COTE D’IVOIRE 2020 (2/4) : La bataille politicienne est engagée – Faites vos jeux !

Après 8 années d’exercice du pouvoir, le Président Alassane Ouattara vient de libérer de prison Simone Gbagbo et plusieurs cadres du FPI le 8 août 2018. Cette initiative aurait eu un autre sens si elle avait eu lieu dans le cadre de la recherche de la paix lors des processus de conciliation nationale après les drames de 1993 à 2010. Or, il semble, selon leurs dires, que le RDR et son allié le PDCI ont réussi à pacifier la Côte d’Ivoire, en ne se réconciliant avec ceux avec lesquels ils n’ont pas fait la guerre, les vaincus étant en prison. C’est pourquoi, dans l’article précédent, cette initiative a été reliée à sa volonté de riposter contre les velléités de son allié visant à lui arracher le pouvoir. Certes, son mandat se rapproche de son terme, mais il court encore et il n’a peut-être nulle envie de le lui remettre sans doute.

La situation créée par la prise de distance des deux alliés l’un de l’autre ouvre la possibilité de conquêtes séparées du pouvoir. Il en résulte qu’on ne peut éviter de penser que l’idée d’une alliance RDR/FPI-canal historique (désigné par FPI-ch dans la suite) n’ait pas effleuré l’esprit du leader du RDR lors de la prise de la décision de grâce. D’autant que le procès de Laurent Gbagbo et de Blé Goudé au tribunal de la CPI à la Haye au Pays-Bas est parvenu à l’étape des plaidoyeries de la défense le 1er octobre 2018 et, avec elle, la possibilité de leur relaxe ou acquittement. La contre-attaque du PDCI, consistant à se rapprocher du FPI-légitimé de Affi N’Guessan, nous invite à observer la tournure décisive prise par les grandes, mais basses manœuvres politiques de part et d’autre en vue de la conservation (par le RDR) ou de la conquête (par le PDCI-RDA) du pouvoir en 2020. Même en ayant écarté l’un des prétendants à la détention du pouvoir), les deux alliés parviennent à être à nouveau divisés par ce qui les a reliés : la détention du pouvoir. C’est en considération de tout ce qui précède que nous posons la question de savoir si le jeu politique normal dans une démocratie, au bénéfice de ses citoyens est semblable à celui en cours de déploiement sous nos yeux depuis 1993 ? Ce dernier consiste-t-il en un tel jeu, quand on peine à discerner la moindre idée de progrès au bénéfice des ivoiriens et de leur coexistence, lesquels méritent mieux que des opérations politiques qui ressemblent fort bien à des manœuvres politiciennes. Mais, leur propose-t-on ce mieux et en ont-ils la volonté ?

Enfin, le jeu démocratique en Côte d’Ivoire ?

 Qu’entend-t-on par le jeu démocratique ? De notre point de vue, il s’apparente à la confrontation des idées de progrès qu’ont les partis d’une collectivité nationale donnée. Ce sont par conséquent, les représentations du devenir possible par exemple de la Côte que les partis politiques en ont, dont ils défendent le caractère pertinent et réalisable auprès des ivoiriens en vue de les convaincre non seulement d’en faire le chemin comment accepté par les ivoiriens pendant une période pour améliorer les conditions de leur coexistence mais également de leur confier sa mise en oeuvre. C’est en débattant de ces idées qu’ils envisagent de réaliser au bénéfice des ivoiriens que les partis les amendent, les adoptent, se rapprochent et finissent par s’allier ou se distinguer pour conquérir le pouvoir permettant de mettre en œuvre leur programme politique conforme aux idées qu’ils défendent. Or, jusque-là, il est question de tromperie, d’accord de privatisation du pouvoir non respecté, de récompense d’un parti qui s’est lui-même interdit de ne plus en être un depuis 2010. Il est aussi question de tentatives de détention et de conservation du pouvoir ou d’y participer à tous les prix. Au delà de l’éthique de tous les partis engagés, pour lequel on peut avoir des doutes sérieux, il est difficile de citer une seule idée de la Côte d’Ivoire attribuable au RDR, au PDCI ou au FPI qui les distingue tous les trois. Si l’on tient malgré tout à faire de l’identité du parti détenteur du pouvoir et de celui qui l’exercera en 2020 une idée, alors elle est à la fois ce qui identifie mais distingue et sépare aussi, de 1993 à aujourd’hui,  les trois partis ressemblants. D’ailleurs, elle est constitutive de l’objet de leurs oppositions et de la rupture en cours de l’alliance RHDP. Cependant, est-ce cela l’idée de progrès de leur coexistence dont les ivoiriens souffrent de l’absence depuis 1993 ?

Le moins qu’on puisse dire est que ces partis procèdent en mettant la charrue non seulement avant les bœufs, mais en plus sans aucun bœuf. En effet, des alliances n’ayant de fondement que leur volonté de conserver, de conquérir ou de participer au pouvoir sont réalisées ou en cours de l’être. En ce moment même, certaines sont en cours de préparation, de mise au point pour leur réalisation sur cette base. Les partis procèdent tant ainsi, qu’on peut se demander si de leur point de vue, les idées sur lesquelles des alliances doivent être fondées dans un cadre démocratique ne doivent pas être minorées en faveur de celles de la co-détention et co-exercice du pouvoir ou de la participation à la gouvernance du pays. Ainsi donc, invitent-ils peut-être les ivoiriens à attendre ce qu’ils feront du pouvoir qui ne peut leur échapper et pour lequel leurs manœuvres pour le détenir, le conserver, le conquérir ou pour y participer vont bon train. Ils verront ce qu’ils découvriront lorsque des partis alliés vainqueurs des confrontations le détiendront et l’exerceront à partir de 2020. Ainsi, la charrue que les ivoiriens auront choisie (la sachant sans source d’énergie), sera posée dans le champ ivoirien au terme des élections présidentielles de 2020. Sans bœufs pour la tracter en vue du labour des conditions de leur existence, ils découvriront alors les difficultés dues aux improvisations, à l’ivresse de l’exercice du pouvoir et à la cécité vis-à-vis de leurs attentes souvent déçues.

C’est pour toutes ces raisons qu’on a de sérieuses réserves sur l’installation en cours d’une confrontation des idées politiques des partis. On a davantage la conviction, de la confrontation dans les mois à venir, de coalitions alliées, sans idées politiques qui relient leurs membres, autres que le pouvoir et sa détention ou encore la participation à son exercice. Cette unique volonté de détenir et d’exercer ensemble (par défaut) le pouvoir, en tant que finalité en soi différente de l’intérêt collectif des ivoiriens, semble constituer le mobile de toutes ces agitations politiques. L’évidence des manœuvres en cours accrédite à la fois le doute et la conviction. En effet, la grâce présidentielle renforce le FPI-canal historique jusque-là moribond sans la plupart de ses leaders historiques. L’objectif d’une telle manœuvre est claire : faire un contre-poids au PDCI-RDA qui n’admet plus de n’être qu’un parti d’appoint. Désormais, quelles hypothèses politiciennes se présentent alors aux ivoiriens ? Leur finalité unique est si loin de leur intérêt collectif qu’il n’est pas nécessaire d’y consacrer toute la réflexion. La première possibilité est celle d’une alliance RDR/FPI-ch qui, à première vue, fouette la psychologie des commentateurs, tant entre ces deux partis couvent ce qui s’apparente à un feu de haine. La seconde possibilité concerne l’alliance PDCI-FPI-ch qui, pour exister, doit dépasser elle aussi les freins psychologiques. La troisième possibilité paraît si contradictoire (en apparence) avec la grâce que nous la citons pour mémoire : il s’agit de la continuation de l’alliance RDR/PDCI. Elle implique que le FPI-ch ne contracte aucune alliance avec le RDR ou le PDCI. Voici le jeu des manœuvres en cours, auxquelles ils convient d’associer le jeu de Soro Guillaume.

Tant que l’unique idée paraît être de détenir le pouvoir, de l’exercer ou d’y participer afin d’en profiter au détriment d’autres ivoiriens, alors rien n’interdit que quelque parti s’associe à quelque autre parti, contre tel autre à tel moment politique. Rien n’empêche que des arguments moraux, éthiques ou psychologiques cèdent devant le désir le pouvoir. Hier (1995), le FPI était  l’allié du RDR ; il est devenu son concurrent-ennemi de 2000 à 2010. De même, le PDCI concurrent-ennemi du RDR en 1995 est devenu de son côté l’allié du RDR de 2005 à 2018. Dans cette valse des alliances, rien n’interdit que demain le FPI-canal historique devienne l’allié du RDR pour vaincre ensemble le PDCI, manifestant à nouveau une volonté de conquête du pouvoir (lui qui était jusque-là plutôt désireux de le recevoir du RDR que de tenter de le conquérir). Ainsi se dérouleront sans doute entre 2018 et 2020 les grandes mais basses manœuvres politiques en Côte d’Ivoire, comme elles se déroulent depuis 1993. Cette nouvelle configuration politique place le FPI-ch en situation d’arbitre d’une confrontation qui oppose déjà le RDR au PDCI-RDA. A moins que l’acquittement éventuel de Laurent Gbagbo avant les échéances électorales ne vienne ajouter une courroie supplémentaire de distribution des forces et n’équilibre le jeu. C’est dire que ce que ce parti va décider aura une importance décisive sur la suite des événements, du point de vue de l’identité du parti détenteur du pouvoir en 2020, qui constitue l’objet de l’opposition et de la confrontation de ces deux partis. Certes, ces opérations ressemblant fort bien à des manipulations paraissent ne pas consister pas en idées politiques utiles à la Côte d’Ivoire.

Mais, dans la mesure où elles déterminent et structurent le champ politique ainsi que l’existence et la coexistence des ivoiriens, elles sont néanmoins importantes, bien que peu utiles pour ne pas dire nuisibles. C’est en raison sans doute de cette dernière considération que les ivoiriens ne se trompent pas à juste titre (quant à leur importance) et y portent leur curiosité et leur intérêt. En procédant comme eux, une question revient immanquablement. En tant que potentiel arbitre de cette confrontation, que va faire le FPI-canal historique de sa liberté renforcée par cette clémence présidentielle opportune attribuée à la nation, pour flatter les ivoiriens ? A propos de cette grâce on peut se demander si les ivoiriens n’en avaient pas besoin au sortir de la guerre pour donner un sens aux cérémonies somptuaires de réconciliation  après les drames de 2010. Car, si l’enjeu était que la justice passe, on peut regretter néanmoins qu’une justice borgne passât et que observer l’incongruité de la grâce de personnes encore sous le coup d’une accusation pour crimes contre l’humanité qu’il convient de relier à la volonté d’user de tout moyen pour conserver le pouvoir.   A propos de réconciliation, qui affirme que les ivoiriens étaient même tant conciliés qu’ils n’ont produit que des drames et une coexistence sur fond de suspicions diverses depuis 1993 ?  Ces dernières années, les actes politiques appellent sans aucun doute, beaucoup d’interrogation sans réponses collectives. Malgré tout, il convient de conclure ce point en observant que, même avec le renforcement du FPI-ch, il est difficile d’envisager l’installation du débat démocratique. Car, un débat autour des idées de progrès collectifs, est-il possible, tant l’intérêt des partis ne semble pas être la Côte d’Ivoire et les ivoiriens, ni leur existence et coexistence, mais le pouvoir qu’ils représentent collectivement ainsi que la distance qui sépare ces partis de ce dernier ?

Le FPI-canal historique au cœur des manœuvres en cours

A travers l’alliance RHDP depuis 2005, le RDR d’Alassane Ouattara et le PDCI-RDA de Konan Bédié ont favorisé, depuis 2010, une situation de léthargie politique en Côte d’Ivoire, s’inspirant du régime de parti unique qui a prévalu jusqu’en 1990. Procédant ainsi, ils n’ont contribué au surgissement d’aucune idée de progrès de la coexistence des ivoiriens que suppose le jeu politique démocratique. Avec le retour au premier plan du FPI canal historique (FPI-ch), n’est-il pas fondé d’énoncer cependant que la Côte d’Ivoire ne devrait pas se réjouir en considérant le nouveau contexte politique comme étant celui des prémisses de sa sortie de cette situation. Que va faire le FPI-ch de Simone et Laurent Gbagbo ?  Pour l’heure, les manœuvres en cours ne consistent nullement en idées, autres que celle de la conquête, détention et conservation du pouvoir et celle de l’identité du détenteur. Dans ce cadre, le FPI-ch a un rôle à jouer, autre que celui marginal auquel il était astreint suite aux circonstances dramatiques de 1999 à 2010. Ce parti a sans doute plusieurs choix possibles parmi lesquels trois options sont brièvement examinées ci-dessous, bien que ne portant pas sur des idées de progrès.

  • Le FPI-ch sans alliance et seule dans la bataille des présidentielles de 2020 ?

En l’absence de Laurent Gbagbo, une de ses possibilités consiste à trouver un candidat et à tenter de briguer la présidence de la république aux élections de 2020 ou alors à préparer un avenir dans lequel il pourrait jouer le premier rôle pour la Côte d’Ivoire. Dans le premier cas, l’hypothèse de la victoire de son candidat éventuel étant exclus à priori, ce parti pourrait se positionner pour arbitrer un éventuel second tour opposant le candidat du PDCI-RDA à celui du RDR. Le risque pour le FPI-ch : l’élection au 1er tour d’un candidat qui le priverait de tirer un profit politique d’une position de plus grande force : celle de “faiseur de roi”. Même dans ce cas, les membres et sympathisants peuvent supposer que leur parti gagnera malgré tout un surcroît de dignité à leurs yeux. On peut cependant douter d’un tel scénario avec raison. Cela dit, une position d’arbitre de second tour ne lui garantit rien tout, si ce n’est de faire de lui un parti comme le PDCI ou le RDR. De plus, parce que nous sommes en Afrique, nous ne pouvons feindre d’ignorer cependant qu’ avec les moyens que le pouvoir confère au détenteur, rien n’est moins certain en termes de reports des voix de ses supporters dans le cas de sa préférence d’une alliance avec le PDCI. Car, sans aucune volonté de faire injure à l’intelligence de quelque ivoirien que ce soit, l’histoire montre qu’avec beaucoup de ressources financières, des partis parviennent à vaincre la résistance de nombre de citoyens-électeurs, dès lors que ce n’est pas tant les idées qui déterminent nécessairement leurs choix mais l’étiquette politique, en raison de les fonder sur une base psychologique ou sur celle de la satisfaction de leurs besoins immédiats. Peu de leaders politiques ne feront une objection sur ce point quand nombreux sont ceux pensant sans doute que les critères de succès à des consultations électorales résident dans le fondement ethnique ou communautaire du parti ou du candidat ainsi que dans la disponibilité de ressources financières mobilisables pour entraîner les “hordes” de “bêtes sauvages votantes” (1) dont ils attendent qu’elles obéissent à leur contrat d’appartenance ethnique, communautaire ou d’échanges d’intérêts (financier contre bulletin de vote peut-être).

Loin de constituer un problème pour la Côte d’Ivoire, l’éloignement temporaire des partis peut au contraire les conduire sur la voie d’une meilleure utilité à la Côte d’Ivoire et aux ivoiriens. Sur ce point, les membres du FPI ont sans doute divergé. Ainsi, ces dernières si longues années d’une existence parcimonieuse pour ce parti, de l’eau a coulé sous les ponts reliant les membres du FPI à leur leader historique. Elle a même emporté avec elle Pascal Affi N’guessan et le FPI-légitimé vers d’autres rivages politiques. En conséquence et sauf circonstance défiant les faits, le FPI-ch n’est pas en position pour réaliser une victoire électorale en 2020. C’est pourquoi, dans le second cas (sans candidat), ce parti pourrait être tenté de jouer la neutralité vis-à-vis aussi bien du RDR que du PDCI-RDA, si le désir de vengeance s’efface devant l’enjeu politique. Cela implique qu’il ne présente aucun candidat et qu’il appelle à voter aucun des candidats des partis concurrents à l’occasion des élections au cours desquelles ses chances sont sans doute réduites. Mais, l’histoire révèle souvent le tort des absents, si bien que tenter de se renforcer à travers son absence paraît constituer pour le FPI-ch, le moins bon choix possible et pour la Côte d’Ivoire, mais aussi la preuve que seule la détention du pouvoir présente un intérêt pour lui.  Quoi qu’il en soit, ce scénario ne semble pas pouvoir lui apporter un gain politique immédiat ou à moyen terme, comme par exemple la possibilité de sortie de Laurent Gbagbo de La Haye, dont le FPI-ch a fait son sacerdoce ou comme sa participation à la gouvernance à partir de l’année 2020 ? Le FPI-ch pourrait-il s’allier alors avec le RDR ou avec le PDCI-RDA ?

  • Le FPI-ch en position d’allié du RDR ?

Examinons d’abord l’hypothèse de l’alliance RDR/FPI-ch qui exclut l’autre. Du point de vue psychologique, considérant l’opposition violente entre le FPI et le RDR entre 2000 et 2010 et ses conséquences de part et d’autre ainsi que pour la Côte d’Ivoire, une liaison avec le RDR semble impossible aux yeux de nombreux ivoiriens. Certes, des eaux obscures ont coulé sous le pont reliant ces deux partis entre 1994 et 2000, avant le début brutal de leurs affrontements dramatiques dans lesquels ils ont entrainé toute la Côte d’Ivoire. Cependant, cela suffit-il à oublier le “Front républicain”, désignation donnée à leur alliance quand ils challengeaient main dans la main le PDCI de Konan Bédié après le décès de Houphouët-Boigny ? Si le Président Alassane Ouattara a pris la place du leader PDCiste dans la nouvelle configuration, le concurrent commun à éliminer ne peut-il pas être encore une fois Konan Bédié et le PDCI comme entre 1993 et 2000 ? Par ailleurs, la raison politique n’interdit aucune liaison circonstancielle, même avec ceux qui vous ont jeté en prison durant toutes ces années ou écartés violemment du pouvoir et, plus grave encore, que vous rendez responsables de morts tragiques des vôtres.

En effet, se fondant à juste titre sur des raisons morales et psychologiques ou de vanité, l’alliance RDR-FPI-ch est l’option que beaucoup d’ivoiriens considèrent dans leur grande majorité comme étant impossible. Ils sont sans doute les mêmes qui, hier encore pensaient impossibles une alliance et une complicité, voire une connivence, certes de circonstance, entre le leader RDRiste et celui PDCiste. Ne reproduisent-ils pas les mêmes réflexes d’ordre psychologique et ne persistent-ils pas dans leur erreur ? Ils semblent minorer le fait qu’en matière politique, la raison du même nom a ses arguments que la raison morale, les affects psychologiques, la prétention ou vanité ignore ou tolère, devant l’enjeu politique et rationnel. C’est pourquoi, à contre-courant d’une opinion ivoirienne sans doute majoritaire, il est fondé d’hypothéquer la possibilité d’une alliance RDR-FPI-ch. Au terme de cette dernière, le RDR et le FPI-ch substitueraient la leur à celle désignée par le RHDP. Le fait que le PDCI-RDA, allié jusque-là du RDR marque la volonté de détenir et d’exercer le pouvoir en position de leader heurte violemment la sienne. Cela semble constituer un argument politique suffisant et supérieur à l’argument d’ordre psychologique, dont il résulte, à entendre les RDRistes et même des PDCistes, que le FPI-ch est le diable.

D’autant que cette possibilité est renforcée par le peu de raison en faveur de la justification de sa préférence d’une alliance avec le PDCI. En effet, les militants du FPI-ch n’oublient sans doute pas la décision de ce parti avant et après les drames de 2020 à 2010, dont le paroxysme a été la guerre en plein Abidjan, impliquant la communauté internationale. Ce parti,  qu’il remplacerait dans cette éventuelle nouvelle alliance avec le RDR, a-t-il tenté quoi que ce soit pour s’associer au leur ? N’a-t-il pas préféré une alliance avec ce dernier, dont il a favorisé la victoire politique, militaire et électorale ? Convaincu tant de ses gains politiques, le PDCI n’est-il pas allé jusqu’à préférer ne pas présenter de candidat en 2015 pour permettre la victoire, sans contradicteur de son allié RDR ? De plus, s’associant à lui, n’a-t-il pas a ignoré le FPI depuis 2005, moins fréquentable à ses yeux que le RDR ? A ces divers titres, bien que relevant de conjectures sur la psychologie des FPIstes, ces derniers peuvent penser que le PDCI ne mérite pas plus ou moins leur considération ni leur alliance que le RDR, comme il l’a peut-être pensé à l’égard du leur depuis 2005. En dernier ressort, comme toutes ces considérations ne relèvent que de l’ordre psychologique, la question à laquelle le FPI-ch aura à répondre et qui déterminera sa décision et son choix, consiste à savoir si les finalités de ces dernières sont supérieures à ses enjeux d’ordre politique. Quoi qu’il en soit, nous rappelons simplement qu’une alliance RFR/FPI-ch requiert que le leader RDRiste parvienne à convaincre de son côté ses membres et les sympathisants supporters de sont parti.

C’est pourquoi, le Président Alassane Ouattara lui-même ne s’y est pas trompé en délivrant un message qui se révèlera peut-être être subliminal. Il énonce en effet après d’autres, qu’ “En politique, on ne dit jamais non” (2), bien que son propos pourrait faire bondir Ahmadou Kourouma outre-tombe. Ce dernier tenait tant à un autre comportement à l’égard de ce que l’on refuse, situation qui relève en réalité de l’indécision face la balance entre l’intérêt par exemple politique et l’intérêt psychologique et pour ainsi dire du doute en cette double matière : “Quand on refuse on dit non” (3), dit-il dans le titre de son livre posthume dans lequel il développe cet énoncé. Sans doute qu’il part du principe d’une appréciation certaine de la primauté de l’intérêt de tel ordre par rapport à celui de tel autre ordre. Or, l’homme est rarement certain, en première analyse, devant un double intérêt, surtout s’ils relèvent d’ordre différents. Envahi par le doute, il balance entre l’intérêt politique et celui moral, entre celui rationnel et celui psychologique. Probablement parce que pour lui, le refus ou l’acceptation lui semble être le choix fondé sur la certitude, alors même qu’il n’est précisément certain de rien du tout. Les hommes le sont encore moins, dès lors qu’ils agissent politiquement, à savoir, non pas pour eux-seuls, mais également pour la grande masse de ceux qu’ils ont la prétention de guider et de servir. Dans cette position, la certitude du choix existe-t-il, s’agissant de refuser ou d’accepter, quand ils lient ce caractère de leur choix à ce qui en résulte dont ils ne découvrent la réalité qu’après l’avoir fait, mais résultat dénué de toute correspond à celui qui a justifié le choix ? Ainsi, dire non quand on n’est pas certain de refuser ou oui quand on ne l’est pas non plus, s’agissant de donner son accord ou d’accepter, ignorant la réalité qui résulte de chaque option, c’est comme se priver d’une des possibilités de la séquence non encore advenue de l’histoire, en cours d’être produite. Or, cette réalité dépend précisément du choix des hommes, lequel épuise rarement leur doute et n’y parvient que la réalité qui en résulte correpond à la réalité envisagée ou espérée qui a justifié le choix. De ce point de vue, la réalité éclaire la complexité des hommes. Elle rend compte d’une histoire humaine qui a sans doute raison de la conviction de l’auteur de “quand on refuse, on dit non” et de “Soleil des Indépendances”.  (4)  Elle rend compte de ce qu’en matière politique notamment, même un sentiment d’hostilité, une aversion ou un non peut se transformer en un sentiment de sympathie, une attirance ou un oui, même temporaire, en présence d’intérêts circonstanciels qui se rejoignent. Dans une telle mesure où le FPI-ch a des intérêts à échanger contre celui du RDR (conserver le pouvoir), leur alliance ne peut être exclue à titre d’hypothèse.

Admettons à titre hypothèse au profit de l’analyse, que l’alliance RDR/ FPI-ch est le choix de ces derniers. Parce que les ivoiriens en particulier les RDRistes et FPIistes,  sont des africains, on suppose  que l’évocation de la tradition africaine, à laquelle ils sont sensibles peut aider les deux partis à convaincre leurs supporters. Une cérémonie à but de communication politique des deux partis peut  suffire peut-être pour sceller et officialiser leur alliance, aux yeux “des masses de bêtes sauvages votantes” qui ont leur sympathie. L’évocation de la tradition visera sans doute à convaincre et à amener ces masses à transformer l’impossible (selon elles) en ce qui est possible selon de leurs leaders, ce qui le rebutent et dépasse leur entendement et les affecte psychologiquement en ce qu’elles apprécient et satisfait d’autres besoins psychologiques et enfin ce qui heurte leur morale ou leur vanité en ce qui satisfait leurs intérêts politiques et ceux de leurs partis respectifs au plan rationnel. De ce point de vue et à une telle occasion, il peut sans doute suffire de convoquer le fonds culturel qui veut que même l’assassin de vos parents doit être pardonné et que le pardon constitue l’unique remède aux plus monstrueux des crimes, du point de vue moral et psychologique. Ainsi donc, si les blessures psychologiques sont le feu qui brûle en les sympathisants RDR et FPI-ch, la morale africaine et leurs intérêts respectifs peuvent constituer l’eau qui l’éteint. Considérant ce qui précède, il vient donc que même pour le FPI-ch, le traumatisme psychologique dû au transfèrement de Laurent Gbagbo le 29 novembre 2011, de Korhogo, où il était détenu depuis son arrestation le 11 avril 2011, au centre pénitentiaire de la Cour pénale internationale (CPI) à La Haye au Pays-Bas, de surcroît avec le Fokker 28 de la Présidence de la République de Côte d’Ivoire peut être surmonté pour parvenir à une telle alliance. N’est-ce pas cette même raison politique qui a rendu possible et donné naissance en 2005 à l’alliance RHDP entre RDR et PDCI que nombreux étaient les ivoiriens qui la pensaient non réalisable avant que la réalité ne leur donne tort ?  Quoi qu’il en soit, qui peut récuser l’absence de signification du fait que la grâce présidentielle intervienne au moment où son allié PDCI presse le président et le RDR d’annoncer et de préparer la remise du pouvoir au PDCI en 2020 ? Quand le Président Alassane Ouattara gracie des membres influents du FPI-ch et au moins un symbole, Qui pense qu’il le fait sans envisager quelque opportunité politique à en tirer, mais pour des raisons de consolidation d’une réconciliation que les deux partis alliés affirment avoir réalisée, cependant sans ceux qui étaient encore en prison, dont l’absence pèse lourdement sur la participation de leurs sympathisants ? Mettons donc un point final à cette hypothèse pour observer que non seulement elle est possible, mais aussi qu’elle est réalisable, comme celle que nous étudions ci-après.

  • Le FPI-ch en position d’allié du PDCI-RDA ?

Examinons maintenant l’hypothèse d’une alliance PDCI-RDA/FPI-ch. Certes, elle est envisageable et réalisable, mais elle est non évidente non plus. Car,  sans doute que, peu de membres ou sympathisants du FPI-ch, voire au sein même du PDCI, comprennent que ce dernier ait ignoré le FPI et ait adopté la posture du RDR à son égard, supposée belliqueuse par les FPIstes, voire par certains PDCistes. De plus, sa tentative de rapprochement, qui serait de plus considérée comme tardive et en réaction de sa part à la riposte du RDR (grâce), risque de ne pas sembler aussi authentique au FPI-ch. Depuis la chute finale de Laurent Gbagbo en 2010, mieux encore, en 2015, Le PDCI-RDA a choisi de maintenir le RHDP, écartant de fait celui de retrouver une certaine indépendance pour préparer l’alternance. Certain de recevoir le pouvoir de son allié, il n’a pas songé à construire de nouvelles alliance en vue de la conquête du pouvoir, d’où son ignorance du FPI depuis 2005 que les sympathisants de ce parti tiendront compte. Malgré tout, comme dans le cas précédent, la raison politique rend un tel rapprochement possible. Bien que constituant un pool potentiellement élevé d’électeurs, cette éventuelle alliance ne garantit cependant pas le choix électoral de ces derniers. Certes, les dernières élections démontrent une discipline de vote à couper au couteau des sympathisants. Il y a lieu dans tous les cas, de tempérer le sens de leur vote. Car, les ivoiriens dans le contexte politique de 2010 et 2015, seront-ils les mêmes que ceux de 2020 ? Par ailleurs, et parce que nous sommes en Afrique, une telle alliance constitue-t-elle en elle-même une garantie de victoire électorale du PDCI, notamment en cas de scrutins très serrés lors d’un second tour d’élections présidentielles opposant son candidat à celui du RDR, detenant solidement le pouvoir depuis 2010 ?

Dans l’hypothèse où l’alliance supposée PDCI/FPI-ch ne conduirait pas ces partis à la victoire électorale, que gagnerait alors le FPI-ch dans une telle alliance ? Satisfaire un certain besoin de dignité et/ou une certaine vanité ou encore un désir de vengeance à l’égard du RDR ? Tout argument conduisant à l’affirmative appelle aussitôt les interrogations suivantes dont les réponses constituent des contre-arguments le mettant alors en échec. En quoi ce parti serait-il davantage digne dans une alliance avec le PDCI qu’avec le RDR ? Le FPI-ch ne peut-il avoir aucune idée de vengeance à l’égard du PDCI, qui ne l’a pas soutenu quand il pensait en avoir besoin et qui précisément a choisi d’aider son concurrent à le vaincre en 2010 ? L’argument éventuel du PDCI-RDA consistant en une éventuelle promesse d’essayer de peser sur la CPI et sur son arrêt dans le procès intenté contre Laurent Gbagbo pour crime contre l’humanité peut-il être retenu et suffire à déterminer le choix du FPI-ch ? Ne conduit-il pas à  penser aussitôt que le RDR peut user du même argument, peut-être même davantage convainquant en étant les gouvernants qui ont précisément décidé d’exécuter, dans les formes que chacun connaît, le droit ivoirien et international ? Dans un cas comme dans l’autre, qui peut affirmer sinon présumer les chances de succès de l’intervention de quelque pouvoir politique ivoirien que ce soit (détenu par le RDR ou par le PDCI) sur les actes de la CPI ? Le FPI-ch ignorerait-il l’incertitude pesant sur la possibilité de réalisation d’une telle promesse d’où qu’elle vienne pour fonder une alliance censée réaliser un tel intérêt ?

Toutefois, observons que, quel que sera le choix du FPI-ch, il impliquera sans doute la considération préalable des critères suivants, en fonction de ses objectifs prioritaires à atteindre et atteignables. D’abord, parce que nous sommes en Afrique, chacun sait ce dont l’histoire rend malheureusement compte régulièrement : à savoir que celui qui détient le pouvoir et organise des élections est toujours en pole position, tant bien même elles sont organisées sous l’autorité d’une Cellule Électorale Indépendante (CEI). N’est-ce pas ce pourquoi nombreux son ceux qui spéculent sur le fait que l’épaisseur de l’indépendance d’une telle instance vis-à-vis de celui qui détient le pouvoir réel est tenue et  sur la difficulté de toute cellule électorale à éviter de considérer l’intérêt de la majorité de ses membres eux-mêmes. Ensuite, le besoin de dignité et la raison politique de ce parti représentent d’autres critères de sa détermination. La dignité fait appel à avec la raison morale humaine. Mais, elle est parfois confondue avec la vanité qui relève de l’ordre psychologique. Or, cette dernière soutient précisément l’argument selon lequel une alliance avec le RDR est impossible, en considération de leurs rapports violents passés entre 2000 et 2010. Pourtant, il semble bien, que le choix de ce parti ait pour finalité d’affirmer une certaine dignité ou de satisfaire une certaine vanité, il peut aboutir à la conciliation des deux intérêts : l’un relevant de l’ordre moral (dignité) et l’autre relevant de l’ordre psychologique (vanité). Comment cela peut-il alors procéder ? Il semble que les hommes peuvent temporairement préférer opter pour leur intérêt du premier ordre (moral), par rapport à celui du second ordre (psychologique) ; en clair la raison morale peut parvenir à contenir la sensation psychologique, ainsi que cela est exposé ci-après.

En effet, la raison morale est incarnée par la tradition africaine reconnue par tous. Fondant la dignité, elle veut que l’assassin des siens soit accepté, de sorte quand elle parvient à vaincre la vanité, cette dernière s’incline devant elle d’une certaine manière. Quant à elle, la vanité n’a d’existence et de projet que de ne pas l’accepter, voire même de nourrir le désir d’éliminer l’assassin supposé ; parce qu’elle prétend être à la fois la victime, le juge mais aussi le bourreau de l’assassin qu’elle rend coupable. Pour faire court, la vanité implique la prétention à être tout.  Pourtant, un dénouement inattendu pour les hommes psychologiquement atteints ou pour les groupes qu’ils forment, est rendu possible par leur complexité. La raison morale parvient à concilier temporairement dignité et vanité. C’est ainsi que, contre toutes attentes, des alliances que les ivoiriens jugent jusque-là non réalisables peuvent au contraire constituer les éléments qui structurent pour un moment leurs réalités. Contre ces mêmes attentes, des partis peuvent réaliser toutes sortes d’alliances, même celles paraissant les plus improbables. Le caractère tactique et de circonstance de ces alliances éventuelles achève de réaliser une certaine cohérence des actes d’êtres complexes, en préservant d’une certaine manière leur vanité, leur moralité et leur rationalité ou en les conciliant, certes pendant une durée dont le terme est déterminé par leur équilibre. Par ailleurs, la raison morale et encore moins la prétention ou la vanité ne sont assimilables à la morale en politique. Quant à la raison politique, elle relève de raison rationnelle, à savoir du gain politique, lequel fait rarement bon ménage avec la morale au sens spirituel ou avec la psychologie. Si tel n’était pas le cas, l’alliance considérée inenvisageable et impossible (entre 1993 et 2005) entre Konan Bédié et Alassane Ouattara comme  n’aurait pas produit le RHDP en 2005, laquelle a été renforcée de manière spectaculaire et étonnante en 2015. C’est, sans nul doute, en raison de la force de la raison morale (conciliant à la fois dignité, vanité et rationalité).

Dès lors, il paraît inutile d’agréger les particularités des possibilités de choix à venir (ou déjà réalisés) des partis, pour argumenter l’impossibilité de telle ou telle alliance, en particulier celle susceptible d’impliquer le RDR et le FPI-ch. Si malgré tout, l’exemple ivoirien de l’alliance entre Konan Bédié du PDCI et Alassane Ouattara du RDR entre 2005 et 2018 ne parvient pas à convaincre le lecteur, il lui suffit de se référer à l’histoire. Elle rend compte de cette possibilité et en donne même un exemple proche des africains : l’Union Européenne ne serait sans doute pas sans le couple franco-allemand donc chacun sait les portions dramatiques de leurs relations dans l’histoire avant sa création. C’est pour toutes ces raisons que, parvenu à ce point, nous aboutissons à la nécessité de débarrasser la considération de certains ivoiriens des hommes de tout ce qui les conduit à les voir comme s’ils n’étaient qu’uniquement moraux, sensitifs ou uniquement rationnels. L’analyse nous conduit au contraire à la plus grande incertitude, quand aux choix des partis et en particulier du FPI-ch, là où beaucoup d’entre eux ont des certitudes. La décision et le choix de ce parti, comme de tous les autres, dépendra de ses objectifs, dont certains rationnels et politiques et d’autres moraux et d’ordre psychologique. Ses chances de succès pour les réaliser résulteront de l’adéquation entre ces derniers et son choix. On peut même observer que la position de Soro Guillaume renforcera ou non les choix des partis. Lesquels des critères fonderont de manière décisive le choix du FPI canal historique ? “Wait and see”, disent les anglophones. Voici, quelques réflexions à propos de ci qui attend les ivoiriens dans les mois à venir. Lequel d’entre eux parvient à énoncer quel que intérêt collectif lié à ces développements possibles à venir, au delà du refus du RDR de participer à une privatisation du pouvoir à travers le RHDP, du renforcement du poids des fractions du FPI, du repositionnement forcé du PDCI, en tant que parti politique de conquête du pouvoir à travers la conquête du choix des ivoiriens ? Dans l’attente, qu’il y en ait un qui nous en propose, venons-en aux rebondissements possibles.

Des rebondissements inattendus à venir ?

  • La continuation de l’alliance RDR/ PDCI ou la candidature unique RHDP ?

Un scénario paraîtrait le plus surprenant s’il se réalise, tant le RDR et le PDCI sont déjà engagés dans des conquêtes opposées (respectivement pour la conservation du pouvoir d’un côté et pour la détention de l’autre), dont les résultats s’excluent mutuellement. C’est celui de la possibilité dans laquelle le RDR et le PDCI continueraient leur alliance : le RHDP. Jusque-là et depuis 2010, ils co-détiennent et co-gouvernent le pays. Malgré les développements récents, rien n’interdit de penser que ces deux partis continuent ce qui semble leur avoir bien réussi depuis 2005. Pour en revenir là, on suppose qu’ils ont exploré toutes les autres éventualités précédentes et celles qui suivent et qu’aucun des deux partis n’est parvenu à un avantage décisif à tirer de se présenter sans son allié. Examinons donc leur chemin de réflexions en direction d’un divorce, compte tenu de ce qu’ils ont déjà engagé dont le terme paraissant logique consiste en une confrontation que les ivoiriens espèrent qu’elle soit fondée sur un respect mutuel, à défaut d’être amicale pour le contrôle du pouvoir. L’ avenir éclairera leur espérance.

constatant l’impossibilité d’un candidat unique RHDP qui ne serait pas PDCiste, Il arriva que dans un premier temps, ces deux partis poursuivent et mettent en œuvre des tentatives séparées, dans le cadre d’une espèce de pacte de non agressions rédhibitoires. Assurant leurs arrières, ce pacte viserait à leur permettant de revenir plus aisément sur leurs projets : celui du RDR vise à conserver le pouvoir quand celui du PDCI a pour but de le conquérir. Dans un second temps, ils examinent, chacun de leur côté, le rapport de leurs forces respectives. Dans un contexte où le FPI-ch irait aux élections sans s’allier à aucun d’eux, des décisions et choix de Soro Guillaume, d’une part et de la direction et du sens général des intentions de choix des ivoiriens (s’agissant en particulier des sympathisant FPI-ch), d’autre part, résultera le rapport effectif de leurs forces. C’est aussi à partir de cette étape que plusieurs cas de figures sont possibles, dont l’un peut en effet aboutir à la continuation de l’alliance actuelle RHDP.

Soit, chaque parti s’engage seul aux élections, son examen du rapport des forces lui donnant des chances raisonnables de succès. C’est ce que manifeste la tournure de l’alliance à l’heure où la bataille s’engage et au regard des premiers actes des deux alliés. Les partis confirmeront dans les mois à venir cette orientation, en particulier celui qui aura su bâtir une nouvelle alliance, correspondant à sa volonté. Hors de toute alliance, toute volonté de victoire s’appuie sur l’espérance du report des voies des sympathisants FPIistes-ch. Une variante est le cas dans lequel le rapport de forces est jugé équilibré, mais où la volonté d’assurer le leadership du pouvoir conduit chaque parti à tenter sa chance, sans son allié d’hier devenu adversaire. Dans ce cas, chacun d’eux compte nécessairement sur des électeurs ou sympathisants du FPI-ch, à défaut d’avoir pu réaliser une alliance avec ce parti ou sur d’autres soutiens de poids. Dans tous les cas aboutissant à cette rupture, c’est là une hypothèse qui placera durablement le parti vaincu en 2020 dans une position de faiblesse. Il le sera, non seulement vis-à-vis du partir vainqueur, mais également vis-à-vis du FPI-ch. Sauf, si sa chute temporaire l’amène à la politique des idées de progrès. Ainsi alors, l’éloignement temporaire du pouvoir rendra un tel parti utile à la Côte d’Ivoire.

Soit, l’un comme l’autre, à défaut d’être parvenu à s’allier avec le FPI-ch ou d’avoir su construire (ou réussi à le faire) d’autres chances réelles de succès, les deux partis choisissent de reconsidérer leur alliance. Dans cette configuration, le souci de ne laisser aucune victoire politique au FPI-ch primera pour les deux partis. La question de savoir quel parti assurera le leadership étant en conséquence minorée par rapport au risque d’être durablement éloigné du pouvoir. Dans une telle configuration, il se peut que les deux partis présentent alors aux ivoiriens leur rabibochage comme une volonté de leur part de garantir la paix et se présenter comme des partis de paix. Mais, franchement, quel ivoirien pourra alors penser qu’une telle situation constitue un progrès pour les ivoiriens ? Qu’est-ce qu’il y a de démocratique dans le fait que des démocrates refusent de s’affronter politiquement pour ne pas risquer d’entraîner le pays dans des affrontements violents, en raison de refuser eux-mêmes et leurs supporters d’être temporairement éloignés du pouvoir ? Est-ce là la meilleure manière de produire la coexistence pacifique des ivoiriens ? Ces possibilités, comme les choix possibles du FPI-ch ainsi que les options de Soro Guillaume subissent des influences mutuelles. Quel est d’ailleurs le jeu de ce dernier ?

  • Quand Soro Kigbafori Guillaume sortira-t-il du bois ?

Que va faire Soro Guillaume : attend-t-il que la barque ivoirienne penche ? Chacun sait qu’il cache son jeu, bien qu’il a pu parfois donner des signes de vouloir succéder au Président Alassane Ouattara et que d’autres fois, il a indiqué n’être pas un homme d’ambition. Pour argotiser, on dira qu’il a multiplié les sous-marins depuis 2002 : mouvements, instances et clubs à caractère militaire hier, politique aujourd’hui. A croire que ce sont là les enseignements qu’il a tirés de son expérience de maquisard qu’il a été aux heures sombres récentes de l’histoire du pays. Il a ainsi fait sien, l’adage selon lequel pour vivre mieux et longtemps, il faut vivre caché. Il semble qu’il est parvenu à être à la fois des deux partis majoritaires alliés et à n’être finalement d’aucun, à entendre les membres du RDR et PDCI, non dupes de sa stratégie, si bien qu’il a été amené à argumenter sa légitimité à vouloir conquérir, détenir et exercer le pouvoir ainsi : ” « Il y a des mauvaises langues qui disent, en me voyant ici, que ha! Guillaume Soro est trop pressé; il veut devenir président de la République alors qu’il est jeune; il est ceci, il est cela. Eh donc, quand je me battais, je n’étais pas jeune? Quand je prenais les armes en 2002, je les prenais plus jeune que maintenant. Certains ont figé mon âge en croyant que j’ai toujours 30 ans. Mais je n’ai plus 30 ans” (5). Certes, c’est la droit de chaque ivoirien remplissant les conditions de prétendre être candidat. Cela étant, justifier la légitimité à être candidat et à gouverner la Côte d’Ivoire par la prise des armes, c’est comme prétendre que les enfant soldats ivoiriens dans la guerre civile ivoirienne d’hier pourront eux-aussi aspirer demain fonder la leur sur cet aspect de leur histoire, en tant que participant à la violence qui a secoué le pays.  Les ivoiriens auraient sans doute préférer évaluer cette légitimité en considérant ses idées pour la Côte d’Ivoire. Bref, En paraissant à la fois partout et nulle part, il a trois options, dans l’éventualité où il entend, comme il en a cependant le droit, conquérir le pouvoir en 2020.

A croire Soro Guillaume, il n’est pas un “homme d’ambition” (encore moins de pouvoir), mais un “homme de mission” comme il se définit lui-même : “En Côte d’Ivoire, tout le monde pense à la présidentielle de 2020. Mais en ce qui me concerne, je privilégierai l’ambition collective à l’ambition individuelle. Je suis un homme de mission, et non un homme d’ambition.” (6) A n’analyse de son énoncé, d’une part, il laisse ainsi entendre qu’il n’a aucune ambition personnelle, comme par exemple être président de Côte d’Ivoire, puisqu’il n’y en a qu’un seul et que cette fonction n’est pas collective, et que seule la volonté de détenir le pouvoir peut l’être. Il en résulte qu’il peut avoir cette volonté en commun avec d’autres ivoiriens et l’ambition collective de la réaliser. Le fait qu’il soit éventuellement candidat incarnant cette ambition ne serait alors que fortuit. D’autre part, il semble aussi indiquer qu’il est dépourvu de tout projet pour la Côte d’Ivoire, n’étant d’homme à réaliser que les missions que d’autres lui confient, comme celle de réaliser leur ambition collective de détention du pouvoir.

En conséquence, si les ivoiriens croient ce d’il affirme, il ne peut qu’espérer le portage de la désignation de sa candidature par un parti et ses militants, ayant une mission à lui confier, celle de réaliser leur volonté ou ambition commune : conquérir le pouvoir et diriger la Côte d’Ivoire. Peut-être, bénéficiera-il d’une intronisation par des leaders accordés d’un parti, contre la volonté d’une part importante de ses membres, pour lui confier cette mission ? A moins, qu’il ne se lance dans la bataille sans le soutien d’un parti de militants. Peut-on croire que comme “homme de mission”, ‘il n’ait rien à décider, s’en remettant à un parti qui lui confie une mission ? Peut-être aussi que l’homme mission” espère se mettre à la disposition des ivoiriens, débordant alors les partis existants. Attend-t-il que les ivoiriens la lui attribuent ? Mais alors, que fera-t-il pour les amener à le faire, dès lors qu’ils ne peuvent confier la direction du pays qu’à des candidats qui ont une idée de vers où les conduire et qui en ont l’ambition et la volonté ? Peut-être que les ivoiriens rassemblés sauront lui définir la finalité de la mission qu’ils lui confieront et le cap à prendre pour les y conduire. Cela suppose qu’ils sont déjà rassemblés et d’accord sur cette finalité et la direction à prendre, ce dont on peut douter. Même dans ce cas, que lui resterait-t-il alors à leur soumettre de cap et d’exigences pour les y conduire, qui le définisse comme le capitaine du bateau ivoire ? Ne risquerait-il pas alors d’apparaître comme que le capitaine d’un bateau ivoire dont l’ivresse augmente avec les vents et marées politiciens, sans idées à lui pour tenter de le sortir durablement des cycles de tempêtes politiciennes ? A moins finalement que des ivoiriens ne lui attribuent la mission de représenter leurs intérêts dans la bataille des intérêts communautaires ou particuliers qui s’annonce. Quoi qu’il en soit, même en considérant qu’il n’ait aucune ambition ou que cette dernière ne soit guère la conquête du pouvoir dès 2020, il a cependant un atout dans son jeu : il peut attendre que tous les partis abattent leurs cartes avant de sortir du bois, comme un leader de Poro et de se positionner et de dévoilée enfin une ambition qui a déjà perdu son voile et est à peine masquée. 

Une hypothèse réside dans le fait que contrairement à ses dires et à sa définition de lui-même, “l’homme de mission” a en réalité l’ambition et la volonté de gouverner dès 2020, contrairement. N’étant pas un candidat naturel, ni du RDR, ni du PDCI, il est tributaire du parti qui lui offre de le représenter. Ce n’est pas là une position confortable, quand il n’ignore pas lui-même la volonté à peine dissimulée de mentors qui aspirent à profiter de leurs vieux âges en détenant le pouvoir. Que dire de tous les autres prétendants, qui toussent quand ils toussent, qui rient quand ils sourissent pour leur plaire. Mais, la posture qu’il a jusque-là su manifester, semblable à celle d’un caméléon, pouvant aller d’un côté, comme de l’autre, convient à sa lacune de n’être pas un cacique de quelque parti. De plus, il peut apporter son poids politique et son atout consistant en ses soutiens au sein des armées que des années de clandestinité et une guerre civile ont permis de forger. Sans doute aussi qu’une alliance du FPI-ch avec l’un des deux partis majoritaires peut lourdement faire pencher son choix sur la balance politique ivoirienne, selon qu’il aspire à être candidat en 2020 ou à se positionner pour l’avenir, au delà de 2020. Ainsi, la réussite de l’option de Soro Guillaume est tout aussi dépendant du choix du FPI-ch. Car dans cette bataille qui est déjà engagée, le FPI-ch, sans Laurent Gbagbo et Soro constituent les clés de son dénouement.

Dans l’hypothèse où il entend être candidat d’un côté ou de l’autre aux élections de 2020, son calendrier n’est pas comparable à celui du FPI-ch, car pour atteindre ses objectifs politiques, rien ne l’oblige à se prononcer avant lui. Certain de ne pas pouvoir gagner les élections à venir, sans Laurent Gbagbo, ce parti peut clarifier son jeu à l’instant ultime, ce que ne peut se permettre un candidat qui a besoin de le faire savoir aux ivoiriens à un moment ou à un autre. Son jeu est ainsi troublé par la libération de Simone Gbagbo et par la perspective d’alliance que cela offre aux deux partis majoritaires et de militants, qui avec quelque parti qu’elle se réalise, réduira ses marges de manœuvre. Il pourrait l’être encore davantage si Laurent Gbagbo revenait de la Haye, blanchi des soupçons de crimes contre l’humanité et avec lui de nouvelles perspectives de jeu.

Néanmoins, même sans parti de militants et sans ambition présidentielle en 2020, bien que ses rares déclarations publiques démontrent l’inverse, Soro Guillaume a un rôle déterminant à jouer. D’abord, il peut emporter avec lui une partie des sympathisants du RDR, quelle que soit l’alliance à laquelle il participe. Ensuite, il peut s’appuyer, en cas de confrontation violente, sur une partie de l’armée au sein de laquelle il a sans aucun doute des amis et tout au moins des camarades d’intérêts communs. A ce titre, dans une perspective où il s’associerait au PDCI, il est fortement probable qu’une alliance PDCI/FPI-ch contrarierait sérieusement les chances de victoire du RDR, malgré sa détention du pouvoir et les moyens qu’il offre dans une démocratie non encore parvenue à maturité,  On ne peut que constater et regretter simplement ce surpoids du parti détenteur du pouvoir. Dans le même ordre d’idées, si une alliance RDR/FPI-ch ne garantit pas la victoire de ces alliés, le moins qu’on puisse dire est qu’elle  réduit tout aussi considérablement les possibilités de celle du PDCI-RDA et de ses satellites, sauf dans la perspective d’une alliance PDCI-Soro Guillaume, pour la raison précédente. Enfin, un dénouement au terme duquel le PDCI-RDA irait seul avec ses satellites sans le FPI-ch, contre le RDR détenant solidement le pouvoir, allié ou non au FPI-ch, n’offre pas des perspectives suffisantes de succès sans Soro Guillaume et ses supporters. Comme on le voit, sans avoir un parti de militants, il est parvenu à se positionner comme un acteur central et décisif en matière politique, sur la seule base, non pas de ses idées pour la Côte d’Ivoire, mais de ses faits de guerre de combats politiques, pour l’un desquels il a été emprisonné à 22 ans et qu’il entend en faire son fond de commerce politique. Son pouvoir de faire gagner ou de faire perdre le RDR, le PDCI ou le FPI, acquis grâce aux supporters de sa seule personne et non de ses idées, le rend important vis-à-vis de ces partis, dans une Côte d’Ivoire dans laquelle nombre d’ivoiriens n’ont pas été éduquées aux idées, mais au lien communautaire, au profit à tirer de tout au détriment des autres ainsi qu’à l’exercice médiocre de la responsabilité. Avec lequel de ces trois partis ira-t-il aux élections et dans quel rôle, candidat ou non ? Car, il ne faut pas l’oublier. Il est le seul à être parvenu à être tantôt l’ami et tantôt le fossoyeur ou l’énnemi des trois hommes qui ont sacrifié le devenir de la Côte d’Ivoire sur l’autel de leur même ambition : la volonté de détenir et de conserver le pouvoir. Pour être capable de réaliser un tel exploit, il faut penser qu’il faut n’avoir aucune idée cardinale, n’avoir aucune éthique, ni morale que celles qui conduisent à réaliser l’objet de sa quête : la détention du pouvoir. Seuls les prochains mois éclaireront les ivoiriens. Chacun le sait, le RDR n’a nul envie de perdre le pouvoir. Le PDCI, trop longtemps dans une position qu’il n’a acceptée qu’en espérant être récompensé du cadeau le plus élevé à ses yeux (recevoir le pouvoir), n’envisage rien d’autre que de le conquérir en 2020. Les choix de ces deux partis qui s’excluent mutuellement est donc clair. C’est dire que ceux du FPI-ch et de Soro Guillaume, en tant qu’électron libre mais doté d’une forte énergie ou influence clarifieront le jeu et épuiseront les manœuvres encore secrètes, en limitant les marges des deux acteurs maîtrisant pour l’instant un jeu qui peut néanmoins leur échapper encore.

Conclusion

Nous voilà au terme de l’examen des scenarii des développement politiciens à venir et au commencement de la bataille des quêteurs de la possession du pouvoir . Si chacune des options examinées n’aboutissait pas à déterminer les circonstances délétères de la coexistence des ivoiriens, l’unique réponse à la question de savoir quel scénario se réalisera en 2020 consisterait en l’exclamation suivante : “faites vos jeux” ! Quelle que soit la réalité qui surviendra, elle sera néanmoins une affaire sérieuse pour les ivoiriens, puisque qu’il s’agira des déterminants des circonstances de leur coexistence.  Jusque-là, on a évoqué que des hypothèses de stratégies politiques et fait des plans sur la comète politicienne ivoirienne. Sans doute que les élections présidentielles de 2020 constituent le principal sujet des débats dans les maquis. Nous avons tenté de partager la sensibilité des ivoiriens à ces stratégies. Mais, nous sommes efforcé de tenter d’éclairer ce qu’elles sont fondamentalement, à savoir des manœuvres politiciennes, dépourvues de quelque idée de progrès collectifs. En procédant ainsi, c’est précisément pour tenter aussi de susciter la curiosité des ivoiriens d’une seule question : quel est le véritable intérêt des ivoiriens dans tout cela ? Quel est leur intérêt en présence de leaders et de partis qui ne sont nullement disposés à envisager de ne pas détenir et exercer le pouvoir ou à ne pas temporairement participer à la gouvernance en 2020 ? Lequel envisage-t-il des alliances autour d’idées, autres que celle de détenir et d’exercer le pouvoir ou d’y participer ?

Ainsi, le contexte politique depuis 1993 est celui dans lequel les idées politiques de progrès collectifs comptent peu pour les partis et les principaux acteurs politiques, pour ne pas dire qu’elles paraissent avoir peu d’intérêt en comparaison de celle de détenir, d’exercer ou de participer à l’exercice du pouvoir. Sans faire aucune injure aux ivoiriens, ils paraissent ne pas tenir rigueur aux partis et à ces responsables sur ce point. Est-ce la seule responsabilité des leaders et de leur partis si la politique consiste essentiellement pour eux à poursuivre leurs intérêts de partis (conquérir, détenir, conserver, exercer le pouvoir ou y participer), si les ivoiriens eux-mêmes, dans leur grande majorité, ne leur exige rien qui concerne la détention d’idées des plus grands progrès possibles de la Côte d’Ivoire et de leur coexistence ? Certes, le stade historique est celui dans lequel ils sont peu nombreux à être susceptibles de voir par eux-mêmes au delà de l’espoir qu’ils placent en la victoire de tel ou tel leader ou parti. L’important pour le plus grand nombre d’entre eux est de faire face à leurs contingences matérielles immédiates. Pourtant semblables à celles de leurs compatriotes, leur volonté de détenir le pouvoir pour les satisfaire ne semble pas être atténuée par cette considération. Le rôle de tous ceux qui voient au delà de ces contingences n’est-il pas d’éviter de profiter de leur faiblesse pour satisfaire leurs propres ambitions, mais au contraire de renforcer leur faculté de discernement et leurs exigences vis-à-vis de tous ceux (leaders ou et partis) qui aspirent précisément à les gouverner ? C’est pourquoi, au delà de tout ce qui peut être imputable aux partis politiques et à leurs leaders, les ivoiriens eux-mêmes doivent se poser des questions. Une est ainsi libellée : si des partis et des leaders continuent d’agir ainsi, n’est-ce pas  “en attendant le vote des bêtes sauvages” (7) qu’ils paraissent le plus clair du temps manœuvrer ainsi plutôt que de les intéresser à leurs débats d’idées ? Ne sont-ils pas convaincus que le vote de ces derniers ne porte à aucune conséquence, tant qu’une alliance suffit à déterminer, comme mécaniquement l’issue des consultations électorales présidentielles, sans confrontation d’idées de progrès ? C’est partant de ce point qu’on ne peut qu’inviter les ivoiriens à faire l’analyse de leurs contributions aux processus de la vie politique collective. Parce qu’ils ne sont pas des bêtes, ni des gens qui votent mécaniquement et durablement sur la seule base de l’appartenance communautaire et de leur sensibilité au parti du même nom, des questions leur permettront de réaliser un certain égarement, dont profitent ceux qui les éloignent davantage les uns des autres. La fracture entre les communautés est sans doute renforcée par ceux qui leur donnent le sentiment d’être des redresseurs ou des anticipateurs de torts qu’elles subissent ou qu’elles doivent éviter, dont l’unique réponse réside dans la possession du pouvoir. A ce titre, les ivoiriens seront appelés à trancher la question de savoir qui doit détenir le pouvoir. Mais, franchement, quelle communauté à la réponse posée sur cette base que les autres acceptent ? Les ivoiriens ont-ils véritablement quelque chose à gagner ensemble dans ces productions ? Examinons cette question dans le prochain article.

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(1) Ahmadou Kourouma, “En attendant le vote des bêtes sauvages”, Éditions du Seuil, 1998

(2) Alassane Dramane Ouattara, cité par Thomas Hofnung : “Faisons le pari qu’Alassane Ouattara souhaite quitter le pouvoir : qui pour lui succéder ?”, Article Le Monde Afrique publié le 14.08.2018 à 14h38

(3) Ahmadou Kourouma, “Quand on refuse on dit non”, Éditions du Seuil, 2004

(4) Ahmadou Kourouma, “Soleil des Indépendances, Éditions du Seuil, 1970

(5) Alerte info /Connectionivoirienne.net :  “Présidentielle 2020 en Côte-d’Ivoire : La position de Soro de 2012 à 2017 (Encadré)”, Mis en ligne par La Rédaction | dimanche 20 Mai 2018  https://www.connectionivoirienne.net/135675/presidentielle-ivoirienne-2020-la-position-de-soro-de-2012-a-2014

(6) Soro Guillaume, cité par Christophe Boisbouvier, Côte d’Ivoire : en 2020, Guillaume Soro se voit «comme un homme de mission», Article RFI, Invité Afrique diffusion du mardi 21 juin 2016

(7) ibid (1)

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