COTE D’IVOIRE – Une si longue impasse 1993-2020 : Tentative de médiation entre le peuple ivoirien et ses dirigeants. (1/2)

Imaginez une famille, à l’image de celle traditionnellement connue. Cette famille est constituée d’un père, d’une mère et de leurs enfants. Maintenant, concevez que l’un de leurs enfants soit positionné par tous les autres membres comme le père de famille et agisse comme tel. Observons qu’il découle de ce qui précède que le père, la mère et les autres enfants de cette famille constituent en conséquence les enfants, ceux naturellement de celui des enfants qu’ils ont désigné comme leur père. Ainsi, dans une telle famille, aucun de ses membres n’est à sa place. Sans pour l’instant savoir de quelle manière chacun d’eux agit, ni avec quelle posture et quelle autorité, tout ce qu’on peut dire est que les membres de cette famille vont au devant de graves incompréhensions. Car, l’enfant doit-il et peut-il prendre la place de ses parents, notamment de son père, sans aucune conséquences collectives et familiales ? Doits-il et peut-il agir impunément comme s’il était le père ? Quant aux parents, doivent-ils abandonner ce qu’ils sont pour s’engouffrer dans les habits de leurs enfants et leurs esprits ? A première vue, tout cela est le fruit de la pensée. Certes. Mais, cela est-il inutile de penser les difficultés réelles en homme d’actions ou de réalités et de tenter de les observer, de les analyser, de chercher à les comprendre et les expliquer en homme de pensées. Car, peut-être, penser en hommes d’actions et agir en hommes de pensées, comme le recommande le philosophe Henri Bergson, peut permettre aux ivoiriens de cerner leurs réalités et les améliorer. Face à la situation réelle d’impasse de la Côte d’Ivoire, la penser en révisant la symbolique ramenant le pays à une famille pour préparer l’action efficace, est-ce peut-être la meilleure manière d’examiner les difficultés et de prendre la voie de leur résolution.

En effet, désirs et volontés mêlés alimentent les relations entre le peuple ivoirien et ses responsables politiques. Ils déterminent d’une certaine manière ce qui est jugé : les circonstances de l’existence commune. Le jugement implacable du peuple, s’agissant du peu d’utilité, voire de la nuisibilité de la plupart de ses dirigeants et leur responsabilité quasi-exclusive dans les conditions de son existence semble relever du regard d’un borgne.  Du haut de ce qui ressemble pourtant à une manifestation d’autoritarisme de sa part, le peuple ivoirien semble n’avoir aucune influence sur ses dirigeants, sur leur manière d’être et d’agir. Comme si, dans une famille croulant sous les difficultés relationnelles, l’enfant n’était que seul responsable de tout ce que ses parents lui reprochaient ou que les parents le soient, concernant tout ce que les enfants pouvaient leur reprocher.

Le dirigeant ou gouvernant, comme l’enfant, craint de perdre la sécurité, constituée et offerte par le peuple de ses supporters, qui lui confère sa position. Trop souvent, il n’ose pas refuser son autoritarisme, bien qu’adulte, il dispose pourtant de davantage de ressources que l’enfant pour le faire face à des parents auto-centrés. Face à la situation inconfortable générée par tous les deux, le peuple se plait à en faire porter souvent toute la responsabilité aux seuls dirigeants, comme des parents procèderaient à l’égard de leurs enfants. D’autant que selon lui, il ne suffisait au gouvernant et aux dirigeants que d’être et d’agir conformément à ses désirs. Voici pourquoi une médiation, selon le regard de de celui qui a mieux que quiconque consacré une part essentielle de son existence à scruter la question des relations humaines familiales peut être utile. Comme “Lettre au père” (1), voici ma lettre au peuple ivoirien, à ses dirigeants, dont le gouvernant, ainsi qu’à à tous ceux qui aspirent à le devenir. Kafka n’aurait pas été un médiateur de trop. A défaut, nous pouvons tenter une analyse en ramenant la Côte d’Ivoire symboliquement à une famille.

 1. Des raisons de contester la symbolique faisant du gouvernant le père du peuple.

L’observation montre que, quand les ivoiriens considèrent les relations du gouvernant ivoirien et du peuple qu’il gouverne, ils semblent ramener ces dernières à celles auxquelles ils sont si coutumiers. Ainsi, à bien y regarder de près, ils les discernent comme semblables aux relations familiales ordinaires des enfants et de leurs parents. Reste alors à déterminer, entre les dirigeants et le peuple, et plus précisément ses parts majoritaire et minoritaire par rapport au gouvernant,  lesquels des acteurs jouent le rôle de père, de mère et des enfants symboliques. 

Au terme d’une certaine symbolique, le peuple est souvent représenté comme une famille. Cela dit, on connaît généralement le père de famille ; c’est le gouvernant qui est présenté par cette symbolique comme le père. Il suffit de se rappeler les termes de “père fondateur” ou de “père de la nation”. Un petit effort de réflexion nous livre la mère de famille. Il semble qu’elle est représentée par la patrie, d’où le terme “mère patrie”, sans que l’on distingue bien la patrie du peuple, ni de l’Etat, etc… Mais là n’est pas le sujet. Ainsi, dans cette symbolique, le gouvernant est l’époux symbolique de la patrie. On suppose que le peuple représente leur enfant symbolique. Cette considération semble être renforcée et attestée par le fait que le peuple lui-même désigne son gouvernant par le père. Ainsi, à première vue et selon les africains, le gouvernant est le père symbolique du peuple. Ils ont en ont appelés certains ainsi, sans que l’on puisse relier cela à une nécessaire volonté de culte de leur personnalité de leur part : “papa Houphouët-Boigny”, pour prendre un exemple bien de chez nous. Néanmoins, ils ne sont pas les seuls à voir les choses de ce point de vue. En effet, dans des contrées lointaines, d’autres peuples ont procédé de manière similaire. Précisément, pour désigner les tsars en Russie tsariste, puis en Union soviétique, pour désigner Joseph Staline, “le petit père des peuple” était l’expression consacrée. Existe-t-il une raison de faire du gouvernant le père symbolique d’un peuple donné ?

Première considération générale : arguments pour réfuter la conception faisant du gouvernant le père symbolique du peuple

Dans une vision monarchiste de la relation du gouvernant au peuple qu’il gouverne, faire du gouvernant le père du peuple correspond à la réalité suivante. En effet, cette conception acquiert un certain sens, si l’on considère celui dont le leadership, manifesté à travers une lutte politique, y compris manifestée par la guerre a abouti à la naissance d’un État et de son peuple . Dans cette conception, qu’il soit monarchiste, indépendantiste ou tyran, c’est le leader qui génère initialement l’État et son peuple qui est le père de ce dernier. C’est donc sur le fondement de la raison apparente que l’État et son peuple sont symboliquement perçus comme étant les enfants du gouvernant, que l’expression “le père de la nation ou du peuple” acquiert son sens. Ainsi, ceux qui tiennent à une représentation familiale et symbolique du peuple ont leur argument décisif : il leur semble bien qu’à l’origine, un État et sa population que nous désignons le peuple se constituent, sous l’autorité d’un leader politique et/ou d’un guerrier. Ils sont son œuvre politique et souvent martial. Quelle est donc la mère symbolique du peuple, non encore identifiée à ce stade ?

On peut localiser cette dernière dans cette autre pensée, communément énoncée. Elle suggère que “la mère patrie” est la mère de tous les membres d’un peuple donné. Ainsi donc, si le père du peuple est le gouvernant, il semble bien que la patrie est son épouse. Les membres de la famille symbolique peuvent alors être reconstitués : la patrie (la mère) et son époux, le gouvernant (le père) sont les parents de leurs enfants, à savoir les membres du peuple. Certes. La notion même de patrie soulève une question. Si comme le dictionnaire Larousse la définit, la patrie est le pays de naissance et auquel l’on appartient en tant que citoyen et pour lequel l’on a un attachement affectif, alors tel Etat, son territoire et sa géographie, sa population, son histoire et ses règles de fonctionnement forment un ensemble unitaire constituant la patrie du citoyen qui en relève et y est attaché. Parce que cet ensemble façonne le caractère de ses hommes, la présente conception en fait leur mère symbolique. Or, le dirigeant ou gouvernant est lui-même l’uns de enfants de la patrie. Il vient donc que le gouvernant est à la fois l’enfant et l’époux de la patrie, et par inférence le père de tous leurs enfants constituant le peuple de citoyens. 

Admettons que tel ou tel dirigeant est le père symbolique du peuple, et la patrie son épouse. Comme le gouvernant ou dirigeant est issu du peuple, il est par conséquent et nécessairement l’un des enfants constituant le peuple du gouvernant précédent. Il vient par conséquent qu’un gouvernant en génère un autre, son enfant. Devenu adulte et dirigeant, il devient alors l’époux de la patrie et le père de tous les autres enfants qui contribuent à la constitution du peuple. Quand on se pose la question de savoir qui sont les parents du gouvernant, il nous apparaît évident que son père à lui ne peut être autre que le gouvernant précédent. Lorsqu’on se demande alors qui est l’épouse du dirigeant précédent (père du gouvernant actuel), on ne peut répondre qu’en désignant la patrie. Ainsi, la mère patrie, mère du peuple est à la fois l’épouse du gouvernant précédent (père du gouvernant actuel) et l’épouse du gouvernant actuel (père du peuple). La patrie que nous limitons en première hypothèse au territoire, et dont on énonce qu’elle est la mère du peuple (enfant symbolique du gouvernant), semble être l’épouse gouvernant précédent (enfant symbolique de la patrie et père de l’actuel gouvernant) et du gouvernant actuel (autre enfant de la patrie, époux actuel de la patrie).

Observer que le gouvernant est un élément du peuple enfant symbolique, avant de le devenir ainsi que père, nous amène à conclure comme suit. Car, finalement, cette conception symbolique suggère qu’une mère éternelle (la patrie), épouse, selon la période, tel ou tel de ses enfants (tel gouvernant) pour générer d’autres enfants, ses frères et sœurs, à savoir tous les autres membres du peuple. De frère, ayant en commun avec eux tous leur mère (la patrie), et avec certains d’eux, leur père (le dirigeant précédent), il devient à son tour, à la fois  le père de ses autres frères et sœurs et le fils-époux de sa mère patrie. De plus, lorsque nous procédons à une approche étymologique de la patrie, l’inceste est alors plus évident. En effet, la patrie se conçoit comme étant une création patrilinéaire, de même qu’un système politico-social sera dit patrilinéaire ou matrilinéaire en étant fondé respectivement sur le lignage masculin (père) ou maternel (mère). La patrie n’est pas “matrie”, en raison de la pensée ancrée selon laquelle l’ensemble constitué par l’Etat, son territoire et sa géographie, sa population, son histoire et ses règles de fonctionnement sont une production du dirigeant masculin (le père) et son œuvre. Or cet ensemble est la patrie, d’où on tire que le dirigeant (le père symbolique) est finalement aussi le père de son épouse, mère de leurs enfant, à savoir la patrie. Parvenu à ce point, on ne peut pas dire autre chose que de relever que tout ce qui précède relève d’une conception incestueuse des rapports du gouvernant (à la fois enfant, père et époux) et de sa mère, désignée par patrie (à la fois mère et épouse du gouvernant, mais aussi  mère du peuple). On peut en dire autant des relations entre le peuple (enfants du gouvernant) et sa mère (patrie). Il résulte de l’analyse, que selon cette conception, le gouvernant est une certaine totalité : il génère à la fois son épouse et sa mère (patrie), leurs enfants (ses frères et sœurs formant le peuple) et, pardessus tout, auto-généré, en étant le père (des enfants constituant le peuple, dont lui-même, le gouvernant). Une telle conception manque de permettre de rendre compte des relations entre les membres d’une telle famille symbolique, dans laquelle l’enfant est aussi le père, la mère est aussi la fille et où le père est aussi le frère de ses enfants. Il convient par conséquent de la challenger par une autre conception symbolique d’un pays, en tant qu’une famille, si tant est que la finalité de la conception symbolique est de déplacer le champ d’examen des difficultés réelles qui se posent au pays symbolisé.

Par ailleurs, il est difficile de trouver le sens d’une telle conception dès lors que nous sommes en présence d’un gouvernant et d’un peuple dans une relation démocratique, dans la mesure où l’avènement du gouvernant résulte de son élection, parmi d’autres dirigeants. En effet, c’est à travers l’élection que le peuple donne naissance au gouvernant, certes façonné par la patrie, de sorte que la raison suggère que le peuple représente les parents du gouvernant, comme son enfant. C’est pourquoi, une question se pose. Est-ce véritablement le gouvernant, le père symbolique du peuple ou l’inverse ? Et, si nous élargissons le champ de vision, elle peut se poser ainsi : sont-ce véritablement les dirigeants, les parents (père/mère) et le peuple leur enfant ou l’inverse ? 

Deuxième considération générale : arguments pour faire du gouvernant, l’enfant symbolique du peuple et du peuple, les parents symboliques du gouvernant.

Cette nouvelle conception invite à passer du gouvernant comme père du peuple, au gouvernant comme enfant du peuple. Rappelons que dans la conception précédente, l’argument décisif tenait au fait que c’est le gouvernant qui génère un État et un peuple. Or, un homme seul, quel qu’il soit peut-il être un gouvernant, sans la population qu’il dirige et pour laquelle il est dirigeant ? Dans l’affirmative, devons-nous considérer que tout homme est un dirigeant de/pour lui-même ? Un homme parmi ses contemporains ne devient-il pas dirigeant ou gouvernant et nécessairement de ceux qui le font tel, aux noms et avec la force du soutien desquels il développe et endosse cette fonction, y compris souvent dans l’histoire en soumettant ceux qui ne le reconnaissent ainsi ? C’est pourquoi, il semble que le peuple se constitue en même temps qu’il génère son gouvernant, dans le même mouvement. C’est aussi pourquoi, il convient d’observer que, symboliquement comme un enfant, le dirigeant a des parents. Ils sont constitués par ceux dont la reconnaissance de son autorité et le soutien le font être dirigeant, ainsi qu’aux yeux desquels et aux noms desquels et pour lesquels il l’est et sans la considération desquels il n’est pas dirigeant ou gouvernant. Initialement constitués d’individus divers, le peuple et, plus précisément ses parties, acquièrent les fonctions symboliques de père ou de mère si l’on introduit le processus politique, les relations entre individus et en particulier celles avec celui d’entre eux qu’ils font être dirigeant. De soutiens en soutiens de leurs contemporains, tel membre du peuple acquiert le statut de gouvernant. L’acquisition de ce statut dû à ceux qui le soutiennent et à ceux qui pourtant soutiennent d’autres dirigeants ; c’est en cela-même qu’ils constituent et représentent ses parents symboliques. Posons arbitrairement, pour l’instant, que les premiers qui constituent la part majoritaire du peuple qui l’a soutenu et généré de façon décisive en tant que gouvernant représente son père symbolique et que les seconds soutiens et électeurs d’autres dirigeants non gouvernants représente leur mère symbolique. Nous y reviendrons pour tenter de fonder cette double association. Ainsi, par un processus politique reproductif, le peuple se fractionne constamment en parts mâles et femelles, en même tant que ces parts génèrent les enfants du peuple : ses gouvernants et dirigeants.

Par ailleurs, dès lors que l’on suppose qu’on est en démocratie, l’observation attentive de la réalité coproduite par le peuple, son gouvernant et ses autres dirigeants politiques contredit formellement la conception ayant abouti à l’inversion des positions symboliques des acteurs, dont il ressort que le gouvernant est le père et que le peuple est son enfant. En effet, contrairement à la symbolique incestueuse précédemment développée, faisant du dirigeant le père, le gouvernant ne semble plus être le père du peuple, dans la mesure où par le processus électoral, les parties du peuple apparaissent comme étant ses parents. S’agissant d’un peuple constitué et dans le cadre d’une démocratie, c’est le vote majoritaire qui achève le processus d’enfantement symbolique du gouvernant et confère sa sexualité au peuple, en aboutissant à former ses parts mâles et femelles variables dans leur composition. Rappelons que nous avons arbitrairement assimilé la part majoritaire du peuple (électrice du gouvernant) à son père symbolique et avons fait de sa part minoritaire (électrice d’autres dirigeants) la mère symbolique du dirigeant. A une époque politique donnée, ces parents symboliques du gouvernant n’ont par conséquent tel sexe que selon leurs rapports au dirigeant considéré, qu’ils génèrent comme leur enfant, par leur reconnaissance de son autorité, leurs soutiens, leurs choix et votes ou leur soutien à d’autres dirigeants.

Relativement à cette nouvelle symbolique faisant d’un pays une famille, Il vient donc qu’en Afrique et ailleurs, on a souvent une vision renversée des positions familiales respectives du dirigeant et du peuple. Dans la conception que nous analysons, nous parvenons au fait que le peuple n’est pas en soi comme une famille ordinaire. Comme nous venons d’introduire la question, il semble que c’est le processus politique, à savoir les relations entre les membres du peuple, qui permettent d’entrevoir en lui le symbole d’une famille. Ce sont les mêmes relations qui confèrent aux parties du peuple leur sexualité et leur sexe leur permettant de générer leurs enfants (les dirigeants). Les relations politiques produisent dans un même mouvement l’enfant, ses parents ainsi que le sexe de ces derniers, dépendant lui-même de leurs relations à l’enfant symbolique (le gouvernant). Ainsi, le peuple asexué acquiert sa sexualité en même temps qu’il génère ses enfants (les dirigeants et gouvernants). Contrairement à une famille ordinaire, c’est le processus d’avènement d’un gouvernant (choix électoral) qui transforme des parties du peuple en parents. Dit autrement, c’est la naissance du gouvernant (enfant symbolique) qui permet la manifestation de tel ou tel sexe des parents ainsi que le discernement des parents eux-mêmes. En conséquence, le peuple est fondamentalement hermaphrodite, à savoir que toutes ses parties disposent de deux sexes. 

En effet, telle part du peuple manifeste tel sexe par rapport à tels dirigeants qui naissent et manifeste le sexe contraire vis-à-vis de tels autres dirigeants. Par convention, nous adoptons que telle part du peuple est un parent mâle ou femelle, selon que respectivement elle soutient tel ou tel dirigeant et choisit ou élit tel gouvernant ou pas. Autrement dit, à la fois potentiellement pères et mères, tels sexes des parties du peuple s’expriment lors de l’avènement de tel ou tel gouvernant qu’elles génèrent, dans la manifestation même de leurs idées et préférences politiques. Ce n’est pas tout ; contrairement à une mère patrie éternelle et épousant certains de ses enfants, le père et la mère symbolique du gouvernant varie dans le temps politique, dans leur composition et leur sexe, déterminées par les pensées de ceux qui les constituent et les représentent. C’est pourquoi, c’est dans une telle conception symbolique qu’il y a une possibilité de développement de la démocratie et de l’alternance pacifique du détenteur du pouvoir. Car, considérant le pays comme une famille symbolique, c’est dans cette perspective, qu’il est permis de penser que les mêmes parents (parties du peuple) ne génèrent pas les mêmes enfants (dirigeants/gouvernants), ni qu’ils demeurent les mêmes parents de tel ou tel dirigeant à toute époque politique. La raison réside dans le fait que les parents symboliques du gouvernant (enfant symbolique) peuvent se recomposer, se recombiner et changer de sexe, dans le même mouvement où ils produisent d’autres enfants (d’autres gouvernants), à travers la manifestation de leurs idées et préférences politiques elles-mêmes variables.

Que symboliquement le peuple soit conçu comme une famille, selon une conception dans laquelle le gouvernant est, non pas son père symbolique, mais son enfant remarquable. Le gouvernant est alors celui des enfants symboliques que ses parents (parties majoritaire et minoritaire du peuple) ont généré pour gouverner les relations familiales. Une telle famille symbolique se distingue d’une famille ordinaire réelle à plusieurs titres. D’abord, contrairement à une famille ordinaire, ils  ont confié à l’un parmi  tous leurs autres enfants (dirigeants), le pouvoir de gouverner les relations entre  tous les membres de la famille ainsi que l’essentiel de leurs relations extérieures. Alors que les parents d’une famille africaine ordinaire gouvernent les relations familiales, cette conception amène à observer que ce sont au contraire les enfants qui assument ce rôle au service du peuple symboliquement fait famille. Ensuite, alors que le père de famille africaine entend la gouverner seul, la part majoritaire du peuple, à savoir celle qui entend, par sa grande influence, gouverner seule les relations est celle qui ressemble au père africain. C’est la raison pour laquelle le sexe mâle lui est attribué et qu’il désigne le père du gouvernant.

Contrairement à ce dernier, cette part que nous désignons symboliquement le peuple-père n’a cependant la possibilité de réaliser son désir que par procuration, à travers sa grande influence sur le gouvernant, l’élu parmi ses enfants (autres dirigeants). La famille symbolique que l’on perçoit du peuple se distingue ainsi de la famille réelle. Enfin, entendu symboliquement comme une famille, le peuple est néanmoins une qui est en évolution permanente, notamment au gré des cycles électoraux. Sa structure et la position de ses membres se modifient au gré des événements et des évolutions politiques de ses membres. En outre, s’agissant de la famille unique que le peuple constitue dans cette symbolique, le gouvernant et les autres dirigeants ne sont pas des enfants ordinaires mineurs, puisque déjà adultes, ayant capacité à agir en adultes dans les relations avec leurs parents (le peuple et ses parties). Le peuple les fait symboliquement naître gouvernants. Par ailleurs, il importe d’insister sur le fait que, contrairement aux parents d’une famille ordinaire, les parts majoritaire et minoritaire du peuple (parents du gouvernant) ne détiennent, ni n’exercent directement le pouvoir de gouverner les relations familiales, mais leurs enfants (gouvernants/dirigeants) auxquels le peuple et ses parties le leur ont donné. Il ne reste plus qu’à examiner de plus près les membres de la famille symboliquement constituée qu’est le peuple-famille, ainsi que les relations familiales. Mais avant, nous pouvons enfin résumer la conception comme suit.

Lorsque l’on fait du pays ou du peuple une famille symbolique, il convient d’observer que dans un cadre démocratique, une telle famille (le peuple) est constituée de parents à une période politique donnée. La part majoritaire de la population, électrice du gouvernant représente le père ; nous la désignons par le peuple-père. Sa part minoritaire, électrice d’autres dirigeants malheureux, représente la mère ; nous la nommons le peuple-mère. Les dirigeants et parmi eux le gouvernant représentent leurs enfants. Quant au gouvernant, il est celui des enfants que les parents (part majoritaire – peuple-père et part minoritaire – peuple-mère) ont choisi pour gouverner les relations à leur place de parents, contrairement aux relations familiales ordinaires. Remarquons que ce choix décisif résulte du rapport de leurs choix particuliers. C’est pourquoi, dans la suite de l’analyse concernant un pays, comme la Côte d’Ivoire, en tant qu’une famille, le gouvernant (certes adulte) est comme l’enfant symbolique du peuple, auxquels ses parents ont donné le pouvoir d’administrer les relations familiales, à leur place. Symboliquement enfant remarquable, mais adulte réellement, c’est sous cet angle qu’il convient d’appréhender le gouvernant, ainsi qu’il convient de procéder aussi pour tous les dirigeants (réellement adultes), mais symboliquement les autres enfants du peuple. Il va s’en dire en conséquence que le gouvernant ne peut être le père du peuple.

Quant au peuple, il représente symboliquement leurs parents. Considérant tel gouvernant, la part majoritaire et électrice du peuple représente le père (peuple père), quant celle minoritaire représente la mère (peuple-mère). Nous verrons ultérieurement qu’une telle famille ne peut être définie que pour une époque politique donnée, étant entendu que tel père symbolique peut devenir en partie telle mère symbolique et que telle mère peut devenir tel père en se recombinant avec une partie de tel père. C’est dire que la question n’est pas de savoir si tel père est tyrannique et si telle mère est dominée, puisque telle mère dominée peut devenir tel autre père tyrannique, au gré des évolutions politiques. Il est temps de développer le peuple, perçu dans cette conception comme une famille symbolique ayant pour gouvernant un enfant et des parents qui tentent de gouverner par procuration et à travers leur influence sur des tous les enfants, à savoir les dirigeants, en vue de réaliser leurs désirs et non le bien de toute la famille : la réduction des difficultés communes de vivre.

2. Nécessité et pertinence de redéfinir les membres de la famille symbolique et de clarifier leurs positions. 

 L’importance de discuter des relations des dirigeants et du peuple tient au fait de savoir de quelle position dans la relation et à partir de quelles données le peuple, en particulier, juge-t-il les actes des dirigeants ? Même si, contrairement à ce qui vient d’être analysé, le peuple persiste à admettre que tel gouvernant est son père et qu’il en est l’enfant, le peuple ne peut raisonnablement pas échapper à faire du gouvernant (son père), une source très importante de ses propres attitudes et comportements, se considérant lui-même comme son enfant. En tous cas, il ne peut éviter d’en faire ce qui influence considérablement ses attitudes et ses comportements. En examinant de près la situation, on observera que c’est en partie seulement que ce père (gouvernant) l’influence, si le peule accepte d’éviter de faire de lui-même, un machin qui réagit et exécute mécaniquement la volonté et les désirs du père (part majoritaire du peuple). Malgré tout, cette vision des relations du gouvernant au peuple est contestable comme nous venons d’examiner la question. D’autant que rien de cette conception n’approche la réalité dans une situation de démocratie et parce que tout simplement les faits parlent d’eux-mêmes et constituent les meilleurs avocats pour défendre la perspective introduite ci-avant, il est temps d’examiner les membres du peuple, famille symbolique dans laquelle le gouvernant est l’enfant et non le père.

Convenance d’observer comment, à une époque donnée, la majorité politique électrice du gouvernant représente son père symbolique.

Le changement de perspectives suggère que la majorité politique à une époque donnée constitue le père symbolique du peuple familial. Il convient d’observer immédiatement par déduction qu’il s’agit d’un parent qui ne gouverne pas les relations familiales, comme dans l’existence d’une famille ordinaire. En effet, malgré une démocratie ivoirienne naissante – on peut en convenir -, il suffit d’introduire,  que c’est le peuple qui détient et exerce le pouvoir et l’autorité de faire de n’importe quel ivoirien un dirigeant de 1er rang, dont il juge par la suite l’action utile ou toxique pour lui. En disposant de la faculté de générer le dirigeant, par ses actes, à défaut de sa volonté, c’est donc le peuple qui est proche d’être un générateur de dirigeants. A ce titre, cela correspond mieux à la réalité de faire du peuple les parents des dirigeants. Ajoutons qu’un dirigeant nait du soutien de telle partie du peuple, dont il tire sa légitimité. C’est pourquoi on peut  symboliquement faire de cette portion du peuple, son père, d’où sa désignation. On peut alors énoncer que tout dirigeant, tel qu’il est et agit est le résultat, d’une part très importante, de l’éducation du peuple (ses parents) et de sa propre attitude et de ses comportements vis-à-vis des attentes de du peuple. On verra que cette part n’en constitue qu’une seulement de cette détermination.

Car, de même qu’être père ou mère (dans le sens de géniteurs dans l’existence familiale ordinaire) démontre la possibilité de quelque homme pour faire naître ou pour générer un autre homme, cette qualité ne suffit pas, même pour lui-même, pour être digne de l’homme, ni pour en produire un qui soit digne de l’homme. Il en est exactement de même de telle part majoritaire (père) ou minoritaire (mère) du peuple qui ne peut faire être un dirigeant (son enfant en quelque sorte), qui soit digne de la responsabilité historique du dirigeant. On est alors contraint de nous incliner devant l’évidence : comme un père ordinaire par exemple, la part majoritaire du peuple (soutien du dirigeant) ne dispose pas seul de toutes les ressources pour un exercice utile à tous de son pouvoir exorbitant, à savoir réaliser le meilleur choix de ses dirigeants, les éduquer pour en faire des dirigeants dignes : de véritables politiciens au sens noble. Parce que et sans même juger sa manière de l’exercer, en face de son pouvoir exorbitant, se dresse un autre. En effet, le dirigeant (enfant symbolique du peuple) tel qu’il est généré, et qu’il est et agit est le résultat du choix décisif de cette part majoritaire, de son éducation, d’une part et l’est aussi de ses propres attitudes, initiatives et comportements vis-à-vis des attentes de cette dernière et des siennes propres, d’autre part. Tout en continuant de prendre appui sur la relation ordinaire parents-enfants que chacun vit et en considérant la part majoritaire du peuple comme étant le père du gouvernant, c’est à partir de ce point qu’il faut porter un autre regard pour percevoir et analyser les choses autrement, s’agissant des relations entre les dirigeants et le peuple, en particulier la majorité politique de la population à une époque donnée. Si cette part majoritaire, soutien de tel gouvernant à telle époque politique, constitue symboliquement son père et agit comme tel, qu’en est-il de son enfant symbolique (le gouvernant) ?

On se demande encore comment les hommes sont parvenus à faire de l’enfant symbolique du peuple (à savoir le gouvernant) son père. Car, l’évidence rend compte du fait que le gouvernant est l’un des enfants symbolique du peuple conçu comme une famille. On peut simplement convenant qu’il est un enfant remarquable. On peut également observer immédiatement que c’est en le fait que cet enfant symbolique est fait gouvernant des relations familiales, que se situe la source de la grande part de responsabilité du gouvernant ou du dirigeant politique. En démocratie, le dirigeant ou gouvernant paraît davantage être comme l’enfant symbolique du peuple ; l’un des parents étant constitué par la partie majoritaire électrice, son père symbolique. Pus qu’un enfant ordinaire et contrairement à lui, le dirigeant (enfant symbolique) est réellement un homme adulte que le peuple fait naître en tant que gouvernant. Avant sa naissance, il est déjà adulte. Il affirme  sa volonté de gouverner la relation pour un bénéfice familial commun. Il a la prétention de penser qu’il dispose des ressources de l’esprit pour le faire. C’est même ainsi que sa gestation politique se fait. Une chose est certaine, il dispose de davantage de pouvoir que n’en dispose un enfant ordinaire, pour résister à la part majorité politique (père), ainsi que pour s’abstenir, contre son désir, d’exercer l’autorité que la part majoritaire du peuple (symboliquement son père) lui a conférée au profit exclusif de ce dernier. Comme un père ordinaire, cette part dispose de son côté de la faculté d’être utile au gouvernant (enfant symbolique), à lui-même et au reste de la famille. Mais aussi et comme un père qui prétend régenter toute existence à la sienne unique, elle peut être toxique à tous. Bien que symboliquement un enfant, le gouvernant toutefois majeur peut l’être davantage vis-à-vis de la part majoritaire du peuple (son père symbolique) et accessoirement mais rarement de lui-même, ainsi qu’en raison des ressources et des moyens considérables dont il dispose. S’agissant de la dignité du dirigeant politique ou du gouvernant, comme de celle de l’enfant ordinaire qui grandit, c’est en résistant souvent à cette part majoritaire (le père symbolique), toutes les fois où il pense cela utile à tous les membres de la famille, qu’il devient le véritable dirigeant, comme un enfant ordinaire devient adulte ainsi. Face à un père totalitaire, l’enfant n’est-il pas en soi, ne devient-il pas adulte en récusant et en refusant son désir de le maintenir enfant, de le façonner pour qu’il le reflète et pour réaliser l’idée qu’il a de lui-même, en niant au passage son propre être ?

Clarté et moralité d’une symbolique faisant du gouvernant l’enfant symbolique et remarquable du peuple.

Il est nécessaire et moteur de discerner l’erreur fondamentale d’une conception faisant du gouvernant le père du peuple. Généré gouvernant de manière décisive par la majorité, il est appelé à devenir un véritable homme politique, à savoir un dirigeant digne de cette qualité. Il acquiert ainsi la considération de cette majorité qui aura usé de sa raison pour constater enfin qu’elle ne peut être, sans manifester aucune raison et sans accepter l’existence propre du dirigeant. Si nous admettons que les attentes souvent sociopathiques de la majorité se retournent contre tous les membres de la famille, nous devons aussi admettre que le refus du gouvernant/dirigeant, de surcroît majeur et disposant de davantage de moyens pour le faire qu’un enfant, de lui résister, aboutit au même résultat, voire pire encore. Or, dans cette affaire, le dirigeant (symboliquement enfant mais déjà adulte), affirme lui-même qu’il dispose de la connaissance nécessaire pour résister aux désirs de cette part majoritaire (son père symbolique).

Dès lors, chacun peut comprendre qu’il ait davantage de responsabilité comparativement et contrairement à celle attribuable à l’enfant ordinaire dans la situation qui est celle de sa relation avec son père tyran. Cela étant, il ne faut pas s’y tromper. Dans l’existence ordinaire des hommes, l’influence considérable d’un géniteur conserve sa pesanteur, même sur des enfants persistants en des adultes devenus. Il en est exactement de même de celle d’une majorité politique du peuple sur des dirigeants adultes, même symboliquement considérés comme des enfants). Malgré tout, sa meilleure conscience revendiquée des enjeux du monde et sa volonté de gouverner les relations pour les relever au profit de tous les membres de la famille ainsi que le pouvoir pour y parvenir qui lui a été concédé, constituent à cet égard, une circonstance aggravante de la part de responsabilité historique du gouvernant ou dirigeant (majeur) tout le contraire pour un enfant, même devenu adulte. Parce que l’enfant n’a ni la prétention de mieux connaître le monde que ses parents au point de vouloir gouverner les relations d’existence avec son père, pour le bénéfice de tous les membres de la famille, ni reçu de quiconque, encore moins de lui, le pouvoir qui fonderait son obligation d’essayer d’y parvenir, à défaut de ne pas réussir.

Cela dit, en parvenant ici, les ivoiriens doivent questionner le peuple, en tant qu’un père tyran (la majorité politique supportrice du gouvernant) et qu’une mère qui n’aspire à être ce père et à agir comme lui (la minorité politique ne soutenant pas le gouvernant). Tous les deux semble avoir contracté un pacte violent. L’objet de cette lutte violente est d’être père. Sans doute parce que posséder ce sexe implique d’avoir généré de manière décisive le détenteur du pouvoir d’État. Mais surtout, nombre d’ivoiriens pensent qu’en étant dans cette position familiale, le père symbolique, comme un père ordinaire africain, peut exiger de toute la famille, en particulier de ses enfants d’obtempérer à toutes ses demandes, sans aucun questionnement et de réaliser son seul être. Comme tel père pense qu’il suffirait à l’enfant de s’effacer au profit de son existence, le peuple de parents pense qu’il suffirait que tel gouvernant assume sa responsabilité, à savoir le réaliser conformément à ses désirs, pour que tout aille mieux dans son monde meilleur tel qu’il l’envisage. Peut être ! Le monde réel et contingent de relations humaines est loin d’être le meilleur désiré par chacun puisque qu’il ne relève pas d’un ordre mécanique, mais des volontés et désirs croisées de ceux qui le constituent. A défaut de pouvoir être le meilleur que le peuple désire, il peut cependant être celui acceptable, par la raison, par tous les membres de la famille. Dès lors, tous les ivoiriens n’ont pas d’autre choix que de tenter, par un minimum de raison, de ne pas souffrir de son immense complexité.

Sans doute, la part de responsabilité de toute majorité politique du peuple soutenant tel gouvernant, quelle qu’en soit l’ampleur voire sa petitesse, ne peut déterminer seule un mouvement commun dans la direction utile à tous. Il en est exactement de la grande part qui est attribuée au gouvernant mais dont l’exercice même raisonnable ne peut néanmoins lui suffire pour réaliser l’intérêt général. Toutefois, ce n’est pas là une raison suffisante pour négliger la responsabilité du peuple et son aptitude à ruiner tel ou tel effort de progrès, même le plus petit du gouvernant, s’agissant de l’exercice de la sienne. C’est pourquoi, on ne peut éluder la responsabilité de la majorité soutenant tel gouvernant, aussi faible soit-elle et son impact sur le gouvernant (dirigeant) et sa contribution décisive aux conditions de leur existence commune. Le gouvernant ou dirigeant, même adulte,  est symboliquement ainsi discerné comme l’enfant du peuple, ses parents. Quant à  la partie précise du peuple qui le soutient activement et qui l’a fait être gouvernant, de manière décisive, elle l’est comme son père symbolique, comme nous l’avons vu précédemment : c’est la majorité politique du peuple électrice du gouvernant et qui le soutient. C’est pourquoi, il est temps d’aborder une question qui brûlait jusque-là et à juste titre les lèvres du lecteur attentif et patient : mais, dans cette hypothèse du peuple, comme famille symbolique, où sont la mère, les frères et sœurs du gouvernant ainsi que les autres communautés familiales, le village, le monde autour dans tout cela ? Votre patience sera récompensée. Le gouvernant est l’enfant symbolique du peuple familial ; c’est un enfant qui gouverne les relations familiales à la place de ses parents.

Arguments en faveur de la minorité politique, non électrice du gouvernant à une époque donnée, comme étant la mère symbolique du gouvernant.

De ce qui précède, le dirigeant ou gouvernant est l’acteur le plus clairement défini du peuple, considéré symboliquement comme une famille : il est comme l’enfant du peuple, dont les parties constituent ses parents. Symboliquement, la part du peuple qui l’a fait être gouvernant, par son soutien et son choix électif majoritaires portés sur lui représente son père. Pour en savoir un peu plus sur sa mère symbolique, revenons à cette part du peuple, pour préciser qu’il ne représente que la composante “père” des deux parents ; la totalité du peuple étant comme les parents du dirigeant ou gouvernant. Il faut imaginer le père et la mère à partir de la représentation d’une famille ordinaire africaine usuellement connue.

En effet, nombre de familles africaines courantes, d’hier et d’aujourd’hui, il est fréquent que le père se comporta comme si l’enfant qui paraissait était son enfant exclusif. Il y en existe même pour lesquels seuls les fils paraissent être leurs enfants. Celle qui l’a porté pendant neuf mois semble être, de son point de vue et pour ainsi dire, un peu comme une réceptrice-hébergeuse de sa semence, avant de devenir nounou-éducatrice de base, pour les règles courantes inégalitaires de la vie ordinaire familiale. Peu d’ivoiriens contesteront que du haut de son hégémonie, l’archétype du père africain entend régenter l’existence de tous les membres de la famille, dont celle de l’enfant naturellement avec peu de défenses. Il est utile de préciser que cette description ne correspond sans doute pas à la réalité de toutes les familles. En conséquence, il convient d’observer immédiatement que, contrairement à l’enfant ordinaire, le dirigeant (symboliquement enfant du peuple, bien que réellement adulte), affirme connaître mieux le monde que les parents, en particulier, la part majoritaire du peuple qui le soutient et qui représente symboliquement son père. C’est même à ce titre qu’il est fait gouvernant des relations, fonction assurée de manière ordinaire par les parents dans une famille ordinaire. A bien y regarder de près, cette part majoritaire du peuple, dont les choix de ses membres ont constitué la majorité qui a généré le dirigeant, ressemble fort bien à ce père. N’entend-t-elle pas régenter l’existence et le mandat du gouvernant, considéré comme son enfant, au service de la sienne ? Avoir souligné le père permet d’entrevoir et de préciser la mère du gouvernant. Qui est-elle ?

Généralement dominée dans une relation inégalitaire d’ordinaire en Afrique des traditions, et dans le contexte d’une démocratie ivre et en quête d’un certain équilibre, on cherchera inutilement ailleurs ce qui correspond symboliquement à la mère du gouvernant, si on ne suivait pas le fil d’Ariane, la famille africaine. Comme un père de l’Afrique des traditions, la part majoritaire du peuple soutien et électrice du gouvernant pense l’avoir généré seule, comme si la part minoritaire du peuple n’y était pour rien dans son existence. En conséquence, la mère du gouvernant que nous recherchons est inévitablement cette part minoritaire du peuple, dont celle qui précède pense qu’elle n’y est que pour peu dans l’existence du gouvernant. Ainsi et en clair, les citoyens qui ont porté leurs choix sur d’autres dirigeants candidats (malheureux) et sur d’autres projets (s’ils existent), constitue cette part, la mère symbolique du gouvernant. Unique, elle est cependant composite en raison des choix divers des membres qui la constituent. Nous assimilons cette part minoritaire du peuple au moment et à l’issue d’élection à la mère du gouvernant élu, tant il apparaît à la part majoritaire que le gouvernant (l’enfant) est sa priorité, comme un père-tyran africain. C’est une mère qui ne se laisse pas faire ; mieux, elle veut être le père du gouvernant.

Car, nous commettrions une grave erreur à penser que dominée, elle acceptait stoïque sa situation. Il n’en est rien du tout. Car, de quoi s’agit-il quand elle réclame l’alternance démocratique ? L’alternance évoque chez elle, non seulement un changement de gouvernant, mais surtout, une inversion des sexes symboliques. De la part minoritaire du peuple (mère du gouvernant), elle entend occuper la position de part majoritaire, lui permettant d’être le père symbolique du nouveau gouvernant et en tous cas, de celui qu’elle génère par l’alternance. Avec ce changement de sexe en tant que père du gouvernant, elle espère dans le même mouvement d’alternance un échange : échanger le pouvoir de tyrannie de la famille et d’influence du gouvernant du père symbolique qui précède et en être doté, contre la position de mère dominée. Son combat dont l’unique finalité est de faire de tel enfant symbolique (dirigeant) qu’elle soutient l’enfant remarquable de la famille (le gouvernant) n’a pour seule ambition de faire comme le père symbolique (la majorité actuelle). C’est sans doute là, pourquoi on parvient avec peu d’effort au fait essentiel que le père (majorité) et la mère (minorité) symboliques du gouvernant ne respectent pas l’être propre de tous les membres de la famille, en particulier de l’enfant symbolique remarquable (le gouvernant). C’est la raison pour laquelle tant que cela reste la réalité, alors rien ne permet de les distinguer, même cachés derrière la majorité et minorité constituant leurs sexes différents. Ce constat est renforcé d’autant que leur volonté est semblable : annexer l’existence même du gouvernant au profit de la leur particulière et au détriment de l’égale existence de tous les membres de la famille. Vis-à-vis de tel gouvernant, la minorité politique est sa mère symbolique dans la conception du peuple familial ; mais, elle est une mère qui veut être le père et dans sa position avantageuse. 

Maintenant que nous savons que le gouvernant est l’enfant symbolique du pays familial, que la majorité politique du peuple constitue son père symbolique et que la minorité représente sa mère symbolique, quels sont les frères et sœurs symboliques du gouvernant ? Il convient de préciser qui représente le dernier des quatre acteurs principaux de la famille. Parce  le gouvernant n’est pas l’unique enfant symbolique du peuple, il est temps d’explorer qui sont les autres enfants du peuple familial et quels sont les acteurs extérieurs à une telle famille ainsi que leur environnement.

Le gouvernant n’est ni le père ni l’unique enfant symbolique du peuple.

A ce stade, il convient d’introduire les autres enfants du peuple, au delà de celui remarquable qui gouverne. Ce sont les autres dirigeants.  C’est précisément parmi eux que la mère du gouvernant (part minoritaire du peuple) entend choisir son préféré pour gouverner la relation familiale à la place de celui préféré par la part majoritaire (le père). Rappelons que les foules d’ivoiriens ordinaires sont ceux dont leurs choix font d’eux, ceux qui constituent symboliquement, soit le père, soit la mère du gouvernant. Par leurs soutiens, à travers la reconnaissance de l’autorité et du leadership de tels ou tels ivoiriens, des parties du peuple génèrent des dirigeants, à partir de certains des membres du peuple. Ces enfants symboliques du peuple constitue la fratrie du peuple de parents. Ainsi, le peuple se présente comme un sujet-multiple et multiforme.

Multiple, il est par les individus qui le composent. Il l’est aussi à travers ses parties symboliques que constituent les individus selon leurs préférences, leurs soutiens, leurs choix et leurs votes, à un moment politique donné et par rapport à un  dirigeant donné. Ce que le peuple est dans toutes ces dimensions que nous venons de préciser est variable. Il varie en fonction des ivoiriens, de leurs volontés, de leurs désirs, de leurs choix et décisions politiques qu’impose le rythme de la démocratie. Ainsi, si les ivoiriens en tant qu’individus sont la constante, leurs expressions politiques la rendent multiforme dans la composition de ses parts symboliques constitutives : père et mère. Ses parts symboliques et variables que sont le père, la mère et leurs enfants sont les résultats circonstanciels définis par un ordre politique déterminés par les ivoiriens eux-mêmes, pris individuellement, dans leurs rapports politiques à un moment donné vis-à-vis de tel ou tel dirigeant. Tout dirigeant (adulte par définition) est symboliquement  néanmoins comme un enfant que le peuple génère, en même temps que ses propres part sexuées (vis-à-vis de ce dirigeant, ses parts soutien/rejet). Symboliquement, tout se passe comme si, au moment de générer tel dirigeant, chaque soutien ou rejet individuel (des ivoiriens) contribuait à constituer une part mâle (celle soutenant le dirigeant) et une part femelle (la part femelle constituant par définition celle résultant de tous les soutiens aux autres dirigeants). Cette condition hermaphrodite de toutes les parties du peuple vis-à-vis de tels dirigeants autorise qu’elles puissent, en partie ou en totalité être pères ou mères de n’importe quels autres dirigeant élus. Vis-à-vis du gouvernant, le peuple ivoirien est composé d’ivoiriens, constituant selon leurs volontés et décisions le concernant, la part majoritaire ou sa part minoritaire ou symboliquement de sa fraction père et de sa fraction mère. Chacune d’elles participe à la constitution de sous-fractions pères et mères vis-à-vis de tous les autres dirigeants, non gouvernants que nous désignons symboliquement comme les autres enfants du pays familial.

A partir de cet échafaudage de la pensée, chacun peut imaginer les relations des membres de la famille symbolique ainsi circonscrite. Il y a les relations d’ordre institutionnel, accessibles à tous les membres de la famille, se manifestant comme des conseils de famille.  Il y a surtout, la grande masse des relations du gouvernant avec chaque parent (majorité et minorité de la population vis-à-vis de lui), de chacun de ces parents avec les autres enfants (autres dirigeants), etc… Au delà de ces relations internes à la famille, tous les membres de la famille entretiennent des relations hors famille.

Incohérence et danger de penser et d’agir comme si la famille symbolique existait seule au monde. .

Comme une famille ordinaire, le peuple familial n’est pas seul au monde, ni n’existe dans un environnement amical et dénué de toute adversité. Ainsi, de même que les membres d’une famille ordinaires recherchent des soutiens internes et externes pour assurer la place à la mesure de leurs volontés et désirs, les membres de la famille symbolique procèdent autant. De leurs positons d’enfants symboliques qui dirigent néanmoins la famille, le gouvernant et les autres responsables politiques sont en relation avec des gouvernants et dirigeants d’autres États et d’autres acteurs impliqués dans des relations extérieures d’un État. Inutile de dire que ces acteurs influencent leurs propres perceptions et actions. Il en est exactement du peuple dans ses composantes symboliques père, mère et frères et sœurs (autres dirigeants ou responsables politiques) du gouvernant. Chacun des acteurs des relations familiales cherchent des soutiens, des appuis, etc… Chacun d’eux est parfois irrité, gêné, renforcé par ces relations extérieures, selon qu’elles servent ses objectifs dans les relations internes. C’est une évidence de dire que les acteurs intervenant dans les relations des membres de la famille ne les influencent et n’ont de prise que parce des membres ou tous les acceptent. Quels que fussent leurs objectifs, réalisés à travers leurs implications décriées ici et là par des membres de la famille symbolique, peuvent-ils avoir toute la nocivité collective pour la famille qu’on leur prête tant qu’il existe une majorité de membres de la famille pour penser le contraire ?  Ainsi, les membres de la famille s’en tenaient à la force de la pensée majoritaire en négligeant la force de tout effort de conviction de sa vérité et utilité collective, alors tel père symbolique et son enfant prodigue, fait gouvernant, continueront de conduire le pays familial dans les abîmes de l’histoire, qu’ils s’allient avec des acteurs extérieurs ou les maintiennent à bonne distance de la famille pour dans les deux cas potentialiser leur force déjà rendue importante en raison de la détention du pouvoir.

Voici grosso-modo, ce qui semble symboliquement se jouer, dès lors qu’on évoque le gouvernant et son peuple en Afrique, en Côte d’Ivoire en particulier. Envisagé symboliquement comme une famille, le pays est comme une famille ordinaire, dans laquelle le jeu des parents et des enfants, est de surcroit complexifié par des enfants faits dirigeants, dont l’un remarquable reçoit le pouvoir de gouverner la famille à la place des parents, en particulier du père. Outre cette inversion de taille, le problème du gouvernant comme celui de l’enfant devenu adulte, reste le même : entretenir des relations entre adultes avec ses parents pour le bien de tous les membres de la famille, faute de quoi la famille est en dérive. Le chemin le plus cours est d’appeler la famille ordinaire en appui de la compréhension de la difficulté de la famille symbolique.

3. Danger de tolérer l’idée du gouvernant comme étant le père symbolique du peuple.

Concevoir le pays comme une famille symbolique en inversant la place de ses membres mène une telle famille dans l’impasse et lui fait courir un danger : celui de la violence permanente. Par conséquent, il importe de tenter une autre compréhension des difficultés de la nouvelle famille symbolique, à partir de la clarification précédente de ses membres et de ce qui se joue parfois dans une famille ordinaire. De tout ce qui précède, il ressort que les rapports du peuple, dans sa double composante (part majoritaire électrice et part minoritaire non électrice) et de ses dirigeants ressemblent comme deux goutes d’eau à celles ordinaires des membres d’une famille traditionnelle africaine. A partir de faire symboliquement de la communauté nationale l’équivalent d’un cadre familial ordinaire, les difficultés du pays peuvent être appréhendées, lorsque les acteurs sont positionnés à leur véritable place symbolique dans une telle famille.

Approcher ce qui se joue dans les relations des membres d’une telle famille ordinaire fournit une certaine mesure des difficultés à résoudre.

D’une part, l’un des parents (partie majoritaire élective du gouvernant) entend régenter les relations à son profit. D’autre part, l’autre parent (part minoritaire et élective d’autres dirigeants candidats malheureux) entend, d’un côté bénéficier de la “bienveillance” du gouvernant, l’enfant symbolique qu’il peine à aimer du fait de sa relation quasi exclusive avec le père (majorité). Malgré ce et d’un côté, il pense qu’il la lui doit par la république. De l’autre, adossé à la démocratie, il agit pour lui substituer un autre dirigeant, son préféré à la gouvernance des relations familiales. Entre les deux parents, le dirigeant qui gouverne est tiraillé, bien que très souvent il ait choisi de satisfaire les attentes de la part majoritaire électrice, la ligne de plus forte contrainte. Il l’est, d’une part, entre ces deux pôles opposés. D’autre part, il navigue péniblement entre ses propres projets, en tant que membre de la famille ayant ses intérêts propres et en tant que gouverneur des relations, sensible malgré tout à la dignité de sa place et fonction à construire qui ne peut être réalisée sans considérer un minimum d’intérêts communs. Parvenu à ce point d’une description des relations entre acteurs se percevant “comme si…”, on perçoit que les premières difficultés commencent dans les attitudes et comportements fondés sur ce “comme si…” des acteurs. Ces comportements nous rapprochent en réalité des relations ordinaires des membres d’une famille africaine traditionnelles, à l’exclusion de la position de l’enfant, adulte et fait gouvernant des relations à la place du père et de la mère, en raison de sa prétention à mieux connaître le monde qu’eux et à pouvoir mieux gouverner les relations familiales au profit de toute la famille.

A chaque époque, telle part majoritaire du peuple (symboliquement le père et électrice du gouvernant)) pense que l’existence du gouvernant résulte de son seul fait. Or, la vérité est que sans la part de la mère du peuple (par minoritaire), rien de tout cela n’aurait été possible. Si donc, cette partie du peuple, qui ne l’a pas choisi, n’acceptait pas la république et la démocratie, quel gouvernant peut-il naître par la seule force des voix électorales, même majoritaires d’une majorité du peuple ? Un tyran peut-être, gouvernant à la force des baïonnettes ! L’histoire enseigne qu’il finit par avoir, comme le meilleur démocrate, un père et une mère. Quoi qu’il en soit, il ne peut y avoir de famille ordinaire, encore moins symbolique sans un fort sentiment d’appartenance commune. Par ce qu’elle équivaut à la génération d’une part majoritaire du peuple (père symbolique) et d’une part minoritaire (la mère symbolique), dont leur enfant symbolique remarquable est le gouvernant,   la démocratie ou libre expression politique des ivoiriens est à la source de la famille symbolique. L’existence de cette dernière implique que la minorité accepte le choix décisif de la majorité, donc le gouvernant quand de son côté, la majorité doit se garder d’écraser ou d’ignorer la minorité, comme si elle existait seule et avait donné seul naissance à un enfant symbolique : le gouvernant. Cela n’est possible que si le sentiments d’appartenance commune de la minorité et de la majorité sont si solides que la première a confiance dans ce lien pour s’abandonner à la décision de la majorité et pour la seconde, pour considérer la minorité comme nécessaire pour sa propre existence, constituant la réalité à laquelle tous les deux sont solidement attachées. A défaut d’un tel lien, la famille peine à exister. Voici, comment les relations s’empoisonnent de malentendus, d’incompréhensions mutuelles, d’opposition des désirs et des vanités, etc…. D’une part, entre un père (partie majoritaire du peuple) et une mère (la partie multiple minoritaire), dont il attend qu’elle reconnaisse ses vaniteuses prétentions sur le gouvernant (l’enfant symbolique), son existence, ses décisions, ses productions, etc… D’autre part, entre ce père symbolique (majorité) et celui qu’il pense être “son enfant” (le gouvernant), dont il attend, comme de sa mère, obéissance à ses désirs et qu’il agisse dans le sens qui lui convient, qu’il réalise toutes ses attentes, qu’il lui ressemble en manifestant ses qualités d’égoïsme, d’être la totalité. Enfin, les relations entre cette mère symbolique (la minorité politique) et le gouvernant qu’elle n’a pas élu mais qu’elle considère malgré tout et à juste titre, comme son enfant aussi, qu’elle rejette cependant en raison de ses rapports obtus avec son père. Elle n’en attend pas moins néanmoins. Au delà et plus que les meilleurs regards, elle exige même la satisfaction de ses attentes qu’elle considère qu’elles sont tout autant légitimes que celles du père, malgré sa position rendue inconfortable par un père totalitaire et un enfant, certes adulte, mais agissant souvent comme un enfant.

Voilà en quelque sorte une projection de certains acteurs de la scène de coexistence nationale et la situation des relations de la communauté nationale ivoirienne, convertie symboliquement en une famille. Bien sûr, si ce sont les membres des parties du peuple et le gouvernant qui changent selon l’époque politique, la situation elle-même semble être constante. Tant qu’une médiation n’aura pas amené les protagonistes à discerner autrement leur situation commune et à réviser leurs certitudes ainsi que leurs prétentions, à défaut que toutes les rassemblent, une telle situation risque de durer. En la matière, il n’y a aucune solution providentielle. Seule l’interrogation profonde des ivoiriens eux-mêmes sur leurs comportements, leurs ressorts ainsi que leur utilité collective peut les conduire à les modifier. C’est là l’unique voie et le seul espoir auxquels peut contribuer la pensée.

Danger de se tromper sur la question essentielle qui se pose à la famille symbolique.

La question fondamentale qui se pose à présent à la famille ainsi symboliquement constituée est de même nature que celle qui se pose à une famille réelle ordinaire. De même qu’une famille ordinaire, n’est pas seule au village, en Côte d’Ivoire ou en Afrique, ni dans le monde, aucun peuple-famille ne l’est dans le monde. Existant dans un environnement contraint de l’intérieur par les désirs, la liberté et les volontés de ses membres et de l’extérieur par ceux des acteurs externes à elle, la question est de savoir si chaque membre du peuple-famille entend seul faire avec les contraintes, à savoir les utiliser, les détourner, les contourner, s’en accommoder, etc… à son seul profit. Car, au terme de cette réflexion et au regard de la production des ivoiriens, il semble qu’ils ont fini par oublier que l’intérêt commun général est l’unique raison initiale de l’avènement et l’acceptation du gouvernant par le peuple, dans ses multiples composantes.

La majorité d’ivoiriens qui soutient et est électrice de tel semble agir comme un père symbolique tyran. Comme un père prétentieux, elle regarde la famille du haut de sa puissance circonstancielle, acquise de l’avènement même du gouvernant qu’il a élu. Elle attend le sacrifice même de l’être du gouvernant (enfant symbolique) à sa réalisation et à la satisfaction de ses intérêts particuliers. De sa position fragile, la minorité toute aussi circonstancielle d’ivoiriens, comme une mère coexistant avec un époux-père tyrannique, n’attend pas moins du gouvernant (son enfant symbolique aussi), bien qu’il lui échappe totalement sous l’influence d’un père régent. Entre les deux et en grande difficulté, l’ivoirien en le gouvernant n’oublie toutefois pas la satisfaction de ses propres désirs, dès lors qu’il s’est assuré de disposer des bonnes grâces de la ligne de force (part majoritaire du peuple) pour les réaliser. Ainsi, oubliant tous les trois que le gouvernant a un être propre à réaliser et la dignité de sa fonction à bâtir, l’intérêt général risque alors dans ces conditions d’être un mirage au point de vue du père, de la mère et de l’ivoirien en le gouvernant. Est-ce peut-être pourquoi les rapports entre le peuple ivoirien, ses dirigeants et gouvernants sont ce qu’ils sont ?

En fait, sans y prêter attention, dès qu’on évoque la situation de la Côte d’Ivoire, des relations entre ses gouvernants/dirigeants et le peuple, on traite des relations de la vie ordinaire, des désirs de domination, d’égoïsme, de prétentions et de vanité, de solidarités et d’amitiés intéressées. On traite aussi, comme dans une famille déchirée par les ambitions et les désirs, de volonté commune de se défendre ensemble contre des agressions externes, dès lors qu’aucun membre n’y a rien à gagner à les accepter. La question première commune ne semble donc pas de savoir, à quel point le peuple ivoirien est agressé de l’extérieur. Elle semble plutôt être celle de savoir, si des agressions externes servent des volontés et des intérêts particuliers de membres de la famille n’agissant pas pour un intérêt commun. La question nous amène à questionner pourquoi des membres du peuple les tolère et comment parvenir à une famille qui ne leur donne aucune prise.

Pour traiter de cette question, il est impératif que les membres de la famille discernent leur position dans la famille symbolique. Autrement, faire comme c’est le cas du gouvernant, le père symbolique du peuple, revient à aborder la difficulté de la famille symbolique en considérant que l’enfant est le père et en ne s’apercevant pas que c’est l’enfant qui gouverne les relations familiales, contrairement à une famille ordinaire. En conséquence, le peuple court le risque de s’en tenir à ses jugements convenus de tel gouvernant, considéré comme son père symbolique qui joue insuffisamment son rôle à son égard, lui son enfant symbolique. L’analyse qui précède et qui a abouti à réviser les membres de la famille symbolique et leurs position peut l’inviter à revoir les fondements de ses jugements. 

 

Conclusion

Depuis 1993, la Côte d’Ivoire est dans une impasse. Les uns ont identifié les responsables internes de cette situation ; c’est tel gouvernant et tous les dirigeants. De leur côté, d’autres les ont identifiés en des acteurs extérieurs à la famille symbolique constituée par la Côte d’Ivoire. S’agissant des responsables internes, dans la mesure où les accusations sont croisées, selon que les uns sont distants du pouvoir ou ont une aversion pour son détenteur, on parvient au fait que tels membres de la famille en accusent tels autres, à telle époque politique, mais de la même manière. Pour tenter de comprendre ce qui se joue, nous avons examiné la conception ramenant le pays à une famille symbolique.

Ayant analysé de quelle manière le gouvernant advenait, nous avons tenté de montrer qu’il ne peut point être le père symbolique du peuple comme les faits témoignent que la population se le représente. En conséquence, nous avons établi le danger d’une conception de famille symbolique qui a abouti à mettre l’enfant symbolique du peuple (le gouvernant) à la place de ses parents, constitués par telle majorité et telle minorité politique à telle époque donnée. Ce danger est de même nature que celui que pouvait courir une famille ordinaire dans laquelle aucun membre n’était à sa place, ni en pensée, en représentation ou posture, ni en actions.

C’est pour constituer une nouvelle base d’exploration des difficultés relationnelles entre tel gouvernant et tels dirigeants et le peuple que nous avons tenté une redéfinition des membres de la famille symbolique. A son terme, nous sommes parvenus à quel point le gouvernant, certes adulte, représentait l’enfant symbolique de la famille. Nous avons insisté sur la particularité décisive d’une telle famille. Contrairement à une famille ordinaire, le pays est une famille symbolique dans laquelle l’un des enfants est rendu remarquable à travers le fait que l’autorité de gouverner les relations familiales et extérieures lui a été confiée pour son exercice au bénéfice de tous les membres de la famille. Ce renversement historique trouve son fondement dans la meilleure connaissance supposée de l’enfant symbolique du monde par rapport à ses parents, reconnue et acceptée par ces derniers.

Ainsi, manquant de rigueur dans leur discernement, l’analyse nous a conduit à observer que les positions familiales présentent le danger important d’induire les acteurs en erreur, quant à leur postures, leurs attentes et leurs comportements dans les relations. D’autre part, étant les mêmes, à partir desquelles les accusations sont portées par tels membres de la famille à l’égard de tels autres, leur défaut de pertinence risque d’altérer gravement la qualité des appréciations et des jugements, en raison de manquer de constituer un repère digne de considération. Ainsi, la conception qui a abouti à faire du gouvernant le père de la nation relève non seulement d’une grave erreur d’appréciation, mais surtout est susceptible d’affecter gravement la psychologie, la pensée et les jugements des acteurs.

Par ailleurs, la procédure usuelle qui conduit à faire du gouvernant et des dirigeants les seuls responsables des relation familiales délétères constitue une fausse route collective, en raison de nier toute liberté et toute capacité de discernement au peuple. Elle résulte d’un manque total de considération à l’égard du peuple. Car, existe-il une seule famille, en proie aux difficultés relationnelles, dans laquelle tel parent ou tel enfant, tel membre serait le seul responsable de la situation détestable qui est celle de leur coexistence ? Si la Côte d’Ivoire est une famille symbolique, le gouvernant n’est pas le père symbolique du peuple ; de même que ce dernier n’est pas son enfant, mais l’inverse. C’est à partir de cet angle de vue, qu’il faut réexaminer les points de vue et les jugements concernant les relations des membres de la famille symbolique ivoirienne, à savoir les relations de coexistence des ivoiriens constituant le peuple, leurs dirigeants et leur gouvernant à toute époque.  Pourrait-on être surpris de constater que peut-être, dans telle situation, tel gouvernant enfant symbolique mais adulte, agit effectivement comme l’enfant symbolique, quand dans telle autre contexte, il agit comme le père symbolique qu’il est, persuadé de l’être et que le peuple lui-même le lui reconnaît. Remarquerait-on également que dans les mêmes contextes, telles parts du peuple se comportent comme des parents symboliques, mais tyrans ou comme des enfants, n’admettant ni ne reconnaissant aucune limite imposée par la règle que leur père symbolique supposé (gouvernant) est censé faire observer. Dans le prochain volet de cet article, nous examinerons l’innocence généralement supposée du peuple.

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(1) Franz Kafka, “Lettre au père”, Editions Gallimard, 1957, pour traduction édition française, 97p.

(2) Chinua Achebe, cité par Maria Malagardis, Chinua Achebe, au-delà des ténèbres”, Article du journal français Libération, publié le   https://next.liberation.fr/livres/2013/11/27/chinua-achebe-au-dela-des-tenebres_962436

(3) Chinua Achebe, cité Tirthankar Chanda«”Things fall apart”, le chef d’œuvre de Chinua Achebe de nouveau en français”», Article de la radio française RFI, p http://www.rfi.fr/mfi/20131227-things-fall-apart-roman-nigerian-chinua-achebe-tout-effondre-actes-sud

A propos des difficultés de vivre ensemble des africains : sauf des erreurs de ma part, je vois …

Les propos qui suivent sont introductifs d’une série de discours concernant la manière de vivre ensemble des africains au sein de leurs sociétés étatiques contemporaines. Il se peut qu’ils comportent ici et là quelques erreurs d’appréciation ; mais là n’est pas l’essentiel. Car que valent-elles au regard de leur statut de tentatives de répondre à la question décisives concernant le fait que leurs manières de vivre ensemble hier et aujourd’hui soient si peu productrices de progrès individuels et collectifs pour le plus grand nombre d’africains ? Au nationalisme des nations du monde, dont les membres tentent ensemble de marcher dans l’histoire, la voie des africains est l’ethnocentrisme étroit, masqué dans un discours généreux mais creux de continentalisme. Mais, qu’est-ce que le continentalisme, quand il est vaincu par avance de l’intérieur par un nationalisme moribond – j’ai nommé  ethnocentrisme -, dirigé précisément contre les parties de la nation, à savoir ceux avec lesquels ils doivent précisément constituer un espace commun d’économie collective de vivre, à défaut de constituer une nation ?

Une foule de plus en plus nombreuse d’africains.

Je vois une foule innombrable d’africains. Ils sont semblables, en apparence. Égaux politiquement et libres, dit-on, on perçoit néanmoins que l’égalité politique proclamée dans l’espace étatique n’a nullement cours au niveau des espaces locaux traditionnels : villages, royaumes, etc… A les observer vivre, ils semblent tourner en rond sur eux-mêmes.  Ils s’affrontent continuellement et sans repu, les manifestations les plus visibles intervenant à l’occasion d’élections du gouvernant. Leur but est de tenter de porter au pouvoir celui qui incarnera le pouvoir qu’ils constituent en vivant ensemble. Ce dernier leur procurera de petits et vulgaires plaisirs dont ils semblent vouloir se contenter et emplir leurs âmes. Si on ne se trompe, ils donnent à près l’impression que tout ce qu’ils veulent et attendent de leur existence, c’est cela. Donnant ainsi le sentiment d’être les uns et les autres retirés à l’écart du monde avec leurs familles, leurs villages, leurs communauté ethniques et leurs groupes communautaires ou sociaux, ils sont comme étrangers à la destinée de tous les autres contemporains africains, de leurs familles, villages et communauté ethniques… Ensemble et selon eux, ils forment la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Mali, le Sénégal, etc…

Devons-nous poser la question de savoir s’ils sont attentifs à l’existence de tous leurs contemporains et des autres hommes ? Il est exact qu’ils disposent d’un argument : ces derniers ne le sont probablement pas à leur égard et en tous cas, pas assez, comme ils pensent. Cela dit, que leur reprochent-ils quand tels africains eux-mêmes, qui doivent davantage l’être vis-à-vis de tels autres, sont les premiers à manquer d’attention à leur égard ? On en vient même à se demander de quelle manière et, fondés de quels arguments, nombre d’entre eux parviennent à proclamer que l’Afrique est championne de la solidarité. Que cela ne tienne, ils en tirent malgré tout une sorte de fierté mal dissimulée, dès que quelqu’un aborde ce sujet. Et, de quelle nature est la solidarité dont ils parlent alors même qu’ils consacrent l’essentiel du temps de leur vie ensemble à s’opposer. S’agit-il de celle avec les membres de leurs seules familles et de celle avec ceux de leurs seules communautés traditionnelles historiques ? Finalement, ils peinent à dépasser le cadre des liens familiaux et ethniques historiques, alors qu’ils disent vivre ensemble avec tous leurs autres contemporains dans une nouvelle communauté historique : la société étatique nationale. Dès lors, peut-on y voir la manifestation d’africains qui vivent ensemble à cet échelon social et non pas comme des membres de communautés restreintes historiques ?

Une question se pose : vivent-ils véritablement ensemble ? En effet, s’il arriva que la multitude d’africains soient au demeurant à côté de leurs concitoyens, ils ne les voient pas. Ils les touchent parfois mais ils ne sentent point. Souvent, ils parlent avec eux, mais de superficialités, dès lors qu’ils pensent ne pas appartenir à la même communauté, ne réservant les sujets susceptibles d’oppositions et de les inviter à manifester leur véritable nature avec les membres de leurs communautés. Il est exact qu’avec ces derniers, ils pensent être abrités, pensant la même chose comme ils supposent. Bref, ils n’existent qu’en eux-mêmes et pour eux-seuls avec leurs proches. Et, s’il leur reste encore une famille, à savoir leur communauté ethnique, on peut dire du moins qu’ils n’ont pas de famille à l’échelle de l’histoire et au point de vue de son exigence fondamentale : l’espace social commun nécessaire à une économie collective de l’existence. Agissant comme s’ils vivaient seuls au monde dans le cadre de ces communautés restreintes, les uns et les autres sont cependant unis dans l’adversité mutuelle dans leur communauté nationale. Finalement, à travers les modalités de leur coexistence sociale, ils semblent peut-être même former à eux seuls toute la communauté humaine, comme à l’abri de la fureur du monde. En tous cas, c’est cela l’impression qu’ils donnent.

Il est difficile de les discerner ! Au milieu de tous ces africains, on croit apercevoir et distinguer cependant des ivoiriens, des congolais, des camerounais, etc.. Mais, peut-on en être certain, tant eux-mêmes peinent à s’accorder sur qui sont les ivoiriens, les congolais, les camerounais, etc… N’est-ce pas cela l’une des raisons de la divergence qui les conduits à s’affronter régulièrement ? Devant cette indétermination, admettons néanmoins que tels d’entre eux sont des ivoiriens, puisqu’ils ne sont aucuns autres africains que nous pensons pouvoir reconnaître, avec cependant la même difficulté : maliens, soudanais, centrafricains, togolais, etc… Dire que des africains veulent unir ce qu’ils ne peuvent encore définir ni discerner, sans qu’aussitôt les faits démontrent le peu de fiabilité de leurs définitions. Sans le savoir, Ils risqueraient de procéder comme s’ils unissaient l’eau et le feu en les entrainant dans une bataille qui n’a d’autre finalité que victoire et défaite. Quoi qu’il en soit, les fondements permettant de discerner tels ou tels africains, telles ou telles communautés nationales africaines sont si fragiles. Les faits de pays et leurs désignations de principes reflètent si peu de réalités qu’il convient de s’adresser à tous les africains. De plus, comme on ignore l’avenir incertain, tels ivoiriens pourraient peut-être me contester cette qualité à défaut de pouvoir réfuter mon droit, en tant qu’homme, à traiter de ce qui concerne ces hommes que nous désignons par des africains, dont les ivoiriens en sont.

Deux pouvoirs alliés qui surplombent désormais leur coexistence.

Au dessus de ces africains s’élèvent deux immenses pouvoirs tutélaires à leur sortie des sociétés colonisées.

Au niveau local, à savoir des fractions sociales villageoises, royales ou régionales, ce pouvoir est l’aristo-monarchie traditionnelle. Ils le reconnaissent et lui obéissent, sans avoir nul besoin de s’interroger. Tout simplement, parce qu’ils ont été éduqués à le considérer comme un objet sacré devant lequel la seule chose à faire est de se prosterner. Ceux qui les ont précédés leur ont transmis l’idée d’un pouvoir qui se confond avec celui qui l’incarne et qui s’impose à eux, comme l’est la nature d’une puissance. Il est fondé sur des règles traditionnelles qui ont érigé l’inégalité politique en principe, donnant à certains, l’exorbitant pouvoir de décider de tout ce qui concerne tous les membres de la société, selon leurs uniques pensées et sentiments à propos de ce qui est vrai, bien, juste, beau et socialement éthique. Ces règles sont elles-mêmes sacrées, ramassées et cristallisées sous la forme des traditions. Ici et là, ces règles ont été fondées en droit, avant même d’en avoir une connaissance exhaustive et de les avoir triées. Bref, comme tel, il semble que ni ce pouvoir permanent, ni les traditions qui en assurent l’assise, parfois méconnues par certains de ceux-là même qui en réalisent le gardiennage  ne peuvent être modifiés par les africains d’aujourd’hui et de demain. Ce pouvoir et ses principes structurent définitivement, dit-on, les modalités de leur vie ensemble au niveau des communautés locales historiques qu’ils constituent. Il convient d’être clair : les sociétés locales fonctionnent comme des micro-États dans l’État, segmentant ainsi l’espace social étatique au point de faire des membres de la société étatique des non citoyens dans les espaces locaux. Il est insupportable de constater que ces espaces sociopolitiques locaux forment des barrières sociales solidement dressées entre les africains membres de la même société nationale.  Bref. A croire ceux qui en sont les gardiens, la vie ensemble que des aïeux ont organisée naguère, comme la solution qu’ils ont trouvée pour réduire les tensions générées par leurs vies ensemble à leurs époques, doit être semblable à celle de leurs descendants. Or, ces règles résultent de leurs pensées et sentiments, plus ou moins imparfaits et dans tous les cas divergents en partie de ceux des africains d’aujourd’hui. Qui peut ignorer que les africains d’aujourd’hui qui descendent de ceux d’hier ne sont pas pas ceux d’hier et que leur environnement n’est pas celui que fût le leur ? Qui peut nier que les tensions générées par les pensées et sentiments différents concernant la façon acceptable dont il convient de vivre ensemble des africains aujourd’hui ne sont pas les mêmes que celles de leurs aïeux ?

Au mépris des pensées et sentiments des africains à chaque génération, certains des contemporains africains s’emploient  Pourtant, depuis ces aïeux et depuis toujours, à vouloir continuer l’organisation de la vie ensemble sur la base de ce qui n’est pas vrai, juste, bien et beau ni socialement éthique. Car, quels africains sensibles et raisonnables parviennent à penser que fonder la manière de vivre ensemble aujourd’hui sur les résultats des violences dispensées, les paroles échangées et des concertations éventuelles de ceux qui les ont précédés présente ces caractères de vérité, de justice, de bien et de beauté ? Bref, en quelque sorte et selon eux, les morts doivent toujours décider pour et à la place de ceux qui vivent ensemble aujourd’hui, de la manière dont ils doivent vivre ensemble, indépendamment du mouvement du monde et de leurs volontés propres pour mieux s’y adapter. Quel africain en quête de dignité peut accepter d’être libre ainsi de ses pensées, sentiments et actes ? Comment peut-il accepter cela quand, hier comme aujourd’hui et demain, la dignité constitue l’objet de la quête de sa vie ? Hier, quels africains sont parvenus à réaliser définitivement la dignité du plus grand nombre d’africains d’hier et et à poser les jalons de celle de ceux d’aujourd’hui et à venir au point que leur manière d’y être parvenue doit constituer une règle sacrée ? Non, la quête de la dignité de tous les africains ne prend fin pour eux qu’avec leur mort ; leur quête ne suspend point celle de ceux qui continuent à vivre ensemble après eux pour tenter de la réaliser. Sans doute, et parce qu’ils sont libres, la fin de la quête de dignité de tous les africains ne peut correspondre qu’à la fin de la communauté des hommes désignés par les africains.

Au sortir de la colonisation, une nouvelle société a été constituée par la force coloniale : la société étatique contemporaine. Le pouvoir qui en a surgi a trouvé les conditions de son existence à travers un accord avec les pouvoirs locaux ménagés par la puissance coloniale pour ses besoins d’efficacité. En les reconnaissant jusqu’à leur confier la mission d’être les gardiens de troupeaux d’africains indolents et dociles, dans leurs enclos ethniques, c’est ainsi que ces pouvoirs locaux le reconnaisse comme étant le pouvoir suprême. Depuis, les pensées et sentiments de nombre d’africains continuent, au moins localement, d’être ignorés, faisant d’eux des inégaux politiques dans les espaces sociopolitiques locaux. A ce niveau, ils ne rétablissent partiellement l’égalité politique qu’à travers leurs seuls votes lors de consultations nationales.

Au niveau national, ce pouvoir est l’État. On prétend qu’il est moderne, sans doute en raison de s’habiller de l’attribut de république et d’être démocratique. Il se présente aux africains, sous une forme découverte au cœur d’un de leurs plus grands malheurs historiques, j’ai nommé la colonisation. Alors que tous les africains le génèrent, considérant leurs groupes communautaires historiques particuliers et selon la circonstance politique, certains d’entre eux veulent en représenter tous seuls, les piliers. Les liens sociaux historiques qui continuent de les unir au sein de leurs communautés particulières historiques constituent leurs moyens d’y parvenir. C’est pourquoi, ils s’affrontent, tant qu’un groupe n’a pas la prise pour faire taire définitivement les autres ou les contraindre à leur obéir pour toujours. Sans doute, ils le conçoivent comme étant un pouvoir qui peut se charger seul d’assurer leur existence et de veiller sur leur devenir, disons de leur sort. Il vient par conséquent, hors de toute vision de la complexité du monde et de leurs relations qui les invitent à déchiffrer sans cesse son sens, qu’ils donnent le sentiment d’avoir discerné leur simplicité, ainsi que procèdent les populistes et les démagogues. Ils pensent même que, pour ceux qui le feront être et en seront les piliers, ce pouvoir pour lequel ils se battent tant, pourvoira aux conditions de leur existence, au milieu de les autres membres de leur communauté nationale. On ne peut pas faire à ce pouvoir le procès d’être absolu, comme naguère. En revanche, il est sans doute détaillé en théorie : il est constitué d’un président de la république, d’un parlement, d’un gouvernement, d’une armée, qui ne peut défendre ni protéger les africains ni assurer leur sécurité ; bref, la société étatique contemporaine est composée de toutes les institutions d’une société démocratique. Mais, il est concentré en pratique dans les mains d’un seul. Certes, ce dernier change selon l’issue de l’affrontement des africains. Certes, ces confrontations périodiques sont qualifiées de politiques, mais elles s’achèvent la plupart du temps par des échanges d’actes violents auxquels ils ont conféré la mission de clore la lutte pour imposer celui qui incarne le pouvoir. Et, si nous allons au delà du gouvernant, ce pouvoir qu’il incarne ne tient en réalité qu’avec celui qui l’incarne à telle période, qu’en raison d’être soutenu au niveau de sa communauté historique restreinte et non par la volonté de tous de respecter ses principes constitutifs.

Prévoyant, ce pouvoir a identifié un adversaire : ce sont les autres contemporains constituant la société commune. Leur unique tort est de vouloir assurer l’assise militante de celui qu’ils préfèrent qu’il l’incarne. Ils sont différents selon leur fortune politique. De ce point de vue, l’histoire n’a été d’aucun conseil pour ce pouvoir et nombre de ceux qui sont parvenus à l’incarner ou aspirent à le faire. Souvent rugueux et violent avec ces autres africains de la communauté commune et selon la circonstance politique, il est en revanche doux avec ceux qui le soutiennent et constituent ses piliers. Il est presque toujours conciliant avec les gens extérieurs à la société nationale, tant qu’ils lui fournissent parfois le carburant de l’énergie de sa brutalité et pense que ces gens augmentent sa légitimité, la fondent ou la renforcent. Ainsi par exemple, le taux de croissance est apparu comme un indicateur de bon gouvernant même quand la communauté nationale est au bord de l’implosion. On aurait pu dire d’un tel pouvoir qu’il ressemble à la puissance paternelle d’une famille ordinaire traditionnelle africaine. Il infantilise les africains et parfois même les considère comme des gens incapables de discerner par eux-mêmes ce qui qui est vrai, bien, juste, beau ainsi que leurs intérêts. Il donne le sentiment de vouloir les empêcher d’être exposés à quoi que ce soit, surtout ceux qu’il protège. Mais, contrairement à elle, il n’a pas pour objectif de préparer les africains à la maturité historique, à savoir aux progrès les plus importants de leurs pensées et sentiments susceptibles de leur assurer celui de leur vie ensemble.

Dès lors, il est difficile, pour les africains, de progresser en direction de l’amélioration des modalités de leur vie ensemble et du renforcement de leur dignité. Ce pouvoir ne cherche souvent au contraire qu’à les diviser plutôt que de renforcer leur vie ensemble. Régulièrement, il ne fait appel qu’à leurs sentiments primaires moribonds et à leurs émotions sociopathiques. Il n’y a rien d’étonnant à la démagogie et au sophisme, dès lors que les problèmes nés de vivre ensemble lui paraissent simples et non complexes. Prétextant que tels africains en détestent tels autres, il est alors aisé pour lui de se dresser comme le rempart de ceux qui le soutiennent face à leurs ennemis : leurs contemporains et concitoyens qui ne le soutiennent pas et auxquels il a donné l’étiquette d’ennemis. C’est ainsi qu’il fixe irrévocablement les africains dans l’enfance, comme un père africain traditionnel œuvre à vouloir le faire. Il empêche leurs possibilités de construire ensemble leur égalité politique, la condition de leur liberté, bref de leur dignité. Il aime que les citoyens africains, membres de telle communauté nationale, qui le supportent se réjouissent ; pourvu qu’ils ne songent à se réjouir des souffrances des autres compatriotes ou à y être indifférents. Il se délecte par-dessus tout que tous s’affrontent ; aussi, il s’active à leur identifier les raisons de le faire. Il a identifié les moyens de sa durée : pourvu que les africains songent à se violenter au point de ne pas se rendre compte que la voie dans laquelle il les engage et les conduit mène à la violence et non à la vie ensemble. Sa grande crainte est que la vie ensemble des africains lui ôte son vernis de puissance pour le faire apparaître comme un véritable pouvoir, différent de celui qui l’incarne : susceptible d’être mortel par le fait des africains, telle  est sa véritable nature au plan de l’histoire.

Indépendamment de celui qui l’incarne, ce pouvoir, travaille volontiers au bonheur éphémère des africains qui le soutiennent et en assurent l’assise. Comme ceux-ci changent selon l’issue de leurs échanges de violence, autant dire que considérant toutes les époques politiques, la quasi-totalité des membres d’une communauté nationale est concernée. Il œuvre aussi au malheur permanent de tous, complexité ignorée du monde de sa part oblige. Ce qui compte le plus pour un tel pouvoir, c’est de réaliser sa propre volonté : être l’unique agent de la coexistence des africains et le seul arbitre de ses modalités. Ne sont-ils pas incapables, selon lui et compte tenu de sa manière de les traiter, de discuter, de se concerter sur la formulation d’un vouloir commun autour duquel ils peuvent s’unir et vivre ensemble ? Ne sont-ils pas incapables de s’accorder sur les actions communes ainsi que sur les voies et moyens pour les conduire ? Pourtant, il pourvoit rarement à leur sécurité. Souvent même, il renforce leur insécurité, par son incapacité à les faire vivre ensemble et sa folie le conduisant à compter sur des pouvoirs extérieurs pour se protéger et les protéger. Voler, faire taire, ignorer/mépriser, voire même violenter s’il pense qu’il lui faut les africains qu’il ne peut protéger est cependant dans ses cordes. Ainsi, il use souvent du monopole de la violence qu’il pense être sa définition pour résoudre leur moindre contestation alors qu’il est incapable de faire face à la moindre adversité externe qui menace leur existence. Enfin, il veille à éviter de prévoir et d’assurer leurs besoins, de faciliter leurs plaisirs et à abréger leurs moindres occasions d’être joyeux. On ne sait jamais ! Si les africains devaient partager trop longtemps des moments de joie, il se peut qu’ils finissent par se rapprocher, par discuter et par se concerter plutôt que de s’opposer et de se violenter. C’est là le pire qui pourrait arriver à un tel pouvoir, en étant la possibilité de transformation de sa nature par des africains trouvant enfin leurs intérêts commun dans le fait de vivre enfin ensemble. On comprend dès lors que c’est préserver sa propre durée que quand ce pouvoir veille à écourter les rares instants où ils vivent ensemble ; dans ces moments, les africains sont mutuellement bienveillants les uns à l’égard des autres au sein de leurs communautés nationales respectives. La manifestation durable de sympathie mutuelle des africains les uns à l’égard des autres lui semble être le poison le plus violent pour sa propre nécessité et durée.

Dès lors, chacun peut comprendre qu’il évite bien sûr de tarir ou d’épuiser leurs sujets d’oppositions et au contraire veille à leur en suggérer. Dans un pays comme la d’Ivoire par exemple, la divergence des ivoiriens à propos des membres de leur population semble être entretenue pour servir d’aiguillon politicien. De cette manière, il peut orienter leurs esprits vers toutes les raisons de faire de leurs compatriotes leurs adversaires si ce n’est leurs ennemis. Rien n’est fait de sa part, sans raison de perdurer dans sa nature profonde. Il procède ainsi quand il conduit leurs principales affaires publiques, dirige leurs productions économiques, règle leurs rapports sociaux.  Par exemple, la manière de traiter la question de la propriété de la terre fait partie de sa façon de maintenir les sentiments d’animosité et d’antipathie. C’est précisément dans leurs affrontements que les africains ont besoin d’un pouvoir qui renforcent leur force face à leurs concitoyens adversaires.  le pouvoir dit posséder les terres qui appartiennent à tous les africains au sein de leur communauté nationale.

Lorsque qu’il reconnaît dans le même temps, et localement, la propriété exclusive de certains membres de la communauté étatique sur des portions de la terre, c’est sans doute pour alimenter leurs oppositions, en tant que les conditions de sa propre existence et durée. Car, il arriva qu’un jour des africains veuillent régler une bonne fois pour toute nombre de questions en rapport avec leur dignité, dont un symbole est l’appropriation définitive de la terre par certains d’entre eux. Quel africain peut affirmer que l’appropriation souvent violente et la possession des terres à telles époques de l’histoire peut trouver une légitimité définitive, en l’unique raison d’être fondée sur une règle rendue sacrée ? Dans le passé, les africains  ont fait l’expérience selon laquelle tel objet sacré peut être nié par la violence pour lui substituer tel autre, non moins sacré. Peut-être, la meilleure façon de maintenir ce qui est sacré est qu’il fournisse en lui-même les moyens de sa protection et maintien. Ce moyen peut consister en la violence ou la concertation. Il arriva qu’un jour les africains se retrouvent en situation de devoir choisir entre violence et concertation, comme la voie de réalisation de l’égalité politique, le chemin qui doit les conduire vers leur liberté en tant que membres de leurs communautés nationales.

Ce que ces pouvoirs laissent finalement aux africains.

Finalement, États nationaux d’un côté et et aristo-monarchies locales de l’autre,  co-gouvernent l’existence des africains. En examinant de près ce que ces pouvoirs en Afrique échouent à ôter entièrement aux africains, on est en peine de le trouver. Néanmoins, en faisant nôtre, l’enseignement de Santiago, le jeune berger de Paulo Coelho (1), héros parti en quête d’un trésor consistant en le sens de sa vie, nous n’avons pas tardé à nous rendre compte que ce que les africains conserve était sous nous yeux alors que nous le cherchions ailleurs. Et, il est loin d’être un trésor. Sans doute, quand les africains ne contemplent pas ces pouvoirs tels qu’ils sont, dont l’État convoité, ils africains peuvent trouver ce qui leur reste en ce qu’ils leur laissent ; il est loin de leur être agréable. Leurs troubles, induits par leurs pensées à propos de leur existence faite de grande souffrance en constitue l’essentiel. Puisque ce que ces pouvoirs laissent aux africains, c’est donc leur immense difficulté et souffrance de vivre, on peut au moins poser la question de leur utilité pour leur existence. Ils la renforcent, plutôt que de l’alléger. Ainsi, pensant à leurs conditions d’existence, leurs troubles face à leur grande difficulté de vivre constituent tout ce que ces pouvoirs leur concèdent. Si cela est le signe de leur grande générosité, on peut au moins dire qu’ils d’eux qu’ils préfèrent les africains souffrants. A bien y regarder de près, ils ne leur laissent que ce qui constitue précisément leur raison de vivre ensemble et d’agir ensemble : leurs souffrances de vivre à réduire. Par conséquent, ils invitent les africains à ne pas compter sur eux si réduire leurs difficultés de vivre justifient de vivre ensemble. A moins de générer des pouvoirs qui leur soient utiles en vivant ainsi, on ne voit pas bien comment ils pourront y parvenir dès lors qu’un pouvoir ne peut que que surgir de leur vie ensemble. Voici ce que la démocratie des sociétés étatiques africaines contemporaines ou l’organisation sociale et politique en Afrique produit, s’agissant de conduire la vie ensemble des africains vers leur dignité.

Dès lors, le temps est sans doute venu pour les africains de songer à interroger les modalités de leur vie ensemble et de réexaminer leur conception du pouvoir et sa signification. Il arriva qu’ils se battent à propos de leurs idées de société et de la manière acceptable d’y vivre ensemble, du pouvoir qu’ils représentent ensemble ou qu’ils s’affrontent au sujet de son incarnation. Sans le savoir, peut-être qu’ils parlent et se battent à propos de puissance, plutôt que de pouvoir. Certes, il arriva aussi qu’ils revendiquent  localement la légalité de tel pouvoir traditionnel. Mais, son fondement sur les traditions rendues sacrées suffit-il à en faire un pouvoir sacré qui de surcroît n’assurent ni leur cohésion, ni leur sécurité, ni leur dignité ? Les traditions, en tant qu’un corpus de lois sociales et politiques des aïeux, peuvent-elles échapper à la possibilité de leur modification ou adaptation par d’autres africains, pour la seule raison que ce que les aïeux ont produit est sacré ? Enfin, parfois, ils contestent ou reconnaissent et respectent la légitimité de tels pouvoirs. Une seule question mérite d’être posée aux africains. Quels que soient leurs rapports à tel ou tel pouvoir, si leurs jugement ne considèrent pas le fait que tel pouvoir jugé s’affranchit ou pas des paroles échangées par les membres de la communauté commune, leurs concertations et leurs actions ensemble qui lui donnent naissance et assurent son sens, alors ils font fausse route.

A peu de chose près, voici ce que l’homme de « De la démocratie en Amérique» (2) aurait pu voir et écrire à propos de la société démocratie en Afrique et de la manière des africains d’y vivre ensemble. En empruntant ses mots pour une brève saisie de la vie collective sociale et politique en Afrique, cela permet de saisir l’enjeu de la réflexion. Cette manière de vivre des africains au sein de leurs communautés respectives, pilotée par ces pouvoirs, est inacceptable dès lors qu’elle est précisément l’ennemie de vivre ensemble, la condition de réalisation de leur dignité. C’est pourquoi, les africains doivent interroger leurs quiproquos. Ils concernent leurs sens particuliers donnés notamment à communauté sociale et politique, à vivre ensemble, au pouvoir, aux traditions, etc…. Ils sont ce dont résulte le débat impossible et la violence qui constitue leur mode privilégié de vivre ensemble. Sans doute qu’ils n’ont aucun autre choix que d’échanger des paroles et des idées de manière authentique et sans aucune crainte. Ils doivent nommer tout ce qui les oppose s’ils veulent pouvoir parvenir à s’accorder au sein de leurs communautés respectives. Tant pis pour ceux d’entre eux qui ne supportent pas les pensées et qui sont agressés par elles. Il n’existe pas d’autres manières de vivre ensemble que d’échanger des paroles, des idées, des sentiments, de se concerter et d’agir ensemble que d’échanger des pensées et sentiments à travers leurs paroles et actes. Autrement il n’y a rien à faire ensemble, sauf à se violenter mutuellement, en ignorant somme toute pourquoi. Mais, vivre les uns à côté les uns les autres au sein de communautés particulières en échangeant de la violence, cela n’est pas vivre ensemble ; cela ne génère aucun pouvoir. Puisque somme toute, quelque chose qui y ressemble se manifeste à eux, c’est lorsqu’ils l’identifieront comme la puissance convoitée pour dominer et faire obéir qu’ils seront peut-être convaincus de ne pas vivre ensemble. Un pouvoir dont l’instrument est la violence cesse d’en être un pour être une puissance.

Les africains en quête de dignité.

Aucun africain ne peut douter de ce que tous les africains aspirent à vivre dignement. Ils ne veulent pas simplement que leurs personnes soient respectées. Plus encore, ils veulent être reconnus comme des hommes et être considérés dans et par leurs contemporains avec lesquels ils vivent ensemble et sont en relation. L’honorabilité de leurs êtres et existences dont ils attendent reconnaissance, ils la tiennent de leurs histoires diverses, de leurs familles, de leur communautés initiales, de leurs traditions, de tout ce qu’ils ont fait pour eux-mêmes en tant qu’hommes, ainsi que pour les leurs et pour tous les hommes, etc… L’honorabilité a quelque chose à avoir avec la grandeur et la réputation qu’ils confèrent à eux-mêmes et à tout ce qui précède. Ainsi, ils tiennent à l’intégrité de leurs corps et de leurs âmes, à la reconnaissance et prise en compte de leur capacité d’indignation et de leurs colères. Ils veulent être par leurs corps et exister par ce qu’ils pensent, manifestent et produisent. Lorsqu’ils manifestent de l’indignation, de la colère et souvent même de agressivité, ce sont là, des signes qui témoignent de la perte d’intégrité de leur dignité qu’ils veulent recouvrer entièrement. Il est sans doute exact que leurs manières d’y parvenir sont contre-productives.

C’est pourquoi, au delà de pouvoir cultiver leurs champs dans les campagnes ou de se débrouiller dans les villes et se nourrir, de pouvoir se soigner et s’amuser pour continuer à vivre, ils tiennent à des relations humaines acceptables. De telles relations qui doivent reconnaitre leur égale valeur doivent se traduire par leur égalité politique partout et en toutes circonstances de sujets communs. Elle est la condition de leur libération d’autres africains et, enfin libres, la condition de se présenter à d’autres comme tels, à savoir libres. Ces relations sont celles dans lesquelles, non seulement leurs contemporains reconnaissent et respectent leur égale grandeur d’hommes, mais aussi qui les élèvent, vers la plus haute idée de l’homme, qu’ils sont. Ils veulent des relations qui réalisent cette dignité et en tous cas qui les rapprochent sans cesse d’elle. Des africains libres et dignes ne le sont pas en raison de n’être que libérés de la domination de qui que soit à l’extérieur de leurs sociétés, mais ils le sont d’abord quand ils sont libérés d’autres africains avec lesquels ils forment une société commune. C’est sans doute pourquoi, la manière dont les peuples africains doivent vivre et ce qui doit les lier leurs membres pour qu’ils parviennent à ressentir vivre comme étant égaux entre eux et à tout homme et pour être aussi libres que leurs idées faites des hommes ne sont pas négociables. Seules les modalités d’emprunt de la voie qui mène à cette finalité peut l’être. Cette condition impérative implique en elle même qu’une telle négociation ne peut avoir qu’une finalité : adapter la modalité de vitesse et la trajectoire du mouvement conduisant à une dignité acceptable. En aucun cas, la finalité du mouvement historique commun, à savoir leur dignité elle-même, ne peut être au demeurant négociable.

Les communautés sociales et politiques d’Afrique poursuivent leur part de la marche historique des peuples en quête de leur dignité. Hier, vivant ensemble dans des regroupements sociopolitiques, des africains marchaient comme de nos jours. Des pouvoirs mi-intérieurs et mi-extérieurs à eux, constitués d’un faible nombre de leurs membres, agissaient sur les sociétés africaines qu’ils formaient. Ces forces étaient fondamentalement extérieures aux sociétés africaines, en raison de ne pas tous y contribuer, dans leur grande majorité, inégalité politique obligeait. Pire encore, leurs aïeux morts continuaient outre-tombes de les gouverner d’une certaine manière à travers leurs solutions rendues sacrées et non modifiables pour la postérité. Les surplombant, elles les forçaient, parfois, à marcher dans une certaine direction de l’histoire, qu’elles ont décidée sans eux. Puis est arrivée l’oppression coloniale impériale. De nos jours, y penser ne fait plus pleurer ceux qui ont subi ces affres, tant elle est au delà des larmes, empruntant ces termes à Simone Veil à propos d’Auschwitz. Elle a abouti à un certain niveau de regroupement de ces fractions du peuple africain, en même tant qu’elle a généré une nouvelle classe sociale : celle des africains instruits. Une contre-révolution est intervenue. Elle s’est manifestée à travers la lutte anti-coloniale. Elle a été conduite par cette nouvelle classe sociale, appuyée sur la classe des aristo-monarques traditionnels qui dirigeaient jusque-là les peuples. Dans la plupart des cas, cette contre-révolution a donné lieu à de regroupements sociopolitiques. Il n’y a aucune question avec le non respect des limites ethniques initiales dès lors qu’il résulte de l’histoire une constante : rarement, des sociétés se sont formées à la suite de négociations et d’accords pour appartenir ou pas à telles sociétés ou pour vivre ensemble avec tels individus. Ce sont ces derniers que nous désignons de nos jours par les pays africains. Au sortir de cette révolution et contre-révolution, d’un côté, les pouvoirs extérieurs aristo-monarchiques et traditionnels ont continué, localement, à forcer les peuples à marcher dans leur voie, indépendamment de celle que de nouveaux pouvoirs leur désignaient. Car, de l’autre, les nouvelles classes sociales “éclairées”, dit-on, instruites par l’école coloniale, sont apparues comme étant celles qui constituaient désormais les nouveaux pouvoirs extérieurs à eux tous, les aristocrates inclus. Ces nouveaux pouvoirs ont commencé à forcer les peuples d’Afrique à marcher dans la voie qu’eux seuls ont choisie pour tous : ce sera une “élitocratie” démocratique. Ainsi, à partir des indépendances, c’est dans ces deux voies souvent contradictoires que les africains tentent désormais et péniblement de marcher dans l’histoire et de s’y frayer un chemin, sous la double autorité conjointe de ces deux pouvoirs qui les surplombent ainsi que leur existence. A les observer vivre ensemble ou plutôt ne pas procéder ainsi, leur manière de le faire questionne leurs idées et sentiments de la société commune, de pouvoirs et de gouvernants et de la manière à leur sens acceptable d’y vivre ensemble.

En bref.

En définitive, sauf des erreurs de ma part, je ne vois que des questions soulevées par les difficultés de vivre de l’Afrique. Sur ce point, la divergence est totale avec ceux des africains qui affirment que les aïeux nous ont transmis les réponses à ces difficultés. Aucuns membres de telles familles, tels villages ou telles communautés sociales politiques n’ont jamais transmis à ceux qui leur succèdent la réponse concernant la manière acceptable et efficace de vivre ensemble. Il est exact qu’ils leur transmettent leur expériences en la matière ; cette expérience est fondée sur leurs pensées et sentiments à propos de ce qui est vrai, bien, juste, beau et socialement éthique. S’il est indiscutable qu’ils leur transmettent néanmoins celle selon leurs pensées et sentiments, ils leur transmette surtout la question que tous les hommes se posent en vivant ensemble : quelle manière de vivre ensemble efficace pour produire collectivement le de progrès pour le plus grand nombre, à savoir la dignité humaine ? Sur ce point, la divergence est également totale avec ceux des africains qui attendent des réponses pour résoudre la difficulté de vivre ensemble, avant d’avoir eu une certaine compréhension de ces difficultés et la capacité de les expliquer. Selon eux, la question est simple, dans la mesure où ces difficultés résultent selon eux de la manière de vivre d’autres africains, dirigeants ou pas ainsi que d’autres contemporains. A notre sens ces difficultés renvoient leur abord à des interrogations ; ces dernières habillent d’éventuelles solutions communes et les rendent inaccessibles, incompréhensibles ou inacceptables.

Certes, à travers leurs différentes manières de vivre, les africains ont toujours été en quête de dignité. Depuis les indépendances, une observation attentive des faits montre que ce qui a changé dans leur manière de vivre ensemble, c’est l’organisation des conditions pour s’affronter désormais pour la détention du pouvoir que la communauté nationale commune qu’ils constituent représente. En effet, il suffit d’observer leur vie ensemble localement pour y apercevoir qu’ils ne jouissent toujours pas d’une entière et complète égalité politique, qui est pourtant la condition de leur liberté. Cela, des élections ponctuelles présidentielles, législatives et municipales et d’autres nature ne peuvent le contester. Il est exact qu’auparavant, ils n’avaient point cette possibilité, dans la mesure où une poignée d’africains représentaient et incarnaient le pouvoir sans possibilité d’en changer, ainsi que cela a encore cours localement et parallèlement au pouvoir national. Le pouvoir constituait le moyen d’une minorité d’entre eux de tirer le plus grand avantage du fait même de vivre ensemble et de constituer une communauté sociale et politique. Si donc, de nos jours l’essentiel est dans le fait de s’affronter pour le détenir et, comme hier, continuer d’en tirer profit, alors cela signifie que ce que leurs pensées et sentiments concernant le pouvoir n’ont pas considérablement progressé.

Car, lorsque les africains vivent ensemble en s’affrontant violemment pour détenir le pouvoir, cela signifie que leur existence n’a aucun sens sans sa détention. Cela nous renvoie à leurs conceptions de vivre ensemble et de former une communauté commune ; elle fait écho à celle concernant le pouvoir qui surgit de la communauté. Or, le pouvoir constitue le moyen d’organiser collectivement et avantageusement la manière de vivre ensemble des membres d’une communauté sociale et politique donnée, telle qu’elle soit productrice des plus grands progrès pour le plus grand nombre de ses membres. C’est pourquoi en n’organisant que les conditions de l’affrontement pour le détenir, on ne peut qu’interroger les pensées et sentiments concernant leur signification de vivre ensemble et du pouvoir qui en résulte, pour lequel ils s’affrontent violemment. Pourtant, c’est précisément leur vie ensemble et la manière de procéder qui constituent l’objet et le moyen du pouvoir pour réaliser sa nature et sa finalité : la communauté sociale prospère et paisible d’hommes dignes. Les africains sont éloignés d’une telle réalité. Sans doute, la nature d’une communauté sociale et politique, ainsi que la manière de vivre ensemble de ses membres qui confère sa force et sa pertinence au pouvoir qu’ils représentent ainsi, semblent n’induire aucune question en leurs esprits. Peut-être sont-ils convaincus que leurs pensées et sentiments à leur sujet représentent ce qui est vrai, juste, bien et beau du point de vue historique. Les africains qui pensent ainsi et éprouvent de tels sentiments et agissent ainsi, ont probablement tort.

C’est un fait que si les africains ont toujours vécu en ensemble pour constituer diverses sociétés dans le passé, leurs manières de le faire et les pouvoirs qu’ils ont constitués en vivant de ces manières n’ont pas produit les finalités espérées de vivre ainsi. C’est même la raison de leur caractère irritable dès qu’ils songent au passé des africains. Si les communautés sociales qu’ils on formées ont résulté de tels ou tels processus généralement violents, le fait que ces derniers abouti à leurs communautés est constitutif de leur nature d’hommes, ne pouvant exister qu’en vivant en communautés. En revanche, telles ou telles manières selon lesquelles leurs aïeux ont vécu et qu’eux-mêmes vivent ensemble de nos jours découlent de leurs productions historiques, comme les manifestations de leurs pensées et sentiments. Si ces manières ont échoué et peinent encore à réaliser leurs fins, c’est bien parce que leurs pensées et sentiments qui les ont fondées et les enracines encore sont les sources de leurs échecs. Ces pensées et sentiments sont ceux de leurs conceptions de la communauté sociale, d’un homme, de ce qui est vrai, juste, bien ou beau.   Ces dispositions d’esprit se rapportent aussi à ce qu’est le pouvoir et à sa nature, ainsi qu’à sa légalité et légitimité. Dès lors que l’autorité du pouvoir ou de ceux qui l’incarnent repose sur leur capacité de violence, alors l’autorité est autoritarisme, un grand poison de la relation sociale ordonnée productrice du plus grand bien commun. On ne peut par conséquent s’étonner de constater du fait que la vie ensemble est chaotique dès lors que des hommes heureux à côté d’autres malheureux ne peuvent l’être durablement.

Compte tenu de ci précède, les africains ne peuvent pas faire l’économie d’interroger et de discuter de leurs conceptions en ces divers domaines. S’ils veulent parvenir à réaliser des progrès plus importants en vivant ensemble, ils ne peuvent manquer de questionner leur art social. Il repose souvent sur des pensées et sentiments faux de ce qui est vrai, juste, bien et beau. Naturellement, la condition préalable est d’éviter de continuer à considérer que d’une part toutes leurs pensées et tous leurs sentiments reflètent ce qui est vrai, bien, juste et beau. D’autre part, une telle voie est incompatible avec le fait que les manières de vivre ensemble, résultant des pensées et sentiments exprimés par leurs aïeux sont définitivement celles convenables pour les africains d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Cet effort de leur par leur est indispensable, quoique les uns et les autres font ou pas qui les affectent ou qu’ils agréent.

Conclusion.

Concernant la manière de vivre ensemble des africains dans leurs sociétés, pour notre part et dans une séries d’articles à suivre, nous nous proposons de rendre compte de l’état de nos réflexions concernant cette manière. Nous y livrons nos pensées et sentiments à propos de leurs manières de le faire dans leurs familles, leurs villages, leurs anciennes communautés sociales et politiques, y compris pendant la colonisation. Leur vie ensemble dans leurs sociétés étatiques contemporaines est également interrogée, quant à son aptitude à produire le plus grand bien commun pour le plus grand nombre d’entre eux. Cette réflexion conduit à explorer les significations qu’ils donnent à la société commune de vie ensemble, à la manière acceptable d’y vivre ensemble, au pouvoir qu’ils génèrent ensemble en vivant ainsi qu’aux paroles qu’ils échangent, notamment aux termes employés, comme la légalité, la légitimité, l’autorité, la politique, la démocratie, l’égalité, la justice, ce qui est bien, etc… Vivant ensemble, nombre d’africains affirment faire de la politique. Qu’expriment-ils exactement à travers cet énoncé qui soit utile à leur manière de vivre ensemble ? Il suffit en effet d’un peu d’attention pour constater qu’une grande part des africains sont devenus politiciens, même ceux auquel les espaces publics locaux sont défendus par les traditions. Quelles idées ont-ils de la politique, car un politicien n’est pas un homme politique ? Quand on se rend compte que nombre d’entre eux se sont faits excellents marchands d’idées fausses de ce qui est vrai, bien, juste, beau et socialement éthique, auprès des africains, alors l’on comprend leur grande difficulté commune de sortir de ce qui ressemble fort à un hors piste historique de leur part.

Les élections présidentielles sont un moment de la grande commercialisation de ces idées fausses. Au fait, quel sens donnent-ils à ces élections qui constituent aussi l’une des circonstances les plus visibles de leurs affrontements. Observons à leur sujet que nulle part dans leur histoire la plus authentique, le gouvernant n’avait été élu avant la constitution de leurs sociétés étatiques contemporaines. Quand les africains tiennent des élections présidentielles et que leur plus grand nombre refuse que son choix ne soit pas déterminant, alors, le problème, ce ne sont pas les élections elles-mêmes et la violence qui les accompagne. Dès lors qu’ils n’envisagent même pas que leurs votes, leurs choix, leur volonté ne l’emportent pas, s’agissant de déterminer le gouvernant de leurs sociétés, cela signifie qu’ils n’attribuent pas aux élections présidentielles le sens lointain et formel qu’on leur prête : une manière de générer le gouvernant d’une société démocratique, à travers le choix majoritaire des membres de cette société. Une telle manière suppose une égale valeur de la volonté de chaque africain et leur égalité politique, condition de la liberté de chacun d’entre eux. Dès l’instant que les africains n’acceptent les élections que si leurs choix sont impériaux, cela signifie qu’ils considèrent qu’il existe des africains supérieurs à d’autres, disposant du droit exorbitant de décider seuls pour eux.

Or, ce rituel démocratique a une histoire et cette histoire n’est pas africaine. Comment assure-t-on le fait que les africains n’aient pas adopté un culte sans le dieu célébré à travers lui – j’ai nommé la société démocratique ? Tous les cinq ans, voici les africains engagés dans ce rituel étranger à leur histoire la plus authentique concernant leur manière de faire société. Sans que nous ne sachions exactement de quelle manière ils ont adopté le dieu honoré à travers ce culte – la société démocratique -, les voici donc participant violemment à ce culte au cours duquel presque toujours le sang de quelques africains coule. Il convient par conséquent d’interroger leurs conceptions de la société commune, de la manière à leur sens acceptable d’y vivre ensemble avec leurs contemporains.

Voici quelques thèmes abordés dans la réflexion. Prenons donc rendez-vous pour partager les fruits de cette réflexion concernant la manière de vivre ensemble des africains et pour examiner ensemble quelques raisons de son inefficience que nombre d’entre eux pointent sans cesse. Plutôt que de faire porter la responsabilité première à d’autres, en raison de leurs interférences, le temps est venu d’examiner ce qui relève des pensées, des sentiments et des faits des africains. Parce que c’est sur tout cela qu’ils ont prise, ce sont là les objets de leurs débats devant aboutir à modifier les critères de leur assemblement et ses finalités.

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(1) Paulo Coelho, “L’Alchimiste”, Ed. Anne Carrère, 1994

(2) Alexis De Tocqueville, “De la démocratie en Amérique”,  Paris 1971 pp 62-63

 

 

COTE D’IVOIRE – Tentative de médiation entre ivoiriens, entre le peuple et ses dirigeants. (4/4)

4.

Un peuple qui détient et exerce déjà un pouvoir à aggraver ses difficultés communes d’existence en dispose assez pour améliorer les conditions de cette existence.

La question du pouvoir que chaque ivoirien détient ou pas ne se pose pas dès lors qu’il en exerce déjà à aggraver les difficultés communes d’existence. Qu’il soit gouvernant, dirigeant ou ivoirien ordinaire du peuple, nombre d’ivoiriens prétendent vouloir résoudre les difficultés de la famille symbolique constituée par la Côte d’Ivoire. Pourtant, nombreux sont ceux des ivoiriens qui nient détenir le moindre pouvoir de changer l’état des choses, alors même qu’ils exercent déjà un pouvoir à les aggraver. En effet, tels ivoiriens peuvent nier leur part de la responsabilité collective dans la situation d’impasse de la Côte d’Ivoire. Que cette part soit active ou passive ne change pas ce constat. Tels autres peuvent affirmer ne détenir aucun pouvoir pour la changer en accusant au passage tels gouvernants ou dirigeants de la générer et de l’entretenir seuls. Tels autres encore, soutenant tels dirigeants, peuvent prétendre résoudre avec lui les difficultés de la famille symbolique en niant détenir le moindre pouvoir, alors qu’ils l’exercent déjà à les renforcer. Bref, est-il possible de changer l’état de la situation de la Côte d’ivoire, si seuls le gouvernant et les dirigeants détiennent le pouvoir de le faire, comme le peuple le pense quand il contribue déjà à l’aggarver ? Est-il raisonnable d’éviter durablement de débattre de la part de responsabilité du peuple sans aucune conséquence collective ?

Les affirmations croisées des parties du peuple concernant la responsabilité exclusive de tels ou tels gouvernants ou dirigeants sont la règle. Cependant, peuvent-elles être suffisantes pour modifier les perceptions des difficultés communes, avant même de penser à les résoudre ? Chaque ivoirien qui persiste dans sa tentative de fuir sa conscience (1) et de la duper ne peut être utile à la résolution des difficultés communes. Reconnaissant la grande part de responsabilité de ceux qui gouvernent et dirigent le pays, le temps est venu de débattre du pouvoir du peuple et de celui qu’il exerce sans le détenir. Ce débat éclairera les difficultés communes à résoudre et contribuera à leur meilleur discernement. Pour engager ce débat, il faut récuser le postulat soulignant la responsabilité exclusive du gouvernant et des dirigeants dans les difficultés et selon lequel ils détiennent seuls le pouvoir de les générer et de les atténuer.

Penser que seul tel gouvernant a le pouvoir de générer et de changer l’état des choses mène à une impasse collective.

Contestant tels gouvernant ou tels autres dirigeants, tels autres affirment  détenir le pouvoir de changer l’état des choses. Cette posture relève du marketing politique. Car, comment peuvent-ils prétendre détenir ce pouvoir avant que le peuple ne le leur confère par son choix décisif majoritaire ?  En revanche, le peuple est dans une impasse, quand il pense ne détenir qu’un pouvoir résiduel pour changer l’état de ses réalités. Il exerce déjà un pouvoir capital. Tous les cinq ans, il choisit le gouvernant et la voie dans laquelle il compte y engager tous les ivoiriens. Le peuple parvient même à exercer d’autres pouvoirs qu’il ne détient pas et que nous aborderons plus tard dans cette réflexion. Dans ces conditions, est-il fondé d’affirmer qu’il est dépourvu de tout pouvoir quand le gouvernant détiendrait lui tous les pouvoirs que précisément il lui donne ? La question est pourquoi le peuple veut-il apparaître comme dépourvu de tout pouvoir et n’en exerçant aucun, quand le gouvernant posséderait et exercerait tout le pouvoir ?

On se demande si le peuple ne voudrait pas simplifier des relations humaines complexes selon sa compréhension particulière de l’existence et de la liberté.

Pour vous le peuple, le véritable responsable politique, le véritable gouvernant semble être selon vous celui qui satisfait vos intérêts particuliers. Et, si cela est nécessaire, le peuple accepte qu’il le fasse au détriment de l’intérêt commun de tous. Bien sûr, votre opinion varie selon que votre décision majoritaire l’a porté au pouvoir ou pas. C’est bien en cette instabilité de votre conviction que l’une des difficultés majeures du gouvernant en Côte d’Ivoire, prend sa source. Et, cela est valable, à peu de choses près, quels que soient ceux des ivoiriens qui lui ont donné la majorité pour parvenir au pouvoir. Croyez-vous qu’il soit possible dans ces conditions, pour quelque responsable politique que ce soit d’arranger les choses ? Admettons un gouvernant qu’on peut raisonnablement créditer de la meilleure intention, volonté et détermination au service de tous. Pensez-vous, qu’y puisse y parvenir avec un peuple qui ne reconnaît détenir et exercer le moindre pouvoir et qui est en conséquence dépourvu de toute responsabilité dans les conditions de son existence ? Les ivoiriens, en particulier ceux qui les soutiennent inspirent la plus grande peur à leurs hommes politiques. Parvenus au pouvoir, ils ont été nombreux à céder à la crainte que vous (la majorité de soutien, en particulier) qui les avez portés au pouvoir leur inspirez. Ils ont procédé comme nombre d’enfants en présence de parents autoritaire. Ces gouvernants ont souvent choisi d’affronter violemment, votre part minoritaire et de rejet, dont ils ne tirent aucun soutien pour la possession du pouvoir. Ils la redoutent, à juste titre. Composée de ceux des ivoiriens qui ne les ont pas fait être gouvernant, elle ne jure que de les déloger du pouvoir pour y installer d’autres dirigeants, leurs préférés. Entre les deux risques, nombre de gouvernants choisissent des parts du peuple plutôt de tout le peuple. A défaut de courage politique, ils choisissent sur la base ce qu’ils pensent leur assurer la meilleure sécurité de leur position.  Ils sont si nombreux à penser que cette position de gouvernant relève de leur être. Ces circonstances des relations du peuple à tel gouvernant et à telle époque sont semblables et récurrentes. C’est pourquoi, on en vient même à se demander si, pour le peuple et ses gouvernants, elles ne sont une manière de résoudre les difficultés communes de vivre. En effet, face à leur résolution rendue difficile par des relations humaines complexe, c’est peut-être une manière de contourner cette contrainte : la complexité des relations humaines.

Pourtant, à chaque époque, quel que soit ce qui résulte des relations évoquées dans ce qui précède, le peuple fait porter sur les épaules de tels gouvernant et dirigeants l’entière et totale responsabilité. Peut-être, est-ce ainsi qu’il espère être responsable de rien et se présenter comme victime de ses dirigeants. Néanmoins, quand on scrute attentivement les relations des membres de la famille symbolique ainsi que les comportements de tels ou tels ivoiriens, ne peut qu’avoir des doutes sur son innocence et son incapacité d’actions. On se demande même, là aussi, si cela ne vise pas à duper. Car, telles parts du peuple coexistent avec telles autres parts et tels gouvernant et dirigeants. C’est ensemble qu’ils coproduisent les circonstances de l’existence commune. Être dépourvu de tout pouvoir et être responsable de rien, n’est-ce pas alors une vaine tentative de la part du peuple de simplifier les relations en rendant les autres acteurs uniques responsables de ce qui en résulte. Dans ces conditions, peut-il exister quelque chose qui donne son sens à la contribution du peuple dans ces conditions d’existence, de sorte que cette contribution puisse être limitée dans ses natures et ses expressions ? En d’autres termes, qu’est-ce qui limite l’expression d’un pouvoir, pourtant réel, dont le peuple ne reconnaît ni l’existence, ni la détention, ni l’exercice ? Ne détenant, selon lui, aucun pouvoir et étant responsables de rien, le peuple peut-il avoir quelque compte à rendre à lui-même et, à fortiori, en raison d’un pouvoir qui n’existe, qu’il ne possède ni n’exerce ? En procédant ainsi, il semble même, du point de vue du peuple, que vivre ensemble et ses implications perdent toute signification. Bref, c’est le lieu de faire preuve de conséquence. Le peuple aspire à une modification de sa réalité, à la réduction de ses difficultés de vivre. Mais, cela n’est-il pas illusoire si le peuple prétend qu’elles sont générées par les seuls gouvernant et dirigeants et de ce fait, il masque, peut-être sans le vouloir, l’un de ses déterminants fondamentaux ? Dans tous les cas, persister dans cette vision de la réalité, c’est prendre le risque de demeurer dans l’impasse collective, qu’il y a lieu d’affronter au contraire ensemble.

Ainsi, comme nous l’avons analysé dans le précédent volet de la réflexion, en ce qui vous concerne, le peuple, les choses sont simples, mais pas complexes. Tenez par exemple, quand vous l’avez porté au pouvoir de manière décisive, le responsable politique doit agir dans le sens de vos intérêts particuliers et les réaliser. Et quand vous avez choisi un dirigeant malheureux, celui que telle part de vous même a porté au pouvoir, de manière décisive, doit tout de même les satisfaire. A défaut, un tel gouvernant doit affronter votre courroux, vos accusations et parfois même votre violence. La finalité de votre procédure est de tenter de porter au pouvoir par cette voie, celui des dirigeants que vous préférez en raison de penser qu’il servira mieux ces intérêts. A travers ces faits, vous exercez un pouvoir indiscutable, bien qu’il vous semble que vous n’en disposez ni n’en exercez aucun. Il faut simplement conclure que chaque ivoirien détient une part du pouvoir collectif de changer les circonstances de l’existence collective ou d’aggraver les difficultés communes. Le peuple est par conséquent invité à examiner ses certitudes : à telle époque, de quelle manière tel gouvernant  détient seul tout le pouvoir de changer l’état des choses, alors qu’il choisit selon lui, de maintenir le pays dans l’impasse ? Est-il possible qu’il parvienne à faire tout ce que le peuple lui reproche précisément sans son soutien, son encouragement et finalement sa décision, mise en œuvre, en lui en fournissant les moyens ? L’évidence montre que cela n’arrange rien du tout et pour aucun membre de la communauté nationale.

Voilà la situation kafkaïenne que les ivoiriens coproduisent et de laquelle ils doivent collectivement, et tous responsables, tenter de se sortir. S’il existe encore un ivoirien qui n’est pas convaincu de la détention du moindre pouvoir, nous ne pouvons l’inviter qu’à observer autour de lui. Peut-être trouvera-t-il dans celui détenu et exercé par d’autres ivoiriens, le discernement du sien. Outre le gouvernant et les dirigeants, qui exerce un pouvoir de génération des circonstances de la coexistence, d’aggravation des difficultés communes et qui détient le pouvoir de changer la situation ?

Si les ivoiriens exerçaient utilement à tous tous les pouvoirs qu’ils affirment ne pas détenir mais qu’ils exercent tous les jours pourtant.

Que quel que ivoirien pose autour de lui la question de savoir qui détient, à son avis, le pouvoir de changer la situation commune des ivoiriens. Il sera surpris de constater que celui auquel il la pose s’exclut de ceux qui, de son point de vue, détiennent ce pouvoir. Quand celui qui répond à la question est un ivoirien ordinaire, on peut peut-être et à la rigueur comprendre son inconscience de penser qu’il est dépourvu de la moindre parcelle du pouvoir de changer les choses. Mais, quand il s’agit d’un gouvernant, d’un dirigeant, de quelque décideur, d’un journaliste, d’un enseignant, d’un chef de village, d’un serviteur de dieu, etc…, alors on se rend compte de la difficulté de parvenir à la changer. Car, pour la plupart d’entre eux, le pouvoir de le faire est logé ailleurs, chez d’autres ou enfin de tous comptes, nulle part.

Tel gouvernant ou dirigeant reconnaît au bout des lèvres le pouvoir qu’il détient par la volonté du peuple. Il précisera sans doute sa pensée en faisant aussitôt du peuple et des autres acteurs extérieurs à la famille symbolique, des obstacles à son exercice. Cela constituerait un progrès, car il préfère faire d’eux les véritables détenteurs du pouvoir. Soit. Mais, les faits contredisent aussitôt ses propos. Car, il suffit d’observer qu’il agit de telles ou telles manières, sans que la décision ne viennent d’eux. N’est-ce pas en cela même la preuve du pouvoir qu’il détient et dont il refuse de reconnaître la détention ? Car, à moins de confondre un pouvoir d’influence et un pouvoir de décision et d’action, le pouvoir détenu par le gouvernant n’est ni celui possédé par par le peuple et les autres acteurs. Ajoutons à cela que le seul fait qu’il puisse faire agir à sa demande tels ou tels administrations montre bien qu’il détient un pouvoir que tout autre ivoirien que lui ne le détienne. Quand on détient le pouvoir d’exercer de la violence légitime sur d’autres ivoiriens et contrairement à eux qui doivent l’accepter, on ne peut pas leur dire qu’on n’a pas le pouvoir d’améliorer les conditions de leur existence et que ce sont d’autres qui le détiennent. Les ivoiriens ne s’y trompent pas quand ils pensent à tort néanmoins qu’il est le seul à détenir le pouvoir. Selon les dirigeants pourtant, c’est le peuple qui détient la clé de résolution de toutes les difficultés. Il lui suffit de changer de gouvernant, de favoriser l’alternance pour exercer son pouvoir de changer les conditions de son existence.

Il en est de même de tout décideur. Tenez par exemple tels journalistes. Ils vous diront qu’il ne détiennent aucun pouvoir. Ils vous assureront qu’il sont en dehors du pouvoir, eux de simples et modestes porteurs d’informations et même d’informations les moins importantes. Selon eux, ils ne font que rendre compte d’une réalité que d’autres produisent, loin d’eux. Pourtant, hier encore, ils formulait des critiques acérées des actes de tels gouvernements. Par ces actes, ils ont ainsi contribué à fonder les convictions, les jugements les décisions et les actes de tels ivoiriens à l’égard de tels gouvernants. N’est-ce pas ce pouvoir détenu et exercé qui faisait d’eux des journalistes dignes de la considération de ceux qui s’opposaient à ces gouvernants ? Aussitôt le gouvernement changé, tels d’entre eux ont bénéficié de fonctions à la mesure et à la hauteur de leurs talents démontrés, à travers leur pouvoir exercé. Peut-être même qu’ils perdront leur lucidité légendaire et leurs critiques acerbes devant les faits. Mais, ils auront gagné au passage un autre pouvoir : celui d’être inutiles, voire nuisibles au peuple.

Que répondrait tel serviteur de la justice à la question ? Rien qui puisse faire de lui un détenteur d’une part du pouvoir que ceux qui gouvernent détiennent. Modeste serviteur de la vérité juridique, il ne se contente que de juger les faits. Soit. Pourtant, le fait même qu’il ne juge pas tous les faits n’est-il pas en soi la preuve de détention du pouvoir ? Car, qu’est-ce que sa capacité de décider et de choisir les faits dont il se saisit et juge, sinon du pouvoir ? Qu’est-ce que la capacité de dire le droit, d’établir les torts et les responsabilités ? Qu’est-ce que la possibilité d’être juste, aussi bien vis-à-vis de ceux auxquels on est sensible aux idées, qui ont ont une influence sur votre carrière et surtout de ceux auxquels on est éloigné politiquement ou qui ne peuvent vous être d’aucune utilité ?

S’agissant de tels serviteurs de dieu, c’est bien connu. Ils sont apolitique et ne disposent d’aucun pouvoir, autre que celui que dieu leur donne, eux ses humbles serviteurs. Pourtant, tous serviteurs qu’ils sont, ils ont la divine ambition de faire vivre le plus grand nombre d’ivoiriens selon les règles de leurs dieux. On ne voit pas bien alors comment ils veulent et peuvent parvenir à la réaliser sans détenir le moindre pouvoir ?  Peut-on amener, d’une manière ou d’une autre, le plus d’ivoiriens à cette fin en étant dépourvu de tout pouvoir ? Détenant un pouvoir divinement reçu de mobiliser les croyants et de chuchoter à leurs oreilles, ils détiennent nécessaire quelque pouvoir politique. Sans présumer du sens de son exercice dont personne ne peut ni ne doit douter cependant, les hommes de foi contribuent à produire les circonstances de la coexistence. Par ailleurs, qui peut penser que leur capacité de rassemblement des ivoiriens n’intéresse pas tels dirigeants politiques, eux dont l’existence en dépend, comme les leurs ? Enfin, même si nous admettions que le gouvernant détient tout le pouvoir, il serait absurde de penser que tous ceux qui lui sont proches, comme les hommes de foi, en soient totalement dépourvu. Un homme de pouvoir fréquente-t-il un homme qui en est totalement dépourvu ?

Pour tels chefs de villages, telle situation nationale relève du pouvoir exercé par les politiciens décideurs d’Abidjan. Pourtant, à travers leurs décisions, leurs choix électoraux et leurs soutiens politiques, par exemple, ils engagent la plupart de ceux qu’ils administrent. Certes, procèdent sur la base des traditions. Tout cela ne suffit-il pas à démontrer la part de pouvoir qu’ils détiennent et exercent ? Le fait même de diriger des communautés villageoises, ethniques, régionales relève-t-il d’autre chose que de l’exercice d’un pouvoir politique détenu ?

Interrogé dans la rue, tel ivoirien ordinaire  pointera sans aucun doute les gouvernants comme les seuls détenteurs du pouvoir de changer l’état des choses. A peine aura-t-il montré où le pouvoir se trouve, qu’il brûlera les feux tricolores, s’il est un conducteur. Policier, il arrêtera le conducteur précédent. Comme souvent, en échange d’un billet de FCFA, il le laissera peut-être poursuivre sa route. Agent d’état civil, il monnaiera peut-être la délivrance prioritaire d’une pièce d’identité en échange d’un billet de banque. Pratiquant une activité économique privée, il tentera peut-être de gagner un appel d’offre publique en échangeant la piètre qualité de son offre, contre la valeur de plusieurs billets glissés aux adjudicateurs. Son service rendu, peut-être même qu’il rétribuera encore le comptable public pour voir l’exécution de ses travaux réceptionnée et payée. On pourrait multiplier cet exercice pour activité de la société entière, sans que l’on parvienne à un seul ivoirien qui soit dépourvu du moindre pouvoir.

Ainsi, on peut identifier au moins deux pouvoir. D’abord, les ivoiriens en détiennent et en exercent un à tenter de réaliser leurs intérêts particuliers. Souvent, ils procèdent, en piétinant l’autorité de la règle générale, celle qui fonde la Côte d’ivoire, en tant que communauté nationale. Ensuite,  le gouvernant détient au minimum celui de les empêcher de procéder ainsi, au détriment de tous et par conséquent de l’existence même de la communauté d’intérêts communs. C’est une autre question de savoir s’il l’exerce convenablement, dans cet intérêt commun. Ainsi, sauf à récuser ce qui précède, chaque ivoirien détient et exerce un certain pouvoir. La situation commune est la résultante de tous les pouvoir détenus et exercés, qu’ils le soient par tels gouvernants ou le peuple. Souvent même, contre les règles communes de la coexistence, des pouvoirs non détenus sont exercés par eux. Pourtant, contre la réalité des faits, le discours usuel des ivoiriens, qu’il soit gouvernant, dirigeant, décideur, etc… ou autre, est que le pouvoir est ailleurs. C’est sans doute pourquoi, il convient d’observer que pour chacun des acteurs du drame ivoirien, il lui est difficile de reconnaître qu’il détient et exerce une part du pouvoir faisant de lui l’un des acteurs. Soit. Mais, les ivoiriens recherchent un changement de leur situation. S’ils veulent que cela puisse intervenir, il leur faut s’accorder sur le pouvoir qui le permet ainsi que sur les acteurs qui en détiennent une part. Cet effort pour un accord devrait les conduire à abandonner leurs postures d’équilibristes entre deux conceptions rendant toutes les deux le changement impossible.

Le changement peut-il être possible sans que le peuple ne détienne ni n’exerce aucun pouvoir ?

Tels ivoiriens font du gouvernant, un ivoirien totalement libre de toutes contraintes. Il a tous les pouvoirs de décider et d’agir. Il peut l’exercer en toutes circonstances, indépendamment des points de vue, des pensées, des sentiments, des attentes de la grande masse des ivoiriens. Ces ivoiriens-là ne reconnaissent pas détenir la moindre parcelle de pouvoir. Et dire que l’on na pas encore considéré les contraintes externes. Quant à tels autres ivoiriens, qui évitent de reconnaître le leur dont ils disposent, ils éparpillent comme pour réduire celui détenu. Il résulte de l’effet de sa grande dilution que finalement chacun dispose d’une fraction si insignifiante que par approximation, il n’est détenu nulle part. C’est ainsi qu’il en découle que personne n’est responsable de rien, chacun ne détenant qu’un résidu de pouvoir, mais pas une part du pouvoir réel. Comment de telles visions rendent-elles alors possible un débat central, susceptible de conduire à un progrès commun. On ne peut donc pas être surpris qu’elles mène à de faux débats. Ils ont pour sujets et objets, soit tel ou tel gouvernant, soit le passé et l’histoire ou les autres, présentés comme détenant en fin de compte tout le pouvoir dont aucun ivoirien n’a jamais possédé une part. Ce débat central est celui de la responsabilité individuelle et collective, au milieu d’une réalité complexe. Dans une telle réalité le gouvernant détient certes une grande partie du pouvoir mais pas tout le pouvoir. Il l’exerce dans les limites de sa volonté, de ses désirs parfois, de son intelligence. L’opposition des obstacles internes comme externes, dressés à la faveur de l’exercice d’autres pouvoirs complète ces limites. Ainsi le pouvoir du peuple limite celui du gouvernant et inversement.

Le processus électif traduit le règne de la Loi. Il confère à tel gouvernant le pouvoir de décider. Il a le pouvoir de rendre l’instruction obligatoire et de décider d’en faire une priorité pour tous. Il a celui d’organiser la circulation routière, l’occupation de l’espace public et de rendre libre celui privé. Il a aussi le pouvoir de fixer le prix du café et du cacao, différent de celui du marché international. Il a celui de créer une monnaie propre ou alors de recycler une monnaie du passé. Il a également le pouvoir de démocratiser les relations publiques entre tous les ivoiriens pour renforcer la liberté de chacun d’eux et son exercice, mais aussi son contraire. Il a le pouvoir d’identifier tous les ivoiriens, de les localiser. Il détient celui de maîtriser pour l’adapter le nombre de la population ivoirienne ainsi que la part de population non ivoirienne. Il a le pouvoir de beaucoup d’initiatives de progrès collectifs.

Mais, avoir le pouvoir de décider ne suffit pas. Car, non exercé, le pouvoir n’existe pas. Il convient donc de l’exercer. Mais exercer un pouvoir détenu à priori, c’est décider effectivement. Cela dit, l’exercer pour un objet sans aucune utilité collective, c’est rendre son exercice nuisible. Et, même en ayant un objet d’utilité collective, il ne suffit pas de l’exercer en décidant au sujet de cet objet. Par exemple, il arriva que depuis l’indépendance, tous les gouvernants ont décidé de rendre et maintenir l’école obligatoire. Plus d’un demi-siècle plus tard, des ivoiriens préfèrent ou choisissent encore les travaux des champs ou l’école de la foi pour leurs enfants. Ce sont là leurs décisions concernant le même objet. Pourquoi ? Sans doute, parce qu’une décision/ordre qui n’est pas traduite et légitimée en termes de pouvoir ne être efficace. Venant de tel ou tel gouvernant, sur quoi sa légitimité peut-elle alors reposer si ce n’est sur sa finalité – l’intérêt général ? C’est cette finalité qui permet de réaliser le consensus autour d’elle. Or, il semble qu’instruire tous les petits ivoiriens ne relève pas de l’intérêt de tous. Cela signifie au moins deux choses. A travers leurs choix, d‘une part, des ivoiriens exercent un pouvoir qu’ils détiennent. Mais, ce pouvoir qu’ils détiennent et exerce est-il légitime dès lors que la règle générale ne les en dote pas ? Cela amène à questionner leur volonté d’être membres de la communauté nationale d’intérêt commun ? Peut-être, est-ce simplement la conséquence d’un défaut de ressources pour observer la règle ? Ou encore, mettent-ils leurs intérêts particuliers immédiats au dessus de ceux des enfants, des générations à venir et par dessus tout, au dessus de l’intérêt général. Dans ce cas, on ne peut que douter de leur volonté si chaque contrainte particulière est supérieure à cet intérêt. Ainsi, il semble qu’il n’y a pas de consensus autour de la décision d’école obligatoire qui puisse engager chaque ivoirien et impliquer sa liberté et sa responsabilité. Dans ces conditions, à moins de vouloir conférer à la décision une légitimité fondée sur l’emploi de la violence et de la seule contrainte, une telle décision ne traduit ni ne manifeste aucun pouvoir. C’est dire que l’examen des circonstances communes d’existence ne peut éluder la responsabilité et la liberté que chacun exerce.

Ainsi, acteurs et co-auteurs des circonstances communes d’existence, peu d’ivoiriens mesurent et reconnaissent le pouvoir qu’ils détiennent et qui leur permet de contribuer à la production collective de ces circonstances. Cela leur est si difficile à accepter qu’ils se résolvent à loger sa détention chez d’autres. Pourtant, l’évidence montre que chaque ivoirien détient le pouvoir de changer les choses. Certains parmi eux en détiennent cependant plus que d’autres, par la force du droit et leurs fonctions, par les connaissances et savoirs dont ils disposent, par leur nombre, par leurs positions sociales, etc… Il arriva que de nombre d’ivoiriens s’arrogent un pouvoir que les règles communes leur défendent d’exercer et qu’ils l’exercent en nuisant à l’efficacité de l’action collective. Il arriva aussi que tels pouvoirs détenus soient exercés sans que cela soit collectivement utile et bénéfique pour les ivoiriens ou même que tels pouvoirs détenus ne soient pas exercés. Nombre d’ivoiriens exercent même des pouvoirs qu’ils ne détiennet pas. Par exemple, ils se substituent souvent à la loi. Face diverses situations courantes de la vie, ils déterminent eux-mêmes, sur la base de leurs intérêts poursuivis, ce qui est possible ou pas et agissent en conséquence. N’est-ce pas le cas, dans leur manière de circuler en voiture, de constater une infraction, de rendre un service administratifs, de servir l’intérêt général, etc… Au bout du compte, la question est-elle de savoir qui détient le pouvoir de changer les choses quand finalement chaque ivoirien en détient et l’exerce ? La question se pose-t-elle quand nombre d’entre eux s’attribuent un pouvoir que les règles ne leur donnent mais qu’ils exercent quand même ? La véritable question n’est-elle pas de savoir ce que chaque ivoirien fait de celui qu’il détient, de celui qu’il usurpe ainsi que leurs finalités et leurs conséquences sur les conditions de leur coexistence ? Il y a une relation de dépendance entre le pouvoir, la décision et l’action réalisée. Le pouvoir n’en est pas sans la décision effective, qui elle-même, ne conduit pas à la réalisation de l’intention initiale. Parce qu’au delà de détenir le pouvoir, de décider effectivement d’agir, l’action, son résultat sont conformes à l’intention qu’elles servent si un consensus permet de légitimer la décision et par conséquent de reconnaître l’autorité du pouvoir. En ce sens, le fait même de contribuer au consensus et à travers lui de légitimer telle décision, c’est exercer un pouvoir : reconnaître celui du gouvernant. Même si le gouvernant devait détenir tout les pouvoirs, un seul lui échapperait, celui détenu par le peuple. reconnaître son pouvoir.

Désolidarisation d’ivoiriens qui évitent de se reconnaître comme acteurs dans une coproduction qui retient le pays dans une impasse.

Peu d’ivoiriens contesteront une production collective qui les mène dans une l’impasse dans laquelle ils s’y retiennent eux-mêmes. Ils peuvent se reconnaître comme acteurs, s’ils acceptent la vérité qu’ils se doivent à eux-mêmesIl est un fait que les ivoiriens ne peuvent vivre et réduire ensemble leurs difficultés communes de leur existence que parce qu’ils ont organisé leurs relations à travers des règles générales qu’ils acceptent. C’est aussi parce que, en étant libres de les observer ou pas, la justice veille à ce que les règles particulières de chacun, mises à l’écart de cet espace commun par les règles communes, ne se substituent pas à ces dernières. Or, il semble que, pour se sortir de l’extrême complexité de leurs relations et de leurs impacts sur tous, le peuple et ses dirigeants accordent leur confiance à la primauté des règles particulières sur les règles générales dans une économie collective qu’ils voudraient pourtant qu’elle soit collective.

Ecartons, les domaines où sans doute des règles manquent encore où dans lesquels telles ou telles règles doivent être renforcées. Concentrons-nous sur l’observation de celles qui existent et sur leur force. D’abord et puisqu’on peut parfois douter de leur existence, rappelons que des règles communes régissent leurs rapports en tous domaines. Par exemple, elles définissent ce que les ivoiriens sont, les modalités de désignation de leurs gouvernants, les missions de tels ou tels responsables administratifs, de l’usage des espaces communs. Elles spécifient aussi les règles de conduite de chacun dans l’espace commun., Bref, elles règlent la vie ensemble ainsi que la manière de mener ensemble l’économie de vivre. Or, que constate-t-on ? Chaque ivoirien constituant le peuple doit se rendre à l’évidence des faits. Ils seront les meilleurs avocats de notre analyse.

Le peuple reconnaît-il détenir et exercer au moins le pouvoir d’alimenter la corruption ou de la refuser ?

L’ignorance insolente, proche du mépris et le défi permanent à la loi ainsi qu’à ceux qui l’incarnent paraissent être considérés par les ivoiriens comme la norme commune. De ce point de vue, y a-t-il un seul argument pour indexer telle ou telle fraction de la communauté nationale en raison de l’appartenance ethnique de ceux qui en font démonstration ? Cela est d’autant plus dramatique quand on observe ce comportement de la part de certains de ceux-là mêmes qui sont censés la faire observer. Ils transforment le gardiennage des règles communes en leur fond de commerce. Les ivoiriens peuvent les enfreindre à une seule condition : tant qu’ils leur en paient le droit et non le prix à tous. Or, ce prix vaut défense et affirmation de la volonté et du choix de l’économie collective de vivre par les ivoiriens. Sans doute que peu nombreux seront les ivoiriens qui n’ont jamais donné quelques pièces ou un billet de Franc CFA à quelque garant de la loi. Par exemple, les modalités de la circulation routière constitue l’un des premiers signes visibles du désordre généralisé. Le mépris pour ses règles spécifiques constitue la conséquence de la désobéissance généralisée aux règles communes, en l’absence de justice. Elle s’opère selon la “loi du manque de respect aux autres usagers” ou de l’appropriation violente de l’espace commun. “Le autres, c’est l’enfer”, (2) en quelque sorte. Dès lors qu’ils semblent constituer un obstacle à la réalisation des intérêts particuliers, il le sont, pense-t-on.

Cela paraît dérisoire, mais est symptomatique de la dérive généralisée : quand des ivoiriens s’approprient ou s’attribuent des portions d’espaces publics, comme la transformation de rues entières en marché, comme les parkings non payants des villes, pour exploiter l’usage que des automobilistes en font, est-ce là une manière appropriée de marquer la différenciation entre espace public et privé pour organiser la vie ensemble ? Quand des fonctions municipales, garantes de l’occupation dans le respect mutuel et de l’espace public, abandonnent sa gestion à qui le peut selon sa force, est-ce même digne de telles fonctions régulatrices des rapports sociaux ? Que dire du manque total de considération à l’égard de ceux dont elles sollicitaient hier les suffrages pour, une fois acquis, détourner leurs regards de scènes qui rendent compte, par temps de pluies, de leurs pieds embourbés dans la boue en même temps qu’ils tentent péniblement d’échapper aux éclaboussures occasionnées par des pneus de véhicules ? Les “nids d’autruches” sur les chaussées sont tant ravinés par les pluies qu’on se demande si des responsables envisagent d’en faire des puits de pétrole ou d’or. Si un jour, il y en a un qui parvenait à ce résultat, les ivoiriens lui seraient reconnaissant d’avoir bien travaillé pour leur intérêt commun.

Quel ivoirien ignore la transformation quasi-généralisée de nombre de fonctions administratives ou officielles en fonds de commerce. Que les auteurs soient des dirigeants ou membres ordinaires du peuple, quel ivoirien méconnaît leur forfait dans le seul but de réduire égoïstement leurs difficultés particulières. Lequel conteste que nombre de ceux des ivoiriens qui ont la charge d’assumer ces fonctions pour le bien commun en sont les premiers auteurs ? Cet ivoirien-là n’a jamais eu sans doute à établir une pièce d’identité dans une mairie, une sous-préfecture, un service de justice, etc.., à accompagner un malade dans un hôpital public, à passer un permis de conduire, à passer un concours, etc… Bref, il n’a jamais eu besoin d’user d’un service administratif, même rendu par des membres ordinaires du peuple. Tout cela paraît tant constituer désormais là règle générale à suivre. Ainsi, s’asseoir sur un banc d’attente dans une sous-préfecture en occupant un rang en fonction de la valeur de ce qu’on donné ou pas à un agent public n’a choqué aucun des compatriotes de mauvaise fortune. Et gare à votre “grande gueule” et à la possibilité ou non de réalisation de ce pourquoi vous êtes là, si vous osez constater et faire savoir ce forfait qui vous agresse !

Il est insupportable de constater la réponse collective que les ivoiriens ont donnée au fait de subir la substitution de la règle particulière à la règle générale. Depuis trop longtemps, ils sont devenus individuellement pragmatiques, dit-on, même devant des règles particulières qui leur nuisent tant collectivement. Il est exact que peu d’entre eux connaissent les grilles salariales dans le pays, en particulier du secteur public. Mais, on ne peut pas dire que ceux d’entre eux qui en ont une idée sont des imbéciles. C’est pourquoi dans le même ordre d’idées que ci-dessus, on ne peut pas éviter d’aborder les signes d’opulence affichés par certains de ceux des ivoiriens qui exercent une responsabilité administrative.  Ces ivoiriens non imbéciles que les grilles salariales dans ce pays contestent le juste fondement des leurs ressources. Ils ne contesteront pas que les ressources normalement détenues par la fonction assurée par les gouvernants, comme par le peuple lui-même sont insuffisantes pour les expliquer. Tout cela n’induit chez de nombreux compatriotes que considération, envie ou jalousie. Sans le savoir, l’espoir de pouvoir bénéficier de la solidarité et de la générosité supposée de leurs bourreaux communs qu’ils admirent pourtant constitue l’unique réaction de nombre d’ivoiriens. Peut-être ne sont-ils pas suffisamment curieux, éduqués et  habitués à relier la fortune à telle ou telle fonction, surtout administrative.

Le peuple ne peut être inconscient de détenir et d’exercer le pouvoir d’accepter l’injustice ou de la refuser.

Que dire de l’injustice institutionnalisée faite aux ivoiriens des campagnes à travers. A travers leur quasi-exclusion, la république elle-même est-elle juste avec eux ? Depuis l’indépendance, ne paraît-elle pas considérer que des parties de la population ont si peu de capacité de compréhension de la liberté, de l’égalité, de l’équité, de la justice, du choix démocratique, etc… que la gouvernance monarchique est ce qui leur va bien ? Qu’est-ce qu’un chef traditionnel républicain, si la république ne s’assure pas que les règles traditionnelles dont il est le garant sont compatibles avec celles républicaines ? Est-ce rendre justice à ces population que d’accepter que les règles traditionnelles qui leur sont appliquées n’aient nul besoin d’être passées à l’épreuve et dans le filtre des valeurs communes qui constituent la république ? Bref, ces nombreux ivoiriens sont-ils dans la république ? Agit-elle efficacement pour tous les ivoiriens lorsqu’elle confie la réalisation de leur devenir commun à des responsables qui ne disposent, pour autorité pour conduire leurs progrès, que de leur lien d’appartenance communautaire ? A l’échelon national et, dans le cadre d’une géoethno-politique mortifère, l’appartenance à des groupes d’intérêts particuliers remplace les compétences requises pour produire le progrès commun ? Est-ce ainsi que la république peut être juste et utile à tous les ivoiriens ?

A ce stade, un constat implacable s’impose : la cohésion sociale est irréalisable dans tant d’injustice et d’inéquité, d’indiscipline et mépris pour la chose commune. Ainsi, non seulement depuis 1993, rien de tout cela n’a trouvé, ne serait-ce qu’un début d’amélioration de la maîtrise collective, mais en plus, la détérioration est ce qui caractérise les situations induites par ces sujets. Pourtant, il semble que ce ne sont pas là les véritables enjeux pour les ivoiriens. Depuis la mort de Félix Houphouët-Boigny en 1993, le péril pour la Côte d’Ivoire, c’est le désir de détention du pouvoir pour satisfaire prioritairement des intérêts particuliers. Les sujets ci-dessus évoqués peuvent par conséquent attendre. Des générations d’ivoiriens s’éduquent dans la valeur marchande affectée à l’autorité d’un agent d’application de la loi. Une idée semblant supérieure à toutes règles s’est substituée à elles : l’existence d’un prix à payer à l’application de la loi au service de tous les ivoiriens. Ce prix vaut par exemple, un droit de manquer de respect à ses concitoyens sur une route. Dans quelque office administratif rendant un service au public, ce prix est requis pour que tel agent fasse le travail pour lequel il est rémunéré. Voilà ce que les ivoiriens refusent de considérer au profit de la détention du pouvoir qui l’autorise. Dans cette bataille pour sa conquête et son appropriation, la signification même de ce que sont la Côte d’Ivoire et les ivoiriens est devenue un enjeu, dans la mesure où elle semble déterminer la possibilité de le détenir.

Le peuple ne détient-il aucun pouvoir, quand il se bat pour imposer une définition de la Côte d’Ivoire, selon ses intérêts particuliers. N’est-ce pas pour réaliser ces derniers que chaque groupe social ou d’intérêts particuliers, que chaque partie du peuple lutte ? Dans ces circonstances, l’organisation politique a de plus en plus épousé le contour de ces communautés d’intérêts particuliers. L’objectif bien compris par le peuple qui accepte une telle organisation est claire : maximiser ses chances de détenir le pouvoir sur cette base. Même ceux des habitants qui, hier acceptaient leur statut d’étrangers, puisqu’il ne leur portait aucun préjudice, se sont trouvés, comme dans l’obligation de prendre partie. Ils revendiquent d’être membres de telle ou telle communauté d’intérêts. C’est pourquoi, il convient de constater que les ivoiriens se mentent à eux-mêmes en affirmant constituer une même communauté d’intérêt commun. Ils donnent l’impression qu’un accord existe sur ce qu’est la Côte d’Ivoire et sur ce que sont les ivoiriens. Pourtant, la réalité indique que l’autorité d’un acte juridique  sur les hommes, leurs pensées et leurs désirs est conditionnée. Une règle générale, comme celle définissant la Côte d’Ivoire, ne peut avoir n’a la moindre autorité sur les ivoiriens, si ce qu’elle spécifie ne relève pas de la volonté commune des ivoiriens. En dehors de cette condition, telle règle ne peut avoir de signification que celle que chacun lui attribue. En temps de calme des cœurs, Plutôt que de s’attaquer à cette difficulté majeure, les ivoiriens ont préféré, encore une fois, se mentir à eux-mêmes et au monde. Ils étaient nombreux hier à évoquer encore la paix retrouvée et la réconciliation d’ivoiriens qui n’étaient pas conciliés et en l’absence de certains d’entre eux, avec lesquels la conciliation prend précisément tout son sens. Le profit temporaire que rapporte la détention du pouvoir (satisfactions des intérêts particuliers) a emporté la conviction de certains d’entre eux. Or, il n’est pas l’essentiel à côté de la perte commune immense pour tous les ivoiriens. Pendant qu’à travers leurs production collective, ils s’éloignent les uns des autres, ils ne peuvent s’accorder sur ce qu’eux-mêmes sont. Dans ces conditions, quels ivoiriens évoquent les autres, par rapport à des ivoiriens dont la signification elle-même les opposent ? Malgré ce, ils accusent tantôt ces Autres de tous leurs maux. D’autres fois, ils s’appuient sur eux comme  des moyens de leur bataille pour le contrôle du pouvoir et pour définir seuls ce qu’ils sont. N’est-ce pas là une marque d’inconséquence. En fin de compte, si tous ne payaient pas en retour et durablement le plus grand prix à cette inconséquence, elle aurait été légère, mais ce n’est pas le cas.

Chaque ivoirien peut égrener tout ce qui est reproché aux dirigeants. Tout ce qui précède montre que les différentes situations de la Côte d’Ivoire n’ont pas été  générées par les seuls gouvernants et dirigeants. L’affirmer ne supprime pas le constat qu’ils n’ont pas fait l’impossible pour réduire les difficultés qu’elles aggravent, au contraire. C’est sans doute pourquoi, il peut aussi poursuivre la liste des productions discutables du peuple. Nombre d’entre elles ne peuvent que contrarier la mise en commun de l’économie de vivre. A ce titre, elles manifestent l’égarement collectif. On peut même reconnaître que les difficultés du pays se sont sans aucun doute aggravées depuis 1993. Une chose est certaine : sans volonté commune d’agir ensemble et en direction du même intérêt commun, sans justice, aucune règle générale ne peut disposer de l’autorité nécessaire. Tant que les ivoiriens ne réalisent ni ne vivent la justice, il est illusoire de penser qu’ils s’abandonnent à la règle générale applicable à tous. Tant qu’ils sont nombreux à avoir une foi inébranlable en l’inégalité sociale, comment accepter une règle juste et équitable ? Hors de la fois en la justice, en l’équité, ils sont nombreux à continuer de croire pouvoir réduire leurs difficultés de vivre sans leurs compatriotes. Ils agissent en conséquence, à savoir en considération de leurs seuls intérêts. Soit. Mais, s’ils sont honnêtes avec eux-mêmes, ils reconnaîtront que tels ivoiriens agiraient ainsi à contre sens cependant de l’histoire. Elle invite sans cesse les hommes au renforcement de leurs capacités collectives pour faire face aux contingences de l’existence. Ils y parviennent à travers la mise en commun incontournable de leur économie de l’existence. Au regard de tout ce qui précède, on se pose la question de savoir comment les ivoiriens peuvent-ils parvenir à arranger l’état de leur situation commune d’existence.

 Le peuple, son gouvernant et ses autres dirigeants peuvent-ils arranger les choses sans satisfaire aucune condition ?

Le peuple et ses dirigeants peuvent-ils arranger les choses malgré tout ce qui précède, si chacun d’eux ne prend pas conscience de sa position dans la famille symbolique et n’agit pas comme un adulte pour assumer sa part de responsabilité ? Quand on s’interroge sur comment ils pourraient changer les circonstances d’existence de la famille symbolique, on bute immédiatement sur une évidence. Comment un changement est-il possible, si tel gouvernant pense être le père alors qu’il est un enfant symbolique remarquable. Comment l’est-il, si le peuple reconnaît à tort de son côté être son enfant symbolique, alors qu’il représente les parents ? On en déduit que si le peuple se conçoit comme étant l’enfant du gouvernant,  il semble bien qu’il est comme l’enfant d’un enfant symbolique (le gouvernant). Ainsi, en croisant les deux représentations symboliques du pays, on se retrouve finalement en présence d’une relation symbolique entre deux enfants : le gouvernant enfant, selon la nouvelle conception et le peuple, enfant, conformément à la représentation usuelle. Enfin, comment y parvenir, si alors que le peuple se pense, comme étant l’enfant de son gouvernant, la majorité de soutien du gouvernant agit comme son père symbolique, un père autoritaire ?

Le gouvernant, père ou enfant : entre représentations symboliques et actes réels

  Symboliquement enfant du peuple selon la nouvelle conception, admettons que le gouvernant lui-même se représente comme étant le père du peuple, d’autant que ce dernier l’assure d’être son enfant selon la conception usuelle.On comprend dès lors nombre de comportement souvent paternalistes à l’égard du peuple. Tels dirigeants pensent être le père de telles communautés sociales qui le reconnaissent comme tels. Aspirant à user de leurs soutiens pour la conquête politique du pouvoir, le chemin le plus court consiste pour ces dirigeants à pointer un danger : la menace d’exclusion, de déclassement ou de domination qui pèse sur ces communautés. Dès lors, le peuple enfant symbolique fait bloc autour du père, au titre du combat qu’il mène pour sa sécurité et sa dignité. Parvenus au pouvoir, ces relations, qui polluent déjà les relations entre ivoiriens hors du pouvoir, vont acquérir davantage une force destructrice. Cette force est due, d’une part, par la détention du pouvoir par ces gouvernants et d’autre part, à travers l’autoritarisme d’une majorité de soutien, devenue enfant symbolique du souverain. Mais, les choses ne se passent pas toujours ainsi. Concernant le même sujet, il y a plus grave encore. Que peut-il se passer dans l’esprit d’un gouvernant, que le peuple assure d’être son enfant et lui le père. On le voit bien, tel gouvernant qui a de la suite dans les idées relie symbolisme, tradition et réalité. Dès lors qu’il en a la force autoritaire, il choisit ce qui lui convient. En général, l’exemple de la famille ordinaire et de la pratique traditionnelle lui convient bien. Comme père, il ne comprend donc pas qu’il ne puisse pas continuer à gouverner la famille. D’ordinaire, les parents cessent-ils de gouverner leur famille avant que la mort mette fin à leur gouvernance ? Félix Houphouët-Boigny est celui des gouvernants qui est parvenu à réaliser la jonction symbolisme, tradition et réalité. Il était l’archétype du gouvernant-père du peuple.

De son côté, le peuple de parents est persuadé d’être l’enfant du gouvernant ou dirigeant. Si les ivoiriens y prêtent attention, ils observeront qu’il agit souvent comme son enfant. Lorsqu’il procède de surcroît comme un enfant du gouvernant non adulte et autoritaire, alors ses actes comme ceux de gouvernant de père peuvent être des plus toxiques pour tous. Car si tel gouvernant, père autoritaire agit selon sa seule volonté, son désir que peut faire un peuple-enfant qui craint son courroux ? Que le gouvernant manque d’être un père équilibré ou même qu’il soit en présence de son enfant de peuple autoritaire. Il a peur de sa versatilité. Il craint de perdre son soutien et la sécurité de sa position. Qui peut s’étonner, agissant comme un père manquant à sa mission, qu’il cède presque tout aux désirs de sa majorité de soutien ?  Dès lors, chacun comprend, là aussi, que telle majorité politique de soutien ou que tel gouvernant prennent leurs désirs pour ce qui doit être. Mais, une telle situation est beaucoup plus rare en Afrique. Dans ces conditions, il est peu probable que le comportement de tel gouvernant cédant au désir du peuple, implique une configuration symbolique dans laquelle il serait père. Explorons donc celle dans laquelle il est enfant symbolique du peuple.

Il arrive aussi que tels gouvernants se comportent comme étant les enfants du peuple majorité de soutien qui fait leur force. Contre leur bon sens de dirigeants politiques, ils agissent contre l’intérêt général, choisissant le pire pour tout le peuple et le mieux pour eux-mêmes et pour cette communauté de soutien. L’exemple le plus approchant est l’attitude et le comportement suicidaire de Laurent Gbagbo. Un autre exemple retentissant est le fameux “rattrapage ethnique” d’Alassane Ouattara. Il en résulte que pour attribuer les postes administratifs, il a choix le critère des patronymes et l’origine communautaire par rapport aux compétences. Autrement dit, il a préféré l’intérêt particulier de sa majorité de soutien à l’intérêt général ou à la possibilité de progrès pour tous.

Les deux représentations symboliques ont permis de soutenir une certaine compréhension des comportements des acteurs. Mais, elles ne sont pas importantes en elles-mêmes. Ainsi, quelle que soit la représentation familiale symbolique du pays, ce qui semble être déterminant concerne la posture des acteurs. Que le gouvernant soit représenté comme le père et le peuple comme l’enfant, mais adulte, l’enjeu réside dans la nature des relations entre adultes : d’un côté le gouvernant, de l’autre le peuple. Ces relation entre adultes doivent être celles de tel gouvernant ou dirigeant au peuple, de tel gouvernant ou dirigeant à sa part du peuple de soutien.  Concernant le peuple ou ses parties, qu’il soit parents ou enfant, on ne voit pas bien les relations peuvent être ce qu’elles doivent être, si le peuple adulte ne se relie pas à tels et tels gouvernant et dirigeants adultes, que ces derniers soient représentés comme des enfants et les pères du peuple. Car finalement, peut-être que les relations des membres de la famille symbolique sont celles entre des enfants, bien qu’un peuple d’adultes soit en relation avec des gouvernants et dirigeants adultes. Sans des relations d’adultes, on ne voit pas bien comment gouvernants/dirigeant et le peuple peuvent placer leurs objets sous un minimum d’éclairage de la raison. Sans elle, comment parviennent-ils à limiter et circonscrire hors de la famille les désirs et en tous cas les maintenir en latence. Voici l’enjeu. Le peuple et ses dirigeants peuvent-ils arranger les choses, si chacun ne prend pas conscience de sa position et n’agit pas comme un adulte ? Est-ce possible si tel gouvernant (enfant symbolique) pense être le père et si le peuple, en particulier sa part majorité de soutien (père symbolique) pense être l’enfant de son enfant  ?

Les dirigeants et le peuple en face de leur responsabilité collective.

Le peuple ivoirien et ses dirigeants gisent dans une situation d’impasse. Elle résulte de la relation entre un peuple (à travers ses parties), son gouvernant et ses dirigeants. Il en ressort que les derniers cités sont présentés par le peuple comme étant ceux qui en portent toute la responsabilité, comme si seuls, ils pouvaient la générer et y mettre fin. Peut-être que le peuple de Côte d’Ivoire n’a aucun tort, comme certains le prétendent. Malgré ce, tout ivoirien raisonnable peut tout de même reconnaître que telles ou telles parts du peuple ont a celui dû à leurs demandes quasi impératives faites à tels ou tels dirigeants de servir leurs intérêts particuliers. Selon elles et pour les unes, ils le leur doivent au titre de la rétribution de leur soutien politique qui leur a permis de se porter au pouvoir. Pour les autres qui ne les soutiennent pas, ils le doivent au titre de la justice sociale, bien qu’elles manquent de bienveillance et de la moindre considération à leur égard. Ainsi, les bonnes intentions des ivoiriens (dirigeants et peuple compris) n’ont finalement pavé jusque-là que le chemin de l’usage et l’échange d’actes et de propos violents. Ces intentions ont aussi engendré des fractures communautaires incommensurables sur fond de service préférentiel rendu aux supporters intéressés au détriment des ivoiriens collectivement. Puisque les ivoiriens cherchent des explications aux circonstances délétères de leur coexistence, voici quelques unes de celles qui peuvent les concerner. S’ils sont honnêtes envers eux-mêmes, ils sauront les accueillir pour en discuter.

Quelque gouvernant ou dirigeant lucide et sincère peut considérer que les attentes et reproches du peuple à l’égard de ses dirigeants sont justes. Mais, il peut avoir quelques arguments pour considérer aussitôt que les dirigeants ne sont absolument pas seuls responsables de tous les écarts par rapport au souhaitable commun. Les difficultés à réaliser l’intérêt général que leur rôle requiert ne sont pas de leurs seuls faits, bien qu’ils emportent une part importante de la coresponsabilité. Quel progrès si le peuple et ses dirigeant s’accordaient sur ce constat et reconnaissaient ensemble l’absence de responsable unique de la situation ou plutôt la co-responsabilité.

En reconnaissant leur coresponsabilité, peut-être, serait-il possible pour le peuple et ses dirigeants de marcher à l’avenir d’un même pas sur le chemin de la réduction collective des difficultés communes de vivre. Peut-être aussi, les dirigeants n’auraient aucune crainte de votre souveraine position et de votre confiance sans borne dans votre propre opinion. Peut-être aussi et du haut de votre haute position arbitrale que la démocratie vous a permis d’acquérir, vos choix sous seront enfin utiles. Cela dit, les ivoiriens (dirigeants et peuple) sont encore loin de ce point d’atterrissage du débat. Car, est-ce simple et évident que cela pour un gouvernant non suicidaire, politiquement, de s’opposer à votre opinion juste, de votre fauteuil de gouvernant ultime de la Côte d’Ivoire et des relations ? Peut-être que c’est irresponsable de leur part de ne pas résister à votre autoritarisme. Mais, est-ce raisonnable et responsable de la votre, quand vous pensez que toute autre considération de tel ou tel gouvernant n’a pas de valeur, même pas l’intérêt général, quand vous considérez que vos intérêts particuliers incarnent la valeur commune ? Le temps est venu pour le peuple et ses gouvernants de s’expliquer pour dépasser leurs faiblesses. C’est en en discutant que, peut-être, le peuple d’ivoiriens pourra accompagner et soutenir le courage de quelque responsable politique authentique. Il pourra alors faire confiance à la voie de l’intérêt général, comme le meilleur moyen de satisfaire les intérêts particuliers. La quête de leur satisfaction par tous les ivoiriens empoisonne la vie collective ainsi que les relations, d’une part, entre les parties du peuple, d’autre part entre le peuple et ses dirigeants et enfin entre les dirigeants eux-mêmes.

Les ivoiriens pointent tel ou tel gouvernant ou dirigeant. C’est le lieu de dire que c’est parfois absurde. Car, en réalité, ils pointent les agissements de responsables dont une part importante du tort qu’ils leur attribuent est précisément de servir, à leurs demandes impératives, leurs intérêts particuliers plutôt que l’intérêt général. Tel gouvernant ne veut ni perdre le pouvoir, ni le céder même parfois quand il perd des élections. Tels autres dirigeants sont disposés à piétiner la règle commune ou à user de violence pour le détenir ou le conserver. Au delà de leur gloire pour l’histoire, ils agissements ainsi au nom de telle part du peuple. Les ivoiriens réprouvent par conséquent ce qui est fait en leur nom et pour vous servir. C’est sans doute la conséquence que les ivoiriens perçoivent de cette évidence qui les conduit à les soutenir. C’est également pour la même raison que la discussion entre ivoiriens, si nécessaire pour produire la satisfaction de l’intérêt collectif, ne peut constituer le mode de la relation. Car, est-il possible de discuter et de s’accorder sur des objets sociopathiques qui ne peuvent rassembler ? Pourtant, discuter au lieu de se disputer jusqu’à se battre violemment constitue l’unique alternative viable. Il y a une seule condition à son existence : l’intérêt commun plutôt que les intérêts particuliers. Pour une culture de l’oralité, du verbe et de la parole, que reste-t-il pour produire le progrès collectif, en usant de coups de poings, de fusils et de que sais-je encore ? Peut-on mettre résonance les esprits des ivoiriens avec la violence ? Le peuple laisse peu de choix à quelque gouvernant, même sensible à sa responsabilité historique, à la justice, à sa dignité, etc…  Dès lors qu’il aura pu accepter d’être l’adversaire de ses propres craintes et peurs vis-à-vis du peuple, il n’a aucun autre choix que la voie de la rébellion. Un tel dirigeant n’est pas celui qui cherche à vous séduire en allant dans le sens des finalités partiales que les parties du peuple semblent attendre de ses actions.

Ainsi, comme l’enfant ordinaire doit s’affranchir de la tutelle trop envahissante de ses parents pour devenir adulte et être digne de l’homme, le dirigeant n’a aucun autre choix. Il doit d’affirmer la dignité du dirigeant-gouvernant en devenant l’homme politique véritable qu’il est appelé à devenir, si telle est sa volonté. Faute de quoi, l’histoire le jugera sévèrement, en plus des jugements de son peuple multipleparts, à la fois juge et partie. Il ne cessera de le condamner, injustement, pour des forfaits auxquels il l’y a martialement poussé en partie à la commission. Comment arranger les relations entre le peuple et ses dirigeants et entre ses composantes si tous n’ont pas quelques torts et responsabilités. Comme est-ce possible si en particulier le dirigeant est responsable de tout et le peuple responsable de rien dans la situation qu’ils coproduisent toutefois ? C’est de la pure folie que de penser les choses ainsi, quand on se donne la peine de scruter les circonstances concrètes de coexistence. La question ultime qui se pose est alors la suivante : un peuple libre est-il responsable de rien dans les conditions de son existence ? 

Douter de sa part de responsabilité dans une situation coproduite, n’est-ce pas douter de sa liberté et peut-être même récuser être libre ?

Commençons par rappeler qu’il ne s’agit pas de culpabiliser le peuple. Mais, si du fait d’éviter de le faire, il arriva qu’on ne puisse pas souligner sa petite part de responsabilité, alors une telle condition serait absurde. Quand on pense que le peuple est majeur et libre, on ne peut pas le renforcer dans sa posture d’irresponsabilité. Quand on respecte le peuple et qu’on reconnaît toutes ses capacités d’acteur, ses marges aussi faibles soient-elles, alors on parle de lui comme du gouvernant ou du dirigeant. Cette rigueur de la pensée ne saurait être esclave de la taille de sa part de responsabilité.

Le peuple peut-il être libre sans avoir aucune responsabilité ?

Au terme de ce qui précède, si le peuple entend continuer de se complaire dans l’indexation exclusive et peu bénéfique de ses dirigeants et gouvernants, il est libre de continuer ainsi. Toutefois, on peut cependant rappeler que les dirigeants qu’il génère, quels qu’ils soient et de quelle manière qu’ils agissent, sont des résultats. Ils résultent d’un rapport. D’une part, l’un des termes est constitué par l’expression du peuple, tel qu’il se représente au sein de la famille symbolique, tel qu’il est et agit pour lui-même. D’autre part, l’autre terme du rapport est représenté par les réponses des dirigeants à ses tentatives d’annexer l’être propre de ces derniers à sa propre réalisation. On peut souligner à son attention l’évidence qu’il n’ignore sans doute pas : le peuple, constitué d’innombrables ivoiriens, perd plus dans cet affrontement familial, qu’une poignée d’ivoiriens, ses gouvernants et dirigeants. On constate que finalement tels ivoiriens ou tels autres ne parviennent pas exister en tant que gouvernants/dirigeants dignes de leur considération. Ces ivoiriens qui les incarnent échappent cependant et mieux aux conséquences du conflit familial, né de conceptions totalitaires et amorales. Détenant le pouvoir de gouverner les relations de la famille, il procède peut-être mal comme le peuple leur en fait le reproche. Cependant, une chose est certaine : ils n’oublient pas de se mettre à l’abri des effets pernicieux de leur gouvernance. C’est sans doute là aussi que se situe leur grande part de responsabilité.

Le conflit entre les membres de la famille symbolique ivoire est sournois dans ses manifestations psychologiques. Mais, ses manifestations sur l’existence concrète des ivoiriens sont la violence, la guerre et le faible niveau de réduction des difficultés de vivre. Il ne peut trouver un certain apaisement que lorsque deux conditions seront remplies. D’une part, quand les dirigeants assumeront ce qu’ils sont, à savoir ceux qui tentent de réaliser l’intérêt commun. De la part des dirigeants, toutes autres considérations, comme la peur de perdre le pouvoir, la crainte de perdre le soutien et la considération de ceux qui les font dirigeants ou gouvernants, les postures de défenseurs d’une partie du peuple contre d’autres, etc… constituent des voies collectives sans issues. D’autre part, ce conflit s’estompera, quand dans le même temps, le peuple assumera ce qu’il est, à savoir celui qui exige l’impossible de ses dirigeants et gouvernants. Cet impossible est l’intérêt commun que les ivoiriens doivent approcher, à défaut de pour le réaliser totalement et constamment. Il constitue la raison qui donne à leur existence son sens. C’est à travers lui que les innombrables intérêts particuliers, dont le nombre correspond à celui des ivoiriens, peuvent trouver les conditions de leur meilleure réalisation. S’agissant du peuple, le désir de s’approprier tel gouvernant et unilatéralement pour en faire un esclave de ses choix et de son soutien conduit aux mêmes hors pistes de l’histoire des peuples. Que faire de la situation ? Rien qui puisse relever du seul gouvernant et des seuls dirigeants encore moins du peuple seul. C’est là l’affaire de tous les ivoiriens.

La convocation de l’histoire adressée à chaque ivoirien.  

Chaque ivoirien doit sans nul doute cheminer dans son esprit vers l’idée de coresponsabilité de la situation commune, dirigeants comme membres ordinaires du peuple. Celui qui est dirigeant/ gouvernant, comme ceux qui aspirent à le devenir. Il en est de même des masses d’ivoiriens qui leur confèrent la force de le devenir ou de l’être. Sans donner leur force à tels autres d’entre eux, les ivoiriens concernés  doivent néanmoins accepter qu’ils le soient. Dans la mesure où c’est l’intérêt commun d’être ensemble, de pouvoir rendre cela possible, dans l’espoir de réduire ensemble les difficultés communes de vivre, alors tout doit s’étalonner par rapport à ce repère : les attentes, les jugements, les manières d’y contribuer, etc… C’est là, la condition ultime pour accepter la co-responsabilité des conditions de l’existence et pour renforcer chaque jour un peu plus, les volontés de les améliorer ensemble. Un homme est homme par un autre, un dirigeant/gouvernant est responsable, digne de son rôle et utile à un peuple qui est responsable, digne de l’être, responsable et utile de/à lui-même. Il convient de dépasser le simple rejet des pleurnicheurs sur la situation commune et des non-acteurs mais victimes éternels de  bourreaux présumés. Il y a bien plus à faire que de se révolter contre la révoltante culpabilisation des victimes, mais partiellement bourreaux d’eux-mêmes sans le savoir peut-être. Bref, plus que tout cela, il convient de trouver la voie commune des progrès des condition de l’existence à réaliser ensemble. De ce point de vue, chaque ivoirien est convoqué par l’histoire à choisir entre deux voies.

La première voie fait peser la balance de la responsabilité de la situation sur les gouvernants/dirigeants et/ou sur les Autres, comme uniques responsables. Elle tend aussi à reléguer à l’insignifiance la responsabilité propre des acteurs, comme le peuple ivoirien, en raison sans doute du fait que ses conséquences pèsent plus sur lui. Ainsi, Chinua Achebe a magnifiquement formulé la posture de ceux qui empruntent cette voie. Nous reprenons son énoncé en l’adaptant à la situation ivoirienne.  “Si les ivoiriens constituant le reste du peuple (dirigeants compris) sont honnêtes vis-à-vis d’eux-mêmes, ils peuvent reconnaître que face à leurs difficultés dans ce monde, ils sont peut-être coupables de telle ou telle action ou inaction ou de telle ou telle inconséquence, et que tout de ce qu’ils ont fait ou pas fait n’explique totalement les circonstances dans lesquelles ils se débattent”. (1) Cette voie de pensée du peuple ivoirien, en ferait un peuple qui doute de sa part de responsabilité dans sa situation. En cela, il peut affirmer avec l’auteur de “Things fall appart – Le monde s’effondre”, qu’en tout état de cause, sa contribution à ses difficultés de vivres ne les explique pas totalement. Cela est parfaitement exact. C’est même une évidence, car il manquait plus que quelqu’un pensa que le peuple est seul acteur et son seul bourreau. Il omettrait dans ce cas de considérer que toutes ses productions constituent ses réponses à ce qu’il identifie comme son problème. Cela étant, ses forces peuvent se retourner contre lui-même et renforcer les difficultés qu’il tente de réduire. Car ce n’est pas parce que ses actes constituent ses réponses qu’ils ne peuvent en aucun cas renforcer ses difficultés combattues. Cela dit, un tel énoncé n’affirme pas la part de responsabilité du peuple, mais relative par anticipation cette part, si elle existe. Dans une mesure où le peuple ne serait pas convaincu de cette part, comment peut-il alors considérer l’importance de la traiter. Or, c’est à l’évidence sur cette dernière que le peuple a prise, et non sur celle de tel ou tel gouvernant aussi grande soit-elle.

Une vision de la réalité risque d’aboutir à minimiser la contribution pourtant nécessaire du peuple et surtout le renforcer dans sa posture défensive et victimaire au lieu d’une posture active et responsable. Car, en matière de responsabilité et au point de vue de sa nature, que chacun assume d’abord la sienne. Il pourra alors aviser s’agissant de celle des co-auteurs de leur production commune ou même de leur part de non responsabilité, au point de vue quantitatif. C’est pourquoi, la formulation suivante paraît responsabiliser davantage et comporter un effet moteur. En effet, si les ivoiriens sont complètement et vraiment honnêtes vis-à-vis d’eux-mêmes, ils peuvent aussi reconnaître que face à leurs difficultés dans ce monde, ils sont assurément coupables de telle ou telle action ou inaction ou de telle ou telle inconséquence, et que tout de ce qu’ils ont fait ou pas fait explique au moins partiellement les circonstances dans lesquelles ils se débattent. Aucun doute n’existe dans le fait que c’est précisément sur cette part qu’ils peuvent avoir prise et agir pour l’assumer. Peut-être même, en procédant de la sorte, c’est ainsi que non seulement ils contribuent à réduire leurs difficultés, quoi que fassent, aussi libres qu’eux, quelques dirigeants. Sans doute, c’est aussi ainsi qu’ils acquièrent suffisamment de légitimité et de force pour exiger de leurs dirigeants et gouvernants l’impossible : à savoir, assumer plus efficacement ce pourquoi ils exercent le pouvoir confié de gouverner les relations de coexistence, nécessaires à l’économie collective de vivre.

N’est-ce pas ainsi qu’on peut reprendre, avec lui, le dicton bantou, que Chinua Achebe aimait rappeler : « un humain sera un humain, à cause et grâce aux  autres humains » ; « Umuntu ngumuntu ngabantu » (3) Qu’ils soient membres ordinaires du peuple ou dirigeants ou encore gouvernants, la dignité que chaque ivoirien recherche, il ne peut l’approcher que dans la coexistence avec des ivoiriens dignes et au delà, d’hommes dignes de l’Homme. Un ivoirien sera un homme et un ivoirien avec un autre ivoirien, mais pas seul. Dans la quête de réduction des difficultés communes de vivre, vouloir le faire au détriment de ceux avec lesquels on coexiste constitue le meilleur moyen de ne pas y parvenir de manière significative, encore moins continuellement et durablement. De ce point de vue, quand on voit l’état du pays depuis 1993, on peut penser qu’il faut vouloir détruire ce pays pour avoir affirmé à certains moment que la paix y règne et que tout va bien, quand tout est sujet de violentes disputes et de conflits politiciens qui alimentent les haines. Pour ma part, aucun dirigeant ni le peuple et ses parties ne veulent le détruire. Quand on a compris ce qui se joue et ses leviers, dont une partie a été analysée dans cette réflexion, non ne peut qu’y voir les conséquences logiques de ces postures. Il y a de l’espoir cependant, si chacune des parties du peuple ivoirien accepte de participer à ce débat salvateur. elles doivent consentir à le faire, non pas en victimes des uns, ni en bourreaux désignés par les autres, mais simplement en ivoiriens en quête de dignité avec d’autres ivoiriens, qu’ils soient membre ordinaires, dirigeants ou gouvernants du peuple. Il arrive souvent à telle part du peuple que le fait que tel gouvernant lui ressemble est plus important que ce qu’il fait pour lui et pour tous les ivoiriens. Il lui arrive aussi que cette ressemblance soit plus importante que la voie commune qu’il emprunte et y engage tous les ivoiriens. Dans ces conditions, le peuple ne peut pas s’étonner que l’échange de violence soit le mode des relations entre ivoiriens, sauf si quelque gouvernant ressemble à tous les ivoiriens et emprunte la voie commune de l’intérêt général. Un ivoirien qui aspire à la dignité de tous les ivoiriens ne peut que refuser l’option de la voie de la violence, comme mode de relations entre ivoiriens.

Synthèse finale avant clôture de la réflexion.

Le dogme des gouvernants et dirigeants, seuls responsables de toutes les situations pourtant coproduites par tous les ivoiriens doit perdre de sa force. Tout argument opposé, visant à faire du peuple ivoirien, les raisons de l’impasse collective, compte tenu de ses atouts et ses insuffisances, est tout aussi insupportable pour le bon sens. Longtemps, ces dogmes ont entraîné l’éclipse de la raison souveraine des ivoiriens. Considérant une famille ordinaire, la co-responsabilité de leur situation commune d’existence est la règle entre des enfants et leurs parents. Ramené symboliquement au niveau d’une famille, les ivoiriens et les composantes familiales qu’ils forment sont co-responsables des circonstances d’existence du peuple ivoirien. C’est à partir de cet énoncé que commence le véritable débat. Il n’est pas la dispute de parties du peuple qui s’accusent mutuellement de la responsabilité exclusive de leur situation commune. C’est la discussion de parties qui acceptent d’ajouter leur part de responsabilité comme pièces du débat. C’est l’unique condition, semble-t-il d’affronter ensemble ce que chacune voudrait cacher d’elle. Procéder ainsi, peut-être même est-ce rendre possible une sortie collective de l’impasse. C’est sans doute en assumant leur part de responsabilité que le peuple et les dirigeants pourront arranger les choses.

Cela dit, aucun progrès ne sera possible si chacun des membres de la famille symbolique se perçoit en l’autre et endosse une fonction, même symbolique, qui n’est pas la sienne. A l’échelon du pays, et symboliquement, aucun gouvernant ne peut être le père du peuple. Tout simplement parce, tout aussi symboliquement, les parts du peuple constituent ses parents et que les autres dirigeants sont ses frères et sœurs. Il n’est remarquable qu’en raison du pouvoir que les parents lui ont confié de gouverner les relations de la famille. C’est lorsque chaque acteur acceptera sa position dans la famille symbolique que le débat entre acteurs ivoiriens adultes pourra s’engager et leur permettre de réaliser des progrès. Car si les parents symboliques (majorité et minorité politiques du peuple) se perçoivent comme les enfants du gouvernant et se comportent comme tels et, si les véritables enfants symboliques (gouvernant/dirigeants), se perçoivent comme les parents du peuple enfant, mais agissent comme des non adultes bien qu’adultes, en oubliant de surcroît la responsabilité éminente dont l’exercice leur a été temporairement confié, à savoir gouverner la famille, quel dialogue des raisons peut-on attendre d’une telle perspective ? Concernant quelque gouvernant, il prétend mieux connaître le monde, ainsi que ses exigences et ses contingences. Il assure pouvoir conduire la famille au milieu du chaos du monde, vers la réduction collective et constante des difficultés communes de vivre. Toutes ses qualités doivent être fondées et démontrées. Autrement, sur quoi peut-on alors reposer ce qui caractérise fondamentalement la famille symbolique ainsi constituée : à savoir, l’inversion des fonctions au terme de laquelle la gouvernance des relations familiales a été confiée par les parents à l’un de leurs enfants, fait gouvernant, à leur place de parents (le peuple) ?

Quant aux parents symboliques (le peuple et ses parties majorité et minorité politiques), ils persistent à se battre violemment. Leur but est de déterminer que la même gouvernance inefficace, voire nuisible à la communauté familiale symbolique se poursuive. Cela signifie choisir son auteur. N’est-ce pas parce qu’eux-mêmes peinent à s’accorder sur leurs critères du choix du gouvernant : l’enfant symbolique élu et sur la finalité collective qui justifie son existence ? On ne peut ignorer qu’ils ont au moins une conscience résiduelle du défaut de respectabilité de ces critères et leurs finalités particulières semblables. C’est sans doute ce qui explique en partie que telle part minoritaire du peuple, à telle époque, manque de considération à tel gouvernant qui le lui rend bien, ainsi que la part majorité sur laquelle il repose. Et tant qu’ils ne parviennent pas à un tel accord, comment parvenir à juger efficacement la gouvernance du gouvernant ? De plus, comment y parvenir, quand sa connaissance prétendue du monde n’est d’aucune utilité. Les parents symboliques eux-mêmes ne lui demandent-ils pas de choisir entre eux et de servir celui qui prétend le posséder, ce sur quoi ils s’accordent finalement ?

En définitive, quelle que soit la conception symbolique du peuple familial, ce qui est en jeu est la posture de ses membres acteurs. Que tel gouvernant soit le père ou l’enfant du peuple n’est d’aucune utilité si l’un ou l’autre n’agit pas comme l’adulte que le gouvernant est cependant et si, comme tel, le gouvernant ne se centre pas pas sur l’objectif familial commun. Que le peuple soit son enfant ou ses parents n’a pas non plus d’utilité collective tant que le peuple ne se relie pas à lui comme l’adulte qu’il est et si, comme tel, le peuple ne se centre pas pas sur l’objectif familial commun. Parvenu jusqu’à ce point et au moment de remercier le lecteur, une dernière remarque s’impose. Un tel rétorquera qu’il revient au gouvernant de faire respecter les règles communes, d’éviter de voler et de sanctionner celui du peuple par exemple. Par avance, on peut formuler quelques arguments sous la forme de questions. Leur structure est adaptable au même questionnement concernant les autres sujets traités. Un peuple qui ne vole pas, parce qu’un gouvernant l’y oblige en faisant respecter la règle commune est-il libre et responsable de tous ses membres ? Un peuple qui vole, du fait de l’incompétence de son gouvernant, qui évite de lui faire observer la règle et de rendre justice en cas d’infraction de sa part, est-il libre et responsable de tous ses membres ? Dans les deux cas, si de surcroit, ce peuple évite d’user de son pouvoir de sanctionner le gouvernant qui le vole, mais au contraire acclame celui qui le vole au lieu de le protéger, est-il aussi libre de responsable de lui, même dans sa perversion ? L’est-il s’il accuse des gouvernants et peuples étrangers d’éviter de le protéger contre son gouvernant auquel il donne le pouvoir des forfaits à son dépens, y compris celui de l’exposer à l’adversité du monde ? Est-ce même être libre que de se constituer prisonnier, du gouvernant et des autres ? Que chacun réponde à ces interrogations. Compte tenu de tout cela, il ne fait aucun doute que le peuple a une part de responsabilité. Elle est quantitativement réduite, sans que cela souffre d’aucune contestation. Mais qualitativement, moralement et au point de vue de la liberté et de la nature de la responsabilité, toute responsabilité en vaut une autre. Dans ce repère, tel gouvernant n’est pas plus responsable que tel peuple qu’il gouverne ; peut-être incarne-t-il simplement la responsabilité collective, comme il incarne aussi l’État et le pays que chaque ivoirien constitue. 

Conclusion

Tentons un ultime effort de synthèse de tout ce que nous avons analysé dans ces quatre volets de notre réflexion concernant les rapports entre ivoiriens et leur situation d’existence qui en résulte. Quand on considère ces relations, débarrassées des notions d’Etat, de président, de peuple, de peuple, ces relations paraissent se résumer symboliquement à celles des membres d’une famille en perdition. On ne peut y voir autre chose que de constater une lente et constante désagrégation sociale, rendue récurrente par l’avènement de tel ou tel gouvernant. En effet, à telle époque depuis 1993 en particulier, telle majorité initiale du peuple, soutien de tel gouvernant, affronte telle minorité, comme des parents en conflits. Entre leurs désirs, le gouvernant, tel leur enfant symbolique tente d’exister. Dans ces circonstances, la situation collective d’existence ne peut dépendre que de deux paramètres. Le premier est relatif aux comportement du gouvernant, selon qu’il agit comme l’adulte qu’il est ou comme l’enfant symbolique. Dans ce dernier cas et pour sa propre sécurité et son équilibre acceptable, ses comportements sont déterminés par le rapport des forces des parts du peuple (majorité de soutien et minorité de rejet). Le second paramètre concerne la posture de ces parts du peuple. L’expérience montre qu’elles agissent comme des parents autoritaires, s’affrontant violemment pour assujettir l’existence des membres de la famille à leur seule existence. Telle peut être l’existence d’un gouvernant se comportant comme un enfant devant de parents autoritaires.   Entre le marteau (la majorité) et l’enclume (la minorité), son choix est trop souvent cela de satisfaire les attentes impératives de la majorité. Ainsi, il, cesse immédiatement d’être gouvernant et mène, dès lors une existence de non gouvernant de la famille symbolique constituée par le pays.

Malgré tout, on n’a aucune raison de douter de ce des ivoiriens aspirent à être utiles à tous les ivoiriens. Il veulent, en particulier, l’être à ceux qui prétendent qu’ils sont responsables de rien ; ils sont les mêmes qui affirment ne détenir aucun pouvoir et qui semblent avoir l’esprit et les mains purs. Sans le savoir et sur la voie de l’histoire des peuples, ces derniers ont pourtant chuté ou sont en train de l’être. Des ivoiriens qui refusent d’être libres et d’avoir en conséquence quelque responsabilité dans les conditions de leur existence n’ont-ils pas chuté sur le chemin de l’histoire ? Tentant de les relever, on peut espérer que les ivoiriens encore debout sauront considérer cette observation juste de Stephan Zweig : “ceux qui tombent entraînent souvent dans leur chute ceux qui se portent à leur secours”. (4) Ne serait-ce que la réception du débat engagé dans ces lignes peut tant en enrager certains d’entre eux, qu’ils tenteront, peut-être, d’y mettre fin par la violence. Il faudra assez de force de l’esprit pour y résister. Cette force, c’est la foi dans le fait que les ivoiriens seront plus forts ensemble, en discutant de leurs faiblesses, pour éclairer leur force commune qu’elles masquent. C’est ainsi qu’il peuvent dépassant ces faiblesses. C’est en cela qu’un ivoirien peut être utile à tous les ivoiriens. Il est fort possible que l’écriture ne soit pas à la hauteur des espoirs placés en les idées développées pour faciliter la lecture et leur compréhension. Conscient de ce que la forme pourrait desservir le fond, j’ai malgré tout choisi d’être libre : oser. Car, au point de vue de l’acteur en quête de progrès de l’existence, une seule idée comprise par un contemporain compte, malgré plusieurs autres incomprises. Sans doute, il semble qu’une seule idée partagée ou divergente avec un seul lecteur peut sans doute offrir une perspective de rapprochement qu’aucune idée exprimée ni échangée n’autorise. L’espoir est en cela.

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(1)  Stefan Zweig,  “La pitié dangereuse : ou l’impatience du cœur”,  Le Livre de poche, 2012

(2) Chinua Achebe, cité par Maria Malagardis, Chinua Achebe, au-delà des ténèbres”, Article du journal français Libération, publié le   https://next.liberation.fr/livres/2013/11/27/chinua-achebe-au-dela-des-tenebres_962436

(3) Chinua Achebe, cité Tirthankar Chanda«”Things fall apart”, le chef d’œuvre de Chinua Achebe de nouveau en français”», Article de la radio française RFI, p http://www.rfi.fr/mfi/20131227-things-fall-apart-roman-nigerian-chinua-achebe-tout-effondre-actes-sud

(4) Stephan Zweig : “Vingt-quatre heures de la vie d’une femme”, Éditions Le Livre de poche, 1992

COTE D’IVOIRE – Tentative de médiation entre ivoiriens, entre le peuple et ses dirigeants. (3/4)

3.

Peu de choses des conditions communes d’existence pourront être changées si le peuple est innocent de toutes ses difficultés de vivre.

Il sera difficile de se retrouver pour changer ensemble l’état des choses, si nombre d’ivoiriens ne reconnaissent pas être de libres acteurs et refusent leur part de la responsabilité collective. Dans les deux volets précédents de cet article, nous avons tenté de discerner les membres de la famille symbolique constituée par la Côte d’Ivoire. A son terme, le gouvernant n’est plus apparu comme étant le père symbolique de la nation. Il est ressorti de l’analyse comme l’enfant symbolique et remarquable du peuple ivoirien, représentant ses parents symboliques. D’un côté la part du peuple qui le soutient est son père ; de l’autre, celle qui ne le soutient pas représente sa mère. Quant aux autres dirigeants, ils sont les autres enfants symboliques du peuple. Nous avons également tenté de sonder la psychologie des acteurs selon cette double conceptions de la famille symbolique. Pour y parvenir, la famille africaine traditionnelle ordinaire et réelle a été d’un très précieux concours. Maintenant que la famille et ses membres sont connus et définis, on peut alors examiner les difficultés de la famille. La clarification des positions respectives des acteurs de la famille symboliques constituée par le pays et les ébauches psychologiques précédentes fourniront l’éclairage pour le faire.

Considérations préalables concernant l’innocence du peuple dans les conditions de son existence.

Sans aucun doute, il ne sert à rien d’accabler quelque dirigeant ou gouvernant, à la suite du peuple, de toutes ses certitudes le concernant. Non seulement cela relèvera de la répétition de ce qu’il affirme et que tel gouvernant sait déjà, mais en plus ne modifiera en rien leurs réflexions respectives, ce qui est plus grave. De plus, cette procédure n’a amené jusque-là aucun changement substantiel, susceptible de valider son intérêt. Il par conséquent convenable et peut-être décisif d’élargir la perspective. Admettons donc d’emblée que les dirigeants politiques emportent la plus grande part de responsabilité. Mais, cela ne saurait suffire pour expliquer et justifier le forfait dont le peuple souffre. Pour sortir des difficultés communes, il faut ajouter de nouvelles pièces au débat  pour l’alimenter. De ce point de vue, aucun acteur ne doit être épargné.

L’innocence du peuple et victime exclusive en question.

Les ivoiriens n’ignorent pas tout de tout.

Au sujet de leurs difficultés communes, aucun ivoirien ne méconnaît les jugements péremptoires du peuple à l’égard de ses dirigeants et gouvernants. De manière abrégée, nous dit le peuple, le gouvernant et les dirigeants sont responsables de tous les maux du peuple. Les crimes dont on leur fait porter la responsabilité sont si nombreux qu’on se contentera d’en citer quelques uns : détournement des ressources du pays et auteurs de la fuite des capitaux, encouragement du tribalisme, communautarisme ou régionalisme, exposition du pays aux intérêts étrangers ou facilitation de leur réalisation, politique de développement incohérente, imbécile ou absente, désir de monarchie, etc… Les faits sont têtus, comme on dit. Ils ne limiteront pas l’ampleur de la responsabilité des gouvernants et des dirigeants. Pour autant, ils manquent de constituer des arguments suffisants pour affirmer, comme le peuple, que le peuple emporte toute la responsabilité de leur situation commune. Admettons même tous les faits sans les discuter et conduisons une analyse par récurrence. Pour leur faire endosser tous seuls la responsabilité aussi bien qualitativement que quantitativement, de tous les crimes que le peuple leur reproche,  il est nécessaire de se poser deux questions. D’une part, pour quels motifs tel gouvernant les commet-il ? Car, sans discerner ces motifs, énoncer qu’il commet de tels crimes relèverait de la pure absurdité. Approchons donc les mobiles de leurs crimes. D’autre part, et quels sont ses espoirs de succès ? Car qui peut croire que tel gouvernant commette tels crimes réguliers au détriment du peuple, s’il n’a pas forgé quelques convictions ? Au delà de ses chances de succès que le pouvoir lui confère, qu’est-ce qu’il y a ? Qui peut penser qu’il agisse de cette manière si aucun peuple ou partie ne le soutient dans son entreprise et  s’il n’a quelque espoir de l’impunité ?

Ainsi, au terme de l’analyse, peut-être, découvrira-t-on que le peuple, sinon ses parties au moins, sont impliqués dans des crimes que le peuple dénonce. A travers leur soutien, la réalisation de leurs intérêts constitue peut-être les mobiles recherchés et nous éclairerons sans doute ceux auxquels les crimes profitent. D’où, l’on pourrait extraire que le peuple n’est peut-être pas innocent de ce qui ressemblera alors à son propre suicide.

Pour conduire cette réflexion, il convient d’examiner les jugements du peuple sous un angle différent : celui d’une famille symbolique dans laquelle le gouvernant n’est plus le père mais l’enfant symbolique. Parce que tous comptes faits, il est difficile d’affirmer que tous les jugements du peuple rendent compte de la vérité de la situation commune de coexistence. Parce, considérant le gouvernant comme son père symbolique, qu’il commet une erreur de repère dans sa procédure . Il convient aussi d’accepter de mettre de côté toutes les bonnes raisons du peuple, dans ses composantes multiples, de faire des dirigeants et des gouvernants les seules sources du mal du peuple ivoiriens. Le peuple n’affirme-t-il pas qu’ils sont des corrompus qui achètent ses soutiens au lieu de le convaincre. Ne dit-il pas qu’ils sont des communautaristes ou tribalistes qui se mettent au service de leurs communautés ou tribus. Ne les identifie-t-il à des voleurs qui lui pillent ses ressources et ses biens, et à des imbéciles qui agissent sans manifester aucune raison ? Finalement, de son point de vue, n’incarnent-ils pas des irresponsables sans utilité pour lui ? Bref, écartons du débat le jugement impératif du peuple faisant d’eux, non seulement ceux qui n’assument pas leur responsabilité historique et devoir envers lui, mais au contraire, ceux qui lui sont nuisibles.

La souffrance du peuple convertie en son innocence.

Le peuple répète sans cesse que tel gouvernant génère les difficultés des ivoiriens quand il ne constitue pas purement et simplement son problème. Or, un homme ne peut constituer un problème, en particulier celui commun des ivoiriens à résoudre ensemble. Même pour ceux qui veulent faire des acteurs un problème, un acteur seul ne peut représenter seul un problème né des relations humaines. C’est pourquoi, il est temps de discuter l’énoncé de certains principes du peuple.  On ne peut plus se contenter, comme jusque-là, de continuer à revêtir le peuple de son costume d’innocence au détriment de la vérité. Il convient d’approcher la vérité de la situation commune au milieu des relations humaines complexes que suppose vivre ensemble. Voyons si tel gouvernant n’agit que tout seul et pour lui seul. Examinons s’il le fait indépendamment de la considération des motivations de la grande foule d’ivoiriens qui le supportent. Rappelons que certains parmi eux sont prêts à sacrifier leur existence dans la confrontation avec d’autres ivoiriens auxquels ils sont opposés. Quand on mesure qu’ils peuvent sacrifier leur existence en face des détracteurs supposés, sinon des menaces, pour leurs statuts de gouvernants, peut-on penser qu’ils ne tirent rien d’un tel soutien ou sacrifice ?

Que veulent signifier des ivoiriens quand ils disent que tel gouvernant ne sert pas le peuple ? Au regard de ce qui précède, leur énoncé semble finalement revenir à affirmer qu’ils n’acceptent pas que le gouvernant ne soit pas celui qu’ils soutiennent. Comme un comble, ils divergent sur les conséquences de leur accord : en assignant au dirigeant/gouvernant et comme finalité de son mandat temporairement confié de servir leurs intérêts, le gouvernant ne peut les servir que s’il est celui qu’ils ont élu. Ainsi, le jugement de tel gouvernant et de son action glisse immanquablement au jugement d’un accord de principe : parce que des ivoiriens en refusent les conséquences, en étant la minorité politique à une époque donnée. C’est en cela aussi que ne pas détenir le pouvoir est inacceptable pour tel gouvernant. Ne pas le détenir implique, pour tel gouvernant, de ne pas pouvoir être utile à ses foules de supporters et admirateurs. Pour tels ivoiriens, ne pas détenir le pouvoir à travers leur champion politique, c’est l’assurance de ne pas pouvoir être servis.

Voilà pourquoi, l’analyse qui suit se propose de soumettre à la raison du peuple, de son gouvernant et de ses dirigeants d’autres considérations. Sa seule prétention est de conduire à une interrogation sur leur situation commune chaotique. Elle a également l’ambition de les encourager à questionner leurs jugements péremptoires et incomplètement fondés. Peut-être alors, la situation des relations et des conditions de la coexistence peuvent bénéficier de leurs raisons au commande de leurs actes. Face à la complexité de leurs relations et avides de les comprendre, espérons-le, ils pourront peut-être parvenir à modifier leurs perceptions et leurs conduites. Ainsi, la totale et complète responsabilité du gouvernant et des dirigeants est traitée et évoquée par nombre d’ivoiriens, vêtus de leurs habits de procureurs implacables de la république. Mais, un doute raisonnable existe cependant quant à la complétude de cette culpabilité. C’est pourquoi, il est temps d’instruire l’innocence totale du peuple, défendue par ces procureurs instruisant à la seule charge de tels ou tels gouvernants et dirigeants.

Procéder ainsi peut conduire chaque ivoirien à revoir ses certitudes. Cela peut l’amener à éviter de faire de tous gouvernants et de tous dirigeants, des gens qui n’ont d’horizon que d’abuser honteusement du peuple démuni, voire manquant de faculté de discernent de l’essentiel. Quel ivoirien parvient-il à penser que des masses ivoiriennes supportrices de tel ou tel gouvernant ou dirigeant ignorent le sens profond de leur engagement ? Certes, on peut questionner l’intérêt collectif de son sens. Mais des masses affirment, sans aucune réserve, que tels ou tels gouvernants ou dirigeants abusent les ivoiriens. Cela mérite qu’on en débatte. Il se peut que ce débat conduise le peuple à constater que, d’une certaine manière, c’est insulter tels gouvernants et s’insulter lui-même. D’une part, concernant tels gouvernant, c’est penser qu’il ne manifestent que cette volonté et qu’ils disposent de toutes les ressources, y compris de l’esprit, pour réaliser leurs forfaits à l’insu du peuple, alors fait victime. D’autre part, s’agissant du peuple, c’est considérer qu’il n’est victime du gouvernant qu’en l’unique raison qu’il ignore tout de tout. Néanmoins, un peuple insuffisamment instruit n’est pas un peuple qui ignore tout de tout. Pour cette unique raison au moins, le peuple doit être traité avec considération et confiance dans sa capacité de comprendre ce qui le concerne. Il convient tout simplement de récuser les assertions ne faisant du peuple que la victime de son gouvernant. Le peuple détient, sans doute, une petite, mais néanmoins une importante part de responsabilité dans les circonstances de l’existence collective.

Un débat nécessaire et utile concernant l’innocence du peuple.

Les ivoiriens n’échapperont pas au débat concernant l’innocence du peuple. Sans doute, pour les y encourager alors que nombre d’entre eux n’en acceptent probablement pas la raison, le préalable est de reconnaître avec eux la grande part de responsabilité de leurs gouvernants et dirigeants.

Reconnaître la responsabilité incontestable des gouvernants, c’est rendre possible le débat concernant l’innocence du peuple.

Les faits généralement reprochés aux gouvernants africains pour expliquer la situation de l’Afrique sont nombreux. A juste titre, le peuple les accuse d’être responsables de détournements de ressources publiques et de la fuite des capitaux et de corruption. Il les fait être les auteurs de la mauvaise gestion publique, des inégalités sociales abyssales ou de la forte inégalité dans le partage des richesses au profit des entreprises multinationales et des élites politiques. Il les présente comme incapables de projets de création de valeurs ajoutées aux innombrables ressources brutes. Bref, ils manquent de planifier des projets de société, si bien que par exemple les produits locaux restent sous valorisés, étouffant toutes possibilités de développement d’une industrie locale. Dépourvus selon le peuple d’une vision commune régional et continentale, ils sont champions de la mauvaise gouvernance. Comble de son malheur, les élites politiques sont souvent à la croisée des conflits d’intérêts entre sous-communautés nationales. Ils les alimentent par leur aspiration à vouloir la primauté de telles régions et ses ressortissants sur telles autres. L’injustice sociale et Finalement responsables des guerres, ils nuisent avec elles à la cohésion nationale. L’injustice sociale, la corruption, la confiscation du pouvoir, le non respect des droits et le favoritisme servent leurs projets sectaires.  Pour compléter le tout, ils servent en réalité, nous dit-on, des intérêts étrangers, “sous un bouclier protecteur occidental, en particulier français” (1).

Commençons par préciser qu’il n’est nullement question dans l’analyse qui suit de tenter de les défendre. La réalité des ivoiriens offre si peu d’arguments pour contester ce qui précède qu’il convient simplement de reconnaître leur responsabilité. Cela dit, une chose est de s’accorder sur cette culpabilité. Une autre est d’ériger au peuple un statut unique de victime de ses gouvernants et dirigeants. Sans doute, parce que nous traitons de relations humaines, la simplicité n’est pas ce qui les caractérise. Car, on peut observer que dans une famille ordinaire ni les parents, ni les enfants adultes ne sont que victimes ni que seuls responsables des circonstances de leur coexistence. De même, dans un État, en tant que famille symbolique, on commettrait une grave erreur si on considérait que le peuple n’est responsable de rien dans les conditions de son existence. Il n’y a rien de pire que de rendre une victime responsable du forfait à son détriment. Néanmoins, admettons simplement que le peuple est au moins victime de ses propres productions retournées, sans le savoir, contre lui-même. Voyons donc de quelle manière, au lieu qu’elles résolvent ses difficultés, les productions du peuple se retournent contre lui-même, renforcées par tout ce qui est reproché aux dirigeants.

Il est raisonnable et souhaitable de mettre en débat l’innocence ou la part de responsabilité du peuple dans la situation commune d’existence.

Affirmer la part de responsabilité du peuple, ce n’est pas refuser ou nier la responsabilité de ses gouvernants, mais souligner la leur à sa juste mesure. En conséquence, disons-le tout de suite : considérant la situation des ivoiriens, la part de responsabilité du peuple, aussi petite soit-elle n’est pas rien. Elle est même déterminante. D’une part, il suffit de considérer que rien de leur situation de coexistence ne serait ce qu’elle est sans sa contribution. D’autre part, aucun progrès ne peut être réalisé pour la modifier si l’on manque de considérer la part du peuple. Le point de départ de la discussion est le jugement péremptoire du peuple s’agissant de ses dirigeants et gouvernants et de leurs actions. On peut douter de ce que le peuple soit complètement innocent de tout ce dont il souffre et accuse ses dirigeants et gouvernants d’en être les seuls responsables. Car, par une observation et une analyse attentives, on se rend bien compte de la vérité partielle et incomplète d’une telle position. Le peuple ne peut plus continuer à laisser penser qu’il n’est que victime de ses dirigeants et gouvernants. En effet, les faits ramènent inévitablement l’analyse de la situation des relations familiales à un constat. On discerne très clairement que le peuple présente plutôt les attributs du gouvernant principal et autoritaire de la Côte d’Ivoire, du haut du pouvoir que la démocratie lui confère. Il génère le gouvernant et les dirigeants. Il semble qu’il entend les faire agir selon ses désirs. Peut-être que le peuple y parvient parce des gouvernants/dirigeants, symboliquement ses enfants, agissent effectivement comme des enfants alors qu’ils sont adultes.

Pourtant, dès que l’on évoque la situation des ivoiriens, tels membres ou telles parties de la communauté nationale ivoirienne font tels reproches à tels responsables politiques ou gouvernants. Tels autres procèdent de la même manière vis-à-vis de tels autres gouvernants. Ainsi, nous pouvons reconstituer le peuple entier  en rassemblant tous ces membres ou toutes ces parties de la communauté nationale. On parvient alors au fait que le peuple ivoirien ou la communauté nationale ivoirienne fait des reproches à ses responsables politiques ou gouvernants. Tout se passe alors comme si, le peuple irréprochable indexait ses hommes politiques, sans jamais évoquer ses propres attitudes et comportements. Il procède en conséquence, comme si ces derniers avaient tous les torts ; comme un père ordinaire voudrait par avance rendre ses enfants seuls responsables de leurs comportements et des difficultés familiales. Or, au terme d’une observation attentive de la relation entre des parents et leurs enfants, on est en peine de dégager un seul responsable de la situation en résultant. C’est pourquoi, il convient d’instruire l’innocence supposée du peuple, comme la culpabilité des dirigeants, dont chaque ivoirien est certain.

Respecter le peuple, c’est instruire le dossier de son innocence, comme celui de la culpabilité de ses gouvernants et dirigeants.

On se trompe de peu d’initier la discussion de la question de l’innocence du peuple par ce postulat de départ. Dans dans leur grande majorité, les parties du peuple attendent de quelque détenteur du pouvoir qu’ils servent préférentiellement leurs intérêts particuliers. Ce que le peuple, fait ou pas a une grande importance. C’est pourquoi, nous devons collectivement discuter du peu de responsabilité qui lui revient, notamment ses attentes impératives. Il faut le rappeler d’emblée, avant aller plus loin : le peuple de parents symboliques n’est pas une victime expiatoire de ses dirigeants et gouvernants. Il est indiscutable qu’une proportion importante de non instruits existe au sein de la population. Mais, cette situation n’implique guère une absence de capacité de discernement, de volonté collective, bref une absence de raison du peuple. Questionnons par conséquent les raisons du peuple dans ses relations avec ses dirigeants et gouvernants.  Vis-à-vis de tel gouvernant ou dirigeant, il semble bien qu’il existe une tentative de la part majoritaire ou minoritaire du peuple de régenter le mandat du gouvernant ou l’existence du dirigeant (enfants symboliques) à son seul profit. Pour procéder à cette instruction de l’innocence du peuple, le chemin le plus court consiste à examiner ses accusations portées contre les gouvernants.

Le peuple est-il légitime pour affirmer n’être que victime du vol de ses ressources par ses gouvernants quand il vole ce qui leur appartient à tous ? 

La première accusation portée par le peuple contre tel gouvernant est celle de lui voler ses ressources collectives. A ce sujet, un internaute ivoirien résumait sur Tweeter l’état d’esprit général en substance comme suit : peut-être qu’on ne comprend pas tout ce les politiciens font, mais on se rend bien compte qu’ils s’enrichissent très vite. Mais, le peuple ne fait-il pas preuve de duplicité quand il accuse tels gouvernant de vols des ressources collectives, sans évoquer tout ce que le peuple vole à tous les membre de la famille ?

Duplicité et incohérence du peuple à propos du vol des dirigeants.

On se souvient aussi des “Houphouët, voleur !”, qui résonnaient à l’abord des années 90. L’idée que les gouvernants et dirigeants volent les ressources collectives du peuple est solidement ancrée dans l’esprit du peuple. Certes, sans effort, il est possible de trouver quelques exemples de malversations financières. Chacun se souvient des scandales de la Sodesucre et de la Chaînepac des années 70. Des analyses empiriques peuvent aussi compléter les arguments pour étayer ce sentiment du peuple, bien qu’il ne peut être affirmé que tous les dirigeants volent. Par exemple, lorsque tel ministère consacre l’essentiel sinon la quasi-totalité de son budget à son fonctionnement, il est impossible d’éviter d’avoir des doutes sérieux de probité. Par ailleurs, on ne peut que faire des hypothèses de détournements de fonds publics, quand on connaît les grilles salariales du pays, en comparaison de la capacité financière démontrée par nombre d’ivoiriens.

On peut aussi évoquer le fait que des études ont conduit à établir qu’une part importante de capitaux d’origine africaine sont placés dans des établissements financiers européens. Si cela ne suffit pas, convoquons des plaintes contre tels ou tels gouvernants, pour détournements de fonds publics et possession de biens détenus à l’étranger et irrégulièrement financés. Ces faits supposés ont conduit à des enquêtes préliminaires par la justice française, lesquelles ont vite été stoppées au point que certains évoquent à juste titre la connivence étrangère. Ainsi, à la lumière de faits réels et empiriques, il est incontestable d’observer que nombre de dirigeants ne se privent pas de confondre leurs intérêts propres avec l’intérêt général. De ce point de vue, il est peu utile de pointer la responsabilité d’États étrangers. Qu’ils garantissent les possibilités de forfaits de gouvernants africains au dépens de leurs peuples ne neutralise pas l’argument de la coresponsabilité. La responsabilité première d’un État, quel qu’il soit, n’est-il pas de protéger ses citoyens ? Quel africain raisonnable parvient-il alors à exiger d’États étrangers de considérer l’amoralité d’accepter les fruits de recels de détournements de ressources collectives appartenant aux africains par des gouvernants africains ? Qu’exige-il alors à des gouvernants dont la raison d’être est de protéger les peuples africains, qui jugent juste et moral de les voler ? Lequel exige-t-il que d’autres gouvernants protègent les peuples africains des gouvernants africains et à leur place ? Le penser relève simplement d’une absurdité totale. Si des gouvernants africains ne protègent pas les peuples africains, il revient d’abord à ces peuples de se protéger eux-mêmes de leurs gouvernants et non à aucun autre gouvernant dans le monde. C’est donc le lieu de soumettre l’innocence du peuple à un examen de la raison. C’est aussi l’occasion de questionner son statut exclusif de victime de vols, de détournements de ses ressources et d’organisation de leur fuite.

Dons des ivoiriens ou vol du peuple ?

Parvenu là, imaginons que par jour 1 million d’ivoiriens sur 25 millions environ soient amenés à donner 100 FCFA pour “traiter” un besoin qui les a mis en rapport avec un service administratif. C’est volontaire et à dessein que nous considérons ce niveau de montant, dérisoire à l’époque actuelle. Admettons, comme chacun le sait, que cette somme a été utile pour “accélérer” le traitement de son dossier administratif. Elle a également pu servir à n’avoir aucun compte officiel à rendre à la règle commune, pour avoir commis une infraction. Bref, cela représenterait la coquette somme de 100 millions de FCFA par jour sur l’ensemble du pays. Elle est très exactement la somme que le peuple (une partie) aurait soutiré au peuple (une autre partie). Sur une année de 365 jours, cela fait 36,5 milliards de FCFA ! Ce vol, car c’en est un, a au moins un avantage. Car, contrairement aux détournements de deniers publics (par des dirigeants) qui alimentent des banques étrangères, cette somme pimente assurément les sauces de nombre de familles ivoiriennes et leur existence. Certes.

Observons néanmoins que l’État peine déjà à élargir la base de la population ayant aptitude à payer l’impôt pour les raisons évidentes que chacun peut supposer. On se rend alors compte du fait qu’un “impôt ou taxe” est “collecté” et perçu par tel fonctionnaire. Volontairement payé par nombre d’ivoiriens, il réprime un manquement à la règle commune au bénéfice de l’agent administratif et de sa famille. Constatons alors que, n’exerçant pas sa responsabilité de garantir son respect par tous, il en tire cependant un double bénéfice. Il peut aussi servir à encourager tel autre fonctionnaire à faire correctement un travail pour lequel il est déjà rémunéré. Remarquons que ce vol du peuple peut rapporter ce montant à sa part qui a déjà un travail et qui en est déjà rémunérée pour le faire et correctement. 

Concernant les fruits du vol des gouvernants, chacun pense avoir une idée de leur destination. Que deviennent ces 36,5 milliards supposés et plus précisément les fruits du vol du peuple ? Cette somme indument gagnée par une partie du peuple complète ce qu’elle gagne loyalement quand le peuple fait son travail. Indépendamment de l’ampleur des vols respectifs, lequel profite à toute la famille symbolique. Aucun. Dans ces conditions, évitons de considérer l’ampleur respective des vols commis autant par le gouvernant que par le peuple. Sur cette base, le gouvernant est-il le seul voleur des ressources collectives ? Le peuple peut-il exiger de tels gouvernants qu’ils soient intègres si lui même ne consent pas à l’être ? Quoi qu’il en soit, leur exiger une certaine intégrité ne revient-il pas à leur demander de l’être également dans la justice à rendre ? En conséquence et réalisant la volonté du peuple, ne devraient-ils pas exiger du peuple qu’il soit intègre, comme il le leur exige ? Le peuple soutiendrait-il la réalisation de cette double exigence croisée par quel que gouvernant qu’il supporte ?

Le fondement qualitatif du vol trahit le peuple.

En attendant que le peuple réponde à cette question, que peut-on tirer de tout cela ? On ne peut qu’apprécier l’audace et le culot du peuple, quand il accuse le seul gouvernant de vol, alors qu’il vole quelque chose à toute la famille, au gouvernant compris. Dès lors, on peut discuter du niveau des salaires à plusieurs points de vue. Mais, en aucun cas, il peut justifier le vol, ni même l’expliquer. Expliquer le vol n’est-il pas le début d’une procédure visant à lui trouver une circonstance atténuante morale ? Ainsi, sur ce sujet comme sur la plupart, il se trouvera des ivoiriens pour ajouter comme pièces au débat leurs arguments périmés. Ils relèveront sans doute les montants peut-être exorbitants volés par les gouvernants et dirigeants, comme preuve de leur attribut de voleurs. Dans le même mouvement d’esprit, croient-ils, il évoqueront ceux dérisoires à leur avis soutirés par le peuple. Il auront sans doute raison sur un point : la capacité supérieure de vol des dirigeants due à leur détention du pouvoir en présence d’une justice peut-être exsangue. Mais, leurs arguments manqueront d’en être dès lors qu’ils constituent en eux-mêmes une partie du sujet discuté. En effet, leurs arguments tirent leur force d’une vision quantitative de la réalité qui supprime à son appréciation toute considération qualitative, donc morale. Or, si la dimension quantitative constitue un moyen de la société humaine déjà bâtie, dont elle résulte, c’est la dimension qualitative qui rend possible l’existence de la société elle-même. Une société humaine, comme un pays en tant que famille symbolique, se bâtit sur des considérations morales. En conséquence, au point de vue d’une société humaine, le gouvernant voleur n’a pas cet attribut parce qu’il vole beaucoup de ses ressources. Le peuple non plus n’est pas dépourvu de cet attribut, en raison de voler moins de ressources. C’est autour de ce principe qu’une telle société s’accorde sur la signification générale du vol, acceptable par tous. C’est c’est accord qui unit ses membres jusuq’à faire société humaine commune. Que le dirigeant soit voleur et que le peuple ne vole rien, on ne voit pas bien de ce point de vue, comment dirigeants et peuple peuvent s’accorder pour constituer une famille symbolique : un pays.

Ainsi, on peut conclure. En ayant placé la discussion sur le terrain moral, donc de la qualité, nous avons évité de nous égarer dans le champ quantitatif. Nous admettons de ne pas considérer les montants respectifs du vol des gouvernants et celui du peuple que nous ignorons par définition. Nous sous sommes concentrés sur le vol en lui-même, dans son aspect essentiellement moral, c’est-à-dire, ce qui nous fait être société humaine. Dans cette perspective, nous aboutissons à constater qu’un voleur (le peuple ou plutôt ses parties) accuse un autre (tel gouvernant ou dirigeant) de l’être. Il ne fonde son argument que sur des considérations quantitatives (niveau du vol) ainsi que sur la position à partir de laquelle l’un vole et duquel l’autre accuse. Mais, dans cette procédure, la raison peine à discerner d’une part le vol et le fondement de son refus d’autre part. Il lui semble que la seule base du pouvoir détenu par tel gouvernant ainsi sur le niveau du vol qu’il lui permet de réaliser ne suffisent ni à définir le vol, ni à le récuser. Le peuple ne peut pas à la fois récuser le vol, indexer celui du gouvernant et accepter le sien. Il se fourvoie dans sa considération morale du vol.

En lui conférant un double sens, à partir d’un repère contestable, le peuple ne conteste pas le vol, mais la liberté du gouvernant de voler comme lui, comme sa définition équivoque l’y autorise. Peut-être, faut-il au peuple trouver la force de supprimer toute liberté de voler à quiconque (y compris à lui-même) et d’en faire principe commun en le fondant moralement. C’est dans cette exigence de la raison du peuple, en particulier morale, qu’il peut sans doute parvenir à se protéger efficacement du vol.  D’un côté, il doit le reconnaître, vouloir et accepter que son son propre vol soit sanctionné, y compris par tel gouvernant qu’il supporte. De l’autre, il doit exiger et obtenir que celui de tel gouvernant ou dirigeant qu’il supporte (en particulier) le soit par lui. Le cas échéant, il doit le sanctionner sévèrement par sa déconsidération manifestée. Autrement, comment le peuple parvient-il à être protégé du vol si lui-même ne consent pas à le faire ? Comment y parvient-il s’il confère cette responsabilité au gouvernant sans aucun contrôle ni sanction de sa part ? On ne voit pas bien comment il y parvient quand il l’accuse de ne pas le protéger, en même temps il donne régulièrement le pouvoir de le faire sans vouloir de surcroît, sans pouvoir y mettre fin. Comment y parvenir si le peuple agrée son propre vol, de plus, sans user de son pouvoir discrétionnaire alors que le gouvernant ne se prive pas de l’usage du sien ?

N’est-ce pas la même question dès que l’on évoque le favoritisme dont tel gouvernant se rendrait coupable ? Car, telle part du peuple accepte de profiter indument des manifestations de préférences de tel gouvernant qu’elle supporte. Cela n’implique-t-il pas le renforcement du gouvernant considéré dans sa gouvernance inéquitable et contre-productive de progrès collectifs ? A une autre époque politique, ce principe admis ne conduit-il pas à la possibilité pour cette partie du peuple de ne pas en être bénéficiaire ? Admet-elle les conséquences de ce principe amoral, d’autant qu’elle pense “posséder” le gouvernant et tout ce que cela implique ? La violence qui accompagne le peuple nous indique que non. Là encore, nous devons examiner les fondements de cette accusation de manière lucide.

Le biais et l’insuffisance d’accuser tel gouvernant de favoritisme, sans souligner que le peuple est à la fois complice/bénéficiaire et victime ?

Selon l’époque politique, nombre d’ivoiriens, y vont de leur observation concernant la manière avec laquelle tel gouvernant gouverne et redistribue les ressources produites. Questionnons leurs reproches à ce sujet.

Il convient d’admettre au préalable l’accusation de favoritisme de tel ou tel gouvernant pour mieux aller au delà.

Selon eux, son mandat est caractérisé par un exercice préférentiel du pouvoir au bénéfice de telle partie de la communauté nationale et au détriment de telles autres. C’est ainsi que selon l’ivoirien considéré, Félix Houphouët-Boigny a servi les Akan, ainsi que Konan Bédié, quand Laurent Gbagbo a procédé de même à l’égard des ivoiriens de l’ouest ivoirien. Le cas encore actuel concerne la gouvernance d’Alassane Ouattara. Chacun se souvient du fameux “rattrapage ethnique” martelé depuis 2011. Sauf ignorance de notre part, à aucun moment, le débat n’a porté sur les compétences des personnes occupant des postes de responsabilité, mais sur leur patronyme qui, pense-t-on, tient lieu de repère. A quoi bon, dirons-nous. Le président Alassane Ouattara lui même a confirmé sa volonté de rattraper des écarts de profits entre les ivoiriens du nord ivoirien et les autres. Ces profits particuliers semblent être tirés du pouvoir exercé par tel ou tel gouvernant. Selon lui, ces écarts ont été générés par ses différents prédécesseurs, sans préciser si cela remonte à celui dont il se réclame de la pensée, à savoir Félix Houphouët-Boigny. Ainsi, l’idée solidement ancrée en l’esprit des ivoiriens, selon laquelle tel gouvernant détenant et exerçant le pouvoir sert préférentiellement sa communauté de supporters a reçu à cette occasion une démonstration édifiante. Les discussions interminables visant à la démonter sa réalité ou à la réfuter sont devenues inutiles. Il ne s’agit pas dans cette analyse d’en développer les manifestations, mais de l’admettre, dans le but de dégager l’essentiel.

Il est exact qu’à certaines périodes, la croissance économique a été là, constante sur plusieurs années. Mais, quand au cours des mêmes périodes, le taux de pauvreté croit dans le pays, il y a plusieurs explications envisageables. Plaçons-nous dans l’hypothèse d’une croissance soutenue qui génère beaucoup de ressources pour le pays. Soit, la croissance de la population à laquelle elles doivent être redistribuées es beaucoup plus rapide et soutenue (augmentant le nombre de bénéficiaires potentiels). Ceci peut expliquer cela et ramener le débat à l’adéquation ressources/bénéficiaires, dans le cadre d’une redistribution équitable. Soit, peu de ressources sont redistribuées en raison de servir à éponger le lourd fardeau de la dette abyssale du pays qui le maintient prisonnier. Dans ce cas, le débat concerne la dette elle-même, à travers laquelle il semble que l’Afrique se constitue prisonnière. Soit, la croissance économique ne procure pas assez de ressources à redistribuer. Une raison consiste à évoquer une balance commerciale non productive et inefficace. D‘une part, le sujet à discuter concerne alors la production de biens et la capacité d’échanges, sur l’intérêt et l’ampleur des biens acquis en provenance de l’étranger. D’autre part, il porte aussi sur l’intérêt, en termes de progrès collectifs, des projets qui les justifient. Le rapatriement dans d’autres pays de l’essentiel des gains économiques par des acteurs étrangers peut l’expliquer. Ce débat est celui de la structuration des activités de production et économiques.  Nous ne nous étendrons pas sur ces cas, se rapportant au sujet de la dette et de la fuite des capitaux. Enfin, soit des ressources sont disponibles et la redistribution ne concerne qu’une faible partie de la population. Cela implique la croissance des richesses de cette minorité bénéficiaire au détriment d’une part substantielle non bénéficiaire de la population.

Duperie ou inconséquence quand le peuple soutient chez tel gouvernant ce qu’il reproche à tel autre gouvernant ?

Pour poursuivre l’analyse, admettons que des ressources sont générées. Ensuite, plaçons-nous dans le cas de leur disponibilité pour le peuple et de leur redistribution. Enfin, hypothéquons la réalité d’une distribution inéquitable des ressources. Et, considérons tout de même tous les autres cas ou malgré tout quelques ressources disponibles sont redistribuées. C’est même en ces temps de pénurie de ressources que le risque de disproportion peut être renforcé et les effets de cette dernière davantage ressentis. Le peuple soutient que tel gouvernant sert de préférence la part de la communauté nationale de laquelle il tire sa force politique. On suppose par conséquent que la mesure où le nombre de bénéficiaires est restreint, à dessein du gouvernant, contribue à la croissance parfois artificielle du taux moyen global de pauvreté. Cela implique aussi qu’une part du peuple bénéficie de sa gouvernance obtus. Posons alors que la part du peuple qui bénéficie des ressources produites et redistribuées par tels gouvernants se limite aux citoyens communément désignés par les “élites”. Comparativement au reste du peuple, leur faible nombre explique que le taux de pauvreté croisse. Il est clair, encore plus pour un pays comme la Côte d’Ivoire, qu’un pays produit plus de peuple que d’élites.

Or précisément, c’est la grande majorité du peuple, non bénéficiaire, qui fait être ces élites, ces dirigeants et ces gouvernants. C’est le même peuple qui les soutient contre vents et marées politiques. Il les applaudit et les adule. Souvent même, il envie leurs richesses dont elles font affichage et agit pour tenter d’en profiter un peu. Dans ces circonstances, le vol dont il accuse les dirigeant se situe dans sa mémoire inaccessible. Cependant, parce que le peuple doit être respecté  on ne peut en conclure qu’il a beaucoup de considération pour ceux qui le font être pauvre et qui, pense-t-il aggravent sa souffrance de vivre. On est contraint d’envisager quelque bénéfice pour le peuple justifiant son comportement. Faute de cet atterrissage, on prend un chemin sans issue. La question est alors : qu’est-ce que le peuple gagne ou reçoit en échange de son soutien indéfectible à tel gouvernant. On doit anticiper et constater le fait que quoi qu’il soit,  les circonstances de progrès de son existence sont rares. Sauf inconséquence de son fait que nous n’envisageons pas, la part du peuple auquel son soutien procure un gain ne peut soutenir et contester à la fois le gouvernant et sa politique. Il vient donc que ce n’est pas tout le peuple qui, à telle époque, pointe la gouvernance de tel gouvernant comme étant inéquitable. Ce ne peut être qu’une partie seulement ; celle qui pense ne pas en bénéficier équitablement. En conséquence, il vient que quand une partie du peuple pointe telle gouvernance, elle doit admettre une double responsabilité.

D’une part, celle du gouvernant qui a le pouvoir d’une gouvernance équitable mais réalise contradictoirement une gouvernance inéquitable. D’autre part, il lui faut considérer celle de la part du peuple bénéficiaire de sa gouvernance. Elle accepte de tirer un profit indu de sa contribution (soutien du gouvernant) aux relations démocratiques que les règles communes organisent. Observons que la part du peuple qui accuse tel gouvernant et celle qui profite de sa gouvernance changent de positions au gré des échéances électorales. De cela, et sauf à considérer que chacune de ses partie se considère seule comme étant le peuple entier, il résulte deux observations. D’abord, tout le peuple accuse tels gouvernants de gouvernances sectaires. Ensuite, selon la conjoncture politique, c’est le même peuple qui bénéficie (au détriment de lui-même) de ce dont il accuse des gouvernants agissant de manière similaire. Alternativement, des parties du peuple acceptent, sans souvent le reconnaître, des avantages indus de l’exercice du pouvoir de leur champion politique. A ce titre, le peuple est complice de ce qu’il reproche précisément à ses gouvernants en matière de gouvernance équitable. Il peut vouloir exiger que tel gouvernant agisse équitablement. Mais, conformément au principe de sa pensée, est-il conséquent et crédible, quand il formule une telle exigence au gouvernant qu’il n’a pas généré de manière décisive et auquel il ne procure aucun soutien ?

Compte tenu de ce qui précède, il semble y avoir une vertu du soutien politique exigeant. Cette vertu implique qu’une part du peuple, soutien du gouvernant, exige l’équité de sa part, en faisant de son soutien le fondement d’une gouvernance équitable. Le défaut de son soutien doit aussi impliquer la possibilité d’une gouvernance équitable (certes contrainte). Obligé de maintenir sa base de soutien exigeant et/ou de l’élargir, tel gouvernant doit être contraint par un tel soutien de la mettre en œuvre. C’est son soutien exigeant à tels ou tels gouvernants ou dirigeants que le peuple peut contribuer à la justice sociale qu’il attend. Mais, ne sommes-nous pas éloignés de la vertu du soutien politique, quand on se demande si le peuple (à travers ses parties alternativement) n’exige pas d’être servi préférentiellement par le gouvernant, plutôt que tout le peuple. Il appartient au peuple d’examiner la distance qui sépare son soutien de sa vertu. Concluons simplement en relevant qu’il est sans doute exact que la richesse nationale est concentrée dans les mains d’une infime minorité de gouvernants et de dirigeants. Malgré tout, il est aussi exact que si la majorité de la communauté nationale (le peuple) vit dans la misère, le peuple détient au moins une responsabilité : la responsabilité de soutenir et d’applaudir ses bourreaux supposés ; plus encore, la responsabilité d’accepter parfois de mourir pour qu’ils le demeurent et le spolient comme il le lui reproche.

Parce qu’il n’est pas déraisonnable, le peuple a sans aucun doute quels que avantages à continuer de procéder ainsi. On ne peut par conséquent pas se contenter de lui demander de procéder autrement. Néanmoins, on peut l’inviter à questionner la pertinence de ces avantages. C’est sans doute dans leur aptitude à lui procurer les progrès les plus importants de ses conditions d’existence que résident les fondement de son soutien. La responsabilité du peuple commence ici, quoi que fasse quelque gouvernant. De ce point de vue, un peuple libre accepte la liberté du gouvernant, y compris de voler, de conduire une politique inéquitable, etc… Pour être le peuple et continuer de l’être La sienne est de lui en rappeler les limites de sa gouvernance. Cette dernière partage sans doute une frontière avec l’immense champ des intérêts particuliers. Continuons le même sujet en évoquant la connivence et la collusion supposée du gouvernant avec les acteurs d’adversité externe.

L’incohérence du peuple dans son jugement des rapports des gouvernants aux autres.

A gouvernances semblables à diverses époques, quelle est la cohérence du peuple qui accuse tels gouvernants d’œuvrer pour des intérêts étrangers quand il soutient les forfaits à son dépens ?

Les jugements circonstanciés du peuple à ses intérêts particuliers à propos de forces politiques et militaires étrangères.

C’est bien connu. La présence d’une base militaire, d’entreprises étrangères, des relations diplomatiques, l’existence d’une monnaie adossée à une monnaie étrangère, etc… tout cela est apprécié en termes de domination, d’exploitation ; bref, dans l’esprit commun, ce sont des instruments de l’appauvrissement des africains, des ivoiriens en particulier. Par temps de relations non violentes, les ivoiriens tolèrent l’ingérence de tout ce qui implique dans leur esprit l’adversité externe : telles armée et base militaire étrangères, tels citoyens et telles entreprises étrangères, telles ambassades ou tels consulats, etc… Mais, dès que les ivoiriens s’affrontent, certains d’entre eux ne tolèrent plus aucune immixtion d’acteurs externes ou leur ingérence. De fait, il s’agit des ivoiriens qui pensent avoir l’avantage sur les autres dans leur confrontation. Car ceux des ivoiriens qui ont besoin d’un coup de mains pour équilibrer les forces politiques, militaires, financières, de communication, etc… sont favorables à toute ingérence externe, tant qu’elle sert leur cause.

Récemment, entre 2002 et 2010, des ivoiriens se sont offusqués de ce l’armée française s’interposa entre forces rebelles et forces gouvernementale entre Yamoussoukro et Tiébissou. Ce sont ceux qui supportaient les premières forces. Ils pensaient que cette interposition les a privés de marcher sur le pouvoir et le gouvernant en place. D’autres n’ont rien dit de tout le bien qu’ils en pensaient. Elle a permis au pouvoir de Laurent Gbagbo d’échapper à l’infortune de Konan Bédié et de reconstituer, à moindre frais ses forces. En revanche, dès lors qu’il en a profité pour reconstituer ses forces pour mener une contre-attaque espérée décisive, l’armée française est apparue gênante pour ceux qui supportaient son pouvoir. Les années ont passé. De leur côté en 2011, les ivoiriens apportant leur soutien aux forces rebelles ont cette fois-ci applaudi le ballet des hélicoptères “Gazelles” dans le ciel d’Abidjan début 2011 pour déloger le gouvernant. Sauf à constater la fracture du peuple, il apparaît absurde que le même peuple (que chaque partie réclame de constituer) contestât et acclamât la même force militaire étrangère. Ainsi, il n’y a pas que tel gouvernant qui accepte l’adversité externe. Quand il pense qu’elle sert les intérêts qu’il affirme poursuivre pour le pays, il l’accepte. C’est également le cas de tels dirigeants et telles parties du peuples selon les fortunes ou mésaventures politiques et les buts poursuivis. Quand les parties du peuple s’accorderont sur l’intérêt commun du refus de toute adversité externe, peut-être alors cette accusation aura un sens. Même en opposition, lorsque les parties du peuple récuseront telle implication externe, alors peut-être, la question se posera. Bref, aucun gouvernant ni dirigeant n’a aucun intérêt politique à aller dans le sens contraire des points d’accord du peuple et de ses parties. C’est sans doute pourquoi, le préalable au fondement d’une telle accusation est d’énoncer les points de vue des parties du peuple concernant l’implication étrangère dans leurs relations. Cela dit, y a-t-il meilleure circonstance pour le faire qu’en temps de confrontation pour dégager l’essentiel commun. Car, finalement que vaut telle réprobation ou refus commun en temps de paix ou de faible opposition ? Que valent-ils lorsque le moment de l’opposition des parties du peuple vient, quand chacune d’elle se choisit et non la Côte d’Ivoire et poursuit un objectif sociopathique ? N’est-ce pas dans ce moment décisif que leurs opinions concernant les autres deviennent une fonction de leur stratégie de victoire espérée de l’une sur l’autre. Quels ivoiriens prétendent alors en accuser d’autres de collusion avec l’adversité externe, quand ils leur sont semblables et que seul varie le moment de leurs expressions identiques ? Lesquels pointent les acteurs extérieurs de poursuivre librement leurs intérêts en étant impliqués dans les relations entre ivoiriens alors qu’eux-mêmes usent librement de leur implication ?

Les jugements circonstanciés du peuple à ses intérêts particuliers à propos de forces économiques et financières étrangères.

La monnaie fait partie de ces symboles d’adversité externes et de leurs conséquences supposés délétères pour les ivoiriens. Ces dernières années, le Franc CFA fait l’objet d’une grande offensive politique en Afrique de l’Ouest, visant à la supprimer et à la remplacer par une monnaie propre. Des ivoiriens y participent activement. Tous accusent les gouvernants qui se sont succédé à la tête de l’État, et auxquels ils ont parfois participé, de laisser vivre un instrument de domination politique et économique de la France dans l’Ouest-africain. Des faits fondent peut-être leurs arguments. Le peuple a le sentiment que tel gouvernant accepte l’adversité externe dans l’unique but, peut-être, de mieux la détourner pour se maintenir au pouvoir et parfois neutraliser l’adversité interne. Dans ces conditions, que dire alors du peuple qui sollicite telle source d’adversité pour lui faire un contrepoids et qui l’applaudit quand elle réalise ses attentes ? Le gouvernant, comme le peuple ont certainement tort d’indexer l’adversité externe chaque fois qu’ils sont en conflit et qu’il y en a un qui favorise sa prise. Car, si elle peut les soutenir dans certaines circonstances de leur opposition, son soutien à quelle que partie réalise toujours une finalité au détriment de tous les ivoiriens, malgré le gain temporaire de telle ou telle partie.

Un autre reproche fait aux gouvernants concerne celui de la signature de contrats économiques d’exploitation de ressources, de constructions équipements ou encore de gestion de l’exploitation dune activité. Ce qui est reproché porte sur plusieurs points. D’abord, le peuple pointe et suggère le fait que de tels contrats garantissent un meilleur profit aux acteurs économiques étrangers. Par ce fait, il sous-entend que le gouvernant accepte de léser l’État et le peuple au profit de puissances étrangères. Ensuite, il relève le fait qu’une part importante des bénéfices est rapatriée par ces acteurs et que cela contribue à la fuite des capitaux. Par ce fait, il suggère que le gouvernant œuvre à la solde de ces mêmes puissances. Enfin, le peuple doute de la pertinence, du point de vue de l’intérêt commun, de la réalisation de tels ou tels projets. Le fait que leur mise en œuvre est dans la plupart des cas confiée à des acteurs extérieurs, lui semble favoriser la fuite des capitaux difficilement gagnés. Cela s’ajoute au fait supposé de priver le pays des moyens de réduction immédiate de ses difficultés essentielles. Admettons que des arguments existent pour étayer tout ce qui est pointé ou suggéré. Il n’en demeure pas moins que le même peuple à telle autre époque n’a rien eu à dire sur ces mêmes faits. Il a même supporté et défendu tel autre gouvernant agissant de manière similaire. Ainsi, concernant ce sujet comme les autres, ce qui est en jeu, le défaut d’authenticité du peuple et la laxité du fondement de ses arguments supportant ses accusations.

Des accusations de désir d’appropriation par tels gouvernants non applicables à tels autres qui dévoilent les intentions cachées par le peuple.

Un peuple qui accuse tel gouvernant à telle époque de vouloir s’approprier le pouvoir d’État, mais qui en soutient un autre à telle autre époque pour y parvenir, ne dévoile-t-il pas ses intentions sociopathiques ? 

Quand le temps trahit les intentions sociopathiques du peuple.

En matière d’accusation de tel ou tel gouvernant de nourrir une volonté ou un désir d’appropriation du pouvoir, il convient de questionner l’intention de ceux qui le soutiennent. Au lendemain des indépendances, le PDCI-RDA était devenu le parti de chaque ivoirien. Il l’est resté jusqu’en 1989. La chute du Mur de Berlin qui clôturait la division du monde en deux blocs opposés libérait aussi les ardeurs politiques jusque-là neutralisées par l’exigence d’appartenir à un bloc. Au cours de cette époque pendant laquelle les peuples n’avaient de choix que d’être communistes ou capitalistes, la pensée ne pouvait être qu’unique : soit libérale, soit communiste. Tout ce qui semblait pouvoir changer, ce sont les hommes qui incarnaient une gouvernance soit capitaliste, soit communiste. Ainsi, les batailles politiques de cette époque se résumaient, soit à changer de bloc politique et économique, soit à changer de gouvernant. C’est sans doute pourquoi évoquer le parti unique de cette époque en termes de pensée unique n’a de sens. Poursuivons donc l’analyse en soulignant que ce reproche se résume  au fait qu’il n’était pas le parti unique communiste, mais capitaliste, unicité que l’époque exigeait dans nombre d’États du monde. Le reproche va donc au delà de l’unicité ; il porte en réalité sur le fait que le parti n’était pas d’obédience communiste, mais capitaliste ou peut-être sur l’identité du gouvernant. Par ailleurs, si l’on se place sur un plan fondamental, la différence entre le parti républicain et démocrate américain est tenu : tous les deux n’ont rien en commun avec le parti communiste de l’URSS. Si la pensée générale sur laquelle repose ce dernier est différente de celle des deux premiers partis cités, il est évident que la pensée des deux premiers est semblable pour ne pas dire unique, ne divergeant que sur quelques points, l’approche sociale notamment. C’est dire que quand le peuple évoque la pensée unique de ces années avant la chute du Mur de Berlin, il importe qu’il précise le repère de sa définition.

Quoi qu’il en soit, dans les années 80 Laurent Gbagbo contestait le leadership de Houphouët-Boigny. Il aspirait au rétablissement du multipartisme. Rétrospectivement, il est clair que la pluralité politique à cette époque aurait produit ce qui a été la réalité de nombre de pays africains. Les volontés exprimées de détenir le pouvoir d’État ont conduit nombre de dirigeants à choisir des blocs différents. Par ce fait, ils ont généré l’opportunité permettant aux deux puissances désireuses d’étendre leurs aires d’influence, de cristalliser leur affrontement violent  au niveau local. Dans leur combat, elles ont soutenu les parties de peuples africains désireuses de déterminer toutes seules le choix du peuple dans son ensemble. Seuls les peuls africains concernés ont souffert non seulement des choix de leurs dirigeants, mais également du retournement de leurs soutiens opposés contre eux-mêmes. Depuis 1989, une nouvelle donne politique prévaut. Différents partis politiques coexistent quasiment partout en Afrique, en Côte d’Ivoire en particulier. Cette nouvelle situation a généré la possibilité pour les ivoiriens de choisir leur gouvernant tous les cinq ans parmi plusieurs dirigeants candidats. Désormais, le débat ne semble plus être celui de l’unicité de la pensée politique, mais l’acceptation même de la pluralité et de ses conséquences. Pour tout gouvernant, la possibilité  de ne pas détenir continuellement le pouvoir d’État, contrairement à avant 1990 semble être inacceptable. Elle emporte avec elle le fait que le champion politique de telle part du peuple ne peut le détenir autant.

De cette nouvelle perspective, il ressort que le peuple a désormais le choix quelque soit le comportement de tel ou tel gouvernant détenant le pouvoir. Désormais, sans le soutien de larges parts du peuple, aucun gouvernant tout seul ne peut se dresser durablement contre le peuple et sa volonté en tentant d’accaparer le pouvoir. Quoi que des ivoiriens puissent pointer s’agissant du désir de tel gouvernant. Il semble par conséquent que le sujet n’est pas que tel ou tel gouvernant veuille s’approprier le pouvoir. Il est celui du désir de telle partie  du peuple lui-même de s’en approprier à travers son gouvernant-serviteur, pour les finalités particulières qui sont les siennes. Évidemment, à telle époque, telle partie du peuple peut penser ne pas être concernée par cette observation. Or, tous les gouvernants qui se sont succédé depuis 1960 ont marqué cette volonté, en étant soutenus par telles et telles parties du peuple. Ces parties du peuple ont agit pareillement malgré les époque différentes, si bien que finalement c’est sans difficulté qu’on peut énoncer ce qui suit : le rapport de tel gouvernant au pouvoir, contesté par le peuple,  est fondé son soutien par le peuple lui-même. Dans ces conditions, comment le peuple parvient-il à reprocher au gouvernant, ce que le peuple lui-même soutient ? Sauf à évoquer une espèce d’incompréhension, pour ne pas dire absurdité, on ne peut trouver dans cette situation quelque trace de raison. Concluons par conséquent que comme les sujets précédents, l’examen du rapport du gouvernant au pouvoir implique le peuple. Voyons alors ce qu’il en est du sujet connexe consistant en le reproche de manipulation de la démocratie par le gouvernant.

En début de mandat ou au gré des circonstances et événements politiques, tel gouvernant positionne tels dirigeants à la place de tels autres, qu’ils soient directeurs d’administrations, chefs de services, etc…, journalistes, militaires, officiers de forces de l’ordre, etc… Tels services administratifs, en l’occurrence d’impôts, de justice, de police, montreront une détermination subite à confondre, du point de vue du droit, tels responsables politiques ou leurs soutiens, dans le but évident des manœuvres de les affaiblir ou les neutraliser politiquement. La finalité est d’autant plus évidente que ces manœuvres concernent des soutiens précédents du pouvoir devenus adversaires actifs. Certes. Cela dit, sont-ils crédibles les victimes du gouvernant qui hier encore applaudissaient et défendaient ses méthodes et pratiques quand elles concernaient ceux qui ne le soutenaient pas ? Est-elle crédible la part du peuple qui hier encore défendait l’intégrité des victimes pour aussitôt les traiter du pire quand elles ne sont plus parmi les soutiens du gouvernant ? Il est clair qu’en l’absence de rigueur et de constance des jugements portés et en présence de jugements fondés sur le seul critère d’appartenance au même clan politique et non sur les faits et le droit, que peut reprocher le peuple à tel gouvernant, quand ce dernier fonde pareillement que lui ses actes et sa gouvernance ? Bref, il faut croire que le peuple entend juger le gouvernant agissant sur les mêmes fondements que lui. Une seule question suffira en guise de conclusion : un peuple uni dans sa raison et honnête avec lui-même peut-il accuser tel gouvernant de manipuler l’État, la démocratie et les règles communes de coexistence et soutenir tel autre gouvernant dans cette même entreprise ?

Synthèse de la discussion de l’innocence du peuple des conditions de son existence.

L’identité des reproches faits aux gouvernants, d’une part et les jugements divers des faits similaires, d’autre part, appellent à s’interroger sur l’authenticité des accusations portées par le peuple. A chaque époque, les accusations qu’il porte à l’encontre de son gouvernant sont les mêmes : accusations de vol, de démagogie, de connivence avec l’adversité externe, de trahison de la démocratie, de ne rien faire pour atténuer les difficultés du peuple, de ne pas préparer l’avenir, de pratiques politiques ethnicisées ou communautaristes, etc… Malgré des gouvernants, auteurs des mêmes pratiques, les choses se passent ainsi. A telle époque, telle part supportrice de tel gouvernant ne perçoit rien de ce qui vient d’être évoqué. Pourtant, à tel moment politique, devenu minoritaire et non supportrice, elle devient un procureur redoutable, voire même violente à l’égard de tel gouvernant pour ces mêmes pratiques.

Dangers de présenter tels gouvernants comme seuls responsables des conditions calamiteuses de coexistence.

Quelle que soit la réalité de ses accusations, du point de vue du peuple, les faits qui les constituent on un caractère variable. Ils n’acquièrent leur caractère inacceptable que par rapport à son sentiment nourri à l’égard du gouvernant qui en l’auteur. Ils sont acceptables, dès lors que l’auteur est le gouvernant de leur choix. De manière implacable, il apparaît que les faits sont jugés, non pas au regard de leur conformité aux attentes justifiant de faire communauté commune. Mais, le peuple les juge en fonction du sentiment qu’il éprouve à l’égard de leurs auteurs. De cette manière, c’est l’assurance pour le peuple d’être inconséquent, inauthentique en reposant son jugement sur sa seule sensibilité à l’exclusion de toute raison.

Les jugements obtus du peuple à propos des gouvernants et dirigeants.

Dans ces conditions, peut-il exister une seule raison, en particulier morale, qui puisse unifier le peuple et le faire tenir debout et digne devant quelque gouvernant ? Un peuple indigne peut-il espérer un gouvernant digne de sa considération en raison même de la considération de sa dignité par ce dernier ? Peut-être faudrait-il rechercher dans l’absence de moralité, les causes de la déconsidération mutuelle de tel gouvernant et de telle part minoritaire politique du peuple. S’agissant de la source des vices pointés de tel ou tel gouvernant, peut-être faudrait là aussi, explorer les finalités qu’ils servent ainsi que leurs bénéficiaires. Sans doute, découvrira-t-on, sans trop de difficulté ce qui échappe à la résolution des difficultés. Peut-être qu’à travers ses attentes impératives et sociopathiques, la part majoritaire politique du peuple à tel moment se situe en amont des pratiques jugées. On peut dès lors inférer que peut être qu’il se situe également en aval, en tant que le bénéficiaire de leurs résultats. Malgré tout, ce n’est guère en cela que réside ce qu’il y a de plus toxique et absurde dans toutes les accusations rendant les gouvernants seuls responsables.

En effet, les ivoiriens s’affrontent violemment sur les fondements de jugements déraisonnables et inauthentiques. Les uns et les autres pensent détenir une vérité authentique alors qu’elle repose sur leur seul sentiment. Dans ces circonstances, on ne voit pas bien comment tel gouvernant des uns peut être accepté par les autres, si ses pratiques ne sont appréciées qu’à l’aulne de celui qui en est l’auteur et de leur sentiment éprouvé à son égard. Cela ne peut être qu’une impasse, quand on sait que ce sentiment est nécessairement réprobateur, voire antagoniste, du fait que te gouvernant ne résulte pas de leur choix politique. Le danger naît du fait qu’en manquant de fondements raisonnables, il est impossible par la raison, de discerner ensemble les motifs même des affrontements. Par conséquent, comment parvenir à s’accorder sur les moyens communs d’y mettre fin.

Finalement, cette analyse est loin d’avoir abouti à affirmer que les accusations du peuple à l’endroit des gouvernants consistent en calomnies qu’il conviendrait de les réfuter. Elle a surtout posé leur admission à titre d’hypothèse de départ pour mieux examiner l’implication du peuple accusateur dans la réalité de ces faits reprochés aux gouvernants. Parfois, le peuple donne à penser qu’il entend être la totalité. D’une part il est acteur, même s’il préfère sa posture victimaire. Ensuite, il apparaît comme un procureur impitoyable, portant les accusations contre les gouvernants. Enfin, à travers le pouvoir que la démocratie lui confère, il est l’unique juge. En réalité, il est juge et également partie. Néanmoins, il peut, en se retirant en lui-même, se rendre à l’évidence de la vérité qu’il se doit également à lui-même. Peut-être alors parviendra-t-il à changera en tant qu’acteur. Naturellement, il ne sera guère jugé, échappant ainsi comme il le souhaite, à ce qu’il redoute le plus : le jugement de ses propres actes par des gouvernants. Il se peut qu’il y parvienne. Une condition impérative existe : que le peuple consente à examiner les faits et ses accusations à l’égard de ses dirigeants. Il y parviendra aussi, en ayant une parfaite conscience de la position qu’il occupe, à chaque époque politique, dans la famille symbolique précédemment redéfinie. Pour nourrir sa réflexion et l’accompagner dans cet exercice, il est inutile de l’abreuver de ce qu’il sait déjà : la responsabilité du gouvernant (enfant symbolique). Il convient de l’éveiller et de l’amener à questionner les fondements moraux de ses jugements ainsi que sa manière de manifester sa liberté. Peut-être explore-t-il les actes et ses relation aux gouvernants et dirigeants au plan psychologique ? Sans doute, l’interrogation de sa représentation de la famille symbolique lui sera utile pour réaliser cet effort. C’est pour l’accompagner dans cet effort l’hypothèse de ses fractions, ent tant que les parents symboliques du gouvernant à une époque donnée a un sens. Rappelons simplement que sa part majoritaire politique représente le père symbolique et sa minoritaire politique représente la mère symbolique. Éviter le danger de faire du gouvernant le seul responsable de la situation peuple constituerait le début d’un progrès possible de la pensée. Mais, continuer à proclamer l’innocence du peuple conduirait à progresser dans une impasse.

Nier ou taire la part de responsabilité du peuple, c’est retourner nos forces contre nous-mêmes.

Il est abusif d’énoncer l’innocence du peuple quand qu’il détient quelque responsabilité dans la situation inacceptable de coexistence. Comme nous l’avons analysé précédemment, par rapport à un gouvernant donné, les ivoiriens qui composent le peuple peuvent être classés entre deux parties variables dans le temps et formant ses parents symboliques : ceux dont les voies électorales le portent au pouvoir et les autres, qui ont manifesté d’autres préférences. Comme le choix majoritaire change d’une élection à une autre, les parties et leur composition peuvent changer. Le gouvernant détenteur du pouvoir et la part majoritaire du peuple qui l’y a porté le peuvent aussi. C’est pourquoi dans tout ce qui suit, “vous” représente le peuple tout entier, à travers sa partie concernée par tels ou tels aspects développés, en fonction de la circonstance politique.

Les mains sales d’une majorité politique qui contrarient son innocence.

Il existe aussi un véritable danger à ignorer la part de responsabilité de la majorité politique (père symbolique du gouvernant) à toute époque. Parce qu’elle est envahissante pour tous les autres membres et manifeste des attentes impératives et sociopathiques, elle ne peut être innocente de tout. Pour chaque gouvernant que vous avez porté au pouvoir, vous estimez qu’il vous doit tout. Sur ce point, évacuons rapidement l’accès à sa position de gouvernant lui permettant de jouer quelque rôle pour tous en gouvernant les relations des membres de la famille symbolique. Reconnaissons ensemble qu’il vous la doit, en raison de votre choix décisif majoritaire qui lui a permis de l’atteindre. Parfois même, le chemin a été semé d’embuches. Avez-vous peut-être dû consentir à des sacrifices pour contribuer à ce résultat ? Si votre effort est important, il reste cependant à peu près tout ce qu’il vous doit : avoir contribué à le générer. Disons même que si son action servait tous les ivoiriens, on conviendrait que ce sont eux tous qui doivent à votre effort la réalisation de l’intérêt général et non pas le seul gouvernant. Cela précisé, pensez-vous que c’est raisonnable, pour autant, de penser qu’il vous doit tout le reste ? Il s’agit de tout ce que vous attendez en particulier de lui, au point que la force de cette attente s’avère être une fonction croissante, en fonction du niveau de vos sacrifices consentis pour le porter au pouvoir ? Tenez ! Pensez-vous avoir fait à sa place tous les efforts qu’il a consentis pour avoir quelque compréhension du monde dans lequel nous vivons au point de prétendre la mettre au service de tous ?

Certes, vous l’avez fortement soutenu, jusqu’à le générer gouvernant. Souvent, on pense même à tort que vous ignorez ce que tel pense ainsi que où il mène toute la communauté nationale. Parce que vous êtes raisonnable et conséquent, on ne peut vous couvrir de l’insulte d’être dépourvu de capacité de discernement. Vous le savez. Vous le savez tant, que sa personne et son nom suffisent à déterminer votre engagement en le soutenant, souvent même contre vents et marées. Peut-être même, avez-vous dû aller jusqu’à user parfois de tricheries et de violence contre d’autres ivoiriens pour qu’il parvienne à cette place ? Il en découle, selon vous, qu’il vous doit cette place qui lui permet de mener grand train de vie et d’acquérir ses rondeurs dès qu’il y accède. Il vous doit aussi tous les moyens et toutes les ressources collectives auxquels sa fonction lui permet d’avoir accès. De votre point de vue, ces moyens et ces ressources, dus à l’État, vous appartiennent, d’une certaine manière, si on pousse loin l’analyse. Par conséquent, il doit lui être aisé de les mettre à votre disposition. A votre avis, il a tous les pouvoirs à cette place, y compris celui de vous privilégier. Vous ne comprendriez donc pas qu’il ne le fasse pas. Et gare à lui, s’il manque à son obligation à votre endroit, en recherchant l’intérêt commun. Vous redoutez qu’il en résulte que vous ne puissiez obtenir, ni tout ce que vous attendez, ni tout de suite. L’explication de toute priorité accordée à la satisfaction de tels ou tels autres besoins, y compris communs, vous est impénétrable, voire insupportable. Vous jugez avec sévérité ce que vous considérez comme étant l’ingratitude du responsable politique, à l’égard de ceux qui l’ont généré.

En revanche, vous êtes comblé quand il vous est reconnaissant, dites-vous. Vous appréciez, quand il vous privilégie souvent, au mépris de l’intérêt général. Par exemple, cela vous paraît normal, dans l’ordre des choses selon votre lecture de votre relation, quand il vous confie des responsabilité, sans que vous ne déteniez aucun titre de compétences et sans qu’il n’ait recherché les meilleures compétences utiles à tous. Qu’il ne parvienne pas en conséquence à vous faire produire davantage de biens et de ressources, pour en avoir assez pour tous, cela n’est d’aucune gravité dès lors que vous ne manquez de rien ou très peu. Le fait même de ne pas y parvenir pour satisfaire davantage vos attentes ne vous empêche pas de continuer à le soutenir, dès lors que votre vanité est comblée. Qu’il ne parvienne pas à préserver la cohésion sociale, fissurée par tant d’injustices, ne paraît pas si grave que cela. Votre argument décisif est simple : rien n’est grave, tant que le pouvoir que vous lui avez donné lui permet d’assurer votre sécurité pour tranquillement continuer à profiter de tout ce dont vous pouvez bénéficier indument, sans rendre aucun compte à la justice. D’ailleurs, prendrait-il ce chemin que vous vous demanderiez au nom de qui et au profit de qui la rendrait-il. Vous pensez être à vous seul tout le peuple. Au regard de chacun de vos actes et comportements, vous pensez n’avoir commis aucun forfait, ni n’avoir aucun tort. Détenant tous les pouvoirs, il doit avoir celui de vous soustraire de l’obligation d’obéissance à la règle commune sans laquelle la coexistence est menacée. Il arriva que votre soutien et ses traductions de sa reconnaissance par le gouvernant ne vous procurent rien. Tans pis, dans ce cas, vous préférez rien à quelque chose dès lors que les autres ivoiriens n’ont rien et que, tous comptes faits, votre vanité est comblée. D’ailleurs, n’est-ce pas l’unique chose – c’est à dire rien – que vous acceptez de posséder avec d’autres ivoiriens ? Quand quelque chose leur manque, n’est-ce pas rien que vous tolérez de partager équitablement avec eux ?

S’il arriva à tel gouvernant que vous soutenez de manquer de venir vous voir régulièrement pour s’inquiéter de ce qui vous manque encore, c’est un motif de colère. Cela génère chez vous de la contrariété et de la colère, éprouvée à l’égard de celui qui ignore désormais tout ce que vous avez fait pour lui et que vous représentez pour la sécurité de sa position et sa continuité. Mieux encore, il provoquera de la colère et le reproche de votre part de s’intéresser davantage au sort d’autres ivoiriens. Ainsi, électrifier leurs villages à plus forte population que le votre ou mettre à leur disposition des pompes villageoises, alors que vous n’en disposez pas encore, vous est insupportable. Selon vous, cette place à laquelle vous l’avez porté doit lui permettre de résoudre toutes vos difficultés et qu’en tout état de cause, il ne peut être utile à d’autres ivoiriens, s’il n’a pas satisfait tous vos besoins. Ainsi, votre jugement à l’égard de celui que vous avez porté au pouvoir s’apprécie à la lueur de votre retour sur investissement : la satisfaction de vos intérêts particuliers que doivent produire votre soutien et votre choix électoral. S’il arriva aussi que votre investissement ne vous paraissait pas assez productif, alors vous lui reprochez son ingratitude à votre égard, sans aucune considération pour le progrès collectif qu’il aurait pu avoir réalisé.

Vos comportements ont un sens. Le connaissant parfaitement, vous le savez : sans vous, le gouvernant n’est que comme tous les dirigeants, vos autres enfants symboliques. Vous n’ignorez pas non plus sa vanité et sa tyrannie : il n’y a pas plus insupportable pour lui que d’être un enfant symbolique qui ne gouverne pas la famille. Fort de ce constat, vous tentez de contrôler son existence en tant que gouvernant et de tirer profit de toute sa passion qui le dévore. A travers vos acquiescements et vos réprobations de telle ou conduite de sa part, vous tentez de canaliser sa passion à votre profit. A travers vos comportements, parfois vous l’encouragez ou le confortez dans ses initiatives. D’autres fois, vous le dissuader de prendre telle voie. Bref, c’est en manipulant sa tyrannie que vous faites le miel ou le sel de votre propre existence. Il vient alors, que vous le manipuliez ou que que vous usiez d’autoritarisme, que le gouvernant vous ressemble. C’est là une évidence, car il manqua plus que votre enfant symbolique ne vous ressemblât pas. Cela dit, n’est-ce pas vous, le même peuple qui menez, à d’autres époques, une existence dans l’espoir et la revanche de pouvoir gouverner les relations par procuration à travers un autre dirigeant que vous élisez, votre élu ? Vous êtes différent quand vous êtes la minorité politique.

Les mains sales d’une minorité politique qui contestent son innocence.

C’est pourquoi, il existe également un véritable danger à ignorer la part de responsabilité de la minorité politique (mère symbolique du gouvernant), alors qu’elle ne veut accepter le gouvernant (son enfant) qu’en devenant la majorité (son père symbolique). Cette posture est tout aussi sociopathique que les attentes égoïstes et  impératives manifestées par son père symbolique. Pour vous, le peuple minoritaire politique circonstancielle, la naissance même du gouvernant constitue un véritable traumatisme. En vous conférant votre sexe et votre rôle de mère symbolique, votre position familiale, pensez-vous, vous semble incompatible avec la satisfaction de vos attentes qu’il doit réaliser. Ne pas l’avoir généré de manière décisive, c’est ne pas être dans la position du père tyran annexant l’existence des membres de la famille au profit de la réalisation de sa propre existence. En conséquence, vous ne pouvez acceptez cet enfant symbolique qui vous rappelle en toutes circonstances que vous ne pouvez maîtriser la réalisation de vos besoins, à défaut de pouvoir la lui exiger, en échange d’un soutien que vous ne lui apportez guère. Dès lors, le seul moyen selon vous de changer votre situation consiste à générer impérativement et, de manière décisive, un gouvernant dont il résultera de sa naissance que vous en êtes le père symbolique, la place recherchée du tyran familial. C’est parmi tous vos autres enfants symboliques (dirigeants) que vous espérez pouvoir en élever un au rang d’enfant remarquable : le gouvernant. La mère symbolique du gouvernant porte une part de responsabilité, en raison de sa condition sociopathique pour l’accepter. Parce qu’elle ne veut l’accepter qu’en devenant son père, la mère symbolique du gouvernant a quelque responsabilité dans la situation commune de coexistence.

Le gouvernant lui même et sa gouvernance semblent si peu importer que bien sûr, que vous soyez son le père ou la mère symboliques, vous devez pouvoir occuper l’espace public, sans qu’il oppose la règle commune qui en régit l’usage. Conducteurs de véhicules de transport en commun par exemple, votre recette du jour doit être plus importante qu’une circulation routière ordonnée, permettant à chacun de poursuivre la quête de la satisfaction de ses besoins. Piétons attendant un moyen de transport au bord d’une, rien ne doit vous obliger à l’attendre en un lieu qu’il spécifie par une règle qui ajoutera à votre existence un effort supplémentaire. Vous êtes comblés. Le conducteur n’a-t-il pas le droit exorbitant réel de s’arrêter partout où vous l’attendez, au prix d’un tête à queue sur le véhicule qui le précède ? Que les piétons et “chauffeurs” ivoiriens me pardonnent mon exemple. Considérant toutes les situations ordinaires de la vie, on pourrait conduire la même analyse et en tirer la même substance. C’est pourquoi, il est plus simple d’évoquer un droit exorbitant à manquer de respect à la règle et à générer du désordre et de l’injustice.

La responsabilité d’aucun acteur ne résulte de son statut, mais de ce qu’il fait et de l’usage qu’il en fait.

Le gouvernant n’est pas responsable, ni seul, parce qu’il gouverne, mais de sa gouvernance, de ce qu’il fait de l’être. Le peuple n’est pas innocent de tout parce qu’il est peuple et qu’il ne gouverne pas, mais de ce qu’il fait en tant que tel. Bref, tous les deux sont acteurs et à ce titre responsables de ce qu’ils font, de leurs actions, comme tout acteur quelconque. Le peuple est très éloigné d’avoir les mains et l’esprit purs. Certes, il ne gouverne pas, comme le gouvernant. Mais, le peuple agit. Comme tel, il est autant que tout gouvernant, un acteur. A ce titre, il emporte une partie de la responsabilité collective de l’état des choses.

Quand on aborde les fondements de votre acceptation du gouvernant, on se rend compte qu’ils ne peuvent qu’opposer ses membres. Qu’il soit le dirigeant que vous avez porté au pouvoir et alors vous êtes comblé, par sa seule existence à cette place. Vous semblez insensible, qu’il ne réalise pas vos attentes, encore moins celles de votre part qui ne l’a pas activement généré. Cela ne vous empêche pas d’être le premier à le soutenir, à vouloir qu’il exerce un pouvoir dont vous vous plaignez de ne pas atténuer vos difficultés de vivre, à défaut de pouvoir les supprimer. Il y a là une explication à donner à votre comportement dont le premier abord fait apparaître une incohérence. D’autre part, que vous soyez la part du peuple qui ne l’a pas choisi, votre attitude est des plus déraisonnables. En effet, avant même qu’il ne travaille à démontrer son utilité que vous ne supposez pas ou son inutilité justifiant votre choix, votre jugement est fait. Il est péremptoire. Dans ce cas aussi, la question se pose de savoir sur quoi fondez-vous votre jugement et votre choix, voire même une certaine agressivité à son égard ? Lorsqu’on recherche des arguments, dans le cadre d’une recherche d’explication raisonnée, on se trouve dans la difficulté et finalement dans l’impossibilité, dans un cas comme dans l’autre, d’en trouver un qui puisse expliquer vos comportements observés dans les deux cas. On ne peut que résoudre à interroger vos passions.

Considérons le premier cas. Telle part majoritaire du peuple préfère tel dirigeant à tel autre, sans pouvoir justifier objectivement de la satisfaction d’intérêts communs, voire même particuliers. On ne peut que faire l’hypothèse d’un facteur psychologique. Le premier concerne les conditions même pour générer le gouvernant. Vous le savez : au lieu d’une compétition politique opposant des dirigeants et leurs soutiens, et ayant pour finalité de choisir le meilleur projet commun et celui qui peut mieux le réaliser, au bénéfice de tous, vos fractions se disputent violemment pour déterminer qui, sans égard pour ce qu’il doit faire qui soit mis en commun. Vous évoquez la démocratie pour avoir le droit revendiqué de vous battre, mais non de participer à la compétition politique, à savoir d’argumenter vos idées pour tous. Il arrive souvent que vos parties se violentent au lieu de s’affronter par esprits interposés à travers les idées. Sas doute, il vous est difficile de considérer une unité d’être. Vous préférez être adversaire d’une partie de vous dans une lutte vaine pour la victoire de votre passion dans tous les cas. Être en compétition avec une partie de vous même pour le triomphe des meilleures idées de progrès vous semble être insupportable. Alors, la passion l’emporte : détenir à tous les prix le pouvoir de gouverner les relations qui lient toutes vos parties et leurs membres.

Lorsque l’on introduit en plus la clé de répartition majoritaire de vos votes et choix exprimés, on ne peut pas ignorer le facteur d’appartenance communautaire, ethnique par rapport au dirigeant choisi et supporté quoi qu’il fasse. Cela rejoint ce qui a été examiné très tôt dans cette réflexion : le lien de la majorité politique et du gouvernant. Comme un père autoritaire soutenant son enfant quoi qu’il fasse, vous soutenez tel ou tel gouvernant ou dirigeant que vous avez élu, même peu utile à vous, à fortiori à toute la famille. Dès lors qu’une espèce d’amour parental – disons même communautaire – est confondu avec le jugement des faits de l’enfant, il ne peut y avoir de place pour l’amélioration des comportements des gouvernants et dirigeants. Tel semble être une part de la nature de votre relation au gouvernant. Vous êtes le premier soutien de tel gouvernant dont en privé, vous êtes et parfois même accablez pourtant de “n’avoir rien fait” pour vous. Car, en arrière plan de tout cela, il faut s’y prendre à plusieurs fois pour y voir autre chose qui se joue. A votre point de vue de majorité politique ou de soutien du gouvernant, cette situation vous convient, malgré tout ce que vous lui reprochez en privé. Sans doute, votre comportement est dû à une perception globalement inégalitaire de la coexistence. Vous avez le délicieux sentiment, mais collectivement vénéneux, d’être la “part du peuple régnante ou gouvernante du pays” à travers lui. Parvenu ici, on commence alors à comprendre pourquoi, demeuré pauvre, démuni et souffrant des difficultés communes, constitue alors pour vous une souffrance sans doute plus supportable. Ayant foi en l’inégalité sociale, le pire que vous redoutez existe. A défaut de “posséder” le gouvernant, c’est d’être “la part du peuple non régnante”, le véritable peuple, selon vous, que vous n’entendez pas être. Sur la base de votre foi en l’inégalité sociale, le véritable peuple – disons même – “la populace” est à votre sens, la part du peuple dominée par celle “détentrice du gouvernant et du pouvoir”. Sur cette même base des relations sociales, être cette part vous révulse, tant elle rappelle les sujets du roi. Examinons maintenant le second cas. Rappelons qu’il en résulte que telle part du peuple rejette et honnit tel dirigeant par rapport à tels autres, avant même que ces derniers ne dirigent ou ne gouvernent. En procédant à la même analyse que dans le premier cas, on est contraint de convoquer là aussi les mêmes explications et arguments. Bref, pour vous le peuple, il semble que tout est simple et doit l’être : un dominant, un dominé.

Dans ces conditions, est-il possible que, vous le peuple puissiez, manifester un peu de raison dans l’appréciation des actes de gouvernance de tel ou tel gouvernante (enfant symbolique remarquable), quand tout est question de l’approprier, d’assujettir son existence comme gouvernant à vos existences de père et de mère symboliques ? L’aptitude à gouverner la famille vous semble-t-il digne d’intérêt que fondée sur l’inégalité? On peut en tous cas douter de votre souci d’une gouvernance démocratique, quand finalement l’important vous semble être d’être le père symbolique de celui qui est fait gouvernant plutôt que sa capacité effective à conduire dignement la famille symbolique démocratique. Il arriva que beaucoup d’ivoiriens pensent que tels ou tels dirigeants incarnent la compétence à gouverner la famille symbolique ivoire. Mais, les expériences récentes indiquent qu’ils n’ont pas démontré moins de soumission à la majorité de soutien (père symbolique). En tous cas, ils n’y sont pas davantage parvenus comparés ceux des gouvernants dont plusieurs ivoiriens pensaient d’eux que leur incompétence ne pouvait être discutée. Ainsi, le peuple n’attend simplement de tel gouvernant qu’il soit son enfant symbolique, lui en tant que père et mère symboliques autoritaires. Sauf à considérer l’absurdité des récriminations du peuple à l’égard des gouvernants, on ne comprend pas bien de quoi finalement le gouvernant est responsable et en quoi le peuple innocent. Peut-être faut-il fonder ces reproches sur autre chose pour accéder à un certain sens. Il semble que, dans son rapport au gouvernant, le reproche du peuple réside dans le fait qu’il ne soit pas sa majorité de soutien (son père symbolique), car il disparaît quand il le devient. Dès lors, pour le peuple, la question n’est pas familiale. Elle ne concerne pas ses difficultés de la famille, mais celles concrètes de telle part du peuple. Constituant le moyen de les réduire égoïstement, sa position par rapport au gouvernant constitue son enjeu.

Parvenu ici, il semble clair que l’enjeu du débat engagé dans cette réflexion n’est pas de savoir quels sont les ivoiriens concernés. Car, dès lors qu’il suffit de considérer l’époque politique pour qu’ils se rendent compte que tous peuvent l’être, selon que leurs pensées et leurs psychologie épousent les thèses défendues. Ainsi, aurait-il été un responsable politique, dans le sens noble du terme, que les choses ne seraient sans doute pas autrement. Tant que l’attente de telle et telle part du peuple concerne la satisfaction de ses intérêts particuliers, il est difficile de discerner un problème ivoirien commun, en rapport avec les difficultés communes de vivre des ivoiriens. Le chemin le plus court pour approcher la vérité quant à la possibilité que le peuple reconnaisse un gouvernant digne est de se poser la question.

Doute raisonnable du fait que le peuple parvienne à reconnaître un gouvernant digne de sa considération.

Par un heureux hasard du à la combinaison aléatoire de ses choix, le peuple parvenait-il à générer,un gouvernant digne de considération, le reconnaîtrait-il et l’accepterait-il ? Car, il n’est pas du tout acquis que le peuple reconnaisse et accepte le gouvernant digne. Compte tenu de ce qui précède, on se demande si vous êtes en mesure, de manière objective, de constater l’œuvre du dirigeant digne, dès lors que la finalité de sa gouvernance s’oppose à vos attentes particulières. Dans ces conditions, il n’est pas du tout certain que la situation de l’hypothèse de la gouvernance du dirigeant le plus authentique possible, au sens le plus noble du terme politique, vous convienne. C’est un fait que les hommes se battent aux noms de Jésus, d’Abraham, de Mahomet, de Bouddha et autres. Pourtant, qui peut cependant dire que ceux qui s’entre-tuent en leur noms parviendraient même à les reconnaître s’ils étaient revenus parmi nous ? Sauraient-ils s’accorder sur la réalité même de leur retour, à plus forte raison sur leurs messages passés ? Certes, les difficultés ivoiriennes ne relèvent pas de foi. Cependant, sans finalités convenues de l’action du gouvernant pour servir de références aux jugements portés sur les actions de tel ou tel gouvernant, chaque jugement ne peut qu’être juste et bien fondé. A condition néanmoins de reconnaître aussitôt qu’ils ne le sont que sur les références de chaque auteur dont ils émanent. En cette matière et sans références communes et convenues, il n’y a point de vérité. Il en résulte que chacun de vos jugements peut être fondé par des faits. Certes, mais, cela ne supprime pas leur absurdité du repère de la finalité collective qui doit être celle de la raison d’être d’un gouvernant. De même, cette absurdité ne s’efface pas quand le jugement dépend de la position de l’auteur par rapport au gouvernant responsable des faits.

Quelques traits du gouvernant sans doute inacceptables pour le peuple, dès lors qu’ils peuvent heurter ses attentes sociopathiques.

Admettons même qu’il y ait un responsable politique authentique. Il a l’ambition d’être utile aux ivoiriens et de les servir tous. Il commence par  les accueillir tous, par les respecter et par leur attribuer à tous une haute importance. Disons qu’il n’a aucun mépris pour leurs faiblesses, ni tels qu’ils sont, comme par exemple ceux d’entre vous qui ne partagez pas toutes ses idées politiques. Il fait preuve de bienveillance à l’égard de vos soucis et de vos pensées, même contre productives pour vous-mêmes. Parce qu’il nourrit l’ambition de servir tous les ivoiriens, il n’ignore aucun d’entre vous. Venant à sa rencontre, il ne vous invite pas impérativement à passer votre chemin alors que vous rechercher simplement réconfort et apaisement de vos souffrances et des solutions à vos difficultés de vivre. Certes, vous pouvez vous tromper sur la voie pour les résoudre ou sur telles conceptions de votre part. Vous pouvez même agir et retourner vos forces contre vous mêmes, comme par exemple quand vous facilitez la prise de l’adversité externe pour en tirer un profit particulier au détriment de certains d’entre vous. Mais, parce qu’il a la prétention de guider tous les ivoiriens, de leur montrer le chemin efficace de résolution de leurs difficultés particulières et communes et parce qu’il pense pouvoir leur montrer leurs erreurs, il commence d’abord par les accueillir, tels qu’ils sont, avant de vouloir les aider, de vouloir les convaincre et les encourager à changer.

Postulons qu’il a pris la mesure des difficultés communes de vivre de tous les ivoiriens et de la toxicité de leurs désirs de privilégier la satisfaction des intérêts particuliers. Inférons que sur cette base, il se garde d’instrumentaliser le lien d’appartenance communautaire et d’avoir une définition de la Côte d’Ivoire fondée sur une histoire particulière, en l’occurrence celle la moins commune. Enfin, convenons qu’il manifeste une grande capacité à incarner tout le peuple ivoirien et son intérêt général le plus existentiel, à les protéger durablement. Ne sachant pas tout et pour tenter de savoir et comprendre ce qu’il ignore, il admet d’apprendre ce qu’il ignore en écoutant tous les ivoiriens qu’il respectent par ailleurs. Supposons que ce dirigeant entend partager avec vous ses idées concernant la meilleure voie pour mener ensemble une économie collective de réduction des difficultés communes de vivre. Il n’a nul envie ni ne manifeste aucun désir d’acheter votre écoute et votre adhésion à ses idées ou à leur vacuité et encore moins à sa personne, à travers quelques billets de CFA glissés ici et là, ni de quelques victuailles cérémoniales, ni encore de tissus floqués de son effigie. Parce qu’il respecte votre dignité menacée par le besoin, il évite aussi d’insulter votre faculté de discernement et jugement de ce qui est bon pour vous et pour tous. Il s’abstient de brouiller la vivacité de votre esprit par des rudiments qui apaisent votre souffrance et vous éviter d’y réfléchir.

Il aurait la volonté de discuter avec vous de solidarité dans le partage, mais aussi dans la production des biens collectifs à partager dans la responsabilité individuelle et collective. Il vous encouragerait à faire de l’instruction et de l’acquisition de savoirs par tous la véritable priorité pour ne pas reproduire une part trop importante de la population qui n’a pas les moyens de mieux participer à l’action collective. L’alcool et les funérailles somptuaires par exemple deviendraient ainsi pour tous moins importants que les crayons, les cahiers et les livres des enfants. L’école des savoirs et des idées le serait par rapport à celles de la foi et des croyances, parce que vous aurez accepté la voie commune de diffusion des savoirs et des idées. Il traiterait avec vous de la maîtrise du nombre de la population, en tant qu’un facteur très important de réduction collective des difficultés communes de vivre, peut-être serait-il envisageable d’accepter la nécessité de débattre, sans passions, de l’exercice de la liberté sexuelle et des ivoiriens et de polygamie ainsi que des 26% de la population non ivoirienne. Il évoquerait la liberté pour tous, aux village comme en villes, à l’échelon local comme à celui national, peut-être discuterait-on du mode de gouvernance dans les campagnes, peut-être établirait-on des traditions compatibles et acceptables pour tous, justifiant que leurs gardiens soient reconnus par les institutions. On pourrait multiplier les exemples de sujets qui appellent la nécessité d’un accord de tous en vue de réaliser l’intérêt commun, sans lequel, constituer ensemble un État et sa communauté nationale n’aurait aucun sens et serait absurde.

Un tel gouvernant détiendrait le pouvoir, par le choix majoritaire des ivoiriens, sans être néanmoins soutenu par une partie d’entre eux, êtes-vous certains de l’accepter avec bienveillance, mais aussi avec une vigilance active, en étant convaincu, par avance, qu’il n’a ni aucune intention ni aucune raison de vous préférer ainsi que de privilégier vos intérêts particuliers ? Et, dans la mesure où, sans doute, il n’aurait aucune préférence pour les intérêts particuliers de ceux d’entre vous qui l’ont cependant porté là, est-ce envisageable que ces derniers lui soient bienveillants ? Discerneraient-ils le caractère général ou partial de ses productions avec rigueur ?

Pertinence de la question de savoir si, du point de vue du peuple, les gouvernants et les dirigeants existent et comptent en dehors du peuple lui-même.

Au fond, au plan politique et de la vie ordinaire, si le peuple procédait à une analyse sincère de son comportement, peut-être reconnaîtrait-il à lui même quelque tort. Il y observerait que rien n’existe ni ne compte en dehors de lui, même pas le gouvernant, son enfant symboliqueParce que c’est vous le peuple, majoritaire en particulier, qui déterminez le détenteur du pouvoir, vous entendez aussi vous réserver le droit d’observer ou pas telle ou telle règle commune, qu’il ne vous les fasse pas respecter. N’est-ce pas là le caractère le plus pernicieux de la manière dont vous voulez vous relier à lui ? Remarquez la façon avec laquelle vous entendez l’aider dans la mission que vous lui avez confiée. Dès que vous assumez une parcelle de la responsabilité administrative, n’entendez-vous pas en faire, dans nombre de cas, votre fond de commerce ? N’est-ce pas vous qui vous plaignez d’injustice quand vos intérêts particuliers ne sont pas satisfaits par le gouvernant, mais qui usez injustement de la moindre parcelle de pouvoir pour en faire le moyen d’échange de vos intérêts au détriment de ceux de tous ?

N’est-ce pas vous le même qui réclamez la démocratie à l’échelon national, mais qui entendez demeurer monarchistes convaincus, dès lors qu’il s’agit de communautés villageoises, cantonales, etc… Vous la revendiquez afin que le leader politique d’envergure nationale que vous soutenez puisse détenir le pouvoir pour vous servir, mais vous ne la revendiquez pas dans votre communauté villageoise, régionale, afin que tous soient localement servis. En quelque sorte, vous aimez être libres et majeurs ainsi que ceux avec lesquels vous soutenez un même responsable au plan national, mais vous acceptez et trouvez normal, soit d’être mineurs devant ceux qui vous dominent localement, soit d’être majeurs et dominants, devant ceux qui reconnaissent à leur détriment votre domination à l’échelon local. Il en va de même de même de ceux qui vous ressemblent. Bref, à l’échelon local, vous chérissez l’inégalité et la monarchie et détester la liberté et l’équité, quand à l’échelon national vous plébiscitez l’égalité, l’équité, la liberté, la justice et que de sais-je encore, mais haïssez leurs contraires. Sans doute, il faut introduire un secret espoir pour comprendre ce double positionnement vis-à-vis des valeurs et systèmes politique, en particulier démocratie-monarchie. A l’échelle nationale, vous voulez ce que la démocratie et ses valeurs, exigées mais travesties à l’échelon national, permettent de réaliser : l’intérêt particulier, par le détournement des ressources collectives, rendu possible par le vote (démocratique) du détenteur du pouvoir ; toute autre voie (monarchie par exemple) consistant nécessairement en conflit conflictuelle. Il en résulte qu’on peut parvenir à réviser l’hypothèse du double positionnement. Car, tout se passe comme s’il y a des valeurs en lesquelles vous croyez, ce sont celles localement admises. Leurs opposées sont celles que le peuple tolère, réclame même à l’échelon national pour lui servir de moyens de réalisation des premières à cette échelle. Quoi que nous ne démontrons pas le caractère apaisé de la voie démocratique.

Au milieu de la grande masse des actions ou inactions que vous lui reprochez, il arriva que le dirigeant décida d’accomplir une œuvre d’intérêt général, non seulement pour assumer enfin sa véritable raison d’être et par la même occasion pour se libérer de votre emprise. Aussitôt, vous le traitez, d’inconséquent et d’ingrat, espérant le couvrir de honte et de remords, ainsi que de la non qualité qui sied à quelqu’un qui ne respecte pas son contrat. Votre lecture du contrat vous liant à lui est simple : vous considérez la relation parfaitement déséquilibrée au point que vous avez toujours comprimé (inconsciemment) la faculté de décision du dirigeant. En jugeant ses actes, vous croyez avoir le pouvoir seul de savoir (consciemment) ce qu’ils valent ou pas. Ainsi, une œuvre d’intérêt général, de sa part, ne vaut rien selon vous et n’a aucun sens, dans la mesure où elle ne répond pas à vos attentes particulières. Peut-être que vous la devinez. Mais, vous ignorez tout de l’intention parfois du dirigeant de vouloir se libérer de vous, de ce qui ressemble fort bien à votre servitude. D’abord en tant qu’homme libre, il a son propre projet d’homme à réaliser. Ensuite, comme gouvernant, qui peut douter qu’il souhaite digne de la considération du peuple qu’il gouverne, bien qu’il n’y parvient pas souvent ? Par exemple, quand il agit parfois de telle manière à servir enfin tous les ivoiriens. Mais, que cela ne lui tienne, vous pensez pouvoir entrevoir la portée de son entreprise dans le fait, de la part du gouvernant, de manifester de l’ingratitude à votre égard. Surtout, pensez-vous peut-être, qu’à travers telle action de portée collective, il vous présente comme un inconséquent qui soutient un gouvernant qui entend éviter de servir prioritairement ses intérêts, si ce n’est ses seuls intérêts.

Finalement et à votre avis, tous les maux et reproches dont vous couvrez le dirigeant ou le gouvernant sont peu de choses, à côté de votre insignifiance qu’implique la réalisation de l’intérêt général de sa part. Autrement exprimé, en comparaison du peuple tout entier, la réalisation d’une œuvre collective par le dirigeant risque de souligner, pensez-vous, votre faible importance à ses yeux, vous qui l’avez fait être ce qu’il est. Ainsi, pour défendre et affirmer la haute idée que vous avez de votre signifiance, de votre magnanimité, de votre primauté ainsi que celle de vos intérêts particuliers, tous les moyens sont bons. En fait partie, celui de faire du dirigeant, un homme sans valeurs, inconséquent ainsi que celui de pointer et de lui rappeler sa dépendance de vous, comme esclave de vos désirs. Voici, d’une certaine manière, un aspect des enjeux de la grande bataille de libération de votre emprise à laquelle peu de gouvernants ou dirigeants sont parvenus échapper, pour s’émanciper de son extrême rigueur. Si naturellement, il y en a un qui entend être un homme politique authentique, à savoir au sens noble du dernier terme, il n’a pas d’autres choix que de se convaincre de changer lui-même pour pouvoir tenter de vous convaincre de changer. Et, puisqu’un seul responsable politique ne saurait gagner cette bataille de la vie d’un peuple, de plusieurs politiques, des générations d’hommes politiques convaincus sauront la continuer pour que le peuple et ses parties tolèrent enfin l’intérêt général, à défaut de l’accepter. Telle est fondamentalement la lecture qu’on peut faire des relations qui semblent être celles avec tel gouvernant, à telle époque époque.

Conclusion

Dans l’impasse collective dans laquelle ils sont, les ivoiriens qui veulent fuir leur part de responsabilité sont sans aucun doute libres de le faire. Comme ils ont procédé jusque-là, ils pourront aussi continuer à fuir la violence qui accompagne désormais leur coexistence et tenter de se la masquer. Mais, il y a sans doute une limite à l’habileté, à la manipulation, à l’illusion, à la mystification, etc…. Au delà de leur réalité commune inacceptable, ils ne peuvent échapper à la réalité d’eux-mêmes qu’ils tentent parfois de cacher aux autres ivoiriens. Ils sont contraints de la regarder, quand ils se retrouvent en face d’eux-mêmes. Car comme l’énonce si bien Stefan Zweig, “on peut tout fuir, sauf sa conscience”. (2) En effet, chaque ivoirien peut tout nier de sa part de responsabilité dans la tragédie commune, sauf tout ce qui n’échappe pas à sa conscience : ses pensées, ses actes et leurs mobiles parfois sectaires, ses discussions aseptisées ou faux débats avec ceux avec des ivoiriens lesquels il est d’accord, etc…. Bref, il ne peut échapper à la conscience de ses faiblesses, de ses désirs et de ses passions dangereux pour le pays tout entier.

Pourtant, une  voie d’échappement à l’égarement collectif que chaque ivoirien peut emprunter existe. Elle est différente de celle dans laquelle il est innocent de toutes ses difficultés et ses dirigeants uniques coupables désignés de tout. C’est celle dans laquelle il peut réaliser la grandeur de l’homme qu’il est et qu’il a toujours été depuis sa naissance. Reconnaître, accepter et assumer sa part de la responsabilité collective des les conditions communes d’existence avec les autres ivoiriens, voici leur chemin commun de lumière et d’êtres libres. En procédant ainsi, peut-être, observera-t-il qu’il détient le pouvoir de prendre ce chemin. Mais, tel ivoirien est-il dépourvu du moindre pouvoir de tenter de modifier sa réalité s’il est un homme responsable, donc libre ? Peut-être devons-nous nous examiner le défaut de pouvoir qui ne manquera pas d’être invoqué. Peut-être, explique-t-il et justifie-t-il que nombre d’ivoiriens préfèrent bien souvent la posture d’innocents et victimes de leurs seuls dirigeants et des autres. Prenons donc rendez-vous au dernier volet de cette réflexion. Nous y examinerons cette question d’ivoiriens victimes, innocent et finalement impuissants car dépourvus, disent-ils souvent, de tout pouvoir de changer l’état des choses : les conditions de leur existence et coexistence.

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(1) Blog Etudes africaines, “Afrique: La mauvaise gouvernance et la confiscation du pouvoir”, 21 avril 2009 URL : http://afriquecentrale.canalblog.com/archives/2009/04/21/13466441.html

(2) Stefan Zweig,  “La pitié dangereuse : ou l’impatience du cœur”,  Le Livre de poche, 2012

 

COTE D’IVOIRE 1993-2020 – Tentative de médiation entre ivoiriens, entre le peuple et ses dirigeants. (2/4)

2.

Pensées relatives aux difficultés de la Côte d’Ivoire quand le gouvernant est comme un enfant symbolique du peuple plutôt que comme  son père.

 

C’est une impasse de vouloir arranger l’état de la Côte d’Ivoire avant d’avoir une compréhension de ce qui se joue dans les relations entre les membres de la famille symbolique. Au terme du volet précédent de cette réflexion, nous sommes parvenus à réfuter le fait que le gouvernant est “le père de la nation”. Au contraire, l’analyse a abouti à le représenter comme étant l’enfant remarquable du peuple de parents. Ses parents sont constitués par la part majoritaire du peuple qui le soutient et par celle minoritaire qui donne son soutien à d’autres dirigeants politiques.

Une telle famille symbolique ne peut être définie que pour une époque, un moment politique donnés. Cependant, si les acteurs changent, la famille elle-même et les postures de ses acteurs sont peu variables. Il en résulte que tel père symbolique peut devenir en partie telle mère symbolique, tandis que telle mère peut devenir tel père en se recombinant avec une partie de tel père. C’est dire que la question n’est pas de savoir si telle majorité politique (père symbolique) est tyrannique et si telle minorité politique (mère symbolique) est dominée à telle époque. Telle minorité politique dominée peut devenir telle majorité tyrannique, au gré des évolutions politiques. L’enjeu semble par conséquent se situer ailleurs. De ce point de vue, le sens de telle ou telle accusation à l’encontre de tel gouvernant ou de telle part du peuple est soumise à la caution de la raison.

Pourquoi tel gouvernant agit de telle manière et pas de telle autre, parfois même de manière paraissant incompréhensible. Parce que le sens de tel comportement peut nous échapper ; et se contenter de l’indexer ne mène à rien. Pour changer de vision de la réalité sans cesse ressassée, il importe de clarifier les membres de la famille symbolique que l’on suppose que la Côte d’Ivoire constitue et de tenter de mettre sous une autre lumière les relations de ses membres. C’est en cela que quand la Côte d’Ivoire est une famille symbolique au sein de laquelle le gouvernant est comme un enfant au lieu d’être comme le père symbolique présente intérêt.

C’est pourquoi, dans ce cadre, il convient de développer la famille symbolique, à laquelle la Côte d’Ivoire peut être ramenée ainsi que les relations de ses membres. Peut-être, pourrons-nous  approcher alors ce qui s’y joue ainsi qu’une certaine compréhension des comportements. Observer et constater la réalité ne suffisent plus. La comprendre et en avoir une explication, ne sont-ce pas là des étapes obligatoires pour s’expliquer les difficultés communes avant de penser à les résoudre ensemble ? D’abord et dans la mesure où nous traitons de la famille symbolique, une question initiale s’impose : pourquoi est-on amené à nous représenter  le pays comme une famille ?

La symbolisation du pays au service d’une tentative de compréhension des difficultés du pays.

La fonction de la symbolisation est de représenter l’objet considéré par une image ou un symbole qui en facilite l’appréhension mentale. Sa finalité est de faciliter la compréhension de l’objet symbolisé, à savoir de lui conférer un sens. Pour jouer ce double rôle, le symbole doit être concordant avec son objet. Concernant un objet comme un pays, il est symbolisé par une conception ; elle le représente comme une famille. Pour accéder à la signification d’une telle famille symbolique, il importe de préciser ses membres, leurs positions et leurs autorités. De cette manières, les relations de la famille peuvent être mieux comprises. C’est pourquoi approfondir la discussion des relations des gouvernants/dirigeants et du peuple dans le cadre de cette nouvelle symbolique familiale est d’une importance capitale.

Par ailleurs, l’intérêt de cet effort de la pensée tient au fait de savoir de quelles positions dans les relations et à partir de quelles données les jugements y sont portés. Par exemple, à partir desquelles le peuple, en particulier, juge-t-il les actes de tels gouvernants et des dirigeants ? En dépit ce qui a été précédemment analysé, le peuple persiste à admettre que tel gouvernant est son père. Il résulte de ce fait qu’il se conçoit comme étant l’enfant symbolique du gouvernant. Or, même en admettant cette erreur, le peuple ne peut raisonnablement pas échapper à l’évidence. Il ne peut éviter de considérer que le gouvernant est non seulement l’objet, mais également une source très importante de ses propres attitudes et comportements. Un enfant n’agit-il pas souvent relativement à ses parents ? En tous cas, il ne peut éviter d’en faire ce qui influence considérablement ses attitudes et ses comportements. Comment parvenir à nier que l’inverse puisse être exact ? Bien sûr on peut examiner de plus près la situation. En procédant ainsi, on observera alors que c’est en partie seulement que tel gouvernant l’influence ou que le peuple influence tel gouvernant. Pour en convenir le peuple n’a pas d’autres choix que d’éviter de se considérer comme, un machin qui réagit et exécute mécaniquement la volonté et les désirs du gouvernant. Il en est de même du gouvernant.

A la source de cette investigation, nous postulons que les comportons des gouvernants et du peuple ne sont pas de même nature selon leurs conceptions. Tel gouvernant se concevant comme le père symbolique du peuple ne produit sans doute pas la même réalité que s’il se comporte comme son enfant symbolique ou même pas du tout. Peut-être même que ses comportements sont variables, selon que dans telle circonstance il se pense comme père ou comme l’enfant symbolique. Cela vaut pour le peuple. C’est là une raison suffisante en elle-même pour tenter d’approcher une compréhension différente des relations selon cette nouvelle symbolique. Examiner leurs comportements à la lumière de ce nouvel éclairage, voici le sujet traité. Bref, il s’agit de tenter de comprendre ce qui se joue dans cette famille symbolique que le pays constitue. Il est donc nécessaire et pertinent de redéfinir les membres de la famille symbolique, de tenter de clarifier leurs positions et autorités respectives ainsi que le sens de leurs relations.

Comme nous avons examiné précédemment la question, il se peut que le gouvernant ne se comporte pas comme le père symbolique auquel le peuple l’assigne. Il est peut-être inexact que, de son côté, le peuple n’agisse pas comme son enfant symbolique. Bref, il est possible que le sens de ce qui se joue dans la famille ivoire nous échappe totalement ou en partie. Dans cette situation d’incertitudes, il se peut alors que se poser des questions et faire des hypothèses de réponses nous conduisent à accéder à la compréhension de l’impasse dans laquelle le pays se trouve. Nous avons montré que rien de la conception familiale symbolique usuelle n’approche la réalité dans une situation de démocratie. Elle est loin de rendre compte des comportements des acteurs. Et pour ceux qui en doutent encore, les faits parlent tout simplement d’eux-mêmes et constituent les meilleurs avocats pour défendre la nouvelle perspective. C’est pourquoi, il est temps d’examiner les membres de la nouvelle famille symbolique, dans laquelle le gouvernant est l’enfant symbolique du peuple et non le père. C’est également le lieu d’approfondir leurs relations sous cet nouvel angle.

Qu’est-ce qu’une majorité politique du peuple, soutien de tel gouvernant, au point de vue de la symbolique faisant du pays une famille ?

Pour initier cet examen concernant la part du peuple fait père symbolique, rappelons comment, à une époque donnée, la majorité politique électrice du gouvernant représente son père symbolique. A l’échelon du pays, la majorité semble se comporter comme une autorité paternelle à son égard, à l’instar de ce que les ivoiriens connaissent dans une famille ordinaire. L’équation de la concorde familiale est rendue complexe, en raison du fait que cette autorité ne gouverne pas le pays, en tous cas pas directement. Elle n’a par ailleurs pas vocation à le faire. Mais, l’observation montre qu’elle aspire à exercer son autorité sur le gouvernant, son enfant symbolique.

Le rôle décisif de la majorité du peuple et de soutien du gouvernant dans sa naissance.

Le changement de perspective suggère que la majorité politique à une époque donnée constitue le père symbolique du gouvernant. Il convient d’observer immédiatement par déduction qu’il s’agit d’un parent qui ne gouverne pas les relations familiales, comme dans l’existence d’une famille ordinaire. En effet, malgré une démocratie ivoirienne naissante – on peut en convenir -, il suffit d’introduire, que c’est le peuple qui détient et exerce le pouvoir et l’autorité de faire de n’importe quel ivoirien un dirigeant de premier rang. Il l’exerce aussi en conférant à tel gouvernant le pouvoir de nommer tels dirigeants politiques. C’est le peuple qui juge par la suite son action utile ou toxique pour lui. En disposant de la faculté de générer le gouvernant, par la combinaison de ses actes, c’est donc le peuple qui est proche d’être un générateur de dirigeants. A ces divers titres, un dirigeant nait du soutien de telle partie du peuple, dont il tire sa légitimité. C’est pourquoi, cela correspond mieux à la réalité de faire du peuple les parents des dirigeants. C’est aussi la raison pour laquelle on peut symboliquement faire de cette portion décisive du peuple, son père.

On peut alors énoncer que tout gouvernant, tel qu’il est et agit est un résultat. Le rapport dont il résulte fait intervenir un premier terme. Il est le fruit d’une part importante d’éducation du peuple, en particulière de sa part majoritaire de soutien ; cette éducation a pour but de servir ses intérêts. Il fait également intervenir un second terme tout aussi important. Ce terme est important à trois titres. D’abord, l’expression du gouvernant, en tant qu’individu en face de ses besoins et désirs propres, y contribue. Ensuite, face à l’intérêt général, son expression en tant qu’incarnation du gouvernant y participe. Enfin, ses attitudes et comportements vis-à-vis des attentes particulières, souvent croisées et contradictoires des deux parts du peuple apportent leur part de sa détermination. On verra ultérieurement, qu’aussi faible soit-elle, la contribution du peuple à ce que le gouvernant est et à la manière dont il agit n’en constitue pas moins une part essentielle de cette détermination. Cela dit, faire de la part majoritaire de soutien du peuple le père symbolique de tel gouvernant est loin de suffire pour en générer un qui soit digne de sa fonction.

La majorité présidentielle et la la liberté du gouvernant.

Qu’est-ce qu’être père ou mère (dans le sens de géniteurs) dans l’existence familiale ordinaire ? C’est le statut social qu’acquiert un homme ou une femme qui fait naître ou qui génère une autre personne. L’acquisition de cette qualité ne lui suffit pas pour être digne de l’homme. A ce titre un homme ou une femme n’est guère digne de l’homme pour avoir fait naître un enfant. Cette réalisation est par ailleurs loin de suffire pour proclamer la dignité de la personne qu’il ou elle fait naître, pas plus que la personne elle-même le soit en soi.  Il en est exactement de même de la situation de tel gouvernant et les parts du peuple dans le cadre d’une famille symbolique. Telles parts majoritaire et minoritaire du peuple ne sont pas en elles-mêmes dignes d’un peuple d’hommes dignes en raison d’avoir généré un gouvernant. Tel gouvernant qu’elles génèrent n’est pas, non plus de ce fait, un gouvernant qui soit digne de la responsabilité historique du dirigeant. Il faut un autre déterminant. On est alors contraint de nous incliner devant l’évidence. Dans l’existence ordinaire, une personne qui naît devient digne de l’homme dans sa manière même d’exister et de vivre. Bref, sa dignité dépend et se manifeste dans ses relations autres.

De même, dans l’existence d’une famille symbolique, comme un pays, le gouvernant réalise la dignité du gouvernant à travers sa gouvernance. Dans une famille ordinaire, les parents, en particulier le père, ne peuvent seuls parvenir à faire de leurs enfants, des personnes dignes des hommes. Un père y parviendra encore moins seul en raison d’être autoritaire. De son côté et comme un tel père, la part majoritaire du peuple (soutien du gouvernant) n’a pas toute seule la capacité de générer un gouvernant digne. Certes, elle a contribué à générer de manière décisive le gouvernant qu’elle soutient. Mais, malgré son pouvoir exorbitant d’influence sur le gouvernant, elle ne dispose pas seule de toutes les ressources pour influencer le gouvernant, de telle manière utile à tous les membres de la famille. Déterminer de manière décisive le choix du gouvernant et l’éduquer ne suffisent pas pour en faire un dirigeants digne, à savoir un véritable politicien au sens noble. Sans même juger sa manière de l’exercer, il suffit d’observer qu’en face de son pouvoir exorbitant, se dresse un autre qui en limite l’influence. C’est au minimum, le pouvoir du gouvernant, en tant qu’individu et en tant que celui qui incarne la fonction et son autorité. Comme nous l’avons indiqué, le gouvernant a le pouvoir de ses propres attitudes, initiatives et comportements vis-à-vis des attentes de cette dernière et des siennes propres. Examinons donc les fondements des relations entre le gouvernant et de la part du peuple qui le soutient. Ainsi, les parts du peuple et le gouvernant lui-même constituent l’une de sources de la dignité de sa fonction politique qu’il peut manifester ou pas.

Des sources de la responsabilité particulière des gouvernant, au delà de leurs faits récurrents eux-mêmes.

Nous continuons de prendre appui sur la relation ordinaire parents-enfants que chacun connaît. Dans ce cadre, nous continuons également de placer l’analyse sous la considération de la part majoritaire du peuple comme étant le père symbolique du gouvernant. A ce point de vue, il est possible de porter un autre regard pour percevoir et analyser les relations autrement. Dans ce repère, les relations entre les dirigeants et le peuple, apparaissent sous un nouveau jour. Certes, celles en particulier entre la majorité politique de la population à une époque donnée et le gouvernant qu’elle soutient mettent aux prises les mêmes acteurs. Mais, l’intérêt du repère réside dans le fait que le peuple n’est plus l’enfant symbolique du gouvernant mais l’inverse. C’est ainsi que la part majoritaire du peuple, soutien de tel gouvernant à telle époque politique, constitue symboliquement son père. Il est cependant prématuré d’affirmer que les comportements du gouvernant et du peuple sont conformes à leurs nouvelles positions. Les questions sont alors les suivantes. Le gouvernant agit-il comme le père symbolique du peuple, comme la conception usuelle l’affirme ? Dans ce cas, le peuple se comporte-t-il comme son enfant ou alors comme les parents suggérés par la nouvelle conception ? Ou alors, le gouvernant agit-il comme l’enfant symbolique du peuple ? Dans ce cas, le peuple se comporte-t-il comme des parents à l’égard du gouvernant (leur enfant symbolique) ? Voici les enjeux. A partir de ce point et selon les réponses aux questions, on pourra commencer à entrevoir une autre explication et compréhension des comportements des acteurs de la famille symbolique.

On en vient à se demande encore comment les hommes sont parvenus à faire du gouvernant le père symbolique du peuple à la faveur du conception familiale incestueuse du pays. Les faits son têtus et rendent rend compte du fait que le gouvernant est l’un des enfants symboliques du peuple. On peut simplement convenir que son statut en fait un enfant remarquable. N’est-ce pas ainsi que l’aîné bénéficie d’un statut d’aînesse dans une famille ordinaire ? On peut également observer immédiatement une conséquence majeure de cette inversion des positions des acteurs. Cette conséquence consiste en un fait historique généré par le passage de la famille à la société politique humaine. Contrairement à la cellule familiale ordinaire, le gouvernant (enfant symbolique) gouverne les relations de la société politique, symbolisée comme une familiale. Il y a eu par conséquent un transfert de l’autorité de gouverner des parents symboliques, du père notamment, à l’un des enfants symboliques. C’est en cela que se situe la source de la grande part de responsabilité du gouvernant ou du dirigeant politique, symboliquement un enfant du peuple qu’il gouverne. Cela est encore plus évident en démocratie.

Plus qu’un enfant ordinaire cependant et contrairement à lui, le gouvernant est réellement un homme adulte que le peuple fait naître comme tel. Avant sa naissance, il est déjà adulte. Il affirme sa volonté et sa capacité à gouverner la relation pour un bénéfice familial commun. Il a la prétention de penser qu’il dispose des ressources de l’esprit pour le faire. C’est même ainsi que sa gestation politique se fait. Une chose est certaine, il dispose de davantage de pouvoir que n’en dispose un enfant ordinaire, pour résister à la part majorité politique qui lui a confié le pouvoir de manière décisive. Ce pouvoir lui permet par exemple de s’abstenir, contre le désir de cette dernière, d’exercer l’autorité conférée  au profit exclusif de cette part. Mais, manifeste-t-il toujours la force morale de refuser l’autoritarisme parfois de cette part du peuple ? Bien que symboliquement un enfant, et surtout majeur, le gouvernant n’est pas défendable. Il dispose de plus de ressources qu’un enfant ordinaire, non encore majeur, pour résister à l’autoritarisme et à l’égoïsme de la part majoritaire du peuple qui le soutient. Quand on songe aux ressources et aux moyens considérables dont il dispose, il est incomparable à l’enfant, et de manière limitée, à l’enfant adulte ordinaires. Comme un père ordinaire, la part du peuple qui le soutient dispose de son côté de la faculté d’être utile au gouvernant, comme un père tente de le faire à l’égard de son enfant, ainsi qu’à lui-même et au reste de la famille. Mais, comme un père ordinaire autoritaire aussi, qui prétend en revanche régenter toute existence à la sienne unique, elle peut être toxique à tous les membres de la famille. C’est au croisement de l’exercice de leurs pouvoirs respectifs d’utilité ou de nuisance collectives que se situent leur dignité respective. Ainsi, au point de vue de la nouvelle symbolique représentant le pays comme une famille, la majorité politique à une époque donnée joue le rôle de l’autorité paternelle de la famille symbolique. Les fait le démontrent à chaque époque politique. Il est sans doute inutile de rappeler, qu’elle procède avec autoritarisme, sur fond d’une conception générale inégalitaire des rapports sociaux. En ce sens, elle ressemble au père autoritaire des traditions africaines.

Ainsi, la part majoritaire du peuple, dans sa posture de père symbolique du gouvernant suit son chemin de père autoritaire. Peut-être que parfois, elle joue à l’enfant symbolique du gouvernant sur la base d’une conception incestueuse. Sans doute considère-t-elle, dans cette conception, qu’elle est l’aîné du gouvernant qui vient après la cadette : la minorité politique. Dans un cas comme dans l’autre, ses finalités sont claires. Soit elle désire s’approprier le gouvernant et vider la notion même de gouvernant et ce qu’elle implique de sa substance à son profit. Soit, soit comme un enfant tyran, elle désire être le centre du pays et le cœur des préoccupations de tel gouvernant. Agissant comme un père symbolique mais autoritaire, tel gouvernant accepte souvent de sacrifier la famille symbolique à leur seule survie. Voilà, deux lectures de ce qui se joue peut-être dans les profondeurs des âmes. Dans un cas comme dans l’autre, le gouvernant manque à sa responsabilité historique, au delà de celle du peuple, pour les évidentes raisons que nous avons soulignées. Maintenant, il est temps d’examiner la part minoritaire du peuple et ses relations avec le gouvernant, d’une part et la part majoritaire, d’autre part. 

Qu’est-ce qu’une minorité politique du peuple (qui ne soutient pas le gouvernant), au point de vue de la symbolique faisant du pays une famille ? 

Des arguments existent en faveur de faire de la minorité politique, non électrice du gouvernant à une époque donnée, la mère symbolique du gouvernant. Pour en savoir un peu plus sur sa mère symbolique, revenons à cette part majoritaire du peuple, pour préciser qu’il ne représente que la composante “père” des deux parents ; la totalité du peuple étant comme les parents du dirigeant ou gouvernant. Pour discerner la mère symbolique du gouvernant, il faut imaginer le père et la mère, à partir de la représentation d’une famille ordinaire africaine usuellement connue.

Le fil d’Ariane de la famille africaine mène à la minorité politique comme étant la mère symbolique du gouvernant

Dans nombre de familles africaines courantes, d’hier et d’aujourd’hui, il est fréquent que le père se comporte comme si l’enfant qui paraissait était son enfant exclusif. Il y en existe même pour lesquels seuls les fils paraissent être leurs enfants. Celle qui l’a porté pendant neuf mois semble être, de son point de vue et pour ainsi dire, un peu comme une réceptrice-hébergeuse de sa semence. Ultérieurement, il la considérera comme une nounou-éducatrice de base, pour les règles courantes inégalitaires de la vie ordinaire familiale. Du haut de son hégémonie, l’archétype du père africain entend régenter l’existence de tous les membres de la famille, dont celle de l’enfant naturellement avec peu de défenses. Il est utile de préciser que cette description ne correspond sans doute pas à la réalité de toutes les familles. Des africains et parmi eux des d’ivoiriens contesteront cette description peu flatteuse. D’autres s’inclineront devant cette part de la réalité africaine. A bien y regarder de près, la part majoritaire du peuple, dont les choix de ses membres ont constitué la majorité qui a généré le dirigeant, ressemble fort bien à ce père. N’entend-t-elle pas régenter l’existence et le mandat du gouvernant, considéré comme son enfant, au service de la sienne ? Avoir souligné le père permet d’entrevoir et de préciser la mère du gouvernant. Qui est-elle ? 

Elle est généralement dominée dans une relation inégalitaire d’ordinaire en Afrique des traditions. Comme une minorité politique, elle est souvent minorée, bien que quelques fois flattées. Le contexte d’une démocratie ivre et en quête d’un certain équilibre n’est pas éloigné de celui d’un cadre social où l’inégalité est règle. Par conséquent, on cherchera inutilement ailleurs ce qui correspond symboliquement à la mère du gouvernant, si on ne suivait pas le fil d’Ariane, à savoir la famille et la société africaines et leur foi en l’ingéalité sociale. Comme un père de l’Afrique des traditions, la part majoritaire du peuple, soutien et électrice du gouvernant, pense l’avoir généré seule. Elle procède comme si la part minoritaire du peuple n’y était pour rien dans son avènement et son existence. En conséquence, la mère du gouvernant que nous recherchons est inévitablement cette part minoritaire du peuple. Elle est précisément la communauté non électeurs du gouvernant, dont celle qui précède pense qu’elle n’y est que pour rien dans l’existence du gouvernant. Ainsi et en clair, les citoyens qui ont porté leurs choix sur d’autres dirigeants candidats (malheureux) et sur d’autres projets (s’ils existent), constitue cette part, la mère symbolique du gouvernant. Unique conceptuellement, elle est cependant composite en raison des choix divers des membres qui la constituent. Nous assimilons cette part minoritaire du peuple au moment et à l’issue d’élection à la mère du gouvernant élu, tant il apparaît à la part majoritaire que le gouvernant (l’enfant) est sa propriété. Tout se passe sensiblement, comme procède un père autoritaire africain. C’est une mère qui ne se laisse pas faire. 

La minorité politique : comme une mère révoltée qui balance entre désir de détention de l’autorité paternelle et soumission ou réalisme.

Nous commettrions une grave erreur à penser que dominée, la minorité politique acceptait stoïquement sa situation. Il n’en est rien du tout. Car, de quoi s’agit-il quand elle réclame l’alternance démocratique ? L’alternance évoque chez elle, non seulement un changement de gouvernant, mais surtout, une inversion des sexes symboliques. A travers cette volonté, elle entend occuper la position de la part majoritaire. A cette position et à la place de cette dernière, elle sera le père symbolique du nouveau gouvernant et en tous cas, de celui qu’elles génèreront par l’alternance. Avec ce changement de sexe et en tant que père symbolique du gouvernant, elle espère dans le même mouvement d’alternance un échange avec la majorité qui précède : échanger son pouvoir d’autoritarisme sur la famille et d’influence sur le gouvernant et en être doté, contre sa position de mère dominée. L’unique finalité de son combat est de faire de tel autre dirigeant (autre enfant symbolique) qu’elle soutient, l’enfant remarquable de la famille, à savoir le gouvernant. Sa seule ambition, pour elle-même et non pour la famille, est d’être et de faire comme le père symbolique (la majorité actuelle, père symbolique de l’actuel gouvernant).

C’est sans doute là, pourquoi on parvient avec peu d’effort à un fait essentiel. La majorité et la minorité politiques (parents symboliques du gouvernant) ne respectent pas les êtres propres de tous les membres de la famille. En particulier, se battant pour générer de manière décisive le gouvernant, c’est de cette manière qu’elles peuvent détenir par voie de conséquence l’autorité paternelle symbolique sur lui. Toutes les deux semblent avoir foi en le fait que cela constitue le moyen de gouverner à travers lui, à sa place en quelque sorte. Ainsi, elles espèrent reconstituer les modalités d’une famille ordinaire. L’unique nuance en parvenant là, réside dans le fait que la majorité politique (père symbolique) ne peut gouverner à la place du gouvernant, l’enfant symbolique qu’à travers sa grande influence sur lui. De cette manière cependant, la symbolique correspond et et confond avec une famille africaine traditionnelle, d’une part. D’autre part, elle est conforme à ses traditions, relativement à son fondement sur sa foi en l’inégalité sociale. De ce point de vue, il est possible que la pensée reflète la réalité. Si tel est le cas, alors on comprend mieux pourquoi peu de chose s’oppose au fait de penser que rien ne permet de distinguer la majorité et minorité politiques. Certes, elles sont dissimulées derrière ces concepts qui les désignent et qui leur confèrent leurs sexes symboliques différents. Toutefois, ni aucune majorité ni minorité politique, n’est fondée à faire quelque reproche justifiable l’une à l’égard de l’autre et inversement. Ce constat est renforcé par leur même volonté, mais qui les oppose en raison de son caractère sociopathique. Elles veulent annexer l’existence même du gouvernant au profit de la leur particulière et au détriment de l’égale existence de tous les membres de la famille symbolique. Vis-à-vis de tel gouvernant, la minorité politique est sa mère symbolique dans la conception du pays familial. Mais, il ne faut pas s’y tromper ; elle est une mère qui veut être le père symbolique pour user de son autoritarisme, sans lequel l’inégalité sociale ne peut être.

En définitive, la part minoritaire à telle époque veut être la majorité (le père symbolique du gouvernant) à la place du père actuel, à savoir la majorité actuelle. Autant le dire tout de suite. Finalement, elle veut remplacer un autoritarisme paternel symbolique par un autre. Seuls changent ses détenteurs. Dès lors, chacun comprend que la lutte soit violente entre les deux parents symboliques. Poussons la réflexion plus loin. On se demande même, le processus électoral, n’apparaît pas dans les conceptions comme l’instant fatidique de début des hostilités jusque là  difficilement mises en latence par un effort de respect de la démocratie de part et d’autre. Si parfois les dirigeants apparaissent comme les porte-étendards de chaque parent, ils ne constituent finalement que les objets de leurs désirs. On se pose alors la question de savoir qui manipule qui, entre les gouvernants/ dirigeants d’une part, et le peuple de parents en devenir, d’autre part. Si on ne charge pas définitivement les dirigeants de tous les maux du pays et, dans la mesure où on respecte le peuple, il y a là matière à penser une autre compréhension de leurs difficultés communes.

Par ailleurs, il convient d’observer qu’il est courant qu’il arriva que la majorité politique se renforça d’une partie de la minorité politique et vis-versa. Il n’y a rien d’étonnant à cela. Dans un système démocratique où la politique politicienne l’emporte sur les idées politiques de progrès communs et les idéologies. C’est ce mouvement qui confère son caractère extrêmement labile et changeant de la nature même des parents symboliques du gouvernant et des dirigeants. Ainsi, la minorité politique soutenant d’autres dirigeants représente la figure maternelle dans le cadre de la famille symbolique. Au delà de sa sensibilité familiale, elle est écartelée par ses intérêts propres et particuliers. Parfois, certaines de ses parties acceptent l’état des choses. Dans ce cas, elles se soumettent au gouvernant et à sa majorité supportrice autoritaire dans laquelle elles se dissolvent. En général, sa plus grande partie se révolte. Comme la démocratie lui en offre l’opportunité, elle essaie d’arracher l’autorité paternelle en tentant de générer un nouveau gouvernant. Cependant, comme la majorité son adversaire, elle aussi a foi en la conception inégalitaire des rapports sociaux. C’est pourquoi, on ne peut les différencier que selon l’époque et la circonstance politique. Leur être, leur nature et leurs expressions profondes sont par conséquent non solidement fondés, mais semblent être dictés par leur rapport de filiation au gouvernant. Sur cette base, elles ne peuvent avoir en commun que ce désir suicidaire et la violence qu’elle échange.

Maintenant, nous savons que le gouvernant est l’enfant symbolique du pays familial. Nous savons aussi que la majorité politique du peuple constitue son père symbolique et que la minorité représente sa mère symbolique. Leurs rapports que nous venons d’examiner ne peuvent conduire qu’à une situation familiale délétère. Cela dit, le gouvernant n’est pas un enfant unique symbolique. Le gouvernant a des frères et sœurs symboliques. Ils représentent le quatrième acteur de la famille symbolique.  Comme nous l’avons vu, ce sont les autres dirigeants, non gouvernant sur lesquels la minorité compte pour une inversion des positions familiales symboliques.  ? Il conviendra de les approcher en même temps que le plus remarquable d’entre eux, à savoir le gouvernant.

Qu’est-ce qu’un gouvernant (dirigeant politique qui gouverne), au point de vue de la symbolique faisant du pays une famille ?

Nous venons d’analyser que dans la nouvelle famille symbolique la majorité représente le père symbolique et exerce l’autorité paternelle de même attribut. Nous avons esquissé les traits d’un autoritarisme paternel. De son côté et en tant que mère symbolique, la minorité sacrifie parfois sa liberté et l’intérêt vital de la famille symbolique sur l’autel de ce qu’elle considère comme étant ses besoins impératifs. N’est-ce pas le cas quand elle se soumet en s’alliant à la majorité autoritaire pour profiter plutôt que tenter de protéger la famille ? En procédant ainsi, peut-être aussi qu’elle fait preuve de raison, mais laquelle ? Révoltée dans la plupart des cas, elle engage le combat dans le but d’être la majorité d’un gouvernant qu’elle génère de manière décisive. Naturellement, elle s’appuie sur les autres dirigeants, représentant leurs autres enfants symboliques. C’est dans ce contexte des relations familiales que le gouvernant a la lourde tâche de gouverner les relations familiales.

C’est pourquoi, il convient de le dire tout de suite : le gouvernant représente l’autorité d’équilibre et de péréquation des forces des membres de la famille symbolique. De ce point de vue, la famille court un risque important lorsqu’il est partagé dans sa décisions et ses choix, au lieu de suivre la raison du gouvernant, à savoir la famille. Entre, prendre le chemin que sa fonction dicte, d’une part et l’hésitation entre soumission ou suivisme de la majorité ou autorité paternelle symbolique, le gouvernant digne n’a pas d’autre choix que la famille. Or, rarement, c’est ce que les ivoiriens observent. C’est là la raison essentielle de discerner de plus près le gouvernant et ses relations avec les autres membres de la famille symbolique.

Le gouvernant dans toute sa réalité et sa symbolique.

Il est nécessaire et moteur de discerner l’erreur fondamentale d’une conception faisant du gouvernant le père du peuple. La nouvelle symbolique faisant du gouvernant l’enfant symbolique et remarquable du peuple a un triple avantage : elle est raisonnable réaliste et morale. Le gouvernant un adulte. Certes, mais symboliquement, c’est un enfant. En conséquence, il convient d’observer immédiatement que, contrairement à l’enfant ordinaire, le gouvernant, symboliquement enfant du peuple est adulte. Il affirme mieux connaître le monde que les parents, en particulier, la part majoritaire du peuple qui le soutient et qui représente symboliquement son père. C’est même à ce titre qu’il est fait gouvernant des relations familiales, fonction assurée de manière usuelle par les parents dans une famille ordinaire africaine, en particulier majoritairement par le père.

Généré gouvernant de manière décisive par telle majorité politique à telle époque, il est appelé à devenir un véritable homme politique, à savoir un dirigeant digne de cette qualité. Il acquiert la considération du peuple, quand ses parts ont usé de raison pour constater l’évidence : à savoir qu’elles ne peut être, sans manifester aucune raison et sans accepter l’existence propre du gouvernant. Admettons que les attentes souvent sociopathiques du peuple, en particulier de sa majorité, se retournent contre tous les membres de la famille symboliques. Cependant, cela ne constitue pas une condition pour admettre une autre évidence. Le refus du gouvernant/dirigeant, de surcroît majeur et disposant de davantage de moyens pour le faire qu’un enfant, de lui résister, aboutit au même résultat, voire pire encore. Or, dans cette affaire, le gouvernant (symboliquement enfant mais déjà adulte), affirme lui-même qu’il dispose de la connaissance et de la capacité nécessaires pour résister aux désirs de cette part majoritaire (son père symbolique).

La dignité du gouvernant comme celle de l’enfant ou adulte ordinaire : même combat.

La dignité du dirigeant politique ou du gouvernant, comme de celle de l’enfant ordinaire qui grandit, a un prix. C’est en résistant souvent à cette part majoritaire du peuple et de soutien. Toutes les fois qu’il pense cela utile à tous les membres de la famille, qu’il devient le véritable dirigeant quand il agit en ce sens. Un enfant ordinaire ne devient-il pas majeur et adulte en résistant à des parents trop envahissants qui l’aiment sans doute de mauvaise nuisible ? Face à un père autoritaire, l’enfant n’est-il pas en soi, ne devient-il pas adulte en récusant et en refusant son désir de le maintenir enfant. Quand un parent entend façonner l’enfant pour qu’il le reflète et pour réaliser l’idée qu’il a de lui-même, en niant au passage son propre être, la relation peut-elle être profitable à toute la famille ? Une majorité politique qui entend nier l’être du gouvernant à son profit est-elle utile à la famille symbolique ? Le gouvernant, enfant symbolique, est réellement adulte. Il prétend être meilleur “connaisseur et sachant” des choses du monde. Peut-il avoir la moindre circonstance qui puisse atténuer sa responsabilité quand il accepte la folie d’une majorité politique de soutien à telle époque qui entraîne avec elle toute la famille dans l’abîme de sa vanité ? A ce titre, le gouvernant est non défendable, dès lors qu’on additionne les considérations négatives, comme un homme de droit : il est adulte ; il affirme savoir et connaître ; l’autorité lui a été donnée pour limiter l’envahissement de l’intérêt commun par les désirs. Parce qu’il manque tant à ses obligations en disposant d’autant de ressources, des arguments font défaut pour atténuer sa part de responsabilité.

Dès lors, chacun peut comprendre qu’il ait davantage de torts, comparativement et contrairement à ceux attribuables à l’enfant ordinaire dans la situation qui est celle de sa relation avec son père autoritaire. Cela étant, il ne faut pas s’y tromper. Dans l’existence ordinaire des hommes, l’influence considérable d’un géniteur conserve sa pesanteur, même sur des enfants persistants en des adultes devenus. Il en est exactement de même de celle d’une majorité politique du peuple sur des dirigeants adultes, même symboliquement considérés comme des enfants. Malgré tout, sa meilleure conscience revendiquée des enjeux du monde et sa volonté de gouverner les relations pour les relever au profit de tous les membres de la famille ainsi que le pouvoir pour y parvenir qui lui a été concédé, constituent à cet égard, une circonstance aggravante de la part de responsabilité historique du gouvernant ou dirigeant (majeur) tout le contraire pour un enfant, même devenu adulte. L’enfant ordinaire n’a ni la prétention de mieux connaître le monde que ses parents au point de vouloir gouverner les relations d’existence de la famille, pour le bénéfice de tous ses membres. Il n’a reçu de quiconque, encore moins de ses parents, le pouvoir de gouverner la famille. Ainsi, si le gouvernant est symboliquement un enfant, il endosse la part de responsabilité qui revient raisonnable aux parents d’une famille ordinaire. Peut-être, est-ce là l’une des raisons qui ont aboutit à le considérer comme le père symbolique du peuple. Soit, mais le gouvernant fait le père symbolique se comporte et agit réellement souvent comme l’enfant symbolique qu’il est dans la nouvelle symbolique. Dans ces conditions, que reste-t-il pour soutenir la conception incestueuse ? A propos de sa responsabilité, il importe de la situer et de la préciser dans le contexte conceptuel où il est l’enfant symbolique du peuple.

Un enfant symbolique, même réellement adulte, ne peut cependant être seul responsable de la situation délétère des relations des membres de sa famille symbolique.

En parvenant ici, les ivoiriens doivent questionner le peuple. Il reconnaîtrons que comme un père ordinaire autoritaire et comme supportrice du gouvernant, la majorité politique a quelques scories. Que dire de la minorité politique ne soutenant pas le gouvernant ! Ne soutenant quasiment aucune action du gouvernant en raison de celui qui l’incarne, elle n’aspire à n’être que la majorité, à détenir son bâton d’autoritarisme et à agir exactement comme elle ? Il semble bien qu’il arriva que toutes les deux ont contracté un pacte de sang. Son objet est une lutte violente ayant pour finalité d’être le père symbolique de tel gouvernant qu’elles génèrent. La raison est simple. L’être signifie avoir généré le détenteur du pouvoir d’État de manière décisive. Mais surtout, nombre d’ivoiriens pensent que la position familiale symbolique est comparable à celle d’un père ordinaire africain. Comme ce dernier, elle peut exiger de toute la famille, en particulier des gouvernants d’obtempérer à toutes ses demandes, sans aucun questionnement et de réaliser son seul être. Tel père ordinaire autoritaire pense qu’il suffirait à l’enfant de s’effacer au profit de son existence. De même, le peuple de parents, à savoir la majorité comme la minorité, pense qu’il suffirait que tel gouvernant ou dirigeant qu’il supporte réalise leurs attentes égoïstes : à savoir, le réaliser conformément à ses désirs pour que tout aille mieux dans son monde meilleur tel qu’il l’envisage. Peut être ! Il se trouve que le monde réel est contingent, car fait de relations humaines complexes. Il est loin d’être le meilleur désiré par chacun puisque qu’il ne relève pas d’un ordre mécanique, mais des rapports des volontés et désirs croisés de ceux qui le constituent. A défaut de pouvoir être le meilleur que le peuple désire, il peut cependant être celui acceptable. Il le devient par la raison manifestée par tous les membres de la famille. Dès lors, tous les ivoiriens n’ont pas d’autre choix que de tenter, par un minimum de raison, de ne pas souffrir de l’immense complexité d’un monde qui ne peut être meilleur mais acceptable.

Il est indiscutable que, les parts de responsabilité de toute majorité ou minorité politique soutenant tel gouvernant ou tel dirigeant à telle époque existe. Mais, quelle qu’en soit l’ampleur, elle ne peut déterminer seule les circonstances communes de l’existence ni l’expliquer. Il en est exactement de la grande part qui est attribuée au gouvernant. Un ivoirien honnête ne peut prétendre que même dans le cadre d’un exercice raisonnable, qu’elle puisse suffire pour réaliser seule l’intérêt général. Toutefois, dans un cas comme dans l’autre, ce n’est pas là une raison suffisante pour négliger la responsabilité du peuple, même la plus faible. Son aptitude à ruiner tel ou tel effort de progrès collectif, même le plus petit de tel gouvernant ne peut être balayée d’un revers de main. C’est pourquoi, on ne peut éluder la responsabilité de la majorité soutenant tel gouvernant, aussi faible soit-elle et son impact sur le gouvernant (dirigeant) et sa contribution décisive aux conditions de leur existence commune. C’est le cas s’agissant de telle minorité sur tel dirigeant non encore gouvernant. Achevons cet examen du gouvernant en tant qu’enfant symbolique remarquable du peuple par l’évocation de sa fratrie symbolique. Cette évocation traitera de tous les autres dirigeants qui convoitent le pouvoir. Une question suffira à introduire le sujet : que sont les opposants politiques, au point de vue de la symbolique faisant du pays une famille ?

En général, les autres enfants symboliques du peuple sont désignés de manière restrictive par les opposants politiques. Au point de vue de la famille symbolique, tous les autres dirigeants politiques sont les frères et sœurs symboliques du gouvernant, en tant qu’enfant remarquable. Certains parmi eux gouvernent avec lui, faisant de la part du peuple qui les soutient, une partie de la part majoritaire analysée précédemment. C’est pourquoi il convient de préciser que la part minoritaire examinée précédemment représente l’ensemble de la part du peuple qui ne soutient pas le gouvernant mais les dirigeants qui lui sont opposés : les opposants politiques. C’est précisément parmi ces enfants symboliques et à partir de l’un deux que la part minoritaire du peuple entend générer son champion, dans la bataille qui l’oppose à la part majoritaire. Son but est de déterminer le choix décisif aboutissant à générer le gouvernant devant gouverner la relation familiale à la place de celui préféré par la part majoritaire. Ainsi, d’un côté de la famille symbolique, se situent le gouvernant (l’enfant remarquable) et la majorité du peuple qui le soutient (le père symbolique). Des dirigeants (frères symboliques) leur apportent leur force dans la bataille familiale. De l’autre, d’autres dirigeants, désignés par les opposants, sont néanmoins d’autres frères symboliques. Ils forment équipe commune avec la part minoritaire du peuple (la mère symbolique). L’enjeu de leur bataille, le pouvoir de gouverner la famille. Mais les liens au sein de chaque groupe peuvent être lâches, surtout quand vient le moment de choisir qui sera son détenteur, l’heureux élu. Cela ajoute une complexité supplémentaire à une situation familiale déjà tendue et complexe. De plus, la famille symbolique n’existe pas seule, ni en Afrique, ni dans le monde. Autant dire que cela constitue un facteur supplémentaire de complexité et de difficultés de leur existence.

Les autres, au point de vue de la symbolique faisant du pays une famille.

Le chef d’une famille ordinaire entretient une relation privilégiée avec d’autres chefs, de familles, de villages, etc…. C’est ainsi qu’il défend les intérêts de sa famille. De leur côté, les membres d’une famille ordinaire sont en relation avec des membres d’autres familles de la communauté villageoise, y compris au delà. Il arrive même que les membres d’une famille ordinaire recherchent des soutiens internes et externes pour s’assurer de réaliser la place au sein de la famille pour réaliser leur existence, à la mesure de leurs volontés et désirs. Comme une famille ordinaire, le pays familial n’est pas seul au monde, ni n’existe dans un environnement amical et dénué de toute adversité. De même, les membres de la famille symbolique procèdent de manière semblable à ceux d’une famille ordinaire.

De leurs positons d’enfants symboliques qui dirigent néanmoins la famille, le gouvernant et les autres responsables politiques ont des relations extérieures multiples : avec des gouvernants et dirigeants d’autres États ; avec d’autres acteurs impliqués dans des relations extérieures d’un État. Inutile de dire que ces acteurs influencent leurs propres perceptions et actions. Il en est exactement du peuple dans ses diverses composantes symboliques. Chacun des acteurs des relations familiales cherchent des soutiens, des appuis, etc… Chacun d’eux est parfois irrité et gêné ou renforcé par ces relations extérieures, selon qu’elles servent ses objectifs dans les relations internes. C’est une évidence de dire que les acteurs externes intervenant dans les relations des membres de la famille ne les influencent et n’ont de prise que parce des membres ou tous les acceptent. Il arriva que les implications de ces acteurs externes soient décriées ici et là par des membres de la famille symbolique.

Cependant, quels que soient la toxicité collective de leurs objectifs poursuivis, il existe une responsabilité de la famille symbolique. Car, peuvent-ils avoir toute la nocivité collective pour la famille qu’on leur prête sans qu’il existe des membres de la famille qui profitent de leurs forfaits ? Ainsi, selon l’époque et les circonstances des relations familiales, des membres de la famille symbolique favorisent ou tolèrent la pénétration de l’adversité externe ou la contestent. Excluons les cas de coopération authentique justifiant d’être tolérée par la famille. Hors ces cas, il arriva souvent que ces acteurs externes soient très impliqués dans les relations de la famille symbolique, dès que l’enjeu n’est plus familial mais celui particulier de ses membres.

Au point de de vue de la famille symbolique, un danger lié aux relations de ses membres et avec les autres existe. D’abord, c’est celui qu’ils constituent en agissant entre eux comme si leur famille existait seule au monde. Ce danger est encore plus grand quand les membres de la familles veulent échapper seuls à l’adversité du monde, niant pas ce désir même la famille elle-même. c’est exactement le cas quand ses membres se relient aux autres en pensant et en agissant comme si leur victoire sur les autres membres était la condition de la continuité de leur. Conformément à cette pensée, leurs intérêts particuliers leur paraissent alors être supérieurs à ceux de la famille symbolique : sa continuité et le progrès de son existence. Comme on le constate, faire du gouvernant l’enfant et non le père, modifie la compréhension de la réalité. Dès lors, on s’interroge sur le danger représenter par une conception en faisant le père du peuple.

Danger de tolérer l’idée du gouvernant comme étant le père symbolique du peuple ainsi que les relations autoritaires entre les membres de la famille symbolique.

Concevoir le pays comme une famille symbolique en inversant la place de ses membres mène une telle famille dans l’impasse et lui fait courir un danger : celui de la violence permanente. Par conséquent, il importe de tenter une autre compréhension des difficultés de la nouvelle famille symbolique, à partir de la clarification précédente de ses membres et de ce qui se joue parfois dans une famille ordinaire. De tout ce qui précède, il ressort que les rapports du peuple, dans sa double composante (part majoritaire électrice et part minoritaire non électrice) et de ses dirigeants ressemblent comme deux goutes d’eau à celles ordinaires des membres d’une famille traditionnelle africaine. A partir de faire symboliquement de la communauté nationale l’équivalent d’un cadre familial ordinaire, les difficultés du pays peuvent être appréhendées, lorsque les acteurs sont positionnés à leur véritable place symbolique dans une telle famille.

Les enjeux d’une famille ordinaire au secours d’une tentative de compréhension de ce qui se joue dans les relations des membres de la famille symbolique.

Approcher ce qui se joue dans les relations des membres d’une telle famille ordinaire peut fournir une certaine mesure des difficultés à résoudre. D’une part, l’un des parents (partie majoritaire élective du gouvernant) entend régenter les relations à son profit. D’autre part, l’autre parent (part minoritaire et élective d’autres dirigeants candidats malheureux) entend, d’un côté bénéficier de la “bienveillance” du gouvernant, l’enfant symbolique qu’il peine à aimer du fait de sa relation quasi exclusive avec le père (majorité). Malgré ce et d’un côté, il pense qu’il la lui doit par la république. De l’autre, adossé à la démocratie, il agit pour lui substituer un autre dirigeant, son préféré à la gouvernance des relations familiales. Entre les deux parents, le dirigeant qui gouverne est tiraillé, bien que très souvent il ait choisi de satisfaire les attentes de la part majoritaire électrice, la ligne de plus forte contrainte. Il l’est, d’une part, entre ces deux pôles opposés. D’autre part, il navigue péniblement entre ses propres projets, en tant que membre de la famille ayant ses intérêts propres et en tant que gouverneur des relations, sensible malgré tout à la dignité de sa place et fonction à construire qui ne peut être réalisée sans considérer un minimum d’intérêts communs. Parvenu à ce point d’une description des relations entre acteurs se percevant “comme si…”, on perçoit que les premières difficultés commencent dans les attitudes et comportements fondés sur ce “comme si…” des acteurs. Ces comportements nous rapprochent en réalité des relations ordinaires des membres d’une famille africaine traditionnelles, à l’exclusion de la position de l’enfant, adulte et fait gouvernant des relations à la place du père et de la mère, en raison de sa prétention à mieux connaître le monde qu’eux et à pouvoir mieux gouverner les relations familiales au profit de toute la famille.

A chaque époque, telle part majoritaire du peuple (symboliquement le père et électrice du gouvernant)) pense que l’existence du gouvernant résulte de son seul fait. Or, la vérité est que sans la part de la mère du peuple (par minoritaire), rien de tout cela n’aurait été possible. Si donc, cette partie du peuple, qui ne l’a pas choisi, n’acceptait pas la république et la démocratie, quel gouvernant peut-il naître par la seule force des voix électorales, même majoritaires d’une majorité du peuple ? Un tyran peut-être, gouvernant à la force des baïonnettes ! L’histoire enseigne qu’il finit par avoir, comme le meilleur démocrate, un père et une mère. Quoi qu’il en soit, il ne peut y avoir de famille ordinaire, encore moins symbolique sans un fort sentiment d’appartenance commune. Par ce qu’elle équivaut à la génération d’une part majoritaire du peuple (père symbolique) et d’une part minoritaire (la mère symbolique), dont leur enfant symbolique remarquable est le gouvernant, la démocratie ou libre expression politique des ivoiriens est à la source de la famille symbolique. L’existence de cette dernière implique que la minorité accepte le choix décisif de la majorité, donc le gouvernant quand de son côté, la majorité doit se garder d’écraser ou d’ignorer la minorité, comme si elle existait seule et avait donné seul naissance à un enfant symbolique : le gouvernant. Cela n’est possible que si le sentiments d’appartenance commune de la minorité et de la majorité sont si solides que la première a confiance dans ce lien pour s’abandonner à la décision de la majorité et pour la seconde, pour considérer la minorité comme nécessaire pour sa propre existence, constituant la réalité à laquelle tous les deux sont solidement attachées. A défaut d’un tel lien, la famille peine à exister.

Voici, comment les relations s’empoisonnent de malentendus, d’incompréhensions mutuelles, d’opposition des désirs et des vanités, etc…. D’une part, entre un père (partie majoritaire du peuple) et une mère (la partie multiple minoritaire), dont il attend qu’elle reconnaisse ses vaniteuses prétentions sur le gouvernant (l’enfant symbolique), son existence, ses décisions, ses productions, etc… D’autre part, entre ce père symbolique (majorité) et celui qu’il pense être “son enfant” (le gouvernant), dont il attend, comme de sa mère, obéissance à ses désirs et qu’il agisse dans le sens qui lui convient, qu’il réalise toutes ses attentes, qu’il lui ressemble en manifestant ses qualités d’égoïsme, d’être la totalité. Enfin, les relations entre cette mère symbolique (la minorité politique) et le gouvernant qu’elle n’a pas élu mais qu’elle considère malgré tout et à juste titre, comme son enfant aussi, qu’elle rejette cependant en raison de ses rapports obtus avec son père. Elle n’en attend pas moins néanmoins. Au delà et plus que les meilleurs regards, elle exige même la satisfaction de ses attentes qu’elle considère qu’elles sont tout autant légitimes que celles du père, malgré sa position rendue inconfortable par un père totalitaire et un enfant, certes adulte, mais agissant souvent comme un enfant.

Voici grosso-modo, ce qui semble symboliquement se jouer, dès lors qu’on évoque le gouvernant et son peuple en Afrique, en Côte d’Ivoire en particulier. Envisagé symboliquement comme une famille, le pays est comme une famille ordinaire. Dans cette famille, le jeu relationnel des parents et des enfants est cependant rendu davantage complexe par rapport à ce qu’il est déjà d’ordinaire. Les raisons sont en revanche simples. Des enfants symboliques faits dirigeants, dont l’un remarquable reçoit le pouvoir de gouverner la famille à la place des parents, en particulier du père. Outre cette inversion de taille, le problème du gouvernant comme celui de l’enfant ordinaire appelé à devenir adulte, reste le même : entretenir des relations entre adultes avec ses parents et sa fratrie symboliques pour le bien de tous les membres de la famille, faute de quoi la famille est en dérive. Ainsi, pour approcher les racines des difficultés de la famille symbolique, nous avons pris le chemin le plus cours. Car, en appelant la famille ordinaire en appui, nous avons fait l’hypothèse de quelques ressorts profonds et d’ordre psychologique et de représentation symbolique de ce qui se joue et suggéré de nouveaux fondements pour une autre compréhension des difficultés relationnelles de la famille symbolique. Cet effort de la pensée nous amène à nous demander si la conception familiale symbolique usuelle ne constitue pas un danger pour le progrès des relations réelles de la co-existence réelle.

Ce n’est qu’une projection des acteurs de la scène de coexistence nationale et de la situation des relations de la communauté nationale ivoirienne, convertie symboliquement en une famille. Bien sûr, si ce sont les membres des parties du peuple et le gouvernant qui changent selon l’époque politique, la situation elle-même semble être constante. Tant qu’une médiation n’aura pas amené les protagonistes à discerner autrement leur situation commune et à réviser leurs certitudes ainsi que leurs prétentions, à défaut que toutes les rassemblent, une telle situation risque de durer. En la matière, il n’y a aucune solution providentielle. Seule l’interrogation profonde des ivoiriens eux-mêmes sur leurs comportements, leurs ressorts ainsi que leur utilité collective peut les conduire à les modifier. C’est là l’unique voie et le seul espoir auxquels peut contribuer la pensée.

Danger d’ignorer la raison essentielle de l’existence d’une famille, même symbolique et de se tromper sur la question essentielle qui se pose à elle.

Dans la nouvelle conception, la Côte d’Ivoire comme une famille symbolique a pour gouvernant l’enfant du peuple ; mais il est adulte. Les parts du peuple (ses parents symboliques) tentent de gouverner par procuration et à travers leur influence sur des tous leurs enfants, à savoir sur le gouvernant et sur les autres dirigeants. Leur but identique est de réaliser leurs désirs et non le bien de toute la famille, à savoir la réduction des difficultés communes de vivre. Par conséquent, on se trompe de peu de dire que la majorité et la minorité politiques présentent les attributs de parents symboliques autoritaires. Sans doute, il faudra questionner la manière parfois tyrannique avec laquelle elles agissent, notamment leurs volontés sociopathiques. C’est sans doute la configuration symbolique à partir de laquelle les difficultés communes des ivoiriens doivent être approchées. Naturellement, la part de responsabilité du gouvernant n’est pas atténuée par celle quelconque du peuple. Une chose est certaine, la sienne la souligne à sa juste proportion. En définitive et d’une certaine manière, l’avoir examinée permet d’éclairer sans doute sa nature égale à celle de tels gouvernants ou de tels dirigeants.

La question fondamentale qui se pose à présent à la famille ainsi symboliquement constituée est de même nature que celle qui se pose à une famille réelle ordinaire. De même qu’une famille ordinaire, n’est pas seule au village, en Côte d’Ivoire ou en Afrique, ni dans le monde, aucun peuple-famille ne l’est dans le monde. Existant dans un environnement contraint de l’intérieur par les désirs, la liberté et les volontés de ses membres et de l’extérieur par ceux des acteurs externes à elle, la question est de savoir si chaque membre du peuple-famille entend seul faire avec les contraintes, à savoir les utiliser, les détourner, les contourner, s’en accommoder, etc… à son seul profit. Car, au terme de cette réflexion et au regard de la production des ivoiriens, il semble qu’ils ont fini par oublier que l’intérêt commun général est l’unique raison initiale de l’avènement et l’acceptation du gouvernant par le peuple, dans ses multiples composantes.

La majorité d’ivoiriens qui soutient et est électrice de tel semble agir comme un père symbolique tyran. Comme un père prétentieux, elle regarde la famille du haut de sa puissance circonstancielle, acquise de l’avènement même du gouvernant qu’il a élu. Elle attend le sacrifice même de l’être du gouvernant (enfant symbolique) à sa réalisation et à la satisfaction de ses intérêts particuliers. De sa position fragile, la minorité toute aussi circonstancielle d’ivoiriens, comme une mère coexistant avec un époux-père tyrannique, n’attend pas moins du gouvernant (son enfant symbolique aussi), bien qu’il lui échappe totalement sous l’influence d’un père régent. Entre les deux et en grande difficulté, l’ivoirien en le gouvernant n’oublie toutefois pas la satisfaction de ses propres désirs, dès lors qu’il s’est assuré de disposer des bonnes grâces de la ligne de force (part majoritaire du peuple) pour les réaliser. Ainsi, oubliant tous les trois que le gouvernant a un être propre à réaliser et la dignité de sa fonction à bâtir, l’intérêt général risque alors dans ces conditions d’être un mirage au point de vue du père, de la mère et de l’ivoirien en le gouvernant. Est-ce peut-être pourquoi les rapports entre le peuple ivoirien, ses dirigeants et gouvernants sont ce qu’ils sont ?

En fait, sans y prêter attention, dès qu’on évoque la situation de la Côte d’Ivoire, des relations entre ses gouvernants/dirigeants et le peuple, on traite des relations de la vie ordinaire, des désirs de domination, d’égoïsme, de prétentions et de vanité, de solidarités et d’amitiés intéressées. On traite aussi, comme dans une famille déchirée par les ambitions et les désirs, de volonté commune de se défendre ensemble contre des agressions externes, dès lors qu’aucun membre n’y a rien à gagner à les accepter. La question première commune ne semble donc pas de savoir, à quel point le peuple ivoirien est agressé de l’extérieur. Elle semble plutôt être celle de savoir, si des agressions externes servent des volontés et des intérêts particuliers de membres de la famille n’agissant pas pour un intérêt commun. La question nous amène à questionner pourquoi des membres du peuple les tolère et comment parvenir à une famille qui ne leur donne aucune prise.

Pour traiter de cette question, il est impératif que les membres de la famille discernent leur position dans la famille symbolique. Autrement, faire comme c’est le cas du gouvernant, le père symbolique du peuple, revient à aborder la difficulté de la famille symbolique en considérant que l’enfant est le père et en ne s’apercevant pas que c’est l’enfant qui gouverne les relations familiales, contrairement à une famille ordinaire. En conséquence, le peuple court le risque de s’en tenir à ses jugements convenus de tel gouvernant, considéré comme son père symbolique qui joue insuffisamment son rôle à son égard, lui son enfant symbolique. L’analyse qui précède et qui a abouti à réviser les membres de la famille symbolique et leurs position peut l’inviter à revoir les fondements de ses jugements.

Synthèse

Depuis 1993, la Côte d’Ivoire est dans une impasse. Des ivoiriens ont identifié les responsables internes de cette situation ; ce sont tels gouvernants et tels dirigeants. De leur côté, d’autres les ont identifiés en des acteurs extérieurs à la famille symbolique constituée par la Côte d’Ivoire. S’agissant des responsables internes, les accusations semblables de parties du peuple ivoirien se croisent. Il y a une raison à cela. Ces parties formulent les mêmes accusations de tels ou tels gouvernants. Seuls sont différents, les gouvernants à l’encontre desquels elles le sont, d’une part. D’autre part, l’époque du constat des parties du peuple et de formulation de leurs griefs diffère, d’autre part. Enfin, les couples parties de la population/ gouvernants concernés par leurs griefs. Ainsi, le déterminant principal, c’est selon que les unes pensent être distantes du pouvoir, auquel cas elles ont une aversion pour son détenteur. On se demande alors, s’il existe la moindre place pour un jugement raisonnable des actes des membres de la famille dans leurs relations les uns avec les autres. Bref, tels membres de la famille symbolique accusent tels autres, à telle époque politique, mais des mêmes faits.

Pour tenter de comprendre ce qui se joue à travers ce qui apparaît de leur part comme une incohérence ou inconséquence, nous avons examiné la conception ramenant le pays à une famille symbolique. Ayant analysé de quelle manière le gouvernant advenait, nous avons tenté de montrer qu’il ne peut point être le père symbolique du peuple. Les faits des relations familiales autoritaires constituent les meilleurs avocats pour défendre cette thèse. C’est donc le peuple qui représente les parents du gouvernant. En conséquence, nous avons établi le danger d’une conception de famille symbolique défiant la réalité. Elle a abouti à mettre le gouvernant (enfant symbolique du peuple) à la place de ses parents, constitués par telle majorité et telle minorité politique à telle époque donnée. Ce danger est de même nature que celui auquel pourrait être exposée une famille ordinaire dans laquelle aucun membre n’était à sa place : ni en pensée, ni en représentation ou posture, ni en actions.

C’est pour constituer une nouvelle base d’exploration des difficultés relationnelles entre tel gouvernant et tels dirigeants et le peuple que nous avons tenté une redéfinition des membres de la famille symbolique. A son terme, nous sommes parvenus à quel point le gouvernant, certes adulte, représentait l’enfant symbolique de la famille. Nous avons insisté sur la particularité décisive d’une telle famille. Contrairement à une famille ordinaire, le pays est une famille symbolique à double niveau d’autorité. Les parents ne détiennent ni n’exercent l’autorité de gouverner les relations familiales et extérieures. Ils l’ont confiée à l’un de leurs enfants pour son exercice au bénéfice de tous les membres de la famille. Le gouvernant est l’heureux élu du peuple de parents. Enfant symbolique, comme tous les autres dirigeants, il est rendu remarquable à travers la détention et l’exercice de cette l’autorité de gouverner à la place des parents. Ce renversement historique a un fondement. Ce renversement est fondé par l’idée admise par le peuple, de la meilleure connaissance supposée du gouvernant (enfant symbolique remarquable) du monde par rapport à ses parents, et aux autres dirigeants (sa fratrie symbolique). Cela dit, la reconnaisse et l’acceptation de ce postulat et l’engagement à servir la famille constituent des présupposés à l’existence même de la famille symbolique. Il doit être démontré par le gouvernant, faute de quoi, des parties coexistent les unes à côté des autres, mais pas en famille, même symbolique.

Ainsi, manquant de rigueur dans leur discernement, l’analyse nous a conduit à observer que les positions familiales erronées présentent le danger important d’induire les acteurs en erreur. Leurs postures psychologiques, leurs attentes et leurs comportements dans les relations risquent d’être gravement affectés. D’autre part, ces positions sont les mêmes, à partir desquelles les accusations sont portées par tels membres de la famille à l’égard de tels autres. Enfin, les tentatives de compréhension butent sur cette incohérence et ramènent l’esprit à se contenter de ce qui lui permet de poursuivre sa route, de ce qui lui semble vrai en un autre. Voici pourquoi nombre d’ivoiriens se contentent d’indexer les mêmes faits, à savoirs les actes et comportements, et de blâmer leurs auteurs. Dès lors qu’ils ne trichent pas avec leur raison, ils procèdent ainsi. Mais parviennent-ils à tricher avec leur conscience, rien n’est certain. En conséquence, le défaut pertinence de la position familiale de ses membres risque d’altérer gravement la qualité des appréciations et des jugements portés, en raison de manquer de constituer un repère raisonnable. Ainsi, la conception qui a abouti à faire du gouvernant le père de la nation relève d’une grave erreur historique d’appréciation. Surtout, elle est susceptible d’affecter gravement la psychologie, la pensée et les jugements des acteurs, sur la base de leur considération du pays comme étant une famille traditionnelle ordinaire africaine. Une telle famille n’est-elle pas régie par l’inégalité sociale et parfois par l’autoritarisme de ses membres fondé sur l’âge et le sexe ? Mais, la conception fondée sur l’inégalité et l’autoritarisme elle a une circonstance atténuante. Elle a été générée dans le contexte d’une histoire monarchique, sur fond d’une foi inébranlable en l’inégalité sociale. A son terme, un seul homme ne prétendait-il pas posséder un peuple de millions de personnes, comme tel maître affirmait être le père de nombreux esclaves ?

Par ailleurs, la procédure usuelle qui conduit à faire du gouvernant et des dirigeants les seuls responsables des relation familiales délétères constitue une fausse route collective, en raison de nier toute liberté et toute capacité de discernement au peuple. Elle résulte d’un manque total de considération à l’égard du peuple. Car, existe-il une seule famille, en proie aux difficultés relationnelles, dans laquelle tel parent ou tel enfant, tel membre serait le seul responsable de la situation détestable qui est celle de leur coexistence ? Si la Côte d’Ivoire est une famille symbolique, le gouvernant n’est pas le père symbolique du peuple ; de même que ce dernier n’est pas son enfant, mais l’inverse. C’est à partir de cet angle de vue, qu’il faut réexaminer les points de vue et les jugements concernant les relations des membres de la famille symbolique ivoirienne : à savoir les relations de coexistence des ivoiriens constituant le peuple, leurs dirigeants et leur gouvernant à toute époque. Une bonne surprise récompensera peut-être l’effort. Dans telle situation, tel gouvernant (enfant symbolique remarque mais réellement adulte), agit peut-être et effectivement comme l’enfant symbolique. Dans tel autre contexte, il agit peut-être comme le père symbolique qu’il est persuadé d’être et que le peuple lui-même le lui reconnaît. Remarquera-t-on également que dans les mêmes contextes, telles parts du peuple se comportent comme des parents symboliques, mais autoritaires. Observera-t-on que le peuple ou ses parties se comportent alors comme les enfants de gouvernants et de dirigeants : chaque fois que ces parties n’admettent ni ne reconnaissent aucune limite imposée par la règle commune, que le gouvernant (leur père symbolique supposé) est censé faire observer, de par sa fonction et autorité symboliques. Nous poursuivrons la réflexion dans un prochain. L’innocence généralement supposée du peuple de ses difficultés de vivre et la responsabilité exclusive du gouvernant et des dirigeants y seront examinées.

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COTE D’IVOIRE 1993-2020 – Tentative de médiation entre ivoiriens, entre le peuple et ses dirigeants. (1/4)

1.

Propos introductif au “pays familial” : une famille symbolique peut en masquer une autre.

D’où cela vient-il que le gouvernant est comme le père du peuple, comme des ivoiriens continuent de penser ? Quel sens cela peut-il avoir et quelles relations, de tel ou tel gouvernant au peuple ivoirien, le lui confèrent et en rendent compte ?

A force que le peuple pense, au mépris de son bon sens, que le gouvernant est son père, tels gouvernants ont fini par en être convaincus. Peut-être qu’ils agissent comme des pères autoritaires vis-à-vis du peuple, alors leur enfant. Peut-être aussi que cela justifie, de leur point de vue, leur désir semblable de mourir gouvernants, donc au pouvoir. Un père de famille ordinaire ne meurt-il pas en tant que gouvernant de sa famille ? Quant au peuple, si nous portions notre attention sur certains de ses comportement, peut-être y verrions-nous la marque de ceux d’un enfant tyran ou d’un enfant majeur, mais soumis. Mais tout cela est remis en cause à différentes époques politiques.

En effet, on observe souvent que tels gouvernants exécutent souvent les désirs de telles parts du peuple qui les soutiennent. Dans de tels cas, agissent-ils comme pères du peuple ou comme ses enfants ? La même question se pose concernant le peuple. On remarque aussi que telles parts du peuple, soutenant tels gouvernants, exigent et obtiennent d’eux de servir leurs intérêts particuliers. Dès lors, agissent-elles comme leurs enfants soumis, comme leurs enfants tyrans ou alors comme des pères autoritaires à l’égard de ces gouvernants ? Ces derniers se comportent-ils alors comme des pères que le peuple se représente, mais démissionnaires ou alors comme des enfants soumis du peuple, bien qu’adultes et détenant le pouvoir au nom de la famille ?

Ainsi, l’idée et l’assertion générales selon lesquelles tel gouvernant est le père du peuple ne semblent pas être complètement démontrées par les réalités des relations entre les gouvernants et le peuple. Peut-être même que les faits attestent de l’inverse. Si tel est le cas, la lecture des difficultés commune doit être totalement révisée. Voici l’intérêt d’en débattre.

Introduction à l’idée du gouvernant, comme le père du peuple.

Une certaine symbolique fait de la Côte d’Ivoire une famille. A son analyse, il est difficile de discerner ses difficultés, à partir d’une conception qui en fait une famille symbolique incestueuse. Il en résulte que le gouvernant est le père du peuple. C’est parfaitement absurde. Mais, cela ne signifie guère que l’absurdité ne serve aucun dessein humain. Elle peut aussi égarer l’esprit des ivoiriens et les éloigner d’une autre compréhension de leurs réalités. D’autre part, le dogme général présentant les gouvernants comme étant les seuls responsables de l’impasse collective doit être aboli. Ce sont là deux conditions pour comprendre les difficultés communes et tenter ensemble de les réduire. Chacun le sait, désirs et volontés mêlés alimentent les relations entre le peuple ivoirien et ses responsables politiques. Ils déterminent d’une certaine manière ce qui est jugé : les circonstances de l’existence commune.

Le jugement impératif du peuple aboutit à indexer le peu d’utilité, voire la grande nuisibilité de la plupart de ses dirigeants. Il pointe leur responsabilité quasi-exclusive dans les conditions de son existence. De leur côté, les faits montrent au contraire que cela semble relever du regard d’un borgne. Nombre d’actes du peuple relèvent d’une manifestation d’autoritarisme de sa part auquel nombre de gouvernants et de dirigeants se plient. Cela dit, dans l’existence d’une famille ordinaire, il arrive aussi que les enfants pensent que leurs parents sont seuls responsables de tout ce qu’ils peuvent leur reprocher. Quand les enfants sont néanmoins des adultes et des gouvernants, cela est encore plus contestable. Le  gouvernant ou dirigeant, comme un enfant, peut craindre de perdre la sécurité. Elle est constituée et offerte par le peuple de ses supporters qui lui confère sa position et son autorité. Trop souvent, il n’ose pas refuser son autoritarisme, bien qu’adulte et doté de l’autorité pour le faire. Il dispose pourtant de davantage de ressources que l’enfant mineur pour le faire face à des parents auto-centrés. Face à la situation inconfortable générée par tous les deux, le peuple se plait à en faire porter souvent toute la responsabilité aux seuls dirigeants.

Le peuple ivoirien persiste à penser n’avoir qu’une influence résiduelle si ce n’est aucune sur ses dirigeants, sur leur manière d’être, de penser et d’agir. Dans une famille croulant sous les difficultés relationnelles, il procède pourtant comme un parent tyran qu’il croit percevoir parfois en le gouvernant. Trop souvent, il fonctionne alors comme des parents procèderaient à l’égard de leurs enfants. En clair, il se comporte comme tel parent autoritaire pour qui l’enfant est le seul responsable de tout ce que ses parents lui reprochent. D’autant que selon lui, il ne suffisait au gouvernant et aux dirigeants que d’être et d’agir conformément à ses désirs. Voici pourquoi une médiation peut être utile. On peut tenter de la réaliser selon le regard de celui qui a mieux que quiconque consacré une part essentielle de son existence à scruter la question des relations humaines familiales. Comme “Lettre au père” (1), voici ma lettre au peuple ivoirien, à ses dirigeants, dont le gouvernant, ainsi qu’à à tous ceux qui aspirent à le devenir. Kafka n’aurait pas été un médiateur de trop. A défaut, nous pouvons tenter une analyse en ramenant la Côte d’Ivoire symboliquement à une famille accablée par les difficultés relationnelles de ses membres. Cette analyse est une introduction à une tentative de médiation entre le peuple ivoirien et ses dirigeants. Nous avons des raisons de contester la symbolique faisant du gouvernant le père du peuple. Nous en avons aussi pour justifier l’utilité du refus de cette conception.

1ère considération générale : arguments pour réfuter la conception présentant le gouvernant comme le père symbolique du peuple ou “le père de la nation”.

Initions la discussion à partir d’une symbolique au terme de laquelle la Côte d’Ivoire est représentée comme une famille. Elle sert à donner une certaine représentation et compréhension de ce qu’un pays, un peuple ou une nation représente. D’ordinaire, quand les ivoiriens considèrent les relations du gouvernant ivoirien et du peuple qu’il gouverne, le peuple apparaît comme son enfant symbolique. L’observation montre qu’ils semblent ramener ces relations à celles auxquelles ils sont si coutumiers. Ainsi, à bien y regarder de près, ils les discernent comme étant semblables aux relations familiales ordinaires des enfants et de leurs parents. Reste alors à déterminer, entre les dirigeants et le peuple, et plus précisément ses parts majoritaire et minoritaire par rapport au gouvernant, lesquelles jouent le rôle de père, de mère et des enfants symboliques.

Le postulat d’une symbolique : le gouvernant, comme le père du peuple.

La conception symbolique usuelle présente généralement le gouvernant comme le père dans la famille symbolique constituée par un pays. Il suffit de se rappeler les termes de “père fondateur” ou de “père de la nation” pour s’en convaincre. Un petit effort de concentration sur le sujet nous livre la mère de famille. Il semble qu’elle est représentée par la patrie, d’où le terme “mère patrie”, sans que l’on distingue bien la patrie du peuple, ni de l’État, etc… Mais là n’est pas le sujet. Ainsi, dans cette symbolique, le gouvernant présenté comme étant l’époux symbolique de la patrie. On suppose que le peuple d’ivoiriens représente leur enfant symbolique. Cette considération semble être renforcée et attestée par le fait que le peuple lui-même désigne son gouvernant par le père. Ainsi, à première vue et selon les africains, les ivoiriens en particulier, le gouvernant est le père symbolique du peuple. Ils ont en ont appelés certains ainsi, sans que l’on puisse relier cela à une nécessaire volonté de culte de leur personnalité de leur part : “papa Houphouët-Boigny”, pour prendre un exemple bien de chez nous. Néanmoins, ils ne sont pas les seuls à voir les choses de ce point de vue. En effet, dans des contrées lointaines, d’autres peuples ont procédé de manière similaire. Précisément, pour désigner les tsars en Russie tsariste, puis en Union soviétique, pour désigner Joseph Staline, “le petit père des peuple” était l’expression consacrée. De ce point de vue, observons avec Stefan Zweig que “les idées n’ont pas véritablement de patrie sur terre, elles flottent dans l’air entre les peuples”, (2) même celles qui semblent absurdes. Existe-t-il une raison de faire de son gouvernant le père symbolique d’un peuple donné ?

Dans une vision monarchiste de la relation du gouvernant au peuple qu’il gouverne, faire du gouvernant le père du peuple correspond à la réalité suivante. En effet, cette conception acquiert un certain sens dans la condition suivante :  si l’on considère celui dont le leadership, manifesté à travers une lutte politique, y compris manifestée par la guerre a abouti à la naissance d’un État et de son peuple. Dans cette conception, qu’il soit monarchiste, indépendantiste ou tyran, c’est parce que tel leader a généré initialement ou gouverne l’État et son peuple qu’on fait de lui le père de ce dernier. L’image d’une famille ordinaire dans laquelle le père autoritaire administre sa famille n’est pas éloignée de cette conception. Ainsi, l’expression “le père de la nation ou du peuple” acquiert son sens est fondée sur une raison apparente : sur le fait que l’État et son peuple sont symboliquement perçus comme étant les enfants du gouvernant. Ainsi, ceux qui tiennent à une cette représentation familiale et symbolique du peuple faisant du gouvernant le père ont leur argument décisif. Il leur semble bien qu’à l’origine, un État et sa population que nous désignons le peuple se constituent, sous l’autorité d’un leader politique et/ou d’un guerrier. Ils sont, pour ainsi dire, son œuvre politique et souvent martial. Continuons de développer cette conception pour identifier les autres membres de la famille symbolique ainsi conçue. Quelle est la mère symbolique du peuple ainsi symbolisé et non encore identifiée à ce stade ?

La mère patrie, mère de son époux et de son enfant ?

On peut localiser la mère symbolique du gouvernant dans cette autre pensée, communément énoncée. Elle suggère que “la mère patrie” est la mère de tous les membres d’un peuple donné. Ainsi donc, si le gouvernant est le père du peuple , il semble bien que la patrie est son épouse. Les membres de la famille symbolique peuvent alors être reconstitués : la patrie (la mère) et son époux, le gouvernant (le père) sont les parents de leurs enfants, à savoir les autres membres du peuple. Certes. La notion même de patrie soulève une question. Le dictionnaire Larousse la définit la patrie comme le pays de naissance et auquel l’on appartient en tant que citoyen et pour lequel l’on a un attachement affectif. Sur cette base, tel État, son territoire et sa géographie, sa population, son histoire et ses règles de fonctionnement forment un ensemble unitaire constituant la patrie de tel citoyen qui en relève et y est attaché. Parce que cet ensemble façonne le caractère de ses hommes, la présente conception en fait leur mère symbolique. Or, le dirigeant ou gouvernant est lui-même l’un de enfants de la patrie. Il vient donc que le gouvernant est à la fois l’enfant et l’époux de la patrie. Par inférence, il est aussi le père de tous leurs enfants constituant le peuple de citoyens.

Admettons que tel ou tel dirigeant est le père symbolique du peuple et que la patrie est son épouse. Comme le gouvernant ou dirigeant est issu du peuple, il est par conséquent et nécessairement l’un des enfants constituant le peuple. Quand on se pose la question de savoir qui sont les parents du gouvernant, il nous apparaît évident que son père à lui ne peut être autre que le gouvernant précédent. Il vient par conséquent qu’un gouvernant en génère un autre, comme son enfant. Devenu adulte et dirigeant, il devient alors à son tour l’époux de la patrie et le père de tous les autres enfants qui adviennent et contribuent à la constitution du peuple. Lorsqu’on se demande alors qui est l’épouse du dirigeant précédent (père du gouvernant actuel), on ne peut répondre qu’en désignant la patrie. Ainsi, “la mère patrie”, mère du peuple est à la fois l’épouse du gouvernant précédent (père du gouvernant actuel) et l’épouse du gouvernant actuel (père du peuple). Selon cette conception, la patrie est la mère de chaque individu du peuple ; le peuple est par conséquent l’enfant symbolique du gouvernant et de la patrie. Selon elle, la patrie est aussi être l’épouse du gouvernant précédent. Ce dernier est à la fois l’enfant et l’époux symboliques de la patrie et père de l’actuel gouvernant) quand le gouvernant actuel est à la fois autre enfant de la patrie et l’époux actuel de la patrie.

Une famille symbolique incestueuse et dépourvue de sens.

On observe qu’en tant que membre du peuple, le gouvernant est conçu comme un enfant symbolique, certes singulier, avant de devenir son père. Cela nous amène à conclure comme que finalement, cette conception symbolique suggère qu’une mère éternelle (la patrie), épouse, selon la période, tel ou tel de ses enfants (tel gouvernant). Ensemble, ils génèrent d’autres enfants (ses frères et sœurs), à savoir tous les autres membres du peuple. De frère, ayant en commun avec eux tous leur mère (la patrie), et avec certains d’eux, leur père (le dirigeant précédent), il devient à son tour, à la fois le père de ses autres frères et sœurs et le fils-époux de sa mère patrie. De plus, lorsque nous procédons à une approche étymologique de la patrie, l’inceste est alors plus évident. En effet, cette conception envisage la patrie comme étant une création patrilinéaire. En cela, elle est semblable à un système politico-social. Dit patrilinéaire ou matrilinéaire, il est fondé respectivement sur le lignage masculin (père) ou maternel (mère). On constate alors que la désignation de la patrie n’est pas “matrie”, en raison de cela. La pensée ancrée selon laquelle l’ensemble constitué par l’État, son territoire et sa géographie, sa population, son histoire et ses règles de fonctionnement sont une production du dirigeant masculin (le père) et son œuvre vient de cette conception. Or cet ensemble est la patrie, d’où on tire que le dirigeant (le père symbolique) est finalement aussi le père de son épouse, à savoir la patrie, mère de leurs enfants.

Parvenu à ce point, on ne peut pas dire autre chose que de constater que tout ce qui précède relève d’une conception incestueuse des rapports : entre le gouvernant (à la fois enfant, père et époux) et sa mère, désignée par la patrie (à la fois mère et épouse du gouvernant, mais aussi mère du peuple). On peut en dire autant des relations entre le peuple (enfants du gouvernant) et sa mère (la patrie). Il résulte de l’analyse, que selon cette conception, le gouvernant est une certaine totalité : il génère à la fois son épouse et sa mère (la patrie), leurs enfants (ses frères et sœurs formant le peuple). Pardessus tout, il s’auto-génère, en étant le père des enfants constituant le peuple, dont lui-même, le gouvernant). Une telle conception manque de permettre de rendre compte des relations entre les membres d’une telle famille symbolique dont il difficile de lui trouver un sens. N’est-il pas absurde, que l’enfant soit aussi son père ; que sa mère soit aussi son épouse que le père qu’il est soit également le frère de leurs enfants ? Or, la finalité de la conception symbolique est de déplacer le champ d’examen des difficultés réelles qui se posent au pays à la famille, le pays symbolisé. Comment ne pas ajouter des difficultés de compréhension des problèmes réels si la conversion symbolique aboutit à une famille absurde ? C’est pourquoi, avant de rechercher la moindre compréhension des difficultés réelles, il convient simplement de revoir la conception symbolique, ramenant le pays à une famille dépourvue de tout sens.

Il est encore plus difficile d’en trouver un à cette conception dès lors que nous sommes en présence d’un gouvernant et d’un peuple dans une relation démocratique. Car contrairement à ce qui précède, il suffit d’observer que l’avènement du gouvernant résulte de son élection, parmi d’autres dirigeants. En effet, c’est à travers l’élection que le peuple donne naissance au gouvernant. Certes, il est façonné par la patrie. Mais, cela leurre la raison qui suggère faussement que la patrie est à la fois la mère du gouvernant et son épouse. Dès lors que c’est le peuple qui génère le gouvernant, on ne peut rien déduire d’autre que de représenter le peuple comme étant les parents du gouvernant et de faire du gouvernant son enfant symbolique. C’est pourquoi, une question se pose. Est-ce véritablement le gouvernant, le père symbolique du peuple ou l’inverse ? Et, si nous élargissons le champ de vision, elle peut se poser ainsi : sont-ce véritablement les dirigeants, les parents (père/mère) et le peuple leur enfant ou l’inverse ? Pour aborder ces questions, il faut examiner de quelle manière le gouvernant advient.

2ème considération générale : arguments pour faire du gouvernant, l’enfant symbolique du peuple et du peuple, les parents symboliques du gouvernant.

L’analyse de la conception précédente a abouti à constater le caractère incestueux des relations des membres de la famille symbolique représentée par la Côte d’Ivoire. De plus, le fait que le gouvernant naisse à la faveur du peuple milite en faveur d’une conception faisant du peuple ses parents. Une nouvelle conception peut alors être explorée sur la base de ces constats. Elle invite à passer du gouvernant comme père du peuple, au gouvernant comme enfant du peuple.

Point de gouvernant/ dirigeant sans aucune masse humaine qui le soutien et reconnaît son autorité.

Dans la conception précédente, l’argument décisif tenait au fait que c’est le gouvernant qui génère un État et un peuple. Or, un homme seul, quel qu’il soit peut-il être un gouvernant, sans la population qu’il dirige et pour laquelle il est dirigeant ? Dans l’affirmative, devons-nous considérer que tout homme est un dirigeant de/pour lui-même ? Un homme parmi ses contemporains ne devient-il pas dirigeant ou gouvernant et nécessairement de ceux qui le font tel ? N’est-ce pas en leurs noms et avec la force de leur soutien qu’il développe et endosse cette fonction ? Certes, souvent dans l’histoire, il parvient à soumettant ceux qui ne le reconnaissent ainsi ? Cependant, n’y parvient-il pas avec la force de ceux qui le soutiennent dans son action qui le fait être dirigeant ? C’est pourquoi, il semble que le peuple (de supporteurs et même d’adversaires) se constitue en même temps qu’il génère son gouvernant, dans le même mouvement. C’est aussi pourquoi, il convient d’observer que, symboliquement comme un enfant, le dirigeant a des parents. Ils sont constitués par ceux dont la reconnaissance de son autorité et le soutien le font être dirigeant. C’est à leurs yeux, en leurs noms et ceux pour lesquels il l’est.

Sans leur considération comme tel, nul n’est pas dirigeant ou gouvernant. Initialement constitués d’individus divers, le peuple et, plus précisément ses parties, acquièrent les fonctions symboliques de père ou de mère. Elle y parviennent dès que l’on introduit le processus politique : les relations entre individus et en particulier celles avec celui d’entre eux qu’ils font être dirigeant. De soutiens en soutiens de leurs contemporains, tel membre du peuple acquiert le statut de gouvernant. L’acquisition de ce statut est dû à ceux qui le soutiennent, comme à ceux qui pourtant soutiennent d’autres dirigeants. C’est en cela-même qu’ils constituent et représentent ses parents symboliques. Vis-à-vis de tel gouvernant, le peuple est composé de deux parties : ceux qui le soutiennent et lui confère sa force, d’une part et ceux qui ne le soutiennent pas et voudraient le considérer comme membre ordinaire du peuple. Les premiers constituent généralement la part majoritaire du peuple qui l’a soutenu et généré de façon décisive en tant que gouvernant.  Les seconds sont des soutiens et électeurs d’autres dirigeants non gouvernants. Nous y reviendrons pour tenter de fonder cette double association. Posons arbitrairement, pour l’instant, que les premiers représentent son père symbolique et que représente les seconds s’assimilent à leur mère symbolique. Ainsi, par un processus politique reproductif, le peuple se fractionne constamment en parts mâles et femelles. Ces parts génèrent les enfants du peuple, à savoir ses gouvernants et dirigeants.

Par ailleurs, en démocratie en particulier, point de gouvernant/ dirigeant sans soutiens et délibérations électorales de masses humaines. Dès l’instant que l’on suppose qu’on est en démocratie, l’observation attentive de la réalité coproduite par le peuple, son gouvernant et ses autres dirigeants politiques est riche d’enseignements. Elle contredit formellement la conception ayant abouti à l’inversion des positions symboliques des acteurs, dont il ressort que le gouvernant est le père et que le peuple est son enfant. En effet, contrairement à la symbolique incestueuse précédemment développée, faisant du dirigeant le père, le gouvernant ne semble plus être le père du peuple. La mesure où le processus électoral génère le gouvernant fait apparaître les parties du peuple comme étant ses parents. Admettons un peuple constitué et dans le cadre d’une démocratie. C’est le vote majoritaire qui achève le processus d’enfantement symbolique du gouvernant. Il confère sa sexualité au peuple et la manifeste, en aboutissant à former ses parts mâles et femelles variables dans leur composition. Rappelons que nous avons arbitrairement assimilé la part majoritaire du peuple (électrice du gouvernant) à son père symbolique. Nous avons fait de sa part minoritaire (électrice d’autres dirigeants) la mère symbolique du gouvernant. A une époque politique donnée, ces parents symboliques du gouvernant ont par conséquent tel sexe. Leur sexe résulte de leurs rapports au dirigeant considéré, qu’ils génèrent comme leur enfant, par leur reconnaissance de son autorité, leurs soutiens, leurs choix et votes ou leur soutien à d’autres dirigeants.

Le processus politique confère sa sexualité du peuple.

Cette nouvelle symbolique, faisant d’un pays une famille symbolique, dans laquelle le gouvernant est l’enfant du peuple et non le père amène à d’autres constats. Il en résulte par exemple qu’en Afrique et ailleurs, une vision renversée des positions respectives des membres de la famille  (gouvernant/dirigeant et du peuple) a court. Dans la conception que nous analysons, nous parvenons au fait que le peuple n’est pas en soi comme une famille ordinaire. Il semble que c’est le processus politique, à savoir les relations entre les membres du peuple, qui permettent d’entrevoir en lui le symbole d’une famille. Ce sont les mêmes relations qui confèrent aux parties du peuple leur sexualité et leur sexe. Ce son les mêmes qui leur permettant de générer leurs enfants (le gouvernant et autres dirigeants). Les relations politiques produisent dans un même mouvement l’enfant, ses parents ainsi que le sexe de ces derniers. Leur sexe dépend  de leurs relations à l’enfant symbolique (le gouvernant). Ainsi, le peuple asexué acquiert sa sexualité en même temps qu’il génère ses enfants (les dirigeants et gouvernants). Contrairement à une famille ordinaire, c’est ce processus d’avènement d’un gouvernant (soutien politique, choix électoral) qui transforme des parties du peuple en parents.

Dit autrement, c’est la naissance du gouvernant (enfant symbolique) qui permet la manifestation de tel ou tel sexe des parents (parties du peuple). Tant que le peuple ne s’exprime pas, son sexe ne se manifeste pas. C’est pourquoi, c’est la naissance du gouvernant qui permet le discernement des parents eux-mêmes. En conséquence, le peuple est fondamentalement hermaphrodite, à savoir que toutes ses parties disposent de deux sexes. En effet, telle part du peuple manifeste tel sexe par rapport à tels dirigeants qui naissent. Elle manifeste le sexe contraire vis-à-vis de tels autres dirigeants. Par convention, nous adoptons que telle part du peuple est un parent mâle ou femelle, selon que respectivement elle soutient, choisit et élit tel gouvernant ou pas. Autrement dit, à la fois potentiellement pères et mères, tels sexes des parties du peuple s’expriment lors de l’avènement de tel ou tel gouvernant qu’elles génèrent, dans la manifestation même de leurs idées et préférences politiques.

3ème considération générale : Énoncé d’une nouvelle conception du pays en tant qu’une famille symbolique.

Il est logique de tirer les conséquences de ce qui précède. Dès lors que le gouvernant n’est plus le père de la nation mais l’enfant du peuple, il convient de redéfinir la famille symbolique.

Les postions familiales symboliques et respectives de la majorité présidentielle et minorité politique du peuple, des  dirigeants et du gouvernant.

Que chaque ivoirien considère pour principe de pensées ou qu’il ajoute de nouvelles pièces au débat contradictoire : Symboliquement, la majorité présidentielle est le père symbolique ; la minorité politique est la la mère ; les dirigeants sont leurs enfants et le est leur enfant remarquable. A travers leurs choix politiques, des foules d’ivoiriens ordinaires font de certains parmi eux tels gouvernants ou tels dirigeants. Autrement dit, par leurs soutiens et à travers la reconnaissance de l’autorité et du leadership de tels ou tels ivoiriens, des parties du peuple génèrent des dirigeants, à partir de certains des membres du peuple. Par ce fait, ces gouvernants et dirigeants politiques constituent les enfants symboliques du peuple. En tant que tels, ils forment la fratrie d’une famille symbolique : le pays. Le processus politique à travers lequel le peuple génère ces gouvernants et dirigeants manifeste leurs parts symboliques : la part du peuple qui soutien tel gouvernant ou dirigeant et celle qui ne le soutient pas. Nous désignons la première par la majorité du peuple et l’autre par la minorité, en référence au choix majoritaire par rapport à un gouvernant donné.

du peuple de parents symboliques, constitué par la majorité el la minorité vis-à-vis de tel gouvernant. Ainsi, la famille symbolique constituée par le pays se présente comme un sujet-multiple et multiforme. Multiple, elle est par les citoyens le composent. Elle l’est aussi à travers ses membres que ces citoyens constituent selon leurs préférences, leurs soutiens, leurs choix et leurs votes, à un moment politique donné et par rapport à un dirigeant donné. Compte tenue de la plasticité des idées et considérations politiques des citoyens, cette famille varie sur ces deux dimensions dans le temps politique. Elle se modifie en fonction des pensées des ivoiriens, de leurs volontés, de leurs désirs, de leurs choix et décisions politiques qu’impose le rythme de la démocratie. Ainsi, si les ivoiriens en tant que citoyens sont la constante, leurs expressions politiques la rendent multiforme dans la composition de ses membres constitutifs. Par exemple, telles parts majoritaire (père symbolique) ou minoritaire (mère symbolique) du peuple de tels gouvernants ou dirigeants (enfants symboliques) changent sans cesse. Tous ces membres sont les résultats circonstanciels. Ces derniers sont l’œuvre d’un ordre politique déterminé par les ivoiriens eux-mêmes. Leurs rapports politiques à un moment donné vis-à-vis de tels ou tels gouvernants ou dirigeants fondent cette détermination.

Tout gouvernant ou dirigeant (adulte par définition) est par conséquent et néanmoins comme un enfant symbolique que le peuple génère. C’est dans ce même processus que ses propres part sexuées (soutien/ rejet) se manifestent, relativement à cet enfant symbolique. Symboliquement, tout se passe comme si, au moment de générer tel gouvernant/ dirigeant, chaque soutien ou rejet individuel (des ivoiriens) contribuait à constituer une part mâle du peuple (celle soutenant le dirigeant) et une part femelle. Cette dernière est par récurrence celle constituée par tous les autres ivoiriens qui soutiennent d’autres dirigeants ou aucun d’eux. On fait l’hypothèse d’une condition hermaphrodite initiale de toutes les parties du peuple. Cette condition implique que, partiellement ou en totalité, ces parties du peuple peuvent constituer un père ou une mère symboliques de tels gouvernants o dirigeants. Tout se passe alors comme si c’est lors de la naissance de tel gouvernant ou dirigeant qu’elles manifestent tel ou tel sexe relativement à lui. Ce processus qui fractionne le peuple en deux parties (parents symboliques) à l’échelle nationale quand il s’agit du président de la république opère localement de même manière. Ainsi, chacune d’elles participe à la constitution de sous-fractions pères et mères symboliques de tous les autres dirigeants. 

A partir de cet échafaudage de la pensée, chacun peut imaginer les relations des membres de la famille symbolique ainsi circonscrite. Il y a les relations d’ordre institutionnel, accessibles à tous les membres de la famille, se manifestant comme des conseils de famille. Il y a surtout, la grande masse des relations du gouvernant avec chaque parent (majorité et minorité de la population vis-à-vis de lui), de chacun de ces parents avec les autres enfants (autres dirigeants), etc… Au delà de ces relations internes à la famille, tous les membres de la famille entretiennent des relations hors famille. Il est tant d’approcher le gouvernant, dans sa position d’adulte, mais cependant enfant symbolique du peuple dans la famille symbolique.

Des singularités d’une famille symbolique qui distinguent le pays de la famille ordinaire et qui peuvent modifier la compréhension des difficultés familiales.

D’abord, la nouvelle famille symbolique se distingue d’une famille ordinaire. Les parents (parts du peuple) ont confié à l’un parmi tous leurs autres enfants (dirigeants), le pouvoir de gouverner les relations entre tous les membres de la famille ainsi que l’essentiel de leurs relations extérieures. Observons que cela est contraire au fait que les parents d’une famille africaine ordinaire gouvernent les relations familiales, en particulier le père de famille. Selon cette conception de la famille symbolique, ce sont au contraire les enfants symboliques (gouvernants) qui assument ce rôle au service du peuple symboliquement fait famille. Il importe d’insister sur un point. Contrairement aux parents d’une famille ordinaire, les parts majoritaire et minoritaire du peuple (parents du gouvernant) ne détiennent, ni n’exercent directement le pouvoir de gouverner les relations familiales, mais leurs enfants (gouvernants/dirigeants) auxquels elles le leur ont donné. Néanmoins, cette volonté n’a pas disparu chez ces parents symboliques. Les faits montrent qu’à travers leurs influences respectives sur le gouvernant, qu’aucun ivoirien ne contestera, ils tentent de le faire.

Ensuite, le père de famille africaine entend la gouverner seul. De même, la part majoritaire du peuple (père symbolique du gouvernant), entend, à travers sa grande influence, gouverner seule les relations. A ce titre, elle est celle qui ressemble au père africain. C’est la raison pour laquelle le sexe mâle lui est attribué et qu’il désigne le père du gouvernant. Contrairement au véritable père africain, cette part du peuple que nous désignons le père symboliquement du gouvernant ne détient pas le pouvoir. Cependant, elle tente de réaliser son désir par procuration, à travers sa grande influence sur celui auquel elle a confié l’exercice du pouvoir : le gouvernant, l’élu parmi ses enfants (autres dirigeants). C’est sans doute pourquoi la gouvernance de tel gouvernant n’est pas vièrge de toute son influence. La famille symbolique que l’on perçoit du pays se distingue en partie ainsi de la famille réelle. En outre, entendu symboliquement comme une famille, le peuple est néanmoins une qui est en évolution permanente, notamment au gré des cycles politiques et électoraux. Sa structure de ses membres et leurs positions se modifient au gré des événements et des évolutions politiques de ses membres. De cette manière, il est biaisé de porter telles accusations à l’encontre de tels membres de la famille symbolique dès lors qu’ils agissent de manière semblable à leurs positions respectives. Ce n’est pas tout. S’agissant de la famille unique que le peuple constitue dans cette symbolique, le gouvernant et les autres dirigeants ne sont pas des enfants ordinaires mineurs. Ils sont déjà adultes et comme tels, ils ont capacité à agir en adultes dans les relations avec leurs parents (le peuple et ses parties). Si le peuple les fait naître gouvernants, en tant que ses enfants symboliques, il n’en demeure pas moins qu’ils sont des adultes, capables d’auto-détermination.

Enfin, dans la conception usuelle, une mère patrie éternelle est l’épouse de certains de ses enfants (gouvernants). Contrairement à elle, dans cette nouvelle conception, le père et la mère symboliques du gouvernant varient dans le temps politique. Les parents du gouvernant varient dans leur composition et leur sexe, déterminées par les pensées des citoyens qui les constituent et les représentent. C’est pourquoi, c’est dans une telle conception symbolique qu’il y a une possibilité de développement de la démocratie et de l’alternance pacifique du détenteur du pouvoir. Car, considérant le pays comme une famille symbolique, c’est dans cette perspective, qu’il est permis de penser que les mêmes parents (parties du peuple) ne génèrent pas les mêmes enfants (dirigeants/gouvernants). Ils ne demeurent pas non plus les mêmes parents de tel ou tel dirigeant à toute époque politique. La raison réside dans le fait que les parents symboliques du gouvernant (enfant symbolique) son labiles. Ils peuvent se recomposer, se recombiner et changer de sexe, dans le même mouvement où ils produisent d’autres enfants (d’autres gouvernants). Le fondement de tout cela, ce sont leurs idées et préférences politiques variables qu’ils manifestent librement. Que symboliquement le peuple soit conçu comme une famille. Admettons une conception selon laquelle le gouvernant est, non pas son père symbolique, mais son enfant remarquable. Le gouvernant est alors celui des enfants symboliques que ses parents (parties majoritaire et minoritaire du peuple) ont généré pour gouverner les relations familiales. Une telle famille symbolique se distingue d’une famille ordinaire réelle à plusieurs titres. 

Le lecteur qui sera parvenu jusqu’ici se demande à quoi tout cela peut bien mener. Eh bien, il est tant de lui raconter une petite histoire de l’intérêt du sens de la symbolique familiale d’un pays ou d’un peuple. 

Petite histoire d’une symbolique familiale au service d’une certaine compréhension des réalités de coexistence et des difficultés communes de vivre.

Imaginez une famille. Elle est à l’image de celle traditionnellement connue. Cette famille est constituée d’un père, d’une mère et de leurs enfants. Maintenant, concevez que l’un de leurs enfants soit positionné par tous les autres membres comme étant le père de famille. Il lui ont confié l’autorité du père et agit peut-être comme tel en conséquence. De ce qui précède, il ressort que que le père, la mère et les autres enfants de cette famille se retrouvent être dans la position ordinaire des enfants. Ils sont naturellement et symboliquement comme les enfants de celui des enfants que les parents ont désigné comme leur père : le gouvernant. Observons ce qui en découle. Ainsi, dans une telle famille, aucun de ses membres n’est à sa place conformément à la conception ordinaire. Sans pour l’instant savoir de quelle manière chacun d’eux agit, ni avec quelle posture et quelle autorité, tout ce qu’on peut dire est que les membres de cette famille vont au devant de graves incompréhensions. Car, l’enfant doit-il et peut-il prendre la place de ses parents, notamment de son père, sans aucune conséquence collective et familiales ? Quant aux parents, doivent-ils/ peuvent-ils abandonner ce qu’ils sont pour s’engouffrer dans les habits de leurs enfants et leurs esprits ?

A première vue, tout cela est le fruit du vagabondage de la pensée. Certes. Mais, cela est-il inutile de penser les difficultés réelles en homme d’actions ou de réalités ? L’est-il de tenter de les observer, de les analyser, de chercher à les comprendre et à les expliquer en homme de pensées ? Le philosophe Henri Bergson suggère de penser en hommes d’actions et d’agir en hommes de pensées. Peut-être que sa recommandation peut permettre aux ivoiriens de cerner leurs réalités et de les améliorer. Face à la situation réelle d’impasse de la Côte d’Ivoire depuis 1993, peut-être convient-il de penser cette situation en révisant la symbolique ramenant le pays à une famille. Discerner les acteurs et leurs positions respectives, c’est une manière d’approcher une autre compréhension de leurs actes et des jugements qu’ils portent sur les relations de coexistence et leurs résultats. En somme, en permettant de mieux examiner les difficultés et de prendre la voie de leur résolution, c’est préparer l’action collective efficace des acteurs.

Conclusion avant approfondissement du même sujet.

Il faut le dire d’emblée : le gouvernant n’est pas le père symbolique du pays, pas plus que le peuple n’est son enfant symbolique. Lorsque l’on fait du pays ou du peuple une famille symbolique, il convient d’observer, surtout dans un cadre démocratique, qu’une telle famille (le peuple) est constituée de parents à une période politique donnée. La part majoritaire de la population, électrice du gouvernant à telle époque représente son père symbolique. Sa part minoritaire, électrice d’autres dirigeants malheureux, représente sa mère symbolique. Les dirigeants et, parmi eux le gouvernant, représentent leurs enfants. Le gouvernant est leur enfant singulier. Il est celui que les parents (part majoritaire et part minoritaire circonstancielle du peuple) ont choisi pour gouverner les relations à leur place de parents, contrairement aux relations familiales ordinaires. Ce choix décisif résulte du rapport ou plutôt de la combinaison de leurs choix particuliers.

C’est pourquoi, dans la suite de l’analyse des difficultés d’un pays, comme la Côte d’Ivoire, conçu comme une famille il faut avoir à l’esprit ceci : le gouvernant (certes adulte) est comme l’enfant symbolique du peuple. Ses parents lui ont confié, pour une durée limitée, le pouvoir d’administrer les relations familiales, à leur place. Leur décision se fonde sur la connaissance et le savoir présumés qu’il revendique détenir. Symboliquement enfant remarquable, mais  réellement adulte, c’est sous cet angle qu’il convient d’appréhender le gouvernant. Il convient de procéder pareillement pour tous autres les dirigeants (réellement adultes), mais symboliquement les autres enfants du peuple. Il va s’en dire en conséquence que le gouvernant ne peut être le père du peuple, mais son enfant symbolique. Quant au peuple, il représente symboliquement ses parents. Considérant tel gouvernant, la part majoritaire et électrice du peuple représente le père symbolique ; celle minoritaire représente la mère. De cette manière, il est possible d’approcher une autre compréhension des difficultés communes des ivoiriens résultant de leurs. C’est ce que nous nous proposons de faire dans les volets à venir de cette réflexion. Pour conduire cette analyse, il convient d’examiner de plus près les membres de la famille symboliquement ainsi reconstituée et leurs positions respectives. Il convient également d’en savoir un peu plus sur leurs relations et de discerner ce qui se joue quand on songe aux difficultés communes que le peuple génèrent avec tels gouvernants et dirigeants ou tels autres.

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(1) Franz Kafka, “Lettre au père”, Éditions Gallimard, 1957, pour traduction édition française

(2) Stefan Zweig, Sigmund Freud, “Correspondance”,  Éditions Rivages, format poche, 2013, pour traduction édition française

 

COTE D’IVOIRE 2020 (4/4) : Sens et non sens de l’argument fondant l’engagement, le choix et le soutien des ivoiriens.

Le moment arrive-t-il enfin ? Les faits sont certes têtus. Encore que ce qui s’est passé, tel que chacun pense qu’il l’a été ne suffit pas à le faire être, tel qu’il a véritablement été. Ce débat n’a que peu d’importance. Car, quoi qu’il ait été ou l’est encore, il vient un moment où un peuple … Ce temps vient, pour tous les ivoiriens, de vaincre ensemble les haines. Car, on peine à comprendre que certains parmi eux tolèrent ce sentiment qu’ils éprouvent à l’égard de ceux avec lesquels l’histoire les condamne à cheminer dans l’existence humaine, leurs compatriotes. Ils l’ont même adopté, sans manifester la moindre gène. Le temps est cependant venu pour tous de reprendre la marche des peuples dans l’histoire, là où les ivoiriens en ont abandonné la voie en 1993. C’est pourquoi, Il n’y a pas que les partisans de Laurent Gbagbo que sa libération doit intéresser, à défaut de s’en réjouir. Il n’est même pas nécessaire de l’être pour reconnaître simplement avec tous les autres que cela ne peut être qu’un moment décisif pour tous, comme les violences, les guerres et leurs conséquences l’ont constitué depuis 1993. Tout ivoirien digne, qui manifeste la volonté de mettre fin à l’impasse de trois dizaines d’années, ne peut être que concerné. Peut-être, est-ce, le jour qui marquera le début, quand tout un peuple se leva d’un même pas, qui est enfin arrivé. C’est à tous les ivoiriens de le faire advenir et de le faire être tel. A condition que ceux prétendant être raisonnables n’imitent pas ceux qu’ils pensent qu’ils ne sont pas.

Les ivoiriens raisonnables et ceux dont ils prétendent qu’ils ont perdu la raison.

Leur désir de justice et leur vanité ont conduit nombre d’ivoiriens au plus grand tort causé à tous : le développement de la haine mutuelle. Ces retrouvailles de tous les ivoiriens peuvent sans doute initier le moment où ils vont enfin pouvoir trancher leurs opposition et les dépasser. Car, c’est un fait que dans l’espace public commun ivoirien, chacun évoque la violence de l’autre dont il est victime. Soit. Néanmoins, celui qui dit qu’il est raisonnable ne peut continuer, à ôter son caleçon comme celui qu’il prétend qu’il a perdu la raison et à sa suite.

De ce point de vu, aucun candidat, quel qu’il soit aux prochaines élections de 2020, ne pourra rien apporter aux ivoiriens qui manquent de démontrer la raison qu’ils revendiquent dans leurs jugements et leurs attentes. Car, même le candidat ayant les meilleures intentions pour tous, qui a la plus robuste détermination pour les réaliser, ne peut que tenter de convaincre les ivoiriens qui rêvent de justice, d’équité et de progrès communs. Mais, il lui sera difficile de raisonner ceux qui désirent la revanche, face à l’injustice qu’ils peuvent à juste titre ressentir. Parce que ceux-là ni ne veulent, ni ne parlent de la justice. Pour lui, ce sera assurément une tâche incommensurable que de convaincre ceux qui s’opposent aux premiers. Parmi ceux-ci, les uns désirent profiter de l’impunité pour les forfaits dont ils savent avoir été les auteurs ou avoir soutenu, encouragé et protégé les auteurs. Les autres désirent la revanche, pour avoir d’une part payé et souffert de la justice rendue pour des forfaits semblables ou tout simplement, d’autre part pour avoir été victimes non reconnues par la justice. Pourtant, un autre chemin existe.

C’est la voie du rassemblement de tous les ivoiriens qui éprouvent de l’injustice et de tous ceux qui les reçoivent, reconnaissent et comprennent l’injustice qu’ils ressentent. Dès que l’on évoque la justice, on parle de faits, dont les uns sont des auteurs et dont les autres sont ceux qui en sont touchés. Cela dit, dans une circonstance de trois décennies de violence durable échangée et généralisée, ayant impliqué ou concerné de près ou de loin l’ensemble des ivoiriens, lequel d’entre eux a la légitimité pour rendre justice aux uns et aux autres et au nom de qui, pour qui et pour quelle finalité ? Qui la rendrait et au nom de qui, quand tous les ivoiriens sont acteurs des faits jugés ? Lequel d’entre eux est uniquement victime, sans avoir quelque culpabilité ou responsabilité dans tel ou tel forfait au détriment de tel autre ? Si les ivoiriens sont honnêtes et sincères avec eux-mêmes, ils reconnaîtront que s’ils s’en tenaient, en cette circonstance, à la quête de la justice, alors la rendre risque de produire d’autres injustices à corriger ultérieurement. On se rend compte, dans le drame ivoirien, que la volonté – si ce n’est le désir de juger certains ivoiriens, acteurs comme les autres – a produit d’autres conséquences sur l’esprit et les perceptions des hommes. Leurs sentiments indignes de l’homme qui les a conduit aux violences coproduites, mais jugées par une justice des vainqueurs, borgne comme un pirate, n’ont été que renforcés. Si la justice recherchée par ces volontés et désirs consistent à choisir ceux d’entre les ivoiriens, dont elle juge les faits reprochés après les avoir faits bourreaux, avant même d’avoir jugé les faits et tous les faits dont ils sont loin d’être les seuls acteurs, alors ce n’est pas de justice dont il s’agit. Ceux qui ont piétiné la règle fondamentale commune en 1993 n’ont-ils aucun tort ? Ceux qui ont accepté et manipulé ce piétinement pour parvenir au pouvoir en 2000 n’en n’ont-ils aucun ? Ceux qui se plaignent de ce que la même règle a été piétinée par des rebelles entre 2002 et 2011 sont-ils plus légitimes pour relever le tort de ces derniers quand eux acceptent de considérer qu’ils peuvent bâtir sur les fondements du déni de la règle ?

C’est pour toutes ces raisons que, que compte tenu des circonstances des faits jugés par les uns et les autres, la voie la moins risquée, hier mais aussi aujourd’hui, est celle que les ivoiriens empruntent ensemble. Dans cette voie, il leur faut temporairement dépasser la justice pour rechercher ensemble quelque chose, sans laquelle la justice elle-même ne peut avoir de réalité. Elle doit leur permettre de se retrouver dans la situation d’équilibre qu’ils recherchent tous. Au terme de la longue séquence de quête violente de justice de part et d’autre qui, aussitôt obtenue par les uns a produit un forfait au détriment d’autres comme ils le pensent, la coexistence des ivoiriens risque d’être durablement une suite de distensions dangereuses et irréversibles de leurs liens, générée et entretenue par la quête violente de justice dans ces conditions. C’est pourquoi, tous doivent marquer la volonté de dépasser temporairement la justice, comme les circonstances l’exigent, pour rechercher le rassemblement et la possibilité de l’unité et de la cohésion nationales. Tous les ivoiriens raisonnables peuvent, en manifestant leur raison, mettre en minorité tous les autres et, en agissant ainsi, souligner ce qui ressemble à une fuite en avant ou folie de leur part. Sont-ils plus raisonnables que tous autres ivoiriens, ceux d’entre eux qui évoquent la justice, en même temps qu’ils entendent la fouler à leurs pieds et en faire le support de leurs désirs d’impunité ou en faire l’étendard de leurs désirs de revanche ou alors la démonstration de détenir seuls la vérité ?

Dans cette voie, il semble évident que le plus grand mérite reviendra à ceux des ivoiriens, dont l’injustice subie ne sera que simplement reconnue par tous. Raisonnables et dignes, ils accepteront de faire don de sa correction, autre que sa simple reconnaissance qui rétablit leur dignité, au profit de l’unité nationale. Y a-t-il une plus grande dignité des hommes que de vaincre leur vanité et de léguer temporairement leurs droits à tous leurs contemporains pour contribuer à la continuité de la collectivité unique d’hommes de laquelle ils sont membres ? La justice que chacun recherche à juste titre, pourra peut-être alors et à l’avenir, être obtenue, non pas violemment, mais à travers la confiance mutuelle placée en eux-mêmes qui rendent justice et en la règle commune adoptée et reconnue par tous qui leur sert de référence. Il ne peut y avoir de justice pour ceux qui ne reconnaissent pas la règle, qui la piétinent ou qui acceptent qu’elle le soit. Il peut en avoir non plus pour ceux qui se méfient de ceux qui la rendent ou qui s’excluent de ceux au nom desquels elle est rendue ou encore, si elle en est une qu’à l’unique et définitive condition qu’elle soit rendue par eux-mêmes ou par ceux qu’ils agréent seuls.

Malgré tout, si les ivoiriens préféraient de droit ma foi, la justice des vainqueurs circonstanciels, comme l’histoire nous l’enseigne s’agissant des conflits entre États, ils doivent alors admettre qu’ils s’estiment être membres d’États-communautés opposés et en conflit. Dès lors, ils doivent aussi avoir conscience de reléguer, par voie de conséquence, l’État de Côte d’Ivoire à un simple espace dans lequel leurs conflit et oppositions se déroulent. Si telles étaient leurs pensées et leurs volontés, alors, on ne peut que les inviter à espérer que les vainqueurs circonstanciels de ce conflit parviennent à être suffisamment puissants et durablement pour imposer leur justice tout aussi durablement. Faute de quoi, la violence ne peut être mise en latence. Peut-être alors, la Côte d’Ivoire devrait se préparer à entrer durablement en dictature ou à demeurer dans l’impasse de la volonté de domination qui mène au cimetière des peuples disparus, sur le chemin de l’histoire des États et des peuples. La boucle de l’inconséquence collective des ivoiriens serait alors bouclée, puisqu’ils auront dès lors définitivement retourné leurs forces contre eux-mêmes. Cela dit, il y a de l’espoir.

Car, si les ivoiriens sont êtres émotionnels expliquant qu’ils aient pu trente années durant agi sur un fondement essentiellement psychologique, ils sont également raisonnables. On peut avoir confiance en eux, en leur capacité d’interrogation de ce qu’ils produisent et vivent depuis si longtemps et de discernement de leur intérêt existentiel commun, au milieu du chaos qu’ils génèrent ensemble en agissant ainsi depuis 1993. La même parole qui les as conduit sur cette voie, celle violente de la dispute, est la même qui les mènera à la discussion. De cette contradiction apaisée des verbes échangés, ils aboutiront à la voie commune de coexistence qu’ils désigneront par la même expression. Parce que si la parole peut être toxique, comme le peuple toltèque l’a si bien décrite, elle est aussi ce qui génère et rend possible la coexistence pour ensemble rechercher l’atténuation des difficultés communes de vivre. Eh bien parlons et discutons ! Mais, tenons nous à user de paroles qui défient les esprits, en même temps qu’elles les nourrissent pour les rendent meilleurs. De telles paroles ne peuvent que heurter le confort de la situation dans laquelle chacun pense détenir seul la vérité, en une matière où elle n’est, par convention, qu’après des débats et après l’accord des hommes de la considérer comme telle. Mais gardons-nous de paroles qui blessent, en tous cas, ayons cette intention et la volonté de la réaliser.

Ces dernières années, chaque ivoirien semble avoir identifié ses responsables politiques utiles et ceux qui lui paraissaient toxiques. Peu d’ivoiriens en tous cas peuvent s’exclure de ce constat. Et comme le point de vue de tels d’entre eux n’est pas supérieur à celui de tels autres, il est impossible de trancher cette question sinon qu’en se référent au vote majoritaire de celui qu’ils portent au pouvoir. Même cette solution est apparu inefficace à défaut de faire preuve d’un minimum de raison. Au delà du vote, la violence a constitué le seul moyen de départager tant de fureur et de passions exprimées. A procéder ainsi, et au regard des changements à chaque élection, tous les responsables sont par conséquent susceptibles d’être considérés comme étant utiles ou toxiques. Pourtant, il arriva que l’opinion majoritaire des ivoiriens est de considérer que les hommes politiques leur sont toxiques et nuisibles, à défaut de leur être utiles. Bref, le politicien n’a pas bonne presse, comme on dit. Mais, un petit détail nous invite à interroger les ivoiriens eux-mêmes.

En effet, chacun peut observer leur soutien massif, sans réserve à la personne de tel ou tel responsable politique et encore moins aux idées qu’il ne développe que rarement pour la plupart d’entre eux. Celui qui est finalement fait responsable politique de poids, sans avoir vendu la moindre idée, ni avoir convaincus ceux qui lui assurent sa position, en échange de quoi cela est-il possible ? C’est en recherchant le quoi que l’on parvient à s’engager dans une voie d’analyse qui souligne, non pas la grande responsabilité du peuple dans la manière d’agir des responsables politiques qu’il se choisit, mais une grande partie de sa source. Cette grande implication de sa part peut être approchée dans ses attentes qui expliquent nombre de récriminations à leur égard. Le silence et le soutien du peuple, s’agissant de le laisser agir, dans l’ignorance des règles communes – si ce n’est leur piétinement – en dit plus que le réflexe consistant à pointer tel ou responsable politique, comme s’il disposerait de la force de faire ce qui lui est reproché sans la grande masse de ceux qui le soutiennent. Évidemment, pour un gouvernant, ayant l’intention de servir la communauté nationale, ce soutien ne le dédouane guère de sa responsabilité dans tels ou tels écarts qu’il leur reproche, ni de celle de manquer de l’exercer dans telles ou telles autres.

Nous examinerons ultérieurement la nature de la relation du peuple et des responsables politiques qu’il se choisit. Sans doute qu’une explication des circonstances concrètes de la coexistence et de tout ce qui est reproché à tel ou tel responsable politique peut y être trouvée. Peut-être, devrions-nous à la suite de cet examen revoir les parts respectives de responsabilités. Dans l’immédiat, il s’agit d’approcher la vérité que nombre d’ivoiriens pensent être les seuls à détenir, s’agissant de ce qu’ils produisent collectivement.

La vérité, entre les voies partisanes, antagonistes et neutres.

Les ivoiriens ont sans aucun doute raison d’exprimer leurs points de vue concernant leurs relations de coexistence. Ces points de vue peuvent même s’opposer, parce que chacun d’eux ne constitue pas en soi la vérité pour celui auquel on l’oppose. C’est pourquoi, c’est dans le dépassement de leurs divergences qu’ils peuvent parvenir à la vérité que les uns et les autres reçoivent et acceptent comme telle. L’observateur attentif de l’existence ordinaire en tire l’axiome suivant : “Si les pieds et les mains du tisserand ne se contredisaient pas dans leurs mouvements, jamais la bande de tissu ne naîtrait. Et, si la bande de tissu n’était née, les hommes marcheraient nus. De même si les hommes tombaient toujours d’accord, ils cesseraient de se mouvoir et d’agir, donc de produire et de progresser. Ce serait, finalement, leur mort culturelle.” (1) Ainsi, la contradiction génère la vérité, ce qui est collectivement utile. La question est alors de savoir de quelle manière, à partir de la contradiction, les hommes peuvent-ils parvenir à la vérité, à ce qui est utile à leur coexistence et n’aboutit pas comme son absence, à “la mort culturelle”.

Le tisserand, la contradiction de ses mains et de ses pieds et le tissu.

Selon Amadou Hampâté Bâ, de la discussion jaillit la lumière. Eh bien, discutons, invite-il  les hommes à discuter ! Discutons dur même, s’il le faut, mais ne nous disputons pas, car c’est cela qui est mortel, dit-il. La véritable histoire ne saurait être élaborée ni par les seuls partisans inconditionnels d’une thèse – car ce seraient des panégyristes, à savoir ceux qui font l’éloge de leur thèse – ni par les seuls antagonistes – car ce sont les tracteurs naturels -, ni même par les neutres, qui le sont rarement. Car chacune de ces opérations ne peut être que partielle. Pour approcher au plus près de la vérité historique, du long drame de plus de trente ans des ivoiriens, il leur faut le témoignage des trois à la fois. Et, que chaque ivoirien rapporte ce qu’il a vécu, qu’il expose ce qu’il reproche aux autres et ses raisons de leur en vouloir. Peut-être que les torts de tels et tels ivoiriens pourront enfin trouver une oreille attentive et être reconnus. Peut-être même, découvrirons-nous que tous les ivoiriens ont leurs raisons de s’en vouloir mutuellement. Mais, ces raisons peuvent-elles suffire si elle conduisent les ivoiriens à coexister durablement en s’en voulant mutuellement ?

La quête de la vérité à propos de ce qui est passé et de ce qui se passe encore est du même ordre que celle concernant les progrès de l’existence à réaliser ensemble. La voie de la vérité historique est de même nature que la voie du progrès commun. Elle n’est pas celle envisagée puis élaborée et proposée par ses seuls partisans, bien qu’ils en fassent l’éloge ou exagèrent sa meilleure pertinence et son efficacité collective. Elle n’est pas non plus uniquement celle suggérée et défendue par ceux qui s’opposent à elle. Parce que comme elle, cette voie contradictoire souffre de ses excès, en raison d’une croyance inconditionnelle en elle. Enfin, elle ne saurait même être la troisième voie. Défendue certes avec mesure peut-être par des parties dites neutres, mais qui ne peuvent totalement l’être, elle ne peut par conséquent l’être. Ainsi, la voie du progrès commun, à savoir celle qui sera vraie, est celle qui rassemble le plus grand nombre d’ivoiriens : c’est celle qu’ils élaborent et choisissent ensemble d’arpenter, en considérant les témoignages et propositions émanant des partisans de telle voie, de ceux qui opposent la leur et enfin des neutres auto-proclamés, qui en évitant de s’opposer à l’une et à l’autre tentent pourtant de faire de la leur la véritable voie.

Pourtant, au cours de ces trois décennies, la réalité est qu’au lieu de discuter des voies qu’ils proposent, les ivoiriens ont choisi de se disputer violemment. Leur finalité consiste à détenir le pouvoir d’État, collectivement représenté, pour engager tous les ivoiriens dans leur voie qu’il refuse de soumettre à la discussion en vue de permettre à tous les ivoiriens d’exercer leur liberté : choisir. Par conséquent, la discussion n’est pas la voie qu’ils ont choisie. Ce n’est pas tant qu’ils ignorent le rôle déterminant de la parole et de la discussion. Ils savent que la discussion n’est d’aucune utilité, dès lors qu’il s’agit de défendre des intérêts particuliers à satisfaire et attendu par les parties supportrices du peuple. Ne discute-t-on pas pour dégager une vérité (convenue), et pour réaliser l’accord en ce qu’elle l’est, si bien que les parties la reconnaissent comme telle ? Cette vérité, c’est l’intérêt commun. On ne discute pas sans l’idée de vérité susceptible de recevoir l’accord des parties. La discussion aboutit à une convention (l’intérêt général) quand la dispute mène à la prétention de la vérité (l’intérêt particulier). A la suite de s’être disputés ces dernières, il semble qu’ils veulent continuer à le faire, après une pause qui n’a servi qu’à reconstituer les ressources pour le faire.

Depuis quelques temps, les mots clés qui alimentent leurs disputes sont victimes et injustice. A travers ces deux vocables, les uns et les autres veulent établir, sans aucune convention, la vérité d’une histoire dramatique à laquelle peu d’ivoiriens ont échappé comme auteurs. Ils procèdent exactement comme lorsqu’il s’agit de définir la voie commune de l’existence collective. Encore une fois, seule la discussion permet d’y parvenir. Pour avoir eu la prétention de la vérité non conventionnelle, pour avoir manqué de faire confiance à la voie conventionnelle, pour être dépourvus de la force nécessaire pour le contraire, des responsables politiques ont agi comme des enfants un peu trop obéissants. De même que ces derniers contemplent leurs parents, parfois même tyrans, des dirigeants de la Côte d’Ivoire ont contemplé ceux qui les ont porté au pouvoir, jusqu’à servir leurs désirs d’être finalement bourreaux de la Côte d’Ivoire et de tous les ivoiriens. Ainsi, aborder les contributions de tel ou tel responsable politique, c’est traiter de la manière dont les ivoiriens se sont eux-mêmes violentés. Si les ivoiriens sont victimes, ils sont leurs propres bourreaux, sans doute.

Tel dirigeant est-il meilleur par ce que tels autres ne le sont pas ?

Approcher la vérité ne consiste pas à qualifier en opposant ce que l’on disqualifie. Du même point de vue, tel dirigeant peut-il être celui susceptible d’être utile à la Côte d’Ivoire et à tous les ivoiriens par le seul fait que tels autres sont disqualifiés ? Voici la question à laquelle chaque ivoirien doit répondre, raisonnablement.

En effet, des élections interviendront dans deux ans à peine. Sans doute qu’avant même le premier tour en octobre 2020, nombre d’ivoiriens ont déjà leurs champions. Ils sont les partisans inconditionnels de ce qu’ils pensent être la meilleure voie. Pour eux, c’est le meilleur gouvernant que la Côte d’Ivoire puisse avoir parmi tous les prétendants. Malgré leur conviction de partisans, érigée en vérité, on ne peut que les inviter à entendre l’avis et à considérer le témoignage des antagonistes et des neutres, au sujet de leurs préférences avant de s’engager définitivement. C’est dans cette contradiction que se situe sans doute la vérité : le fait évident qu’il y a probablement aucun prétendant qui ait cette qualité, si l’on considère le fait que tous les ivoiriens ont contribué de près ou de loin au drame et qu’il en existe peu qui soient légitimes pour apparaître, sur la base de ce drame, comme ceux qui vont remettre le pays sur le chemin du progrès commun. Comme la vérité du meilleur gouvernant n’est ni totalement celle pour laquelle ils sont engagés, ni celles qui lui sont opposées, ni même celles qui se couvrent de neutralité, ils pourront alors renforcer leur raison d’être engagés pour elle ou en changer. Peut-être même qu’ils reconsidéreront les bases de leurs jugements.

Alassane Ouattara est-il le gouvernant qu’il faut à tous les ivoiriens ?

Avant d’être aujourd’hui les gouvernants de la Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara et les partisans de son leadership et d’une voie dont il n’a pas entretenu les ivoiriens se sont plaints d’avoir été victimes dans le long drame ivoirien. D’abord Konan Bédié et des siens à partir de 1993 et peut-être même avant, puis Laurent Gbagbo et les siens de 2000 à 2011 ont paru constituer leurs bourreaux. Ainsi, refusant leurs agressions, c’est pour y mettre fin que leurs actions diurnes et nocturnes combinées ont contribué, peut-être, au coup d’État de 1999 et effectivement conduit à celui de 2002 auquel ont succédé les guerres entre 2002 et 2011. Détenir le pouvoir constituait le seul moyen efficace.

L’objet de leur refus et révolte initiale n’était autre que la tentative, perçue de la part des premiers, d’exclure les populations du nord de la Côte d’Ivoire de la citoyenneté. L’alliance avec le FPI de Laurent Gbago avait pour but de mettre en minorité Bédié et le PDCI. Sans que l’on puisse affirmer qu’elle ait produit le coup d’État de 1999. A défaut de preuves, on peut cependant relever que cette alliance de circonstance a contribué à élargir la base de son acceptation par des ivoiriens, fatigués et souffrants d’un concept dangereux : “ivoirité”. Ensuite, la révolte s’est doublée d’un sentiment de revanche de celui dont  le flair politique moribond, digne de la mystification, lui permit de leur soutirer le pouvoir si convoité : Laurent Gbagbo, connu ultérieurement sous la désignation “Le boulanger d’Abidjan” pour ses talents en matière de tromperie et de mystification. Quand on est prêt, comme ils étaient à faire payer le prix fort aux ivoiriens pour le détenir, à partir de 2000, ils pouvaient encore moins accepter que celui qui était, de leur point de vue, pire de Konan Bédié, exerça tranquillement le pouvoir qui leur revenait. L’alliance avec le PDCI de Konan Bédié, à partir de 2005, visait le même objectif : mettre en minorité Laurent Gbagbo et le FPI pour favoriser leur victoire dans les urnes. La victoire que chacun d’eux espérait a été cependant été révisée par les deux alliés en co-victoire à la suite d’un premier tour indécis, qui témoignait globalement de la fracture communautaire. La suite, chaque ivoirien la connaît. Alassane Ouattara, Konan Bédié et Soro Guillaume ont co-gouverné le pays de 2011 à 2018 avant que leurs désirs de détention du pouvoir ne les séparent à nouveau et ne modifient leurs alliances.

Quel est le progrès de la communauté nationale d’économie collective que l’on puisse leur attribué, au crépuscule de l’alliance RHDP, d’une décennie de “Ado solutions” et au lendemain du RHDP parti unifié, du fracas des ruptures d’alliances ? En étant leader d’une nouvelle alliance, Alassane Ouattara et ses soutiens peuvent-ils continuer à être les gouvernants d’un pays ivre, sur la seule base d’une compétence économique dont il en a dilapidé le capital de confiance qu’on lui accordait ? Le peuvent-ils en ayant démontré une incapacité à incarner le peuple de Côte d’Ivoire, dont il pointait le fractionnement par les autres, quand aussitôt le pouvoir pris et détenu, son premier acte d’autorité a consisté à en jeter une partie en prison ? Le peuvent-ils quand ils n’ont su faire la bonne lecture du passé récent et apprendre de lui, écouter et entendre ce les ivoiriens pensent et disent et enfin les respecter, ainsi que la loi qui les unit ? Seuls les ivoiriens peuvent répondre à ces questions. Ils considéreront sans doute, non pas le passé, mais ce qu’ils leur proposent pour l’avenir et leur confiance en leur capacité à changer, qui les renverra cependant à ce qu’ils n’ont guère réalisé (la cohésion nationale) en une dizaine d’années de détention du pouvoir, sans trop de violence, comparés à leurs prédécesseurs.

Konan Bédié est-il le gouvernant qu’il faut à tous les ivoiriens ?

Connu comme le porteur de l'”ivoirité”, Konan Bédié n’a pas trouver une meilleure risposte à l’adversité politique entre 1990 et 1999 qu’un concept, adossé à ce qu’il y a de plus morbide en les hommes. Avant de s’allier en 2005 à Alassane Ouattara -“cet étranger qui ne pouvait lui disputer le pouvoir” en 1993 – pour arracher le pouvoir en 2011 à Laurent Gbagbo et l’exercer ensemble jusqu’en 2018, Konan Bédié et ses supporters se considéraient eux aussi comme des victimes des deux autres cités en 1999, voire même fomenteurs du coup d’État. Certes, l’ordre constitutionnel ivoirien a été piétiné et contesté par des gens désireux de détenir le pouvoir en 1993. Mais, on ne voit pas bien comment lui et ses partisans sont les seuls victimes, à la place et à l’exclusion du peuple de Côte d’Ivoire, bafoué en ce qui le constitue (la constitution), mais qui a cependant accepté et applaudi de l’être. Bref, poursuivons. A cette époque, ayant manifesté la volonté de définir tous seuls ce que sont la Côte d’Ivoire et les ivoiriens, ils ne comprenaient pas que ceux qu’ils considéraient comme des étrangers s’opposèrent à eux. Pour combattre Laurent Gbagbo ensemble avec Alassane Ouattara, cette considération n’a pas pesé lourd. Quand est venu le moment de choisir de s’allier au second, pourtant et selon eux, l’archétype même de l’étranger dont ils affirmaient naguère qu’il ne pouvait leur disputer le pouvoir que les ivoiriens représentent collectivement, cette conviction avait disparu. Sans aucun doute, être proche du pouvoir et reconstituer leurs forces amenuisées par leur exclusion violente du pouvoir en 1999, a justifié leur choix. Les sages disent que lorsque le chien est affamé, il finit par manger son collier en cuir.

Reconquérir le pouvoir a toujours guidé leurs choix. Ils sont tant persuadés d’être les plus légitimes à l’exercer si bien que faire une alliance avec ceux que hier encore, ils considéraient qu’ils étaient des étrangers n’a constitué que le moyen de tenter de parvenir à leur fin. Car, franchement, qui peut énoncer que cette considération ait disparue de leur esprit par le seul fait d’une alliance de circonstance, alors même qu’elle n’a nullement constitué l’occasion de débattre de ce désaccord profond ? Quand on a co-dirigé ce pays depuis 2011, on ne peut qu’être comptables et co-responsable des résultats produits par le co-exercice du pouvoir sur cette période. Le désaccord récent à l’approche de 2020 peut-il faire de Konan Bédié et du PDCI des opposants authentiques et crédibles pour exercer à nouveau un pouvoir qu’ils ont co-exercé jusqu’en 2018, sans que leur volonté commune soient de rassembler les ivoiriens mais de co-exercer le pouvoir et d’en assurer le leadership tour à tour ? La aussi, seuls les ivoiriens peuvent répondre à cette question sur la base des mêmes considérations.

Laurent Gbagbo est-il le gouvernant qu’il faut à tous les ivoiriens ?

Quant à Laurent Gbagbo et les siens, ils ne disent pas moins. Selon eux, ils sont victimes de la violence de Alassane Ouattara et de ses partisans depuis 2002, du vol de leur victoire électorale en 2010 et comble de tout, de la privation de leur liberté à la suite de la guerre qu’ils n’ont gagnée qu’avec l’aide de la France. Selon eux, ils ont même été victimes de la violence du monde et de la France auquel il a lui-même permis de se mêler des affaires entre des ivoiriens. Mais, avant de l’être, n’étaient-ils pas les meilleurs alliés avec Alassane Ouattara, dans le cadre du front républicain des années 94, contre Konan Bédié et ses soutiens, jusqu’au lendemain du coup d’État de 1999 ? Qu’est-ce qui s’est passé pour qu’ils deviennent les meilleurs ennemis à partir de 2000, que de nombreux ivoiriens perdent leur vie dont le général Robert Gueï, indésirable après avoir “balayé” en 1999 le pouvoir de Konan Bédié dont l’éviction a justifié leur alliance ? Le désir de détenir le pouvoir pour ceux pour lesquels ils se battaient peut sans aucun doute être évoqué. Ce désir qui a justifié que Alassane Ouattara s’oppose à la règle générale est de même nature que celui qui a conduit Konan Bédié au manque de discernement qui l’a égaré. C’est également le même qui a conduit Laurent Gbagbo à ne tirer aucune leçon de l’expérience toxique du premier pour tous les ivoiriens. Au contraire, il semble avoir traduit et développé un concept qui a fait l’infortune de son prédécesseur.

Franchement, les ivoiriens qui traitent Laurent Gbagbo et ses supporters de victimes détiennent-ils plus la vérité que ceux qui se réclament d’Alassane Ouattara, qui ont fait des années durant de la persécution de Bédié et de Gbagbo leur font de commerce politique ? Le sont-ils par rapport à tous les Bédié-dépendants qui ont tout perdu à la faveur d’un coup d’État de 1999 dont l’histoire nous éclairera peut-être le rôle joué par les anciens alliés que sont Alassane Ouattara et Laurent Gbagbo ? Le sont-ils par le seul fait que certains d’entre eux ont souffert de la justice des vainqueurs ? Par ailleurs, sauf à reporter la responsabilité de l’impasse ivoirienne sur les adversaires politiques, qu’a apporté la gouvernance de Laurent Gbagbo à la Côte d’Ivoire ? Favoriser un poids plus important de la chose spirituelle, à travers la grande pénétration de l’église protestante, par celui qui se définissait hier encore comme un vrai républicain constitue-t-il une réponse recevable pour les ivoiriens ? Le fait essentiel est que si le républicain Houphouët-Boigny a été un bâtisseur d’églises, le républicain Laurent Gbagbo a eu des pratiques proches de celles d’un prédicateur évangélique.

Avec la fin proche du procès de la CPI à la Haye et l’acquittement définitif probable qui se profile à l’horizon, le débat entre les protagonistes semble reprendre de la vigueur. Pour les uns Alassane Ouattara, est un fossoyeur de la Côte d’Ivoire et de l’Afrique quand Laurent Gbagbo est érigé en grand défenseur, victime. Pour leurs contradicteurs, disons même, ceux avec lesquels ils se disputent depuis si longtemps, Laurent Gbagbo est loin d’être le défenseur de l’Afrique allégué par ses supporters. Il est même, selon eux, responsable de tant de morts ordonnés, quand Alassane Ouattara et les leurs sont vierges de tout crime, n’admettant sur le bout de la langue que des effets collatéraux non désirés de leur quête de justice. La libération définitive probable de Gbagbo et Blé Goudé, signifierait-il pour autant qu’ils sont des victimes d’une erreur judiciaire internationale ? On peut l’affirmer en droit, si tant est que ces ivoiriens reconnaissent tout autre droit que celui qu’ils édictent, comme ceux qui contestent la justice qui les a jugés et qui pourraient reconnaître leur innocence. Mais, en politique, certains ivoiriens voudraient pouvoir continuer à contester ce caractère et continuer à faire d’eux des bourreaux. On se demande alors, sur quoi les uns et les autres fondent-ils leurs notions de coupables-responsables et de non coupables, accusés à tort donc victimes d’une erreur judiciaire. Des accusés à raison ou à tort, qui n’ont jamais été inquiétés par quelque justice, encore moins internationale peuvent-ils se prévaloir de non culpabilité, autant que Laurent Gbagbo ? Il y a à l’évidence des vainqueurs. D’une part, les vainqueurs, du point de vue de la liberté. Ils ont accusé et occasionné la privation de liberté sans que leur erreur ne soit compensée au profit des accusés à tort, à l’issue du procès. D’autre part les vainqueurs du point de vue de l’honneur et de la dignité ; ce sont ceux qui ressortent non coupables du procès, en ayant été cependant privés de liberté à tort de la brutalité de ceux qui, en plus de juger avant la justice, entendent y échapper. La seule manière d’équilibrer les gains et les pertes est que la justice considère et étudient toutes les accusations, de sorte que les gains puissent être étalonnés sur les deux domaines : liberté et dignité. Mais est-ce la meilleure voie pour tous les ivoiriens pour mettre fin à trois décennie de violence collective ?

Guillaume Soro est-il le gouvernant qu’il faut à tous les ivoirien ?

Soro Guillaume (avec les siens) se plaint du manque de reconnaissance de Alassane Ouattara et de ses partisans. Ils considère avoir arraché le pouvoir à Laurent Gbagbo avant de le leur donner. Il a une si grande idée de lui-même et de son œuvre, qu’il affirme avoir sacrifié sa jeunesse et ses études à ré-établir la démocratie au profit des ivoiriens. Ainsi, pour lui, sa contribution au drame de trente ans en particulier, ne laisse aucun  doute sur son intérêt procuré aux ivoiriens. Ayant anticipé ce manque de reconnaissance et s’offusquant de ce que ces derniers ne le lui remettent pas en retour, après 10 années d’exercice du pouvoir par leur mentor commun, il a multiplié les initiatives pour apparaître à la fois comme leur victime et comme le conciliateur que les ivoiriens ne semblent pourtant pas attendre. Il se présente aussi comme la victime de la gouvernance de Houphouët-Boigny pour avoir été emprisonné en tant que leader de la Fédération estudiantine de Côte d’Ivoire (FESCI) dans les années 90, alors qu’il tentait de ré-établir la démocratie. On se demande depuis quand la démocratie existe en Côte d’Ivoire, depuis quand elle a été éclipsée, au point qu’il a consacré sa jeunesse à la ré-établir  ?

Mais, franchement, qu’a-t-il procuré à la Côte d’Ivoire avec ses supporters ? L’histoire retient à cette heure, qu’il a successivement servi, d’abord Laurent Gbagbo, dans ses activités politico-subversives poste chute du Mur de Berlin et dans le contexte de mutltipartisme, puis Alassane Ouattara, dans leur conquête violente du pouvoir. Ce serait étonnant que l’histoire rendît compte ultérieurement qu’il ait été éloigné du coup d’État de 1999. Ayant conscience de sa position fragile, il a multiplié les actes du politicien, au sens politicien du terme : maintien d’une alliance bancale qui ne tenait plus qu’à un fil avec Alassane Ouattara, tentatives de réconciliation/rapprochement avec Konan Bédié, tentatives de réconciliation avec Laurent Gbagbo et finalement rupture avec le premier cité en ce début d’année 2019. Quoi qu’il en soit, ce que lui-même ne conteste pas, c’est son rôle éminent dans la violence qui caractérisé l’histoire du pays entre 2002 et 2011. C’est pourquoi, la question de savoir ce qu’il a procuré aux ivoiriens collectivement reste posé, malgré la haute idée qu’il a de sa contribution et de sa finalité.

Kablan Duncan, Mamadou Koulibaly, Affi N’Guessan et tous les autres sont-ils les gouvernants qu’il faut à tous les ivoiriens ?

Pour être tout à fait complet et avant de clore l’évocation de ces personnalités que les un et autres ivoiriens s’opposent mutuellement comme étant la vérité du gouvernant qu’il faut à la Côte d’Ivoire, nous donnons raison à l’avance à tous les ivoiriens qui pensent qu’on pourrait introduire d’autres acteurs. Ils sont moins luisants. Certes. Mais, dans la pénombre de cette longue histoire chaotique, ils ont rendu possible telle ou telle accélération, tel ou tel ralentissement, contribué à telle ou telle félonie, passant d’un côté puis de l’autre de la lignes d’affrontements, pour être certains que l’issue des disputes les épargne de toutes souffrances. Certains d’entre eux ont fait le tour de force d’être de toutes les parties à la fois ou successivement, mais n’apparaissant jamais au premier plan et paraissant ne jamais assumer aucun de leurs choix circonstanciels.

Le plus illustre de ces acteurs, c’est sans aucun doute, Daniel Kablan Ducan. Il a traversé ce chaos, en en sortant sans la moindre égratignure ni aspérité, sans que les ivoiriens sachent aucune opinion de lui, ni connaissent aucun acte qu’il ait posé. Pourtant, il a toujours joué les premiers rôles, en se faisant si petit afin que les ivoiriens ne remarquent pas sa discrète mais grande contribution au drame. On pourrait presque prévoir qu’au milieu du chaos, des hommes comme lui peuvent être de tous bords en confrontation tant que leurs intérêts personnels poursuivis sont préservés. Peut-être, espère-t-il prendre le pouvoir sans avoir mené au grand jour aucune bataille de conviction politique personnelle connue des ivoiriens, encore moins pour convaincre une majorité d’entre eux. Dans ces conditions, qu’est-ce qui peut faire d’un tel responsable politique, le meilleur dirigeant qu’il faut à la Côte d’Ivoire ? Et, que peuvent espérer les ivoiriens d’hommes qui peuvent être de part et d’autre et de tous fronts politiques et de guerres à la fois, dans l’unique but de réaliser leurs intérêts personnels ? Les hommes ne se limitent pas à leurs choix ni à leurs comportements à un moment donné, mais quand même, la question se pose.

Mamadou Koulibaly et Pascal Affi N’Guessan font partie de ces esprits qui peuvent être acteurs et contributeurs du pire, en tentant d’apparaître comme neufs. Car, s’il arriva que quelques ivoiriens puissent dire qu’ils n’ont joué aucun rôle dans le drame ivoirien, au minimum, ils ont été complices passifs de certains de ceux qui étaient impliqués sinon témoins privilégiés de sa survenue, de son développement, en apparaissant n’y avoir aucune responsabilité. C’est pourquoi, il faut l’affirmer ici : ils ne sont pas, pas plus que ceux qui précèdent, des Acteurs Politiques Non Identifiés ou Nouveaux (APNIN).

Membre du FPI, et au titre de ce parti, Mamadou Koulibaly a été ministre chargé du budget dans le gouvernement de transition en 2000 sous la présidence de Robert Guéï, à la suite du coup d’État de 1999. Dans la foulée de la victoire électorale et “sanglante” de 2000, il a été ministre de l’Économie et des Finances dans le premier gouvernement de la 2ème République de Laurent Gbagbo, dont il était le porte-parole. Son élection en tant que député de Koumassi (commune d’Abidjan) en 2000, il est élu par une majorité de ses paires FPIstes président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire en janvier 2001, fonction qu’il exercera pendant plus de 10 ans, jusqu’en 2011, au moment de la victoire toute aussi “sanglante” d’Alassane Ouattar. Enfin, président par intérim pour quelques mois du Front populaire ivoirien à l’issue de la crise post électorale de 2011, des divergences de points de vue politiques et les tensions entre les cadres dirigeants du parti conduisent Mamadou Koulibaly à suivre son propre chemin en créant le parti : Liberté et Démocratie pour la République (LIDER), parti fondé le 14 juillet 2011.

Ainsi, il a été au cœur du pouvoir de 2000 à 2011, au cours des périodes les plus sombres du pays. Sauf à démontrer une contestation active de la politique suivie et les conséquences qu’il en a tirées, il est loin d’être un acteur politique qui ait été éloigné du chaos généralisé de ces dernières années. Car, quand on a exercé tant de responsabilités éminentes pendant si longtemps au cours de cette période, on ne peut pas ne pas avoir été au cœur du pouvoir de Gbagbo Laurent, ni n’avoir eu aucune contribution au drame ivoirien, qu’elle soit active ou passive. C’est pourquoi, tout ce qu’on peut lui reconnaître, c’est d’avoir décidé de changer de voie en 2011, certes tardivement diront certains ivoiriens, après le point culminant de la longue crise par rapport à celle du FPI. Néanmoins, l’argument selon lequel on ignore son choix ou ce qui se serait passé si Laurent Gbagbo pouvait et avait gagné la guerre en 2011 ne peut être supérieur aux faits réels analysés. Sa singularité a été de tenter désormais de convaincre les ivoiriens par ses idées. Le mérite de ces dernières doit être reconnu d’exister, dans un paysage politique ivoirien dans lequel il est globalement question de tel ou tel dirigeant et non des ivoiriens et surtout de la voie pour sortir du drame et poursuivre enfin l’économie collective de réduction des difficultés communes de vivre. D’autant que ce qui compte, ce ne sont pas les morts, ni le passé, mais l’existence de ceux qui restent, le présent qu’il faut changer néanmoins avec ceux qui sont responsables du passé. Cela, il n’est pas nécessaire d’être un sympathisant de son parti, ni de partager toutes ses idées pour faire ce constat.

On peut faire le même exercice avec Pascal Affi N’Guessan. Membre FPI et au titre de ce parti, il a été ministre de l’économie, de l’industrie et des Finances du gouvernement de transition militaire. Arrêtons son CV à son rôle le plus éminent, celui de Premier ministre de Côte d’Ivoire. C’est à cette haute place qu’il a conduit la politique du pays, sous la présidence et l’autorité de Laurent Gbagbo de 2000 à 2003, qui mènera au second coup d’État jusqu’aux accords de sortie de la partition du pays à la suite du coup d’État avorté de 2002. Comme Koulibaly, il est l’un des principaux acteurs du drame. Président du Front populaire ivoirien (FPI) par intérim, le 3 avril 2015, la justice ivoirienne le confirmera dans sa fonction de président du FPI-légal, non sans lui léguer par le fait du droit, l’héritage politique d’un homme. L’histoire retiendra qu’il a contribué avec d’autres, à la dispute à propos du profit politique à tirer du sort de leur mentor emprisonné. Dans ces conditions, où son plus grand combat politique consiste à combattre ses propres amis d’hier, comment peut-il être utile à tous les ivoiriens en menant des combats d’idées visant leur progrès collectif ?

Ainsi, quel que soit le responsable politique de premier plan considéré, parvenu à une position qui le rapproche de la détention du pouvoir, il est difficile d’en trouver un seul qui ait été éloigné du chaos dont les ivoiriens peinent encore à s’en remettre. Les faits peuvent même parfois amener des ivoiriens à indexer des leaders politiques qui ont été loin d’avoir servi tous les ivoiriens et en tous cas de les avoir servi convenablement, comme étant le problème de la Côte d’Ivoire. Ils peuvent même conduire à espérer, que par une raison non déterminée, ils ne soient plus en situation d’interférer dans une histoire politique ivoirienne dont ils peuvent avoir toutes les raisons du monde de les en rendre seuls responsables. Procédant ainsi, ils espèrent qu’ils emporteraient avec eux le problème de la Côte d’Ivoire en devenant inactifs. Erreur et mirage, pourrait-on rétorquer. Car, un problème ne se constitue guère en les hommes-acteurs, ni en leurs productions-réponses à ce qu’ils pensent résoudre en agissant ainsi, même quand leurs productions sont toxiques.

C’est pourquoi, il faut l’affirmer ici : ni Alassane Ouattara, ni Konan Bédié, ni Laurent Gbagbo, ni Guillaune Soro, ni quelque autre ivoirien ne constitue la difficulté à laquelle les ivoiriens doivent collectivement faire face. Certes, en raison de leur position historique, des choix qu’ils ont faits ou pas et de leurs actes, il y a sans aucun doute de justes raisons de vouloir leur faire endosser la plus grande part de la responsabilité collective, à laquelle aucun ivoirien n’échappe. En effet, chaque ivoirien est responsable de vouloir faire de son problème le problème de tous, des réponses particulières à son problème particulier tel qu’il se le pose, les réponses générales au problème commun non défini ensemble. Les problèmes particuliers ainsi définis et les réponses particulières mises en œuvre pour les traiter, n’ont pour effet non seulement que d’alimenter le problème commun mais également de le masquer. Tel ivoirien tente de résoudre son problème particulier à travers telle réponse particulière de sa part. C’est dans l’ordre des choses quand chaque ivoirien choisit telle option et agit de telle manière, en référence au problème tel qu’il se pose à lui. De son côté, tel leader politique pense en toute sincérité résoudre le problème commun de la Côte d’Ivoire. Si, à travers ses réponses particulières cependant, il traite le problème particulier qu’il a identifié et qu’il vêtit en habits communs, alors il n’est pas plus ni moins qu’un ivoirien ordinaire. C’est bien là la première difficulté : être un ivoirien ordinaire ou un ivoirien responsable politique. Si le premier peut définir seul son problème, le second ne peut le faire seul, s’agissant du problème commun de tous les ivoiriens, ni même avec ses seuls supporters, au risque de convertir son/leur problème identifié en problème commun. Quand tel est le cas, la violence ne peut qu’accompagner l’existence d’une telle communauté sociale et politique nationale, ainsi que chacun de ses membres.

Sens et non sens de l’argument fondant l’engagement, le choix et le soutien des ivoiriens. 

Les ivoiriens attendent impatiemment les élections de 2020. Certains d’entre eux espèrent le statu quo, quand d’autres aspirent au changement. Ils se disputent déjà à propos de la meilleure qualité des candidats qu’ils soutiennent. On se demande quelle importance peuvent avoir les qualités à propos desquelles ils se disputent et à quoi elles serviront. En effet, que valent, d’une part, des qualités mal fondées, contestées et non reconnues. D’autre part, que valent-elles  quand, des élections présidentielles, comme une compétition, n’offrent pas toujours à choisir entre des meilleurs, les candidats ayant les meilleures qualités ? Compte tenue de ce qui précède, il semble que les ivoiriens n’ont pas d’autres alternatives qu’une compétition qui opposera des candidats qui ne sont pas les meilleurs possibles.

Des élections présidentielles, comme une compétition, n’offrent pas toujours à choisir entre des meilleurs.

Des élections présidentielles, ce sont des compétitions dans lesquelles ne sont pas nécessairement engagés les candidats que les ivoiriens désireraient et pour faire court, des hommes providentiels que des ivoiriens pourraient à tort espérer. Comme telles, elles aboutissent nécessairement à un vainqueur ; celui qu’une majorité d’ivoiriens aura choisi par la combinaison de leurs préférences. Ce peut être le moins apte à résoudre leurs innombrables difficultés. Il peut aussi être celui bénéficiant d’un à priori favorable. Même si leur choix est légitime de droit, il se peut cependant qu’il se retourne contre leurs intérêts communs les plus existentiels. C’est pourquoi, c’est à cela qu’ils doivent réfléchir dès à présent. Beaucoup de matières peuvent d’ores et déjà alimenter leurs réflexions, au delà même des programmes de gouvernement qu’ils espèrent que les candidats leur exposeront et en débattront. Par exemple, quasiment trois décennies de félonies leur ont permis d’approcher plus que jamais la personnalité des éventuels candidats qui se présenteront. Lequel présente-t-il plus d’aptitudes à ne pas aggraver la fracture béante entre communautés ivoiriennes qu’aucun gouvernant n’a su colmater jusqu’à présent et à manifester plus de volonté et de détermination à la réduire ? Ce dernier peut-il être de ceux des ivoiriens qui se sont fait la guerre ou de ceux qui on développé ou contribué aux situations d’injustice qui ont démembré le pays ?

Par ailleurs, les ivoiriens ont vécu l’expérience de gouvernance des trois principaux partis politiques. On nous rétorquera à l’avance que ces trente dernières années, tous n’ont pu gouverner sereinement. Le principal acteur qui a rendu ces gouvernances impossibles se gargarise d’avoir réussi là où ses prédécesseurs ont été incapables de maîtriser son désir. Certes. Au congrès du RHDP_unifié du 26 janvier 2019, ne déclare-t-il pas et je cite : “Depuis la mort d’Houphouët, le pays pas eu de tranquillité jusqu’à ce que je vienne au pouvoir en 2011″.” (2) Il a sans doute quelques raisons de fanfaronner. Car, quand on est parvenu à vaincre tous ses adversaires politiques, par la violence il faut le préciser, à faire d’eux des alliés de circonstance pour mieux les assommer, que l’on est parvenu à leur faire accepter une gouvernance tranquille alors qu’on a pourri la leur ainsi que l’existence des ivoiriens, il y a de quoi démontrer la manifestation de la vanité. Hisser son œuvre politique au niveau de celle de Félix Houphouët-Boigny relève d’une forme de cécité intellectuelle. Laissons les ivoiriens apprécier : ils ont le choix entre une existence violente et lui confier le pouvoir jusqu’à ce le croque-mort l’emporte en échange d’une existence tranquille. Cependant et même s’il confond la paix armée et la cohésion d’un peuple, cela constitue-t-il un argument que d’évoquer l’incapacité de gouvernants à ne pas pouvoir dissiper, autrement que par la violence, les situations de crise dans lesquelles leurs mandats sont intervenus ? Quand à la grande alliance politique qui a gouverné le pays cette dernière décennie (le RHDP), plutôt dans le calme temporaire des cœurs et des armes, a-t-elle fait démonstration d’une grande volonté et d’une sérieuse détermination à rassembler les ivoiriens regroupés autour de leurs îlots communautaires ?

Quand on observe le désordre et le recul partout de la règle générale et enfin les engagements financiers somptuaires dans des projets à faible utilité et bénéfice pour les ivoiriens, on ne peut pas raisonnablement souhaiter la continuité de telles œuvres politiques. Quand de surcroît, on en vient à se rendre compte qu’une telle alliance ne servait finalement que l’intérêt des partis engagés jusqu’à leur désaccord récent qui l’a faite exploser, on ne peut qu’avoir des doutes sur quelques nouvelles alliances dont ont manquerait d’exposer la raison d’être au ivoiriens. Le RHDP devait réaliser le progrès (politique, économique et social) et servir la paix. Les ivoiriens ne sont pas dupes ; en huit années, ils n’ont eu ni l’un, ni l’autre puisqu’ils sont revenus au plan politique à la situation de 1993, à la nuance près de l’ère des alliances visant l’hégémonie et la gouvernance durable et sans partage du pays et si possible, sans alternances politiques. Ainsi, quand on n’a pas à choisir entre des meilleurs ou ceux qui ont démontré leur utilité collective, sur lesquels porter sa confiance, qu’est-ce qui doit déterminer les choix des ivoiriens ?

Non sens de l’argument qui détermine les choix des ivoiriens

Approcher la vérité ne consiste pas à qualifier en opposant ce que l’on disqualifie ; ce n’est pas affirmer la vérité. Car, est-ce dire la vérité que de justifier l’injustifiable en opposant un autre injustifiable ? Dans leurs oppositions au sujet de la meilleure qualité et de la légitimité du candidat qu’ils supportent, les ivoiriens tentent régulièrement de justifier leurs préférences des personnalités politiques qu’ils ont choisies de soutenir. Un procédé revient régulièrement. Il consiste à affirmer et à démontrer que la personnalité qu’ils supportent est leur meilleur choix de gouvernant pour la Côte d’Ivoire. Ils argumentent en opposant le fait que les autres, soutenus par d’autres ivoiriens ne le sont pas. Un peu court non comme démonstration ? Car, l’argument consiste à qualifier la personnalité supportée ou soutenue en opposant le fait qu’ils disqualifient d’autres personnalités concurrentes. Ainsi, observer que telle ou telle personnalité a contribué aux torts causés à la Côte d’Ivoire leur suffit pour faire de leur préférence le gouvernant qu’il faut aux ivoiriens. Un tel procédé est pour le moins spécieux et sans fondement. Car, leur candidat préféré n’a pas plus d’aptitudes à gouverner la Côte d’Ivoire, parce que d’autres en disposeraient moins que lui ou même en disposeraient autant que lui. Par conséquent démontrer ce que leur candidat possède comme qualité, en sur l’une base de l’affirmation de ce que les autres ne possèdent pas, c’est considérer que dès lors que ces derniers sont dépourvue de la qualité recherchée, alors leur candidat le possède. Par quelle raison cela est-il possible ? Le lièvre court-il plus vite parce que la tortue court moins vite ? Un tel raisonnement ne consiste-t-il pas en une mystification de l’esprit ?

C’est la raison pour laquelle le fait que telle ou telle personnalité politique a été actrice, même de premier plan, dans le drame ivoirien ne saurait qualifier telle autre et encore moins davantage que la première. Par ailleurs, tous les ivoiriens n’ont pas exercé de responsabilité au cœur de l’État cours de cette période dramatique. Ils n’ont donc pas pu ordonner des actes au détriment de la Côte d’Ivoire et des ivoiriens. Ils n’ont pas pu les organiser, ni les exécuter. Certes. Mais cela fait-il de tous ivoiriens hors du pouvoir, des personnes qui n’aient pas été actrices du drame, de près ou de loin ? Si les ivoiriens font preuve d’honnêteté envers eux-mêmes – puisqu’ils se doivent la vérité – ils ne peuvent exclure la contribution de chaque ivoirien à ce drame. Tous ont participé, soit à travers leurs postures agressives ou leurs paroles venimeuses, soit à travers leur soutiens apportés aux acteurs en première ligne, soit en applaudissant tels ou tels actes. Même les ivoiriens prétendant être neutres ne confèrent-t-ils pas son sens à leur statut qu’en masquant leurs pensées profondes. Dans ces conditions, existe-t-il véritablement un seul ivoirien qui soit plus légitime qu’un autre pour pointer tel ou tel acteur, fusse-t-il responsable, gouvernant, acteur du drame, quand il a été lui-même acteur, impuissant peut-être à modifier le cours des choses, mais acteur quand même ? Que dire alors de ceux qui, en contestant tel ou tel acte, n’ont pas agi en conséquence, ayant choisi et préféré accompagner ou être simples témoins de leur commission, en considération de leurs intérêts propres ?

Ainsi, cette procédure consistant à démontrer la meilleure qualité et légitimité de la personnalité politique supportée en mystifiant, semble constituer un hors piste collectif. Il vient, en conséquence, que le fondement de l’aptitude de telle ou telle personnalité politique à pouvoir conduire le pays, mieux que telles autres et mieux que cela n’a été fait ces trois dernières décennies, ne peut résider en la simple opposition de leurs actes passés non démonstratifs, de la part des uns comme de celle des autres. Au mépris de la raison, en affirmant leur aptitude à travers l’opposition de l’absence de démonstration de leurs aptitudes passées, cela revient à affirmer par exemple qu’en tant que gouvernants, telles personnalités politiques seront plus utiles à tous que celles qui leur sont opposées parce que ces dernières ont été des gouvernants aussi peu utiles qu’eux ou le seront au regard de leurs actes passés. Est-ce ainsi que le choix des ivoiriens doit être fondé ? C’est de la pure folie collective.

Conclusion : quête de sens des choix des ivoiriens.

Sans doute, importe-t-il aux ivoiriens de rechercher d’autres fondements à l’aptitude de telle ou telle personnalité à mieux les gouverner et à défaut, à leur préférences et choix. De ce point de vue et dans la mesure où ce qui est en jeu est leur avenir et non leur passé, c’est peut-être le lieu pour rechercher les fondements de leurs choix. D’autant que, puisqu’aucune personnalité actuelle n’est qualifiable en raison de ce qu’elle a démontré dans le passé récent, qu’il n’en existe aucune connue qui puisse bénéficier de leur confiance, fondée sur le pari du doute, les ivoiriens ne disposent d’aucun autre choix que d’interroger et d’entendre les candidats s’agissant de leurs intentions, de ce qu’ils compte faire de leur avenir. Cet unique voie suppose qu’ils admettent que les hommes ne sont pas uniquement qu’à travers leurs actes à tel moment de l’existence, mais qu’ils peuvent en produire tels autres à tels autres moments. Ainsi, peut-être leurs projets concernant leurs objectifs prioritaires communs peuvent leur permettre d’identifier des personnalités auxquelles ils peuvent créditer un choix par défaut, mais raisonné, à défaut de pouvoir leur donner leur confiance sur la base de leurs démonstrations passées. Sans doute que des sujets d’appui doivent mener à l’essentiel commun : quel est le candidat qui assurera davantage de cohésion sociale que ne peuvent le faire tous les autres, ainsi que tous les précédents qui ont davantage été préoccupés par la seule détention/conservation du pouvoir, les uns, pour échapper à la justice par rapport à leurs forfaits éventuels passés, les autres pour en profiter ou satisfaire leur égo blessé ou leurs désirs de magnanimité ? Nous évoquerons dans un prochain article quelques sujets qu’ils peuvent considérer comme prioritaires et sur lesquels devrait porter leur interrogation des candidats. Les ivoiriens ne peuvent éviter d’être les arbitres de compétions présidentielles qui mettront aux prises, non pas les meilleurs candidats possibles, mais ceux que l’histoire de ces trois dernières décennies qu’ils ont co-produite leur propose. Et dans la mesure où ils ne peuvent les éviter, il leur reste à mettre de côté le passé de ces candidats qui les condamne au rejet sur la coordonnée confiance de leurs choix pour rechercher un choix, par défaut de confiance, mais néanmoins raisonné principalement.

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(1) A. Hampâté Bâ, cité par B.G. Zanklan d’après : “L’éclatement de la fédération du Mali : En réponse à Me Boubacar Gueye, Hampaté Bâ rectifie et précise ses souvenirs”, L’Arbre à palabres n°18 janvier 2006, Revue Le sens de l’histoire

(2) Alassane Ouattara, cité par Roxanne Ouattara : “congrès du RHDP : Depuis la mort d’Houphouët, le pays n’a pas eu de tranquillité jusqu’à ce que je vienne au pouvoir”, Article du quotidien Ivoire Soir – 26 janvier 2019 https://www.ivoiresoir.net/alassane-ouattara-au-congres-du-rhdp-depuis-la-mort-dhouphouet-le-pays-na-pas-eu-de-tranquillite-jusqua-ce-que-je-vienne-au-pouvoir/

BONNE ANNEE 2019 !

Toi le visiteur de cet espace et lecteur, qui a eu un intérêt pour les pérégrinations de mon esprit, je te salue et te souhaite le meilleur.

MERCI A LA VIE.

Nous voilà en 2019, espérant tous mieux qu’en 2018. Lucides sur le fait que les meilleures intentions pavent souvent le chemin des pires folies, puisse nous faire preuve de mesure en toutes circonstances pour tenter de réaliser ce que nous espérons et attendons.

GNG

COTE D’IVOIRE 2020 (3/4) : Des hommes d’État peuvent-ils accepter de faire perdre la Côte d’Ivoire pour le gain d’une partie des ivoiriens ?

Des élections présidentielles interviendront en Côte d’Ivoire en 2020. Enfin, sauf rebondissement de dernière minute, ce sera le cas. Des alliances interviendront entre partis, puisqu’à l’avenir et pour un certain temps, gouverner ce pas l’exige. Dans l’article précédent, nous avons examiné les scenarii de la bataille de que nombre d’ivoiriens ont engagée en vue de la détention du pouvoir ou pour y participer. Chacun sait en Côte d’Ivoire que quel que sera le détenteur, rien n’aura été résolu. Parce que les idées du devenir commun des ivoiriens sont absentes de la bataille. C’est pourquoi, les ivoiriens ne se font aucune illusion ni sur son issue ni sur ce qu’elles leur procureront collectivement. Devant ces circonstances non acceptables, on ne peut que refuser que des ivoiriens aient sans doute leurs intérêts particuliers satisfaits par les manœuvres en cours (quelque soit in fine le détenteur du pouvoir), quand dans le même mouvement la Côte d’Ivoire et les ivoiriens perdent collectivement, comme depuis 1993.

Dans cette analyse, on se pose la question de savoir ce qu’ils retirent collectivement de la politique menée en Côte d’Ivoire depuis 1993. Que gagnent-ils d’alliances bidons ? Que leur procurent les batailles politiciennes conduisant parfois à la violence, pour lesquelles la plupart des ivoiriens sont pourtant rangés (en rangs serrés selon leur appartenance communautaire) derrière le parti de leur préférence ? Que leur apporte la politique dépourvue de débats d’idées de progrès des modalités de leur coexistence ? Plutôt que multiplier les questions se rapportant au même souci, résumons par cette dernière : dans ce qui s’apparente à des manœuvres politiciennes, la Côte d’Ivoire et les ivoiriens ont-ils quelque chose à espérer de batailles n’ayant pour unique finalité que de déterminer l’identité du détenteur du pouvoir ? Bref, examinons le sens de la politique à laquelle les ivoiriens contribuent néanmoins depuis 1993, sans espoir d’en sortir.

La finalité nuisible de la politique menée depuis 1993

Il semble que chaque ivoirien fait de la politique au niveau où il le peut pour la finalité de la détention, la conservation du pouvoir ou la participation à son exercice. Et, même quand des ivoiriens se plaignent de ne rien retirer de leurs efforts pour cette détention en supportant tel ou tel détenteur, ils continuent d’agir politiquement de la même manière, comme si détenir le pouvoir (ou avoir ce sentiment) était plus important que la réalité de leurs conditions réelles d’existence résultant d’une détention qu’ils ont contribué à faire être. Il faut croire que paraître prime sur être et exister.

  • L’enjeu de la détention du pouvoir ou du sentiment de le détenir

Ainsi, entrainés par des leaders et partis politiques, des ivoiriens s’affrontent pour établir l’identité du détenteur du pouvoir d’État en 2020. Ils procèdent ainsi chaque cinq ans depuis 1993, sans débattre de la finalité collective du pouvoir à détenir et à exercer. Parce sans doute la question ne se pose pas à eux ; ils semble parfaitement discerner la fin qui justifie qu’ils se battent pour la victoire de tel ou tel détenteur, qu’ils supportent en raison d’être le mieux placé de leur point de vue pour la réaliser. S’ils se battent violemment souvent, c’est précisément parce que leurs productions visent une fin particulière qui les oppose nécessairement. Or cette manière de procéder conduit aux circonstances certes variables de leur coexistence, mais dont ils ne seront pas nombreux à contredire le caractère précaire depuis 1993. Aussi, une question peut être posée : les ivoiriens sont-ils à la fois victimes de leurs leaders et partis politiques et bourreaux d’eux-mêmes, pour reprendre les termes de Guy Corneau ? (1) Acteurs, même actifs ou spectateurs passifs, ils sont dans leur grande majorité friands de ces basses manœuvres politiques, dont nous avons précédemment esquissé des scenarii. Personne ne contredira que la bataille est engagée. Pourtant, à bien y regarder de près, les élections présidentielles de 2020 ne constituent que l’étape d’un jeu politique mortifère, digne d’un jeu tripartite de drames qui dure depuis la longue agonie puis la mort de Félix Houphouët-Boigny, bien que nombreux sont ceux d’entre eux qui en attendent un dénouement heureux. S’agissant de cette échéance, ils retiennent même leur souffle, tant ils savent que cette bataille qui les ramène aux circonstances comparables à celles de 2010 peut les conduire à l’usage de la violence. On ne peut que regretter que peu parmi eux se posent des questions autres que celle de savoir ce que le dénouement de la partie engagée par le RDR et le PDCI leur réserve. Encore qu’il n’échappe à personne, que le Président Alassane Ouattara a renforcé le FPI-ch à dessein, que Laurent Gbagbo pourrait retrouver sa liberté et faire du FPI un prétendant sérieux à la quête de la détention du pouvoir, plutôt qu’un composant d’alliances éventuelles. Dans l’hypothèse de son retour, les ivoiriens seraient alors ramenés à la situation irrésolue de 2010, dont l’irrésolution a été masquée par le RHDP dans des cérémonies de réconciliation d’ivoiriens au demeurant non conciliés. Est-ce ainsi que les ivoiriens entendent relever et élever la dignité de la Côte d’Ivoire et empêcher que certains de leurs frères et sœurs, enfants et petits enfants alimentent le vaste cimetière méditerranéen entre l’Afrique et l’Europe ?

En revanche, nombreux sont sans doute ceux des ivoiriens qui ont leurs préférences. Il fait même peu de doute qu’ils supportent tel ou tel parti ou leader et espèrent sa victoire, la leur bien entendu, sur la seule base qu’ils pensent qu’il est celui à même de satisfaire la fin particulière attendue : sa détention du pouvoir. En attendant, ils sont suspendus à ce que vont décider, d’une part, Simone et Laurent Gbagbo, depuis sa prison ou peut-être bien revenu de la Haye  et le FPI-ch, (tenu en leur absence bongré/ malgré  par Aboudramane Sangaré) et d’autre part, Soro Guillaume, en tant que les facteurs déterminants de ce qui se joue. Il est évident à notre esprit que les manœuvres, qui se déploient sous nos yeux, intéressent tant d’ivoiriens qu’il est difficile de leur contester cet intérêt. Ne sont-ils pas habitués et souvent invités à prendre partie, sur un fondement psychologique, avant de juger ? Pendant qu’ils sont plusieurs à compter les coups, les attaques fatales et les ripostes finales  et à les commenter, ainsi qu’à à applaudir le parti ou les leaders de leurs préférences, il semble qu’ils sont peu nombreux à se poser des questions paraissant essentielles. Sans dessein collectif, d’aucun parti, qu’est-ce que cela changera-t-il véritablement à leur existence et coexistence que le PDCI-RDA veuille arracher le pouvoir au RDR et qu’il parvienne ou échoue à le faire ?  Qu‘est-ce que le fait que RDR conserve le pouvoir peut-il changer à leur vie et à leur coexistence ? Bien qu’humainement cela ait un sens pour eux, ainsi que politiquement pour leur parti, qu’est-ce que la Côte d’Ivoire gagnerait-elle dans un échange politique “liberté de Simone & Laurent Gbagbo contre conservation du pouvoir par le RDR” ou encore dans un échange “liberté de Laurent Gbagbo contre conquête du pouvoir par le PDCI-RDA” ?

  • L’absence d’idées du devenir commun des ivoiriens

L’enjeu des ivoiriens est-il de savoir quel parti ou quel candidat supporter dans cette bataille pour la conquête du pouvoir, que de savoir ce que chacun des partis ou leader propose pour le pays et leur coexistence ? Est-il de savoir que les membres et sympathisants pensent à peu près la même chose au sein des partis plutôt que de savoir si des partis s’allient autour d’une idée de progrès qu’ils ont de la Côte d’Ivoire ? Des alliés ayant des idées communes et susceptibles d’unir véritablement les ivoiriens et de faire avancer le pays (et justifiant leur alliance) peuvent-ils être diviséelles diviser de tels alliés ? Si la seule idée que la plupart des ivoiriens partagent, à savoir celle de détenir, de conserver le pouvoir ou d’y participer, est précisément celle qui les divise, n’est-ce pas là, la preuve que toutes les stratégies en développement que nous avons évoquées précédemment, sont conséquemment des stratégies de division ? Parfois, on a le sentiment que des leaders pensent ainsi : “nous sommes ensemble, vous êtes nos frères, nos alliés… tant que nous détenons le pouvoir et que vous nous laissez assurer le leadership de la gouvernance. Ou encore, “nous pouvons êtres magnanime si nous avons besoin de vous pour conquérir, exercer ou pour conserver le pouvoir ; la bataille, si vous osez vouloir toucher au pouvoir ou refuser de nous laisser gouverner…. etc… “. N’est-ce pas là, en substance et exprimé simplement, le jeu de drames, sans aucune idée de progrès collectifs, auquel chacun ivoirien participe, qu’il soit spectateur ou supporter actif ou passif, mais tout de même acteur ? Est-ce là un jeu qui conduit à réaliser l’intérêt collectif des ivoiriens ? D’ailleurs, quel est-il ? Y en a-t-il un sur lequel ils sont d’accord et qui justifie que des partis aspirant à le réaliser s’affrontent pour détenir et exercer le pouvoir permettant de le faire ?

Lequel des ivoiriens peut affirmer qu’un taux de croissance économique, certes important, même exprimé en dizaine suffit à modifier durablement les conditions de coexistence des ivoiriens ? Qui peut penser que huit années de pouvoir RDR, garanti par le RHDP, a véritablement changé ou modifié les fondements sur lesquels repose le pays au moins ces 25 dernières années, quand il a suffi que deux partis alliés ne soient plus d’accord pour lever le voile sur ce qui n’a pas été résolu : la volonté incompressible de détenir le pouvoir des principaux leaders et partis politiques, de leurs membres et sympathisants ou supporter ? La suspicion et la méfiance mutuelles sont ce qui caractérisent les circonstances actuelles de coexistence des ivoiriens, malgré la paix sans démocratie que le RHDP a jusque-là réalisée depuis 2010. Car, en masquant le problème de la Côte d’Ivoire aux ivoiriens, cette alliance a certes ramené un peu de calme dans le pays. Mais les ivoiriens cheminent-ils et progressent-ils ensemble pour autant en direction d’un cap commun en raison de ne plus s’affronter violemment depuis 2010 ? C’est pourquoi, on est en droit de poser une question aux partis politiques ivoiriens : quelle est leur vision politique pour la Côte d’Ivoire, au delà de la finalité de vouloir détenir ou conserver le pouvoir d’État et de vouloir l’exercer ou y participer ?

Une signification nuisible conférée au pouvoir d’Etat.

Au regard du désir de détenir le pouvoir, on se demande si au delà, quelque leader et son parti politique ont-ils une vision de la Côte d’Ivoire. Cette dernière a-t-elle au moins la caractéristique d’ivoiriens rassemblés et menant une économie collective du progrès (de la réduction de leurs difficultés de vivre) ? Et le pouvoir qu’ils tiennent tant à détenir, quelle signification lui confèrent-t-ils par rapport à cette vision, au point de considérer que leur éloignement temporaire de lui est inenvisageable ?

  • Des manœuvres qui trahissent la conception du pouvoir

Existe-t-il une vision de la Côte d’Ivoire à réaliser à travers le pouvoir détenu en s’alliant aux uns pour écarter les autres, puis en s’alliant aux autres pour écarter les uns, hier alliés, aujourd’hui devenus adversaires encombrants, risquant de finir en ennemis ? Un tel pouvoir est-il apte à rassembler les Ivoriens, quand son existence doit à leur division ? Existe-t-il alors une vision de la Côte d’Ivoire dans laquelle les ivoiriens sont unis qui puisse être réalisée par un pouvoir dont l’existence repose sur leur désunion ? L’agonisante alliance RHDP pensait cela possible et réalisable. Les faits montrent que tout cela n’était que mirage. Le PDCI-RDA a marqué sa volonté de sortir de sa position de parti d’appoint au sein de l’alliance pour conquérir le pouvoir.  Cela ne démontre-t-il pas que cette alliance ne disposait d’aucun cap commun et/ou que la réalisation de cette vision commune par son allié ne lui convenait pas. Autrement, pourquoi met-il un terme à l’alliance ? Sa conception du pouvoir est-elle incompatible avec la situation dans laquelle il n’assure pas le leadership de son exercice ? Bref, sa décision a heurté son allié au sein du RHDP. Ce n’est pas trop tôt diront certains sympathisants PDCistes. Il est par conséquent sans doute mis en échec temporaire par le RDR et son leader réel.  Ce parti a perdu toute crédibilité et légitimité quand il pointe les excès d’un pouvoir dont il était jusqu’à hier la caution et la garantie au sein du RHDP. Comment peut-il penser que des ivoiriens conséquents aient confiance en lui, quand il ne constate des déviances du pouvoir par rapport à la loi que lorsqu’il ne co-gouverne plus avec son allié d’hier, pour avoir osé être à nouveau libre ?

Le Président Alassane Ouattara a riposté de manière sans doute attendue pour quiconque suit la politique ivoirienne depuis 1993 ; il a gracié Simone Gbagbo pour renforcer le FPI-ch et faire de lui un acteur décisif du jeu et peut-être un potentiel nouvel allié. Contrairement à Laurent Gbagbo, elle a sans doute été gardée à portée de mains du pouvoir, alors que sous le coup également de poursuites pour crime contre l’humanité. La contre-attaque foudroyante, sans doute anticipée, à la tentative d’un allié dont il n’ignorait guère la volonté de détenir le pouvoir à sa place explique probablement ce traitement singulier par rapport aux pensionnaires de la CPI. Il savait, connaissant la saveur et peut-être l’ivresse du pouvoir, que tôt ou tard, son allié devait refuser sa condition de béquille politique. Voilà le jeu depuis 2010. Le pays est suspendu à ce que Simone et Laurent Gbagbo et le FPI-ch vont décider qui permettra peut-être au RDR de faire Mat, comme aux échecs, en fonction du choix de Soro Guillaume. Une cérémonie somptuaire attend peut-être les ivoiriens. Il y sera sans doute question de réconciliation, enfin avec ceux avec lesquels on était prêt à se supprimer mutuellement la vie et qui jusque-là ne participaient pas à la paix de retour.  Cette cérémonie permettra sans doute, si tel était le cas, de désarmer psychologiquement ceux qui continuent encore de frapper dans leurs poitrines comme hier, tels de gorilles de montagnes en Ouganda. Il n’y a pas si longtemps, ils étaient aussi convaincus que les circonstances depuis 2005 d’alliance entre le RDR et le PDCI étaient impossibles, comme ils jurent encore qu’un rapprochement RDR/FPI-ch est impossible. En y évoquant la tradition africaine qui veut que même celui qui a tué vos parents doit être pardonné, la conviction de ceux qui ne jugent que sur le seul fondement psychologique sera atténuée, sinon vaincue et leur obéissance à la tradition sera sans doute obtenue. Le tour sera alors peut-être joué, sauf autre dénouement. Pathétique et funeste politique ivoirienne !

  • Accord sur la signification particulière du pouvoir

Nombre d’ivoiriens continuent de penser que leurs intérêts particuliers trouvent leur satisfaction dans la victoire électorale du leader ou du parti qu’ils supportent, en clair dans sa détention et exercice du pouvoir. Ils ont sans aucun doute raison. Mais, cela n’est vrai qu’à la seule échelle de leur personne et de leur groupe d’intérêts. Car, ni leur raison particulière n’est la raison collective ; ni leurs intérêts particuliers ne sont les intérêts collectifs. Dans ces conditions, tenter de faire du moyen collectif (le pouvoir D’État) leur moyen privé, au point que le parti ou leader qu’ils supportent doit absolument le détenir pour voir leurs intérêts particuliers satisfaits ne peut que heurter violemment d’autres ivoiriens. Pensant pareillement à eux, la réalisation des leurs ne transite cependant pas par le même canal (leader ou parti). Comment peuvent-ils alors concilier leurs intérêts, aussi particuliers ceux des uns comme ceux des autres ? Tant qu’à telle ou telle identité du détenteur du pouvoir semble correspondre une possibilité de satisfaction de tels ou tels intérêts particuliers, peut-il y avoir la possibilité d’une coexistence apaisée et d’une économie des progrès collectifs ? Quand la signification générale du pouvoir importe peu au profit de l’identité de son détenteur, y a-t-il de la place pour débattre à son sujet ? Ainsi, il semble qu’ils sont nombreux à être intéressés par des significations particulières, en occurrence celle attribuée au pouvoir. Concernant ce dernier, tout se passe comme s’il convenait absolument de détenir, comme pour ne pas souffrir de la signification qu’on lui confère : le moyen de satisfaire des intérêts particuliers, individuels ou de groupes semble constituer son sens. La signification particulière attribuée au pouvoir d’Etat ne nécessite aucun effort de leur part de mise en commun de son sens et de sa compréhension, dans la mesure où elle ne constitue pas un objet d’opposition. L’observation renvoient le fait le fait de la plupart des ivoiriens semblent accordés sur cette signification particulière, si bien qu’elle n’est pas ce qui les oppose. C’est donc les effets de mise en œuvre du pouvoir ainsi signifié qui les éloignent les uns des autres.

C’est sans nul doute pourquoi de nombreux autres ivoiriens regrettent qu’au cours de ces 25 dernières années des partis n’aient d’autres idées pour le pays que celle de détenir le pouvoir ainsi signifié, de le conserver ou d’y parvenir. On ne peut par conséquent pas douter de leur conséquence à considérer qu’un parti hors du pouvoir constitue un progrès dans le cadre du processus démocratique normal. A condition qu’un tel parti consacre son énergie, non pas prioritairement à œuvrer pour le détenir, comme une fin en soi, mais au contraire à penser et à développer ses idées pour une Côte d’Ivoire menant une économie collective de progrès communs. Dans une telle Côte d’Ivoire, plus aucun parti politique et ses membres et sympathisants ne craignent ni n’appréhendent de ne pas détenir le pouvoir. De ce point de vue, le FPI-ch, comme d’autres avant lui, a donné l’exemple de l’archétype du parti politique ivoirien, concevant le pouvoir dans son sens particulier. Loin d’être une victime, ce parti autant que les autres partis, a contribué à la situation socio-politique calamiteuse qui prévaut en Côte d’Ivoire depuis le décès de Félix Houphouët-Boigny le 7 décembre 1993. Eloigné du pouvoir dans des conditions que chacun sait, ce parti et ses sympathisants ont consacré l’essentiel de la quasi-décennie à leur seule cause : à prier, à invectiver le pouvoir et la communauté internationale pour la libération de leurs leaders emprisonnés. Ils ont procédé comme s’il arriva le pire pour eux, au point que la raison d’être de ce parti s’arrêta. Comme si la Côte d’Ivoire n’avait plus aucune importance, en tous cas, pas celle qui a justifié espérons-le de s’être constitué comme association politique. Car, quelle a été l’idée de ce parti visant à transformer sa cause de parti en cause collective, de sorte que l’enjeu n’était plus celui du seul parti FPI, mais un enjeu national. Dire cela ne signifie guère que l’emprisonnement des responsables d’un parti politique de premier plan n’avait pas en soi ce caractère, au moins pour “upgrader”, (comme ils disent les anglophones) l’unité nationale. Le propre d’un parti politique est précisément de réfléchir et d’argumenter la transformer d’intérêts particuliers en intérêts à caractère national ou collectif, et d’établir ainsi leur utilité collective. Autrement, il ne suffit pas de défendre des intérêts particuliers, de les asséner, de les revendiquer et d’invectiver pour en faire des intérêts collectifs. En hui années, des ivoiriens rassemblés n’ont pas partagé la cause du FPI, ni n’en ont fait cause commune. Pourquoi ? Sans doute, parce que ce parti n’a pas réfléchi à la question de savoir comment montrer à tous l’intérêt collectif de ce qui au départ est sa cause ainsi que celle de ses sympathisants. Cet exemple est significateur de la carence d’intérêt collectif dans les idées et les actes. Bref, cet exemple permet de montrer que tant que la détention du pouvoir divise les ivoiriens et non les idées de la Côte d’Ivoire, tant que ce sont les intérêts particuliers qui les opposent, il n’y a aucun sujet de débats, ni aucune solution que quelque parti politique puisse détenir.

Cela dit, il est impossible de transformer la détention du pouvoir par un parti donné en la détention par tous les partis sans une alliance de tous qui, aussitôt, ramène aussitôt le régime politique en celui d’un parti unique. L’unique manière de faire de la détention du pouvoir par quelque parti sa détention par tous consiste à un accord sur la signification générale conférée au pouvoir, pour être acceptée par tous, ainsi que sur ce que sa détention ou non détention requiert et implique. Parce qu’on ne peut faire d’un intérêt particulier un intérêt général qu’en argumentant le gain collectif lié. Parce que détenir, conserver ou participer au pouvoir, ne constituent guère des moyens suffisants en soi pour construire et améliorer constamment l’unité et la coexistence apaisée, sans les idées, sans l’argumentation constante pour convaincre de convertir des intérêts particuliers en intérêts collectifs. C’est là la mission des partis politiques et de tous ceux qui aspirent à éclairer le chemin des ivoiriens.

Les calculs et manœuvres évoqués dans l’article précédent visent à détenir le pouvoir, dans sa signification particulière ci-dessus rappelée. Parce qu’ils n’ont de finalité que cette dernière, ils convoquent la psychologie du plus grand nombre d’ivoiriens et leur sensibilité. A défaut d’être fondés sur des idées, ils manquent de faire appel à leur faculté de discernement de ce qui collectivement bon par rapport à ce qui est, certes particulièrement bon, mais nuisible pour leur coexistence. Le souvenir d’affrontements politiques faisant appel à leur esprit m’échappe. Et, on ne peut nullement considérer que les manœuvres politiciennes et les confrontations violentes qui peuvent les manifester, dont certaines se sont chevées par des drames constituent les manières d’imprégner leur esprit par des débats d’idées visant à établir le sens général commun des choses, comme celle du pouvoir d’État par exemple. C’est pourquoi, détenir le pouvoir comme un moyen privé continue d’avoir le sens particulier ci-dessus évoqué. Dès lors, on ne peut être étonné de constater qu’ils discernent et acceptent la finalité des petits calculs et petits meurtres entre amis et alliés devenus adversaires ou ennemis (selon les circonstances). Un important effort de penser n’est donc pas nécessaire pour aboutir au fait que “détenir le pouvoir”, (puisque, c’est la finalité des manœuvres et calculs), leur semble à l’esprit parfaitement clair. Quelle que soit leur préférence (du détenteur du pouvoir), ils en ont une signification sans doute partagée, c’est-à-dire semblable. En effet, ils comprennent tant ce que le pouvoir et sa détention signifient de la même manière, qu’ils réagissent tout autant de la même manière à sa non détention supposée. Cela dit, posséder la même signification d’une chose, comme le pouvoir qui nous occupe, en fait-il une signification générale ?

  • Absence de signification générale convenue du pouvoir

La signification générale d’une chose lui est attribuée par une communauté sociale donnée. Elle est celle sur laquelle ses membres s’accordent leur permettant d’en user comme un moyen de se relier les uns aux autres, de se comprendre ; bref, de coexister. S’agissant de la signification générale du conflit par exemple, les africains conviennent que cette modalité de coexistence est si délétère pour la coexistence elle-même qu’il convient de le bannir en tant qu’une modalité de leurs relations.  Ainsi, même pour un facteur sociotoxique comme le conflit, la signification générale convenue qui lui est donnée vise à renforcer la coexistence des membres de la communauté qui la détermine. Aucune signification générale n’échappe à cette finalité, si bien que la signification générale du pouvoir ne peut affecter la coexistence de ceux qui la lui attribuent, afin que la considérant de la même manière, elle soit source de cohésion sociale. C’est en cela qu’une signification du pouvoir d’État, même partagée par le plus grand nombre d’ivoiriens n’est pas commune, si elle ne rassemble pas les membres d’un tel espace ni ne renforce la cohésion de ce dernier. Une signification, comme celle du pouvoir évoquée précédemment, tend précisément à abolir la communauté ivoirienne en construction et résistant par conséquent peu à des significations particulières. C’est dans le même mouvement où elle confère au pouvoir la généralité de son sens qui ne peut être particulier, que la communauté se construit et se renforce. Une signification qui tend à abolir la communauté qui lui donne son sens, en étant sources de violences et de discorde ne peut être que particulière.

Ainsi, on ne peut pas énoncer que le pouvoir a telle signification générale (nécessairement de la part d’un espace donné de coexistence), si cette signification est en elle-même un facteur d’abolition de l’espace qui établit son sens et le caractère général de son sens. La signification que “détenir le pouvoir” a pour nombre d’ivoiriens, en tant que le moyen de réaliser leurs intérêts particuliers, qui semble constituer la finalité de toutes ces manœuvres qui les agitent tant ne peut être que particulière, même si elle est partagée par un grand nombre d’entre eux. Au regard des effets sur l’espace social ivoirien qui lui sont liés, personne ne peut affirmer qu’elle ait les traits d’une signification est générale. Ce qu’on peut en dire, en introduction à une analyse, est qu’elle est variable. La signification que nombre d’ivoiriens lui confèrent n’est-elle pas acceptée et récusée selon la distance qu’ils supposent les séparer du pouvoir ? Dans cette grande mesure, le pouvoir tel qu’ils le perçoivent, peut-il alors être doté d’une signification qualifiable de générale si elle n’est pas admise selon les circonstances politiques et l’identité du parti ou du responsable détenteur du pouvoir, leur référence pour déterminer leur position par rapport au pouvoir ? Une telle signification peut-elle l’être quand celui des ivoiriens qui suppose détenir le pouvoir ainsi signifié l’accepte et en fait sienne, pour aussitôt la refuser ou ne plus la reconnaître quand il ne le détient pas ? 

Même ceux des Ivoriens qui contesteront cette analyse admettront, qu’aucun ivoirien ne peut répondre tout seul néanmoins à la question de la nature de la signification du pouvoir. Ils admettront aussi d’énoncer tout de même que ce sens a quelque chose à avoir avec les intérêts des ivoiriens et le moyen de les réaliser. C’est pourquoi, ils parviennent à supporter tels ou tels partis, tels ou tels leaders en vue de contribuer à générer la situation possédant ce sens, afin qu’advenant et existant, elle les leur procure et les satisfasse. Or, précisément, les calculs et basses manœuvres visent à générer la situation consistant en “la détention et exercice du pouvoir” selon la signification particulière et limitée évoquée. Attribuer au pouvoir d’État la signification particulière de moyen privé ou de groupe communautaire, pour réaliser leurs intérêts particuliers, c’est exclure une partie des ivoiriens ; ceux qui ne détiennent pas le pouvoir ainsi défini, à défaut de supporter le leader détenteur et son parti. Il vient donc que, dans le sens restrictif que des ivoiriens semblent lui donner, “détenir et exercer le pouvoir” impliquent une exclusion de parties de l’espace social national. On comprend dès lors, conformément à cette signification étriquée que des ivoiriens semblent penser et être convaincus d’avoir le choix entre “détenir le pouvoir et être inclus” ou “ne pas le détenir et être exclus”. Ainsi, la signification particulière du pouvoir conduit au choix entre “être et ne pas être” ou si l’on veut contenter essentialistes et existentialistes, entre “être et exister et être et ne pas exister”. C’est sans doute pour résoudre le problème posé par cette signification que le conflit, qui n’est jamais une solution éloignée d’eux, jalonne tant leur coexistence depuis 1993. C’est aussi pourquoi des ivoiriens ont des raisons de s’inquiéter de la rupture de l’alliance RHDP qui entendait élargir l’espace détenteur du pouvoir ou, pour l’exprimer autrement, rapprocher la signification du pouvoir d’une signification certes élargie aux forceps de l’alliance à défaut d’être généralisée à travers le débat d’idées, mais qui de fait nie cependant la démocratie. Pourtant, certains de ceux d’entre eux qui se donnent pour mission d’éclairer les ivoiriens en vue de les faire progresser vers une signification générale du pouvoir continuent d’agir selon la conception conférant au pouvoir une signification étriquée et limité, donc particulière. Mais, même si les ivoiriens font avec elle, dans une circonstance historique où on ne les mène pas à dégager une signification générale, ils ne sont pas dupes ; ils se rendent compte de ce qui se joue à travers cette manière de faire de la politique, proche d’une tentative de mystification.

Les ivoiriens sont loin d’être des “ils voient rien”.

Ce n’est pas parce que les ivoiriens ne montrent pas leur indignation, ne se révoltent pas et n’agissent pas encore pour changer ce qu’ils savent qu’ils ne voient rien des manœuvres politiques mesquines qui ne les servent pas collectivement.

  • S’accorder oui, mais impossible de penser tous la même chose.

La politique ivoirienne donne à voir le fait que dans nombre de partis politiques, leurs membres et leurs sympathisants semblent penser la même chose et avoir la même idée du chemin historique à emprunter. Ce fait n’aurait constitué une difficulté pour les ivoiriens, si cette idée ne consistait pas à tenter de privatiser le pouvoir pour en faire un moyen privé de réaliser des intérêts particuliers. Le fait qu’eux-mêmes acceptent dans leur grande majorité, que ce qui heurte leur raison et leur moralité, constitue le plus grand risque qui pèse sur les possibilités d’un progrès politique et socio-économique collectif en Côte d’Ivoire. Parce qu’ils savent que les modalités de leur coexistence s’apparentent à une lutte permanente pour détenir le pouvoir au lieu de renforcer leur économie collective de réduction collective de leurs immenses difficultés de vivre. Et, à force qu’ils pensent majoritairement pouvoir ainsi, les partis politiques qu’ils constituent finissent par présenter de véritables reflets communautaires, dans lesquels les idées de progrès collectifs sont minorées au profit des intérêts particuliers et de l’identité ethnique des partis pour les réaliser. Au sein de partis, faits essentiellement de communautés d’intérêts sectaires ou de communautés ethniques ou encore de groupes communautaires, des membres et sympathisants ou ceux qui leur sont proches semblent alors ne plus rien penser du tout, autre que de détenir, de posséder le pouvoir ou d’y participer. De cette manière et sans s’en rendre compte, le pouvoir recherché est loin d’apparaître comme celui constitué par une communauté nationale, aspirant à le posséder comme leur bien. La communauté nationale elle-même ne semble plus exister finalement plus comme un ensemble unitaire (sauf dans de rares esprits), ayant mué en fragments communautaires ou en groupes sociaux d’intérêts particuliers.

Malgré ce tableau, l’espoir existe. Car, les ivoiriens ne sont pas dupes, ni les “ils voient rien” que les manœuvres politiciennes suggèrent peut-être qu’ils sont. Ils savent que peu de leaders et leurs partis, ainsi que leurs sympathisants acceptent, même de façon temporaire, de ne pas détenir, exercer ou participer au pouvoir. Ils n’ignorent pas non plus que toutes ces manœuvres visent l’unique finalité de détenir le pouvoir. Ils perçoivent les tentatives de privatisation du pouvoir au profit des communautés d’intérêts que ces partis servent, au point que le seul mérite des alliances est de les élargir. Hier, à travers le parti unique, le PDCI entendait faire du pouvoir, celui de toute la communauté nationale, mais sans débats d’idées pour promouvoir des pistes diverses de progrès collectifs. Depuis 1993, à travers le refus de la défaite électorale et les alliances circonstancielles défiant les réalités intérieures des ivoiriens (leur raison morale et leur psychologie), des partis alliés entendent s’approprier le pouvoir. La question centrale qui demeure et qui a jusque-là déterminé les manières de procéder est celle du périmètre de la communauté supposée détentrice du pouvoir ; c’est elle qui semble mobiliser les hommes et justifie et expliquer leurs actions politiques. Le président Alassane Ouattara lui-même l’éclaircit comme suit.

  • Le pouvoir et le périmètre de sa communauté d’intérêts

Un mois à peine après son élection en 2010, répondant à une question du magasine l’hebdomadaire français L’Express, relative à l’accès et aux nominations aux postes clés, le président lève le voile posé sur le périmètre de la population justifiant l’action politique ainsi : “Il s’agit d’un simple rattrapage. Sous Gbagbo, les communautés du Nord, soit 40 % de la population, étaient exclues des postes de responsabilité.”  (2) La déception de ceux des ivoiriens qui croyaient vraiment en une nouvelle conception de l’État a été importante. Ils auraient sans doute préféré pour notre pays que le Président répondît que les meilleures compétences pour les plus grands progrès communs des ivoiriens ont été nommées aux postes clés selon une procédure qui renforce l’État. Entendre le président Alassane Ouattara évoquer ce qu’il a lui-même qualifié de « rattrapage [à base ethnique]» a ramené les ivoiriens précisément à ce qu’il a reproché aux autres leaders qui l’ont précédé. Après le “balayeur”, voici “le rattrapeur” d’injustices ou le “redresseur” de torts. Car, cela ne revient-il pas, en un certain sens, au fait que comme ceux qui l’ont précédé et qu’il accuse, à se comporter et à agir politiquement et exactement comme le leader d’une communauté au lieu d’être le Chef d’un État « moderne » ? Dès cet instant, tout se passe jusque-là comme s’il était un redresseur de torts à l’endroit d’une partie meurtrie de communauté nationale par d’autres et leurs leaders, comme s’il refaisait l’histoire au lieu d’avancer. Il a procédé comme ce qu’il récusait, entre autre, au plus fort de sa longue bataille pour prendre le pouvoir. Si on peut sans nul doute convenir avec lui que la période de « l’ ivoirité » a été un recul pour notre pays, en revanche il n’a livré aucun souvenir de constat d’un tort aussi fort concernant les trente trois ans de la longue gouvernance d’Houphouët-Boigny que celui reproché à Laurent Gbagbo et à son parti. Or, si la période de la gouvernance de Laurent Gbagbo lui est précisément opposée pour justifier ce qu’il qualifie lu-même de « rattrapage », d’autres régions, villes ou village du pays, bref, d’autres catégories communautaires, il arriva que quelque région, ville, village ou ivoirien pourrait en dire autant, non seulement de la gouvernance de Houphouët-Boigny, mais également de la sienne. Ce qui, et nous pouvons en convenir, ne mettrait jamais un terme aux drames et aux hors pistes de l’histoire des ivoiriens, dans la mesure où aucun pouvoir qu’il soit ne peut satisfaire tous les intérêts particuliers, régionaux, citadins, villageois, communautaires. Jusque-là, il n’a pas éclairé les ivoiriens sur ce point, ni ne leur a précisé si le “rattrapage” se référait à la seule période de gouvernance de Laurent Gbagbo ou également à toute l’histoire passée depuis les indépendances à sa prise de pouvoir. Si tel était le cas, cela contredirait sa qualité d’houphouëtiste, dont il en fait le fondement de sa bonne fortune politique. Il importe que tout soit dit pour extirper ou neutraliser les frustrations, les blessures, les rancœurs, les ombres et les complexes de nos intimités si nous voulons avancer, tous ensemble dans la même direction. Car, seuls une communauté d’hommes authentiques parvient à faire ensemble une économie collective du progrès. A propos d’authenticité, les africains réfutent en général le fondement ethnique ou communautariste de leurs actions.

Le président conclut sa réponse à la question du journaliste de L’Express par : « S’agissant des hauts cadres de l’armée, j’ai eu à négocier avec les officiers des ex-Forces nouvelles [FN, ancienne rébellion nordiste], qui voulaient tous les postes. Et j’ai réussi à imposer cet équilibre dans la hiérarchie militaire, jusqu’au niveau de commandant : le n° 1 issu des FN, flanqué d’un n° 2 venu de l’ancienne armée régulière. Tous grades confondus ; il y a 12 % de nordistes dans la police, 15 % dans la gendarmerie et 40 % environ dans l’armée… Sur ce terrain-là, on ne peut rien me reprocher.» (3) D’un certain point de vue, cela signifie-t-il que le président a choisi de servir ceux qui l’ont porté au pouvoir, pour ne pas dire que sa détention du pouvoir dépend d’eux, en dépit du rôle historique qu’il a à jouer ?  Une négociation est intervenue entre le chef de l’État, chef constitutionnel des armées et des officiers qui l’ont porté de manière décisive jusqu’aux élections de 2010 et pendant la guerre qui les a suivies pour parvenir à prendre le pouvoir. Quand il en arrive là pour savoir comment organiser et nommer la hiérarchie militaire, n’est-ce pas le signe que ces officiers qui n’ont évidemment pas son titre, ont sans doute assez de pouvoir néanmoins pour contraindre le Chef de l’État à négocier ou à partager l’exercice de son droit constitutionnel ? Peut-être même peut-on se poser la question de savoir si ces officiers ne sont pas au dessus de l’État qu’il est censé incarner, représenter, défendre et renforcer. Quand on parvient à cette conclusion, on ne peut que être triste pour son pays. Observons également que, comme d’autres leaders politiques, le président avance des pourcentages de communautés ou groupes dont la curiosité invite à savoir la provenance et la manière de les établir. C’est dire que même pour le président de la Côte d’Ivoire, la population ethnique ou communautaire, régionale, tribale est un puissant déterminant. On se demande alors si ce n’est pas le patronyme des responsables administratifs qui intéresse nombre de leaders au plus haut point, en raison précisément de leurs stratégies politiques à base ethnique et communautaire.

  • Géoethnopolitique mortifère plutôt que les compétences.

L’exemple de cet entretien éclaire également la question de la géopolitique ethnique avec les pourcentages annoncés par le président, aussi précis et tranchants que des rasoirs. La conception politique du président consiste-t-elle en une pale copie de l’houphouëtisme, comme celle de ses prédécesseurs, basée sur une géostratégie politique ethnique mortifère. On l’a bien vu, même celle du maître en la matière (FHB) s’est avérée reposer sur du sable, exposé à sa mort à l’harmattan qui n’a pas manqué de balayer dramatiquement le pays fon fondé sur des bases solides acceptées par tous. Évoquant la lutte pour le pouvoir à trois sur fond ethnique entre 1993 et 2010, Daouda Dia, doctorant en sciences politiques, rappelle ce qu’il qualifie d’« alliance purement tactique entre Ouattara et Gbagbo qui se liguent [en 1995] pour faire partir Bédié.» (4) Considérant la géopolitique ethnique ci-dessus évoquée, il suppose que le coup d’État de 1999 n’aurait peut-être pas eu lieu si une certaine géopolitique ethnique a été mise en oeuvre : « il est envisageable que la suite aurait été différente, si après son élection Bédié [en 1995] avait nommé un premier ministre du Nord ou si le président de l’Assemblée nationale, qui selon la constitution ivoirienne succédait au Chef de l’État en cas d’empêchement ou de décès, avait été issu d’une autre région.» (5)  Si son analyse ne constitue pas la preuve ultime de la tangibilité de pensée géo-ethnopolitique, le fait qu’il hypothèque cette possibilité est une indication de la pensée de nombre d’africains, d’autant que les faits accréditent son hypothèse. En effet, dans une circonstance pendant laquelle deux partis sont parvenus à neutraliser le troisième, il a suffi d’un accord secret de rotation au pouvoir entre le RDR et le PDCI et une co-gouvervance pour que le calme fut. Mais, est-ce la paix, quand elle ne résiste pas à la mort d’un seul homme ? La géopolitique ethnique ou ethnopolitique est-elle la solution aux innombrables difficultés de vivre et de coexister des ivoiriens et au delà d’eux des africains ? L’est-elle, quand elle suppose d’ignorer les compétences nécessaires à la production de progrès collectifs, pour ne considérer prioritairement que la satisfaction des désirs de pouvoir, en raison d’une incapacité des communautés et de leurs leaders à accepter d’en être temporairement éloignés ? Voilà pourquoi, il convient à l’avenir de construire et de prendre d’autres chemins.

Les ivoiriens méritent sans doute mieux.

Existe-il un seul ivoirien à même de discerner ce qui distingue le PDCI du FPI ou du RDR, en dehors d’être le parti historique, le parti de FHB, celui des luttes pour l’indépendance. Que reste-t-il du FPI-ch, quand on épuisé tout ce qui le ramène au couple Gbagbo ? Qu’est-ce que le RDR quand on a fini de décrire les conditions historistiques de son existence ? En fait, ces partis ne se définissent que par leur histoire, les leaders qui les ont fait naître. Mais, dès que l’on aborde leur projet pour la Côte d’Ivoire, la confusion règne si l’on ne se réfère pas à des descriptions documentaires de leur missions, de leurs valeurs, etc… La réalité est qu’aucun ivoirien ne distingue quelque parti que par des noms de leaders et la relation supposée entre des partis et la communauté dont il est supposé qu’ils appartiennent. A tort ou à raison, les faits sont. Observons aussi que la structure géoethnique des votes lors d’élections présidentielles ainsi qu’une analyse patronymique des membres et sympathisants des partis permettraient de montrer sans aucun doute une corrélation indiscutable avec ces sentiments. Pense-t-on le devenir commun des ivoiriens dans de tels partis ainsi structurés dans lesquels l’appartenance géographique et/ou communautaire semble constituer un critère décisif ?

  • A quand, des partis qui pensent le devenir commun des ivoiriens ?

Le temps est venu de parvenir à des chemins qui conduisent à faire des partis des centres de pensées diverses et d’actions déterminées et concertées pour la Côte d’Ivoire et non pour des groupes communautaires, ni pour des groupes sociaux d’intérêts. Parce qu’ils auront su substituer à leurs membres et sympathisants souvent ethniques des membres davantage divers car convaincus par leurs idées des plus grands progrès possibles de la Côte d’Ivoire, ils mueront alors en de véritables partis politiques, ceux des idées. Alors, ils intéresseront les ivoiriens par leurs idées et leurs débats d’idées. L’avenir est là. Il consiste à développer des partis d’idées et non des partis d’étiquettes, reliées à une communauté ethnique, à un groupe communautaire ou à un espace cardinal ou encore à un groupe social d’intérêts privés. Les ivoiriens seront bien inspirés d’écrire autrement le présent pour modifier et corriger la trajectoire de l’histoire à venir. J’ai cependant l’espoir lucide.

Car, il leur faut d’abord se poser d’autres questions, autres que celle de savoir qui détiendra, exercera ou participera au pouvoir en 2020. Quelle importance la réponse à cette question peut-elle avoir quand ce pouvoir leur échappe finalement pour en user comme le moyen de se rassembler pour enfin engager une économie collective de progrès collectifs ? C’est à eux seuls de vouloir questionner leurs certitudes s’ils souhaitent voir leurs conditions d’existence évoluer dans la direction qui leur convient. On ne peut que les encourager à se poser d’autres questions. Par exemple, d’où cela vient-il au PDCI-RDA et au RDR, que le pouvoir que les ivoiriens représentent se donne, sans que cette attribution ne soit organisée et garantie par le droit et la loi et par conséquent sans l’accord de ceux qui le constituent et qu’il incarne ? Les événements montrent que ces deux partis ont pensé  l’idée de la rotation au pouvoir qui conduit ipso facto à sa privatisation, tant que les masses les suivent dans leur volonté. Cependant, ils montrent aussi qu’il semble que pour le RDR, ce présumé accord constituait un objet de duperie politique au forfait du PDCI-RDA. De son côté, ce dernier a confondu au contraire l’idée d’une co-appropriation du pouvoir à travers l’exercice alterné du leadership avec la réalité à laquelle aboutit une intention, à juste titre non accessible de son allié. Pour avoir pris l’idée d’une chose, pour la chose elle-même, le PDCI en arrive qu’à enrager. Il ne lui reste plus qu’à développer des idées et à les discerner de ce qui est. D’autre part, le désir de détenir le pouvoir a conduit ce parti à ignorer et à défier la réalité historique. D’où vient-il que le pouvoir d’État que les ivoiriens représentent collectivement peut être un bien commun au RDR et au PDC-RDA, que les deux partis conviennent de se le prêter alternativement, au mépris des masses ivoiriennes ? Car, même en étant les seules aptes à décider majoritairement de confier son exercice à un candidat, au regard de ce qu’il entend faire de la Côte d’Ivoire et de leur coexistence, que peuvent faire les ivoiriens si des idées ne leur sont pas proposées et ils n’ont de réel choix que l’un des deux partis ou leur alliance ? Ainsi, dans une circonstance historique au cours de laquelle les idées de progrès collectifs manquent à l’appel, le PDCI-RDA et le RDR sont parvenus à faire en sorte que l’existence des ivoiriens, leur volonté et leurs choix n’aient aucun effet sur leur certitude que la détention du pouvoir ne puisse leur échapper. En leur sein, des ivoiriens ont laissé faire d’autres, choisissant de co-detenir et de co-exercer le pouvoir, en tous cas, de participer à son exercice, attendant de se le prêter alternativement. Honte à ceux qui, ayant les moyens de récuser cette forfaiture, ont choisi d’en tirer profit. Ils ont ont sans doute sacrifié sur cet autel, leur éloignement temporaire du pouvoir, utile pour développer leurs idées de la Côte d’Ivoire en vue de fonder le combat politique pour convaincre les ivoiriens de leur confier sa réalisation. Ils ont choisi d’être dans le bus ivoire, tous bercés par une paix sans lendemain, sans savoir où le bus allait. Le réveil est brutal.

  • Les ivoiriens doivent être respectés

Il faut le dire, si cette manière de procéder des partis les plus importants, ayant aptitude à gouverner le pays, est de la considération à l’égard des ivoiriens, plutôt que du mépris, il est alors temps de débattre de leur signification attribuée au pouvoir d’État. L’objectif est d’en établir une qui soit générale et que tous les ivoiriens conviennent et acceptent. Une telle signification doit leur permettre d’étalonner les actes politiques d’où qu’ils émanent, du point de vue de la considération des ivoiriens. Et, si ma foi des ivoiriens eux, pensent être ainsi considérés, au point d’avoir déjà choisi leur camp, n’attendant que d’exprimer leurs suffrages à des candidats non encore déclarés et sans programme concernant leur avenir commun, alors qu’il n’en soit pas ainsi malgré tout. Tous ceux que leurs souffrances insupportent au point de donner sa saveur et sa couleur à leur propre existence doivent tenter de les protéger d’eux-mêmes, de ce qui leur fait défaut pour constater leur participation aux forfaits à leur détriment. Il n’y a qu’une manière de le faire. C’est de faire confiance à leur capacité de compréhension, de discernement en partageant avec eux des idées dont les débats qu’elles suscitent peuvent aboutir à éclairer leurs propres jugements et leurs choix.

Pour ma part, je refuse d’être cet ivoirien là, que l’on dit respecter en ne sollicitant que sa sensibilité et sa psychologie. Un ivoirien ne peut être celui dont la signification peut être quelque chose comme “cet homme qui applaudit les autres hommes qui considèrent qu’il peut être minoré ou ignoré ou qu’il est rien”. Il est temps de se poser d’autres questions. Autrement, à force de croire rire d’eux-mêmes comme étant des “ils voient rien”, les ivoiriens risquent de voir réellement l’acceptable dans l’inacceptable. Malgré ce qui précède, il convient de respecter leur liberté, même celle les conduisant souvent à accepter ou à tolérer l’inacceptable, comme par exemple les tentatives (sans leur avis) de privation du pouvoir qu’ils représentent collectivement. La juste attitude consiste également à tenter d’éveiller leur curiosité sur les circonstances de leur existence et coexistence. Chacun sait en Côte d’Ivoire que les ivoiriens ne forment pas une communauté nationale agissant unie, sauf peut-être ceux qui se contentent du confort que procure leur groupe communautaire. Que peut faire de plus un homme, que d’aimer ses contemporains, en particulier ses compatriotes, au point d’avoir la prétention de vouloir les éveiller à ce qui détermine et pèse lourdement sur leur existence, qui ne peut être ni s’épanouir sans être une coexistence ? Puisque les ivoiriens méritent mieux et qu’on doit respecter leur liberté, n’est-ce pas à eux de le déterminer et d’avoir la volonté de le réaliser ?

La politique, entre désir et refus.

La politique ivoirienne entend résoudre, non pas le problème des ivoiriens, mais celui des partis. Il s’agit de résoudre l’équation du détenteur du pouvoir parmi des partis adossés sur  le désir de détenir le pouvoir et sur le refus de ne pas le détenir. Une équation ainsi posée rend le rôle des ivoiriens inutile dans la mesure où elle n’a d’autres solution que la violence susceptible de contraindre les non détenteurs à constater impuissants, d’être dans la position qu’ils n’acceptent pas : ne pas détenir le pouvoir.

  • Le problème toxique des partis et des communautés restreintes

C’est pourquoi, il est temps de réfléchir pour en finir avec des partis politiques qui n’ont d’idéologie que leur fondement, à savoir la communauté restreinte. Il faut oser la liberté de manifester son refus de partis qui n’ont d’idéal que de réaliser leurs intérêts de partis, à savoir conquérir, détenir et exercer le pouvoir ou y participer pour servir la volonté hégémonique de la communauté pour laquelle ils tiennent tant à détenir le pouvoir d’État que tous représentent. Tel contradicteur rétorquera sans doute que cela n’est pas exact s’agissant de tel ou parti. Peut-être. Mais, quand on tente de se servir de parties de l’espace communautaire comme éléments de stratégie pour tenter de conquérir, de conserver le pouvoir, ou d’y participer, , sur l’unique critère de leur appartenance ethnique, est-ce cela la politique des idées ? A l’appui de la contradiction, il arriva que quelqu’un évoque le fait par exemple que la gouvernance RDR depuis 2010 n’a rien produit pour un espace communautaire donné qui puisse être considéré de sectarisme de sa part. Cela est sans doute vrai. Mais, ne peut-on pas servir une volonté de pouvoir, sans que cela implique nécessairement que son exercice soit contestable sur sa finalité ? Reprochant à un pouvoir de ne pas servir leurs intérêts particuliers, des espaces communautaires sont pourtant parmi les premiers souvent à s’engager et à se battre afin que ce parti conserve le pouvoir. Ce fait ne ruine-t-il pas l’argument selon lequel ce parti et ces populations participent à la politique des idées ? Car, au non de quelle idée d’intérêts communs supporteraient-elles un tel parti, si ce n’est un désir de pouvoir qui cache mal une prétentieuse sinon vaniteuse considération d’elles-mêmes, à moins que ce soit par la peur irrationnelle ou non du manque de considération des autres groupes communautaires ou encore pour protéger des intérêts particuliers satisfaits au détriment d’autres groupes ?Quoi qu’il en soit, il convient de voir plus loin que l’horizon actuel des partis. Car, à bien y regarder de près, il consiste en la détention du pouvoir et son exercice, pour une finalité qui manque de rassembler les ivoiriens.

La Côte d’Ivoire ne survivra pas au terme d’une politique déterminée et fondée par le désir de détenir le pouvoir et le refus de ne pas le détenir. A observer nombre de partis politiques, il semble qu’une signification particulière partagée,  les amène à faire de la détention du pouvoir une fin en soi et non le moyen commun de réaliser une finalité collective. Quand des partis s’allient par exemple pour éviter l’affrontement violent pour la conquête du pouvoir, pour l’unique raison de refuser de ne pas de détenir le pouvoir,  qui peut affirmer que cette procédure manifeste une conception de leur part faisant du pouvoir un moyen collectif, qu’ils doivent conquérir par des débats d’idées (supposées de progrès de la Côte d’Ivoire) dont les ivoiriens sont les seuls juges ? Quand des partis politiques ne s’affrontent finalement que sur l’identité du détenteur du pouvoir, est-ce cela la vie politique productive des plus grands progrès de ce pays, quand cela peut conduire à la violence dans la mesure où il ne s’agit guère de la guerre des idées ?

  • La violence ne peut qu’accompagner un tel problème.

Les ivoiriens ne sont donc pas surpris de constater qu’une telle signification du pouvoir mène au choix et à l’usage de la violence. Tant de responsables politiques entendent entretenir la confusion qu’ils établissent et entretiennent entre le moyen (le pouvoir collectif) et ce qu’il permet de produire collectivement (la finalité collective), d’une part et entre le caractère privé et le caractère collectif de sa finalité, d’autre part. Nombre de responsables et d’ivoiriens paraissent tant vouloir détenir, sinon posséder le pouvoir qu’on se demande parfois si ce dernier n’est pas envisagé comme la fin en soi de leurs actes politiques. Sans doute parce que permettant de réaliser leur volonté particulière, les biens particuliers que sa possession procure ne consistent simplement qu’en ses manifestations. Or, la difficulté réside dans le fait que le pouvoir que tous les ivoiriens représentent ne peut être qu’un moyen collectif, autrement il ne dispose d’aucune signification générale reconnaissable et acceptable par tous. C’est parce que chacun reconnaît cette signification à son exercice et l’accepte qu’il peut être déployé pour tenter de produire les conditions permettant à chacun de parvenir à ce que chacun souhaite et espère. Le privatiser revient alors à posséder le moyen collectif d’organisation des conditions rendant possible l’existence de chacun. C’est en cela qu’il constitue un moyen mais aussi un bien collectif rendant l’accès à des biens particuliers à portée de mains. La conception aboutissant à la signification particulière du pouvoir revient par conséquent, d’une part, à rendre possible l’existence des uns et à la faciliter et d’autre part, à priver les autres de la possibilité de la leur ou à rendre difficile leur accès à des biens indispensables pour tous. Dans cette modalité, la violence risque de constituer le moyen ultime de rendre inopérante une signification particulière faisant du pouvoir un bien que l’on peut posséder comme un objet privatif au lieu d’être un moyen-bien collectif. Où se situe l’intérêt collectif des ivoiriens dans la privatisation du pouvoir, fusse-t-il à travers une alliance qui élargit certes la communauté d’intérêts particuliers, mais en mettant sous cloche la liberté et la démocratie en tant que les conditions de l’efficacité de son exercice  ?Ainsi, les ivoiriens doivent se contenter de responsables se percevant comme des redresseurs de torts supposés faits à la communauté pour laquelle ils entendent qu’ils n’ont d’autres solutions que de détenir, de conserver le pouvoir et l’exercer pour satisfaire leurs intérêts. Quand ils sont au pouvoir, ils muent en anticipateurs de torts supposés qu’un pouvoir dont ils ne seront plus détenteurs pourrait infliger à la communauté restreinte justifiant leur engagement politique. La crainte est sans doute fondée si l’on se réfère à la signification particulière conférée au pouvoir, dont il résulte que les intérêts particuliers qu’il a sans doute réalisés manquent de légitimité, puisque satisfaits aux détriments des détenteurs potentiels à venir du pouvoir. Leur seule et unique solution paraît alors consister, dans un cas, à tenter de conserver le pouvoir et à l’exercer pour maintenir ses profits considérés acceptables de leur point de vue et dans l’autre, à tenter de l’arracher à ceux qui le détiennent solidement.

Conclusion 

En face de ce tableau de la chose politique se résumant en batailles entre des redresseurs et anticipateurs de torts supposés et ne concédant qu’une maigre place à une finalité collective de la politique, chaque ivoirien est appelé à se déterminer. De ce point de vue, quand on est certain de son choix, alors on refuse ce qui ne le constitue pas. Mieux encore, on l’exprime quand on peut. Je dis non à l’idée d’une Côte d’Ivoire dont le pouvoir d’Etat que les ivoiriens représentent collectivement peut recevoir la signification particulière de moyen privé de réaliser des intérêts particuliers. Je refuse la Côte d’Ivoire que nous produisons ensemble depuis 1993. Les ivoiriens ont fait l’expérience du pouvoir privatisé par l’ancien PDCI-RDA. Même si la communauté détentrice supposée était  élargie, semble-t-il à toute la communauté nationale, ce pouvoir ainsi conçu était néanmoins fondamentalement vicié par l’absence de débats d’idées diverses. Les expériences de pouvoirs démocratiques entre 1993 et 2010, n’ont produit collectivement pour les ivoiriens que des morts, des souffrances et des larmes. Depuis 2010, ils font l’expérience d’un pouvoir d’alliance. Il a certes tenté d’élargir le périmètre de la communauté supposée détentrice, mais au pris de l’exclusion qu’une partie de la communauté nationale suppose. Ce prix particulier supposé peut s’additionner à un prix incontestable et général : la restriction et l’enfermement de la liberté des débats d’idées. Nul ivoirien ne peut dire que ces deux dernières expériences constituent des progrès pour les ivoiriens. Je dis stop. On ne doit plus continuer à penser la même chose, dans aucun parti politique, même s’il arriva qu’il soit défini par sa vision de ce pays autour de laquelle ses membres se rassemblent néanmoins ; les ivoiriens attendent sans doute que les partis clarifie leur vision.

Même dans le cadre d’un parti caractérisé par sa vision (quand il en a une), les chemins que ses membres et sympathisants envisagent nécessairement comme les bons (de leur point de vue) pour réaliser cette vision peuvent s’opposer ou se compléter. Il en résulte qu’ils ne parviennent à un accord sur l’idée même du chemin commun à emprunter qu’aux termes de leurs débats. A fortiori, l’alliance entre partis politique ne peut que procéder de la même manière en portant sur la définition de sa finalité collective justifiant de l’alliance ainsi que sur la voie commune pour la réaliser. Cela étant, un accord au terme duquel le chemin commun des membres d’un parti politique ou d’une alliance de partis consiste et aboutit à privatiser le pouvoir ne peut que réaliser une finalité particulière, à savoir des intérêts particuliers. C’est en cela que cela ne relève pas de politique, mais d’une volonté de transformer la chose collective en chose privée. C’est la pire manière de faire de la politique. Pour se déterminer, le passé récent fait de drames divers ne peut constituer l’argument ultime pour justifier la tentation de privatiser le pouvoir. Et, le maquillage d’une telle volonté par la finalité certes attendue par les ivoiriens (la paix) ne la camoufle pas assez. Car, le prix ou la condition de la paix n’est pas l’absence de liberté et de démocratie, d’autant que de toutes les manières, la paix réalisée à travers ce procédé est incapable de résister à la moindre volonté de liberté. En définitive, puisque les ivoiriens méritent mieux, c’est à eux de le définir et de le discerner. Parce que depuis 1993 la Côte d’Ivoire est entrée dans une circonstance d’alliances politiques nécessaires, les idées sont plus que jamais impératives pour éviter que l’alliances ne reposent sur l’exclusion selon les circonstances, et que l’opportunité politique ne constitue pas le déterminant de l’alliance détentrice du pouvoir. Plus jamais, les ivoiriens ne doivent accepter au pouvoir, quelque alliance politicienne fondée sur l’opportunité politique, mais dépourvue que quelque idée de leur rassemblement. Le temps est venu de faire de la politique autrement qu’à travers les basses manœuvres dans le but de la seule détention du pouvoir. Pour y parvenir, il convient à l’avenir d’abreuver les ivoiriens d’idées nouvelles, autres que celle concernant la détention du pouvoir, dans sa signification particulière nuisible. C’est sans doute ainsi que l’on peut parvenir à éveiller la curiosité de leur pour éviter qu’ils ne continuent à participer aux forfaits à leur propre détriment. Des idées et des débats les concernant à la révolte des esprits, voici le chemin à prendre. Disons-le tout de suite, l’engagement dans un tel travail au service des ivoiriens est incomptable avec une volonté de détenir le pouvoir, quand on n’a aucune idée de ce qui convient de faire pour eux collectivement. C’est là un travail de conviction et de détermination ; il est réalisable dans le temps. Mais, le plus difficile dans ce travail, c’est de s’y engager et de commencer sa réalisation. C’est ce que nous tentons de faire.

 Collectivement, les ivoiriens n’ont rien à gagner d’une politique politicienne comme celle qui se déploie jusqu’à l’échéance de 2020. S’ils envisagent l’union, ils n’ont rien à espérer non plus d’hommes d’Etat qui peuvent accepter que la Côte d’Ivoire perde au profit du gain d’une partie des ivoiriens. Voici la ligne de fracture et de bataille qui s’annonce à l’avenir : entre, d’une part, ceux qui ont des idées pour véritablement servir le pays et, d’autre part, ceux qui n’ont d’idées que de posséder son pouvoir en vue de l’exercer pour servir leurs intérêts particuliers ainsi que ceux aussi particuliers des communautés restreintes qu’ils entendent servir, en divisant au passage les ivoiriens. Le prochain article traitera de préparer l’avenir plutôt que de se battre pour détenir ou conserver le pouvoir, sans savoir avec quels ivoiriens, ni avec quelles idées communes arpenter ensemble le chemin de l’histoire. Conçu selon une signification particulière, le pouvoir, quel qu’il soit, échoue à réduire les difficultés et les souffrances des ivoiriens ainsi qu’à améliorer les modalités de leur coexistence depuis 1993. Rendre le pouvoir utile et non toxique pour les ivoiriens, voici l’enjeu commun.

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(1) Guy Corneau, “Victime des autres, bourreau de soi-même”, Editions Robert Laffont, 2004

(2) Alassane Ouattara, cité par Vincent Hugeux : “Côte d’Ivoire: Ouattara veut “protéger les minorités”, entretien publié L’Express le , mis à jour à https://www.lexpress.fr/actualite/monde/afrique/cote-d-ivoire-ouattara-veut-proteger-les-minorites_1075076.html

(3) ibid (2) 

(4) Daouda Dia : “Les dynamiques de démocratisation en Afrique noire francophone” Thèse de doctorat en science politique, Université Jean Moulin Lyon 3, Mai 2010

(5) ibid (4)