CONSIDÉRATIONS SUR LA CRISE IVOIRIENNE 2020 : L’illégitimité de la candidature et de l’élection du président Ouattara ne rend pas légitime la souveraineté de l’opposition sur le pays.

Librement, je tiens à dire aux ivoiriens que je fais partie de ceux qui contestent la politique du régime Ouattara et sa volonté de souveraineté sur le pays. La réponse à la crainte fondée, du vol  des votes des ivoiriens par le régime Ouattara ne pouvait pas recevoir pour réponse, en république, la privation du libre exercice de leurs droits de citoyens. Voici pourquoi, librement, j’affirme aussi que, lorsque les passions sont mises à part, il reste que l’illégitimité de la candidature du président Ouattara et son élection illégitime et sa volonté de puissance à la place du peuple, ne rendent pas pour autant légitime la souveraineté que l’opposition entend détenir et exercer, à la place du peuple souverain de Côte d’Ivoire. Le peuple est l’unique souverain. Cela, ce sont les faits tels que nous pouvons les observer, si tant est que leur analyse est placée sur un fondement républicain et non pas sur l’absence d’ordre constitutionnel, ce qui mettrait immédiatement fin à l’État de Côte d’Ivoire, à quelque pouvoir que ce soit et par conséquent à toute opposition. Même sans constitution, nul ne doit vouloir les posséder ainsi que leurs actes, même dans l’intention de les protéger. Et, la Côte d’Ivoire ne peut pas être considérée comme une société où tels ou tels autres de ses membres peuvent s’auto-doter du droit d’agir au nom et pour tous, même pour la sauver, sans leur avis.

Jusque-là, nous avons passé le temps à spéculer sur ce que nous savons : ce que font ou pas les régimes au pouvoir en Afrique, bref la toxicité de leur plus grand nombre pour les peuples. Ainsi, nous ne discutons pas, mais échangeons nos pensées concernant à quels points ils le sont. Se faisant, nous oublions de nous rendre compte que ceux qui s’opposent à eux, et auxquels nous espérons confier le pouvoir en les combattant sont les pouvoirs du lendemain de chaque victoire : les oppositions. Et, aussitôt que telles oppositions parviennent à devenir et  le régime, nous tenons le même discours à leur propos, oubliant qu’elles tenaient le même discours que nous. De fait, nous faisons du sur place, pendant que la difficulté s’accroit ou revient cycliquement. Il convient, courageusement de faire preuve d’authenticité et de conséquence. Il faut laisser de côté les régimes au pouvoir, puisque nous savons désormais ce qu’ils nombreux à être, pour discuter de leurs oppositions qui deviennent précisément les pouvoirs après eux. Inversons notre manière habituelle, quasi pavlovienne, de voir les circonstances politiques. L’exemple ivoirien est un bon sujet pour introduire cette discussion dans l’unique but d’être un peu meilleurs dans nos appréciations, si tant est que nous acceptons de les fonder sur un minimum de raison et loin des passions. C’est de cette manière que le rapprochement est possible.

Ce n’est pas parce qu’on conteste le régime Ouattara qu’on doive ruser avec sa raison souveraine, que tous les moyens sont bons pour rétablir la légitimité. Qui est républicain et/ou démocrate en Côte d’Ivoire ? M. Alassane Ouattara n’est pas un républicain ; les actes qu’il a posés depuis 1990 montrent qu’il ne l’a jamais été. Cela on le sait depuis 1993. Mais, il y a des raisons de douter que ses adversaires ont démontré au peuple ivoirien qu’ils le sont davantage. Les derniers développements des élections présidentielles de 2020 fournissent quelques arguments pour fonder ce doute.

Réaction à la candidature d’Alassane Ouattara pour un 3ème mandat.

 Le 12 mars 2020, le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, l’homme au cœur malade et transplanté en 2012, est désigné comme son candidat du RHDP-RDR aux élections présidentielles. Après des péripéties sanitaires et médicales le concernant, et revenu en Côte d’Ivoire le 2 juillet après avoir été évacué deux mois plus tôt en France, son décès le 8 juillet 2020 allait constituer l’évènement initiateur. Le 28 juillet 2020, Konan Bédié est désigné candidat du PDCI. Réplique immédiate du RHDP, le 29 juillet, faisant d’Alassane Ouattara son candidat. On se demande depuis quand date le projet visant à démontrer qu’il était “Le Meilleur” de tous les dirigeants ivoiriens, ainsi qu’il s’est prénommé lui-même.

Ainsi, contradictoirement à ses annonces précédentes et réitérées, décide de présenter sa candidature aux élections présidentielles. Des membres de l’opposition ivoirienne un déposé auprès de l’instance constitutionnelle un recours en annulation de la candidature du candidat Ouattara, sur le fondement de l’article 55 de la constitution. Jusque-là, tout va bien ; nous sommes encore dans une république, dans laquelle un désaccord manifeste apparaît à travers la candidature contestée.

Réaction à la décision de la Cour constitutionnelle recevant et validant la candidature d’Alassane Ouattara pour un 3ème mandat.

Le recours introduit par l’opposition a été rejeté par la Cour dans son arrêt ayant abouti à la recevabilité et validité de cette candidature. Le 14 septembre 2020, quatre candidatures sont validées dont celle du président Ouattara. Quoi qu’on puisse penser sur le plan juridique, moral et éthique, des droits exercés par les uns et les autres, jusque-là, tout va bien, nous sommes encore dans une république, dans laquelle un désaccord manifeste apparaît également à travers la validation de cette candidature.

Certes, l’opposition peut en raison, faire valoir des contre-arguments à ceux opposés par la Cour et juger sa décision non fondée sur la base de ces contre-arguments. Mais, en république, toute décision de la Cour constitutionnelle est légale et fondée ; elle est même exécutoire et irrévocable. Quant à son acceptabilité, elle dépend de sa cohérence et de sa pertinence. Dès lors qu’elle est apparait dénuée de tout cela, cette décision est à juste titre inacceptable pour l’opposition. Ainsi, si la légalité n’est pas discutable, sans mettre fin à la république, sa légitimité à savoir son autorité qui la rend acceptable fait défaut. Soit. Mais, cette matière de la légitimité de la décision de la Cour constitutionnelle et par conséquent de la candidature validée du président Ouattara sort du domaine juridique et constitutionnel pour devenir un sujet hautement politique. De quelle manière un sujet politique trouve sa plus juste réponse, sinon que par l’expression démocratique, le peuple apparaissant en dernier ressort comme le juge final de paix.

Plutôt que rester dans le cadre républicain et rechercher la solution politique à cette situation, l’opposition a choisi une autre option : le boycott des élections, tant que le président Ouattara est candidat et la désobéissance civile. La décision des candidats de l’opposition de boycotter les élections est leur droit et, en république, chaque droit exercé a un cadre : celui que cet exercice respecte les règles, comme par le droit de tous les autres ivoiriens. En république, leur droit ne s’étend par conséquent pas jusqu’à encourager leurs partisans à empêcher, sans le dire, la tenue des élections, même en refusant légitimement de ne pas y prendre part. Leur posture signifie refus de reconnaissance de l’ordre constitutionnel à travers la désobéissance aux institutions qui l’incarnent. En encourageant leurs partisans à procéder à un boycott actif, ils s’inscrivent de fait dans la désobéissance civile active, donc dans l’opposition à l’application du droit par les institutions que l’opposition conteste et dont ils s’opposent à ceux qui les incarnent.

Pire encore, non seulement l’opposition s’oppose ainsi au régime au pouvoir, mais surtout, elle dénie à travers ces actes et au delà du mot d’ordre politique d’abstention à voter, le droit de tous les ivoiriens de participer à des élections qu’elle empêche, en définitive, en s’opposant à leur organisation.  Ainsi, la privation de leurs droits aux citoyens ivoiriens apparaît comme le moyen de l’opposition de combattre son adversaire, le régime Ouattara. On se demande alors pour qui agit ainsi l’opposition, considérant qu’elle procède ainsi pour combattre le régime au pouvoir pour précisément abus des ivoiriens et de la république.

Ainsi, l’opposition commence par un court temps républicain, à travers son recours contre la candidature du président Ouattara. Mais, très rapidement et pour combattre le régime au pouvoir, elle inscrit non seulement ses actions en dehors de la république et de ses règles, mais surtout elle va au delà du mot d’ordre politique, lorsqu’elle l’a jugé insuffisant pour atteindre son objectif politique : elle fait de la négation du droit des ivoiriens le moyen de parvenir à ses fins face au pouvoir combattu. Elle ne s’arrête pas là.

Réaction à la proclamation des résultats des élections déclarant Alassane Ouattara vainqueur.

Ayant considéré nulles et non advenues les élections présidentielles dont elle a tenté d’empêcher la tenue, l’opposition a tiré les conséquences de sa posture anti-républicaine. Avant même la fin du scrutin, elle commence par constater la vacance du pouvoir, sans que l’on sache pourquoi ce jour-là et su quel fondement. Poursuivant son chemin anti-républicain, dès la proclamation des résultats d’élections dont elle considérait l’inexistence, l’opposition a décidé de s’octroyer un droit  sans aucun fondement ni aucune source de légalité constitutionnelle, ni de légitimité politique. Car, l’opposition s’est privée de l’expression de la légitimité politique que le peuple aurait pu lui donner, puisqu’elle a empêché le peuple de la lui donner. Dès lors, la mise en place d’un Conseil National de Transition (CNT) politique est fondée sur rien d’autre que sur la seule volonté de l’opposition. En dehors de tout fondement légal, ce conseil ne repose sur sur aucune légitimité politique démontrée à travers l’engagement du peuple ivoirien, que ses suffrages même volés sans doute, lui auraient donnée. Bref, l”opposition veut faire en quelque sorte une quasi-révolution, seule et sans le peuple. Voici le ver dans le fruit.

Après avoir demandé et interdit, s’il le faut, au peuple de donner son avis sur le sujet de son opposition au régime au pouvoir, l’opposition s’est auto-donné le droit de constituer un pouvoir de gouverner. Empêchant les conditions rendant possible la détention de la légitimité lui permettant de surseoir, au nom du peuple, à la force de la constitution, l’opposition a décidé de son propre gré de combattre la manipulation des règles communes par le régime par leur abolition pure et simple. Ainsi, elle a choisi l’épreuve du rapport de force violent et la confrontation violente, pour son propre compte, plutôt que celui de s’en remettre et mettre mettre au service du peuple. Il est impossible d’affirmer défendre le peuple en commençant par nier son existence et sa souveraineté.

L’argument de l’absence de confiance dans des institutions alliées d’un régime qui a démontré sa volonté d’abus est certes recevable et justifiée. Mais, est-il possible de lutter contre l’abus par un autre abus ; ce nouvel abus cesse-t-il d’en être un et devient-il moral et éthique en raison de la finalité poursuivie ? Sui oui, qui a le droit d’en juger et d’en décider, l’opposition ou le peuple de Côte d’Ivoire ?

Par ailleurs, en se privant de la liberté exercée par le peuple ivoirien, l’opposition a manqué une occasion d’engager les ivoiriens et de les amener à prendre position dans cette affaire. Sans aucun doute, la multitude d’ivoiriens qui auraient massivement donné leurs voix électorales à l’opposition à titre de non réitéré à la candidature abusive ne sont pas les mêmes que ceux qui se considèrent à l’écart d’un affrontement politique régime au pouvoir-opposition, duquel l’opposition les en a écartés, comme étrangers à leur combat. Il ne suffit pas d’avoir la multitude à ses côté si son esprit n’est pas préparé à la lutte. De quel droit l’opposition tient et tire-t-elle sa légitimité juridique dès lors que la constitution n’est plus, en même temps que les institutions qui les incarnent, sans aucun doute mal ? De quels ivoiriens l’opposition tient et tire-t-elle sa légitimité politique en déniant aux ivoiriens d’exprimer leur adhésion massive à travers le non éventuel à travers leurs choix ?

Et maintenant, qu’est-ce qui va se passer ?

Il est possible que l’opposition parvienne à ses fins, ainsi que le régime Ouattara a procédé dès 1993, avec le soutien à tel et tel moment de tels et tels de ses adversaires aujourd’hui, qui l’imitent fondamentalement, la violence, en “v” mineure, pour le moment. L’opposition qui lorgne certainement vers l’extérieur, n’a sans doute pas considéré la concordance entre la date des élections en Côte d’Ivoire et celles des USA. Sans être devin, il était clair depuis longtemps, que la crise ivoirienne est un sujet mineur à l’échelon international par rapport au drame politique américain qui occulte tout, dont on redoutait la survenu depuis l’élection de Donald Trump en 2016. Les stratèges de l’opposition qui comptaient sur la médiatisation de la situation qu’ils comptaient générer ont commis là aussi une erreur d’appréciation. Dans tous les cas, ce qui est certain, c’est que ni aucun régime de gouvernement, ni aucune opposition ne peut tirer sa légitimité de la fameuse Communauté internationale et de l’ONU. Si le peuple ivoirien est éclairé et conscient de sa souveraineté, ni aucun régime au pouvoir, ni son opposition, ni aucune armée, ni aucune communauté internationale ne peut être la source de la légalité et de la légitimité.

En plus de l’intervention attendue de souverains extérieurs (ambassadeurs, Etats étrangers, communauté internationale, ONU, UA et j’en passe), ceux qui comptent sur les armées de Côte d’Ivoire pour mettre fin au résultat inacceptable de leurs paresses au plan des idées politiques font une fuite en avant. Ils persisteraient alors dans leur erreur, en recherchant un souverain hors du peuple lui-même, parce qu’ils ont échoué à l’être eux-mêmes.  

Au milieu de ce chaos dans lequel le peuple ivoirien est emprisonné depuis 1993, il lui revient d’ouvrir les yeux pour constater par lui-même les faits reproduits depuis cette date et de se ressaisir, car il n’y a aucune fatalité. Dès lors, le peuple de Côte d’Ivoire parviendra à savoir ce que ses passions à la fois sollicitées par régimes et oppositions l’empêchent de discerner. Hier, le régime Ouattara en tant qu’opposant ne l’a pas respecté en combattant les régimes au pouvoir d’hier, dont leurs membres constituent ses opposants aujourd’hui. Sous le prétexte de combattre leurs mêmes opposants d’hier constituant le régime Ouattara (quelques rares exceptions près), aujourd’hui, les pouvoirs d’hier, dont les membres constituent l’opposition aujourd’hui ne le respectent pas non plus. Ainsi, les oppositions qui muent en régimes et qui détiennent et exercent alternativement le pouvoir, selon l’issue des crises conjoncturelles, sont les uniques bénéficiaires des crises qu’elles génèrent avec les pouvoirs qu’ils combattent. Le peuple partagé entre leurs différentes parties et mis à l’écart de l’espace politique réel, et divisé ainsi pour perdre toute souveraineté n’a d’utilité que d’augmenter les puissances respectives des régimes et de leurs oppositions. Quand le peuple comprendra cela, la république et sa constitution, le régime au pouvoir et l’opposition admettront ce qu’est le peuple : le souverain que chacun d’eux tente d’usurper.

Si les ivoiriens, qui croient ou pensent que quelques dirigeants à telle ou telle époque défendent leur intérêt commun à vivre ensemble, ils doivent enfin se rendre à l’évidence des faits. Niés quand cela est nécessaire et toujours manipulés par le pouvoir ou l’opposition selon l’époque, ils sont ballotés de misère en misère. Pour parvenir à ce constat, il convient qu’ils laissent pour un moment de côté, les intérêts immédiats qui les attirent, qu’ils place leur raison souveraine aux commandes de leur existence pour un court instant à la place de leurs passions et émotions. Ils constateront alors qu’il leur sera possible de discuter du sens à donner à ce qu’est un ivoirien, à ce que signifie que de vivre ensemble, à ce qu’est la société ivoirienne, à ce que sont le gouvernement au pouvoir et son opposition ainsi que des élections présidentielles. Bref, ils parviendront à voir clairement qu’en dehors d’eux, il n’existe aucune autre source du pouvoir que régime et opposition se disputent et s’attribuent la détention sans eux ou parce que ne s’en rendant pas compte du fait des passions qui les aveuglent.

Si les ivoiriens ne font pas individuellement et collectivement cette introspection, ce face à face avec eux-mêmes, il est possible qu’à nouveau l’opposition d’aujourd’hui devienne le régime au pouvoir de demain et que dans le sens inverse, le gouvernement d’aujourd’hui glisse en opposition. Il est même probable, comme les ivoiriens en ont déjà fait l’expérience, que les parties du pouvoir et de l’opposition de demain défassent leurs accords de circonstance actuelles et non sincères pour devenir les acteurs de nouvelles violentes oppositions politiques. La vérité, c’est que sans cet effort, rien ne changera ce mouvement cyclique au terme duquel le peuple ivoirien balance comme un hamster dans une roue infernale depuis 1993.

L’idée qu’il puisse exister une république dans laquelle le peuple de citoyens n’existe pas est fausse et toxique.

La république doit constituer le cadre de traitement des divergences et de résolution des oppositions entre régimes au pouvoir et leurs oppositions. Et, il ne peut exister aucun cadre républicain, sans le le peuple qui constitue le pouvoir convoité. Le régime qui gouverne le détient a reçu le mandat du peuple. Il l’exerce avec la promesse de servir le peuple. L’opposition fait sacerdoce de protéger le peuple des abus du régime qui l’exerce avec sa promesse de pouvoir mieux servir le peuple. Le peuple souverain est celui qui juge in fine de ce qui est vrai, juste, bien, loyal, équitable. Il est le seul arbitre, qui peut – s’il le faut – mettre fin aux règles, au régime qui gouverne et à l’opposition, par la violence et sans détenir ce droit de rien d’autre que de lui-même. Ainsi se veut être la république de Côte d’Ivoire.

Dans cette république, la peur n’est jamais meilleure conseillère que la confiance dans l’intelligence et la moralité du peuple souverain. En république, face au régime au pouvoir abusif, même le plus abject, le peuple souverain est le seul acteur pouvant se doter du droit d’ignorer la règle et d’user de violence, pour rétablir sa souveraineté. Cela peut conduire et prendre la forme d’une révolution populaire, à condition que le plus grand nombre de ses membres poursuivent le même objectif commun, celui d’un sens commun donné à la société ivoirienne. En république, ce qui est vrai, bien, beau, loyal, etc… c’est le peuple in fine qui en décide de l’attribut. Détenant la souveraineté, il est le seul à pouvoir agir, même par la violence, ne détenant ce droit que de lui-même. Ce n’est ni le cas du régime au pouvoir, ni de son opposition, tous les deux astreints aux règles communes, ni à quelque forces armées, encore moins républicaines. Je ne doute pas que les ivoiriens qui parviendraient à se rapprocher au delà de leurs passions parviennent à considérer que ce pays ressemble à la Côte d’Ivoire telle qu’elle est depuis 1993, que le gouvernement au pouvoir ressemble au régime Ouattara, Gbagbo ou Bédié, que l’opposition ressemble à une seule des oppositions qui se sont opposées à leurs régimes.

Certes, la participation du président Ouattara aux élections présidentielles de 2020 défie le droit constitutionnel, la morale politique et l’éthique sociale. Mais, il y a une raison pour laquelle l’opposition a ordonné aux ivoiriens de ne pas voter et, à travers ses partisans, a même tenté ici et là de les en empêcher : elle sait que si les ivoiriens pouvaient exercer leur droit librement, chacun pourrait se rapprocher de la vérité de ce qu’est notre pays ainsi qu’un changement de l’état des chose. L’argument des tricheries électorales redoutées de la part d’un régime Ouattara, qui impose une candidature légale mais illégitime à juste titre, ne peut justifier de suspendre ou d’ôter aux ivoiriens qu’elle prétend défendre leurs droits. Cette vérité lui semble sans doute intolérable, plus encore que le coup de force du régime Ouattara juridique.

Le problème commun à résoudre consiste en une vérité : il n’appartient ni au régime Ouattara au pouvoir ni à son opposition de décider à la place du peuple ivoirien, de la société que ce peuple accepte, de juger à sa place de ce qui est vrai, bien, juste, beau, utile collectivement, acceptable, etc… C’est pourquoi, quelque abus qu’ait opéré le régime Ouattara, l’opposition n’est pas l’unique et l’ultime redresseur de tort. Et la réponse appropriée en république n’est surtout pas d’empêcher les ivoiriens d’en juger par eux-mêmes, au delà du jugement certes pertinent de l’opposition. Si le peuple est souverain, et si régime et opposition acceptent ce principe, alors, il l’est autant vis-à-vis du régime au pouvoir autant que vis-à-vis de toute opposition. Ainsi, de son côté, l’opposition ivoirienne a abusé le peuple et la république en voulant précisément sauver le peuple de l’abus du régime Ouattara.

Le peuple doit se lever et montrer au régime et à son opposition le pays qu’est la Côte d’Ivoire, le gouvernement et son opposition qu’il veut. Il n’est pas nécessaire d’user de violence pour le faire savoir, quelque issue à laquelle la crise nous mènera ne changera pas l’intérêt de cet effort. En ce domaine, les ivoiriens ne sont pas contraints par l’urgence qui semblait guider les initiatives malheureuses de ceux qui veulent le pouvoir tout de suite et à tous prix, sans l’accord du peuple. Il faut préparer les conditions d’une nouvelle époque en Côte d’Ivoire.

Conclusion.

Un républicain a confiance dans le peuple et le reconnaît comme son souverain. Cette confiance se fonde et se renforce dans le travail qu’il fait, au pouvoir ou en tant qu’opposant à un régime au pouvoir, ou simple sympathisant de ces deux, ou simples citoyens, pour contribuer éclairer le libre exercice de sa liberté et de son droit. Ceux qui considèrent que le peuple est un troupeau d’enfants mineurs, incapables de discerner aucun intérêt particulier ni collectif, au point qu’une puissance (eux) doit décider et agir à sa place pour son bien génèrent en réalité, ses souffrances les plus importantes. Ceux-là ne sont pas des républicains, mais ceux qui veulent faire leur miel de sa domination.  Tant que l’état d’esprit des acteurs politiques ivoiriens est cela, le peuple ivoirien doit s’attendre à la continuité de sa souffrance, peu importe qui il porte à la détention et exercice du pouvoir et qui sont dans l’opposition à leur pouvoir. Le peuple détient la solution à sa difficulté, sans qu’une révolution ne soit nécessairement urgente. La grandeur de la considération dont le peuple crédite tels ou tels acteurs politiques devrait être étalonnée au regard de celle qu’ils lui portent en retour dans leurs attitudes, postures et leurs actes. Un peuple digne, mais méprisé ne saurait accorder une grande considération aux auteurs de ce mépris. A condition qu’il ait une certaine compréhension des mécanismes qui produisent ce forfait à son détriment, sans que parfois, il ne parvienne à s’en rendre compte ou que ses propres pesanteurs ou passions qui lestent son esprit ne l’empêchent de le constater.

Il faut arrêter de se plaindre de la toxicité des seuls vieux acteurs ou de tels ou tels acteurs. Les leaders politiques ne créent pas les conditions d’une transition pacifique ; ils confisquent le pouvoir etc… Cela est souvent exact. Mais, chacun de nous détenons une partie du pouvoir que tous représentons en vivant ensemble. A consacrer le temps à disserter de ceux qui exercent mal leur part du pouvoir détenue et peut-être mal exercé, on finit par ne plus voir ceux qui croient n’en disposer aucune part en exerce tout autant une part et peut-être mal aussi. Qu’est-ce qui enferme ceux qui les soutiennent durablement et rendent possible et durablement cette toxicité, en étant conscients de l’effet collectivement désastreux pour la société et sa cohésion ?

Un gouvernant, un dirigeant est un membre de la société qui le devient ; ne l’est pas tout seul, ni durablement sans la multitude qui les crédite d’une considération sans bornes. Le pouvoir et ses privilèges sont insuffisants pour expliquer la longévité de nombre de dirigeants toxiques. Il convient d’interroger les motivations et intentions de ceux qui font d’eux ce qu’ils sont. Leurs cadets qui font d’eux des rois ont-ils pris leurs propres responsabilités, s’ils ont semblé se considérer eux-mêmes jusque-à comme incapables de faire mieux qu’eux, au point d’attendre leur mort pour le faire savoir. Sans les créditer d’une considération sans limites, ils ne seraient pas les acteurs de l’espace politique aussi longtemps, empoisonnant au passage l’existence du plus grand nombre d’ivoiriens. Mais cela ne signifie pas que les cadets qu’ils ont éduqués politiquement et qui osent sont meilleurs qu’eux. La question demeure le rapport à la république, à ses règles et institutions et la considération du peuple

Lorsque parfois nous avons le sentiment de confiscation du pouvoir, seules des questions nous permettront de comprendre la réalité et la combattre. Le plus grand nombre de membres du peuple, voit-il en cela un abus ? Existe-il un peuple uni autour d’un même intérêt qui contribue à créer les conditions d’un abus dont il a conscience ? Le peuple exerce-t-il sa souveraineté en acceptant un abus constaté qu’il n’accepte pas ? En dernier ressort, le peuple détient le pouvoir de traiter tout abus du régime, voire de son opposition. Il a à sa disposition deux moyens : la combinaison de ses choix et si elle ne suffit pas à rétablir sa souveraineté, la confrontation violente avec le pouvoir et l’opposition s’il y a lieu est inévitable. Pour parvenir à ce choix, il doit d’abord constater ses échecs à user des moyens républicains. En définitive, ni le régime Ouattara, ni son opposition actuelle ne dispose du moindre argument pour justifier quelque raison de leur part dans cette crise. Aucun d’eux ne peut avoir quelque raison dans un espace politique commun où le peuple ivoirien est soit dupé soit exclus et sa souveraineté méprisée. Le peuple doit chercher à comprendre ce qui lui arrive depuis 1993 et la considération réelle qui lui est portée par les régimes et oppositions successives, sous les divers prétextes de le sauver.

La solution des difficultés politiques que nous rencontrons ne peut jamais être des initiatives qui ignorent le peuple, en la raison précise de craindre sa liberté. Même mal exercée selon l’avis, cette liberté est ce qui détermine ce qui lui est acceptable et c’est là l’essentiel. Les solutions seront à la fois républicaines et didactiques, à savoir des initiatives qui renforcent la compréhension et la contribution décisive et efficace du peuple aux processus républicains y compris qui peuvent le mener à la révolution, pour rétablir sa souveraineté compromise. La croissance de la compréhension et conscience du peuple le conduisent à l’exercice éclairé de sa souveraine liberté. Plutôt que craindre cette liberté, elle est en définitive la solution acceptable pour tous et impérative si cela est nécessaire. Voilà pourquoi les initiatives politiques doivent construire et renforcer son exercice bénéfique pour tous.

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