Il convient d’approcher la vérité de la situation commune au milieu des relations humaines complexes que suppose vivre ensemble. Voyons si tel gouvernant n’agit que tout seul et pour lui seul. Examinons s’il le fait indépendamment de la considération des motivations de la grande foule d’ivoiriens qui le supportent. Rappelons que certains parmi eux sont prêts à sacrifier leur existence dans la confrontation avec d’autres ivoiriens auxquels ils sont opposés. Quand on mesure qu’ils peuvent sacrifier leur existence en face des détracteurs supposés, sinon des menaces, pour leurs statuts de gouvernants, peut-on penser qu’ils ne tirent rien d’un tel soutien ou sacrifice ?

Que veulent signifier des ivoiriens quand ils disent que tel gouvernant ne sert pas le peuple ? Au regard de ce qui précède, leur énoncé semble finalement revenir à affirmer qu’ils n’acceptent pas que le gouvernant ne soit pas celui qu’ils soutiennent. Comme un comble, ils divergent sur les conséquences de leur accord : en assignant au dirigeant/gouvernant et comme finalité de son mandat temporairement confié de servir leurs intérêts, le gouvernant ne peut les servir que s’il est celui qu’ils ont élu. Ainsi, le jugement de tel gouvernant et de son action glisse immanquablement au jugement d’un accord de principe : parce que des ivoiriens en refusent les conséquences, en étant la minorité politique à une époque donnée. C’est en cela aussi que ne pas détenir le pouvoir est inacceptable pour tel gouvernant. Ne pas le détenir implique, pour tel gouvernant, de ne pas pouvoir être utile à ses foules de supporters et admirateurs. Pour tels ivoiriens, ne pas détenir le pouvoir à travers leur champion politique, c’est l’assurance de ne pas pouvoir être servis.

Voilà pourquoi, l’analyse qui suit se propose de soumettre à la raison du peuple, de son gouvernant et de ses dirigeants d’autres considérations. Sa seule prétention est de conduire à une interrogation sur leur situation commune chaotique. Elle a également l’ambition de les encourager à questionner leurs jugements péremptoires et incomplètement fondés. Peut-être alors, la situation des relations et des conditions de la coexistence peuvent bénéficier de leurs raisons au commande de leurs actes. Face à la complexité de leurs relations et avides de les comprendre, espérons-le, ils pourront peut-être parvenir à modifier leurs perceptions et leurs conduites. Ainsi, la totale et complète responsabilité du gouvernant et des dirigeants est traitée et évoquée par nombre d’ivoiriens, vêtus de leurs habits de procureurs implacables de la république. Mais, un doute raisonnable existe cependant quant à la complétude de cette culpabilité. C’est pourquoi, il est temps d’instruire l’innocence totale du peuple, défendue par ces procureurs instruisant à la seule charge de tels ou tels gouvernants et dirigeants.

Procéder ainsi peut conduire chaque ivoirien à revoir ses certitudes. Cela peut l’amener à éviter de faire de tous gouvernants et de tous dirigeants, des gens qui n’ont d’horizon que d’abuser honteusement du peuple démuni, voire manquant de faculté de discernent de l’essentiel. Quel ivoirien parvient-il à penser que des masses ivoiriennes supportrices de tel ou tel gouvernant ou dirigeant ignorent le sens profond de leur engagement ? Certes, on peut questionner l’intérêt collectif de son sens. Mais des masses affirment, sans aucune réserve, que tels ou tels gouvernants ou dirigeants abusent les ivoiriens. Cela mérite qu’on en débatte. Il se peut que ce débat conduise le peuple à constater que, d’une certaine manière, c’est insulter tels gouvernants et s’insulter lui-même. D’une part, concernant tels gouvernant, c’est penser qu’il ne manifestent que cette volonté et qu’ils disposent de toutes les ressources, y compris de l’esprit, pour réaliser leurs forfaits à l’insu du peuple, alors fait victime. D’autre part, s’agissant du peuple, c’est considérer qu’il n’est victime du gouvernant qu’en l’unique raison qu’il ignore tout de tout. Néanmoins, un peuple insuffisamment instruit n’est pas un peuple qui ignore tout de tout. Pour cette unique raison au moins, le peuple doit être traité avec considération et confiance dans sa capacité de comprendre ce qui le concerne. Il convient tout simplement de récuser les assertions ne faisant du peuple que la victime de son gouvernant. Le peuple détient, sans doute, une petite, mais néanmoins une importante part de responsabilité dans les circonstances de l’existence collective.

Un débat nécessaire et utile concernant l’innocence du peuple.

Les ivoiriens n’échapperont pas au débat concernant l’innocence du peuple. Sans doute, pour les y encourager alors que nombre d’entre eux n’en acceptent probablement pas la raison, le préalable est de reconnaître avec eux la grande part de responsabilité de leurs gouvernants et dirigeants.

Reconnaître la responsabilité incontestable des gouvernants, c’est rendre possible le débat concernant l’innocence du peuple.

Les faits généralement reprochés aux gouvernants africains pour expliquer la situation de l’Afrique sont nombreux. A juste titre, le peuple les accuse d’être responsables de détournements de ressources publiques et de la fuite des capitaux et de corruption. Il les fait être les auteurs de la mauvaise gestion publique, des inégalités sociales abyssales ou de la forte inégalité dans le partage des richesses au profit des entreprises multinationales et des élites politiques. Il les présente comme incapables de projets de création de valeurs ajoutées aux innombrables ressources brutes. Bref, ils manquent de planifier des projets de société, si bien que par exemple les produits locaux restent sous valorisés, étouffant toutes possibilités de développement d’une industrie locale. Dépourvus selon le peuple d’une vision commune régional et continentale, ils sont champions de la mauvaise gouvernance. Comble de son malheur, les élites politiques sont souvent à la croisée des conflits d’intérêts entre sous-communautés nationales. Ils les alimentent par leur aspiration à vouloir la primauté de telles régions et ses ressortissants sur telles autres. L’injustice sociale et Finalement responsables des guerres, ils nuisent avec elles à la cohésion nationale. L’injustice sociale, la corruption, la confiscation du pouvoir, le non respect des droits et le favoritisme servent leurs projets sectaires.  Pour compléter le tout, ils servent en réalité, nous dit-on, des intérêts étrangers, “sous un bouclier protecteur occidental, en particulier français” (1).

Commençons par préciser qu’il n’est nullement question dans l’analyse qui suit de tenter de les défendre. La réalité des ivoiriens offre si peu d’arguments pour contester ce qui précède qu’il convient simplement de reconnaître leur responsabilité. Cela dit, une chose est de s’accorder sur cette culpabilité. Une autre est d’ériger au peuple un statut unique de victime de ses gouvernants et dirigeants. Sans doute, parce que nous traitons de relations humaines, la simplicité n’est pas ce qui les caractérise. Car, on peut observer que dans une famille ordinaire ni les parents, ni les enfants adultes ne sont que victimes ni que seuls responsables des circonstances de leur coexistence. De même, dans un État, en tant que famille symbolique, on commettrait une grave erreur si on considérait que le peuple n’est responsable de rien dans les conditions de son existence. Il n’y a rien de pire que de rendre une victime responsable du forfait à son détriment. Néanmoins, admettons simplement que le peuple est au moins victime de ses propres productions retournées, sans le savoir, contre lui-même. Voyons donc de quelle manière, au lieu qu’elles résolvent ses difficultés, les productions du peuple se retournent contre lui-même, renforcées par tout ce qui est reproché aux dirigeants.

Il est raisonnable et souhaitable de mettre en débat l’innocence ou la part de responsabilité du peuple dans la situation commune d’existence.

Affirmer la part de responsabilité du peuple, ce n’est pas refuser ou nier la responsabilité de ses gouvernants, mais souligner la leur à sa juste mesure. En conséquence, disons-le tout de suite : considérant la situation des ivoiriens, la part de responsabilité du peuple, aussi petite soit-elle n’est pas rien. Elle est même déterminante. D’une part, il suffit de considérer que rien de leur situation de coexistence ne serait ce qu’elle est sans sa contribution. D’autre part, aucun progrès ne peut être réalisé pour la modifier si l’on manque de considérer la part du peuple. Le point de départ de la discussion est le jugement péremptoire du peuple s’agissant de ses dirigeants et gouvernants et de leurs actions. On peut douter de ce que le peuple soit complètement innocent de tout ce dont il souffre et accuse ses dirigeants et gouvernants d’en être les seuls responsables. Car, par une observation et une analyse attentives, on se rend bien compte de la vérité partielle et incomplète d’une telle position. Le peuple ne peut plus continuer à laisser penser qu’il n’est que victime de ses dirigeants et gouvernants. En effet, les faits ramènent inévitablement l’analyse de la situation des relations familiales à un constat. On discerne très clairement que le peuple présente plutôt les attributs du gouvernant principal et autoritaire de la Côte d’Ivoire, du haut du pouvoir que la démocratie lui confère. Il génère le gouvernant et les dirigeants. Il semble qu’il entend les faire agir selon ses désirs. Peut-être que le peuple y parvient parce des gouvernants/dirigeants, symboliquement ses enfants, agissent effectivement comme des enfants alors qu’ils sont adultes.

Pourtant, dès que l’on évoque la situation des ivoiriens, tels membres ou telles parties de la communauté nationale ivoirienne font tels reproches à tels responsables politiques ou gouvernants. Tels autres procèdent de la même manière vis-à-vis de tels autres gouvernants. Ainsi, nous pouvons reconstituer le peuple entier  en rassemblant tous ces membres ou toutes ces parties de la communauté nationale. On parvient alors au fait que le peuple ivoirien ou la communauté nationale ivoirienne fait des reproches à ses responsables politiques ou gouvernants. Tout se passe alors comme si, le peuple irréprochable indexait ses hommes politiques, sans jamais évoquer ses propres attitudes et comportements. Il procède en conséquence, comme si ces derniers avaient tous les torts ; comme un père ordinaire voudrait par avance rendre ses enfants seuls responsables de leurs comportements et des difficultés familiales. Or, au terme d’une observation attentive de la relation entre des parents et leurs enfants, on est en peine de dégager un seul responsable de la situation en résultant. C’est pourquoi, il convient d’instruire l’innocence supposée du peuple, comme la culpabilité des dirigeants, dont chaque ivoirien est certain.

Respecter le peuple, c’est instruire le dossier de son innocence, comme celui de la culpabilité de ses gouvernants et dirigeants.

On se trompe de peu d’initier la discussion de la question de l’innocence du peuple par ce postulat de départ. Dans dans leur grande majorité, les parties du peuple attendent de quelque détenteur du pouvoir qu’ils servent préférentiellement leurs intérêts particuliers. Ce que le peuple, fait ou pas a une grande importance. C’est pourquoi, nous devons collectivement discuter du peu de responsabilité qui lui revient, notamment ses attentes impératives. Il faut le rappeler d’emblée, avant aller plus loin : le peuple de parents symboliques n’est pas une victime expiatoire de ses dirigeants et gouvernants. Il est indiscutable qu’une proportion importante de non instruits existe au sein de la population. Mais, cette situation n’implique guère une absence de capacité de discernement, de volonté collective, bref une absence de raison du peuple. Questionnons par conséquent les raisons du peuple dans ses relations avec ses dirigeants et gouvernants.  Vis-à-vis de tel gouvernant ou dirigeant, il semble bien qu’il existe une tentative de la part majoritaire ou minoritaire du peuple de régenter le mandat du gouvernant ou l’existence du dirigeant (enfants symboliques) à son seul profit. Pour procéder à cette instruction de l’innocence du peuple, le chemin le plus court consiste à examiner ses accusations portées contre les gouvernants.

Le peuple est-il légitime pour affirmer n’être que victime du vol de ses ressources par ses gouvernants quand il vole ce qui leur appartient à tous ? 

La première accusation portée par le peuple contre tel gouvernant est celle de lui voler ses ressources collectives. A ce sujet, un internaute ivoirien résumait sur Tweeter l’état d’esprit général en substance comme suit : peut-être qu’on ne comprend pas tout ce les politiciens font, mais on se rend bien compte qu’ils s’enrichissent très vite. Mais, le peuple ne fait-il pas preuve de duplicité quand il accuse tels gouvernant de vols des ressources collectives, sans évoquer tout ce que le peuple vole à tous les membre de la famille ?

Duplicité et incohérence du peuple à propos du vol des dirigeants.

On se souvient aussi des “Houphouët, voleur !”, qui résonnaient à l’abord des années 90. L’idée que les gouvernants et dirigeants volent les ressources collectives du peuple est solidement ancrée dans l’esprit du peuple. Certes, sans effort, il est possible de trouver quelques exemples de malversations financières. Chacun se souvient des scandales de la Sodesucre et de la Chaînepac des années 70. Des analyses empiriques peuvent aussi compléter les arguments pour étayer ce sentiment du peuple, bien qu’il ne peut être affirmé que tous les dirigeants volent. Par exemple, lorsque tel ministère consacre l’essentiel sinon la quasi-totalité de son budget à son fonctionnement, il est impossible d’éviter d’avoir des doutes sérieux de probité. Par ailleurs, on ne peut que faire des hypothèses de détournements de fonds publics, quand on connaît les grilles salariales du pays, en comparaison de la capacité financière démontrée par nombre d’ivoiriens.

On peut aussi évoquer le fait que des études ont conduit à établir qu’une part importante de capitaux d’origine africaine sont placés dans des établissements financiers européens. Si cela ne suffit pas, convoquons des plaintes contre tels ou tels gouvernants, pour détournements de fonds publics et possession de biens détenus à l’étranger et irrégulièrement financés. Ces faits supposés ont conduit à des enquêtes préliminaires par la justice française, lesquelles ont vite été stoppées au point que certains évoquent à juste titre la connivence étrangère. Ainsi, à la lumière de faits réels et empiriques, il est incontestable d’observer que nombre de dirigeants ne se privent pas de confondre leurs intérêts propres avec l’intérêt général. De ce point de vue, il est peu utile de pointer la responsabilité d’États étrangers. Qu’ils garantissent les possibilités de forfaits de gouvernants africains au dépens de leurs peuples ne neutralise pas l’argument de la coresponsabilité. La responsabilité première d’un État, quel qu’il soit, n’est-il pas de protéger ses citoyens ? Quel africain raisonnable parvient-il alors à exiger d’États étrangers de considérer l’amoralité d’accepter les fruits de recels de détournements de ressources collectives appartenant aux africains par des gouvernants africains ? Qu’exige-il alors à des gouvernants dont la raison d’être est de protéger les peuples africains, qui jugent juste et moral de les voler ? Lequel exige-t-il que d’autres gouvernants protègent les peuples africains des gouvernants africains et à leur place ? Le penser relève simplement d’une absurdité totale. Si des gouvernants africains ne protègent pas les peuples africains, il revient d’abord à ces peuples de se protéger eux-mêmes de leurs gouvernants et non à aucun autre gouvernant dans le monde. C’est donc le lieu de soumettre l’innocence du peuple à un examen de la raison. C’est aussi l’occasion de questionner son statut exclusif de victime de vols, de détournements de ses ressources et d’organisation de leur fuite.

Dons des ivoiriens ou vol du peuple ?

Parvenu là, imaginons que par jour 1 million d’ivoiriens sur 25 millions environ soient amenés à donner 100 FCFA pour “traiter” un besoin qui les a mis en rapport avec un service administratif. C’est volontaire et à dessein que nous considérons ce niveau de montant, dérisoire à l’époque actuelle. Admettons, comme chacun le sait, que cette somme a été utile pour “accélérer” le traitement de son dossier administratif. Elle a également pu servir à n’avoir aucun compte officiel à rendre à la règle commune, pour avoir commis une infraction. Bref, cela représenterait la coquette somme de 100 millions de FCFA par jour sur l’ensemble du pays. Elle est très exactement la somme que le peuple (une partie) aurait soutiré au peuple (une autre partie). Sur une année de 365 jours, cela fait 36,5 milliards de FCFA ! Ce vol, car c’en est un, a au moins un avantage. Car, contrairement aux détournements de deniers publics (par des dirigeants) qui alimentent des banques étrangères, cette somme pimente assurément les sauces de nombre de familles ivoiriennes et leur existence. Certes.

Observons néanmoins que l’État peine déjà à élargir la base de la population ayant aptitude à payer l’impôt pour les raisons évidentes que chacun peut supposer. On se rend alors compte du fait qu’un “impôt ou taxe” est “collecté” et perçu par tel fonctionnaire. Volontairement payé par nombre d’ivoiriens, il réprime un manquement à la règle commune au bénéfice de l’agent administratif et de sa famille. Constatons alors que, n’exerçant pas sa responsabilité de garantir son respect par tous, il en tire cependant un double bénéfice. Il peut aussi servir à encourager tel autre fonctionnaire à faire correctement un travail pour lequel il est déjà rémunéré. Remarquons que ce vol du peuple peut rapporter ce montant à sa part qui a déjà un travail et qui en est déjà rémunérée pour le faire et correctement. 

Concernant les fruits du vol des gouvernants, chacun pense avoir une idée de leur destination. Que deviennent ces 36,5 milliards supposés et plus précisément les fruits du vol du peuple ? Cette somme indument gagnée par une partie du peuple complète ce qu’elle gagne loyalement quand le peuple fait son travail. Indépendamment de l’ampleur des vols respectifs, lequel profite à toute la famille symbolique. Aucun. Dans ces conditions, évitons de considérer l’ampleur respective des vols commis autant par le gouvernant que par le peuple. Sur cette base, le gouvernant est-il le seul voleur des ressources collectives ? Le peuple peut-il exiger de tels gouvernants qu’ils soient intègres si lui même ne consent pas à l’être ? Quoi qu’il en soit, leur exiger une certaine intégrité ne revient-il pas à leur demander de l’être également dans la justice à rendre ? En conséquence et réalisant la volonté du peuple, ne devraient-ils pas exiger du peuple qu’il soit intègre, comme il le leur exige ? Le peuple soutiendrait-il la réalisation de cette double exigence croisée par quel que gouvernant qu’il supporte ?

Le fondement qualitatif du vol trahit le peuple.

En attendant que le peuple réponde à cette question, que peut-on tirer de tout cela ? On ne peut qu’apprécier l’audace et le culot du peuple, quand il accuse le seul gouvernant de vol, alors qu’il vole quelque chose à toute la famille, au gouvernant compris. Dès lors, on peut discuter du niveau des salaires à plusieurs points de vue. Mais, en aucun cas, il peut justifier le vol, ni même l’expliquer. Expliquer le vol n’est-il pas le début d’une procédure visant à lui trouver une circonstance atténuante morale ? Ainsi, sur ce sujet comme sur la plupart, il se trouvera des ivoiriens pour ajouter comme pièces au débat leurs arguments périmés. Ils relèveront sans doute les montants peut-être exorbitants volés par les gouvernants et dirigeants, comme preuve de leur attribut de voleurs. Dans le même mouvement d’esprit, croient-ils, il évoqueront ceux dérisoires à leur avis soutirés par le peuple. Il auront sans doute raison sur un point : la capacité supérieure de vol des dirigeants due à leur détention du pouvoir en présence d’une justice peut-être exsangue. Mais, leurs arguments manqueront d’en être dès lors qu’ils constituent en eux-mêmes une partie du sujet discuté. En effet, leurs arguments tirent leur force d’une vision quantitative de la réalité qui supprime à son appréciation toute considération qualitative, donc morale. Or, si la dimension quantitative constitue un moyen de la société humaine déjà bâtie, dont elle résulte, c’est la dimension qualitative qui rend possible l’existence de la société elle-même. Une société humaine, comme un pays en tant que famille symbolique, se bâtit sur des considérations morales. En conséquence, au point de vue d’une société humaine, le gouvernant voleur n’a pas cet attribut parce qu’il vole beaucoup de ses ressources. Le peuple non plus n’est pas dépourvu de cet attribut, en raison de voler moins de ressources. C’est autour de ce principe qu’une telle société s’accorde sur la signification générale du vol, acceptable par tous. C’est c’est accord qui unit ses membres jusuq’à faire société humaine commune. Que le dirigeant soit voleur et que le peuple ne vole rien, on ne voit pas bien de ce point de vue, comment dirigeants et peuple peuvent s’accorder pour constituer une famille symbolique : un pays.

Ainsi, on peut conclure. En ayant placé la discussion sur le terrain moral, donc de la qualité, nous avons évité de nous égarer dans le champ quantitatif. Nous admettons de ne pas considérer les montants respectifs du vol des gouvernants et celui du peuple que nous ignorons par définition. Nous sous sommes concentrés sur le vol en lui-même, dans son aspect essentiellement moral, c’est-à-dire, ce qui nous fait être société humaine. Dans cette perspective, nous aboutissons à constater qu’un voleur (le peuple ou plutôt ses parties) accuse un autre (tel gouvernant ou dirigeant) de l’être. Il ne fonde son argument que sur des considérations quantitatives (niveau du vol) ainsi que sur la position à partir de laquelle l’un vole et duquel l’autre accuse. Mais, dans cette procédure, la raison peine à discerner d’une part le vol et le fondement de son refus d’autre part. Il lui semble que la seule base du pouvoir détenu par tel gouvernant ainsi sur le niveau du vol qu’il lui permet de réaliser ne suffisent ni à définir le vol, ni à le récuser. Le peuple ne peut pas à la fois récuser le vol, indexer celui du gouvernant et accepter le sien. Il se fourvoie dans sa considération morale du vol.

En lui conférant un double sens, à partir d’un repère contestable, le peuple ne conteste pas le vol, mais la liberté du gouvernant de voler comme lui, comme sa définition équivoque l’y autorise. Peut-être, faut-il au peuple trouver la force de supprimer toute liberté de voler à quiconque (y compris à lui-même) et d’en faire principe commun en le fondant moralement. C’est dans cette exigence de la raison du peuple, en particulier morale, qu’il peut sans doute parvenir à se protéger efficacement du vol.  D’un côté, il doit le reconnaître, vouloir et accepter que son son propre vol soit sanctionné, y compris par tel gouvernant qu’il supporte. De l’autre, il doit exiger et obtenir que celui de tel gouvernant ou dirigeant qu’il supporte (en particulier) le soit par lui. Le cas échéant, il doit le sanctionner sévèrement par sa déconsidération manifestée. Autrement, comment le peuple parvient-il à être protégé du vol si lui-même ne consent pas à le faire ? Comment y parvient-il s’il confère cette responsabilité au gouvernant sans aucun contrôle ni sanction de sa part ? On ne voit pas bien comment il y parvient quand il l’accuse de ne pas le protéger, en même temps il donne régulièrement le pouvoir de le faire sans vouloir de surcroît, sans pouvoir y mettre fin. Comment y parvenir si le peuple agrée son propre vol, de plus, sans user de son pouvoir discrétionnaire alors que le gouvernant ne se prive pas de l’usage du sien ?

N’est-ce pas la même question dès que l’on évoque le favoritisme dont tel gouvernant se rendrait coupable ? Car, telle part du peuple accepte de profiter indument des manifestations de préférences de tel gouvernant qu’elle supporte. Cela n’implique-t-il pas le renforcement du gouvernant considéré dans sa gouvernance inéquitable et contre-productive de progrès collectifs ? A une autre époque politique, ce principe admis ne conduit-il pas à la possibilité pour cette partie du peuple de ne pas en être bénéficiaire ? Admet-elle les conséquences de ce principe amoral, d’autant qu’elle pense “posséder” le gouvernant et tout ce que cela implique ? La violence qui accompagne le peuple nous indique que non. Là encore, nous devons examiner les fondements de cette accusation de manière lucide.

Le biais et l’insuffisance d’accuser tel gouvernant de favoritisme, sans souligner que le peuple est à la fois complice/bénéficiaire et victime ?

Selon l’époque politique, nombre d’ivoiriens, y vont de leur observation concernant la manière avec laquelle tel gouvernant gouverne et redistribue les ressources produites. Questionnons leurs reproches à ce sujet.

Il convient d’admettre au préalable l’accusation de favoritisme de tel ou tel gouvernant pour mieux aller au delà.

Selon eux, son mandat est caractérisé par un exercice préférentiel du pouvoir au bénéfice de telle partie de la communauté nationale et au détriment de telles autres. C’est ainsi que selon l’ivoirien considéré, Félix Houphouët-Boigny a servi les Akan, ainsi que Konan Bédié, quand Laurent Gbagbo a procédé de même à l’égard des ivoiriens de l’ouest ivoirien. Le cas encore actuel concerne la gouvernance d’Alassane Ouattara. Chacun se souvient du fameux “rattrapage ethnique” martelé depuis 2011. Sauf ignorance de notre part, à aucun moment, le débat n’a porté sur les compétences des personnes occupant des postes de responsabilité, mais sur leur patronyme qui, pense-t-on, tient lieu de repère. A quoi bon, dirons-nous. Le président Alassane Ouattara lui même a confirmé sa volonté de rattraper des écarts de profits entre les ivoiriens du nord ivoirien et les autres. Ces profits particuliers semblent être tirés du pouvoir exercé par tel ou tel gouvernant. Selon lui, ces écarts ont été générés par ses différents prédécesseurs, sans préciser si cela remonte à celui dont il se réclame de la pensée, à savoir Félix Houphouët-Boigny. Ainsi, l’idée solidement ancrée en l’esprit des ivoiriens, selon laquelle tel gouvernant détenant et exerçant le pouvoir sert préférentiellement sa communauté de supporters a reçu à cette occasion une démonstration édifiante. Les discussions interminables visant à la démonter sa réalité ou à la réfuter sont devenues inutiles. Il ne s’agit pas dans cette analyse d’en développer les manifestations, mais de l’admettre, dans le but de dégager l’essentiel.

Il est exact qu’à certaines périodes, la croissance économique a été là, constante sur plusieurs années. Mais, quand au cours des mêmes périodes, le taux de pauvreté croit dans le pays, il y a plusieurs explications envisageables. Plaçons-nous dans l’hypothèse d’une croissance soutenue qui génère beaucoup de ressources pour le pays. Soit, la croissance de la population à laquelle elles doivent être redistribuées es beaucoup plus rapide et soutenue (augmentant le nombre de bénéficiaires potentiels). Ceci peut expliquer cela et ramener le débat à l’adéquation ressources/bénéficiaires, dans le cadre d’une redistribution équitable. Soit, peu de ressources sont redistribuées en raison de servir à éponger le lourd fardeau de la dette abyssale du pays qui le maintient prisonnier. Dans ce cas, le débat concerne la dette elle-même, à travers laquelle il semble que l’Afrique se constitue prisonnière. Soit, la croissance économique ne procure pas assez de ressources à redistribuer. Une raison consiste à évoquer une balance commerciale non productive et inefficace. D‘une part, le sujet à discuter concerne alors la production de biens et la capacité d’échanges, sur l’intérêt et l’ampleur des biens acquis en provenance de l’étranger. D’autre part, il porte aussi sur l’intérêt, en termes de progrès collectifs, des projets qui les justifient. Le rapatriement dans d’autres pays de l’essentiel des gains économiques par des acteurs étrangers peut l’expliquer. Ce débat est celui de la structuration des activités de production et économiques.  Nous ne nous étendrons pas sur ces cas, se rapportant au sujet de la dette et de la fuite des capitaux. Enfin, soit des ressources sont disponibles et la redistribution ne concerne qu’une faible partie de la population. Cela implique la croissance des richesses de cette minorité bénéficiaire au détriment d’une part substantielle non bénéficiaire de la population.

Duperie ou inconséquence quand le peuple soutient chez tel gouvernant ce qu’il reproche à tel autre gouvernant ?

Pour poursuivre l’analyse, admettons que des ressources sont générées. Ensuite, plaçons-nous dans le cas de leur disponibilité pour le peuple et de leur redistribution. Enfin, hypothéquons la réalité d’une distribution inéquitable des ressources. Et, considérons tout de même tous les autres cas ou malgré tout quelques ressources disponibles sont redistribuées. C’est même en ces temps de pénurie de ressources que le risque de disproportion peut être renforcé et les effets de cette dernière davantage ressentis. Le peuple soutient que tel gouvernant sert de préférence la part de la communauté nationale de laquelle il tire sa force politique. On suppose par conséquent que la mesure où le nombre de bénéficiaires est restreint, à dessein du gouvernant, contribue à la croissance parfois artificielle du taux moyen global de pauvreté. Cela implique aussi qu’une part du peuple bénéficie de sa gouvernance obtus. Posons alors que la part du peuple qui bénéficie des ressources produites et redistribuées par tels gouvernants se limite aux citoyens communément désignés par les “élites”. Comparativement au reste du peuple, leur faible nombre explique que le taux de pauvreté croisse. Il est clair, encore plus pour un pays comme la Côte d’Ivoire, qu’un pays produit plus de peuple que d’élites.

Or précisément, c’est la grande majorité du peuple, non bénéficiaire, qui fait être ces élites, ces dirigeants et ces gouvernants. C’est le même peuple qui les soutient contre vents et marées politiques. Il les applaudit et les adule. Souvent même, il envie leurs richesses dont elles font affichage et agit pour tenter d’en profiter un peu. Dans ces circonstances, le vol dont il accuse les dirigeant se situe dans sa mémoire inaccessible. Cependant, parce que le peuple doit être respecté  on ne peut en conclure qu’il a beaucoup de considération pour ceux qui le font être pauvre et qui, pense-t-il aggravent sa souffrance de vivre. On est contraint d’envisager quelque bénéfice pour le peuple justifiant son comportement. Faute de cet atterrissage, on prend un chemin sans issue. La question est alors : qu’est-ce que le peuple gagne ou reçoit en échange de son soutien indéfectible à tel gouvernant. On doit anticiper et constater le fait que quoi qu’il soit,  les circonstances de progrès de son existence sont rares. Sauf inconséquence de son fait que nous n’envisageons pas, la part du peuple auquel son soutien procure un gain ne peut soutenir et contester à la fois le gouvernant et sa politique. Il vient donc que ce n’est pas tout le peuple qui, à telle époque, pointe la gouvernance de tel gouvernant comme étant inéquitable. Ce ne peut être qu’une partie seulement ; celle qui pense ne pas en bénéficier équitablement. En conséquence, il vient que quand une partie du peuple pointe telle gouvernance, elle doit admettre une double responsabilité.

D’une part, celle du gouvernant qui a le pouvoir d’une gouvernance équitable mais réalise contradictoirement une gouvernance inéquitable. D’autre part, il lui faut considérer celle de la part du peuple bénéficiaire de sa gouvernance. Elle accepte de tirer un profit indu de sa contribution (soutien du gouvernant) aux relations démocratiques que les règles communes organisent. Observons que la part du peuple qui accuse tel gouvernant et celle qui profite de sa gouvernance changent de positions au gré des échéances électorales. De cela, et sauf à considérer que chacune de ses partie se considère seule comme étant le peuple entier, il résulte deux observations. D’abord, tout le peuple accuse tels gouvernants de gouvernances sectaires. Ensuite, selon la conjoncture politique, c’est le même peuple qui bénéficie (au détriment de lui-même) de ce dont il accuse des gouvernants agissant de manière similaire. Alternativement, des parties du peuple acceptent, sans souvent le reconnaître, des avantages indus de l’exercice du pouvoir de leur champion politique. A ce titre, le peuple est complice de ce qu’il reproche précisément à ses gouvernants en matière de gouvernance équitable. Il peut vouloir exiger que tel gouvernant agisse équitablement. Mais, conformément au principe de sa pensée, est-il conséquent et crédible, quand il formule une telle exigence au gouvernant qu’il n’a pas généré de manière décisive et auquel il ne procure aucun soutien ?

Compte tenu de ce qui précède, il semble y avoir une vertu du soutien politique exigeant. Cette vertu implique qu’une part du peuple, soutien du gouvernant, exige l’équité de sa part, en faisant de son soutien le fondement d’une gouvernance équitable. Le défaut de son soutien doit aussi impliquer la possibilité d’une gouvernance équitable (certes contrainte). Obligé de maintenir sa base de soutien exigeant et/ou de l’élargir, tel gouvernant doit être contraint par un tel soutien de la mettre en œuvre. C’est son soutien exigeant à tels ou tels gouvernants ou dirigeants que le peuple peut contribuer à la justice sociale qu’il attend. Mais, ne sommes-nous pas éloignés de la vertu du soutien politique, quand on se demande si le peuple (à travers ses parties alternativement) n’exige pas d’être servi préférentiellement par le gouvernant, plutôt que tout le peuple. Il appartient au peuple d’examiner la distance qui sépare son soutien de sa vertu. Concluons simplement en relevant qu’il est sans doute exact que la richesse nationale est concentrée dans les mains d’une infime minorité de gouvernants et de dirigeants. Malgré tout, il est aussi exact que si la majorité de la communauté nationale (le peuple) vit dans la misère, le peuple détient au moins une responsabilité : la responsabilité de soutenir et d’applaudir ses bourreaux supposés ; plus encore, la responsabilité d’accepter parfois de mourir pour qu’ils le demeurent et le spolient comme il le lui reproche.

Parce qu’il n’est pas déraisonnable, le peuple a sans aucun doute quels que avantages à continuer de procéder ainsi. On ne peut par conséquent pas se contenter de lui demander de procéder autrement. Néanmoins, on peut l’inviter à questionner la pertinence de ces avantages. C’est sans doute dans leur aptitude à lui procurer les progrès les plus importants de ses conditions d’existence que résident les fondement de son soutien. La responsabilité du peuple commence ici, quoi que fasse quelque gouvernant. De ce point de vue, un peuple libre accepte la liberté du gouvernant, y compris de voler, de conduire une politique inéquitable, etc… Pour être le peuple et continuer de l’être La sienne est de lui en rappeler les limites de sa gouvernance. Cette dernière partage sans doute une frontière avec l’immense champ des intérêts particuliers. Continuons le même sujet en évoquant la connivence et la collusion supposée du gouvernant avec les acteurs d’adversité externe.

L’incohérence du peuple dans son jugement des rapports des gouvernants aux autres.

A gouvernances semblables à diverses époques, quelle est la cohérence du peuple qui accuse tels gouvernants d’œuvrer pour des intérêts étrangers quand il soutient les forfaits à son dépens ?

Les jugements circonstanciés du peuple à ses intérêts particuliers à propos de forces politiques et militaires étrangères.

C’est bien connu. La présence d’une base militaire, d’entreprises étrangères, des relations diplomatiques, l’existence d’une monnaie adossée à une monnaie étrangère, etc… tout cela est apprécié en termes de domination, d’exploitation ; bref, dans l’esprit commun, ce sont des instruments de l’appauvrissement des africains, des ivoiriens en particulier. Par temps de relations non violentes, les ivoiriens tolèrent l’ingérence de tout ce qui implique dans leur esprit l’adversité externe : telles armée et base militaire étrangères, tels citoyens et telles entreprises étrangères, telles ambassades ou tels consulats, etc… Mais, dès que les ivoiriens s’affrontent, certains d’entre eux ne tolèrent plus aucune immixtion d’acteurs externes ou leur ingérence. De fait, il s’agit des ivoiriens qui pensent avoir l’avantage sur les autres dans leur confrontation. Car ceux des ivoiriens qui ont besoin d’un coup de mains pour équilibrer les forces politiques, militaires, financières, de communication, etc… sont favorables à toute ingérence externe, tant qu’elle sert leur cause.

Récemment, entre 2002 et 2010, des ivoiriens se sont offusqués de ce l’armée française s’interposa entre forces rebelles et forces gouvernementale entre Yamoussoukro et Tiébissou. Ce sont ceux qui supportaient les premières forces. Ils pensaient que cette interposition les a privés de marcher sur le pouvoir et le gouvernant en place. D’autres n’ont rien dit de tout le bien qu’ils en pensaient. Elle a permis au pouvoir de Laurent Gbagbo d’échapper à l’infortune de Konan Bédié et de reconstituer, à moindre frais ses forces. En revanche, dès lors qu’il en a profité pour reconstituer ses forces pour mener une contre-attaque espérée décisive, l’armée française est apparue gênante pour ceux qui supportaient son pouvoir. Les années ont passé. De leur côté en 2011, les ivoiriens apportant leur soutien aux forces rebelles ont cette fois-ci applaudi le ballet des hélicoptères “Gazelles” dans le ciel d’Abidjan début 2011 pour déloger le gouvernant. Sauf à constater la fracture du peuple, il apparaît absurde que le même peuple (que chaque partie réclame de constituer) contestât et acclamât la même force militaire étrangère. Ainsi, il n’y a pas que tel gouvernant qui accepte l’adversité externe. Quand il pense qu’elle sert les intérêts qu’il affirme poursuivre pour le pays, il l’accepte. C’est également le cas de tels dirigeants et telles parties du peuples selon les fortunes ou mésaventures politiques et les buts poursuivis. Quand les parties du peuple s’accorderont sur l’intérêt commun du refus de toute adversité externe, peut-être alors cette accusation aura un sens. Même en opposition, lorsque les parties du peuple récuseront telle implication externe, alors peut-être, la question se posera. Bref, aucun gouvernant ni dirigeant n’a aucun intérêt politique à aller dans le sens contraire des points d’accord du peuple et de ses parties. C’est sans doute pourquoi, le préalable au fondement d’une telle accusation est d’énoncer les points de vue des parties du peuple concernant l’implication étrangère dans leurs relations. Cela dit, y a-t-il meilleure circonstance pour le faire qu’en temps de confrontation pour dégager l’essentiel commun. Car, finalement que vaut telle réprobation ou refus commun en temps de paix ou de faible opposition ? Que valent-ils lorsque le moment de l’opposition des parties du peuple vient, quand chacune d’elle se choisit et non la Côte d’Ivoire et poursuit un objectif sociopathique ? N’est-ce pas dans ce moment décisif que leurs opinions concernant les autres deviennent une fonction de leur stratégie de victoire espérée de l’une sur l’autre. Quels ivoiriens prétendent alors en accuser d’autres de collusion avec l’adversité externe, quand ils leur sont semblables et que seul varie le moment de leurs expressions identiques ? Lesquels pointent les acteurs extérieurs de poursuivre librement leurs intérêts en étant impliqués dans les relations entre ivoiriens alors qu’eux-mêmes usent librement de leur implication ?

Les jugements circonstanciés du peuple à ses intérêts particuliers à propos de forces économiques et financières étrangères.

La monnaie fait partie de ces symboles d’adversité externes et de leurs conséquences supposés délétères pour les ivoiriens. Ces dernières années, le Franc CFA fait l’objet d’une grande offensive politique en Afrique de l’Ouest, visant à la supprimer et à la remplacer par une monnaie propre. Des ivoiriens y participent activement. Tous accusent les gouvernants qui se sont succédé à la tête de l’État, et auxquels ils ont parfois participé, de laisser vivre un instrument de domination politique et économique de la France dans l’Ouest-africain. Des faits fondent peut-être leurs arguments. Le peuple a le sentiment que tel gouvernant accepte l’adversité externe dans l’unique but, peut-être, de mieux la détourner pour se maintenir au pouvoir et parfois neutraliser l’adversité interne. Dans ces conditions, que dire alors du peuple qui sollicite telle source d’adversité pour lui faire un contrepoids et qui l’applaudit quand elle réalise ses attentes ? Le gouvernant, comme le peuple ont certainement tort d’indexer l’adversité externe chaque fois qu’ils sont en conflit et qu’il y en a un qui favorise sa prise. Car, si elle peut les soutenir dans certaines circonstances de leur opposition, son soutien à quelle que partie réalise toujours une finalité au détriment de tous les ivoiriens, malgré le gain temporaire de telle ou telle partie.

Un autre reproche fait aux gouvernants concerne celui de la signature de contrats économiques d’exploitation de ressources, de constructions équipements ou encore de gestion de l’exploitation dune activité. Ce qui est reproché porte sur plusieurs points. D’abord, le peuple pointe et suggère le fait que de tels contrats garantissent un meilleur profit aux acteurs économiques étrangers. Par ce fait, il sous-entend que le gouvernant accepte de léser l’État et le peuple au profit de puissances étrangères. Ensuite, il relève le fait qu’une part importante des bénéfices est rapatriée par ces acteurs et que cela contribue à la fuite des capitaux. Par ce fait, il suggère que le gouvernant œuvre à la solde de ces mêmes puissances. Enfin, le peuple doute de la pertinence, du point de vue de l’intérêt commun, de la réalisation de tels ou tels projets. Le fait que leur mise en œuvre est dans la plupart des cas confiée à des acteurs extérieurs, lui semble favoriser la fuite des capitaux difficilement gagnés. Cela s’ajoute au fait supposé de priver le pays des moyens de réduction immédiate de ses difficultés essentielles. Admettons que des arguments existent pour étayer tout ce qui est pointé ou suggéré. Il n’en demeure pas moins que le même peuple à telle autre époque n’a rien eu à dire sur ces mêmes faits. Il a même supporté et défendu tel autre gouvernant agissant de manière similaire. Ainsi, concernant ce sujet comme les autres, ce qui est en jeu, le défaut d’authenticité du peuple et la laxité du fondement de ses arguments supportant ses accusations.

Des accusations de désir d’appropriation par tels gouvernants non applicables à tels autres qui dévoilent les intentions cachées par le peuple.

Un peuple qui accuse tel gouvernant à telle époque de vouloir s’approprier le pouvoir d’État, mais qui en soutient un autre à telle autre époque pour y parvenir, ne dévoile-t-il pas ses intentions sociopathiques ? 

Quand le temps trahit les intentions sociopathiques du peuple.

En matière d’accusation de tel ou tel gouvernant de nourrir une volonté ou un désir d’appropriation du pouvoir, il convient de questionner l’intention de ceux qui le soutiennent. Au lendemain des indépendances, le PDCI-RDA était devenu le parti de chaque ivoirien. Il l’est resté jusqu’en 1989. La chute du Mur de Berlin qui clôturait la division du monde en deux blocs opposés libérait aussi les ardeurs politiques jusque-là neutralisées par l’exigence d’appartenir à un bloc. Au cours de cette époque pendant laquelle les peuples n’avaient de choix que d’être communistes ou capitalistes, la pensée ne pouvait être qu’unique : soit libérale, soit communiste. Tout ce qui semblait pouvoir changer, ce sont les hommes qui incarnaient une gouvernance soit capitaliste, soit communiste. Ainsi, les batailles politiques de cette époque se résumaient, soit à changer de bloc politique et économique, soit à changer de gouvernant. C’est sans doute pourquoi évoquer le parti unique de cette époque en termes de pensée unique n’a de sens. Poursuivons donc l’analyse en soulignant que ce reproche se résume  au fait qu’il n’était pas le parti unique communiste, mais capitaliste, unicité que l’époque exigeait dans nombre d’États du monde. Le reproche va donc au delà de l’unicité ; il porte en réalité sur le fait que le parti n’était pas d’obédience communiste, mais capitaliste ou peut-être sur l’identité du gouvernant. Par ailleurs, si l’on se place sur un plan fondamental, la différence entre le parti républicain et démocrate américain est tenu : tous les deux n’ont rien en commun avec le parti communiste de l’URSS. Si la pensée générale sur laquelle repose ce dernier est différente de celle des deux premiers partis cités, il est évident que la pensée des deux premiers est semblable pour ne pas dire unique, ne divergeant que sur quelques points, l’approche sociale notamment. C’est dire que quand le peuple évoque la pensée unique de ces années avant la chute du Mur de Berlin, il importe qu’il précise le repère de sa définition.

Quoi qu’il en soit, dans les années 80 Laurent Gbagbo contestait le leadership de Houphouët-Boigny. Il aspirait au rétablissement du multipartisme. Rétrospectivement, il est clair que la pluralité politique à cette époque aurait produit ce qui a été la réalité de nombre de pays africains. Les volontés exprimées de détenir le pouvoir d’État ont conduit nombre de dirigeants à choisir des blocs différents. Par ce fait, ils ont généré l’opportunité permettant aux deux puissances désireuses d’étendre leurs aires d’influence, de cristalliser leur affrontement violent  au niveau local. Dans leur combat, elles ont soutenu les parties de peuples africains désireuses de déterminer toutes seules le choix du peuple dans son ensemble. Seuls les peuls africains concernés ont souffert non seulement des choix de leurs dirigeants, mais également du retournement de leurs soutiens opposés contre eux-mêmes. Depuis 1989, une nouvelle donne politique prévaut. Différents partis politiques coexistent quasiment partout en Afrique, en Côte d’Ivoire en particulier. Cette nouvelle situation a généré la possibilité pour les ivoiriens de choisir leur gouvernant tous les cinq ans parmi plusieurs dirigeants candidats. Désormais, le débat ne semble plus être celui de l’unicité de la pensée politique, mais l’acceptation même de la pluralité et de ses conséquences. Pour tout gouvernant, la possibilité  de ne pas détenir continuellement le pouvoir d’État, contrairement à avant 1990 semble être inacceptable. Elle emporte avec elle le fait que le champion politique de telle part du peuple ne peut le détenir autant.

De cette nouvelle perspective, il ressort que le peuple a désormais le choix quelque soit le comportement de tel ou tel gouvernant détenant le pouvoir. Désormais, sans le soutien de larges parts du peuple, aucun gouvernant tout seul ne peut se dresser durablement contre le peuple et sa volonté en tentant d’accaparer le pouvoir. Quoi que des ivoiriens puissent pointer s’agissant du désir de tel gouvernant. Il semble par conséquent que le sujet n’est pas que tel ou tel gouvernant veuille s’approprier le pouvoir. Il est celui du désir de telle partie  du peuple lui-même de s’en approprier à travers son gouvernant-serviteur, pour les finalités particulières qui sont les siennes. Évidemment, à telle époque, telle partie du peuple peut penser ne pas être concernée par cette observation. Or, tous les gouvernants qui se sont succédé depuis 1960 ont marqué cette volonté, en étant soutenus par telles et telles parties du peuple. Ces parties du peuple ont agit pareillement malgré les époque différentes, si bien que finalement c’est sans difficulté qu’on peut énoncer ce qui suit : le rapport de tel gouvernant au pouvoir, contesté par le peuple,  est fondé son soutien par le peuple lui-même. Dans ces conditions, comment le peuple parvient-il à reprocher au gouvernant, ce que le peuple lui-même soutient ? Sauf à évoquer une espèce d’incompréhension, pour ne pas dire absurdité, on ne peut trouver dans cette situation quelque trace de raison. Concluons par conséquent que comme les sujets précédents, l’examen du rapport du gouvernant au pouvoir implique le peuple. Voyons alors ce qu’il en est du sujet connexe consistant en le reproche de manipulation de la démocratie par le gouvernant.

En début de mandat ou au gré des circonstances et événements politiques, tel gouvernant positionne tels dirigeants à la place de tels autres, qu’ils soient directeurs d’administrations, chefs de services, etc…, journalistes, militaires, officiers de forces de l’ordre, etc… Tels services administratifs, en l’occurrence d’impôts, de justice, de police, montreront une détermination subite à confondre, du point de vue du droit, tels responsables politiques ou leurs soutiens, dans le but évident des manœuvres de les affaiblir ou les neutraliser politiquement. La finalité est d’autant plus évidente que ces manœuvres concernent des soutiens précédents du pouvoir devenus adversaires actifs. Certes. Cela dit, sont-ils crédibles les victimes du gouvernant qui hier encore applaudissaient et défendaient ses méthodes et pratiques quand elles concernaient ceux qui ne le soutenaient pas ? Est-elle crédible la part du peuple qui hier encore défendait l’intégrité des victimes pour aussitôt les traiter du pire quand elles ne sont plus parmi les soutiens du gouvernant ? Il est clair qu’en l’absence de rigueur et de constance des jugements portés et en présence de jugements fondés sur le seul critère d’appartenance au même clan politique et non sur les faits et le droit, que peut reprocher le peuple à tel gouvernant, quand ce dernier fonde pareillement que lui ses actes et sa gouvernance ? Bref, il faut croire que le peuple entend juger le gouvernant agissant sur les mêmes fondements que lui. Une seule question suffira en guise de conclusion : un peuple uni dans sa raison et honnête avec lui-même peut-il accuser tel gouvernant de manipuler l’État, la démocratie et les règles communes de coexistence et soutenir tel autre gouvernant dans cette même entreprise ?

Synthèse de la discussion de l’innocence du peuple des conditions de son existence.

L’identité des reproches faits aux gouvernants, d’une part et les jugements divers des faits similaires, d’autre part, appellent à s’interroger sur l’authenticité des accusations portées par le peuple. A chaque époque, les accusations qu’il porte à l’encontre de son gouvernant sont les mêmes : accusations de vol, de démagogie, de connivence avec l’adversité externe, de trahison de la démocratie, de ne rien faire pour atténuer les difficultés du peuple, de ne pas préparer l’avenir, de pratiques politiques ethnicisées ou communautaristes, etc… Malgré des gouvernants, auteurs des mêmes pratiques, les choses se passent ainsi. A telle époque, telle part supportrice de tel gouvernant ne perçoit rien de ce qui vient d’être évoqué. Pourtant, à tel moment politique, devenu minoritaire et non supportrice, elle devient un procureur redoutable, voire même violente à l’égard de tel gouvernant pour ces mêmes pratiques.

Dangers de présenter tels gouvernants comme seuls responsables des conditions calamiteuses de coexistence.

Quelle que soit la réalité de ses accusations, du point de vue du peuple, les faits qui les constituent on un caractère variable. Ils n’acquièrent leur caractère inacceptable que par rapport à son sentiment nourri à l’égard du gouvernant qui en l’auteur. Ils sont acceptables, dès lors que l’auteur est le gouvernant de leur choix. De manière implacable, il apparaît que les faits sont jugés, non pas au regard de leur conformité aux attentes justifiant de faire communauté commune. Mais, le peuple les juge en fonction du sentiment qu’il éprouve à l’égard de leurs auteurs. De cette manière, c’est l’assurance pour le peuple d’être inconséquent, inauthentique en reposant son jugement sur sa seule sensibilité à l’exclusion de toute raison.

Les jugements obtus du peuple à propos des gouvernants et dirigeants.

Dans ces conditions, peut-il exister une seule raison, en particulier morale, qui puisse unifier le peuple et le faire tenir debout et digne devant quelque gouvernant ? Un peuple indigne peut-il espérer un gouvernant digne de sa considération en raison même de la considération de sa dignité par ce dernier ? Peut-être faudrait-il rechercher dans l’absence de moralité, les causes de la déconsidération mutuelle de tel gouvernant et de telle part minoritaire politique du peuple. S’agissant de la source des vices pointés de tel ou tel gouvernant, peut-être faudrait là aussi, explorer les finalités qu’ils servent ainsi que leurs bénéficiaires. Sans doute, découvrira-t-on, sans trop de difficulté ce qui échappe à la résolution des difficultés. Peut-être qu’à travers ses attentes impératives et sociopathiques, la part majoritaire politique du peuple à tel moment se situe en amont des pratiques jugées. On peut dès lors inférer que peut être qu’il se situe également en aval, en tant que le bénéficiaire de leurs résultats. Malgré tout, ce n’est guère en cela que réside ce qu’il y a de plus toxique et absurde dans toutes les accusations rendant les gouvernants seuls responsables.

En effet, les ivoiriens s’affrontent violemment sur les fondements de jugements déraisonnables et inauthentiques. Les uns et les autres pensent détenir une vérité authentique alors qu’elle repose sur leur seul sentiment. Dans ces circonstances, on ne voit pas bien comment tel gouvernant des uns peut être accepté par les autres, si ses pratiques ne sont appréciées qu’à l’aulne de celui qui en est l’auteur et de leur sentiment éprouvé à son égard. Cela ne peut être qu’une impasse, quand on sait que ce sentiment est nécessairement réprobateur, voire antagoniste, du fait que te gouvernant ne résulte pas de leur choix politique. Le danger naît du fait qu’en manquant de fondements raisonnables, il est impossible par la raison, de discerner ensemble les motifs même des affrontements. Par conséquent, comment parvenir à s’accorder sur les moyens communs d’y mettre fin.

Finalement, cette analyse est loin d’avoir abouti à affirmer que les accusations du peuple à l’endroit des gouvernants consistent en calomnies qu’il conviendrait de les réfuter. Elle a surtout posé leur admission à titre d’hypothèse de départ pour mieux examiner l’implication du peuple accusateur dans la réalité de ces faits reprochés aux gouvernants. Parfois, le peuple donne à penser qu’il entend être la totalité. D’une part il est acteur, même s’il préfère sa posture victimaire. Ensuite, il apparaît comme un procureur impitoyable, portant les accusations contre les gouvernants. Enfin, à travers le pouvoir que la démocratie lui confère, il est l’unique juge. En réalité, il est juge et également partie. Néanmoins, il peut, en se retirant en lui-même, se rendre à l’évidence de la vérité qu’il se doit également à lui-même. Peut-être alors parviendra-t-il à changera en tant qu’acteur. Naturellement, il ne sera guère jugé, échappant ainsi comme il le souhaite, à ce qu’il redoute le plus : le jugement de ses propres actes par des gouvernants. Il se peut qu’il y parvienne. Une condition impérative existe : que le peuple consente à examiner les faits et ses accusations à l’égard de ses dirigeants. Il y parviendra aussi, en ayant une parfaite conscience de la position qu’il occupe, à chaque époque politique, dans la famille symbolique précédemment redéfinie. Pour nourrir sa réflexion et l’accompagner dans cet exercice, il est inutile de l’abreuver de ce qu’il sait déjà : la responsabilité du gouvernant (enfant symbolique). Il convient de l’éveiller et de l’amener à questionner les fondements moraux de ses jugements ainsi que sa manière de manifester sa liberté. Peut-être explore-t-il les actes et ses relation aux gouvernants et dirigeants au plan psychologique ? Sans doute, l’interrogation de sa représentation de la famille symbolique lui sera utile pour réaliser cet effort. C’est pour l’accompagner dans cet effort l’hypothèse de ses fractions, ent tant que les parents symboliques du gouvernant à une époque donnée a un sens. Rappelons simplement que sa part majoritaire politique représente le père symbolique et sa minoritaire politique représente la mère symbolique. Éviter le danger de faire du gouvernant le seul responsable de la situation peuple constituerait le début d’un progrès possible de la pensée. Mais, continuer à proclamer l’innocence du peuple conduirait à progresser dans une impasse.

Nier ou taire la part de responsabilité du peuple, c’est retourner nos forces contre nous-mêmes.

Il est abusif d’énoncer l’innocence du peuple quand qu’il détient quelque responsabilité dans la situation inacceptable de coexistence. Comme nous l’avons analysé précédemment, par rapport à un gouvernant donné, les ivoiriens qui composent le peuple peuvent être classés entre deux parties variables dans le temps et formant ses parents symboliques : ceux dont les voies électorales le portent au pouvoir et les autres, qui ont manifesté d’autres préférences. Comme le choix majoritaire change d’une élection à une autre, les parties et leur composition peuvent changer. Le gouvernant détenteur du pouvoir et la part majoritaire du peuple qui l’y a porté le peuvent aussi. C’est pourquoi dans tout ce qui suit, “vous” représente le peuple tout entier, à travers sa partie concernée par tels ou tels aspects développés, en fonction de la circonstance politique.

Les mains sales d’une majorité politique qui contrarient son innocence.

Il existe aussi un véritable danger à ignorer la part de responsabilité de la majorité politique (père symbolique du gouvernant) à toute époque. Parce qu’elle est envahissante pour tous les autres membres et manifeste des attentes impératives et sociopathiques, elle ne peut être innocente de tout. Pour chaque gouvernant que vous avez porté au pouvoir, vous estimez qu’il vous doit tout. Sur ce point, évacuons rapidement l’accès à sa position de gouvernant lui permettant de jouer quelque rôle pour tous en gouvernant les relations des membres de la famille symbolique. Reconnaissons ensemble qu’il vous la doit, en raison de votre choix décisif majoritaire qui lui a permis de l’atteindre. Parfois même, le chemin a été semé d’embuches. Avez-vous peut-être dû consentir à des sacrifices pour contribuer à ce résultat ? Si votre effort est important, il reste cependant à peu près tout ce qu’il vous doit : avoir contribué à le générer. Disons même que si son action servait tous les ivoiriens, on conviendrait que ce sont eux tous qui doivent à votre effort la réalisation de l’intérêt général et non pas le seul gouvernant. Cela précisé, pensez-vous que c’est raisonnable, pour autant, de penser qu’il vous doit tout le reste ? Il s’agit de tout ce que vous attendez en particulier de lui, au point que la force de cette attente s’avère être une fonction croissante, en fonction du niveau de vos sacrifices consentis pour le porter au pouvoir ? Tenez ! Pensez-vous avoir fait à sa place tous les efforts qu’il a consentis pour avoir quelque compréhension du monde dans lequel nous vivons au point de prétendre la mettre au service de tous ?

Certes, vous l’avez fortement soutenu, jusqu’à le générer gouvernant. Souvent, on pense même à tort que vous ignorez ce que tel pense ainsi que où il mène toute la communauté nationale. Parce que vous êtes raisonnable et conséquent, on ne peut vous couvrir de l’insulte d’être dépourvu de capacité de discernement. Vous le savez. Vous le savez tant, que sa personne et son nom suffisent à déterminer votre engagement en le soutenant, souvent même contre vents et marées. Peut-être même, avez-vous dû aller jusqu’à user parfois de tricheries et de violence contre d’autres ivoiriens pour qu’il parvienne à cette place ? Il en découle, selon vous, qu’il vous doit cette place qui lui permet de mener grand train de vie et d’acquérir ses rondeurs dès qu’il y accède. Il vous doit aussi tous les moyens et toutes les ressources collectives auxquels sa fonction lui permet d’avoir accès. De votre point de vue, ces moyens et ces ressources, dus à l’État, vous appartiennent, d’une certaine manière, si on pousse loin l’analyse. Par conséquent, il doit lui être aisé de les mettre à votre disposition. A votre avis, il a tous les pouvoirs à cette place, y compris celui de vous privilégier. Vous ne comprendriez donc pas qu’il ne le fasse pas. Et gare à lui, s’il manque à son obligation à votre endroit, en recherchant l’intérêt commun. Vous redoutez qu’il en résulte que vous ne puissiez obtenir, ni tout ce que vous attendez, ni tout de suite. L’explication de toute priorité accordée à la satisfaction de tels ou tels autres besoins, y compris communs, vous est impénétrable, voire insupportable. Vous jugez avec sévérité ce que vous considérez comme étant l’ingratitude du responsable politique, à l’égard de ceux qui l’ont généré.

En revanche, vous êtes comblé quand il vous est reconnaissant, dites-vous. Vous appréciez, quand il vous privilégie souvent, au mépris de l’intérêt général. Par exemple, cela vous paraît normal, dans l’ordre des choses selon votre lecture de votre relation, quand il vous confie des responsabilité, sans que vous ne déteniez aucun titre de compétences et sans qu’il n’ait recherché les meilleures compétences utiles à tous. Qu’il ne parvienne pas en conséquence à vous faire produire davantage de biens et de ressources, pour en avoir assez pour tous, cela n’est d’aucune gravité dès lors que vous ne manquez de rien ou très peu. Le fait même de ne pas y parvenir pour satisfaire davantage vos attentes ne vous empêche pas de continuer à le soutenir, dès lors que votre vanité est comblée. Qu’il ne parvienne pas à préserver la cohésion sociale, fissurée par tant d’injustices, ne paraît pas si grave que cela. Votre argument décisif est simple : rien n’est grave, tant que le pouvoir que vous lui avez donné lui permet d’assurer votre sécurité pour tranquillement continuer à profiter de tout ce dont vous pouvez bénéficier indument, sans rendre aucun compte à la justice. D’ailleurs, prendrait-il ce chemin que vous vous demanderiez au nom de qui et au profit de qui la rendrait-il. Vous pensez être à vous seul tout le peuple. Au regard de chacun de vos actes et comportements, vous pensez n’avoir commis aucun forfait, ni n’avoir aucun tort. Détenant tous les pouvoirs, il doit avoir celui de vous soustraire de l’obligation d’obéissance à la règle commune sans laquelle la coexistence est menacée. Il arriva que votre soutien et ses traductions de sa reconnaissance par le gouvernant ne vous procurent rien. Tans pis, dans ce cas, vous préférez rien à quelque chose dès lors que les autres ivoiriens n’ont rien et que, tous comptes faits, votre vanité est comblée. D’ailleurs, n’est-ce pas l’unique chose – c’est à dire rien – que vous acceptez de posséder avec d’autres ivoiriens ? Quand quelque chose leur manque, n’est-ce pas rien que vous tolérez de partager équitablement avec eux ?

S’il arriva à tel gouvernant que vous soutenez de manquer de venir vous voir régulièrement pour s’inquiéter de ce qui vous manque encore, c’est un motif de colère. Cela génère chez vous de la contrariété et de la colère, éprouvée à l’égard de celui qui ignore désormais tout ce que vous avez fait pour lui et que vous représentez pour la sécurité de sa position et sa continuité. Mieux encore, il provoquera de la colère et le reproche de votre part de s’intéresser davantage au sort d’autres ivoiriens. Ainsi, électrifier leurs villages à plus forte population que le votre ou mettre à leur disposition des pompes villageoises, alors que vous n’en disposez pas encore, vous est insupportable. Selon vous, cette place à laquelle vous l’avez porté doit lui permettre de résoudre toutes vos difficultés et qu’en tout état de cause, il ne peut être utile à d’autres ivoiriens, s’il n’a pas satisfait tous vos besoins. Ainsi, votre jugement à l’égard de celui que vous avez porté au pouvoir s’apprécie à la lueur de votre retour sur investissement : la satisfaction de vos intérêts particuliers que doivent produire votre soutien et votre choix électoral. S’il arriva aussi que votre investissement ne vous paraissait pas assez productif, alors vous lui reprochez son ingratitude à votre égard, sans aucune considération pour le progrès collectif qu’il aurait pu avoir réalisé.

Vos comportements ont un sens. Le connaissant parfaitement, vous le savez : sans vous, le gouvernant n’est que comme tous les dirigeants, vos autres enfants symboliques. Vous n’ignorez pas non plus sa vanité et sa tyrannie : il n’y a pas plus insupportable pour lui que d’être un enfant symbolique qui ne gouverne pas la famille. Fort de ce constat, vous tentez de contrôler son existence en tant que gouvernant et de tirer profit de toute sa passion qui le dévore. A travers vos acquiescements et vos réprobations de telle ou conduite de sa part, vous tentez de canaliser sa passion à votre profit. A travers vos comportements, parfois vous l’encouragez ou le confortez dans ses initiatives. D’autres fois, vous le dissuader de prendre telle voie. Bref, c’est en manipulant sa tyrannie que vous faites le miel ou le sel de votre propre existence. Il vient alors, que vous le manipuliez ou que que vous usiez d’autoritarisme, que le gouvernant vous ressemble. C’est là une évidence, car il manqua plus que votre enfant symbolique ne vous ressemblât pas. Cela dit, n’est-ce pas vous, le même peuple qui menez, à d’autres époques, une existence dans l’espoir et la revanche de pouvoir gouverner les relations par procuration à travers un autre dirigeant que vous élisez, votre élu ? Vous êtes différent quand vous êtes la minorité politique.

Les mains sales d’une minorité politique qui contestent son innocence.

C’est pourquoi, il existe également un véritable danger à ignorer la part de responsabilité de la minorité politique (mère symbolique du gouvernant), alors qu’elle ne veut accepter le gouvernant (son enfant) qu’en devenant la majorité (son père symbolique). Cette posture est tout aussi sociopathique que les attentes égoïstes et  impératives manifestées par son père symbolique. Pour vous, le peuple minoritaire politique circonstancielle, la naissance même du gouvernant constitue un véritable traumatisme. En vous conférant votre sexe et votre rôle de mère symbolique, votre position familiale, pensez-vous, vous semble incompatible avec la satisfaction de vos attentes qu’il doit réaliser. Ne pas l’avoir généré de manière décisive, c’est ne pas être dans la position du père tyran annexant l’existence des membres de la famille au profit de la réalisation de sa propre existence. En conséquence, vous ne pouvez acceptez cet enfant symbolique qui vous rappelle en toutes circonstances que vous ne pouvez maîtriser la réalisation de vos besoins, à défaut de pouvoir la lui exiger, en échange d’un soutien que vous ne lui apportez guère. Dès lors, le seul moyen selon vous de changer votre situation consiste à générer impérativement et, de manière décisive, un gouvernant dont il résultera de sa naissance que vous en êtes le père symbolique, la place recherchée du tyran familial. C’est parmi tous vos autres enfants symboliques (dirigeants) que vous espérez pouvoir en élever un au rang d’enfant remarquable : le gouvernant. La mère symbolique du gouvernant porte une part de responsabilité, en raison de sa condition sociopathique pour l’accepter. Parce qu’elle ne veut l’accepter qu’en devenant son père, la mère symbolique du gouvernant a quelque responsabilité dans la situation commune de coexistence.

Le gouvernant lui même et sa gouvernance semblent si peu importer que bien sûr, que vous soyez son le père ou la mère symboliques, vous devez pouvoir occuper l’espace public, sans qu’il oppose la règle commune qui en régit l’usage. Conducteurs de véhicules de transport en commun par exemple, votre recette du jour doit être plus importante qu’une circulation routière ordonnée, permettant à chacun de poursuivre la quête de la satisfaction de ses besoins. Piétons attendant un moyen de transport au bord d’une, rien ne doit vous obliger à l’attendre en un lieu qu’il spécifie par une règle qui ajoutera à votre existence un effort supplémentaire. Vous êtes comblés. Le conducteur n’a-t-il pas le droit exorbitant réel de s’arrêter partout où vous l’attendez, au prix d’un tête à queue sur le véhicule qui le précède ? Que les piétons et “chauffeurs” ivoiriens me pardonnent mon exemple. Considérant toutes les situations ordinaires de la vie, on pourrait conduire la même analyse et en tirer la même substance. C’est pourquoi, il est plus simple d’évoquer un droit exorbitant à manquer de respect à la règle et à générer du désordre et de l’injustice.

La responsabilité d’aucun acteur ne résulte de son statut, mais de ce qu’il fait et de l’usage qu’il en fait.

Le gouvernant n’est pas responsable, ni seul, parce qu’il gouverne, mais de sa gouvernance, de ce qu’il fait de l’être. Le peuple n’est pas innocent de tout parce qu’il est peuple et qu’il ne gouverne pas, mais de ce qu’il fait en tant que tel. Bref, tous les deux sont acteurs et à ce titre responsables de ce qu’ils font, de leurs actions, comme tout acteur quelconque. Le peuple est très éloigné d’avoir les mains et l’esprit purs. Certes, il ne gouverne pas, comme le gouvernant. Mais, le peuple agit. Comme tel, il est autant que tout gouvernant, un acteur. A ce titre, il emporte une partie de la responsabilité collective de l’état des choses.

Quand on aborde les fondements de votre acceptation du gouvernant, on se rend compte qu’ils ne peuvent qu’opposer ses membres. Qu’il soit le dirigeant que vous avez porté au pouvoir et alors vous êtes comblé, par sa seule existence à cette place. Vous semblez insensible, qu’il ne réalise pas vos attentes, encore moins celles de votre part qui ne l’a pas activement généré. Cela ne vous empêche pas d’être le premier à le soutenir, à vouloir qu’il exerce un pouvoir dont vous vous plaignez de ne pas atténuer vos difficultés de vivre, à défaut de pouvoir les supprimer. Il y a là une explication à donner à votre comportement dont le premier abord fait apparaître une incohérence. D’autre part, que vous soyez la part du peuple qui ne l’a pas choisi, votre attitude est des plus déraisonnables. En effet, avant même qu’il ne travaille à démontrer son utilité que vous ne supposez pas ou son inutilité justifiant votre choix, votre jugement est fait. Il est péremptoire. Dans ce cas aussi, la question se pose de savoir sur quoi fondez-vous votre jugement et votre choix, voire même une certaine agressivité à son égard ? Lorsqu’on recherche des arguments, dans le cadre d’une recherche d’explication raisonnée, on se trouve dans la difficulté et finalement dans l’impossibilité, dans un cas comme dans l’autre, d’en trouver un qui puisse expliquer vos comportements observés dans les deux cas. On ne peut que résoudre à interroger vos passions.

Considérons le premier cas. Telle part majoritaire du peuple préfère tel dirigeant à tel autre, sans pouvoir justifier objectivement de la satisfaction d’intérêts communs, voire même particuliers. On ne peut que faire l’hypothèse d’un facteur psychologique. Le premier concerne les conditions même pour générer le gouvernant. Vous le savez : au lieu d’une compétition politique opposant des dirigeants et leurs soutiens, et ayant pour finalité de choisir le meilleur projet commun et celui qui peut mieux le réaliser, au bénéfice de tous, vos fractions se disputent violemment pour déterminer qui, sans égard pour ce qu’il doit faire qui soit mis en commun. Vous évoquez la démocratie pour avoir le droit revendiqué de vous battre, mais non de participer à la compétition politique, à savoir d’argumenter vos idées pour tous. Il arrive souvent que vos parties se violentent au lieu de s’affronter par esprits interposés à travers les idées. Sas doute, il vous est difficile de considérer une unité d’être. Vous préférez être adversaire d’une partie de vous dans une lutte vaine pour la victoire de votre passion dans tous les cas. Être en compétition avec une partie de vous même pour le triomphe des meilleures idées de progrès vous semble être insupportable. Alors, la passion l’emporte : détenir à tous les prix le pouvoir de gouverner les relations qui lient toutes vos parties et leurs membres.

Lorsque l’on introduit en plus la clé de répartition majoritaire de vos votes et choix exprimés, on ne peut pas ignorer le facteur d’appartenance communautaire, ethnique par rapport au dirigeant choisi et supporté quoi qu’il fasse. Cela rejoint ce qui a été examiné très tôt dans cette réflexion : le lien de la majorité politique et du gouvernant. Comme un père autoritaire soutenant son enfant quoi qu’il fasse, vous soutenez tel ou tel gouvernant ou dirigeant que vous avez élu, même peu utile à vous, à fortiori à toute la famille. Dès lors qu’une espèce d’amour parental – disons même communautaire – est confondu avec le jugement des faits de l’enfant, il ne peut y avoir de place pour l’amélioration des comportements des gouvernants et dirigeants. Tel semble être une part de la nature de votre relation au gouvernant. Vous êtes le premier soutien de tel gouvernant dont en privé, vous êtes et parfois même accablez pourtant de “n’avoir rien fait” pour vous. Car, en arrière plan de tout cela, il faut s’y prendre à plusieurs fois pour y voir autre chose qui se joue. A votre point de vue de majorité politique ou de soutien du gouvernant, cette situation vous convient, malgré tout ce que vous lui reprochez en privé. Sans doute, votre comportement est dû à une perception globalement inégalitaire de la coexistence. Vous avez le délicieux sentiment, mais collectivement vénéneux, d’être la “part du peuple régnante ou gouvernante du pays” à travers lui. Parvenu ici, on commence alors à comprendre pourquoi, demeuré pauvre, démuni et souffrant des difficultés communes, constitue alors pour vous une souffrance sans doute plus supportable. Ayant foi en l’inégalité sociale, le pire que vous redoutez existe. A défaut de “posséder” le gouvernant, c’est d’être “la part du peuple non régnante”, le véritable peuple, selon vous, que vous n’entendez pas être. Sur la base de votre foi en l’inégalité sociale, le véritable peuple – disons même – “la populace” est à votre sens, la part du peuple dominée par celle “détentrice du gouvernant et du pouvoir”. Sur cette même base des relations sociales, être cette part vous révulse, tant elle rappelle les sujets du roi. Examinons maintenant le second cas. Rappelons qu’il en résulte que telle part du peuple rejette et honnit tel dirigeant par rapport à tels autres, avant même que ces derniers ne dirigent ou ne gouvernent. En procédant à la même analyse que dans le premier cas, on est contraint de convoquer là aussi les mêmes explications et arguments. Bref, pour vous le peuple, il semble que tout est simple et doit l’être : un dominant, un dominé.

Dans ces conditions, est-il possible que, vous le peuple puissiez, manifester un peu de raison dans l’appréciation des actes de gouvernance de tel ou tel gouvernante (enfant symbolique remarquable), quand tout est question de l’approprier, d’assujettir son existence comme gouvernant à vos existences de père et de mère symboliques ? L’aptitude à gouverner la famille vous semble-t-il digne d’intérêt que fondée sur l’inégalité? On peut en tous cas douter de votre souci d’une gouvernance démocratique, quand finalement l’important vous semble être d’être le père symbolique de celui qui est fait gouvernant plutôt que sa capacité effective à conduire dignement la famille symbolique démocratique. Il arriva que beaucoup d’ivoiriens pensent que tels ou tels dirigeants incarnent la compétence à gouverner la famille symbolique ivoire. Mais, les expériences récentes indiquent qu’ils n’ont pas démontré moins de soumission à la majorité de soutien (père symbolique). En tous cas, ils n’y sont pas davantage parvenus comparés ceux des gouvernants dont plusieurs ivoiriens pensaient d’eux que leur incompétence ne pouvait être discutée. Ainsi, le peuple n’attend simplement de tel gouvernant qu’il soit son enfant symbolique, lui en tant que père et mère symboliques autoritaires. Sauf à considérer l’absurdité des récriminations du peuple à l’égard des gouvernants, on ne comprend pas bien de quoi finalement le gouvernant est responsable et en quoi le peuple innocent. Peut-être faut-il fonder ces reproches sur autre chose pour accéder à un certain sens. Il semble que, dans son rapport au gouvernant, le reproche du peuple réside dans le fait qu’il ne soit pas sa majorité de soutien (son père symbolique), car il disparaît quand il le devient. Dès lors, pour le peuple, la question n’est pas familiale. Elle ne concerne pas ses difficultés de la famille, mais celles concrètes de telle part du peuple. Constituant le moyen de les réduire égoïstement, sa position par rapport au gouvernant constitue son enjeu.

Parvenu ici, il semble clair que l’enjeu du débat engagé dans cette réflexion n’est pas de savoir quels sont les ivoiriens concernés. Car, dès lors qu’il suffit de considérer l’époque politique pour qu’ils se rendent compte que tous peuvent l’être, selon que leurs pensées et leurs psychologie épousent les thèses défendues. Ainsi, aurait-il été un responsable politique, dans le sens noble du terme, que les choses ne seraient sans doute pas autrement. Tant que l’attente de telle et telle part du peuple concerne la satisfaction de ses intérêts particuliers, il est difficile de discerner un problème ivoirien commun, en rapport avec les difficultés communes de vivre des ivoiriens. Le chemin le plus court pour approcher la vérité quant à la possibilité que le peuple reconnaisse un gouvernant digne est de se poser la question.

Doute raisonnable du fait que le peuple parvienne à reconnaître un gouvernant digne de sa considération.

Par un heureux hasard du à la combinaison aléatoire de ses choix, le peuple parvenait-il à générer,un gouvernant digne de considération, le reconnaîtrait-il et l’accepterait-il ? Car, il n’est pas du tout acquis que le peuple reconnaisse et accepte le gouvernant digne. Compte tenu de ce qui précède, on se demande si vous êtes en mesure, de manière objective, de constater l’œuvre du dirigeant digne, dès lors que la finalité de sa gouvernance s’oppose à vos attentes particulières. Dans ces conditions, il n’est pas du tout certain que la situation de l’hypothèse de la gouvernance du dirigeant le plus authentique possible, au sens le plus noble du terme politique, vous convienne. C’est un fait que les hommes se battent aux noms de Jésus, d’Abraham, de Mahomet, de Bouddha et autres. Pourtant, qui peut cependant dire que ceux qui s’entre-tuent en leur noms parviendraient même à les reconnaître s’ils étaient revenus parmi nous ? Sauraient-ils s’accorder sur la réalité même de leur retour, à plus forte raison sur leurs messages passés ? Certes, les difficultés ivoiriennes ne relèvent pas de foi. Cependant, sans finalités convenues de l’action du gouvernant pour servir de références aux jugements portés sur les actions de tel ou tel gouvernant, chaque jugement ne peut qu’être juste et bien fondé. A condition néanmoins de reconnaître aussitôt qu’ils ne le sont que sur les références de chaque auteur dont ils émanent. En cette matière et sans références communes et convenues, il n’y a point de vérité. Il en résulte que chacun de vos jugements peut être fondé par des faits. Certes, mais, cela ne supprime pas leur absurdité du repère de la finalité collective qui doit être celle de la raison d’être d’un gouvernant. De même, cette absurdité ne s’efface pas quand le jugement dépend de la position de l’auteur par rapport au gouvernant responsable des faits.

Quelques traits du gouvernant sans doute inacceptables pour le peuple, dès lors qu’ils peuvent heurter ses attentes sociopathiques.

Admettons même qu’il y ait un responsable politique authentique. Il a l’ambition d’être utile aux ivoiriens et de les servir tous. Il commence par  les accueillir tous, par les respecter et par leur attribuer à tous une haute importance. Disons qu’il n’a aucun mépris pour leurs faiblesses, ni tels qu’ils sont, comme par exemple ceux d’entre vous qui ne partagez pas toutes ses idées politiques. Il fait preuve de bienveillance à l’égard de vos soucis et de vos pensées, même contre productives pour vous-mêmes. Parce qu’il nourrit l’ambition de servir tous les ivoiriens, il n’ignore aucun d’entre vous. Venant à sa rencontre, il ne vous invite pas impérativement à passer votre chemin alors que vous rechercher simplement réconfort et apaisement de vos souffrances et des solutions à vos difficultés de vivre. Certes, vous pouvez vous tromper sur la voie pour les résoudre ou sur telles conceptions de votre part. Vous pouvez même agir et retourner vos forces contre vous mêmes, comme par exemple quand vous facilitez la prise de l’adversité externe pour en tirer un profit particulier au détriment de certains d’entre vous. Mais, parce qu’il a la prétention de guider tous les ivoiriens, de leur montrer le chemin efficace de résolution de leurs difficultés particulières et communes et parce qu’il pense pouvoir leur montrer leurs erreurs, il commence d’abord par les accueillir, tels qu’ils sont, avant de vouloir les aider, de vouloir les convaincre et les encourager à changer.

Postulons qu’il a pris la mesure des difficultés communes de vivre de tous les ivoiriens et de la toxicité de leurs désirs de privilégier la satisfaction des intérêts particuliers. Inférons que sur cette base, il se garde d’instrumentaliser le lien d’appartenance communautaire et d’avoir une définition de la Côte d’Ivoire fondée sur une histoire particulière, en l’occurrence celle la moins commune. Enfin, convenons qu’il manifeste une grande capacité à incarner tout le peuple ivoirien et son intérêt général le plus existentiel, à les protéger durablement. Ne sachant pas tout et pour tenter de savoir et comprendre ce qu’il ignore, il admet d’apprendre ce qu’il ignore en écoutant tous les ivoiriens qu’il respectent par ailleurs. Supposons que ce dirigeant entend partager avec vous ses idées concernant la meilleure voie pour mener ensemble une économie collective de réduction des difficultés communes de vivre. Il n’a nul envie ni ne manifeste aucun désir d’acheter votre écoute et votre adhésion à ses idées ou à leur vacuité et encore moins à sa personne, à travers quelques billets de CFA glissés ici et là, ni de quelques victuailles cérémoniales, ni encore de tissus floqués de son effigie. Parce qu’il respecte votre dignité menacée par le besoin, il évite aussi d’insulter votre faculté de discernement et jugement de ce qui est bon pour vous et pour tous. Il s’abstient de brouiller la vivacité de votre esprit par des rudiments qui apaisent votre souffrance et vous éviter d’y réfléchir.

Il aurait la volonté de discuter avec vous de solidarité dans le partage, mais aussi dans la production des biens collectifs à partager dans la responsabilité individuelle et collective. Il vous encouragerait à faire de l’instruction et de l’acquisition de savoirs par tous la véritable priorité pour ne pas reproduire une part trop importante de la population qui n’a pas les moyens de mieux participer à l’action collective. L’alcool et les funérailles somptuaires par exemple deviendraient ainsi pour tous moins importants que les crayons, les cahiers et les livres des enfants. L’école des savoirs et des idées le serait par rapport à celles de la foi et des croyances, parce que vous aurez accepté la voie commune de diffusion des savoirs et des idées. Il traiterait avec vous de la maîtrise du nombre de la population, en tant qu’un facteur très important de réduction collective des difficultés communes de vivre, peut-être serait-il envisageable d’accepter la nécessité de débattre, sans passions, de l’exercice de la liberté sexuelle et des ivoiriens et de polygamie ainsi que des 26% de la population non ivoirienne. Il évoquerait la liberté pour tous, aux village comme en villes, à l’échelon local comme à celui national, peut-être discuterait-on du mode de gouvernance dans les campagnes, peut-être établirait-on des traditions compatibles et acceptables pour tous, justifiant que leurs gardiens soient reconnus par les institutions. On pourrait multiplier les exemples de sujets qui appellent la nécessité d’un accord de tous en vue de réaliser l’intérêt commun, sans lequel, constituer ensemble un État et sa communauté nationale n’aurait aucun sens et serait absurde.

Un tel gouvernant détiendrait le pouvoir, par le choix majoritaire des ivoiriens, sans être néanmoins soutenu par une partie d’entre eux, êtes-vous certains de l’accepter avec bienveillance, mais aussi avec une vigilance active, en étant convaincu, par avance, qu’il n’a ni aucune intention ni aucune raison de vous préférer ainsi que de privilégier vos intérêts particuliers ? Et, dans la mesure où, sans doute, il n’aurait aucune préférence pour les intérêts particuliers de ceux d’entre vous qui l’ont cependant porté là, est-ce envisageable que ces derniers lui soient bienveillants ? Discerneraient-ils le caractère général ou partial de ses productions avec rigueur ?

Pertinence de la question de savoir si, du point de vue du peuple, les gouvernants et les dirigeants existent et comptent en dehors du peuple lui-même.

Au fond, au plan politique et de la vie ordinaire, si le peuple procédait à une analyse sincère de son comportement, peut-être reconnaîtrait-il à lui même quelque tort. Il y observerait que rien n’existe ni ne compte en dehors de lui, même pas le gouvernant, son enfant symboliqueParce que c’est vous le peuple, majoritaire en particulier, qui déterminez le détenteur du pouvoir, vous entendez aussi vous réserver le droit d’observer ou pas telle ou telle règle commune, qu’il ne vous les fasse pas respecter. N’est-ce pas là le caractère le plus pernicieux de la manière dont vous voulez vous relier à lui ? Remarquez la façon avec laquelle vous entendez l’aider dans la mission que vous lui avez confiée. Dès que vous assumez une parcelle de la responsabilité administrative, n’entendez-vous pas en faire, dans nombre de cas, votre fond de commerce ? N’est-ce pas vous qui vous plaignez d’injustice quand vos intérêts particuliers ne sont pas satisfaits par le gouvernant, mais qui usez injustement de la moindre parcelle de pouvoir pour en faire le moyen d’échange de vos intérêts au détriment de ceux de tous ?

N’est-ce pas vous le même qui réclamez la démocratie à l’échelon national, mais qui entendez demeurer monarchistes convaincus, dès lors qu’il s’agit de communautés villageoises, cantonales, etc… Vous la revendiquez afin que le leader politique d’envergure nationale que vous soutenez puisse détenir le pouvoir pour vous servir, mais vous ne la revendiquez pas dans votre communauté villageoise, régionale, afin que tous soient localement servis. En quelque sorte, vous aimez être libres et majeurs ainsi que ceux avec lesquels vous soutenez un même responsable au plan national, mais vous acceptez et trouvez normal, soit d’être mineurs devant ceux qui vous dominent localement, soit d’être majeurs et dominants, devant ceux qui reconnaissent à leur détriment votre domination à l’échelon local. Il en va de même de même de ceux qui vous ressemblent. Bref, à l’échelon local, vous chérissez l’inégalité et la monarchie et détester la liberté et l’équité, quand à l’échelon national vous plébiscitez l’égalité, l’équité, la liberté, la justice et que de sais-je encore, mais haïssez leurs contraires. Sans doute, il faut introduire un secret espoir pour comprendre ce double positionnement vis-à-vis des valeurs et systèmes politique, en particulier démocratie-monarchie. A l’échelle nationale, vous voulez ce que la démocratie et ses valeurs, exigées mais travesties à l’échelon national, permettent de réaliser : l’intérêt particulier, par le détournement des ressources collectives, rendu possible par le vote (démocratique) du détenteur du pouvoir ; toute autre voie (monarchie par exemple) consistant nécessairement en conflit conflictuelle. Il en résulte qu’on peut parvenir à réviser l’hypothèse du double positionnement. Car, tout se passe comme s’il y a des valeurs en lesquelles vous croyez, ce sont celles localement admises. Leurs opposées sont celles que le peuple tolère, réclame même à l’échelon national pour lui servir de moyens de réalisation des premières à cette échelle. Quoi que nous ne démontrons pas le caractère apaisé de la voie démocratique.

Au milieu de la grande masse des actions ou inactions que vous lui reprochez, il arriva que le dirigeant décida d’accomplir une œuvre d’intérêt général, non seulement pour assumer enfin sa véritable raison d’être et par la même occasion pour se libérer de votre emprise. Aussitôt, vous le traitez, d’inconséquent et d’ingrat, espérant le couvrir de honte et de remords, ainsi que de la non qualité qui sied à quelqu’un qui ne respecte pas son contrat. Votre lecture du contrat vous liant à lui est simple : vous considérez la relation parfaitement déséquilibrée au point que vous avez toujours comprimé (inconsciemment) la faculté de décision du dirigeant. En jugeant ses actes, vous croyez avoir le pouvoir seul de savoir (consciemment) ce qu’ils valent ou pas. Ainsi, une œuvre d’intérêt général, de sa part, ne vaut rien selon vous et n’a aucun sens, dans la mesure où elle ne répond pas à vos attentes particulières. Peut-être que vous la devinez. Mais, vous ignorez tout de l’intention parfois du dirigeant de vouloir se libérer de vous, de ce qui ressemble fort bien à votre servitude. D’abord en tant qu’homme libre, il a son propre projet d’homme à réaliser. Ensuite, comme gouvernant, qui peut douter qu’il souhaite digne de la considération du peuple qu’il gouverne, bien qu’il n’y parvient pas souvent ? Par exemple, quand il agit parfois de telle manière à servir enfin tous les ivoiriens. Mais, que cela ne lui tienne, vous pensez pouvoir entrevoir la portée de son entreprise dans le fait, de la part du gouvernant, de manifester de l’ingratitude à votre égard. Surtout, pensez-vous peut-être, qu’à travers telle action de portée collective, il vous présente comme un inconséquent qui soutient un gouvernant qui entend éviter de servir prioritairement ses intérêts, si ce n’est ses seuls intérêts.

Finalement et à votre avis, tous les maux et reproches dont vous couvrez le dirigeant ou le gouvernant sont peu de choses, à côté de votre insignifiance qu’implique la réalisation de l’intérêt général de sa part. Autrement exprimé, en comparaison du peuple tout entier, la réalisation d’une œuvre collective par le dirigeant risque de souligner, pensez-vous, votre faible importance à ses yeux, vous qui l’avez fait être ce qu’il est. Ainsi, pour défendre et affirmer la haute idée que vous avez de votre signifiance, de votre magnanimité, de votre primauté ainsi que celle de vos intérêts particuliers, tous les moyens sont bons. En fait partie, celui de faire du dirigeant, un homme sans valeurs, inconséquent ainsi que celui de pointer et de lui rappeler sa dépendance de vous, comme esclave de vos désirs. Voici, d’une certaine manière, un aspect des enjeux de la grande bataille de libération de votre emprise à laquelle peu de gouvernants ou dirigeants sont parvenus échapper, pour s’émanciper de son extrême rigueur. Si naturellement, il y en a un qui entend être un homme politique authentique, à savoir au sens noble du dernier terme, il n’a pas d’autres choix que de se convaincre de changer lui-même pour pouvoir tenter de vous convaincre de changer. Et, puisqu’un seul responsable politique ne saurait gagner cette bataille de la vie d’un peuple, de plusieurs politiques, des générations d’hommes politiques convaincus sauront la continuer pour que le peuple et ses parties tolèrent enfin l’intérêt général, à défaut de l’accepter. Telle est fondamentalement la lecture qu’on peut faire des relations qui semblent être celles avec tel gouvernant, à telle époque époque.

Conclusion

Dans l’impasse collective dans laquelle ils sont, les ivoiriens qui veulent fuir leur part de responsabilité sont sans aucun doute libres de le faire. Comme ils ont procédé jusque-là, ils pourront aussi continuer à fuir la violence qui accompagne désormais leur coexistence et tenter de se la masquer. Mais, il y a sans doute une limite à l’habileté, à la manipulation, à l’illusion, à la mystification, etc…. Au delà de leur réalité commune inacceptable, ils ne peuvent échapper à la réalité d’eux-mêmes qu’ils tentent parfois de cacher aux autres ivoiriens. Ils sont contraints de la regarder, quand ils se retrouvent en face d’eux-mêmes. Car comme l’énonce si bien Stefan Zweig, “on peut tout fuir, sauf sa conscience”. (2) En effet, chaque ivoirien peut tout nier de sa part de responsabilité dans la tragédie commune, sauf tout ce qui n’échappe pas à sa conscience : ses pensées, ses actes et leurs mobiles parfois sectaires, ses discussions aseptisées ou faux débats avec ceux avec des ivoiriens lesquels il est d’accord, etc…. Bref, il ne peut échapper à la conscience de ses faiblesses, de ses désirs et de ses passions dangereux pour le pays tout entier.

Pourtant, une  voie d’échappement à l’égarement collectif que chaque ivoirien peut emprunter existe. Elle est différente de celle dans laquelle il est innocent de toutes ses difficultés et ses dirigeants uniques coupables désignés de tout. C’est celle dans laquelle il peut réaliser la grandeur de l’homme qu’il est et qu’il a toujours été depuis sa naissance. Reconnaître, accepter et assumer sa part de la responsabilité collective des les conditions communes d’existence avec les autres ivoiriens, voici leur chemin commun de lumière et d’êtres libres. En procédant ainsi, peut-être, observera-t-il qu’il détient le pouvoir de prendre ce chemin. Mais, tel ivoirien est-il dépourvu du moindre pouvoir de tenter de modifier sa réalité s’il est un homme responsable, donc libre ? Peut-être devons-nous nous examiner le défaut de pouvoir qui ne manquera pas d’être invoqué. Peut-être, explique-t-il et justifie-t-il que nombre d’ivoiriens préfèrent bien souvent la posture d’innocents et victimes de leurs seuls dirigeants et des autres. Prenons donc rendez-vous au dernier volet de cette réflexion. Nous y examinerons cette question d’ivoiriens victimes, innocent et finalement impuissants car dépourvus, disent-ils souvent, de tout pouvoir de changer l’état des choses : les conditions de leur existence et coexistence.

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(1) Blog Etudes africaines, “Afrique: La mauvaise gouvernance et la confiscation du pouvoir”, 21 avril 2009 URL : http://afriquecentrale.canalblog.com/archives/2009/04/21/13466441.html

(2) Stefan Zweig,  “La pitié dangereuse : ou l’impatience du cœur”,  Le Livre de poche, 2012

 

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