COTE D’IVOIRE 2020 (1/4) : Un refus qui sonne comme ce qui pouvait arriver de mieux au PDCI-RDA et à la Côte d’Ivoire.

Les élections présidentielles de 2020 sont dans toutes les têtes. Il semble même que, à la suite d’un accord non respecté  entre le RDR et le PDCI-RDA jusque-là alliés, leur bataille qui a commencé en début de cette année a pris une tournure qui risque de rendre leur rupture irréversible. Ainsi donc, tout se passait depuis 2010 comme si ces deux partis que rien ne sépare se sont naturellement alliés pour privatiser durablement le pouvoir d’État que les ivoiriens constituent, afin de se prêter à tour de rôle sa détention et son exercice, après avoir réduit à néant l’influence du FPI. Bref, le RHDP est pour ainsi dire, comme l’ex-PDCI avant la création du RDR. En rendant le FPI durablement inoffensif à la fin de la guerre de 2010, c’est comme s’ils recréaient les conditions qui prévalaient de 1990 à 1993. Il y avait, d’un côté, le PDCI-RDA, alors hégémonique et, de l’autre, le FPI combatif, mais inoffensif. Dans cette nouvelle configuration politique, entre 2010 et 2018 (avant la rupture en cours), le RHDP semblait remplacer par conséquent le PDCI-RDA d’alors  qui a prévalu en Côte d’Ivoire avant le décès de FHB en 1993. Il ne s’en distingue guère que par son leadership bicéphale et par l’existence de fractions (RDR et PDCI-RDA) En quelque sorte, le RHDP est le nom donné aux fractions réunies du PDCI-RDA, ne divergeant jusque-là que sur l’identité de celui qui doit détenir le pouvoir ou en assurer le leadership.

La bataille politique que ces deux partis ont engagée résulte par conséquent de la rupture de leur accord visant à posséder et exercer alternativement le pouvoir. Leur projet politique semble ne faire aucune place ni appel à l’intelligence et à la liberté des ivoiriens. C’est pourquoi, il n’est nullement nécessaire de convaincre ces derniers. En l’absence de toute adversité politique, disons même d’omniprésence de leur unique pensée, que leur alliance élimine mécaniquement, cette dernière n’est-elle pas suffisante en soi pour les amener à leur confier le pouvoir qu’ils représentent ? Dans ces conditions, est-il nécessaire qu’ils pensent la destination vers laquelle ils entendent les conduire ? Craignent-ils de leur devoir quelque chose quand ils sont certains que le pouvoir ne peut leur échapper et qu’ils ont l’assurance de le détenir tant qu’ils sont alliés ?

C’est en examinant ces questions que, plutôt que de s’inquiéter des éventuelles conséquences de ce renversement d’alliance, on peut parvenir en revanche à une raison de penser que le refus du RDR de céder le pouvoir au PDCI-RDA est ce qui pouvait arrivait de mieux à la Côte d’Ivoire depuis 2010 et à des ivoiriens qui méritent mieux. En effet, si les ivoiriens ne se laissent pas floués par ces partis, dans leur tentative de convaincre de leur confier le pouvoir pour simplement satisfaire les exigences d’une rotation qu’ils ont organisée sans leur avis,  alors, ils pourront être exigeants. Quelle Côte d’Ivoire ces partis envisagent-ils de bâtir plutôt que de savoir à lequel d’entre eux revient le pouvoir ? C’est parce que j’ai la prétention de penser que l’intelligence des ivoiriens mérite mieux que la position de juges de l’éthique de ces partis que cet article m’est apparu utile. Pour développer la thèse de la tentative de privatisation du pouvoir d’État de la Côte d’Ivoire, il convient de rappeler le cadre politique ivoirien dans lequel les événements qui déterminent l’existence des ivoiriens  se déroulent depuis 1993. On pourra peut-être même observer que parce qu’un Gbagbo, qu’un Bédié ou qu’un Ouattara en cache un autre, l’alliance semble constituer le moyen leur permettant de ne pas apparaître comme ceux qui n’envisagent la politique qu’en détenant le pouvoir, faute de quoi, ils menacent et finissent par faire la guerre.

Le cadre politique de référence en Côte d’Ivoire depuis 1993

Le contexte politique ivoirien a changé depuis 1993. Avant même le décès de Félix Houphouët-Boigny, la bataille initiale pour détenir le pouvoir a opposé Henri Konan Bédié à Alassane Dramane Ouattara, tous les deux jusqu’alors membres du PDCI-RDA. Elle a abouti, après sa mort, à l’éclatement de ce parti et à la création du RDR, fraction dissidente. Depuis l’existence des trois partis majoritaires (avec le FPI existant depuis 1990), la Côte d’Ivoire est entrée dans une nouvelle ère politique : celle des alliances pour quelque parti qui veut conquérir, détenir et exercer le pouvoir d’État.

En effet, de manière durable et tant que le fanion ou la désignation d’un parti vaut son programme politique, aucun parti ne peut sans doute conquérir tout seul le pouvoir, le détenir et l’exercer. L’alliance politique est par conséquent devenue incontournable en Côte d’Ivoire pour quelque parti voulant participer à l’exercice du pouvoir. Tant que ce contexte dure, il offre de beaux jours aux partis minoritaires. Ils peuvent désormais faire la danse du ventre aux partis de masses, mais à condition cependant qu’ils aient une certaine valeur : une capacité d’apport d’électeurs d’appoint à l’alliance à laquelle ils appartiennent. Quant aux trois partis majoritaires (PDCI-RDA, RDR et FPI), tantôt farouches adversaires, tantôt alliés depuis 1994, ils sont malgré eux désormais dépendants les uns des autres ainsi que des “petits” partis. C’est ce constat que les deux premiers ont mis à profit, malgré l’océan de haine qui séparait leurs leaders, en s’alliant contre le troisième cité.

Il est cependant clair que l’alliance de partis majoritaires, ayant la vocation et la volonté d’assurer le leadership du gouvernement, augmente les chances de succès de leur alliance. Il ne faut pas non plus être devin pour prévoir qu’une telle alliance ne peut en revanche que s’achever sur une rupture brutale, dont la faille laissée est à la hauteur de leurs volontés respectives de détenir le pouvoir. N’est-ce pas cela dont rend compte la lente agonie du RHDP depuis début 2018 et les muscles que ces partis montrent à l’approche des élections de 2020, sur fond d’affrontement politique RDR/PDCI-RDA ? Parce qu’aucun leader et son parti n’envisagent la politique autrement qu’en détenant et en exerçant le pouvoir, l’alliance n’a pas été possible au décès de FHB en 1993 entre le PDCI de Bédié et le RDR de Ouattara ; ce dernier parti n’est-il pas le résultat de l’impossibilité initiale d’une alliance ? Depuis, des alliances entre eux ont jalonné la vie politique ivoirienne. Personne n’a oublié l’alliance RDR/FPI des années 1993-2000 qui a abouti au fameux boycott actif du FPI, en raison de la candidature rejetée de Ouattara aux élections de 1995.  Personne n’a non plus omis leur relations cordiales avant et après le coup d’État de 1999 de Robert Guéi avant les drames de 2000, à la suite des élections sans le PDCI-RDA. Si le RHDP est la leçon tirée de ces errements politiques, on voit bien que c’est sous la condition expressément organisée, sans les ivoiriens, d’une alternance mécanique du pouvoir entre ces deux partis et parvenir à l’unicité de la pensée pour éviter la continuation de la confrontation violente.

Ainsi, face à la problématique du pouvoir et de sa détention et exercice, ces trois partis ont jusque-là agi comme s’ils avaient un choix à faire entre deux options. D’une part, l’unicité de la pensée, qui met fin aussitôt fin au débat ; c’est ce que réalisait jusque-là l’alliance RHDP en vue de l’appropriation du pouvoir. D’autre part, le rapport des forces ou la confrontation violente, qui permet de s’accaparer le pouvoir. Faire de la politique peut-il ignorer la confrontation des idées qui permet précisément à ceux pour lesquels elle est réalisée de procéder au discernement de leurs intérêts communs et d’exercer leur liberté en choisissant ceux qui doivent conduire temporairement leur marche commune ? Si de 1993 à 2010, les ivoiriens vivaient dans le cadre du choix de la seconde option, les faits indique que c’est dans le contexte du choix de la première option que se déroule leur existence depuis 2010. Mais, il semble que depuis le début de l’année 2018, le RDR et le PDCI-RDA montrent des signes de changement de doctrine. L’alliance est menacée. Par quoi sera-t-elle remplacée. Par une nouvelle alliance impliquant d’autres partis ? Par la confrontation violente ? Ou par une option de raison : la confrontation des idées qui n’interdit aucune alliance ?

Échiquier politique ivoirien actuel : grandes ou basses manœuvres ?

  • Petits calculs et grandes, mais basses manœuvres politiques

Au sortir de la guerre de 2010 qui a clos les élections présidentielles, l’alliance entre le PDCI et le RDR a laissé un peu de répit aux ivoiriens. Sans doute parce que ce dernier parti n’a manifesté aucune volonté de conquérir le pouvoir. Mieux, il semble même qu’il a dissuadé or torpillé toute initiative de certains de ses membres en cette direction. C’est ce qui faire dire, de manière prétentieuse, à d’autres membres que leur parti est le garant de la paix en Côte d’Ivoire. Pourtant, depuis le début de l’année 2018, des signes de petits calculs et grandes mais basses manœuvres politiques sont observés. Déjà, la modification constitutionnelle de 2016 qui recentre Alassane Ouattara et Konan Bédié dans le jeu politique en est un. En ce début d’année 2018, les signes données de part et d’autre des deux partis indiquent une rupture d’alliance en cours. Les ivoiriens ne s’y trompent pas, s’interrogent et y vont de leurs commentaires intéressés.

En effet, les derniers développements politiques en Côte d’Ivoire, avec en point de mire les futures élections présidentielles de 2020, sont préoccupants. Sans le dire, nombre d’ivoiriens paraissent ne pas avoir à choisir. Ils semblent même avoir déjà choisi, si bien qu’ils s’inquiètent davantage de savoir combien est-ce qu’ils seront dans leur camp, auquel ils ne doutent pas appartenir, pour être certains de sa victoire, de leur victoire, cela va s’en dire.  En effet, leurs commentaires et prises de position semblent majoritairement attester qu’ils ont déjà fait leur choix, n’attendant plus que les élections pour l’exprimer alors même qu’ils ignorent encore sur qui et sur quel programme ils porteront leurs suffrages. Pour cause, bien que les candidats ne se soient pas encore déclarés, ni leur programme connu, ils font avec une stratégie politique dans laquelle le RDR et le PDCI-RDA les ont enfermés. Malgré tout, les ivoiriens ne manquent pas de rationalité dans les situations dans lesquelles les partis les baignent. Ainsi, dès que ces partis ont donné des signes de rupture d’alliance, chacun d’eux a emporté avec lui ses sympathisants et supporters. Ils n’ont nul besoin du candidat, ni de son programme. L’étiquette du parti suffit à leur choix. 

  • Où sont les intérêts des ivoiriens ?

Par conséquent, il y a là matière à se demander où sont les idées de progrès pour le pays dans cette politique ivoirienne des grandes mais basses manœuvres, parce que sans autre idée que celle de la détention du pouvoir. Car, il est difficile d’énoncer que les stratégies des partis, qui occupent le champ politique et les petits calculs que de nombreux ivoiriens font concernant la contribution de votants pouvant rallier leur camp à travers ces stratégies, constituent les idées d’amélioration de leurs conditions d’existence et de coexistence. D’ailleurs, quel est le camp de ces nombreux ivoiriens, qui ont jugé, sans matières (des idées) et qui ont procédé à un discernement et choisi leur parti sans connaître encore son candidat ni son programme politique en vue des progrès entendus pour le pays ? Des manœuvres politiciennes constituent-elles véritablement des idées du devenir de la Côte d’Ivoire ? Des partis qu’ils supportent sans aucune contrepartie, lesquels semblent être sans autres idées que celle de détenir le pouvoir sont-ils en eux-mêmes de idées de ce devenir ?

La détention du pouvoir d’État qui semble aspirer plus d’un d’entre eux, paraît constituer le seul sujet et l’unique enjeu, si bien que les questions portant sur les modalités de conquête, de détention et d’exercice du pouvoir ainsi que sur la finalité de ce dernier sont pour ainsi dire éclipsées de leurs conversions. Qui sera candidat de quel parti ? Qui s’alliera avec qui ? Qui ou quel parti sera au pouvoir ? Que vont faire Simone Gbagbo et le FPI-canal historique ? Que va faire Soro Guillaume ? Et Gbagbo Laurent, va-t-il enfin sortir de la prison de La Haye, etc… ? Voilà ce qui préoccupe et agite le pays de Félix Houphouët-Boigny. Certes, il est incontestable que les réponses de ces innombrables ivoiriens à ces dernières questions ont un sens pour eux. Mais, sont-ce là néanmoins des interrogations qui posent leurs véritables enjeux ? Car, il est difficile de percevoir dans cette agitation une once d’enjeux se situant au delà des intérêts partisans ou sectaires. Par exemple, l’amélioration de la vie collective pour précisément mieux satisfaire leurs attentes individuelles semble-t-elle constituer une réponse à ces interrogations ?

Néanmoins, il faut avancer avec eux, même si dans leur large proportion, il semble bien qu’ils manifestent leur intérêt pour les petits calculs politiciens et les basses manœuvres politiques, sur fond de significations particulières conférées au pouvoir et à sa détention. Car, quand on peine à susciter ou à provoquer l’intérêt de la majorité d’entre eux pour des confrontations d’idées afin de tenter de donner aux choses des significations générales qui peuvent les rassembler, y a-t-il une autre voie que persévérer ? Puisque nous avons la prétention de pouvoir contribuer à éclairer leurs jugements et d’essayer de les convaincre, tentons donc de partager leur intérêt. Peut-être alors, trouverons-nous dans la bienveillance à leur égard et dans ce qui les attire et les mobilise, matière à élargir leur champ d’appréciation des événements et de discernement de leurs véritables intérêts qui ne peuvent être que communs.

Le fait important depuis le début de l’année 2018 réside dans le fait que le PDCI-RDA n’est plus convaincu de la sincérité de son allié, qui ne lui parait plus digne de foi. C’est le cas et le lieu d’user de ce terme, tellement ce partir paraissant croire et avoi foi en la réception d’un pouvoir que le RDR lui remettrait en 2020. Autant en colère que déçu, Il semble qu’il se prépare à mettre en œuvre sa volonté de conquérir le pouvoir, à moins qu’il ne se résigne à le faire. D’aucuns justifient ce virage unilatéral par une alliance devenue incertaine et par un défaut de respect de leur accord de la part de leur allié RDR. Nous reviendrons sur ce virage politique de sa part tant il y a beaucoup concernant tous ses aspects, notamment sa cause et sa finalité. Car un projet de conquête du pouvoir qui ne semble pour l’heure reposer que la sur déception de ne pas recevoir le pouvoir ou de ne pas se le voir offrir par son allié en est-il un ? On se demande si ce parti a véritablement une idée de la Côte d’Ivoire en arrière plan de cette décision ? N’y a-t-il pas là des raisons de s’inquiéter de la vacuité éventuelle d’idées de progrès pour la Côte d’Ivoire, fondées sur sa raison rationnelle, quand sa décision semble relever d’un motif d’ordre psychologique ? Examinons donc l’acte fondamental de la volonté du PDCI-RDA depuis la création de la coalition RHDP le 18 mai 2005 et converti en parti politique de partis alliés en juillet 2018.

PDCI-RDA : de “Plus que parti”  politique à parti politique.

  • Les raisons de la colère du PDCI-RDA et de sa volonté de conquête du pouvoir.

Dans une circonstance (2000-2010) où les deux partis (RDR et PDCI) affrontaient le FPI, sorti vainqueur des élections de 2000 achevées dans la violence et le sang versé, pour tenter de lui arracher le pouvoir, ils se sont alliés dans le cadre du RHDP pour y parvenir. Dans cette alliance des Houphouëtistes, dès lors que le RDR pouvait s’appuyer sur des forces armées, il était évident que le PDCI-RDA ne constituait pas un égal allié du RDR, malgré les apparences sauvées. Ce statut s’est renforcé en 2010 avec la double victoire du RDR et de ses fractions-alliées : victoire électorale, puis victoire militaire finale. Loin de manifester une volonté de liberté, le PDCI-RDA a curieusement choisi en 2015 de cesser d’être un parti de conquête pour n’être plus depuis 2010 qu’un parti d’appoint au RDR. N’ignorant guère que dans leur alliance (RHDP), le RDR avait la position dominante, fort de détenir le pouvoir ainsi que les moyens qu’il offre, le PDCI a choisi de contester la vérité de toute l’histoire politique du monde. Pourtant, l’histoire ne rend aucun compte d’un seul exemple où un parti politique leader d’une alliance politique s’est effacé pour offrir le pouvoir à son allié, qu’il considère sans doute comme une force d’appoint, sans aucun cadre juridique ni institutionnel. Rien ne permet cependant de douter de la sincérité du PDCI malgré son erreur. C’est pourquoi, on peut simplement inférer qu’il ne pensait pas, mais croyait. Il croyait en un renvoi d’amabilité : le RDR  intronisera son candidat ; il  posera la couronne présidentielle sur sa tête avant même sa victoire à des élections jouées à l’avance grâce à leur alliance. Tout doute ne s’efface-t-il pas devant le fait que le PDCI-RDA l’a posée sur celle d’Alassane Ouattara en 2015 ? Pourtant, sans l’expliquer par un renversement brutal, est-il possible d’imaginer une histoire humaine, précisons même politique, dans laquelle un vassal pose la couronne sur la tête du roi, lequel devenu vassal le pose à son tour sur celle roi que le vassal devenu, dans une sorte de changement croisé de leurs positions respectives, sans victoire ni défaite de l’un ou de l’autre ?  Certes, en Côte d’Ivoire, les ivoiriens ne sont pas en royauté, ni dans une guerre de contrôle de royaume ; mais quand même ! Ainsi et jusque-là perché tout haut en étant appuyé sur son statut de parti fondateur de la Côte d’Ivoire, le PDCI-RDA avait un désir (et non une volonté) : recevoir le pouvoir et le détenir (et non le conquérir). Ayant choisi de croire, l’assurance (et non le doute raisonnable) de le recevoir l’a amené à maintenir son alliance en 2015 avec le RDR dont il n’était pourtant qu’une force d’appoint à l’évidence. 

Une sérieuse analyse montre que cette alliance de circonstances entre les deux partis, et accessoirement d’autres partis “mineurs” n’avait qu’une seule vocation : privatiser le pouvoir d’État au profit de ces deux partis majoritaires. Elle a joué son rôle depuis 2010 jusqu’aux prémisses de rupture d’alliance début 2018. L’exclusion durable du FPI du jeu politique décisif en Côte d’Ivoire depuis  2010 l’atteste. Il convient de se rappeler que parce que le FPI entendait faire fi du nouveau cadre politique ivoirien, il a persisté dans son égarement jusqu’à conduire le pays tout entier à la guerre civile et au quasi-conflit sous-régional. A ce titre, il faut le dire : ce parti n’est pas une victime de cette volonté commune du RDR et du PDCI-RDA, malgré leur projet politique certes délétère pour  les progrès de la Côte d’Ivoire.

Or, avec la modification constitutionnelle de 2016, Alassane Ouattara et Konan Bédié ont renforcé leur poids dans le jeu politique. Les conditions constitutionnelles d’âge et de nombre de mandats effectués qui les frappaient tous les deux ont été révisées en leur faveur. Devant le premier qui tarde à donner des signes de respect de leur prétendu accord et qui entretient le mystère sur ses intentions, concernant un accord que son allié entend qu’il respecte, ” (…) il déciderait de son sort personnel en 2020″ (1), comme le résume Thomas Hofnung. En effet, lors d’un entretien le 3 juin 2018 à l’hebdomadaire Jeune Afrique, il déclarait : « La nouvelle Constitution m’autorise à faire deux mandats à partir de 2020. Je ne prendrai ma décision définitive qu’à ce moment-là, en fonction de la situation de la Côte d’Ivoire. La stabilité et la paix passent avant tout, y compris avant mes principes » (2) Il précisait ses propos ainsi : « Je considère que les Ivoiriens doivent choisir le prochain président dans la paix et sans violence, comme ils l’ont fait en 2015 (…) La démocratie et la transparence sont mes seuls objectifs » (3) L’analyse permet d’hypothéquer qu’il se réserve la possibilité d’être un recours s’il considère que le choix du Président de la République par les ivoiriens risque de ne pas pouvoir se faire dans la paix et sans violence et si les modalités de ce choix risquent de ne pas consister en démocratie ni ne sont transparentes. Dans ces conditions, où ce n’est plus leur accord qui détermine sa conduite mais son seul discernement, peut-il considérer que l’accord RDR/PDCI en vue d’une alternance organisée par les seuls deux partis, voire même de leurs seuls leaders, continue la démocratie et la transparence en tant que ses seuls objectifs ? Contre le gré de ses soutiens et prétendants de son parti à sa succession, peut-il céder le pouvoir au PDCI et considérer que cela renforcera la stabilité et dans le paix, d’abord de son parti et de la Côte d’Ivoire ?  C’est pour ces raisons et d’autres sans doute moins avouables qu’il semble que, sauf retournement de dernière minute, le RDR ne cèdera pas de son propre gré le pouvoir au PDCI-RDA. C’est cette forte probabilité dont le Président Ouattara a donné quelques signaux qui a conduit le PDCI à se rendre à l’évidence des faits de l’histoire : il devra conquérir le pouvoir qu’il ne recevra pas du RDR.

Redescendu à juste titre au niveau de tous les partis, il aspire enfin, comme ces derniers, à la liberté, à être que ce qu’il a toujours été mais qu’il refusait : un parti politique de conquête et d’exercice du pouvoir. Comme on pouvait s’y attendre, sa volonté de conquérir le pouvoir a logiquement causé de graves fissures dans  l’alliance RHDP qui risque d’éclater. La manifestation à peine voilée de cette volonté a aussi donné le coup d’envoi de ce que d’aucuns qualifient de grandes manœuvres politiques. Parce que les ivoiriens méritent mieux, il semble plutôt qu’il s’agit peut-être de grandes, mais sans doute basses manœuvres politiques, autrement dit de manœuvres politiciennes en vue des prochaines élections de 2020. A l’heure actuelle, les candidats éventuels à ces élections (qu’on pensait vidées de leur substance comme en 2015) ne sont encore que les produits de la pensée des ivoiriens et par conséquent non déclarés à un peu plus d’an de l’échéance. Il semble bien que c’est néanmoins la candidature anticipée et implicite du PDCI-RDA (sans candidat encore) à la plus haute charge de l’État qui dicte désormais les évolutions politiques dans le pays que les ivoiriens attendent sans doute dans leur grande majorité. Avec un peu de patience, ils seront fixés dans les prochains mois. Pour l’heure, ils se délectent de la riposte du RDR qui ne s’est pas fait attendre, mettant en échec son allié depuis 2010 : le PDCI-RDA.

  • Un parti blasé par son historicité ?

Il semble que la volonté de de conquête du pouvoir ce parti  constitue sa réponse à un désir déçu de réception du pouvoir  ? Ce désir trouve son fondement dans le fait qu’en dehors des durs combats politiques menés pour l’indépendance, ce parti a eu rarement l’occasion de faire face à l’adversité politique. Jusqu’au décès de Félix Houphouët-Boigny, le pouvoir représenté par l’Etat de Côte d’Ivoire se confondait avait un bien que les ivoiriens lui remettaient et qu’il recevait dans le cadre d’élections cérémoniales pour la circonstance. En effet, le PDCI-RDA est le produit de la conquête de la liberté en développement. Depuis les indépendances en 1960 jusqu’en 1993, il n’a pas véritablement eu besoin de conquérir le pouvoir en convainquant les ivoiriens à travers son idée de destination vers laquelle il entendait les conduire. Il en a naturellement hérité en tant que leader de la lutte anti-coloniale que les ivoiriens lui reconnaissent. Des années durant et dans le contexte d’unicité de la pensée rendue possible par l’existence des blocs politiques, les ivoiriens le lui ont offert tous les cinq ans jusqu’au décès de FHB.

On l’a vu, dès que l’adversité politique a été à la hauteur des progrès démocratiques de la Côte d’Ivoire, le parti historique car fondateur a semblé être démuni. Sans doute pour deux raisons au moins. La première réside dans le fait que la plupart de ceux, y compris au PDCI, qui animent la vie politique nationale au premier plan depuis 1993 n’ont jamais eu à mener de batailles politiques. Les erreurs inévitables et nombreuses qu’ils devaient faire, n’ont pas été prévenues par une agilité d’esprit que seule le débat peut produire pour permettre de tenter de s’en prémunir.  Parce que cette agilité a fait défaut, le PDCI a commis de graves erreurs politiques. Parce qu’il y a des ivoiriens qui pensent  détenir tout seuls toute l’intelligence du monde pour bâtir des stratégies politiques, y compris au sein de ce parti, la Côte d’Ivoire a tangue sur la mer déchaînée de l’histoire, risquant le naufrage à chaque élection devenue tempête. La première erreur de ce parti après Houphouët-Boigny, est de ne pas avoir compris le changement du cadre politique que son décès impliquait et dessinait par la même occasion. Le concept d’ivoirité était censé comme par magie taire l’opposition politique dans un monde qui a perdu sa bipolarité dès 1989. Ce concept constitue l’incarnation de cette erreur monumentale d’appréciation. La seconde erreur de rang a été la croyance, contre l’évidence des preuves de l’histoire politique du monde. Ils étaient nombreux au PDCI-RDA à CROIRE en ce que le pouvoir d’Etat pouvait être offert, sans cadre légal, par un parti politique concurrent. C’était là une erreur de leur part, à moins que finalement cela ne soit pas le cas. Mais, on peut douter de la remise du pouvoir au PDCI avant même toute élection. Il vient donc que si cette croyance est le fait d’une minorité au sein de ce parti, alors la Côte d’Ivoire n’a rien à espérer d’un parti dont la majorité des membres acceptent, contre leur raison et en vertu de considérations de leurs seuls intérêts, des orientations politiques qui s’opposent aux intérêts essentiels de la Côte d’Ivoire et des ivoiriens. Ainsi, non habitué aux débats nécessaires pour dégager des idées politiques en vue de convaincre les ivoiriens de lui confier temporairement le pouvoir, le PDCI-RDA n’en arrive qu’à une réaction de cocu politique.

En une matière de nature politique, parce que ce parti a choisi de croire, plutôt que de penser, il découvre l’art politique dont la ruse constitue un instrument. Désormais, il le sait ; un parti politique pense, développe des idées, planifie des stratégies rationnellement fondées, pour tenter d’anticiper et de maîtriser une certaine part d’avenir politique. Un parti politique n’est ni une assemblée de dieu, ni la “détention du pouvoir” n’est dieu, si bien que la croyance, sans fondement juridique est possible mais peut conduire à une erreur politique fondamentale. Parce que la pensée offre la possibilité du doute, quand la croyance n’en autorise aucun, un parti politique ne croit pas, mais pense et contracte juridiquement plutôt que croire. Le PDCI-RDA qui a oublié de penser, par sa propre faute, semble découvrir la politique. Il lui aura donc fallu huit années pour se rendre compte que son défi et son déni de l’histoire politique ne pouvaient que le ramener à ce qu’il est et qu’il refuse d’être : à savoir, un simple parti politique, tant bien même historique. Comme tel, il est un parti de conquête du pouvoir et non un parti-roi de réception du pouvoir alors offert par un autre parti, certes aujourd’hui allié, mais hier concurrent, sans même l’avoir politiquement vaincu (concurrent) ou contraint par le droit (allié). Nous avons évoqué ci-dessus certaines des raisons pour lesquelles le PDCI-RDA a fait le choix d’attendre de recevoir le pouvoir ? Espérons que ce n’est pas pour éviter de penser et d’avoir à convaincre les ivoiriens qui constituent le pouvoir et qui l’attribuent à un détenteur temporaire pour son exercice en leur nom afin de les servir.

  • Des arguments discutables d’une volonté de conquête du pouvoir

Au moins deux arguments sont évoqués pour justifier le changement de posture du PDCI-RDA. Le premier, d’ordre psychologique, concerne le refus du RDR de respecter un accord sans témoins, les ivoiriens en étant parfaitement exclus. Ainsi, le PDCI-RDA se résout à nourrir une volonté de conquête du pouvoir que son allié depuis 2005, mais néanmoins concurrent entre 1993 et 2010 n’entend plus lui remettre pour son exercice, comme leur bien commun. Un autre argument de sa rupture politique, martelé pas certains PDCIstes, est quant à lui politique ; il est relatif au sauvetage de la paix. A les entendre, “sauver la paix” fondait sa décision initiale d’alliance avec le RDR. C’est par conséquent au nom de la paix et parce que ce parti a crié son nom qu’il s’est interdit de conquérir le pouvoir en 2015. C’est à ce ultime titre qu’ils considèrent que leur parti est garant de la paix en Côte d’Ivoire. C’est aussi à ce titre qu’il a accepté d’être un parti d’appoint en 2015 au terme de son renoncement à la conquête pouvoir. Il est sans doute difficile de comprendre le fondement de sa volonté de conquérir le pouvoir que son allié refuse de lui remettre comme un cadeau ou de lui prêter comme leur bien partagé.

En effet, il semble que l’argument du sauvetage de la paix a disparu de cette volonté de tenter de le conquérir, comme par miracle.  Doit-on alors penser que le PDCI-RDA ne veut plus sauver la paix en Côte d’Ivoire ? Là aussi et fort de son histoire, il semble qu’il croit être le Jésus ou le Mahomet, etc… des ivoiriens et que sais-je encore ? Ou alors, les ivoiriens doivent-ils penser que la paix est si définitivement et solidement installée par les huit années de leur alliance que cette dernière peut être désormais défaite, sans risque pour le pays ? Des membres de ce parti n’infirment-ils pas eux-mêmes cette hypothèse ? Noël Akossi Bendjo, numéro deux du secrétariat exécutif du PDCI et maire du Plateau explique et justifie la volonté de son parti de postuler à la gouvernance de la Côte d’Ivoire comme suit : « En 2015, le président Bédié a accepté [de ne pas présenter de candidat et de soutenir le RDR] pour garantir la paix et avec la promesse d’une alternance en 2020. Il a déjà été difficile de faire accepter cela à nos militants ; une alliance ne peut pas profiter à un seul parti. » (4) De son côté, Jean-Louis Billon, ex-ministre du commerce et porte-parole adjoint du PDCI-RDA menace d’une certaine manière ainsi : “Le temps des sacrifices est terminé. Nous attendons de nos partenaires qu’ils nous soutiennent en 2020, comme nous avons su les soutenir en 2010 et en 2015”. (5) En clair, tant pis si la paix que le PDCI a artificiellement soutenu à travers l’alliance RHDP, en se transformant de parti politique de conquête du pouvoir en en parti d’appoint et de réception du pouvoir, doit s’effondrer. Doit-on alors comprendre que pendant ces 8 dernières années, le PDCI a feint la paix en échange de réaliser son désir  de recevoir le pouvoir (du RDR) et de le détenir. Il a procédé comme si  la paix en Côte d’Ivoire était un bien des partis qu’ils pouvaient échanger contre leurs intérêts partisans. D’où cela vient-il que au PDCI que ce parti a seul le pouvoir de sauver la paix en Côte d’Ivoire ? N’est-ce pas encore là un égarement de la pensée que d’envisager une gouvernance impossible en Côte d’Ivoire sans le PDCI-RDA ? Advienne que pourra désormais ! Ainsi semble-t-il justifier en substance la mutation de son désir de pouvoir en volonté de le conquérir. C’est aussi une manière, non seulement de tenter de culpabiliser à l’avance le RDR, si ce dernier n’envisage rien d’autre que sa victoire (réception, détention et exercice du pouvoir), mais aussi de faire “un pied dans la porte” des ivoiriens, en même temps que les prendre à témoin. Quant à la volonté de conquête du pouvoir, mue par le refus de son allié-adversaire de le lui remettre, ne faut-il pas être croyant, plutôt que politicien, pour croire en la possibilité de disposer du pouvoir offert par un concurrent ? Est-ce là la politique des idées de progrès que les ivoiriens méritent ? 

Un troisième argument, d’ordre psychologique, est masqué. Il concerne le rêve discret nourri par le leader du PDCI-RDA de guérir ses blessures que les promoteurs du coup d’Etat de 1999 semblent avoir infligé à sa vanité. Certains de ses proches pensent en effet que ce dernier entend “laver l’affront du coup d’état de 1999 qui l’avait privé d’un second mandat”. (6) Il convient de se demander quel est l’intérêt des ivoiriens d’une candidature du PDCI-RDA par rapport à d’autres partis, fondé sur un tel argument. Car, satisfaire sa vanité peut-elle être une ambition politique pour un pays ? Est-ce un programme du même nom ? Ce serait d’ailleurs une erreur rédhibitoire, s’agissant d’un parti politique qui a dirigé le pays pendant tant d’années et aspirant à le faire à nouveau.

Compte tenu de tout ce qui précède, il convient de conduire et d’approfondir l’analyse sur ce point. Le faire, non pas en plaçant la volonté de conquête du pouvoir du PDCI-RDA sur un plan psychologique, comme procèdent les proches du leader de ce parti. Une analyse méthodique, fondée sur la pensée et des arguments de raison, permet alors de rendre le PDCI à nouveau utile à la Côte d’Ivoire. Elle permet simplement de lui rappeler, que comme un enfant, il doit grandir et être ce qu’il a toujours été, même si l’histoire ivoirienne lui a fait croire le contraire pendant toutes ces années de gouvernance de FHB. Non, le PDCI-RDA n’est pas un “Plus que parti” politique, qui reçoit simplement le pouvoir des ivoiriens ou qui le lui offrent, sans combats politiques et sans devoir les convaincre par ses idées qui manifestent son ambition pour la Côte d’Ivoire. Oui, le PDCI est un parti politique, comme un autre, tant bien même fondateur. Au milieu de l’adversité politique d’autres partis et comme ces derniers, sa raison d’être est de convaincre les ivoiriens et conquérir le pouvoir pour tenter de les servir, mieux qu’il pense que ces autres partis le font ou le suggèrent. Un tel parti ne peut vouloir conquérir le pouvoir parce qu’un autre ne le lui offre pas ; il ne peut faire du refus du RDR de lui céder voire remettre le pouvoir un argument de sa volonté de conquête. Décidément, il y a des gens au PDCI-RDA qui n’ont aucune limite, même pas celle de propos ou d’idées indignes ou qui nient l’histoire politique. A travers le refus du RDR, l’histoire semble lui avoir simplement montré son erreur monumentale. Il n’y a donc rien de plus à ajouter sinon que relever que la riposte du RDR est d’une certaine manière, la manifestation d’un certain ordre de l’histoire politique.

  • Le refus du RDR de remettre le pouvoir du RDR constitue-t-il un projet politique ?

A croire que le PDCI-RDA était si pauvre en idées ou si convaincu que la politique menée jusque-là, sous l’autorité du RDR, était tant porteuse des meilleurs progrès qu’il envisageait pour les ivoiriens qu’il ne voyait aucune autre alternative à cette dernière, encore moins venant de sa part. Considérait-il que les ivoiriens ne méritaient aucune confrontation d’idées de leur devenir ou même pour nourrir leurs jugements préalables à leur choix ? Sans doute, dans la mesure où précisément, à travers cette alliance, en face d’un FPI plus bas que terre par sa propre vanité, deux partis paraissent vouloir convertir le vote des ivoiriens en formalité sans aucune conséquence pour eux. On se demande alors si c’est enfin des idées qu’il détient désormais pour une Côte d’Ivoire en progrès qui ont conduit ce parti à manifester cette volonté de tenter enfin de conquérir le pouvoir. A moins que cela résulte simplement de l’expression d’un refus et d’une résistance en face d’un accord déçu et non respecté. Si tel est le cas, les ivoiriens n’ont rien à attendre de la réalisation de la volonté tardive du PDCI-RDA. Et, ils peuvent avoir des raisons de s’en inquiéter, au regard de la contre-mesure de ce parti, qui ne pare rien du tout de la riposte du RDR. Car, il ne faut être sorti d’une école de hautes études politiques pour observer que le FPI-légitimé de Pascal Affi N’Guessan, pour réduire encore plus l’influence du FPI, ne pèse pas de manière décisive dans les grandes et basses manœuvres qui commencent, bien que susceptible de constituer une force modeste d’appoint au PDCI.

Par ailleurs, quel sens le PDCI-RDA a-t-il de lui-même en tant que parti politique et quel est son projet pour la Côte d’Ivoire justifiant son retournement politique ? Le fait que rien ne sépare le PDCI et le RDR et de l’avis même de Noël Akossi Bendjo qui, jugeant pourtant sévèrement la gouvernance RDR, ajoute cependant : « Rien ne nous sépare [le PDCI-RDA et le RDR]» (7). Son affirmation renforce le doute quant à l’utilité de son parti au pouvoir pour les ivoiriens, au regard de celle du RDR que le RDR n’a pas démontrée. Le doute ne peut qu’être fondé en considérant ce que ce membre éminent du PDCI affirme lui-même ci-dessus : rien ne distingue donc le PDCI du RDR au plan des idées politiques, dont l’absence a été fort remarquée ces 25 dernières années, attestée par leur alliance de 2005 à 2018. Pour parvenir à réaliser sa volonté de parti, il est suspendu aux décisions et choix combinés du FPI-canal historique et de Soro Guillaume, pour ne pas dire qu’il en est tributaire, à défaut de s’être lui-même autorisé à préparer toute nouvelle alliance. A moins que son flair politique soit à la dimension de sa volonté, la rupture injustifiée avec le FPI-canal historique au sortir de la tragédie de 2010, risque de condamner pour un moment le PDCI-RDA à être un parti d’appoint ou à subir l’errance d’un parti leader impuissant, mais peut-être enfin digne de la signification d’un parti politique.

La riposte du RDR ou le PDCI-RDA face à son déni de l’histoire politique

C’était sans doute écrit.

La modification constitutionnelle intervenue en 2016 avait, entre autres objectifs, pour enjeu de recentrer le Président Alassane Ouattara au cœur de son face aux prétendant à sa succession que la limite du nombre de mandats frappait. Il n’a pas été sans doute difficile de convaincre son allié du PDCI-RDA qui bénéficiait du même recentrage, lui qui était frappé par la limite d’âge. D’autant que cette modification, associée à l’accord secret de leur alliance, le deal de l’alternance pour le nommé, faisait de lui le candidat naturel de l’alliance RHDP, ayant œuvré en conséquence pour neutraliser toute autre velléité de leadership au sein de son parti et même au delà. Après le “Balayeur de 1999”, le “Laveur de l’affront de 1999 [coup d’Etat]” allait pouvoir rétablir sa dignité, supposée ternie par le coup d’Etat de 1999. Mais voilà ! C’était sans compter avec la politique politicienne à laquelle le PDCI-RDA lui-même contribuait. Si la modification constitutionnelle donnait la possibilité à Henri Konan Bédié de recevoir le pouvoir (sans convaincre les ivoiriens) qu’un certain Gueï Robert lui a arraché en 1999 au profit finalement du RDR et surtout du FPI, elle introduit aussi la possibilité pour Alassane Dramane Ouattara de tenter de réaliser un troisième et même un 4ème mandat présidentiel. Voici le jeu de 2010 à ce début 2018, dont le PDCI-RDA était à tort convaincu, mieux encore, qu’il croyait qu’il se déployait pour sa gloire et celui de son leader dont le moins que l’on puisse dire est qu’il a la vanité tenace. Elle l’est tant est qu’il en a aveugler son parti pour la satisfaire au détriment du rôle éminent que ce parti devait jouer pour toute la Côte d’Ivoire. .

. Pourtant, en jugeant, en condamnant et en emprisonnant Simone Gbagbo en Côte d’Ivoire, pour le chef d’atteinte à la sûreté de l’Etat, le moment viendrait probablement où elle pourrait être utile au RDR. Ce moment, c’est précisément celui où le PDCI-RDA entendrait se soustraire de la domination du RDR au sein du RHDP pour non seulement redevenir un parti politique authentique, mais également pour retrouver sa majorité que son historicité ne garantissait plus. Des responsables du PDCI-RDA ont minoré ce parti à travers leurs décisions au cours et après les élections tragiques de 2010, puis surtout de celles de 2015. En brisant la volonté d’hommes, se revendiquant de ce parti, de représenter une opposition et de construire une alternative au RDR, il a privé une partie des ivoiriens de toute contestation du désordre et de la réduction de tout au pécuniaire qui caractérise la co-gestion de l’État-RDR à laquelle le PDCI-RDA a participé. Et, parce que d’autres ivoiriens admettent cependant volontiers cette gestion, voire même la plébiscitent et la défendent en raison de servir leurs intérêts particuliers, il vient qu’il existe une divergence politique entre les ivoiriens que l’alliance RHDP a jusque-là masquée, pour semble-t-il sauver la paix. En nourrissant cette volonté néanmoins tardive, qui constitue l’un des éléments d’essence même du plus petit des partis politiques authentiques, le PDCI-RDA a fait advenir ce moment. On peut tout juste observer qu’il n’y a, en tous cas dans l’espace politique ivoirien, rien de surprenant dans cette réaction de sa part, somme toute tardive, ni dans la riposte sans doute anticipée du RDR. Car, débarrassée de toutes considérations d’ordre psychologiques et morales, la réaction du PDCI-RDA paraît constituer la manifestation de la volonté normale, mais tardive, d’un parti politique de rang, appelé à exercer un leadership politique national, quand la riposte du RDR paraît elle-aussi normale, pour un parti convaincu de mieux servir la Côte d’Ivoire en étant leader de la gouvernance du pays. Le jeu politique fondé sur les idées nécessaire en démocratie, qui a été jusque là ajourné par une alliance contre nature, au nom d’une paix finalement de façade peut commencer. Il ne manque plus que le FPI-canal historique avec toutes ses forces. Il semble néanmoins que les démocrates cessent de l’être, lorsque, même au nom de la paix, ils mettent fin à la démocratie, à la pluralité des opinions, des pensées, des projets divers qu’elle implique, même dans le cadre d’une alliance de circonstance ayant la paix pour objectif supposé.

Dans le virage visible de 2020 que la Côte d’Ivoire amorce, les forces du FPI-ch ne lui permettent pas de disposer d’une chance raisonnable de conquérir le pouvoir, en étant leader d’une alliance politique. Cependant, ce parti n’ignore pas que son important potentiel d’électeurs constitue un atout, mais aussi un objet de stratégie pour les autres partis, surtout dans un contexte de rupture de leur alliance. Il n’est donc pas étonnant que dans cette circonstance de rupture en marche de leur alliance, ce parti attire les convoitises du RDR et du PDC-RDA. Cela tombe bien. Car, en plus d’avoir un objectif politique immédiat à réaliser – sortir Laurent Gbagbo de la Haye, non pas les pieds devant – ce parti entend regagner une place fortement érodée par des années de prison de certains de ses plus importants leaders et interdit de revendiquer et porter son propre nom. Dans la suite de l’exposé, nous le désignerons alors par FPI-Canal historique (FPI-ch) pour le distinguer du FPI-légitimé juridiquement de Pascal Affi N’Guessan. Cela n’a sans doute pas échappé au leader du RDR. Il a sans doute envisagé la circonstance précise dans laquelle le FPI-ch serait utile à sa stratégie et à celle du RDR dans cette alliance RHDP dont il prévoyait un terme brutal, n’étant pas disposé, au moment même de l’alliance, à offrir le pouvoir à ceux qui contestaient, entre 1993 et 2002 et à travers le concept d’ivoirité, la simple aspiration à le conquérir. Ainsi, le moment venu, la raison politique et la psychologie ou la vanité s’incarneront dans le refus de céder le pouvoir au PDCI-RDA. Nous y sommes. C’est dans cette circonstance de divorce du RDR et du PDCI, à la suite d’un mariage arrangé pour vaincre Gbagbo et le FPI, que le Président Alassane Ouattara vient en aide au leader du RDR qu’il est également. Certes, les apparences sont sauvées à travers son renoncement à la présidence du RDR…

Chacun comprend dès lors, que le mercredi 8 août 2018, le Président Alassane Ouattara gracie Simone Gbagbo du FPI-ch. Rappelons qu’elle a été emprisonnée dans la plus grande prison ivoirienne à la suite des drames depuis 2000 et de la  la guerre civile de 2010, suite à sa condamnation pour “atteinte à la sûreté de l’Etat” et toujours sous le coup de poursuites pénale pour le chef d’accusation de “crime contre l’humanité”. Cette grâce présidentielle, que le Président Ouattara présente comme étant “une mesure de clémence de la Nation”  (8) selon ses propres termes, constitue un moyen de servir le RDR. C’est la riposte du RDR à la volonté du PDCI-RDA de sortir de sa double conditions qu’il a acceptées. L’une de ces conditions est réelle ; c’est celle de parti d’appoint du RDR. Comme tel, le PDCI est inoffensif pour le RDR, à la grande satisfaction de ce dernier. L’autre condition est espérée ; c’est l’ambition que le PDCI entendait réaliser : être un “Plus que parti” politique, à savoir un parti receveur du pouvoir offert par un autre. En étant rappelé à la raison par l’histoire politique, le PDCI s’astreint à user de sa liberté et à tenter de réaliser sa véritable raison d’être. Comme un authentique parti politique, comme tout autre, il entend désormais réaliser sa vocation : tenter de conquérir  le pouvoir en 2020 (et non plus attendre pour le recevoir, en récompense d’avoir cessé d’être un parti de gouvernement pour devenir un parti d’appoint, à moins que cela ne soit en raison de sa magnanimité qu’il suppose). Quant à savoir s’il entend aussi le conquérir et le détenir pour servir les ivoiriens, nul ne peut garantir quoi que ce soit. Le PDCI apporte-t-il  la moindre démonstration de son projet en ce sens ? Tant que sa décision est mue par un accord non respecté par son partenaire de forfait au détriment de la Côte d’Ivoire, il est difficile de discerner son projet politique pour la Côte d’Ivoire, autre que la seule détention et exercice du pouvoir. Pour quoi en faire, c’est là la question sur laquelle les ivoiriens doivent porter leur intérêt à la réponse. Pour l’heure, on peut simplement observer qu’ils ne peuvent raisonnablement pas être des arbitres ou les juges d’un refus de respecter un accord dont les ils ignorent parfaitement l’existence. D’autant que si tel était le cas, les partis ne les inviteraient quand même pas à choisir parmi leurs idées de la Côte d’Ivoire, mais en revanche l’identité du détenteur du pouvoir. Que gagnent-ils collectivement dans les deux cas ?

Ainsi, il semble que la situation de léthargie dans laquelle ces deux partis on convenu de figer la Côte d’Ivoire commence à se fissurer. Cette situation qui est non conforme à leur nature de partis leaders de gouvernement n’a que trop duré. La raison de cette rupture porterait à rire si elle ne révélait pas le drame dans lequel les ivoiriens sont plongés et que ces partis voudraient présenter comme un gain pour eux. L’intérêt d’une alliance politique pour des partis n’envisageant leur rôle politique qu’en co-détenant et en co-exerçant le pouvoir pour éviter de s’affronter violemment est-il celui des ivoiriens qui attendent la confrontation d’idées diverses de progrès de leur part ? Hier, le désaccord profond des trois sur l’identité du détenteur du pouvoir et même son appartenance ethnique et leur révulsion totale à l’idée de ne pas l’être ont justifié les nombreux drames. Si depuis 2005 le RDR et le PDCI ont résolu cette question dans une alliance en réduisant au passage le FPI à peau de chagrin, mais privant surtout les ivoiriens de débats d’idées depuis 2010, ce n’est certainement pas là les termes des intérêts des ivoiriens. Parce que l’identité du détenteur du pouvoir ne constitue guère un programme politique pour un pays. C’est pourquoi, plutôt que la paix, ce sont les intérêts de ces partis qui ont dicté leur alliance. Car, quel ivoirien peut affirmer qu’au terme de treize années de RHDP la paix est de retour quand il a suffi que le PDCI-RDA envisage de ne pas recevoir le pouvoir qu’il attend de son allié pour qu’il n’en fasse plus une raison de s’astreindre à ne plus faire de la politique. Si donc faire de la politique, non seulement ne produit pas la paix, mais au contraire fait peser la plus grande menace sur la paix, alors il convient de revoir nos hypothèses. D’une part, la Côte d’Ivoire peut-elle être en démocratie avec des partis qui n’envisagent que l’alliance pour taire la démocratie ou la confrontation violente à propos de l’identité du détenteur du pouvoir, quand ils ne peuvent s’unir ? Quelle est la finalité de ces partis politiques, s’ils ne peuvent participer au jeu politiquement démocratique, sans penser au conflit et à la guerre, aussitôt qu’ils envisagent de ne pas détenir et exercer le pouvoir ? Au nom de la paix, des partis politiques peuvent-ils ignorer les ivoiriens ? Voici quelques questions auxquelles les partis politiques ivoiriens doivent répondre.

Conclusion

Qu’est-ce que les ivoiriens doivent-ils voir dans la libération de Simone Gbagbo du FPI-ch et d’une soixantaine de dignitaires de ce parti quand le RDR et le PDCI disent avoir semble-t-il pacifié la Côte d’Ivoire depuis 2010 sans ceux avec lesquels ils se sont battus ? Est, l’ouverture de la possibilité d’un jeu démocratique, à savoir celui de la confrontation des idées du devenir de la Côte d’Ivoire ? Ou alors, s’agit-il simplement de la poursuite des grandes mais basses manœuvres politiques que les trois partis ont engagées depuis 1993. Les ivoiriens ont fini par s’y habituer, en occultant le fait qu’elles s’acheminent en les conduisant régulièrement à des circonstances de violence politique ? Ignorant dans leur grande majorité ce terme récurrent de ces manœuvres toutes aussi récurrentes, les ivoiriens portent plutôt leur intérêt sur la question de l’identité du candidat et de son parti qui seront détenteurs du pouvoir et sur le parti d’appoint avec lequel ils gouverneront. C’est pourquoi, leurs scénarii vont bon train.

Pourtant et à l’évidence, avec cette grâce présidentielle, trois possibilités se présentent désormais si bien qu’il n’est pas nécessaire d’y consacrer toute la réflexion. La première concerne un cavalier seul du FPI-ch aux prochaines élections présidentielles, à savoir sans alliance ni avec le RDR, ni avec le PDCI. La seconde paraît si contradictoire (en apparence) avec la grâce que nous la citons pour mémoire : il s’agit de la continuation de l’alliance RDR/PDCI. La troisième possibilité est celle d’une alliance entre le FPI-ch et soit le RDR, soit le PDCI. L’alliance RDR/FPI-ch qui, à première vue, fouette la psychologie des commentateurs, tant entre ces deux partis couve un feu de haine. L’alliance PDCI-FPI-ch, doit pour exister dépasser elle aussi les freins psychologiques. Voici le jeu des manœuvres en cours. Et, tant que la seule idée est de détenir le pouvoir, de l’exercer ou d’y participer afin d’en profiter au détriment des ivoiriens, alors rien n’interdit que quelque parti s’associe à quelque autre parti, à tel moment politique, que les arguments psychologiques cèdent devant le désir de pouvoir. De même que le FPI hier (1995) allié du RDR est devenu son concurrent-ennemi (de 2000 à 2010), que le PDCI concurrent-ennemi du RDR en 1995 est devenu l’allié (de 2005 à 2018), rien n’interdit que demain le FPI-canal historique devienne l’allié du RDR pour vaincre ensemble le PDCI-RDA, manifestant à nouveau une volonté de conquête du pouvoir (plutôt que désireux jusque-là de le recevoir du RDR). Ainsi se dérouleront entre 2018 et 2020 les grandes mais basses manœuvres politiques en Côte d’Ivoire, comme elles se déroulent depuis 1993. Question ultime : où se situe l’intérêt collectif des ivoiriens dans tout cela ? Les ivoiriens ne sont pas des “Ils voient rien”. En revanche, il leur faut juste le courage de vouloir changer ces manœuvres politiciennes qui les éloignent tant les uns des autres. Prenons donc rendez-vous pour explorer ces questions dans un prochain article.

 

 

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(1) Thomas Hofnung : “Faisons le pari qu’Alassane Ouattara souhaite quitter le pouvoir : qui pour lui succéder ?”, Article Le Monde Afrique publié le 14.08.2018 à 14h38 (6)

(2) Alassane Dramane Ouattara, cité par Thomas Hofnung : “Faisons le pari qu’Alassane Ouattara souhaite quitter le pouvoir : qui pour lui succéder ?”, Article Le Monde Afrique publié le 14.08.2018 à 14h38

(3) ibid (2)

(4) Noël Akossi Bendjo, cité par  Charlotte Bozonnet : “La présidentielle ivoirienne de 2020 est dans toutes les têtes”, Article Le Monde Afrique publié le 12.04.2018 à 17h19 – Mis à jour le 12.04.2018 à 18h39                                                                                            URL/ https://www.lemonde.fr/afrique/article/2018/04/12/la-presidentielle-ivoirienne-de-2020-est-dans-toutes-les-tetes_5284625_3212.html

(5) Jean-Louis Billon, cité par Haby Niakaté : “Côte d’Ivoire : les frères rivaux de la majorité montrent les muscles en vue de la présidentielle de 2020”, Article Le Monde Afrique publié le 13.03.2018 à 18h48

(6) Le Temps (quotidien suisse) , cité par Le Monde : “Tidjane Thiam n’a toujours pas la tête en Côte d’Ivoire”, Article Le Monde Afrique publié le 07.09.2018 à 15h21 – Mis à jour le 07.09.2018 à 15h52 

(7) ibid (4)

(8) Alassane Dramane Ouattara, cité par Cyril Bensimon : “Face aux tourments politiques, Alassane Ouattara joue l’amnistie de ses ennemis”, Article Le Monde Afrique publié le 10.08.2018 à 09h20 – Mis à jour le 10.08.2018 à 11h13

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