Le prochain débat : L’ Afrique et le temps – mise en bouche

Une formule populaire en Afrique dont je ne sais pas qui en est l’auteur postule : “Les occidentaux détiennent la montre ; les africains ont le temps”. C’est un énoncé qui ravit beaucoup d’africains.

A l’occasion de l’examen du rapport de l’Afrique au temps, comme valeur, il conviendra, en plus d’autres aspects de ce rapport, de débattre de cet énoncé. Sur conseil d’Aristote lui-même, nous analyserons à ce titre les questions qui suivent.

Le rapport de l’Afrique au temps relèverait-il d’une qualité qu’elle posséderait, en tant qu’un état singulier de sa part parmi tous les hommes ?

L’Afrique possède-t-elle vraiment le temps, comme elle posséderait une connaissance ou une vérité ?

L’Afrique a-t-elle le temps :

– comme un africain aurait un vêtement ou une bague à son doigt, pour ne pas dire les porte ? L’Afrique peut-elle porter toute seule le temps, si tant est que le temps se porte ?

– comme un africain a 25 ans, pour ne pas dire âgé de ou exister depuis  25 ans… ? Le temps est-il l’âge de l’Afrique ?

– comme un africain dirait que le grenier contient les grains ? L’Afrique contient-elle le temps ? A-t-elle la capacité de contenir tout le temps généré ?

– comme un homme dirait avoir ou posséder une femme, comme une maison, pour s’augmenter croit-il, plutôt que de dire habiter avec une femme ?

L’Afrique dit-elle simplement qu’elle habite le monde avec le temps en disant avoir le temps ?

Quel que soit l’acception retenue, peut-on posséder, contenir, détenir, porter … le temps ?

A bientôt donc !

La passion de ce qui est passé : Le culte du vieux

Cher lecteur, Chère lectrice

J’ai décidé de prendre un engagement auprès de tous les lecteurs qui montrent de la patience à écouter ce que j’ai à dire. Parce que je souhaite que le débat ouvert en cet espace soit global, structuré et responsable, l’intervalle de parution des différents volets peut  paraître long.

Pour respecter l’intérêt que vous manifestez à cet espace et atténuer votre attente, si tel est le cas, j’ai souhaité aménager une catégorie  : EXTRAITS, comme extraits d’articles à paraître ou toutes choses qui peut rencontrer votre intérêt en rapport avec le sujet traité. De cette sorte, j’espère que vous ne vous détournez pas de cet espace. En l’absence de publication d’un article, un extrait sera publié au moins tous les 15 JOURS.

Vous situer par rapport au débat
Termes du débat : Quel est le problème commun de l’Afrique ? / Hypothèse-question : Les africains et leur culture le constituent-ils ? / Chapitre : Devant qui sont les africains ? / Volet : Devant les valeurs et la culture de l’Afrique ? / Sujet : La valeur Passé : La passion de ce qui est passé ? / Exemple : “Le culte des vieux”

 

Disons quelques mots du culte des vieux. C’est entre autres raisons leur reconnaissance d’avoir servi longtemps, plus que quiconque leur communauté, comme Julius Nyerere l’a exposé. Mais c’est aussi le présupposé qu’ils en savent beaucoup des secrets de la vie que d’autres avant eux leur ont légués tout au long de leur vie. Tout cela leur confère la sagesse supposée de celui qui sait et qui ne cherche plus de réponses que des hommes avant lui ont déjà trouvées. Tout cela a beaucoup de sens. Cependant, laissez-moi vous raconter une petite histoire.

Quand j’étais petit enfant, j’aimais poser des questions. Je n’avais toujours pas eu une réponse à la question posée mais une du genre “toi le petit, tu veux tout savoir, connaître le fond des choses”. D’autres fois on répondait en formulant sous la forme de questions des hypothèses que je me faisais moi-même. C’est pourquoi, je pose une question que j’avais posée quand j’avais huit ans environ et que je pose encore autour de moi. Elle se rapporte à la manière d’extraire une boisson alcoolisée. Pour ceux qui savent ce que c’est que le “bangui” ou vin blanc africain ou vin de palme, ils comprendront très vite. C’est une boisson obtenue par l’extraction de la sève du palmier ou du palmier dattier ou du raphia. Le liquide est  et blanc légèrement bleuté comme le lait. il s’alcoolise surtout après extraction par fermentation en produisant une mousse abondante comme de la bière pression ; et la pression est telle qu’on ferme rarement complètement le couvercle du pot le contenant. On raconte même qu’avant, en l’absence de montée de lait chez les mères allaitantes, le breuvage fraîchement extrait et à taux de sucre élevé servait à allaiter le bébés. Bref, la question ?

Pourquoi avant d’extraire le breuvage, déracine-t-on le palmier (et le raphia), qui fait 3 à 8 maximum (pour les variétés courantes) et un peu plus de 10 m pour les autres, alors que l’extracteur grimpe, 2 fois minimum voire 3 fois par jour (pendant 1 mois au minimum que dure l’extraction) à une hauteur de 20 à 80 sur un tronc lisse et à la verticale de 30 à 50 cm de diamètre ?

A mon âge, je n’ai toujours que des hypothèses alors que bientôt je pourrais être dans la situation de celui qui est censé savoir. La question pourrait prêter à rire et aurait été sans importance si des hommes ne mouraient pas de leur chute parfois du haut de 20 à 80 m de hauteur et si on ne croyait pas souvent en Afrique donner l’impression de savoir alors qu’on ne sait pas.

Ainsi, la place éminente dévolue aux plus âgés, même s’ils ne la refusent pas, car personne n’écartent des flatteries, ils ont conscience et sont assez mesurés, modestes et même sages pour reconnaître eux-mêmes les limites de leurs connaissances et leurs productions. Ils sont même assez sages et tellement d’authentiques africains qu’ils se flagellent dans la conscience masquée de leurs limites dans leur propre désignation. Mais, cela, comme souvent en Afrique, tout est caché et il faut le découvrir ou mériter qu’on te le livre ; à condition d’obéir, de se soumettre en quelque sorte.

Ainsi, en pays Akan, dans l’ouest africain, il y a une parenté entre « Pking », l’aîné et « pking gbin », « le vieux ». Ce dernier terme exprime littéralement « celui qui est tombé dans le vide, sur rien ». En quelque sorte, il a certes vieilli en obéissant sans mot dire aux règles et en servant longtemps la communauté lignagère mais sans parvenir à grand-chose ou sans hériter de grand-chose de ses homologues l’ayant précédé. Dans le sens de l’histoire, cela peut signifier un vieux qui n’a pas connu de progrès significatif par rapport à son âge et aux responsabilités qu’il a assumé, dans le cadre social rigide défini. C’est à méditer, comme bien d’autres terminologies en Afrique. Les aïeux étaient certainement assez sages pour résumer le constat de ce qui a résulté de la vie qu’ils ont produite et leurs propres limites, au crépuscule d’une vie de certitudes, de soumission et d’abandon de leur raison souveraine. Si les contemporains le sont également et assez modestes, peut-être alors trouveront-ils le sens de l’histoire laissée par l’Afrique d’hier. Un vieux peut savoir beaucoup de choses, mais pas tout, ignorer aussi beaucoup de choses mais pas tout non plus. Un jeune peut savoir peu de choses mais néanmoins quelque chose et ignorer bien plus de choses mais pas tout non plus. Entre tout ce que les vieux savaient mais partageaient avec parcimonie et tout ce que les plus jeunes savaient que personne ne voulait savoir, l’Afrique a peut-être ralenti là sa marche. Le respect d à devoir aux vieux ne constitue guère un problème. Les oppositions sont ailleurs. A nous de les identifier pour respecter les vieux, mais pas leur obéir ou se soumettre, mais également pour que chacun soit respecté, vieux, hommes, femmes, enfants, jeunes, handicapés, etc…

Voici un élément du débat engagé dans ce volet à venir.