L’Afrique n’est pas devant un mystère

L’hypothèse et le débat

Les africains d’hier ont agi de bonne foi, comme ceux d’aujourd’hui procèdent pour un résultat également globalement décevant. A minima, le bilan actuel de l’économie africaine de l’existence rend la plupart des africains perplexes, tant les indépendances auguraient une meilleur existence. A l’instant même où j’écris ces mots, leurs conditions concrètes d’existence sont différentes de ce qu’ils attendent de leurs productions. Cette opposition entre l’attendu et leur situation concrète actuelle d’existence ne peut par conséquent que susciter quelques interrogations. Je n’ai guère la prétention de poser toutes les questions qui s’y rapportent, encore moins d’y répondre. Mais, le minimum que je puisse faire est de participer au débat concernant son économie. Sans aucun doute, nous convenons que la situation de l’Afrique, ses conditions concrètes d’existence rendent compte de difficultés diverses sur divers plans : social, politique, économique, etc… Se faisant, on peut être tenté de les aborder séparément. On peut aussi faire l’hypothèse d’une difficulté principale, de laquelle procède toutes les autres. C’est cela notre angle d’approche du sujet. C’est pourquoi, je fais l’hypothèse de l’existence d’une difficulté centrale africaine dont le bref bilan présenté démontre la non résolution. Elle rend compte de l’arrêt de la marche de l’Afrique ou du rythme de tortue de sa marche.

Récapitulons donc ! Pour celui qui fait le constat d’une marche inefficace ou peu de l’Afrique, il accepte le fait qu’elle rencontre des difficultés. C’est en partant de ce point que nous proposons deux sujets de débat, liés l’un à l’autre. D’abord, l’hypothèse de l’existence d’une difficulté principale de l’Afrique. Ensuite, et dans la mesure elle est validée, débattre de son expression sous la forme d’une question, d’un problème ou d’un mystère, cette dernière faisant de la difficulté, une réalité non résoluble. Ce second débat a pour finalité de poser cette difficulté, de sorte qu’on puisse la comprendre et rendre le chemin de sa résolution plus clair. Voici les enjeux du débat. Notre accord minimal sur l’existence de difficultés ne nous renseigne cependant pas sur ce sur quoi nous nous accordons. Une première question s’impose par conséquent : qu’est-ce que nous entendons par “difficulté” ?

Qu’est-ce qu’une difficulté ?

Lorsque j’énonce que le but de l’économie de l’existence c’est le progrès, j’entends que cette marche consiste en une un mouvement en avant des hommes. Chaque progrès qui la ponctue en constitue une étape. Mais, dans la mesure où le progrès des hommes n’est limité que par leur mort ou par la disparition de l’espèce qu’ils représentent, marcher vers l’avant, c’est d’une certaine manière avancer constamment de progrès en progrès vers les hommes qu’ils aspirent être, avant que la mort de chacun ou l’extinction de l’espèce supprime l’idée même de progrès, du point de vue du vivant tel que nous le concevons. Il en ressort qu’exister ou vivre, c’est réaliser ce mouvement. Pour une communauté humaine donnée, ne pas marcher vers l’avant révèle l’existence d’une difficulté. Cette difficulté naît de la contradiction entre les conditions concrètes d’existence et celles qui correspond à l’existence, telles que conçues et envisagées par une telle société. Cette opposition entre le réel et le conçu et projeté induit chez une telle société un puissant désir de comprendre, de savoir les raisons de l’arrêt et comment surmonter cette situation et reprendre la marche. Mais le désir relève de l’émotion. Disons même qu’il est si incontrôlable qu’il peut même être contre-productif en consumant les hommes qui l’hébergent et l’expriment. C’est pourquoi, le désir doit être discipliné. Faire preuve d’un peu de raison permet de le canaliser. La raison procède en se saisissant de la situation à l’origine pour constater une opposition : entre ce qui constitue l’existence du point de vue de l’homme, à savoir être en marche vers l’avant et son opposé, à savoir être à l’arrêt, reculer, être au ralenti ou réaliser un mouvement circulaire, tel une souris dans une roue. Pour les hommes, que nous prétendons être, donc raisonnables, une telle situation est inacceptable et constitue une difficulté à surmonter. Pour la résoudre, il convient de la poser comme un problème à résoudre ou sous la forme d’une question dont on attend une réponse. La difficulté mise à nue nous laisse voir qu’elle est une situation dans laquelle deux conceptions, deux opinions, deux visions s’opposent à propos d’un même sujet : les conditions d’existence de l’Afrique. Par exemple, quand nous évoquons des difficultés de l’Afrique au plan économique, nous faisons le constat de l’opposition entre ce qu’elle devrait être ou produire, d’une part et sa réalité et ses résultats concrets, d’autre part. Examinons maintenant le rapport entre la difficulté et le problème ou la question.

Du constat à l’action ou de ce qui est à ce qu’il faut faire pour changer ce qui est

Comme telle, la difficulté est simplement la désignation d’une situation parvenant à l’esprit comme une opposition ; une situation qui se met en travers du parcours de vérité en vérité. L’opposition est pour ainsi dire un carrefour où se croisent le chemin vers la vérité, entendue comme réduction de la difficulté et celui vers le faux. Pour continuer son chemin, il faut donc que l’esprit trouve celui menant à la vérité, à savoir ce qu’il accepte. Pour y parvenir l’esprit pose la difficulté sous une forme résoluble, puisqu’en l’espèce, la situation dans laquelle elle se trouve est tout simplement et se constate par conséquent, mais elle ne se résout pas comme telle. La forme sous laquelle on peut la réduire peut consister en un problème ou en une question ; tous les deux étant l’une comme l’autre la forme prise par la difficulté : cette forme est une opération à effectuer. La situation constatée et désignée devient alors une opération à effectuer, une action à conduire, une histoire à écrire. Ainsi dit, la difficulté principale africaine doit être mise en opération à effectuer. Mais, doit-elle être déclinée en problème ou en question pour permettre sa résolution ? Cette interrogation invite de ce fait à éclaircir le problème et la question et ce qui les différencie.

De la difficulté-constatée à la difficulté-opération : problème ou question

Verneaux peut nous y aider. Après avoir passé les réflexions des penseurs qui nous ont précédé au filtre de sa propre raison, il fait remarquer aussitôt qu’un problème, comme une question sont des formes différentes de poser une difficulté en vue de sa résolution. Mais, le problème est la forme sous laquelle on pose un problème rationnel. La finalité de sa résolution est de trouver une réponse incontestable. Pour l’être, elle doit être vraie et donc démontrable, par l’effort de la seule raison. Un problème se situe par conséquent dans le plan de la raison : à savoir rationnel. Certes, il est posé, comme la question, par quelqu’un à lui-même ou à quelqu’un d’autre et qu’à ce titre, il implique un existant et est en cela  proche de la question. Mais, le fait que sa résolution ne tolère aucune subjectivité, mais repose sur rien d’autre que sur la raison et surtout sur rien qui soit propre à celui qui le pose ou le traite définit le problème et le distingue de la question. En conclusion, un problème consiste en une opération que quelqu’un se pose à lui-même à propos d’une difficulté rencontrée dans un plan logique, donc de la raison. La raison est le seul moyen de parvenir à sa résolution. Tel n’est pas le cas de la difficulté de l’Afrique.

Quant à une question, elle est posée par quelqu’un à quelqu’un autre, dont il attend une réponse. La question concerne une difficulté dans le plan existentiel ; elle porte sur une difficulté que rencontre un homme dans son rapport à son environnement, comme par exemple la relation sociale. Les moyens de sa résolution sont non seulement la raison, mais également la subjectivité des sujets impliqués. Sa réponse peut par conséquent être objective ou subjective sans nuire à sa qualité, tant qu’elle réduit la difficulté qu’elle traite. Et, comme un problème, on se pose aussi des questions à soi-même. Ainsi, l’espace où la difficulté se pose (plan rationnel/ plan existentiel) et le moyen de la résoudre (raison/ subjectivité)  sont ce qui distingue le problème de la question, tous les deux consistant en une opération à effectuer. En récapitulant, on peut simplement dire qu’un problème est la forme problématisée d’une difficulté résoluble par la seule raison, tandis qu’une question est  celle d’une difficulté résoluble par la raison et la subjectivité. C’est la raison pour laquelle, la question englobe le problème. Qu’en est-il de la difficulté principale de l’Afrique ?

L’hypothèse de la difficulté principale de l’Afrique et le problème commun de l’Afrique

Le débat engagé en cet espace a pour objet de désigner le problème commun de l’Afrique. En soi, ce débat consiste à traiter la question posée : quel est le problème commun de l’Afrique ? Cette question comporte des données : l’hypothèse de l’existence d’une difficulté principale parmi toutes les autres, dont le problème commun recherché constitue précisément la forme résoluble.  Cependant, cette donnée consiste en une hypothèse à débattre ; ce premier débat conditionne le second. C’est pourquoi cette question se décline en l’interrogation qui suit : « Existe-il une difficulté commune de l’Afrique et quelle est-elle ? »La question donne aussi l’inconnue à trouver : à savoir la désignation du problème commun de l’Afrique, dans la mesure où un accord est obtenu quand à l’existence de ce problème. Le second débat a donc pour objet de poser la difficulté principale sous une forme résoluble qui fasse l’objet d’un accord.

Ce que nous évoquons par un problème commun de l’Afrique, consiste en une difficulté à laquelle l’Afrique fait face et dont l’objet est précisément son existence. En l’esprit des africains, la lecture qu’ils font de leur existence et de leur réalité aboutit à une opposition entre deux jugements. D’une part, l’un postule que la réalité africaine n’est pas celle qu’elle devrait être, qui leur est « normale » et acceptable. L’autre au contraire suggère que celle qui existe est bel et bien sa réalité concrète, bien que jugée « anormale » et justifiant en l’état de ne pas être acceptable. Les africains sont donc en face d’une même réalité problématique, puisqu’elle exige de à l’esprit d’en déterminer la véritable nature : vraie ou fausse. D’une certaine manière et dans l’esprit des africains, l’Afrique est comme à l’arrêt dans une situation dans laquelle son jugement du réel s’oppose à un autre, par rapport à l’espéré, l’attendu mais inexistant. Et, si l’on considère le bilan précédent, elle est, comme à l’arrêt depuis trop longtemps, si l’on en croit son regard sur le passé et le présent. Cette situation dans laquelle deux jugements de sa part s’opposent face à sa réalité consiste en une difficulté à surmonter. En raison de l’unité humaine, car l’homme est un tout, cet arrêt de l’esprit affecte également l’équilibre corporel, psychologique et même la raison des hommes, au delà même des circonstances concrètes de leur vie et de leurs aspirations par rapport à ce qu’elles devraient être. C’est pourquoi, une telle opposition appelle à s’interroger. La finalité de de poser cette difficulté que l’esprit rencontre ainsi que ses impacts sur les hommes, comme un problème à résoudre ou une question à traiter est de dégager la voie de la marche vers le progrès. 

Or l’opposition dont nous parlons à propos de l’existence de l’Afrique se situe dans un plan existentiel. Il s’agit de celle entre, d’une part les conditions concrètes de vie des africains et celles qui correspond à leurs aspirations ainsi qu’à la définition de ce que doit être leur existence. En l’occurrence, ces conditions concernent celles auxquelles les relations entre les africains eux-mêmes et leur environnement créent. Il s’agit aussi de ce que leurs comportements et leurs actes produisent en relation ou non avec les autres. Et, parce que tout cela est leur existence, on ne peut donc pas résoudre cette opposition par le seul effort de la raison. Sa résolution exige, en plus de raisonner, à savoir de débattre, d’argumenter et de démontrer, nécessite aussi de considérer les africains s’interrogeant et posant leurs difficultés sous des formes résolubles et tentant de les résoudre avec toute leur part de subjectivité. C’est aussi pourquoi, du fait d’entacher eux-mêmes l’effort de compréhension, de résolution de la difficulté existentielle par leurs conceptions, leurs émotions, leurs complexes, leurs jugements et leurs actions, la subjectivité est un facteur différenciant la question du problème. Ainsi, la question formule une difficulté au plan existentiel pour permettre sa résolution. La question est, si on ose dire, un « sorte d’équation existentielle ». Mais, à condition que cette audace pose comme condition que sa résolution s’appuie nécessairement sur une part de raison, autrement, et selon le terme que j’emprunte à Verneaux, c’est une question « pure », qui n’est résoluble que par la seule subjectivité. Dès lors, qu’on s’accorde sur ces points, on peut dégager la problématique de la difficulté à laquelle l’Afrique fait face par une question. Cela étant, en quoi cette question est-elle différente d’un mystère, puisque nous pouvons nous accorder et faire le constat commun selon lequel les africains ne semblent pas parvenir à sa résolution ? N’est-ce pas là un caractère prêté à un mystère ?

Mise en opération de la difficulté principale de l’Afrique

La difficulté principale de l’Afrique dont nous faisons l’hypothèse de l’existence, a pour objet la marche de l’Afrique. Parmi toutes les autres difficultés, elle celle à partir de laquelle on peut formuler la problématique de l’existence des africains, dont le bref bilan précédemment dressé rend compte. Dès l’instant que nous disons que la réalité africaine ne correspond pas à celle qu’elle devrait être et en tous cas à laquelle les africains aspirent, que nous constatons les caractéristiques inacceptables de sa marche (arrêt, ralentissement, recul, etc…, selon la subjectivité de chacun),  cette situation de l’esprit nous conduit à observer l’existence de difficultés résultant de l’opposition entre cette réalité et celle que devrait être sa marche (en avant et de progrès en progrès). L’hypothèse à débattre, pour ceux faisant ce constat, concerne l’existence d’une difficulté principale, parmi toutes celles que l’Afrique rencontre.  Elle est celle que nous nous mettons en quête de poser. Nous sommes parvenus au fait qu’elle doit être mise en opération sous la forme d’une une question pour rendre cette difficulté résoluble. Ainsi, le problème de l’Afrique que nous cherchons à désigner le sera sous la forme d’une question, telle une opération à effectuer, comme par exemple contourner un obstacle, réaliser un pont en quelque sorte ou le supprimer. Parce que la difficulté concerne l’existence de l’Afrique, à savoir son rapport avec son environnement, la vie des africains, elle se situe par conséquent dans le plan existentiel, au niveau des conditions concrètes de leur vie. Sa clarification et sa mise en opération sont nécessaires avant même de penser à la résoudre. Ce sera une question que chaque africain peut se poser à lui-même et également aux autres. Néanmoins, pour être certain que la question est la forme convenable, il nous reste à examiner en quoi la difficulté ainsi posée se distingue-t-elle de ce que d’aucuns désignent par le mystère de l’Afrique. Examinons donc les termes d’un mystère par rapport à une question.

La difficulté principale de l’Afrique ne relève pas d’un mystère

Comme une question, la question que nous poserons au terme de nos développements, en tant que problème commun de l’Afrique, fournira les données permettant de trouver ce qui est attendu et est donc à rechercher en tant que sa réponse. Ainsi, cette question distinguera d’une part, des données et, d’autre part, ce qui est à trouver, à savoir l’inconnue, la réponse. Il faut donc l’affirmer avec toute la force nécessaire : la question africaine ne relève pas d’un mystère. Affirmons donc avec ceux qui pensent ainsi : l’Afrique n’est pas devant un mystère. La question que nous devons examiner est pourquoi ?

Pour ce faire, nous continuons à nous placer sous l’éclairage des hommes qui ont réfléchi à la notion de problème. Verneaux (1), pour avoir fait la synthèse des réflexions sur le sujet depuis Aristote pour nourrir sa propre réflexion est notre principal appui jusque-là. Reprenons donc comme lui le mystère de l’existence de Dieu en exemple. On ne peut pas évoquer une question de l’existence de Dieu, parce qu’il y a pas de question s’agissant de lui. D’abord, pour celui qui croit en son existence, il n’est pas un objet ou un sujet auquel une question, émanant d’un sujet humain, peut se rapporter, puisqu’il croit qu’il est tout : le sujet, sa question et sa réponse. En étant à la fois celui posant la question, celui qui peut y répondre, la question et la réponse, Dieu n’autorise aucune distance entre le sujet et la réalité le conduisant à se questionner ; finalement il n’autorise rien d’autre que lui-même : il n’y a d’existence que la sienne, encore moins celle d’une question et d’un débat à son sujet par ceux qui sont d’une certaine manière sa partie. Ensuite et en revanche, pour celui qui n’y croit pas, Dieu n’existe par conséquent pas en son esprit. Comment pourrait-il alors poser l’hypothèse de l’inexistence d’un objet, même abstrait, en face d’hypothèses contraires et être de ce fait même confronté à une difficulté à résoudre ? Il ne peut par conséquent pas y avoir de question se rapportant à un objet ou sujet inexistant, encore moins de débat au sujet d’un objet qui ne se conçoit pas. Ainsi, ce qui est mystérieux, c’est d’abord l’état de quelque chose dont on conçoit une existence qu’on ne peut démontrer. Le mystère, en tant que substantif, est la substance de ce qui est mystérieux. Et, un question à laquelle « c’est ainsi » constitue la réponse est celle dont cette réponse met ainsi fin à l’interrogation comme si elle était exacte et permettait en l’état de connaître l’inconnue recherchée. Pour celui qui croit en son existence, l’homme en tant que sa partie ne peut connaître totalement Dieu. En ce sens, Dieu restera inconnu pour les hommes qui croient en son existence. En fin de compte, lorsque « c’est ainsi » clôture le débat sans que la réponse donnée à des questions sans cesse posées pour résoudre une telle difficulté soit acceptable, alors elle et l’objet auquel elle se rapportent sont mystérieux. La difficulté de les connaître se pose alors sous la forme d’un mystère, à priori non résoluble. Ainsi, quand une difficulté rencontrée est posée sous une forme ne distinguant guère des inconnues à trouver, des données pour le faire et que par ailleurs quand le sujet posant la difficulté fait lui-même partie des hypothèses et des inconnues recherchées, alors une telle difficulté se décline en mystère : c’est cela le mystère des dieux.

Cela étant énoncé, on peut à l’analyse contester avec Verneaux l’atterrissage faisant d’un mystère une opération non réalisable. D’une part et plus simplement, n’est-ce pas parce l’opération est mal posée ou de telle manière que ses termes sont incompréhensibles ? D’autre part, la réponse consistant en, et selon ses termes « c’est ainsi » donnée par ceux qui croient en quelque chose de mystérieux, constitue en quelque sorte un « arrangement » de leur raison avec elle-même. Parce qu’elle n’a pas les moyens de dépasser ce qui lui apparaît comme une difficulté, elle la pose en réalité comme “une question pure” dont la réponse parfaitement subjective qu’est “c’est ainsi” constitue la réponse. De ce fait, le mystère est la forme donnée à une question que la raison échoue à résoudre. Contrairement à sont énoncé cependant, ce à quoi la réponse « c’est ainsi » est donnée ne consiste pas “en un mystère dégradé en problème par une sorte de corruption de l’intelligence », mais bien une question authentique dégradée en “question pure”, faisant de “c’est ainsi”, la réponse que l’esprit corrompu considère comme vraie pour continuer à avancer, sans avoir obtenu la réponse, la vraie. Mais, comme le souligne cependant Verneaux, ce procédé relève d’ « une procédure foncièrement vicieuse » de l’esprit. Car, échouer à résoudre une question n’en fait cependant pas une question non résoluble justifiant sa dégradation en “question pure”. Ainsi, un mystère n’est même pas une question (ou un problème) insoluble tant que les hommes et la société humaine existent. Elle le devient quand les hommes font vérité, leur part de subjectivité qui bloque leur marche vers précisément la vérité. On peut également observer que le prix que l’homme paie pour un tel arrangement avec son propre esprit, c’est l’inexistence d’une véritable marche en avant, puisqu’elle est aussi corrompue. C’est pourquoi, et jusqu’à ce qu’a ce qu’on aboutisse au savoir ou à la continuation de la marche de l’esprit auquel ce que nous désignons par mystère nous invite, tout ce qu’on peut faire à son égard, comme le dit Verneaux « est de le reconnaître et de s’en approcher par une réflexion concrète et par un effort de recueillement”, s’agissant de l’idée de Dieu par exemple.

Si nous rapprochons ces énoncés de la question africaine recherchée, on pourrait être tenté d’en faire un mystère, tant il existe encore beaucoup d’africains à dire de leur difficulté «  c’est ainsi », tant ils peinent à y parvenir, tant la définition même de la difficulté est peu claire et les formes de sa conversion en vue de sa résolution obscures en l’esprit. Plutôt que d’en faire avec eux un mystère par une sorte de corruption de l’esprit, nous préférons susciter sa plasticité pour la reconnaître comme une question à poser et à résoudre ensemble. Même si elle apparaît à certains esprits comme un mystère, tout ce que nous avons à en faire, est de reconnaître qu’elle est certes difficile à résoudre, cependant que pour cette raison précise à laquelle contribue la subjectivité de chaque africain, nous devons chercher à limiter cette part dans l’espace social commun. Rechercher et poser cette difficulté par un effort de méthodologie et de débat, c’est alors et d’une certaine manière la déplacer du champ personnel dans le champ social commun. Car, dans le premier espace et dans le noir des subjectivités, elle peut apparaître comme un mystère tandis que dans l’espace commun éclairé par le débat, la difficulté apparaît fragile, sous sa forme de question. Telle peut être la voie pour en faire une difficulté résoluble par la raison commune et la subjectivité résiduelle de chacun.

Ainsi, au terme de ces éléments de définition, nous pouvons nous placer dans un espace social commun. De ce point de vue et sous ce nouvel angle, nous voyons bien que la difficulté principale de l’Afrique et son existence sur laquelle est porte relèvent d’une question et non pas d’un mystère. Elle est par conséquent résoluble. Rien non plus ne justifie qu’on la dégrade en une “question pure” résoluble par la seule subjectivité. “C’est ainsi”, comme la forme d’expression la plus assassine du besoin de savoir et d’avancer vers la vérité, en tant que la réduction de la difficulté, ne peut constituer sa réponse. L’Afrique peut donc considérablement progresser à l’égard de toutes ses difficultés, tant qu’elles peuvent prendre la forme de questions, dans la mesure où « il n’y a de progrès que dans le problématique », comme l’affirme Verneaux. Le premier progrès que l’Afrique peut réaliser est précisément d’identifier la problématique centrale de son existence. La revue de l’ensemble des réalités africaines et des difficultés particulières s’y rapportant peuvent y contribuer. Avant de procéder à cet examen, il convient de cerner de plus près les termes habituellement utilisés pour les désigner afin d’éviter tout équivoque. De ce point de vue, nous choisissons de ne pas faire preuve de rigueur dans l’utilisation des notions de problème et de question, l’une prise pour l’autre dans la vie courante. En conséquence et dans la suite de ce travail, la question sera aussi désignée par  problème afin de faciliter pour le lecteur, la compréhension des thèses développées. Commençons donc par cerner d’un peu plus près, ce que peut être le problème commun de l’Afrique.

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(1) Verneaux Roger. “La Notion de Problème”. In: Revue Philosophique de Louvain. Troisième série, tome 49, n°21, 1951. pp. 57-77

Sortir l’Afrique du noir, tout un programme !

Sortir l’Afrique du noir peut constituer un état d’esprit.

Le bref bilan dressé concernant l’économie de l’existence de l’Afrique montre une constance : sa difficulté spécifique de vivre. Et, cette évidence, elle ne peut la balayer d’un revers de certitudes dont elle en a le secret. Sortir l’Afrique du noir, amorcer une véritable modification de sa trajectoire existentielle, tel est l’enjeu au regard de ce bilan et de sa réalité concrète aujourd’hui. Dans le passé et quelque soit ce qu’a pu être le rôle joué par d’Autres, il est tout à fait clair que la grande masse des africains n’ont pas eu de relations directes avec ces autres, hormis leurs gouvernants. L’essentiel de la relation humaine  a consisté en celle, d’une part entre cette masse d’hommes et leurs gouvernants, d’une part et d’autre part, l’autre entre ces derniers eux-mêmes et enfin avec les “Autres”. Il en est de même de la réalité africaine aujourd’hui. Si de ces relations il a résulté et résulte encore de grandes souffrances pour les africains, c’est en interrogeant la société africaine que l’on peut accéder à des réponses approchant les éléments de leurs mécanismes et explication. Or, la souffrance, c’est ce que ressentent les hommes qui ne marchent pas vers l’avant, vers le progrès, qui reculent ou qui réalisent un mouvement en boucle sans intérêt pour la conscience humaine. Car l’esprit progresse ou souffre : par exemple revenir à son point de départ ou ne pas avancer lui sont insupportables. Être dans une l’une de telles situations, c’est pour les hommes être dans le noir. C’est pourquoi, l’Afrique doit sortir du noir, ce qui signifie se mettre à marcher vers l’avant.

Sur le trajet de cette marche, il importe de percevoir de la même manière le noir renvoyé par l’environnement, rien de plus ou de moins que comme chacune des couleurs accessibles, en tant que réalité qui est simplement. Le faire sans sursaut, ni attention particulière qui épuise l’énergie vitale. Sans volonté aucune de briser la liberté d’autres acteurs de percevoir le noir, au-delà de la réalité qu’elle est, une couleur parmi d’autres. Accepter et respecter leur liberté, c’est pour l’acteur africain responsable de lui, le moyen le moins coûteux et le plus efficace de vivre et de renforcer la sienne. Cela signifie également accepter le noir, en tant que concept et désignation d’une couleur, parce différente d’autres couleurs, dont la singularité ne tient qu’à des longueurs d’ondes précises de la lumière. Comme couleur particulière des africains noirs, elle est le résultat de leur adaptation à leur environnement contingent depuis leur apparition. Comme les hommes dits blancs ou jaunes et toutes leurs nuances ont procédé également, sans avoir participé à cela. Le phénotype des hommes est le signe même de leur lutte et rapport à l’environnement. Si l’environnement subit l’exigence d’exister des hommes, ces derniers portent de leur côté ses impacts. En poursuivant ce sujet, chacun notera que toutes les communautés humaines se trompent sur les réalités. Ils les perçoivent avec une honteuse mauvaise foi parfois. L’européen n’est pas blanc. L’africain au sud du Sahara n’est pas non plus noir. Quant aux asiatiques, les voir jaunes relève d’une volonté malsaine et réalisée avec un manque évident de rigueur de la part d’hommes se définissant et entendant se distinguer par la raison et donc par la précision. Elles ont agit ainsi, soit par volonté restrictive, soit peut-être par pure et honnête simplification ou approximation. Il faut observer que la question de la couleur tégumentaire ne se posait sans doute pas tant que chacun croyait être seul, l’Homme. Qui pense que l’obscurité des grottes les a conduits à cette appréciation ? A notre sens, seules deux hypothèses approchent l’explication de cette réalité. D’une part, l’une considère l’ignorance des hommes. Tous les nouveaux nés naissent avec une teinte proche de la couleur de la chair, avant qu’aussitôt la mémoire de l’histoire des hommes dans leur rapport à l’environnement oriente leur couleur finale. Cette mémoire historique, c’est le résultat de leur adaptation à environnement. D’autre part, l’autre hypothèse conçoit une intention visant à fractionner l’homme pour justifier la domestication de ses parties, comme l’homme a procède depuis le néolithique pour les plantes et les animaux. Cette hypothèse constitue un élément d’explication de l’histoire des hommes.

Sortir du noir, cela signifie aussi se libérer de l’obscurité qu’alimentent la méconnaissance, le refus et les regrets des réalités passées de l’Afrique ainsi que la volonté d’absolu, y compris de nos jours. Tétanisée et encore sidérée par ces réalités d’hier qu’elle vit par procuration, l’Afrique peine dans sa grande majorité à percevoir que dans l’histoire personne n’a raison ni n’a tort. Tous les hommes sont en quête de ce qu’ils entendent être. Ils se trompent parfois. Et ils continueront de se tromper. Il n’y a aucune compassion à exprimer à l’égard de quelques acteurs que ce soient, puisque aucun homme n’est supérieur à un autre, encore moins que ceux d’aujourd’hui le soient par rapport à ceux d’hier. La juste attitude consiste à faire preuve d’humilité. Reconnaître et accepter la juste réalité de l’homme par rapport à ce que les contemporains prétendent d’eux-mêmes et par rapport à l’environnement. Tel est le chemin du véritable progrès. C’est précisément l’attitude utile pour approcher la réalisation du résultat de la quête de tous les hommes : à savoir être et exister en hommes, selon et conformément à leur propre volonté. Mais des hommes en tant que réalités singulières, parce qu’ayant une capacité à influencer leur être et leur existence dans un équilibre avantageux avec son environnement vital.

Quoi qu’il en soit, la couleur appréciée de bonne ou de mauvaise foi n’a pas pesé objectivement lourd, comme déterminant de l’agir des hommes envers d’autres. Autrement, ni les berbères, ni les arabes dans le Maghreb, ni les asiatiques d’Indochine, de l’Inde, ni les peuples d’Amérique du Sud, ni des peuples d’Europe n’auraient connu dans l’histoire la servitude sous toutes ses formes, l’esclavage et la colonisation en particulier. Il convient de se rendre à l’évidence : le fait d’être noir n’est pas dans l’histoire, un facteur déterminant ; il a constitué sans aucun doute un subterfuge à travers lequel des hommes ont rusé avec leur raison et leurs croyances, pour réaliser leurs aspirations à une existence moins difficile. C’est pourquoi il faut en sortir. Et, le temps est venu pour les africains qui sont plongés dans ce noir de le faire. L’Afrique doit influencer le temps. Faire arriver le crépuscule d’une période où se plaindre d’autres hommes suffisait à lui donner du sens à ce qu’elle est une époque donnée. Initier et sonner l’aube où l’africain responsable de lui-même mais également de tous les hommes et où son action tente de réaliser l’Homme qui justifiait ses plaintes et ses revers de main à l’égard des autres hommes. Chacun en Afrique doit assumer sa responsabilité d’être ce qu’il prétend et entend être et qu’il reproche précisément aux autres de ne pas être ou de n’avoir pas été dans le passé. C’est une raison suffisante pour que la tentative la plus simple soit d’exprimer chaque perception de ce qu’est le monde, de ce que chacun entend être et agir dans cette direction. Il est sans doute ce système auto-régulé dans lequel chacun est acteur et non victime ; cela, contrairement à ce que les hommes aiment trop souvent se le représenter dès que leurs productions aboutissent au résultat inverse de leur volonté et aspirations. Ce monde est aussi cet espace et son contenu dans lequel chacun se croit innocent de tout, lorsque ses productions aboutissent à un confort et à un équilibre sectaire mais sans nul doute précaire.

Quelle est la question centrale, puisqu’elle existe, dont le fait même de la poser comme problème à résoudre permettra à l’Afrique de continuer sa marche vers l’avant, de sortir du noir ? Voici l’objet de cet espace. La réponse que chaque africain lui donnera alimentera, nous l’espérons, le débat pour définir l’enjeu de l’Afrique. Il est essentiel car il conditionne la qualité des réponses africaines pour produire cet Homme. Nous avons des raisons d’espérer. Quand nous voyons, prenant un seul exemple, la façon dont les jeunes africains se sont appropriés les outils modernes de communication, nous disons qu’il y a là des possibilités de s’étonner davantage, de poser des questions et de s’en poser, de tenter d’y répondre ou de rechercher des réponses. Des débats sont engagés sur Internet. Ils font des efforts pour exprimer leur avis sur tout ; disent ou font aussi des conneries sur la «La Toile ». Certes, il y a des dangers de désinformation, de méconnaissances et pire encore de déraison. Mais, ils ont raison de préférer que tout soit possible, le pire comme le meilleur, plutôt que rien ne le soit ou que finalement tout soit, contre leur volonté. Étonnement, questions et tentatives de résolution, tels sont les aspects de leur nouvelle trajectoire. C’est en cela que l’économie africaine de vivre peut prendre un virage, un pont ou s’accélérer. C’est un espoir que nous entendons contribuer à nourrir.

Le bilan de l’économie africaine nous rend compte des principes qui y ont conduit. Des africains croient tout savoir ; savent-ils vraiment quelque chose ? Des africains ont peur de vivre parce qu’ils ont conscience qu’elle comporte des dangers. Mais, est-ce ainsi vivre ? Ils font de l’innovation principale au Néolithique, à savoir la domestication ou assujettissement, la limite de l’innovation des hommes. Ils sont par conséquent à l’arrêt et ne marchent plus depuis cette période. Des hommes qui ne marchent plus vers le progrès, c’est-à-dire qui n’accumulent plus, à chaque étape de leur vie, des connaissances pour améliorer leur condition de vivants et d’existants, sans nuisance aucune ou peu, puisque cela est inévitable, sont-ils raisonnables ? Est-ce même des hommes que ceux qui ne tentent pas de vivre pas ainsi ? Puisque les africains, le sont, je suis convaincu que nous nous accorderons sur ce point.

Ainsi, au delà de l’obscurité concrète dans laquelle sa plus grande partie est plongée dès le coucher du soleil, qui préoccupe tant d’hommes, la plus grande obscurité est celle dans laquelle se trouve l’homme qui ne marche pas vers l’avant, de progrès concrets en progrès en progrès. Il y aura des contradicteurs pour me dire que l’Afrique progresse. C’est pourquoi, il faut ajouter, de progrès “principes” communs, en progrès principes communs. Car, ce sont qui influencent sa direction, son sens, sa vitesse et son  amplitude. Appréciez par exemple, le temps qu’il aura fallu à un rayon lumineux électrique pour parvient aujourd’hui  à un quelconque village africain depuis Thomas Edison et tous les autres pionniers. Puis, observez l’usage qui en sera fait à la faveur d’un abonnement, avant que ses utilisateurs n’acceptent de continuer leur vie dans le noir sous des lampe-tempêtes. Qu’est-ce que le progrès dans une telle dynamique ? Si on ne s’en tenait qu’à un progrès concret, on peut considérer le prolongement de la visibilité est un progrès dans la mesure où il facilite les déplacements et actions nocturnes. Mais, il est furtif puisque qu’on revient à la situation dans laquelle on voit avec difficulté. S’il y a un accord pour considérer le premier mouvement comme tel, on peut néanmoins dire qu’il ne constitue guère un progrès “principe”, celui dont peut découler tous les autres et les rendre durables, comme par exemple maintenir l’abonnement et donc le prolongement de la visibilité, et pourquoi pas, trouver les meilleures manières par exemple de mettre ce temps de visibilité facilitée et prolongée au service de la réalisation d’autres progrès ?

Sortir du noir, c’est d’une certainement manière accepter de revoir ses conceptions, ses hypothèses et ses vérités ; accepter que la réalité n’est pas toujours que ce qu’on pense qu’elle est. C’est dépasser ses subjectivités et questionner ses vérités. C’est le programme d’une vie d’homme, mais le programme qui peut unir les hommes et rendre possible un espace social commun apaisé et productif de progrès.

A propos d’Economie de l’existence ou du progrès

Dans cet espace, des termes reviennent souvent. Par exemple : L’Afrique peine à exister. Nous signifions par cela que des difficultés innombrables l’éprouvent dans son existence. Vous observerez que j’évite d’énoncer qu’elle éprouve des difficultés. En effet, dans la volonté d’être “La Totalité”, les hommes tendent à accorder à leur juste réalité, une dimension plus grande qu’elle ne l’est, en travestissant la réalité. Ainsi, dans la seconde formulation, il semble que ce sont les hommes qui mettent à l’épreuve les difficultés et non le contraire. C’est pourquoi, avant même d’aller plus loin, il convient de s’accorder sur le fait que ce sont les africains qui sont mis à l’épreuve, qui sont éprouvés par des difficultés et non le contraire.

Qu’est-ce qu’exister veut dire ? Quelle est la différence entre vivre et exister ? Peut-on être sans exister ? Qu’en-est-il de l’inverse ? Efforçons nous de ne pas nous égarer dans les méandres de conceptions philosophiques. Au contraire, attachons-nous à nous rapprocher  de la réalité concrète et à ne pas nous en éloigner. Vivre, c’est faire une sorte d’économie de l’existence ; on existe selon les modalités de la continuation de l’être en tant que donnée initiale. Or, dans cet espace, nous entendons partager une réflexion et donner un point de vue sur la façon dont les communautés africaines tentent, par leurs productions, d’améliorer les conditions de leur existence, pour elles-mêmes et pour réaliser les hommes tels qu’ils les conçoivent et qu’ils entendent être. Vivre a donc à avoir avec l’expression de ce qu’on pense ou aspire à être, dans les limites des contraintes qu’on ne peut pas toujours dépasser. Les états d’âmes des africains amènent donc à énoncer que vivre c’est tenter de réaliser les hommes qu’ils reprochent régulièrement aux autres de n’avoir pas été naguère et de continuer à ne pas être au présent.Les productions humaines, telles que la politique et la religion constituent certains des moyens de l’histoire pour réaliser la finalité la plus élevée, constituée par la liberté dans le meilleur équilibre possible avec l’environnement.

L’économie, dans son sens marchand, en est un autre. Que ce soit l’économie, dans son sens le plus commun, la politique ou la religion, chacun de ces moyens procède de rapports et d’échanges entre les hommes d’une communauté donnée et avec leur environnement. En ce sens, vivre, c’est faire l’économie de l’existence, pour réaliser l’idée d’Homme et de communauté humaine que chacun se fait. Ainsi, il nous apparaît que, dans la mesure où cette réflexion aborde la façon dont les communautés africaines procèdent pour y parvenir, il était sensé de parler d’économie africaine de l’existence.

Le dictionnaire Larousse, comme d’autres dictionnaires, définit l’économie dans son sens commun, comme l’« ensemble des activités d’une communauté humaine relatives à la production, à la distribution et à la consommation des richesses ». L’économie s’entend aussi « la régulation et l’organisation visant à une diminution des dépenses, à une adaptation parfaite au but visé ». Elle concerne enfin l’ « organisation des parties d’un ensemble, d’un système ou d’une structure » pour la/le rendre adapté(e). En appliquant cette définition au concept d’économie de l’existence ci-dessus introduit, on peut renvoyer la réflexion aux axes ci-dessous précisés, qui consistent essentiellement en des questions.

Quelle est la perception africaine de la communauté d’économie ? En d’autres termes, quelles communautés humaines font l’économie de la vie en Afrique ? On songe tout de suite aux États-nations. Mais au delà de ces entités qui résultent de l’histoire récente, il y a les groupes communautaires moyennent étendus et les plus restreints. Communément, ils sont nommés par ethnies ou leur regroupement, qu’il soit d’ordre linguistique, culturel, religieux ou social. Il y a également l’histoire diversement vécue par ces communautés et dont la perception influence leurs rapports. Au delà des communautés, il y a aussi les villes et la ruralité qui ne se distinguent guère plus par le taux d’alphabétisation, ni par l’aspiration à un même mode de vie, même si les différentes restent importantes de ce point de vue. Quels rôles jouent les vieux autrefois sacralisés ainsi que les chefs de communautés ? Leurs pouvoirs restent larges, bien qu’en cours d’érosion. Quels rôle, ces pouvoirs qui demeurent cependant non institutionnalisés dans l’État moderne ou très faiblement, jouent-ils dans la constitution de la communauté d’économie ? Ces communautés sont-elles toutes orientées vers la production du même bien ou en d’autres termes, ont-elles le même cap ? Ont-elles toutes la même définition de l’Homme et de la société humaine à produire collectivement ? Tels sont quelques uns des sujets abordés par le livre.

Quelles activités ces communautés mènent-elles pour exister ? Les génocides, les guerres civiles, les coups d’États, les processus électoraux dignes de veillées d’armes font partie de ces activités. L’exercice du pouvoir traditionnel et la gouvernance institutionnelle moderne comme activités sont également questionnés. Les résultats auxquels aboutissent ces activités indiquent qu’il y a des difficultés d’organisation, de pratiques et de régulation. Cependant il y aussi l’économie usuelle informelle, les efforts d’alphabétisation, la lutte contre le sida, les efforts d’apprentissage de la démocratie pour davantage de liberté individuelle et collective. Les jeunes les plus nombreux en Afrique, et dont le nombre augmentent sans cesse, qui tentent de prendre en mains leur vie. Que ces activités soient d’ordre politique, économique, social, culturel, il n’est pas sans intérêt de s’interroger sur la façon de les mener. Existe-t-il des forces convergentes ou divergentes qui peuvent les renforcer ou au contraire les freiner par rapport à la production d’un bien commun. La définition d’un tel bien n’est peut-être pas claire pour tous, ni partagée par tous. Enfin, le questionnement amène à aborder les efforts d’implication de l’ensemble des composants des communautés nationales dans cette économie collective.

Que produisent les communautés africaines ? Ces productions améliorent-elles les circonstances concrètes de leur existence ? En d’autres termes, produisent-elles du progrès ? Lequel progrès est à comprendre comme la réduction de leurs difficultés de vivre. Les États-nations africains croulent sous les dettes qui minent même les nations les plus puissantes. Pendant ce temps-là, des gouvernants et élites sont les classes aisées des communautés. La plupart de ces États produisent, depuis leur reconnaissance en tant qu’entités libres, des guerres et troubles divers graves qui freinent les autres productions et leur marche en avant. L’Afrique se lamente et peste souvent contre des responsables extérieurs, érigés en arguments pour justifier le renforcement de la peine de vivre des populations. Mais tout n’est pas noir, fort heureusement. Au plan politique, certaines communautés nationales produisent néanmoins des alternances pacifiques au pouvoir et davantage de cohésion. Pourvu que cela soit continu, en amélioration et durable. Des classes moyennes se font jour et de plus en plus de jeunes sont instruits. Les villes et la ruralité se rapprochent davantage grâce à l’école, au téléphone portable, à internet, à l’électricité, à l’eau potable, à la santé. Dans ce méli-mélo bariolé de la vie africaine, il apparaît utile de réfléchir à l’intérêt de la définition de biens prioritaires dont le besoin est partagé par le plus grand nombre. C’est la condition pour limiter les égarements et les dispersions qui, à défaut de contribuer à produire ces biens fondamentaux, empêchent tout progrès en cette direction. Quel est le niveau de la liberté en tant que bien immatériel fondamental ? Est-elle un enjeu de production porté à l’appréciation des communautés, comme réalité au cœur du cercle vertueux que doit décrire une économie adaptée du progrès ?

Les résultats de l’économie collective sont-ils partagés ? Comment les communautés africaines partagent ou distribuent-t-elles le résultat de leur économie ? Là encore, il n’est pas inutile de questionner la façon dont les biens sont partagés. Bien sûr, il y a les biens matériels mais il y a surtout des biens abstraits que sont la liberté, l’équité, les connaissances d’eux-mêmes et de leur environnement, celles du passé et du présent, les hypothèses sur l’avenir. Dans une telle économie, les activités doivent promouvoir une bonne distribution de leurs résultats consistant en biens fondamentaux collectifs. L’intérêt et l’utilité de tels biens résident principalement dans leur plus large partage et diffusion qui, associés à un bon usage ou consommation, alimente le cycle vertueux de leur production. Ainsi, par exemple, la liberté qui en fait partie, n’est qu’à cette seule condition. Qu’en est-il de la distribution de ces biens en économie africaine ? Si parfois des communautés en viennent à la guerre pour le pouvoir, c’est fondamentalement pour s’assurer de disposer de la meilleur part du résultat de la production historique. Comme si la liberté et l’équilibre étaient des biens stockés. En ce sens, réfléchir à la manière selon laquelle les communautés pourraient partager et diffuser la liberté est une nécessité. De ces questionnements pourront jaillir peut-être des possibilités d’assurance d’une meilleure production, distribution et utilisation de la liberté. C’est en cela que les africains pourront en produire davantage, à la hauteur de leurs attentes légitimes, celles de contribuer à réaliser l’Homme de leur volonté d’être.

Les communautés africaines valorisent-elles les résultats de leur économie de l’existence ? Comment consomment-elles la liberté produite, si tant est qu’elles en produisent ou usent-elles des résultats de leur économie ? Dans le cadre de leur économie collective, les biens qu’ils produisent appartiennent à tous au sein des communautés nationales, en même temps qu’à chacun individuellement. Par le fait même de former une communauté d’économie, ils constituent un pouvoir collectif. Certes, ils le cèdent temporairement à leurs gouvernants et leaders, pour son usage et exercice, en leurs noms. L’exercice de ce pouvoir collectif concédé concerne-t-il des activités qui renforcent la production des biens fondamentaux, en particulier la liberté et l’égalité et la réduction équitable de la difficulté de vivre de tous ? Si tel n’est pas le cas, une communauté restreinte donnée, en tant que partie de la communauté nationale peut-elle trouver durablement son intérêt à céder l’exercice de sa portion de liberté à quiconque détient le pouvoir en son nom ? L’usage ou consommation des biens, vu sous cet angle, n’appelle-t-il pas à s’interroger sur cette consommation, au regard du cycle d’hier et surtout actuel de l’économie africaine de l’existence ? L’enjeu est de savoir si la façon de consommer les biens produits permet de créer et d’alimenter un cycle vertueux au profit de la production de davantage de progrès collectifs. Cette interrogation renvoie à la question de savoir pourquoi est un cycle vertueux d’économie est-il nécessaire ? Elle rejoint celle, justifiant toutes les questions, de savoir pourquoi l’économie de l’existence ensemble ?

Quel est le but de l’économie collective africaine de vivre ? Être ne doit rien à personne. Mais être est souffrance. Un homme qui est, est par conséquent est un être souffrant. Réduire la peine d’être, telle est la finalité de vivre. Exister, ce sont les circonstances et la manière dont on est. L’économie de vivre produit cette manière. Et, souffrir pour les hommes, c’est comme être dans l’obscurité. Traiter cette souffrance, c’est comme sortir du noir. Pour les hommes, l’économie collective en est le moyen.

Toutes ces questions nourriront le débat engagé. Leur intérêt, c’est de tenter de poser, sous la forme d’un problème à résoudre, la difficulté principale, celle qui explique fondamentalement et en partie, les circonstances concrètes de l’existence des africains aujourd’hui et à laquelle conduit leur économie collective si peu efficiente.

Terrorisme, etc… et le problème de l’Afrique

A notre époque, une partie du monde est aux prises avec le terrorisme dans un contexte de mondialisation des rapports humains. Au croisement de volontés de maintenir des empires et de les conforter et de celles opposées, d’en raccommoder d’autres à tous les prix , fissurés de toutes parts et disloqués depuis bien longtemps par l’histoire, se trouve l’Afrique. Ce développement de l’histoire met à l’ordre du jour la question de l’existence des africains.

Depuis les indépendances entre les années 1960 et 2000, l’Afrique a souvent bénéficié de la volonté de coopération compatissante et souvent à dessein des différents empires et parfois de leurs reproches dédaigneux. Depuis, notre attention se porte sur son existence et sur la question qu’elle suscite au regard de toute son histoire. On se demande parfois comment elle procède pour continuer même à exister, à exister dans le noir. On peut surtout se poser cette question aujourd’hui quand on la voit consacrer une part importante de la liberté recouvrée à renforcer l’adversité à son détriment et à l’y maintenir. Quoi qu’il en soit, elle est brutalement réveillée de sa somnolence.

Des groupes armés se réclamant de la religion de l’Islam, au désespoir des hommes de la foi espérance, occupent sa moitié nord et sèment la mort et la terreur. L’un de ces groupes, constitué par des africains eux-mêmes, a capturé plus de deux cent jeunes filles au cœur du continent, comme un trophée et une démonstration de puissance, sans que la détermination de l’Afrique à refuser cette nouvelle forme d’oppression soit à la hauteur de sa peine actuelle et de sa mémoire traumatique. Pour espérer se faire respecter et améliorer leur niveau de difficulté de vivre, d’autres africains, regroupés en mouvement politique n’ont pas trouvé de meilleure solution que de pactiser, à la place du soumis, avec des gens prêts à vaincre en mourant, mais surtout pour permettre à ceux des leurs qui survivent de tout domestiquer, y compris d’eux-mêmes.  Ils procèdent ainsi, comme naguère quand certains de nos aïeux acceptaient des formes de commerce dont la marchandise étaient constituée par certains de leurs contemporains. Comme d’autres encore, au temps colonial, acceptaient d’être les marteaux écrasant d’autres contemporains pour espérer réduire leurs difficultés de vivre. Pas plus tard qu’hier, encore une fois au cœur de l’Afrique et au nom de leur liberté également, des africains en ont découpé d’autres à la machette pour échapper à une vie d’adversité. Aujourd’hui même, peut-être, d’autres se préparent à un affrontement délibératoire par le sang versé pour avoir l’autorité armée d’exercer un pouvoir qui ne peut les protéger eux-mêmes et à fortiori ceux au nom desquels ils entendent se faire empereurs d’empires qu’ils n’ont pas bâtis ni préparés à anticiper ou affronter l’adversité. Ainsi, comme si la société africaine était devenue inconsciente l’indépendance acquise, les productions collectives toxiques mais cependant non absurdes du point de vue de leurs auteurs pourraient être énumérées. Mais qui peut consacrer ses efforts pour donner sa saveur au temps à le faire ; ce temps que son existence révèle et colorie ? Comme dans ses histoires passées, elle se montre incapable d’anticiper et de faire face à l’adversité ; elle se contente de remettre « son sort » aux Autres. Cela n’aurait été révoltant si finalement elle ne trouvait guère son salut dans leur indexation. Tel est le point où l’Afrique en est dans sa marche et qu’il convient de dépasser. Le moins qu’on puisse dire est qu’elle contribue fortement à ses propres malheurs. La preuve est ainsi faite qu’il y a dans l’histoire des hommes, une grande part des pauvres eux-mêmes, peu importe et bon gré, malgré, celle des Autres et de sa nature. Et sur ce point, j’aurais aimé en débattre avec ce grand africain et homme qu’était et que demeure pour tojours Chinua Achebe et pour lequel j’ai beaucoup d’admiration et d’affection.

Pourtant, Napoléon lui-même pensait avoir échoué avec ses plans et ses exploits machiavéliques en prévoyant les guerres de nationalité après celles de la religion, de la « race », et de la suprématie culturelle qui secouèrent tous les hommes, où qu’ils soient sur terre jusqu’aux confins du XVIIIe siècle. Il avait raison sur l’introduction de la nation ; il semble aussi que les autres aspects des guerres n’ont pas fondamentalement changé, même si les périodes de calme nous endorment au point de croire en leur disparition en l’esprit des hommes. Personne ne conteste le fait que le XIXe siècle a donné le coup d’envoi du réveil et de l’émancipation des peuples dominés par les empires existants et leurs rares rivaux. Non pas parce que ces peuples avaient eu une illumination que certains qualifieraient de divine. Mais, tout simplement par ce que les empires eux-mêmes ont influencé leur esprit, quant à cette possibilité de changement et aux moyens d’y parvenir qu’ils leur ont fournis. Peut-être doutaient-ils de leur capacité à en avoir la conscience et de les exploiter à leurs profits. N’étaient-ils pas autres choses que des hommes en leur esprit ? Tous les peuples dominés ont tenté d’être aux commandes de leur existence à partir du XIXe siècle. Les africains qui nous préoccupent figurent parmi eux. Face au déchaînement de l’adversité qui n’épargnait aucun homme sur terre, ils y sont partiellement parvenus eux-aussi à partir de l’aube des années 1960 ; à genoux et rampants ou debout mais bien courbés, sous le poids de la puissance des empires, mêmes affaiblis par leurs antagonismes qui permirent l’émergence de peules dominés auparavant. Une large partie de l’Afrique d’hier pensait sans doute que la séparation-inclusion à l’amiable des empires et sans le sacrifice de payer le véritable prix de la liberté, sans faire des guerres même asymétriques, éteignait la volonté initiale à laquelle elle a associé la sienne, et en étant à la place du partenaire soumis. Ce choix l’a conduite sur le chemin de ses souffrances, sans aucune dignité ni gloire. En tous cas, que des africains démontrent le contraire. Cette vision infantile influence toute son histoire. Cela étant, dans les périodes d’indigestion du passé et du présent et au regard de ce qui se passe, on peut se poser une question : le terrorisme est-il la réponse qui aurait rendu les africains fiers de tous leurs aïeux qui en auraient fait leur voie pour contribuer à la production de leur histoire ? C’est parce que peu d’africains ont la réponse à cette question que le passé n’a pas à être jugé, mais simplement constaté. C’est aussi pour la même raison que cette question n’a finalement aucun intérêt puisque ce qui compte est ce que nous choisissons, décidons de faire et faisons aujourd’hui. Sans doute, devons-nous aussi considérer et reconnaître le machiavélisme, que l’on qualifie parfois de pragmatisme, d’abus de savoir, de connaissances ou de confiance, sans indexer leurs auteurs, puisque tout cela fait partie de la vie. Quoi que cela répugne parfois l’homme ; celui qui se ment à lui-même ou tente de se cacher de lui-même ou de ruser avec ce qu’il est. Les projets opposés de faire des africains  des hommes, à la condition de leur affecter un esprit à et une sensibilité, à racheter et à rapprocher, dans un cas, de celui de l’oriental, donc musulman et dans l’autre, de l’occidental, donc chrétien n’a jamais disparu pour autant. N’est-ce pas ainsi qu’après le long intermède musulman, qu’elle intègre et demeure globalement dans l’empire occidental, chrétien, après qu’une large partie ait été arrachée ou éloignée de l’empire oriental, arabe et musulman ? Cela étant, du point de vue de l’histoire des hommes, ces volonté croisées d’exister sont-elles un tort ? Pour ma part, il me semble que la réponse est qu’il appartient à l’Afrique de s’engager sur le chemin de l’affirmation de la sienne et de la recherche des aspects susceptibles de faire l’objet d’accords.

Si donc l’Afrique pense qu’il n’appartient pas à d’autres de faire d’elle humaine, qu’elle n’a aucun choix à faire entre Orient et Occident, qu’elle n’a pas à choisir « son maître » en quelque sorte ; si elle pense que raisonner ainsi est juste et qu’en revanche, ces volontés sont injustes et la répugnent, alors une question s’impose à elle : qu’est-ce qu’elle fait de ses marges de manœuvre en tant qu’actrice ? Telle est la question centrale. Cette question est identique pour tous les peuples. Notamment, ceux meurtris par une histoire dont leur seul mérite est d’être parvenus à continuer à exister, malgré leurs nombreuses erreurs au milieu d’une réalité globale dans laquelle d’autres avaient mieux orienté ou anticipé le leur. Ces époques qu’elle a vécues et auxquelles ses aïeux ont contribué, elle les regarde aujourd’hui en refusant de les accepter alors qu’il n’y plus rien dont on doive accepter ou refuser l’existence, puisque tout a été. Elle lutte ainsi à contre courant et inutilement contre ce qui a été. A ce sujet, je connais un africain dont le sobriquet était : “L’eau versée”. A l’appel, il répondait, “on ne peut la ramasser et la reconstituer”. Peut-être qu’il avait tort. Car qu’aujourd’hui, tant qu’elle ne s’est pas évaporée ni n’a été utilisée par quelque plante, l’association de plusieurs techniques devraient permettre de l’extraire de la terre dans laquelle est s’est infiltrée, puis de la purifier pour lui rendre son état initial. Malgré tout, lorsque son humeur était plutôt rieuse, il répondait “Qui”, pour interroger “qui peut la ramasser ?” Nous reviendrons plus tard sur cette digression à propos du passé. La question posée ci-dessus concerne davantage l’Afrique au regard de sa situation aujourd’hui, dont la seule connaissance que les africains eux-mêmes ainsi que les hommes dans le monde en ont est son extrême difficulté a à exister, à tous les points de vue ; même en comparaison des peuples qui ont eu une trajectoire comparable à la sienne depuis le début l’histoire. Le fait qu’elle ne soit pas seule dans cette circonstance historique n’est nullement un réconfort pour l’africain peinant à vivre.  Et, il y a des raisons d’espérer. Les conditions concrètes d’existence de nombreux africains les étonnent dorénavant bien plus qu’hier et les amènent à se poser des questions. Il n’y rien de mal en cela que quiconque doive stopper.

Ainsi, des africains parmi les plus méritants luttent en tentant d’éclairer la problématique. Ils le font parfois en suggérant leurs réponses à une question qui n’est finalement pas éclaircie ou mal posée. Des hommes, sensibles à la souffrance humaine procèdent autant, solidaires. Pour l’Africain sensible à la situation du continent, l’important est de contribuer à la compréhension de ces circonstances concrètes. Avec, autant que cela est possible, toute l’authenticité et la sincérité nécessaires. Procéder ainsi, même avec un dessein personnel associé, tant que cela peut servir la marche de l’Afrique, telle est le chemin de la véritable existence. Le faire, en acceptant l’esprit ouvert et la main tendu de tous ceux qui épousent sincèrement la cause de l’Afrique pour des motifs divers pouvant servir tous les hommes. Quand on est viscéralement africain, on est aussi chaque homme. C’est pourquoi, on ne peut pas accepter que  que l’Afrique s’abaisse désormais à choisir entre être orientale et musulmane ou être occidentale et chrétienne. Au contraire, elle doit affirmer et soumettre aux hommes sa voie menant à la définition de l’Homme et de la société humaine. Avec le souhait que cet homme soit, Le dénominateur commun que tous les hommes acceptent librement d’être. Sans doute, ce n’est pas la voie la plus simple, quand des hommes en avant dans cette réflexion et production pensent détenir la vérité. Cela étant, est-il nécessaire d’être l’altérité pour mériter son respect et sa confiance ? La différence qui délimite l’espace social commun et ne rend pas cet espace non vivable doit pouvoir suffire. Dans le cas contraire, n’est-ce pas accepter de ne pas être en devenant l’autre ?

C’est pourquoi, l’étude que nous proposons concerne la question essentielle de l’Afrique, comme synthèse de toutes les difficultés auxquelles elle a à faire face. Non résolue, elle la stoppe ou la freine considérablement dans sa marche historique. Elle est, avec toutes celles qui en découlent, à l’origine de sa grande difficulté de vivre, aujourd’hui, et à travers son histoire, bon gré, malgré son environnement et «les Autres ». L’ambition n’est pas de dresser des causes de ses difficultés, ni de trouver des coupables, des victimes, des bourreaux et des sauveurs. C’est encore moins, à cette étape de la réflexion, de proposer des réponses pour la résolution d’une question qui, à mon sens sens, est précisément l’inconnue que cet espace est censée démasquer.

La première étape consiste à bien cadrer la question à traiter que je rappelle ci-contre : quel est le problème commun de l’Afrique ?

A bientôt !

Comment reconnaît-on le problème de l’Afrique ?

Pourquoi ?

La question que nous étudions dans cet espace est celle qui conduit au débat premier de l’Afrique. Ce débat concerne celui de savoir quelle est la question principale de l’Afrique. Car, qu’elle consiste et soit formulée comme une question ou un problème, cette difficulté principale est confusément posée. En effet, lorsqu’on en vient à se demander quel est le problème commun de l’Afrique, on est embarrassé pour trouver la réponse. Cette question est équivalente à celle de savoir quelle est la situation insatisfaisante partagée par les Africains et considérée par eux, collectivement comme leur problème commun, celle dont leurs productions constituent leurs réponses. Car, les réponses que les analystes donnent jusque-là sont loin d’être satisfaisantes ou manquent de rigueur.

Tant qu’on s’en est tenu aux traumatismes du passé, en tant que le problème, on croyait l’avoir cerné. Et, il a été difficile de lui trouver d’autres définitions. La question ne se posait même pas. Au fur et à mesure que le temps passe, les Africains gagnent en autonomie en même temps que ces traumatismes sont peu à peu relégués dans l’histoire avec difficulté cependant. Désormais, leurs productions sont admises comme une partie du problème avant d’être aussitôt, généralement minorées par leur association avec la production des Autres. Cette dernière est globalement présentée comme l’essentiel. Cette évolution n’a conduit qu’à accorder un peu de place aux productions africaines, sans pour autant nous éclairer davantage le problème actuel que ne l’a fait l’indexation du passé. Car, est-ce raisonnable de penser que le passé constitue son problème actuel, que les « Autres » et leurs productions ou les Africains eux-mêmes et leurs productions le constituent ? Qu’est-ce que la réponse à un problème ? Et, quel lien a-t-elle avec une production humaine ? Quant aux acteurs africains, peuvent-ils lui être assimilés alors même qu’ils tentent péniblement et de manière malhabile d’y répondre, en mettant en œuvre leurs solutions ? Depuis fort longtemps, le débat ne donne pas de réponses à ces questions. Or, l’Afrique peine déjà à accepter le débat. Comment pourrait-elle en extraire le moindre intérêt si ses termes manquent de la respecter et de faire appel à son intelligence, malgré le poids de sa peine et son caractère farouche parfois. Nous disons qu’il convient que ses termes fassent sens ; qu’ils soient intelligibles pour elle et fassent appel à sa raison. N’est-ce pas l’absence de clarification de ces questions et le manque de rigueur induite qui potentialisent son problème ou du moins la difficulté pour le cerner ? Car, si au lieu d’évoquer des réponses africaines, mêmes toxiques pour elle-même, on pointe des causes, c’est considérer qu’elle cause sa situation pathogène. Certains franchissent même le pas de l’intentionnalité. Cela peut-il être sensé pour elle que de considérer que son intention est de se faire du mal, telle une schizophrène ? Nous disons non. L’intention les expliquant et les justifiant est à rechercher dans les problèmes tels qu’elle les perçoit et dont ses productions constituent ses réponses. Peut-être même qu’ils sont intériorisés et donc tus. Ainsi, le débat concernant la problématique de situation de l’Afrique souffre de l’absence d’un accord méthodologique ou de sa convenance, à priori. Les termes de problème, de causes, d’obstacles, de freins, de conséquences habituellement employés par les débatteurs manquent parfois de précisions. Ils majorent davantage les difficultés de compréhension de la réalité africaine qu’ils ne l’éclairent. C’est donc une nécessité que l’Afrique et les débatteurs s’accordent sur le terme de problème et autres concepts associés pour un débat productif et utile. C’est la raison pour laquelle, avant de tenter d’explorer la réalité africaine, à la suite d’autres, en quête de son problème commun, il importe de livrer notre compréhension de ce qu’est un problème. Le débat que cette définition introduit et l’accord auquel elle peut aboutir constitue l’accord initial et la condition d’un débat pertinent concernant celui de l’Afrique et ses manifestations.

Qu’est-ce qu’un problème ?

Très souvent dans vie courante et s’agissant d’un problème humain, dès que qu’un pose cette question, celui y répondant commence par nommer un responsable. Un coupable, en quelque sorte. Cette réponse est si commune qu’on l’entend la donner par un enfant, un conjoint, une communauté. C’est le fameux, « le problème, ce sont les Autres ». Par exemple, un enfant accourant en pleurs vers sa mère répondra «c’est tel frère ». Bien entendu, la mère ne comprend rien à ce qu’il veut exprimer comme problème dont les pleurs et larmes sont la conséquence. Ainsi, la définition d’un problème en désignant quelqu’un le rend parfaitement incompréhensible. C’est pourquoi, celui questionnant relance par « les Autres quoi ? », pour demander ce qu’ils ont fait ? Qu’a-t-il fait ton frère ?, rétorquera la mère. C’est en introduisant un fait, une action que l’on approche le problème. Mais, même là encore, il est difficile de comprendre le problème. Car si l’enfant répond « il est parti avec son copain », cela ne suffit toujours pas à expliquer le problème à sa mère, puisqu’elle ne voit rien de problématique dans le fait que l’autre frère soit allé avec son copain. « Et alors ? », relancera-t-elle à nouveau, dans le avec le souci de cerner davantage le problème de son fils. Et, quand ce dernier répondra enfin que l’acte libre de son frère le prive de la possibilité de continuer à jouer avec lui et qu’il se retrouve tout seul sans partenaire de jeu, alors sa mère commencera à comprendre les pleurs. Ainsi, un problème ne réside pas en un coupable, encore moins dans ses actes. Il est dans la situation induite. C’est en cela que dans son sens commun, un problème est défini par une situation présente et préoccupante à laquelle est confronté un individu ou un groupe d’individus. Sa modification présente des niveaux de difficultés. C’est donc une situation vécue, qu’elle le soit objectivement ou ressentie. Un problème s’objective quand une telle situation parvient à la conscience et est analysée puis jugée comme inacceptable par le ou le groupe concerné. Un problème est par conséquent loin d’être une situation neutre et impersonnelle, si bien qu’on entend souvent ceux qui en sont affectés définir le leur par un responsable (l’auteur de la cause prétendue) ou par ses conséquences. Parce que les manifestations perçues, que sont ses causes et conséquences, sont précisément des éléments concrets constitutifs de la situation inacceptable (et de son développement auquel peuvent participer les éléments de résolution). Le problème est du domaine conceptuel et de la sensibilité. Un problème ne consiste donc pas nécessairement en une réalité démontrable par la seule raison ; la sensibilité peut suffire à le définir. C’est en caractérisant ses manifestations perçues que ceux qui les vivent et qui en sont affectés le définissent. Un problème consiste ainsi en un jugement porté sur la perception de ses manifestations. C’est dire combien le problème ne peut être défini sans interroger ses deux notions associées que sont ses causes et ses conséquences. Ainsi, un problème peut être matérialisé par une phrase. Il a un sujet, des causes, un verbe, le problème lui-même et des compléments, ses conséquences. Pour avoir un sens, comme une phrase, il ne peut être décrit qu’en respectant la désignation de chacun de ses termes pour ce qu’ils sont véritablement. Autrement, c’est comment prendre le sujet d’une phrase pour le verbe ou ses compléments pour le groupe sujet ou le groupe verbal. C’est pour cela qu’il convient de préciser ce que sont les causes ou les conséquences d’un problème afin d’éclairer la question recherchée et de ne pas la confondre avec réalités correspondant à ces concepts. Cela étant, il faut remarquer immédiatement que la recherche et analyse des causes et conséquences fait partie de sa résolution. Elle suppose par conséquent la question ou le problème déjà posé : à savoir, sa problématique précisée et comprise. Ainsi, on entrevoit des éléments de développement ultérieur de ce travail, dont le but est précisément de poser et préciser la question centrale africaine.

Que sont les causes d’un problème ?

Pour y répondre, appuyons-nous sur les dictionnaires de langues. Ils s’accordent pour définir une cause comme étant « ce qui produit quelque chose ». C’est la conception généralement admise. Ne dit-on pas qu’il n’y a pas d’effet sans cause ou de fumé sans feu ? Même si cette dernière assertion est dépassée depuis longtemps par la créativité de l’homme. Appliquée au sujet traité, cette définition renvoie à voir « quelque chose » comme consistant en les difficultés actuelles de l’Afrique. La cause apparaît ainsi comme ce qui intervient en tant qu’une force agissant sur les Africains. Elle les affecte en rendant leurs conditions actuelles d’existence difficiles. Ainsi, la cause des difficultés de l’Afrique consiste en ce qui modifie son environnement et ses conditions de vie, perçues alors comme difficiles. L’enjeu est de savoir ce qui les affecte dans le sens perçu. La cause est aussi appréhendée comme la raison d’être de quelque chose. En évoquant la raison, on introduit l’action de l’homme dans l’existence de cette chose. Il s’agit là des causes en tant que productions humaines. Cela étant, si la raison explique telle ou telle action des hommes, la cause véritable de la chose due est représentée précisément par leurs actions. Ainsi, la raison est mère de la cause constituée par une production humaine vis-à-vis de son effet : la transformation de son environnement. On peut par conséquent s’interroger sur le lien existant entre la raison et cette chose, son effet. D’autant qu’entre ce dernier et elle, il y a la force appliquée : celle le produisant concrètement au sens de la conception première de la cause. En ce sens, la raison s’incarne en la force qui, elle l’exprime en modifiant l’état de l’objet sur lequel elle s’applique. La raison motive, justifie et explique l’existence de la cause en tant que force. La raison comme le motif explique la force. Mais pas l’effet de la force. L’explication de l’effet est ailleurs. C’est donc un raccourci de la pensée, s’agissant d’une production humaine, que d’introduire la raison ou le motif, comme la cause d’un effet. Si l’on peut admettre que la raison formule le sens et l’attendu d’une production humaine, la réalité à laquelle elle conduit dépend toujours de cette production, agissant comme force. Encore que cela ne suffit guère à expliquer l’effet. Car, l’objet auquel elle s’applique oppose une force. Un sujet sensible sur lequel agit une production humaine génère en retour ses propres productions, agissant elles-aussi, comme forces. C’est le rapport de ces forces et/ou leur addition ou soustractions aux forces causales qui induit l’effet. Cela achève de confirmer le fait que si la raison, comme la motivation, est l’un des déterminants de l’action humaine, elle ne cause pas directement un effet. Comment le pourrait-elle alors même que la production en laquelle elle s’incarne n’y parvient pas seule si on n’introduit pas la nature de ce à quoi elle s’applique ou les productions du sujet concerné ? Cette nature doit être comprise comme telle, quand il s’agit d’un objet, mais surtout comme force. Concernant une société humaine la force est celle d’une organisation sociale, celles de réponses humaines, celle des hommes et de leur état d’esprit. Un effet résulte donc toujours soit, d’un rapport de forces, de leur addition, de leur soustraction ou de leur multiplication. Il s’en suit aussi que l’effet dépend aussi de leur direction et de leur sens. En cela, l’effet est le résultat de l’interaction entre la cause et l’objet ou sujet auquel elle s’applique. Et l’effet est loin d’être représenté par les seules modifications de l’objet ou du sujet et de sa réalité ; il se matérialise aussi dans les modifications et adaptations de la cause initiale. Par ailleurs, la cause est également présentée comme « l’origine ou la source de quelque chose ». Or, en raison de l’analyse précédente, la motivation ou la raison, est la source de toute production historique. Cette dernière, en tant que force, est le canal par lequel l’homme agit sur son environnement. La production humaine est, de ce point de vue, la cause de la modification directe et amicale ou antagoniste de l’environnement de l’homme ; la raison en est la source. Nous aboutissons au fait que cette dernière n’a de rapport avec l’effet (la modification) qu’en raisonnant. Autant dire en établissant, de façon motivée, l’existence de ce lien. Dès lors, une cause consistant en la raison ou en la motivation peut souffrir de la possibilité d’un biais : celui occasionné par la motivation. Or, la cause doit être un fait et non le résultat d’un raisonnement. Car ce dernier fait appel à des arguments ; eux-mêmes souffrant de leurs motivations, lesquelles présentent le défaut de servir de réponses au problème dont les causes sont recherchées. De plus, loger ses causes en la raison, c’est prendre le risque un problème dans le passé. N’est-ce pas le même risque que celui de loger les causes du problème actuel de l’Afrique dans le passé ? Le problème de l’Afrique peut-il résider dans le résultat d’un raisonnement établissement un lien entre son passé et sa situation concrète actuelle, excluant les acteurs-sujets que sont les Africains et leurs productions de ses effets ? De cela, il résulte que rechercher et définir les causes des difficultés contemporaines de l’Afrique par quelque raison ou motivation peut être entachée par le raisonnement ou la motivation conduisant à les établir. Somme toute, que les causes soient définies par ce qui produit quelque chose ou par les concepts de raison, de motivation, d’origine ou de source, elles renvoient à des faits ou à des réalités actuelles. Ces faits consistent en forces, ne souffrant d’aucun biais d’être le résultat d’un raisonnement. S’agissant du sujet nous préoccupant, ces faits s’appliquent aux africains d’aujourd’hui et à leurs conditions actuelles d’existence. Et la question que cela appelle est de savoir si des rapports passés et ne s’appliquant plus, en tous cas, pas dans leur forme initiale, peuvent occasionner des effets au présent qui puissent leur être attribués. Peuvent-ils expliquer la réalité actuelle des hommes auxquels ils ne s’appliquent plus ? La part traumatique de l’histoire de l’Afrique occupe à cet égard une large place. Trop de place dirions-nous. C’est pourquoi, nous l’examinerons ultérieurement pour son évocation en tant que cause. Pour l’instant, tentons d’examiner la définition de ce que sont les conséquences d’un problème.

Que sont les conséquences d’un problème ? Le rapport causes – réponses

Quels rapports les conséquences ont-elles avec les réponses pour en éliminer les causes ? Avant de tenter de répondre à cette question, examinons sa définition. Selon les dictionnaires, « c’est ce qui est produit nécessairement par quelque chose ; qui est une suite logique ». Ainsi, une cause induit une situation-problème pour celui auquel elle s’applique en produisant des effets, ses conséquences, comme ses suites logiques. Mais, cette définition mérite des précisions, s’agissant en particulier d’un problème humain. Comme nous l’avons précédemment indiqué, une telle définition ignore le sujet ou l’acteur, sans lequel on ne peut évoquer un problème ni ses conséquences. En effet, puisque nous admettons qu’une conséquence est produite nécessairement par quelque chose, nous devons également considérer que ce « quelque chose » en est alors la cause, telle que nous l’avons analysée précédemment. La situation qu’elle induit et vécue par le sujet auquel la cause s’applique est le problème, lorsqu’elle ne l’agrée pas. Cette situation s’objective par ses manifestations que sont ses causes et ses conséquences. C’est à travers elles que la situation est jugée. C’est probablement pour cette raison que certaines écoles de sociologie, définissent un problème social par ces dernières. Ainsi, les conséquences sont loin d’être le second terme logique d’un couple causes-effets, dont l’existence ne doit rien au sujet vivant ces effets. Comme nous l’avons vu également, La logique des effets, si elle existe, ne réside-t-elle pas précisément dans la nature même du rapport causes-sujet ? Par ricocher, n’est-elle pas dans celle du rapport causes-réponses du sujet à leur égard ? Par conséquent, les conséquences sont loin de représenter les images des causes, dans une sorte de symétrie mathématique dans laquelle le sujet ne constituerait que l’axe passif. Aussi, nous devons admettre que les conséquences sont les résultats induits par le rapport entre, d’une part, des causes et, d’autre part, les réponses de leur objet ou sujet. De ce point de vue, l’état des hommes et leurs conditions socio-économiques, sociopolitiques, culturelles sont les résultats de leurs rapports, à travers leurs réponses, aux causes des problèmes de vivre auxquels ils sont confrontés.

Ces considérations amènent également à préciser la définition des conséquences comme suit. Elles existent ou sont absentes, selon que leur déterminant initial (les causes) est neutralisé par des réponses ad hoc ou non. Lorsqu’elles existent, les conséquences, comme les causes d’un problème peuvent être réduites, modifiées, transformées ou renforcées. Un tout autre aspect au sujet des conséquences concerne leur signe. En tant que réalités, elles n’ont pas un, ni de sexe par ailleurs. Mais, elles l’acquièrent par la sensibilité des hommes. Lorsque qu’ils les perçoivent comme insatisfaisantes pour leurs espoirs de vivre, ils leur affectent un signe négatif. Quand elles contribuent à l’équilibre minimum recherché, ils leur confèrent le signe positif. Dans ce cas, ils n’évoquent guère de conséquences. Au contraire, ils affichent fièrement des retombées, terme valorisant leurs réponses. Ce terme est alors la désignation des conséquences, perçues comme positives. Ainsi, on voit bien que les hommes donnent un signe ou un sexe aux conséquences, pour finalement réduire la notion de « conséquences » aux seuls résultats du rapport causes-réponses perçus comme défavorables. Les hommes procèdent ainsi à un véritable arrangement avec leur raison ; lequel est de même nature que celui à travers lequel ils ont tenté d’exclure de l’humanité d’autres hommes pour leur sexe, leur handicap, leur âge, la couleur de leur peau ou encore leur origine ou leur culture. Pourquoi nient-ils à une conséquence, ressentie comme positive, son caractère de conséquence ? Et bien, parce que la retombée (conséquence positive) recentre le sujet au cœur de la dynamique du problème humain existentiel. Elle le valorise. Pour ce que sa contribution au résultat a produit d’agréable et de satisfaisant. Mais, cela relève d’une vision restreinte de l’existence. C’est une forme d’existentialiste, mais bornée. Quant à la conséquence, sans épithète ni qualificatif (donc effet défavorable), elle, est essentiellement associée à la cause. Une telle définition exclut le sujet de toute contribution à son état. Dans une sorte de vision spinoziste, dans laquelle sa réalité ne serait que déterminée (par la seule cause et pardi !). Une telle vision amène souvent les hommes à rechercher des causes de conséquences actuelles, hors d’eux-mêmes. C’est ce que l’Afrique fait parfois. En indexant les causes les plus lointaines de ses problèmes anciens ou leurs conséquences et en les transformant en causes actuelles de ses problèmes contemporains. Dans cette vision uniquement déterministe de ses réalités d’hier et actuelles, l’Afrique faible certes hier, mais libre aujourd’hui, est absente. Pourtant actrice elle n’a jamais cessé d’être actrice, même assujettie. En excluant dans une telle vision ses réponses et en abandonnant par la même occasion sa liberté et son pouvoir d’influencer le lien entre causes et effets de son problème, l’Afrique ne se constitue-elle pas esclave d’une telle vision ?. Cette question est suffisamment importante, pour que la place de l’acteur soit également examinée dans cet effort de définition du problème. L’examen de la conséquence du problème du point de vue d’un sujet actif peut nous y aider. Un tel sujet est une réalité à la fois déterminée et existentialiste. Déterminé, dans le sens, par les causes, en tant que forces agissant sur lui ; par tout ce tend à le contraindre. Existentialiste, dans le sens de ce que sa volonté d’être l’amène à tenter de réaliser pour se libérer de ces contraintes. Dans la mesure où, et comme nous l’avons vu, la conséquence résulte consiste d’un rapport entre des causes et ses réponses, alors ces dernières fondent la responsabilité du sujet-acteur. Cette responsabilité réside dans sa liberté et les moyens qu’il engage pour la résolution du problème auquel il est confronté. Ainsi, l’effort fait, depuis son identification, son analyse le conduisant à en trouver les causes le déterminant ainsi que ses conséquences, jusqu’au choix des solutions de résolution et leur mise en œuvre, constitue l’autre terme du rapport. Ainsi, si la conséquence d’un problème, c’est ce que la cause produit, ce résultat implique nécessairement les réponses pour tenter de le résoudre. C’est pourquoi, nous devrions considérer que la conséquence d’un problème dépend également de sa résolution : réponses inadaptées ou inefficaces ou encore de la résolution partielle. Parvenu là, nous pouvons faire de nouvelles hypothèses concernant la question de savoir pourquoi la conséquence non désirée, comme résultat d’un tel rapport, est attribuée aux seules causes ? Parce que dans leur désir de dissociation, les hommes fractionnés veulent paraître beaux, grands, forts et dominateurs de l’environnement ; quand leurs réponses contribuent à produire des conséquences favorables. Mais, ils entendent se présenter comme petits, faibles et finalement victimes de l’environnement, quand ces dernières ne réalisent pas leur prétention. L’homme gardant son unité, en étant à la fois déterminé et acteur responsable, ne souscrit guère à la définition de la conséquence ne s’appliquant qu’au seul résultat du rapport perçu comme défavorable. Parce qu’il est solidaire de l’environnement dont il est lui-même une partie. Et, parce qu’une telle perception de la conséquence induit une erreur fondamentale transformant l’acteur en sujet passif : la passion conduisant à n’affecter ce résultat négatif qu’aux seules causes externes, plutôt que la raison de mettre en lumière ses réponses lorsqu’elles sont inadaptées, inefficaces à leur égard. Procéder ainsi, pensent les hommes, c’est prendre le risque de faire passer leurs réponses pour des causes. Cela leur est insupportable. Pourtant, c’est un abus confortable de langage et de perception de la réalité complexe, mais aussi d’arrangement avec leurs passions, que d’attribuer une conséquence aux seules causes, et de surcroît externe, ignorant ainsi l’effet de couple causes-réponses. C’est aussi s’épargner d’interroger leur responsabilité dans les résultats défavorables du rapport entre causes et réponses les affectant ? Ainsi, par exemple le choix d’engager un affrontement ou une guerre n’est nullement la conséquence de quoi que ce soit, comme le prétendent certains analystes et chroniqueurs de la réalité africaine. C’est toujours une réponse à une situation considérée comme inacceptable. Certes, le rapport de la réponse guerrière à une telle situation restant à élucider produit les véritables conséquences connues : la faim, la malnutrition, la santé précaire et mort et nous en passons. Certes, ces situations sont malheureusement et à juste titre inacceptables.  Mais, il importe de se rappeler que le caractère tragique d’une production humaine, comme faire la guerre à titre de réponse, n’en fait jamais pour leurs auteurs, ni la conséquence d’une situation problématique, ni sa cause, ni le problème qu’ils traitent par ce moyen. C’est leur marge de liberté en action. Les conséquences sont donc bien une fonction du rapport des réponses aux causes. Donc, de la nature et de l’efficacité des réponses. Nous parvenons finalement à cette évidence : les conséquences ont à avoir avec les choix des hommes concernés.

Ainsi, en fonction de ces choix, une cause peut aboutir à un problème rapidement avorté, en raison de l’efficience des réponses. Il existe donc des causes à conséquences nulles. La logique du lien des causes aux effets, introduite par la définition des dictionnaires réside alors en ce que des conséquences nulles sont associées qu’à des réponses adaptées et que d’autres maximales et défavorables correspondent à des réponses hors sujet ou inefficientes. Ainsi, confondre la conséquence, en tant que résultat de ce rapport, avec une cause ou avec une production humaine, consistant toujours en une réponse à cette dernière relève d’une forme de déraison. De tout cela, il résulte qu’un problème, comme situation insatisfaisante, est celle précisément induite par des causes initiales, les réponses et les conséquences découlant de leur rapport. En ce sens, un problème est une situation dynamique. Jusqu’ici, on voit bien que la définition d’un problème est loin d’être une évidence. Car, les situations telles que vécues et les mots pour les décrire peuvent avoir des sens différents selon les sujets concernés. Cela ne conduit-il pas les hommes à privatiser même une situation insatisfaisante pour tous, selon leur perception jusqu’à adopter des stratégies de réponses menaçant la résolution d’un problème commun ? Cette question montre qu’un individu peut être en face d’un problème ou se poser une question devant ce qui lui apparaît comme une difficulté. Elle suggère aussi qu’une communauté humaine peut être concernée de la même manière de telle sorte que la difficulté et le problème qui la traduit sont partagés ou communs. Le problème a donc des caractéristiques.

Au delà des causes, des réponses et des conséquences d’un problème

Il existe des problèmes individuels ou de couples, de familles ainsi que de collectivités ou de communautés humaines, de la plus petite à toute la communauté humaine. Selon qu’une situation parvient à la conscience et est ressentie comme telle par un ou deux individus, un groupe humain, une nation, un continent, tous les hommes, elle constitue un problème individuel ou partagé, dans le sens identique pour tous. Pour autant, le partage d’une même et telle situation n’en fait pas une préoccupation commune ou collective. Pour le devenir, deux conditions sont nécessaires. D’abord, si ceux la partageant le reconnaissent ensemble comme un problème commun. Ensuite, s’ils choisissent et acceptent de fédérer leur énergie pour y répondre ensemble au bénéfice de chacun et de tous. Ainsi, la finalité de la politique – la vraie – est de tenter d’amener une communauté humaine à réaliser ces deux conditions. Dans ce cadre, les solutions et des moyens communs mis en œuvre sont concertés. De cela, il ressort qu’un problème commun n’est pas nécessairement celui ressenti par une même communauté humaine. Il le devient par le libre choix, donc raisonnable, de ses membres d’en faire leur enjeu commun. Si une telle communauté ne procède pas ainsi, alors, le problème est partagé dans ses manifestations, mais non s’agissant des voies de sa résolution, privatisées quant à elles, dès lors que la situation indésirable leur apparaît privée. Le réchauffement climatique est l’exemple du problème commun le plus simple pour tous, mais restant à mettre en commun. Depuis des pionniers comme René Dumont, les hommes ont fait du chemin. Si la mise en commun du problème commun a connu un réel progrès, personne contestera que globalement les États ne sont pas parvenus à une stratégie et à des solutions concertées ; chacun pensant pouvoir y échapper retranchée derrière ses réponses privées et ses moyens. Ainsi, un problème partagé et non mis en commun se reconnaît quand chacun ou chaque partie de cette communauté tente d’y échapper séparément. Mais, c’est la voie de l’égoïsme sur fond de méfiance face à un problème commun. C’est également la voie certaine qu’aucune de ses parties n’y échappe de manière durable. C’est pourquoi, l’identification et la caractérisation d’une situation insatisfaisante constituent, de fait, la première réponse sa résolution. Comme nous l’avons indiqué précédemment, un problème étant l’étape d’une situation dynamique insatisfaisante, sa résolution consiste à la stopper ou la ralentir. C’est ainsi qu’on peut se rendre compte qu’une situation insatisfaisante mue en problème au sens où ses manifestations affectent durablement ceux qui y sont exposés. Une situation insatisfaisante mue en problème à résoudre quand que la situation initiale n’est pas traitée pour parvenir à la situation satisfaisante. Ainsi, un problème implique pour ceux le définissant et qui y sont exposés, de réduire ou d’éliminer la différence entre la situation jugée inacceptable et celle requise, souhaitée ou acceptable pour eux. Ce passage constitue la résolution ou la réduction du problème ; tel le passage d’un élément chimique, de sa forme instable (oxydée) à sa forme stabilisée (réduite). Le problème constitue sous cet angle, l’élément déclencheur d’un processus de recherches, de questionnements et d’interrogations susceptibles de les conduire à l’identification et à la caractérisation de ses de ses conséquences et de ses causes. En faisant preuve de raison, d’imagination et d’audace, des solutions peuvent alors être identifiées. Des plans d’actions, s’appuyant sur les solutions et les hommes pour les mettre en œuvre, sur la base d’une stratégie permettent alors de le traiter. La résolution du problème est le processus qui va de son identification à sa maîtrise ou à son atténuation sous sa forme supportable et acceptable. Pour une société humaine, cet aboutissement ramène alors le problème à sa forme consubstantielle à l’existence qu’est l’adversité ; l’adversité étant la forme prise par un problème lorsque le sujet-acteur a gagné en autonomie à son égard. D’où l’interrogation suivante : qu’est-ce que l’adversité ?

Sans jouer au philosophe que je ne suis pas, l’’adversité, ce sont toutes les contraintes internes et externes au sujet, telle une collectivité humaine. Elles font de sa liberté, non pas une illusion, mais une conquête concrète et permanente. Elles donnent son sens à la liberté. Alors qu’est-ce que la liberté ? Elle consiste pour une telle société à être responsable d’elle-même ; donc de sa réalité. Il y a un lien entre la notion de problème, d’adversité et de liberté. Un problème est la forme que prend l’adversité quand elle n’est pas maîtrisée ou contenue ; c’est quand le sujet vit la situation comme celle de non-liberté. C’est aussi la situation dans laquelle l’impression de liberté s’envisage comme une illusion. De ce point de vue, un problème humain a toujours à avoir avec la liberté. Comme elle, il invite à la raison pour le ramener à sa forme d’adversité, donc contenue. Car, une situation acceptable est pure illusion si elle est envisagée comme celle du règne des désirs, des émotions et des passions ; c’est vivre dans une condition permanente d’esclave de ses passions ; donc souffrant. D’où l’interrogation suivante : comment une société humaine résout-elle les problèmes auxquels elle est sans cesse confrontée pour vivre dans une certaine autonomie, qu’elle juge acceptable ? Comment contient-elle l’adversité ? C’est en mettant en commun les problèmes et en recherchant des réponses concertées qu’elle y parvient ; qu’elle gagne en autonomie. La condition de cette évolution repose sur son affranchissement de ses désirs égoïstes et de ses passions dont la satisfaction lui est plus pathogène que l’adversité non contenue : les problèmes. Ainsi, lorsqu’un problème social est résolu, les réponses efficaces, basculent dans le champ de la culture de la communauté humaine concernée. Mais, une situation pour laquelle l’application de règles, par exemple de culture ou de connaissances ou de solutions connues suffit à la rendre acceptable cesse de constituer un problème actif ; il devient un problème conjugué. De ce point de vue, et à titre d’exemple, tant que la population d’un village au cœur de l’Afrique respecte la tradition du chef héréditaire, le problème traité par cette organisation n’en est plus un ou est du moins contenu. Il peut le redevenir si une telle population refusait de continuer à observer la règle traditionnelle. De nouvelles solutions devraient donc être concertées. Ainsi, un problème consiste en un enjeu pour passer d’une situation insatisfaisante à une autre souhaitée, car acceptable. Mais, la difficulté de vivre n’est pas un problème définitivement résolu puisque c’est la condition même de la vie. Aussi, du point de vue de l’existence, un problème est la forme circonscrite dans le dans le temps qu’elle prend, lequel temps s’écoule jusqu’à ce qu’une réponse appropriée lui soit appliquée. Et la réponse à un problème humain n’est pas celle d’une équation mathématique. Elle est entachée d’une part de subjectivité. Et la perception même du problème l’est également. La subjectivité est une raison suffisante expliquant qu’un problème humain soit difficile à résoudre et que sa résolution ne soit pas définitive. Pour cette même raison, les réponses peuvent parfois être pires que le problème initial traité. Tels les effets secondaires de médicaments contre une pathologie, ces réponses aggravent la situation telle qu’on fini souvent par en faire le problème en oubliant le problème initial. C’est cette situation précise qui amène parfois à prendre les réponses pour des causes ou le problème, en raison de leurs effets secondaires toxiques. Telle peut être le cas de la guerre civile inter communautaire, en tant que solution d’un différend, aux conséquences redoutables. Elle fait oublier le différend qui explique qu’elle soit une réponse pour devenir elle-même le problème aux yeux des hommes. Ainsi, en raison de l’évolution de la perception des hommes, une chaîne de causes menant à des problèmes et des effets se met en place continuellement. Telle cause initiale produit telles conséquences dans son rapport avec telles réponses. Toutes les trois caractérisent le problème initial. Finalement, les effets des réponses pour traiter les causes et les conséquences peuvent dériver, en de conséquences nouvelles dans la perception des hommes. Quant aux réponses, elles sont transformées en causes, si bien que leur association avec leurs effets donne une nouvelle définition du problème. Sans que le problème initial ait été résolu. Pire encore, ces causes et conséquences nouvelles masquent totalement le problème leur ayant donné naissance. Ainsi, les difficultés à résoudre un véritable problème peuvent naître de la liberté des hommes, déviant et orientant, en l’absence de raison, leurs solutions vers ce qui leur apparaît comme des causes ou ce qu’ils perçoivent comme des problèmes. Mais, leurs solutions peuvent causer des situations qu’ils vivent comme problématiques et occupant néanmoins leurs esprits. Leurs solutions laissent cependant proliférer le problème initial ainsi ignoré, oublié, non traité ou masqué. Or, chaque problème humain est en réalité un problème secondaire au problème initial des hommes ; celui de leurs difficultés à exister selon leurs désirs et leurs passions. Il est contemporain de leur avènement. Pour toutes ces raisons, un problème humain est toujours plus complexe que ce qu’on en perçoit. Ainsi, les difficultés à résoudre un problème social renseignent sur son niveau de complexité.

Problème complexe

Les difficultés qu’éprouve l’Afrique en tentant de résoudre la question centrale à laquelle elle fait face autorisent l’hypothèse selon laquelle son problème est complexe. De cela et s’agissant de l’Afrique, l’objet de nos préoccupations, il peut être déduit qu’une partie de l’ensemble des éléments nécessaires à sa réduction échappe à l’Afrique ou qu’elle l’ignore ou la méconnaît. La complexité suggère également que d’autres éléments de ses caractéristiques peuvent être imprécis, partiels ou contradictoires. Le problème de l’Afrique l’est encore par rapport à la représentation que chaque Africain s’en fait. Il peut enfin être rendu complexe par les systèmes de référence des acteurs africains : références historiques, sociales, politiques, économiques, culturelles ou traditionnelles. Cela justifie l’examen des caractéristiques du problème : sont-elles suffisamment connues, complètes pour permettre à l’Afrique de réduire son niveau de complexité ? Les causes en font partie. Les concernant, il convient de se demander si celles évoquées pour l’expliquer sont pertinentes : si elles contribuent à la compréhension de la situation et à sa résolution. Quant aux conséquences du problème, sont-elles ce que chacun croit connaître ? Est-ce les guerres, les drames, les génocides, les coups d’État ou au contraire la faim, la maladie, l’ignorance et finalement la souffrance ? Il convient également de considérer les solutions de l’Afrique au problème. Quelles sont-elles ? Sont-elles adaptées et produisent-elles, dans le cadre de plans d’actions cohérents des résultats satisfaisants ? Sont-ce alors les plans d’actions et les modalités de mise en œuvre des solutions qui potentialisent le problème de l’Afrique ayant pour conséquence principale sa souffrance de vivre ? Cette question conduit à examiner le plan de progrès de l’Afrique. Le plan d’actions déroulé depuis les indépendances est-il cohérent ? Cette interrogation invite à passer en revue les éléments de ce plan : la contribution des acteurs et leurs productions ; les coûts acceptés de chaque solution et leur finalité et ainsi de suite. Parvenu à cette étape, une dernière interrogation s’impose néanmoins pour cerner complètement le problème : les solutions africaines sont-elles évaluées ; les meilleures pratiques et réponses au problème sont-elles encouragées et généralisées ?

L’analyse de la réalité africaine a pour objet de traiter les questions soulevées par ces éléments de définition. Cette analyse est une prétention : être la lampe permettant d’éclairer le problème pour sa compréhension. Ce parcours est un chemin ; celui menant au fait que son problème se renforce du manque d’une démarche méthodique pour sa compréhension et sa réduction. En clarifiant le problème et la réponse de l’Afrique, on éclaircit pourquoi l’Afrique en est-là : souffrante. Il est donc temps de revenir à la question posée initialement : quel est le problème commun de l’Afrique, quelle est la question commune de l’Afrique ? Pour y répondre, le chemin le plus court consiste à examiner d’abord ce qui est généralement présenté comme le problème de l’Afrique. Réside-t-il dans les traumatismes du passé et de manière générale dans les productions des « Autres » ? Au contraire, sont-ce les productions-réponses africaines qui le constituent ? Consiste-t-il précisément en un écart de comportements des africain par rapport aux valeurs de l’Afrique ? Ou, résulte-t-il d’activités de revendications des parties de populations nationales africaines ? Finalement, est-ce la grande difficulté de vivre de l’Afrique ou faut-il le rechercher ailleurs ? Voici les questions que nous examinerons ultérieurement, à la lumière des éléments précédents de définition du problème et des concepts associés.

Mais avant de quelle Afrique s’agit-il ?

De quelle Afrique s’agit-il ?

Il importe de rappeler que nos préoccupations consistent à trouver le problème commun de l’Afrique. Le sujet auquel se rattache ce problème est donc l’Afrique. Mais alors, qu’est-ce qu’elle est ou de quoi parle-t-on ? Aujourd’hui, peu de monde ignore ce qu’est la vaste portion de terre désignée par l’Afrique. Mais, au delà, qu’est-ce qu’elle est. Pour mieux approcher sa connaissance, nous devons serrer un peu plus près sa géographique, les hommes qui y vivent, leur histoire et leur culture. De cette manière, peut-être même qu’on pourra en définir plusieurs.

Une portion de la Terre

Quand on l’évoque et avant toute autre considération, on pense à une portion de la Terre. En effet, au cours des fracas immémoriaux qui ont modelé tout ce qui nous est accessible, la Terre est apparue ; comme les autres réalités que nous désignons par des planètes, des étoiles, etc…, donc bien avant les hommes. Les africains qui en font leur chez eux sont par conséquent apparus bien après elle ou du moins ne l’occupent. Quelque soit ce que chacun pense de la source de l’existence, ce constat est une une évidence, sinon où poseraient-ils leurs pieds, même s’ils  ? Les mêmes forces qui les ont fait naître n’ont jamais cessé de s’exercer. Elles continuent de modifier, comme hier toutes les réalités. Ce que nous appelons l’Afrique se détachera du reste de la Terre pour devenir ce dont elle porte la désignation que nous connaissons aujourd’hui. On peut tout de suite observer que ce nom, ce sont des hommes qui l’ont attribué à cette portion. Il la singularise du reste de la Terre. Ils y sont parvenus en ayant conscience de sa réalité et de sa situation par rapport des repères, chers à Einstein. Le premier de ces repères, ce sont les hommes eux-mêmes, ainsi que les lieux différents d’où ils sont partis, les espaces qu’ils ont traversés, comme des océans. C’est donc la conscience de l’existence d’autres réalités, comme celle des autres parties de la Terre qui permettra de distinguer l’Afrique, dans l’océan des réalités du monde.

Aujourd’hui, tout le monde semble s’accorder à dire que l’homme est apparu en Afrique. Cela fait encore débat car il semble bien que reconnaître cela est un enjeu. Dans l’esprit de ceux qui ont encore des doutes, peut-être, est-ce reconnaître l’humanité de l’africain que de s’accorder avec ceux qui l’affirment ? Espérons que les Africains eux ne revendiquent pas d’avoir produit cet événement, mais qu’en revanche, ils aspirent simplement à être des hommes, comme tous les autres humains. On peut avoir des raisons et le souci de cette clarification. Car, parfois ils montrent une fierté concernant cet accord partiel alors même qu’ils n’ont néanmoins aucun mérite particulier, ni le concernant ni ce qu’il signifie, sinon que l’avènement des hommes en cette portion de la Terre. Ils se dévoilent ainsi à leurs contemporains, en agissant comme s’ils avaient produit les humains. Ils le font, comme d’autres sont fiers d’avoir produit leur Dieu qu’ils tentent d’imposer aux autres. Dieu, que tous les hommes ont imaginé pour apaiser leurs souffrances face aux innombrables difficultés de vivre. En tout état de cause, les Africains, n’y sont pour rien dans l’avènement des humains. Aucun homme, n’y est par ailleurs pour quoi que ce soit dans l’apparition de l’Homme. Quant à l’hypothèse de Dieu, c’est un objet de divergence et de conflits pour le seul motif que chacun entend que son dieu s’impose comme vérité ; sa vérité puisqu’il en est le créateur. Dieu, est une réalité-hypothèse. Son existence se situe aux confins de nos connaissances limitées, là où la subjectivité est loi. Il devient ainsi vérité par l’effet réel que sa supposition induit sur la vie des hommes. De tout cela, il résulte que les africains ne sont pas non plus propriétaires de cette portion d’espace terrestre nommée Afrique. Et, si cela peut réconforter ceux d’entre eux pensant détenir toute la vérité du monde, les autres hommes ne sont pas non plus propriétaires de leur espace respectif que l’histoire du monde les a amenés à occuper. Chaque espace revendiquée par volonté absolutiste ne doit rien de son existence aux hommes. Certes le voyage des hommes et les productions qu’ils y ont réalisées les lient à leur espace revendiqué, sans que ce lien soit absolu en soi, puisqu’il dépend des hommes eux-mêmes.

Quels que soient l’origine et le lieu de l’apparition de l’Homme, tous les hommes résultent du même voyage que celui de toutes les réalités du monde. Il tire sa spécificité de son humanité, à savoir cette capacité de pouvoir agir sur sa propre réalité dans les limites des contraintes qu’il ne peut que réduire. Car, contrairement à la définition populaire, l’humanité de l’homme ne se réduit pas à ce qu’il produit d’agréable pour lui-même. Ce qui dans sa production affecte et altère ce qu’il entend être est tout aussi humain, car c’est ainsi que l’énergie qu’il incarne sous sa forme humaine se révèle et se dissipe dans l’environnement. Les richesses africaines, posées souvent comme préalables à toute discussion et justifiant, dit-on, l’activisme des autres, n’ont pas été produites pas les africains, ni par aucun homme. Du point de vue de l’histoire, le fait que les africains occupent cette portion de terre ne les en rend pas propriétaires. Et cela est vrai pour d’autres ressources naturelles ailleurs dans le monde. Elles résultent du mouvement global du monde, du voyage de je ne sait quoi qui apparaît tantôt, en totalité ou partiellement sous la forme de la matière, de l’énergie, de l’esprit, de quelque production que soit, d’inertie, de mouvements de toutes natures et amplitudes, donnant au temps sa définition. Ces fameuses richesses se sont constituées avant les hommes et donc avant que les africains n’occupent cette portion terre, nommée Afrique. Abrégeons cette digression, car nous discuterons ce thème ultérieurement en même temps que celui de “la cause des Autres”. Achevons donc la description de l’Afrique physique par le climat, pour mieux introduire un premier élément de variabilité. L’Afrique est multiple par son climat. L’Afrique du Nord, désignée par le Maghreb est tempérée, ainsi qu’on peut en dire de la pointe sud, sans que les deux soient fasse un. L’Afrique tropicale à subtropicale bénéficie davantage d’un climat chaud et humide, encore que le Sahel gagne du terrain. Quand au reste de l’Afrique formant des bandes horizontales entre les tropiques, le climat est de type désertique à sahélien, à savoir très chaud et sec. Ces facteurs ont cependant influencé les hommes constituent en l’état des facteurs non pas d’unité mais de variabilité faisant de l’Afrique une réalité multiple.

Des “Afriques” au plan historique et culturel

Sur le plan historique et culturel, l’Afrique est complexe, car il y en a plusieurs. Nous ne pouvons les aborder sans évoquer les africains qui ont fait cette histoire et cette culture. Et, contrairement à la terre d’Afrique, qui ne doit rien aux africains, la culture et l’histoire de ces derniers sont leur œuvre. Remarquons aussitôt que c’est même plutôt la géographie qui les as influencés.

Il existe une Afrique des traditions africaines, sur lesquelles personne ne peut affirmer que tous les Africains sont d’accord pour continuer à faire exister certaines d’entre elles. C’est celle dont l’existence s’étend de l’aube de l’homme jusqu’à la rencontre des hommes y vivant avec leurs contemporains, façonnés par d’autres géographies à l’issue de leur voyage. Il y a celle d’inspiration arabe qui a résulté de la rencontre avec l’empire arabo-musulman. Enfin, il y a l’Afrique latine et anglo-saxonne qu’on peut regrouper par souci de simplification en une Afrique occidentale. Il y a néanmoins un élément culturel commun à ces quatre principales “Afriques”, du point de vue culturelle. Dans ses grandes lignes, ce sont les traditions initiales auxquelles une grande majorité des africains sont sensibles. Le fait que dans un même espace vit une Afrique à la fois traditionnelle, d’inspiration orientale et d’obédience occidentale participe à cette complexité. L’Afrique peut ainsi être segmentée culturellement et pour les besoins de l’analyse, selon plusieurs combinaisons par effet de l’influence des rencontres historiques. Cependant, une Afrique des traditions demeure en chaque africain, même en celui le plus influencé culturellement. Cela, ses gardiens aveugles semblent ne pas le percevoir en un tel africain, focalisés qu’ils sont, sur la traque en toutes circonstances de quelques influences impérialistes. On ne peut pas cerner le sujet de nos préoccupations si on ne reconnaît pas qu’il existe une Afrique traditionnelle, majoritaire à la sortie des villes, une Afrique à la fois traditionnelle, orientale et latine, d’une part et une Afrique tout aussi à la fois traditionnelle, orientale et anglo-saxonne, d’autre part ainsi que toutes celles issues d’autres combinaisons n’impliquant que deux influences. Selon que leur regard est majoritairement pointé vers la Tradition, La Mecque ou vers Rome participe à leur différenciation culturelle. Ainsi l’essentiel de l’Afrique du Nord et une large portion occidentale, sahélienne et orientale regardent plutôt vers la tradition et La Mecque. Une autre portion occidentale, la quasi-totalité de l’Afrique Centrale et du Sud fixent la direction de la tradition et de Rome. Cependant, quel que soit la direction de leur regard, une large part de chaque Afrique est imprégnée par la Tradition africaine, la culture avant ses rencontres successives. Ainsi, s’il y a bien un endroit du monde où la culture africaine, la culture orientale et européenne, voire asiatique cohabitent en les mêmes hommes, c’est bien en Afrique. Certes, ailleurs dans le monde, on retrouve parfois ici et là cette complexité culturelle. Mais, elle est apparente cependant. Car la réalité est qu’on y observe en proportion une faible imbrication des cultures en les mêmes hommes ou communautés là où elles sont tolérées, et pas du tout là où les influences sont combattues. Au delà de ce qui vient d’être énoncé, on peut ajouter d’autres facteurs de complexité, y compris s’agissant des communautés formant de nos jours des États. Ces éléments ont trait à la manière dont chaque africain ou chaque communauté a participé aux différentes histoires qui ont apporté des influences extérieures. Entre ceux dont les aïeux ordonnaient la souffrance des aïeux des autres au cours de ces histoires traumatiques et ces derniers, leur perception peut-elle être convergente, sans aucun effort de la raison ? Indépendamment même des types phénotypiques, sont-ce les mêmes africains ?

Pour compléter ces éléments de complexité d’une Afrique multiple, nous évoquons les types phénotypiques et historiques d’Africains. D’une part et à titre d’exemple dans la partie sud, entre des africains d’origine européenne, asiatiques et africaine, le phénotype peut constituer un élément de complexité, d’autant qu’il est facile à remarquer. Sans doute pas pour ceux qui entendent occulter toute analyse rigoureuse par un mépris de la réalité, préférant ne pas voir la réalité et en user cependant comme ressource privée, plutôt que de la regarder et la prendre en compte dans l’appréciation des difficultés. On peut aussi superposer les types phénotypiques, historiques et culturels à l’Afrique terrestre ; cela donne d’autres éléments de segmentation. Par exemple, les Africains berbères, arabisés, arabo-berbères de l’Afrique à la fois traditionnelle, orientale et occidentale occupent principalement la moitié nord tandis que celle des noirs à la fois traditionnelle et occidentalisés occupe la moitié sud et centre, avec quelques minorités orientales ici et là.

Ainsi, derrière l’apparente réalité unique que l’Afrique, elle est au contraire à la fois multiple et complexe ; sauf pour ceux qui entendent ignorer la prise souvent des subjectivités sur l’esprit des hommes. Les facteurs géographiques et climatiques, les types phénotypiques et l’histoire que les hommes qui s’y sont rencontrés ont produite, sont autant éléments qui ont agi sur les hommes demeurés en cette terre d’Afrique, qui on influencé les réponses qu’ils ont estimées utiles pour réduire leurs difficultés de vivre. Ces réponses elles-mêmes ont contribué à leur tour à façonner des “Afriques” et des Africains jusqu’à produire une Afrique en réalité multiple et complexe.

L’Afrique existe-elle en tant qu’unité géographique, historique et culturelle ?

Existe-t-il cependant une un élément d’unité ou d’identité, définissant l’Afrique qui nous préoccupe ? Sur la base de l’analyse précédente, la géographie n’autorise guère à la penser : les larges bandes désertiques au nord et au sud et les régions sahéliennes n’ont rien de comparable avec les zones de forêts équatoriales, même si de nos jours ces dernières n’offrent que leur souvenir de leur luxuriante verdure. Les hautes terres d’Afrique de l’Est n’ont que peu de choses en commun avec le reste de l’Afrique. On peut fonder une unité approximative sur le type phénotypique des hommes. Mais les africains ne sont pas que noirs. Il y a des africaines de type berbère, sémitique, européen ou asiatiques et issus des combinaisons des différents types. On peut aussi la fonder sur la culture. Mais, on peine aussi à la définir si on tente d’y parvenir. L’histoire a contribué à façonner sa culture multiple et complexe. Que partage l’africain de confession musulmane du sahel avec celui influencé par la culture latine du Bénin ou de l’Angola, ou encore par la culture afro-anglo-saxonne du Nigeria, du Ghana ou de l’Ouganda ?

L’Afrique culturelle ?

On peut sans doute concevoir une Afrique culturelle, reconnaissable en chacune de toutes les autres, celle qui déborde des cultures orientale, latine, anglo-saxonne : c’est l’Afrique des traditions noires africaines. Sans que nous soyons en mesure de la définir précisément, c’est cette dernière qui constitue l’élément d’unité du point de vue culturel. On peut l’approcher dans l’agir de plupart des hommes d’Afrique. Cependant, les africains de la zone forestière ne sont pas les mêmes que ceux des zones de savane et sahélienne. Même dans des territoires communs, ceux qui sont pasteurs ne sont pas tout à fait les mêmes que ceux qui sont cultivateurs ou pêcheurs. Le type culturel, ne serait-ce qu’en matière agricole, d’élevage et de pêche, suffit à l’affirmer à minima l’existence de variabilités. Les conflits entre agriculteurs et pasteurs africains nous enseignent régulièrement leurs divergences au sujet de la manière d’exploiter la terre. Ces exemples confirment qu’il y a pas une Afrique en laquelle chaque africain peut se reconnaître et être reconnu, sans qu’il y ait des aspects sujets à débat. Ainsi, cet élément d’unité présente elle aussi des variabilités. Ils peuvent cependant être minorés à la faveur de l’avènement d’un espace social commun, rendu possible par l’aplanissement des divergences. Mais, pour l’instant, ils existent bel et bien. C’est la raison pour laquelle, concernant l’unité de l’Afrique, on est en droit de se poser la question de savoir si le niveau politique constitue son espace ou si c’est le plan économique qui le constitue.

L’Afrique politico-économique ?

L’Afrique bénéficie d’énormes quantités de terre à mettre en valeur. Elle a les mêmes besoins que d’autres peuples, de s’accorder sur le contenu de sa culture. Ces exigences sont en lien étroit avec la relation entre les hommes et leurs communautés ethniques, religieuses ou historiques. En matière de gouvernance politique, entre l’expérience sud-africaine et celle des pays qui ont passé le cap de deux élections libres et ceux qui n’en ont même pas encore fait l’expérience, qui peut oser parler d’unité au plan politique, en se référant simplement à l’Union Africaine et à des ensembles politico-économiques ici et là  ? Peut-être, si l’on considère l’absence de parlementarisme et en revanche l’unité ou identité s’agissant de l’existence d’hommes providentiels ou de fortes personnalités dont de nombreux africains sont friands, mais qui soit divisent ou s’imposent avec leur communautés à d’autres. Les africains ont produit des pharaons, des « Famiens », des « Rois des rois », des “Pères de nations” et la liste es longue. Mais, comme partout dans le monde où les hommes procèdent ainsi, ils étaient des rois et empereurs d’empires ou de royaumes fragiles par leur principe premier de considérer l’empire ou le royaume comme la propriété d’une famille singulière, d’une communauté particulière, qui fait d’eux précisément l’africain remarquable, en étant roi ou empereur. Et ça continue de nos jours. Car, contrairement aux États-Unis, qui ont inventé la notion de président, pour la substituer à celle de roi ou d’empereur, le président africain dans une large partie du continent demeure, dans l’esprit, un roi, à l’échelon d’un pays vu comme un royaume, mais aussi le chef d’une communauté se préservant des autres pour être remarquable et le demeurer. Ainsi, la raison doit s’incliner devant un élément d’unité : la confiance dans le passé et dans la place occupée par rapport à ses contemporains. Mais, un élément d’unité qui rend impossible l’existence d’une Afrique unique et la fractionne au contraire est-il ?

L’Afrique historique

Certains analyses évoquent un autre élément d’unité, dès qu’il s’agit de définir l’Afrique à l’attention d’un interlocuteur l’extérieur : il s’agit des histoires partagées qui ont rendu possible les influences extérieures ; elles sont perçues comme élément d’unité. Mais, dès qu’il s’agit de la définir, pour les africains eux-mêmes, telle qu’il la voient, ces histoires constituent des éléments de différenciation, les uns des autres, selon la manière de les regarder, toutes subjectivités dans le regard, comme des loupes. La réalité qu’est l’Afrique, définie à la fois, par une référence à ces histoires prenant un caractère englobant et fragmentant à la fois n’existe pas ; soit il y en a une, soit il y en a plusieurs. Ici aussi, on peut noter la conception de l’espace de sécurité à l’œuvre : vis-à-vis de l’extérieur, il y en a une, mais de l’intérieur, il y en a plusieurs, sur la base de la même référence. Une lecture complémentaire rend compte du fait que si ces histoires ont contribué à façonner des “Afriques”, elles n’ont pas eu raison d’un des véritables éléments d’unité : l’inégalité sociale. Définir une Afrique impose par conséquent de résoudre deux défis : le défi de l’égalité et celui de digestion de ses influences.La tradition d’inégalité unit toutes ses parties mais les oppose désormais, en raison des influences. Les influences historiques les divisent, certains entendent intégrer des aspects en tant qu’éléments d’unité. Voici les enjeux au terme desquels il sera acceptable de donner une définition de ce qu’est l’Afrique. Pour l’heure, souffrons de constater qu’il en existe plusieurs, parfois même en le même africain.

L’Afrique unitaire n’existe pas

Au terme de ce développement et outre le continent physique, on peut retenir que fragilité et instabilité culturelle, d’une part et l’attachement à l’inégalité, d’autre part, sont à courte vue les deux éléments constitutifs d’unité de l’Afrique aujourd’hui. Car, il est frappant et préoccupant de constater que les éléments de contour d’une Afrique unique et singulière, au delà de sa multiplicité et complexité, constituent en même temps des facteurs toxiques à son existence. Car, l’unité à laquelle ils conduisent constitue un sujet d’opposition de ses parties. D’une part, la conception et la volonté de supériorité qui confie les espoirs de sa réalisation à la violence pour tenter de dominer. D’autre part, la volonté d’égalité, d’équité et de liberté, qui confie les siens aux audacieuses productions pour tenter de changer les facteurs d’unité, à bâtir sur des bases communes. Entre l’unité contrainte et l’unité libre, voici deux conceptions opposées qui, d’une certaine manière, stoppent la marche de l’Afrique en en faisant une Afrique fragmentée. Pour conclure, nous énonçons que la géographie ne constitue nullement un élément d’unité de l’Afrique. L’histoire non plus, dès qu’on accepte d’aller au-delà des notions de traites et de colonisation, pour disséquer de quelle manière ces histoires ont façonné avec la géographie les hommes et leurs productions, les rendant différents les uns des autres. Certes, l’inégalité sociale est l’élément d’unité de l’Afrique traditionnelle en chaque africain. L’Afrique multiple issue de l’influence orientale et occidentale trouve son unité dans cette conception, partagée naguère avec les peuples qui l’ont influencée.

Dernière tentative de définir l’Afrique

Pour les besoins de l’analyse, on pourrait cependant poser arbitrairement l’hypothèse de ce qu’est l’Afrique du sujet traité, comme étant celle située en dessous du désert du Sahara. Elle est léchée au sud par les vagues du Pacifique. Il aussi de celle africains majoritairement à peau noire, dont certaines de ses parties ont souffert des affres aussi bien de la Traite orientale, de la Traite atlantique, que de la colonisation occidentale. C’est donc l’Afrique qui a partagé la plus longue histoire, don elle semble en faire son élément d’unité dès qu’il s’agit d’en donner une définition à l’extérieur. Même en lui déniant le but de l’isoler de l’Afrique maghrébine et méditerranéenne, cette segmentation ne suffit pas malgré tout à délimiter le champ de l’effort de recherche à faire dans le cadre de la quête. Parce que, comme cela a été dit, une telle Afrique n’est pas unitaire. Ainsi, l’Afrique dont il s’agit dans ce travail peut être celle dite noire, à la fois traditionnelle, orientale et occidentale en sa double composante latine et anglo-saxonne.

Mon Afrique

Il ne reste plus qu’à en supposer une, qui n’existe pas encore, mais qui puisse le devenir par l’effet d’un élément d’unité à imaginer. Une telle Afrique dépasse nécessairement les éléments de multiplicité et de complexité précédemment évoqués : à savoir la géographie, les hommes et la couleur de leur tégument, leurs histoires et leurs influences sur leurs pensées et leurs croyances. Elle peut être définie par un espace social commun africain, constitué par tous les hommes revendiquant d’être africains pour l’avoir précisément fait être. Or, pour constituer un tel espace, la difficulté qui empêche la marche vers son avènement doit être identifiée et posée comme l’opération à effectuer pour y parvenir. En ce sens, l’Afrique dont il s’agit en ce lieu de débat est constituée par les africains mettant cet objectif en commun et ayant la ferme volonté de la faire être en tant qu’un espace d’économie collective du progrès. Voilà l’Afrique à venir, dont la recherche de son problème commun constitue la première étape. Autour de ce problème alors identifié par eux se bâtira l’Afrique du sujet traité.

C’est pour toutes ces raisons que l’Afrique dont nous poserons la difficulté sous la forme d’une question à traiter est l’Afrique qui marque la plus grande envie d’avancer. Ainsi, la désignation du problème commun de l’Afrique est constitutive de l’Afrique elle-même. Puisqu’elle implique que des africains reconnaissent ensemble une situation donnée comme leur difficulté commune, qu’ils la posent ensemble comme un problème à résoudre collectivement et soient résolus à rechercher ensemble les moyens d’y parvenir ensemble pour rendre plus efficiente leur économie de l’existence.

La question à débattre : Quel est le problème commun de l’Afrique ?

Quel est le problème commun de l’Afrique ?

Telle est la question centrale débattue en cet espace. Cette interrogation est en soi une prétention, puisqu’elle suppose l’existence d’une telle réalité, celle qui explique sa marche lente, voire son arrêt et peu productive, pour ne pas dire peu efficace. Le lecteur patient, parvenu à cet article peut s’impatienter que l’hypothèse de problème ne soit pas encore identifiée. On tourne autour du pot en quelque sorte, pense-t-il ? On peut entendre son impatience. Mais, une question se pose cependant. Est-il sûr que le débat peut reposer sur des bases accordées sans accord préalable sur la question centrale ?

La question est le cœur de ce débat. Elle constitue l’une des clés de lecture et de contribution au débat : d’un côté ceux qui mettent en commun cette supposition et de l’autre, ceux qui posent le contraire. Mais, au sein même du premier groupe auquel j’appartiens, sommes-nous tous d’accord sur les termes même de la question ? Si tel n’est pas le cas, comment parvenons-nous à une quête commune fructueuse et aboutissant à démontrer au second groupe son erreur ?  Voici le premier enjeu. Car, la question est à l’évidence simple. Mais, il ne faut pas s’y tromper, elle est plus complexe que ce donne la première impression. Car quelle réponse attend-on de “quel” ? Que signifie “problème” et sa caractéristique “commun”, veut-elle dire “partagé” ? Enfin, de quelle “Afrique” s’agit-il ? Ainsi, il est primordial que la question à débattre soit clarifiée ; ce qui implique d’obtenir un accord minimal sur sa compréhension.

Notre approche nous conduit à nous placer dans la lumière des règles grammaticales, pour observer que le sujet à comprendre consiste en une phrase ; sa structure à juste titre interrogative est ponctuée par un point d’interrogation (?). Il est donc une interrogation ; il invite par conséquent à trouver une inconnue et non pas à s’épancher, sans direction ni but précis, sur une réalité donnée. Dans le développement de l’approche, on analysera les termes du sujet, donc de la phrase. Pour cet exercice, on se placera aussi sous sous l’autorité de quelques catégories définies par Aristote – histoire de jouer à l’apprenti-philosophe.

Débat autour de la compréhension d’une phrase

Accord sur le complément

La phrase commence par un déterminant  : “quel”. Il est aisé de remarquer qu’il renvoie à trouver une réalité singulière puisque par sa connaissance, on désigne le problème particulier recherché : on le détermine. Le désigner implique que le problème sera posé et clarifié. Le problème désigné et substitué à “quel” fait partie d’une espèce de réalités nommée le problème, lequel à son tour appartient à un genre de réalités qui n’est rien d’autres que tout ce que nous analysons et désignons ordinairement par “la difficulté”. Aux difficultés, les philosophes préfèrent le terme savant “d’apories”, pour dire contradictions, embarras, tant celui qui est concerné se trouve dans sa marche (celui de son esprit vers ce qui est vrai, donc acceptable) devant deux situations. S’agissant de l’Afrique, elle se trouve en face de deux situations consistant en ses conditions concrètes d’existence et celles auxquelles elle aspire. Ainsi, nous cherchons à identifier et à désigner ce problème singulier, au milieu d’un ensemble d’autres problèmes singuliers, eux-mêmes consistant en une manière de mettre en équations d’innombrables difficultés rencontrées et à résoudre . Par conséquent, poser ce problème, c’est l’identifier, c’est préciser ce qu’est “quel”, comme la forme sous laquelle le problème de l’Afrique se présente. Par cette opération même, on accède à sa substance, à ce qui fait sa singularité par rapport tout ce à quoi on l’assimile parfois. Le fait que le déterminant “quel”, soit associé au verbe d’état conjugé ici “est” en fait l’attribut d’un problème particulier parmi d’autres. Trouver l’attribut en le posant permet de de spécifier. Comme tel, “quel” est un qualificatif de ce problème, il clarifie son état. Comme qualificatif  soit au singulier, il implique de trouver un problème unique et non des problèmes que certains analystes voient souvent partout, dès qu’il s’agit de l’Afrique. La réponse recherchée ne peut donc pas consister en l’évocation ou la désignation de problèmes, certes dignes d’intérêt pour l’analyse et la quête. La catégorie de la quantité ou du nombre de la réalité recherchée est ainsi partiellement précisée ; nous compléterons ce point ultérieurement. Ainsi, on cherche donc un problème singulier posé et non des problèmes posés, encore mois des réalités ne consistant ni en des problèmes, ni en des problèmes posés.

Accord sur la signification du verbe

Ensuite, le groupe verbal. “Est”. Il s’agit de l’auxiliaire être. Le fait d’être conjugué au présent oriente la recherche et suggère de déterminer la qualité ou l’état de ce problème singulier. Le temps de conjugaison (présent) impose de trouver le problème actuel, vécu par les africains aujourd’hui ; inutile donc de chercher un problème du passé ou de faire l’hypothèse de problèmes futurs. Le présent implique également qu’en plus de ne rechercher qu’un problème singulier, il est inutile d’en rechercher un autre qui soit continu ; en d’autres termes dont on ferait remonter l’existence depuis le passé. Il s’agit donc bien du problème tel que les africains le perçoivent à l’instant même où ils se pose cette question. Les termes de la quête se précisent ainsi : le problème est singulier parce qu’il est unique, actuel et non continu en venant du passé ou discontinu, parce qu’actualisé au présent. Il est celui concret des africains à chaque instant où chacun ils se pose cette question ; quelles que soient par ailleurs les circonstances dans lesquelles elle est posée. Ce problème peut renvoyer des d’actions dont il résulte ou qu’il induit, sans être ces actions qui lui sont liées. La réponse à la question ne consiste donc pas en des causes, des réponses et des conséquences. En parvenant là, on voit bien qu’il faudra donc distinguer ce problème de réalités consistant en causes, réponses, conséquences, qui néanmoins à préciser pour les distinguer de lui.

Accord sur le sens du sujet

Enfin, le groupe sujet : “le problème commun de l’Afrique”. En l’état, c’est un véritable groupe sujet. Il facilite la quête en nous précisant la relation du problème singulier recherché et sa qualité : “quel”, comme état ou désignation, doit être celui d’un problème de l’Afrique. Sa singularité est renforcée par l’épithète “commun” le distinguant de tous les autres problèmes de l’Afrique. En concernant l’Afrique, il donne une idée du lieu où il se pose et est posé et où ceux qui sont censés le définir et agir en face résident majoritairement. Mais, on ne sera pas plus avancer en restant là, car qu’est-ce que l’Afrique du groupe sujet ? Le sujet qui comporte plusieurs termes doit par conséquent être clarifié : “Le problème” est ce dont on cherche un état, une désignation, une qualification, laquelle est l’inconnue “quel” à trouver ; l’inconnue qualifie et désigne à la fois le problème singulier dans cette espèce de réalités désignées par “le problème”. Peut-on désigner ce problème singulier sans avoir défini l’espèce de réalités qu’est le problème et à laquelle il appartient ? Pourra-t-on valider quelque réponse concernant sa désignation si aucun accord préalable concernant la définition du problème ne sert d’étalon ? Et, comment clarifier ce que signifie le problème”, si nous ne le distinguons pas des termes proches comme une question, une interrogation, une équation, un mystère. Comment le distingue-t-on de la difficulté, qui est le genre du problème et qui regroupe toutes les réalités que nous nommons par “difficulté” ? S’agissant de “commun”, comme épithète, il est un qualificatif du problème particulier recherché. Il nous indique que parmi tous les problèmes singuliers de l’Afrique identifiables, il s’agit de ceux qui sont communs à l’Afrique. Et “commun” signifie-t-il “partagé”par les africains ou “mis en commun” ? On le voit, il est nécessaire de disposer d’un accord sur ce point, sur la base peut-être de critères convergents. Et, parmi les problèmes qui répondraient à la définition de “commun” ayant fait l’objet d’un accord, comment valide-t-on celui précisément qui soit, non seulement singulier mais commun à l’Afrique, si l’Afrique n’est pas définie ? Nous en arrivons enfin au terme “de”. Cette préposition rattache le problème commun à trouver au terme “l’Afrique”, faisant du problème singulier commun recherché, celui de l’Afrique. Mais, alors, “de” introduit-il le lieu où ce problème est observé ou vécu, ou indique-t-il introduit-il des détenteurs ou propriétaires ou indique-t-il simplement ceux qui le définissent ensemble comme un problème commun, en raison d’être concernés par ses manifestations et donc à traiter ensemble ? Même si nous parvenions à un accord sur ce que nous entendons par l’Afrique, ne pas s’accorder sur le sens de “de” permet-il de clarifier la compréhension de la question ? A l’évidence, non. Et, si l’Afrique n’est pas définie ou du moins l’objet d’un accord, la réponse à la question initiale ne peut faire l’objet d’aucun accord.

Le débat sur la compréhension de la question est nécessaire.

 Comme on peut s’en rendre compte, tout cela est indispensable et nécessite d’être débattu. Pour éviter des quiproquos et des monologues juxtaposés, envenimant inutilement trop souvent le débat, dès qu’il est engagé. Il ne nous reste plus qu’à poursuivre la discussion pour tenter de préciser les termes de la phrase introductive du débat. L’enjeu en vaut la chandelle : nous accorder sur le sujet à traiter, disposer d’un cadre accordé d’analyse, de moyens accordés de confronter les hypothèses de réponses et de ceux permettant de nous accorder sur l’hypothèse approchant le plus la réponse à la question posée.

Le débat, y compris terminologique et méthodologique, que nous engageons sur ce point produira,  en fonction des avancées, le temps nécessaire pour un accord sur les bases de la quête et de la discussion du problème commun de l’Afrique. Le stade où nous en sommes nous renvoie aux questions suivantes : Comment distinguer le problème particulier recherché d’un autre ? Qu’est-ce qu’un problème, par rapport à une difficulté, une question, un mystère ? Qu’entendre par qu’un problème commun ? Qu’est-ce que l’Afrique dont nous recherchons son problème commun ? etc… Voici les termes de ce débat avant que quelque hypothèse ait un sens.