COTE D’IVOIRE 2020 : Une certaine opposition ivoirienne va finir par relativiser le tort du régime Ouattara.

Le jour se lève sur le drame ivoirien dont un épisode s’est joué hier à l’occasion du premier tour des élections présidentielles. Des ivoiriens attendent fébrilement et tous muscles sous tension, comme des boxeurs dans leurs coins, les résultats de ces élections que le régime qu’ils combattent doit proclamer.  Leur intention est de les comparer à des résultats dont ils disposent déjà, sans les avoir organisées, ni y avoir participé et en empêchant qu’elles ne se tiennent. De jolies cartes censées traduire la réussite de leur action circulaient hier déjà aux alentours de 16h sur les réseaux sociaux. La suite ne leur échappe pas : quoi qu’il arrive, ils sortiront vainqueurs de la confrontation violente avec le régime, en prenant avec le régime, le peuple en otage et en annexant sa liberté.

Tout commence avec un juridisme nauséabond au terme duquel la Cour constitutionnelle de la Côte d’Ivoire a cyniquement dit la norme constitutionnelle applicable au cas particulier du président Ouattara, alors que la constitution en son article 55 interdit qu’un président ne peut être réélu qu’une seule fois. Monsieur Alassane Ouattara a été élu président de la Côte en 2011 ; il a été réélu en 2015. Manifestement, il ne pouvait être à nouveau candidat en 2020 pour un autre mandat. Mais, les juges de cette cour, après examen des recours des oppositions au régime et se prenant pour Minos, ont rendu leur décision ; elle est exécutoire et irrévocable : la candidature du président Ouattara est recevable et valide. Ils ont procédé non sans exclure et retenir d’autres candidatures selon qu’elles peuvent nuire au candidat du régime ou amoindrir celles de l’opposition. Ni les oppositions, ni le peuple n’ont plus aucun recours possible par la voie juridique, contre ce forfait et cet abus de pouvoir. En face de ce nouveau chemin dangereux que les ivoiriens empruntent, les oppositions ont choisi et entrainé une partie du peuple dans un boycott actif des élections et dans une désobéissance civile. Voici les termes du problème de la Côte d’Ivoire.

Nous ne nous attarderons pas sur la question de l’abus du peuple par le régime Ouattara. Cet aspect a déjà fait l’objet de plusieurs articles. Ce qui nous intéresse ici est la réponse des oppositions ivoiriennes ou une partie en tous cas. Quelle signification peut-on donner au boycott actif des élections et à la désobéissance civile telle qu’est manifestée au cours de ce premier tour des élections ? Cette analyse met en question la défense supposée de la république par les oppositions.

Les choix possibles des oppositions et des ivoiriens face à l’abus du régime Ouattara.

La décision de la Cours constitutionnelle ivoirienne étant exécutoire et irrévocable la voie juridique était épuisée, dès lors que la Côte d’Ivoire est une république souveraine. Les oppositions au régime moribond du président Ouattara ne disposaient alors que de deux options : soit aller aux élections, soit ne pas y aller. Quant à l’option de la voie violente, seul un peuple souverain peut s’octroyer ce droit, même en république.

Ne pas y aller impliquait de retirer toutes les candidatures de l’opposition et d’espérer que le plus grand nombre possible d’ivoiriens s’abstiendraient de participer comme eux à ces élections. Leur expliquer l’enjeu et les y encourager, voici ce que pouvait être sa mission. Procédant ainsi, ces oppositions auraient exercé leur liberté en même tant qu’en respectant celles des ivoiriens et en ayant confiance en son exercice. Cette option supposait aussi que les oppositions étaient accordées sur le diagnostic de l’abus du peuple et convenaient de la combattre ensemble et de la même manière. Cela ne fut pas le cas. Cette option avait l’avantage d’éviter de risquer de légitimer des résultats abusifs par une participation de l’opposition.

Mais, son succès supposait deux conditions : d’une part, unité de l’opposition et unité de diagnostic d’action et de moyen, d’une part, et confiance en la liberté du peuple souverain et en sa raison souveraine, d’autre part.  Des oppositions qui ne partageaient pas le danger imminent que représente le régime Ouattara pour la république ne pouvaient s’unir totalement. Pourtant, une partie d’elle prétend le peuple uni à l’image d’une opposition pourtant désunie.  Dès lors qu’aucune de ces conditions n’était remplie, le risque de légitimation de résultats électoraux abusifs par et au profit du régime Ouattara ne pouvait être écarté, sans décider à la place de chaque ivoirien pour en être certain. Voici pourquoi cette option n’a pas été choisie par l’opposition, d’autant que l’histoire montre que les absents ont souvent eu tort et bien que la détermination à la place de chaque ivoirien sera mise en oeuvre dans le choix qui suit.

Ainsi, les opposition au régime Ouattara ont choisi d’aller aux élections sans y aller vraiment. Dès lors que les candidatures validées ont été maintenues, d’une manière ou d’une autre, l’opposition participe à ces élections. Sans doute, elle a procédé ainsi, de sorte à pouvoir exercer tous les droits que la constitution confèrent à la qualité de candidats. Considérant néanmoins que les mêmes causes produisent les mêmes effets, l’opposition redoutait le vol des suffrages des ivoiriens avant même qu’ils ne les expriment. Elle est convaincue qu’il n’existe aucune raison qu’elle pensa que le régime Ouattara n’usa pas du même abus aux élections présidentielles que celui dont il a fait une démonstration impériale lors de la validation des candidature. En ce sens les craintes de l’opposition sont fondées. Certes, mais tout de même !

La signification du boycott actif et de la désobéissance civile des candidats de l’opposition.

Toutefois, la question qui se pose n’est pas celle de la probité morale et éthique du régime Ouattara, à savoir sa considération de la république et du peuple ivoirien. Chacun peut convenir que son absence de considérations morale et éthique n’est pas un sujet de débat au regard des faits. Laissons donc de côté ce régime définitivement discrédité et hors de la république pour débattre de l’opposition. Ce qui me semble en jeu dans cette affaire est l’opposition, en tant que le contre-pouvoir – puisqu’elle en dispose – qui s’oppose à l’abus du peuple par le régime Ouattara. Ayant épuisé son recours juridique, la question qui se pose est de savoir en quoi l’opposition combat-elle l’abus de la république par le régime à travers le non-abus de la république. Examinons donc les faits.

Au point de départ de son choix, il s’agit pour l’opposition de défendre la république et le peuple ivoirien des abus du régime Ouattara. A ce point de vue, elle ne peut confondre le régime Ouattara qui l’abuse et la république elle-même. Le respect de cette dernière, contrairement au régime impérial combattu, consiste à agir, conformément à ses règles, le contraire étant précisément ce qui reproché au régime inique. Par conséquent, l’opposition ne peut disposer d’une qualité de défenseure de la république qu’en agissant dans le cadre républicain. Cela a-t-il été le cas et est-ce toujours le cas ?

L’opposition, à la fois candidate pour tirer profit de cette qualité pour user des marges juridiques que cela lui confèrent et ordonnatrice d’un boycott actif et d’une désobéissance civile aux lois, étale son sophisme. Si les lois de la république perdent leur autorité en raison d’être appliquées iniquement par le régime Ouattara, il n’existe aucune aucune raison qu’elles fasse autorité par ce que les candidats de l’opposition se plaçant dans le cadre, usent de leur autorité pour atteindre leurs objectifs politiques. C’est en cela que la stratégie qui consiste à demeurer candidats d’élections qu’ils ne reconnaissent pas, tout en espérant tirer avantages de cette qualité est parfaitement incompréhensible pour le peuple ivoirien. La compréhension de ses actes est-elle par ailleurs la moindre attente qu’elle a de lui, quand elle tente de l’empêcher de se déterminer par lui-même ? On peut en douter.

Craintive de la continuation de l’abus du régime et de son extension aux élections présidentielles proprement dites, l’opposition a opté pour un boycott actif et une désobéissance civile, entraînant avec elle une partie du peuple dans des actions violentes. Voici, me semble-t-il, la limite de la prétention républicaine et démocratique que régime au pouvoir et oppositions revendiquent : tous abusent en réalité de la république ; aux abus du régime, les oppositions entendent opposer des contre-abus de la république. En usant et encourageant la violence à travers l’abolition de la liberté d’autres ivoiriens, il n’y a rien d’autre à dire que que cela relève de violence à l’encontre de ces derniers.

Ainsi, les options consistant à user de la libre délibération du peuple pour abattre ce régime impérial et abusif, sans blesser la république ont été ignorées au profit d’une option qui considère et prend le régime pour la république, assimilant ses lois à lui qui les exécute, sans doute abusivement. Dès lors, avant même de savoir combien d’ivoiriens sont pour la république et la défendent, de savoir combien pensent qu’ils ont été abusés, l’opposition et des ivoiriens ont décidé à leur place. Avant même d’en avoir l’esprit net sur combien d’entre-eux manifestent librement une certaine morale et éthique sociale, ils ont décidé à leur place.

En effet, des ivoiriens qui décident librement de ne pas participer à des élections qu’ils jugent non démocratiques et pour lesquelles ils redoutent que leurs choix ne soient pas respectés exercent tout aussi librement leur liberté, en restant dans le cadre républicains. Mais, dès lors qu’ils décident d’empêcher activement qu’elles ne se tiennent, d’empêcher que d’autres ivoiriens arbitrent eux-même entre des attitudes et postures à avoir et ce qu’il convient de faire ou pas face à l’abus du régime, ces ivoiriens  ont en réalité choisi de décider à la place d’autres ivoiriens.

En cette matière, ces ivoiriens qui empêchent d’autres de s’exprimer librement craignent que leurs choix leur paraissent aussi amoraux et non éthiques que les actes du régime combattu. En un mot, ils ont peur de leur liberté à exercer, parce qu’ils n’acceptent pas le sens dans lequel ils pourraient l’exercer. Cela, c’est l’argument le plus flatteur pour eux. On peut aussi analyser qu’ils considèrent que ces ivoiriens auxquels ils défendent de s’exprimer à travers leur unique moyen, leurs voix – portées par leur voix électorales – sont mineurs. Leurs esprits ne sachant pas encore discerner ce qui est vrai, bien, juste, beau, utile collectivement, ni encore procéder à quelques calculs s’agissant de ce qui leur convient, ils veulent décider et agir à leur place, comme des parents en tant que puissances, pour leurs enfants mineurs. C’est là, la manifestation d’un grand mépris, aussi grand que celui du régime inique du président Ouattara.

Ainsi, des ivoiriens convaincus de leurs propres choix, ont décidé et choisi de décider à la place d’autres ivoiriens en les empêchant de le faire, leur imposant ainsi leurs convictions. S’il est entendable que parmi les objectifs qu’ils poursuivent ainsi, figurent celui d’une tentative de rétablir la république, le moins que l’on puisse dire est qu’ils ont pris le risque de l’échec à le faire. Des défenseurs de la république agissent contre ses principes tout en voulant en user parce qu’ils peuvent leur être utiles ; il décident impérialement à la place d’autres ivoiriens, et sans avoir reçu aucun mandat de leur part pour le faire, comme le régime qu’ils combattent. En définitive, pensent-ils qu’il existe encore une république et un peuple ivoirien digne et respectable entre eux et le régime qu’ils combattent ? N’est-ce pas en cela qu’elle ressemble au régime, qui pour abattre définitivement son opposition a considéré que nulle république, ni peuple souverain n’existent et n’est digne de respectabilité ?

Au delà de leur victoire éventuelle sur ce régime combattu sur fond de violence, existe-t-il une seule raison pour les ivoiriens qu’ils ont fait taire et à la place desquels ils entendent décider, de faire d’eux des républicains et démocrates qui ont de la considération pour leur liberté ? Peuvent-ils eux-mêmes alors être dignes de la considération de ces ivoiriens indignes de leur considération ? Le rapprochement et le rassemblement des ivoiriens sont-ils possibles dans ces conditions ? La suite d’une telle histoire peut alors être échafaudée, dès à présent, si quelques esprits vrais n’en modifient pas le cours : les faux défenseurs aujourd’hui de la république seront le régime abusifs et combattu demain, ainsi que le régime Ouattara l’a été hier avant d’être combattu aujourd’hui, etc… Pourquoi ? Derrière la grande complexité perçue de ce qui passe depuis 1993, on peut approcher une certaine simplicité.

Nombre d’ivoiriens évoquent constamment le peuple en s’abritant derrière sa souveraineté. Mais, dès qu’il s’agit de le laisser s’exprimer pour laisser apparaître ses fractures et ses fêlures et imperfections, ils préfèrent décider et agir à sa place pour lui créditer leurs propres pensées, sentiments, convictions et actes. De fait, des ivoiriens veulent être tous seuls le peuple, pour être certains que l’histoire s’écrive selon leurs seules volontés. Dès lors, la liberté de chaque ivoirien lui fait peur et la combat avant qu’il ne puisse l’exercer.

Conclusion.

A une époque où j’étais au collège à Bouaké, l’établissement disposait d’un superbe jardin public. Partout de belles allées ; elles séparaient de jolies haies fleuries d’hibiscus notamment. Gare au moindre désaccord avec un collègue et il vous invitait au jardin. De fait, c’était là que devait se résoudre à coups de poings, à coups de prises de luttes et de judo, ou encoure de katas et postures de karatékas les divergences. A cette époque, le Kung fun et le Shaolin constituaient l’attraction au cinéma. Bref, le joli jardin était en fait un espace de violence où devaient de traiter les désaccords.

Ainsi que la réponse au moindre sujet de désaccord se manifeste souvent dans le cadre familial, villageois, citadin par le “tombé de la chemise”, par la gifle, les coups de poings, nombre d’ivoiriens ont spontanément choisi de manifester d’abord leur désaccord avec le régime Ouattara, certes abusif, par la violence, avant même d’avoir épuisé la voie pacifique : le libre usage des bulletins de votes et des voix électorales des ivoiriens ou leur abstention en signe de protestation. Il y avait une réponse à la crainte légitime d’élections abusives : le vote massif des ivoiriens convaincus de république et de morale et éthique sociale qui rendait tout abus quasi impossible ou son contraire : l’absence massive de leurs suffrages. Évidement, c’est la liberté exercée par les ivoiriens qui confère son caractère massif et fait de leurs votes ou leur absence l’anti-dote à la volonté d’abus du régime Ouattara.

La difficulté est que cela revient à avoir confiance en la liberté des ivoiriens pour y parvenir et à manifester de l’espoir quant au sens de cet exercice. Parce que respecter la liberté des ivoiriens constitue un risque à prendre, parce que des ivoiriens doutent du bon exercice de cette dernière, ils ont purement et simplement choisi spontanément de refuser de le leur reconnaitre leur empêchant son exercice, comme s’ils devaient recevoir leur autorisation. Évidemment, à leur sens, c’est pour leur bien et le bien de la république et, ils pensent de bonne fois sans doute, être leurs défenseurs. De ce point de vue, alors que le régime impérial leur laisse encore néanmoins la possibilité d’entraver ses intentions sociotoxiques, l’opposition ne leur laisse pas ce luxe.

Comme le dirait Pascal, même celui qui va pendre veut être heureux. Ceux qui ont en commun de pendre la république, chacun à sa manière régime et opposition, ont un point de ressemblance : ils affirment vouloir son bonheur, qu’ils la pendent ou la guillotinent. Tant qu’il existe des ivoiriens qui veulent garder d’autres ivoiriens comme des bergers de troupeaux, leur ordonnant quel pré brouter, il est difficile de savoir quels ivoiriens sont pour la république ou contre, quels ivoiriens n’agissent que sur la seule base de leurs intérêts immédiats hâtivement calculés rationnellement, peut-être sans aucune considération morale ni d’éthique sociale. Or tant que le peuple est contrarié dans l’exercice de sa souveraine liberté et la détermination consciente de sa propre volonté, nuls ivoiriens ne sauront avec quels autres ils vivent ensemble. Les conditions de progrès communs dans leurs rapprochement mutuels ne pourront alors être que retardés, ainsi que leur rassemblement et leur cohésion. De ce point de vue, si le régime inique du président est indiscutable, la démonstration de la raison de l’opposition reste à faire. Pour ma part, j’ai un problème avec le fait que quand on dispose de la double possibilité de résoudre pacifiquement cette difficulté constituée par l’abus du régime Ouattara, qu’on préfère spontanément la voie immédiate de la confrontation violente, alors même qu’il était était possible de tenter d’abord le vote massif contre ou alors le retrait massif de discrédit de délégitimation, sans mépriser la république elle-même et en la distinguant du régime qui tente de l’abolir. Il est exact de ces deux options exigent une foi inébranlable en la république et en la démocratie, j’en conviens. Mais, il n’y a pas d’autres moyens que d’avoir foi en elle, faute de quoi, les ivoiriens sont dans un cycle d’éternel recommencement.

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