ACTU/ Faut-il continuer d’organiser des élections présidentielles en Afrique ? Est-ce là le débat premier ?

Faut-il continuer d’organiser des élections présidentielles en Afrique ?

Pour le sociologue ivoirien Alfred Babo, il faut remettre en question le modèle politique imposé par l’Occident, trop coûteux en argent et en vies.

Faut-il continuer d’organiser des élections présidentielles en Afrique ? Tel est le titre d’un article publié par Le Monde.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/09/09/faut-il-continuer-d-organiser-des-elections-presidentielles-en-afrique_4995283_3212.html#h5MTTHbSM8ZsMcoF.99
Dans cet espace, nous nous attelons à approcher le problème commun de l’Afrique. Nous n’en sommes pas encore à l’examen de quelque réponse à son sujet. Mais, il y a des sujets de réponses (les plus nombreux) qui interpellent, alors même, qu’à notre sens ce problème n’est pas posé. C’est à ce titre que nous intervenons sur cette question.
Poser cette question, c’est marquer qu’on est pas convaincu et, à tout le moins, qu’on est septique ou qu’on doute. La question est alors de savoir si les arguments sont fondés. On peut même se demander si la question elle-même ne renferme pas le problème privatisé au regard duquel le principe électif est jugé comme problématique. Bref, examinons le sujet.

Examen de la question

Le sujet consiste en une question dont l’inconnue à trouver est : “Est-ce qu’il faut”. Par sa formulation sous forme impérative, l’inconnue consiste en une exigence, une nécessité à établir. La troisième personne du singulier dépersonnalise qui établit cette exigence. On ignore par conséquent qui doit décider du caractère impératif de continuer ou d’arrêter les élections présidentielles en Afrique. Admettons donc qu’un africain pose cette question à d’autres africains et leur confie la responsabilité de cette détermination. L’objet de cette détermination, ce sont les élections présidentielles. Nous n’allons pas ici nous étendre sur leur nature, leur objet et les objectifs visés : un président, de quoi, pour quoi faire, pour quelle nécessité ou finalité, etc…

Élections présidentielles et principe électif

Ne nous attardons pas sur l’existence préalable d’une collectivité sociale, sur son organisation socio-politique et ses règles dont le principe électoral en fait partie. Le principe électif est une forme d’organisation d’un choix, parmi plusieurs possibilités ; il mettant à contribution le libre exercice de la liberté de chacun. Observons donc qu’un président sera élu par des hommes libres quand d’autres personnage sont des élues, s’imposant à ceux qu’ils dirigent ou gouvernent. Un président est celui librement choisi par tous, selon la règle commune acceptée, pour gouverner la communauté sociale, en tant qu’espace social commun d’économie collective du progrès. Caractéristique : son principe est de reposer sur une règle, celle de la proportionnalité dont la majorité est un cas particulier.

Choisir un gouvernant par un principe électif (suffrages divers), c’est choisir celui auquel tous confions la conduite de l’économie collective du progrès : organisation de l’identification et de la mise en œuvre des solutions communes, de l’évaluation de leur efficacité et de leur amélioration. En ce sens, le processus électoral fait parti du plan d’actions pour résoudre un problème commun. C’est un aspect de la réponse.

Avant de poursuivre l’analyse, observons qu’au niveau national, la quasi-totalité des africains s’affrontent pour voir leur choix l’emporter quand ils ne tentent pas de l’imposer. Ils acceptent même qu’un individu qui ne peut même pas être gouvernant dans son petit village, selon une autre règle, le deviennent à l’échelon national ; le fait qu’ils le supportent suffit à leur contradiction entre démocrates au niveau national mais monarchistes au village. C’est là un point majeur que nous ne traitons pas là.

Nature fondamentale d’un principe électif : un élément de réponse

La question posée par Babo revient donc à celle de savoir quel est le problème commun pour lequel la fonction de président et le mode électif électoral constituent l’une des réponses ?

Quel est le problème commun ? En effet, le premier soin à prendre de la question posée est d’abord d’identifier le problème commun pour lequel une fonction de président est nécessaire. Ensuite, il s’agit de savoir quel est le problème secondaire pour lequel le principe électif est adapté pour l’incarnation de cette fonction. Enfin, le dernier soin est d’identifier quel est le problème pour lequel des élections de type suffrages universel sont la réponse pour parvenir à désigner celui qui incarne la fonction. Ainsi, c’est en considérant ce principe pour ce qu’il est, à savoir “la réponse à…” qu’on peut alors découvrir que, pour pouvoir s’interroger sur son arrêt ou sa continuation, il convient d’éclaircir les points ci-dessus.

Venons-en à la question elle-même et aux arguments formulés par Babo

“La démocratie électorale a échoué parce que les élections, notamment présidentielles, donnent d’observer trois constantes qui militent, à mon sens, pour leur abandon.”, [à savoir : coût, résultats…]

“L’élection présidentielle est improductive car non seulement elle est très onéreuse pour les pays africains, mais elle produit très peu de résultats positifs dans la vie des populations”.

Concédons-même que ce soit cher ou très cher. Mais, est-ce raisonnable d’établir un lien entre le niveau de coût et le fait que les élections soient improductives ?

S’agissant de produire “très peu de résultats positifs dans la vie des population”, un principe ou quelque concept a-t-il jamais produit quoi que ce soit pour les hommes, sans les hommes eux-mêmes, s’ils ne l’acceptent pas pas ni ne pensent qu’il est un moyen de leurs solutions ?

La personnalisation d’un principe ou d’un processus, permettant ainsi de le rendre responsable du peu de résultats résultant de l’usage que les acteurs en font, est un procédé foncièrement déresponsabilisant et à tout le moins déraisonnable sinon démagogique. Ce n’est guère le principe démocratique en tant que conception qui infligent les souffrances aux africains. Pascal disait “même celui qui va se pendre veut être heureux” ; ce n’est pas parce que l’homme fait un tel usage de la corde que la corde est responsable de sa tragédie. Le meilleur principe de désignation d’un président africain ne se substituera jamais à l’esprit des africains, à ce qu’ils constituent comme leur problème auquel quelque principe que ce soit constitue une partie de la réponse ou un moyen.

Penser autrement que l’élection

“Sur le continent, les élections présidentielles donnent à voir cette même complainte de fraude, de tricherie et de manque de transparence et d’équité. Pourquoi organiser une élection dont le processus est de toute façon remis en cause et ne débouche que rarement sur l’alternance, mais plutôt sur des violences, et des morts ?”
Quand des élections présidentielles se traduisent par la fraude, la tricherie, le manque de transparence et d’équité, les affrontements et la guerre, n’est-ce pas là la preuve que les uns et les autres n’acceptent rien d’autre que la victoire ? Il s’en suit que plutôt que la question de savoir pourquoi continuer à les organiser, la réflexion intelligente ne consiste-telle pas à examiner pour les acteurs sont prêts à tout pour une victoire électorale ? Quel est le sens d’une telle victoire, si impérative que tuer se justifie ? L’enjeu caché derrière derrière le processus électif disparaît-il par le simple changement du mode d’organisation de la vie institutionnelle ? Ainsi, on en revient au point initial : quel est le problème commun dont quelque processus est une part de la solution ?
“Mon argument est qu’il ne faut pas organiser d’élection présidentielle dans certains pays africains. Ne pas le faire, c’est épargner des vies humaines, c’est épargner de l’argent, c’est s’émanciper d’acteurs politiques en manque d’inspiration.
C’est me semble-t-il un argument respectable. Mais, d’une part, si on économise de l’argent en n’organisant pas des élections, que valent les 300 millions d’€ évoqués à chaque scrutin pour l’élection la plus chère d’Afrique, si l’on croit dans le processus, dans l’idée que ce qui utile et nécessaire s’apprend pour en réduire les aspects négatifs de sa non maîtrise ? D’autre part, l’argument des morts ne résiste pas au fait si les hommes ne conçoivent pas l’espace vital comme commun ou en tous cas n’envisagent pas de le mettre en commun, alors, aucun système n’épargnera des vie humaines. Sauf, à considérer que dans une situation où les uns parviendraient à dominer les autres (quelque soit le système), ces derniers se protégeraient de la mort par la soumission. N’est-ce pas ainsi que la différence des systèmes politique s’établit ?
“Le gain humain, économique, moral et politique de la non-organisation de présidentielles l’emporte sur le maintien d’un simulacre qui ne vise qu’à satisfaire la communauté internationale.”
Il faut toujours que l’Afrique n’ait aucune volonté propre, qu’elle agisse pour des maîtres extérieurs à elle-même : Les Autres. On se demande parfois, si des africains envisagent une situation historique dans laquelle la liberté du soleil de briller se traduirait par la suspension de ses rayons au dessus de l’Afrique, dans laquelle la liberté de mouvements des autres s’effacerait devant celle de l’Afrique, dans laquelle enfin, la liberté de mouvement de chaque africain prendrait fin en face de celle d’autres africains. Finalement, quels ces ces autres africains qui entendent vivre dans un tel monde qui n’existe cependant pas ? Les élections présidentielles sont-elles la tête par laquelle le poisson Afrique pourri ? Non. Le soleil ne s’arrêtera pas de briller parce que des Africains arrêtent d’organiser des élections. La volonté des africains d’être libres et égaux à d’autres et à tous les hommes ne s’estompera pas pour autant non plus.
“Aussi, un candidat à la présidentielle ivoirienne de 2015 avait proposé la brillante idée d’un système tout à fait inédit fondé sur une présidence tournante entre les régions ou blocs ethniques.”
Cette idée que l’auteur juge “brillante” n’est pas un arrêt du principe électif présidentiel, objet de la question qu’il pose. L’idée mérite cependant d’être examinée. Elle a d’ailleurs été expérimenté au Bénin et un pays comme la suisse en a une déclinaison spécifique. Cela dit, avant de le faire, la question est : à quel problème commun répond-t-elle ? Car le fait est que toutes les réponses avancées ici et là, pour séduisantes ou brillantes qu’elle soient, ne peuvent en aucun cas être évaluées, s’agissant de leur pertinence, ni devenir des réponses communes acceptées par le plus grand nombre, si le problème qu’elles traitent n’est pas posé et mis en commun.
C’est pour toutes ces raisons que nous pensons que les africains feraient de l’élucubration intellectuelle, dont des réponses ici et là ou débats à leur sujet sont les objets, tant que le ou les problèmes traités par ces réponses sont eux parfaitement mis sous le tapis de l’histoire pour supporter la souffrance de tous les africains. A chaque réponse doit correspondre un problème librement débattu et posé ensemble, autrement c’est une fuite en avant, quelque soit sa qualité en soi. C’est aussi pourquoi, nous n’avons aucune solution à soumettre, tant que les problèmes ne sont pas débattus et posés.
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ACTU/ TRUMP : Quand les hommes se cachent d’eux-mêmes

Lorsque le vivant ou non est poussé à bout de sa résistance, par les conditions de son existence, il arrive un moment où il bascule en autre chose pour continuer à exister : il s’adapte. Tel est l’homme, comme un animal, une plante ou un minéral. A cet égard, Donald TRUMP n’a pour l’instant “trumpé” aucun américain ni personne dans le monde. Il a dit ce qu’il pensait ou plutôt s’est fait le porte-voix de tous les américains qui pensaient, sans oser ou pouvoir le faire savoir, tout ce qu’il a exprimé. Fera-t-il tout ce qu’il s’est engagé devant le peuple américain et le monde à faire ? Pas sûr qu’il puisse tout faire comme prévu ? Certainement pas tout, puisque tout le monde est acteur, sauf si tous acteurs, refusons de l’être pour que tout ce qui nous fait peur advienne. Hitler n’a pas produit seul l’histoire que nous connaissons et que nous attribuons à lui seul : les allemands de naguère qui l’ont porté au pouvoir au paroxysme de leur résistance, puis tous après qu’il ait emporté le scrutin, les européens ensuite et le monde entier, en refusant d’être des acteurs libres ont permis ce qu’ils n’espéraient pas ou redoutaient. Mais, est-ce là une raison pour que les uns étouffent préventivement la liberté des autres ? Le dire et procéder à une analyse fondée sur sa raison souveraine, ce n’est nullement un soutien sinon que la confiance dans la liberté et donc le respect des acteurs.

Un scénario impossible en Afrique

Un jour après les faits, les faits son têtus : Trump a gagné. La question n’est plus de savoir s’il mérite ou non la confiance des américains pour les gouverner et si la grande majorité du monde a eu raison ou pas de vouloir décider à la place des américains. Une chose est certaine : compte tenu du rejet massif de Trump par une moitié des américains avec le large soutien d’une grande partie du monde, réfugiée derrières ses peurs et ses intérêts, jamais il n’aurait été élu si l’on n’avait été dans une démocratie adulte à savoir, capable d’accepter la victoire de l’incertitude sur ce qui est connu et sécurisant et cette démocratie ne disposait pas des moyens de faire respecter cette capacité. Un tel scénario en Afrique se serait achevé par la victoire d’Hilary Clinton, dune manière ou d’une autre.

On entend encore ici et là des commentateurs dire qu’Hilary Clinton aurait gagné si on ne prenait en compte que le choix de chaque américain. Ils refont l’histoire. Au lieu de constater la réalité, ils pointent le système américain des grands électeurs, comme étant responsable de la victoire de Trump. Pour eux donc, le seul résultat possible était la victoire de Clinton. A vrai dire, ni le vote des américains, ni leur système ne sont acceptables s’ils n’aboutissaient pas à mettre au pouvoir celui qu’eux préfèrent. Ce sont les mêmes qui lorsque le contexte le permet, soutiennent que les vaincus soient les vainqueurs, ceux qu’eux-seuls attendent et acceptent, au lieu de la plus grande confiance dans leur capacité d’acteurs libres.

Repliques : Financiarisation, Terrorisme, Menace d’extinction, …

La première observation qu’on puisse faire et reprenant la pub de La Poste française, c’est de constater qu’encore une fois 100% des gagnants ont toujours tenté leur chance ; c’est une manière de dire que pour parvenir à la victoire, prendre le chemin qui y mène est la seule condition ; il n’est donc pas nécessaire d’espérer y parvenir pour entreprendre. Si avec le rejet de la quasi-totalité du monde en support des républicains qui le rejetaient puis de la moitié des américains préférant Clinton, Trump avait du espérer la victoire avant de continuer à se battre, il se serait alors abstenu avant ou après les primaires républicaines. Peu importe qu’il inspire dégoût, peur ou rejet, le fait est qu’il est 45è président des USA.

Après le 11 septembre 2001, les américains pensaient que Bush fils n’a pas été à la hauteur de leur traumatisme. S’il a gagné un deuxième mandat contre Al Gore, c’est au prix d’un sens aigu de la responsabilité des acteurs américains. Si on avait été en Afrique, une guerre était possible en novembre 2000. Après l’épisode de Bush fils, les américains ont pensé que l’élection de Barack Obama était non seulement leur meilleure tentative de réponse à ce traumatisme, mais également une manière de se rapprocher davantage du reste du monde que ne l’a induit, sans intention Le 11 septembre ; car cet événement a rapproché les américains du monde, bien plus qu’auparavant. Huit années après Obama, une moitié au moins d’entre eux pensent que ce rapprochement a plus affaibli les USA que redorer leur estime d’eux-mêmes ternie sans doute, pensent-ils, par le 11 septembre.

Mais, il n’y a pas que cela. La financiarisation du monde, initiée sous Ronald Reagan, la révolte terroriste qui s’est substitué à l’URSS disloquée, en tant qu’adversaire à la taille du monde occidental, la révolution numérique en cours et l’exigence de ralentir le creusement de leurs tombes par les hommes induisent de plus en plus de souffrances pour les peuples, y compris pour les USA eux-mêmes. Tout cela, ni Obama, ni ceux qui l’ont précédé ne leur ont apporté des réponses apaisantes et acceptables. Ironie de l’histoire, Trump qui est le parfait archétype et produit de la financiarisation ne produisant qu’un volume plus faible de salariés est le choix des américains. Sans doute, parce qu’ils pensent confier à ceux qui détiennent le pouvoir réel, le pouvoir politique que ceux qui en dépendaient jusque-là n’ont exercé qu’avec des entraves de toutes part. Si Trump fait peur, c’est moins pour ses mesquineries et ses propos vulgaires, ses insultes ayant pour seul but que pour gagner les élections. En revanche, c’est surtout pour le fait que pour la première fois dans le monde, dans le pays le plus puissant du monde, la bourgeoisie, celle qui tient la finance qui gouverne nos vies, détient pendant quatre années le pouvoir politique et militaire. La véritable question est alors de savoir ce qu’elle va en faire, ne dépendant pas de la finance, puisque Trump est la finance.

Les valeurs éprouvées par les souffrances

Ici et là, on agite des valeurs. Mais quand viennent les difficultés les plus sérieuses, elles perdent souvent de leur éclat. L’élection de Trump et plusieurs autres faits révèlent la réalité des hommes. Lorsque des peuples sont très dominateurs, toutes leurs valeurs ont du sens ; elles sont mêmes universelles. Dès leur prise sur les autres moins forte, certaines de ces mêmes valeurs deviennent des boulets, faisant d’eux pensent-ils, des chevaux avec handicap dans une économie de l’existence et du progrès assimilée à une course. Pourtant, la destination d’une telle course paraît de moins en moins incertaine à notre époque considérée comme celle de l’Anthropocène ; celle au cours de laquelle l’homme est le principal moteur de l’évolution, du changement du monde. L’Union européenne se défait sous nos yeux, avec entre autre le Bretxit ; la difficulté à être solidaire avec la Grèce, à accueillir et à être hospitaliers, à être ensemble tout simplement en rend compte. En Afrique dominée, sans qu’elles ne soient différentes dans leur grande ligne, les valeurs opposent déjà les africains, notamment celles que les africains ont en commun mais qui sont sociopathiques. Elles le sont si bien qu’à vrai dire, le continent est déjà, et depuis les indépendances, dans les circonstances des évolutions actuelles du monde occidental. Des hutus ont massacré des tutsis ; de jeunes africaines sont en esclavage au cœur de l’Afrique sans que cela empêche visiblement la plupart des africains de manger, de s’amuser, de dormir, … Alors, stop les jugements de valeurs et agissons davantage ensemble pour tendre vers des valeurs en lesquelles chacun se reconnaît et respectent.

Dans des circonstances où une part importante des peuples souffre, il arrive un moment où les arguments moraux n’ont plus aucune prise sur cette part. Rappelez-vous cette histoire n’impliquant pas de peuple, de crash aérien dans la Cordillère des Andes. Elle a conduit les survivants à se nourrir de la dépouille des morts pour échapper eux-mêmes à leur fin. C’est dire qu’en ces périodes de grande souffrance, ils sont nombreux les hommes qui finissent par ôter leur masque. Rappelez-vous aussi la souffrance naguère des masses qui a amené une part importante de l’Europe à basculer dans la domestication du reste du monde au service du soulagement de sa peine et pour son seul profit. Rappelons-nous plus près de nous la souffrance des allemands du Reich qui sera motrice de l’accession d’Hitler au pouvoir.

On le sait tous. Il y a une seule manière d’éviter d’en arriver là. Quand ceux auxquels les masses confient la responsabilité de guider leur marche ne manquent pas à leurs obligations : authenticité, efforts honnêtes de réduire leurs difficultés, etc…. Quand ils préfèrent être jugés par les masses sur leur appel constant à leur bon sens, à leur la raison, à leur sensibilité ainsi qu’à leur capacité de mesure ; quand ils les aiment et les respectent. C’est de la vanité et de la prétention de leur part, quand ceux qui détiennent cette responsabilité, quelque soit leur sensibilité politique préfèrent miser sur une prétendue ignorance et peur d’une partie importante des masses ; surtout si elles souffrent. Car croire qu’il les tiennent en laisse est une faute histoire que ne manque pas de révéler le jour où  les gens s’affranchissent de leurs peurs et de toutes leurs inhibitions.

On est toujours étonné de voir son chien qu’on croyait docile faire face parfois. Parce qu’on est certain de le dominer. C’est pour ce manque d’humilité que beaucoup d’élites sont souvent surpris des faits. La comparaison s’arrête au sens de cette image. Car, les gens ne sont pas des chiens. Et, ils seraient dénués de tout orgueil, au sens de Jean Paul Sartre, si l’on envisageait que ceux qui les gouvernent étaient leurs maîtres. Or, les gens sont orgueilleux. Non pas au sens de refuser pour raison de valeur supérieure, mais ils le sont selon le sens de Sartre qui le conduisit à refuser le prix Nobel de littérature en 1964. Bref, les gens veulent avoir l’égale valeur de tous les autres, mériter la même vie que celle de l’humain souffrant le moins possible des difficultés de vivre. Et, quand ceux qui les croient en laisse les découvre la rompre, c’est toujours une surprise, parce qu’un tel événement signe selon eux, la marque de leur audace : la volonté d’être libre et de préférer que tout soit possible plutôt que ce que certains décident qu’il soit. Être libre, c’est être acteur, à savoir contribuer à déterminer ce qui doit être, au milieu d’une infinité de possibilités.

L’incertitude est le royaume des hommes libres et acteurs

Quelque soit le risque prétendu pour chacun et pour le monde, à la faveur de l’élection de Trump, il semble que la question fondamentale est celle de savoir si tout doit être possible ou si seules quelques possibilités de réalités doivent l’être. Dans ce dernier cas, la question renvoie à celle de savoir qui délimite et fixe ces seules possibilités. Pour ma part, je serai toujours du côté de ceux qui pensent que tout doit être possible sans que tout puisse être réalité, plutôt que ce que certains en décident seuls. Car, c’est à l’interface entre la possibilité et la réalité que les hommes libres et donc acteurs sont et agissent pour convertir le possible en réalité ou empêcher de l’être. L’homme libre n’agit pas sur la détermination de ce qui est possible. Le rapport entre des acteurs libres est une pompe à réalités. c’est l’incertitude qui est motrice du changement, donc du mouvement vers une destination à laquelle chaque acteur peut contribuer à déterminer. Le pire, c’est le statu quo.

Et l’inertie à propos des grands sujets du monde qui touchent chacun de nous est-elle meilleure que l’incertitude qui offre la possibilité des changements meilleurs ou pires. L’existence d’une possibilité du pire mérite-t-elle qu’on refuse celle du meilleur, alors même que l’avènement de l’une ou l’autre dépend de la vigilance de chacun de nous ? Peut-on continuer avec le règne de la finance qui précisément a fait la fortune de Trump ? Peut-on continuer avec “la fonction de liberté” dont la délocalisation, qui ne laisse de choix aux hommes que d’augmenter leur part de liberté qu’en acceptant la diminution de celle des autres, mais pour un niveau toujours croissant de celle d’autres. Peut-on continuer d’accepter que les peuples s’affrontent ou ne diminuent leurs souffrances de vivre qu’aux détriments les uns des autres ? Pendant que des gouvernants promettent l’emploi pour tous, on peut aussi ignorer que de moins en moins, les hommes auront un travail rémunéré au sens industriel, avec tout ce que la révolution numérique a déjà initié, des “hommes augmentés” qui opposent les hommes et mettent déjà à rude épreuve les certitudes morales et éthiques des uns et des autres. On le sait aussi, d’autres problèmes structurels bloquent le monde et nourrissent la violence, sans cesse recommencée. Imagez que le conflit en Palestine existe bien avant la naissance de la très grande majorité des habitants du monde. Qu’ont fait tous les dirigeants qui se sont succédé ?  Tout ce que chaque habitant du monde a eu, c’est Al Quaïda, les attentats du 11 septembre 2001, ce sont les guerres d’Irak, c’est Boko-Haram, c’est Daesh… Heureusement d’Internet et l’ouverture mondiale a tempéré tout cela et limité ses impacts, même s’ils ont tout aussi nourri ces réalités.

Trump est le 45è président des USA, n’en déplaise à ceux qui ont l’orgueil de supériorité et qui peinent à s’en remettre. Alors, qu’est-ce qu’on fait ? On rumine encore et on regrette que ce qui se passe ne soit le seul fait de minorités qui décident de son existence ou on préfère que tout soit possible, y compris une nouvelle situation de chaos dont pourrait résulter souffrances, mais aussi de nouveaux équilibres. Pour la première fois depuis la deuxième guerre mondiale et l’éclatement de l’URSS, la situation globale du monde, consistant en “liberté conditionnelle” peut être ébranlée, dans une direction comme dans l’autre. Pour ceux qui par exemple désespèrent de la résolution du conflit structurel au Moyen orient, de la fin de l’ordre de Yalta ou de sa modification, ou de la réorientation stratégie de l’agir des hommes pour ralentir les conditions de leur propre fin, cette situation est à première vue dangereuse et en tous cas pire qu’auparavant. Rien n’est moins sûr. Que personne ne s’y méprenne. Je n’affirme pas que Trump va changer le monde dans les directions ci-dessus exposées. Mais, pour la première fois, le pays le plus puissant aura à sa tête un produit archétypal du pouvoir financier, dont dépendaient tous ceux qui se sont succédé jusque-là au pouvoir des peuples. Quels changements décisifs du monde, la réunification du pouvoir financier, politique et militaire va-t-elle contribuer à produire ? Voici la question essentielle, qui dépasse de loin la personne de Trump. Quand on ne dépend pas du pouvoir financier, puisse qu’on l’est, quand on ne dépend pas du pouvoir, puisqu’on le détient, quand on ne dépend pas du pouvoir militaire, puisqu’on en dispose, qu’est-ce qu’on peut faire ? Wait and see, sachant que malgré tout, nous sommes tous acteurs, autant ceux qui détiennent désormais les pouvoirs unifiés, sans la peur qui brouillait la lucidité des gouvernants lobbies-dépendants que le monde a connu jusque-là.

Le problème n’a jamais été qu’Hitler parvienne au pouvoir par la voie démocratique ; il est précisément dans le fait que les gens aient accepté qu’il transgresse leur liberté ou qu’ils se soient constitué ses esclaves. Tous ceux qui ne l’ont pas élu, mais qui toussaient quand il toussait pur éviter qu’il ne les entende ou ne remarque leur présence dans un espace qu’il avait privatisé sont-ils moins responsables par ce non choix que ceux qui pensaient qu’il pouvait être une solution à leurs souffrances ? Les uns l’ont porté au pouvoir. Mais tous les allemands de l’époque et tous leurs contemporains sont tous responsable de ce qu’il en avaient fait. Est-ce une raison suffisante pour refuser les libres choix, quand on a la possibilité de ne pas accepter que ce que ce choix induit, comme mise en cause de la liberté alors respectée ? La liberté peut-elle consister en une domination préventive, pour empêcher que des choix libres ne conduisent à l’hypothèse de la possibilité du contraire de la liberté ? Est-ce ainsi que l’homme libre est acteur, à savoir contraindre l’autre ?

Côte d’Ivoire : Un régime monarchique déguisé depuis 2010 ?

Avant même et surtout au lendemain de la mort de Félix Houphouët-Boigny, la bataille a fait rage pour prendre le pouvoir. Ce qu’il y a en les hommes de plus vil a même servi de support et d’argument de lutte par tous les acteurs. Les Ivoiriens ont payé un lourd tribut et la Côte d’Ivoire en est sortie fractionnée, quoi qu’on en dise.
 
Les tentatives et éliminations par meurtres n’ont pas suffi à désigner un vainqueur, lequel ne pouvait être acceptable dans tous les cas par ces voies. De toutes les alliances diverses de circonstances entre acteurs, seule une a permis à la Communauté internationale de soutenir des ivoiriens contre d’autres, pour parvenir à la paix régionale, menacée par les ivoiriens, ainsi que la tranquillité du monde. La communauté internationale a défendu ses intérêts menacés par les productions toxiques des ivoiriens divisés. Les ivoiriens eux-mêmes ont profité de cette paix temporaire et en bénéficient encore. Quelques ivoiriens, se plaignant des circonstances du retour à une paix, certes temporaire, n’ont pas plus raison que ceux qui se réjouissent d’une situation qui recèle en elle-même, l’énergie potentielle de lendemains que chacun redoute.
 
La paix temporaire a été possible parce qu’une espèce de régime de monarchie constitutionnelle s’est progressivement mise en place, sans reposer sur aucun socle constitutionnel. Avec tout le respect dû aux acteurs eux-mêmes, on peut voir dans les fonctions telles qu’elles se déclinent ceci : un président, “faisant office de premier ministre véritable” gouverne en consultant “un roi faiseur de paix” qui lui assure la cohésion minimale nécessaire, sans laquelle son pouvoir n’est pas. Mais tout cela existe parce que les ivoiriens le veulent, en tous cas une large partie. Qui peut leur en vouloir. Fernand Braudel ne définit-il pas ainsi en substance ce qui se passe : l’histoire, c’est celle que les gens majoritaires au sein d’une population donnée produisent ; à condition d’introduire aussitôt sous réserve de leurs choix libres. Beaucoup de ceux qui s’en plaignent regrettent d’avoir été éjectés du pouvoir.
Sert-il vraiment à quelque chose de reprocher quoi que ce soi aux acteurs, à ceux qui gouvernent ou aux autres qui le veulent ? Nous pensons qu’il convient de dépasser la réalité elle-même et de la voir autrement. Le régime socio-politique dans les villages africains et les royaumes est celui de la monarchie absolue. A bien y regarder, il y a en Côte d’Ivoire désormais et depuis 2010, une espèce de régime monarchique constitutionnel, mais sans fondement : une fonction présidentielle, mais dont le pouvoir réel semble émaner d’une “fonction monarque” ayant su s’imposer comme telle, au grand dame des ivoiriens. Ainsi, le grand gagnant du fractionnement de la Côte d’Ivoire, c’est cette fonction. Désormais, sans être dans l’obligation d’être dans la mêlée, cette fonction a une place et une importance que celui qui l’incarne n’a jamais eues et que hier tous les lui contestaient, y compris ceux-là même qui l’ont combattu férocement. C’est une véritable marque d’intelligence de la situation de sa part. Ceux qui en doutaient en sont désormais convaincus sans doute.
 
Mais au fond, que gagnent véritablement les ivoiriens ? Au delà d’une paix qui ne tient que tant que vivent encore ces deux principaux acteurs, rien qu’on puisse considérer comme durable. Il faut donc préparer l’avenir. Celui qui continuera ou poursuivra la période initiée depuis 1993 n’en est pas un qui soit satisfaisant pour les ivoiriens. C’est pourquoi dès maintenant, il faut se projeter, plutôt que de se laisser emporter par ce qui se passe, par ce que les acteurs ont fait ou pas, font ou pas. La seule véritable question est : que voulons-nous ensemble et que faisons-nous ensemble pour faire arriver ce que nous voulons et changer ce qui se passe ?
 
Pour traiter cette question, il n’ y a pas de place pour la peur.
Ce qu’il faut, c’est de l’engagement. Et, on est engagé quand on agit alors qu’il n’est pas nécessaire de le faire, selon Vladimir Jankélévitch. Et, il n’y a aucune nécessité personnelle pour personne à faire quand il y a des risques importants. C’est à partir de ce point que se mesure le véritable engagement. Il en faut aussi du courage, en raison même de ces risques. Sur ce point, je partage assez l’avis de la philosophe Cynthia Fleury, quand elle énonce : « pour un individu comme pour une collectivité, il n’existe qu’une seule manière de se protéger : assumer ce en quoi l’on croit et ne pas renier ses valeurs morales ». Et, moi je crois en un espace social commun, dans lequel les uns ne sont pas alliés des autres contre certains autres. Je crois en la marche possible de l’Afrique, de progrès en progrès, de réduction de ses difficultés de vivre en réduction. Je crois en la capacité de l’Afrique de produire sa part temps et de lui donner une saveur agréable.
 
Avec de l’engagement et du courage, on peut alors tenter de réaliser ensemble l’espace social commun, celui que constitue nos accords et duquel nous excluons tout ce qui nous sépare et nous divise. La marche collective, de progrès en progrès, est à ces divers prix. Chacun doit avoir conscience du fait que et en paraphrasant Platon, le danger constant pour l’Afrique, c’est la situation dans laquelle le seul mérite de beaucoup de ceux qui la gouvernent ou se battent pour le faire, réside dans leur volonté de prendre, de détenir, d’accaparer, de posséder le pouvoir collectivement constitué, pour eux-mêmes ou pour leur communauté d’origine. Le temps est venu de se battre, loin du pouvoir.

Faut-il des esclaves aux hommes libres ? Existe-t-il des hommes ne pouvant être autres choses que libres ?

Faut-il aux hommes libres des esclaves ?

Si un tel sujet avait été celui d’un examen du Bac, les uns auraient défendu la libre décision académique de traiter tous les sujets, y compris ceux qui divisent les hommes. Mais, la réponse affirmative et impérative de la part d’un homme à cette interrogation, hors de tout cadre académique paraît ne même pas être recevable et à fortiori acceptable. Dans un article que Le Monde diplomatique (1) a exhumé, Regis Debray (2) énonce et que nous citons : “Il faut des esclaves aux hommes libres “. Voici le sujet à propos duquel nous exposons notre point de vue.

Ce qui nous intéresse ici,  ce n’est pas de de discuter de quelle manière cet article datant de 1978, a-t-il été exhumé ainsi que les buts de cette opération. Il n’échappe à personne que la France est en période électorale et que les candidats et leurs soutiens respectifs ne se ménagent pas et que même ceux qui se présentent comme impartiaux au plan professionnel, ne manquent sans doute pas d’agir dans le sens de leur préférence. Ce qui nous intéresse ici donc, c’est le fond de cette réflexion, au delà du choc que cet énoncé occasionne par provocation ou par volonté de le produire chez d’autres contemporains.

Un constat initial

D’abord, Régis Debray procède du constat d’une réalité : celui que les hommes n’ont pas dépassé le Néolithique. En effet, au Néolithique, l’homme a fait la découverte de la domestication de son environnement, y compris de ses contemporains. Depuis, sa voie pour se soustraire de son existence contrainte est celle de l’assujettissement de ce qui peut l’être : des plantes et des animaux pour répondre à ses exigences les plus existentiels. Quand certains disent de ne plus consommer de viandes mais tolèrent qu’on mastique la salade, ils adossent cette tolérance, outre sur des considérations écologiques, sur le fait que les animaux sont sensibles et proches des hommes. Mais qui peut affirmer que les plantes n’ont aucun esprit et que la sève s’écoulant de la tige coupée n’est pas leur manière propre de saigner ? La domestication des contemporains n’a-t-elle pas été dans le passé, l’innovation la plus importante au Néolithique ?

Certes de cette période à nos jours, on peut admettre que les hommes ont fait de nombreux progrès pour rendre leur réponse acceptable par eux-mêmes. Mais fondamentalement, notre époque repose sur cette voie. Ce qui a changé, ce sont les formes, les degrés et les caractéristiques de la domestication. Elles ont rendu possible la société humaine, dans ses formes variables que nous connaissons aujourd’hui. Pour tout dire, la relation humaine rend compte de la conservation de la domestication en tant qu’outil d’existence. Un seul exemple nous éclairera.

Qu’est-ce que le capitalisme, sinon rien de plus ou de moins qu’une fonction de liberté, qui elle même n’est rien d’autre que la relation humaine. Cette fonction est définie sur ses deux axes de zéro à l’infini positif et non au delà dans la mesure où la relation prend fin par la mort de l’une des parties qui y est engagée. Elle n’est si particulière que cela. On peut même la représenter dans un repère orthonormé ayant pour abscisses la liberté des uns et pour ordonnées celle des autres. L’esclavage, n’est-ce pas l’état de la relation, telle que la liberté des uns tend vers l’infini positif tandis que celle des autres tend vers zéro ? Par exemple, qu’est-ce qu’une délocalisation brutale à notre époque ? Rien de plus qu’un retrait brutal du pain de nombreuses bouches (ayant atteint un certain niveau de liberté), pour l’offrir à plusieurs autres. Ces derniers espèrent davantage de liberté. Mais, ils partent d’un niveau tellement bas, qu’ils accueillent “leurs maîtres” qu’ils espèrent cependant temporaires et qu’ils vont lester des pitances dont ils sont chargés, en échange d’accepter sa “domestication de notre temps”. Qu’est-ce que la diplomatie ? Elle n’est rien d’autre qu’une variante de la fonction de liberté ou de la manière dont elle se révèle. Ainsi, dans un premier temps, Debray n’exprime rien de plus de cette perception que nous développons ci-dessous.

La liberté, la relation humaine, la batterie, l’uranium et les mathématiques

Il y a donc bien un sujet d’existence  pour tous les hommes en société. Il fonde leur opposition, par communauté interposée ou au sein d’une même communauté. Les uns n’acceptent plus la relation humaine selon les conceptions des premiers moments de l’avènement de la société humaine. Ils conçoivent désormais la relation humaine comme une fonction affine dont la représentation graphique est une droite. Son coefficient directeur peut prendre, selon leurs conceptions politiques dites démocratiques ou non toutes les valeurs, sauf 1, inacceptable pour eux. Sa droite de représentation ne passe donc pas par l’origine du repère (zéro). Selon les conceptions dites extrémistes de gauche, ce coefficient prend la valeur 1 (la droite de représentation passant par l’origine du repère (zéro). Au sein de ce groupe, il n’y a accord que sur le caractère de fonction affine de la fonction de liberté. Si les premiers acceptent ce qui est passé et tentent de poursuivre la relation avec le souci d’en modifier les aspects les plus proches de ceux du passé, en maintenant le niveau de liberté qu’il a permis d’atteindre à certains, les seconds entendent partir de zéro, comme si le passé n’avait jamais existé.

D’autres, au contraire, acceptent la relation humaine, telle qu’elle s’est établie depuis le Néolithique. Pour eux, elle est comme une fonction de loi exponentielle. Elle est assimilable à une fonction décroissante exponentielle. Les hommes de mathématiques diraient qu’elle est la solution d’une équation différentielle linéaire. Elle est comme la loi mathématique tirée de la décharge d’un condensateur ou d’une désintégration radioactive. En somme, la liberté des uns, de valeur initiale la plus haute possible, mais nécessairement limitée, décroit dans leur rapport aux autres proportionnellement à cette valeur, pour augmenter d’autant celle des autres au fur et à mesure que les premiers en perdent. Vivre pour les uns (X), consiste alors à empêcher cette diminution, d’où selon Debray, “il faut” aux premier des esclaves, à savoir maintenir la liberté des autres (X) à un niveau proche de zéro (0). Dans une telle conception, il n’existe aucune autre possibilité que celle selon laquelle les premiers portent leur effort sur le maintien et l’amélioration du niveau initial de leur liberté, sans le souci de maintenir celle des autres à son niveau le plus faible possible. La représentation graphique d’une telle fonction de liberté épouse celle d’un arc largement ouvert vers le haut. Tracez donc un repère orthonormé (Y = liberté des uns et X = liberté des autres). Dans son quart en haut et à droite, ajoutez-y une courbe partant de l’axe de y (le plus haut possible) pour descendre et longer le plus longtemps possible celui de x avant de le toucher.

La fonction de liberté, conçue comme affine implique que la croissance de la liberté des uns est liée à celle des autres. En cela, elle rend mieux compte de la définition et de l’idée que les hommes eux même se font d’eux, de leur société et de la liberté. C’est en partant de ce point de vue que l’énoncé de Debray doit être analysé.

Chacun doit être libre dans sa perception de la réalité

Maintenant, traitons de la manière dont Debray perçoit la réalité. Selon ce qu’il énonce à son sujet, la relation humaine telle se déroule implique des hommes libres, donc des maîtres et des hommes non libres, à savoir des esclaves. Certes, on n’évoque guère plus des maîtres et des esclaves. Et, c’est en cela que son énoncé choque. Mais, qu’est-ce qui rend par exemple le capitalisme ou la diplomatie plus recevables (acceptables même) par rapport à un simple énoncé qui n’exprime que la lecture faite de ce qui est perçu de ces réalités ? Il convient de dire qu’il n’existe aucune réalité qu’on puisse refuser ou accepter, si on ne la reçoit pas. Il convient donc d’entendre tout, le meilleur, comme le pire, l’agréable, comme le désagréable dans la perception de ce qui est. Car, ce n’est pas le fait que Debray voit en ces réalités une obligation et une voie des uns de tenter d’augmenter leur liberté en réduisant celle des autres qui fait naître leur volonté  d’être des hommes libres selon une fonction de liberté à décroissance exponentielle. Ce n’est guère sa perception qui décide à leur place des moyens que les hommes utilisent pour y parvenir, ni par ailleurs définit à leur place ce qu’ils se représentent comme être libres. En revanche, l’énoncé de Debray doit être reçu, avec l’intention de le juger compréhensible et juste, dans le sens où ce qui est exprimé ne porte aucune contradiction en lui-même.

Le débat : Ce qui doit être acceptable dans la relation humaine pour conduire à la liberté de tous

La première exigence concerné son caractère sensé et donc compréhensible. L’énoncé rend compte de sa perception de la réalité qu’est la relation humaine : une relation, selon lui,  entre des hommes libres et des hommes sans liberté, des esclaves ; l’existence des seconds conditionnant celle des premiers. C’est clair. On peut partager ou non un tel point de vue ou pas, selon son propre repère de vue. Mais, cela ne relève pas du débat, mais d’un jugement de visions sur ce que qui est perçu, à partir de repères différents que chacun constitue. Aucun accord n’es possible sur la perception de la même réalité à partir de repères différents. Ensuite, voyons la seconde exigence, à savoir la justesse de ce qu’il énonce. Pour être précis, l’énoncé est-il juste, au regard de l’idée même de liberté ? En somme, existe-il des hommes appelés à être libres et d’autres des esclaves pour permettre aux premiers de l’être ? La liberté est-elle un état définissable sans l’existence de la contrainte ? Non. L’état d’un sujet ou d’une communauté humaine ne peut être jugée comme celui de liberté, sans aussitôt introduire son rapport à son environnement. Il vient donc que la liberté est un état particulier de ce rapport.

Cela dit, cet atterrissage ne dit pas si ce rapport est précisément celui de liberté en raison de l’existence nécessaire et indispensable d’un rapport de domestication ou de domination d’un tel sujet ou d’une telle communauté sur son environnement, tel que Debray l’envisage. En parvenant à ce point, nous rejoignons le débat sur conceptions de fonction de liberté précédemment évoquée. C’est en introduisant alors la définition de la liberté que chacune des conceptions peut être étalonnée ainsi que l’énoncé de Debray discuté pour savoir ce qui est juste.

Réception faite de son énoncé, une certaine lecture peut alors en être faite. On peut penser que ce qu’il exprime contredit aussitôt au contraire de ce qu’il affirme. Car, il énonce en réalité que les hommes libres (tels qu’ils les conçoit) ne le sont guère, mais sont esclaves de leur passion. Puisque selon sa conception, être libres, c’est dominer, voire domestiquer d’autres. Cela, peut-il être la liberté ? N’est-ce pas exprimer par cette manière de d’être libres, une passion de la liberté et donc non raisonnée. La liberté peut-elle exister en dehors de toute raison ? De plus, en énonçant qu’ “il faut des esclaves…”, Debray ne suggère-t-il pas qu’il ne peut y avoir des hommes libres sans esclaves ? Or les hommes qu’ils soient libres ou esclaves, ainsi qu’il les conçoit sont de l’Homme. Peut-il y avoir l’Homme qui soit à la fois libre et esclave ? C’est en cette contradiction que l’énoncé questionne d’autre hommes.

Cette vision des hommes libres est également contestable pour la raison suivante. Des hommes libres, sur lesquels pèse une telle contrainte, (l’impératif de domestiquer d’autres) agissant mécaniquement sous sa force sont-ils libres si la liberté se conçoit de la manière accordée suivante : à savoir un état d’équilibre auquel les hommes parviennent dans leurs relations à leur environnement, en desserrant ensemble et raisonnablement les contraintes communes, sans prendre le risque de les alimenter de manière immodérée jusqu’à conduire à leur propre disparition, puisque tout est lié ? Il semble par conséquent que cet énoncé nie la possibilité des hommes de dépasser leur innovation du Néolithique : la domestication. Le fait que les hommes aient progressé dans leur manière d’être libres par rapport aux premières heures du Néolithique, suffit à démontrer le contraire : leur capacité à tenter de sortir de la domestication (brutale), même si, et nous pouvons convenir avec lui sur ce point qu’il reste beaucoup de chemin à faire, sans que nous puissions dire s’ils parviendront à user d’une autre voie relationnelle qui fasse disparaître quelques aspects de domestication. Et, même si les hommes n’y parvenaient pas, cela ne signifie pas que leur espérance en une relation qui ne rend pas tous les hommes esclaves (libres et esclaves au sens de Debray)  n’a jamais été une réalité.

Cela dit, Debray est libre de penser, même ce qui n’est pas juste. Il demeure qu’en concevant des hommes qui ne sont libres que parce qu’ils augmentent les contraintes à leurs propres dépens, il livre là le contraire d’hommes raisonnables : donc non libres, mais esclaves de leur passion d’être libres. La question que son énoncé soulève est celle de savoir quelle foi commune peut rassembler les hommes et leur permettre de réaliser l’Homme.

Une foi commune : la raison en cette réalité que doit être l’Homme

Les hommes peuvent-ils épouser la même foi si tous ne sont pas libres. Quand on a foi dans l’existence d’une raison dans toute réalité, surtout si elle est insupportable, la seule attitude à avoir est d’aller à la recherche et compréhension de cette raison. Pour réduire ce qu’on ignore, en faire un support à l’augmentation de sa propre liberté et pour tenter de changer la réalité qu’elle gouverne. Si donc Debray pense que la raison, logée dans la domination des autres par les uns est la liberté, alors il ne reste plus aux hommes n’acceptant pas la réalité, telle qu’elle se déroule et la liberté ainsi définie, de se rassembler et de s’accorder sur une conception de la liberté qui n’emprunte pas la domination comme la voie pour parvenir à la liberté. Parce qu’ils ont en commun le fait l’idée que ceux qui ne sont libres qu’en dominant (liberté selon Debray) ne le sont pas plus que leurs esclaves temporaires, qui n’ont aucune autre aspiration que de ne pas l’être. Une telle aspiration peut alors constituer la menace permanente d’une liberté passionnée. Il ne reste plus à dire : que chacun soit libre de chercher et d’exprimer la raison trouvée en chaque réalité humaine : les uns, comme Debray pour montrer combien la réalité et son ressort la domestication leur conviennent ; les autres pour montrer leur volonté de la changer en modifiant son ressort. Puisque l’énoncé Debray est en soit une réalité que certains ne supportent pas, la meilleure manière de la rendre supportable est de changer la réalité des la relation humaine dont elle énonce une lecture. Ce n’est guère en empêchant qu’il puisse le faire qui la changera la manière dont il la perçoit. Peut-être alors, on peut espérer que Debray ou d’autres en feront une autre lecture qui soit agréable. C’est tout ce qu’il y a à faire puisque personne ne peut demander à quiconque d’énoncer ce que lui voit ou pense, ni ce qui lui est agréable. Cela est, d’une certaine manière, la liberté de chacun. Personne ne peut la contester sans qu’aussitôt on lui reproche précisément ce qu’il reproche à Debray, sa manière libre et particulière de voir la réalité ou d’exprimer celle à laquelle il aspire.

Quel est l’homme, qui veut défendre la liberté et en tous cas espère que tous les hommes se rapprochent d’une conception la plus largement partagée et à mettre en commun, s’il refuse que rien d’autre que sa seule conception de la liberté soit exprimée, plutôt que toutes les conceptions le soient pour rendre possible un accord ou quelque chose d’approchant, s’agissant de la liberté et de la relation et de leurs ressorts ? Il en est de même de l’Homme. Personne ne réalisera tout seul l’Homme, encore moins des hommes ne concevant des hommes libres que s’il en existe d’autres, esclaves des premiers. De la même manière, il n’y a aucune matière à indexer telle ou telle communauté humaine dans la mesure où il n’en existe pas une qui soit seule à vouloir être La Communauté Humaine, selon sa seule conception.

Pour finir, rappelons simplement ce le dicton bantou, que Chinua Achebe aimait rappeler : « Umuntu ngumuntu ngabantu », à savoir « un humain sera un humain, à cause et grâce aux  autres humains ».

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(1) Regis Debray : “Interrogation – Il faut des esclaves aux hommes libres, octobre 1978, 36 p. “, cité par Le Monde diplomatique, Article publié le 6 octobre 2016  / URL : https://www.facebook.com/lemondediplo/?fref=ts http://www.monde-diplomatique.fr/1978/10/DEBRAY/34906

 (2) Regis Debray, éccrivain et philosophe. Président d’honneur de l’Institut européen en sciences des religions (IESR), Paris.

ACTU_AFRIQ : Projet de constitution 3è République de Côte d’Ivoire

Depuis la mort de Félix Houphouët-Boigny en 1993, la Côte d’Ivoire est à la croisée des chemins. Nombreux sont les ivoiriens qui savent, sans nécessairement le dire, que rien de la passion d’être des uns et des autres dans ce beau pays n’est réglé. Et, aucune constitution n’a jamais désarmé l’esprit des hommes de leur volonté de domination sur d’autres ni sacralisé une volonté qui ne soit pas la leur, ni sincère, ni commune.

Voici les observations qu’on peut faire à la suite de la présentation et défense du projet de modification constitutionnelle à l’assemblée nationale ce mercredi 5 octobre 2016.

L’esprit du projet de constitution

Le Président Alassane Ouattara explique aux députés ivoiriens ce mercredi que l’esprit du projet de constitution est et je cite :    « Notre objectif principal est de donner à notre pays un acte constitutionnel plus moderne qui renforce les droits et devoir de tous les citoyens.»

On peut avoir des raisons de douter que la 3è République, telle que nous en connaissons les contours, fait naître un véritable espace social commun, puisque tel est son objectif principal.Et, quand on a en conscience l’activisme toxique pour tous des groupes ethniques et régionaux qui n’a jamais été aussi fort au cours de 20 dernières années, le projet semble limité sur ce point.

Car, en quoi les modifications annoncées révisent-elles la dualité institutionnelle fondamentale, avec :

  • d’une part la constitution régissant l’espace social national officiel, avec ses valeurs cardinales : liberté, égalité/équité, justice, etc…
  • et d’autre part l’institution coutumière, avec ses valeurs : parenté, inégalité sociale, monarchie

Le Président poursuit en ces termes : « C’est aussi l’occasion de tourner définitivement la page des crises successives que notre pays a connues, d’écrire une nouvelle page de notre histoire en proposant un nouveau pacte social qui consacrera l’avènement de la 3e République.(…)  Je suis convaincu que son adoption permettra à notre beau pays d’aller au-delà de la vision de nos pères en jetant les bases d’une Côte d’Ivoire plus stable. L’enjeu va au-delà de nos sensibilités politiques, de nos ethnies, de nos régions d’origines. »

On ne peut que reconnaître l’optimisme du Président. Mais, on ne peut tout de même pas s’incliner devant la méthode Coué, consistant à faire croire que ces seules modifications de la constitution tairont les rancœurs de plus de 20 ans, empêcheront les volontés de conserver le pouvoir à tous les pris ou de le prendre aux mêmes prix qui expliquent l’étape où le pays se trouve.

Concernant les fameuses conditions d’éligibilité

Le président précise : « Cet avant-projet reprend intégralement les conditions d’éligibilité telles convenues en 2003 par l’ensemble des acteurs politiques, lors de la table ronde de Linas-Marcoussis. Cet accord a fait l’objet de la résolution 1464 du Conseil de sécurité des Nations Unies. Les propositions issues de cet accord avaient d’ailleurs été adoptées par l’Assemblée nationale précédente et un référendum aurait du être organisé en 2004. Ainsi, en vous proposant cet avant-projet, nous sommes conforme à nos engagements internationaux. »

Quand on a besoin de prendre la communauté internationale à témoin et de convoquer des accords conclus sous la contrainte des armes et de la force et en temps de guerre, pour se convaincre de leur pertinence pour la Côte d’Ivoire, on peut tous avouer qu’il il y a là et manifestement des éléments qui démontrent au contraire que les ivoiriens ne sont pas parvenus à un accord véritable ; celui qui exprime leur volonté commune, donc libre de marcher ensemble vers le progrès. Ils sont donc d’accord sur leur désaccord et c’est peut-être cela le seul intérêt d’un tel argument. Mais consacrer dans une constitution un désaccord plutôt que d’en débattre véritablement tous réunis, avec courage et responsabilité pour clore un sujet d’opposition, c’est manquer une occasion historique de mieux avancer ensemble et vers le même cap.

L’article 55 (relatif aux conditions d’éligibilité à la magistrature suprême) remplace le fameux article 35 ; celui dit de l”ivoirité”. Il supprime l’âge limite de 75 ans  et abaisse à 35 ans l’âge minimum, pour se présenter. Est ainsi qu’on peut ventiler le pays ? Quand être simplement ivoirien et surtout compétent ne suffit pas pour être candidat mais qu’un ivoirien, “exclusivement de nationalité ivoirienne, né de père ou de mère eux-mêmes ivoiriens d’origine », incompétent et au crépuscule de sa vie est plus qualifié pour l’être, est-ce là mettre le pays sur le chemin du progrès que tous les ivoiriens espèrent ? Espérons qu’il ne s’agit pas là encore une fois de petits arrangements au détriment des intérêts communs de tous les ivoiriens.

Un poste de vice-président créé (en plus de celui de Premier ministre)

Le Président Ouattara énonce que le vice-président sera « élu au suffrage universel direct en même temps que le président de la République et soumis aux mêmes conditions d’éligibilité. Ces attributions lui sont confiées par le chef de l’État, principalement dans le domaine de la souveraineté. En cas de vacance, le vice-président garanti la continuité et la stabilité du fonctionnement de l’exécutif et le respect du calendrier électoral. Il s’agit de mettre notre pays à l’abri d’incertitudes qui pourraient déboucher sur une crise ou un ralentissement économique, pire, à l’organisation d’élections anticipées. L’objectif de cette réforme est, qu’en cas de vacance du pouvoir, la succession se fasse dans la paix. »

  • En quoi le fait de remplacer le président élu de l’Assemblée nationale par un Vice-président élu au suffrage universel direct garantit-il mieux la stabilité du fonctionnement de l’exécutif ?
  • Faire élire le vice-président au suffrage universel pour voir ses attributions à lui confiées par le Président de la république (et non constitutionnalisées) signifie purement tout simplement deux choses :
    • la fonction présidentielle se place au dessus du peuple, ce qui est inadmissible
    • le Vice-président n’a aucune autonomie constitutionnelle par rapport au Président, qui de fait est moins qu’un Premier ministre sur ce place, mais est plus que lui (car ne pouvant être révoqué par le PR, à moins que le projet prévoit une possibilité, ce qui viderait serait pire)

Les finalités de ce changement sont ailleurs. Car, je ne vois rien en la création de cette fonction qui garantisse que “la succession se fasse dans la paix”, selon ses termes. En revanche, on peut y voir la consécration de la possibilité de l’OPA ethnique sur  l’État. Dans une réelle volonté de rassembler tous les ivoriens et non pas que les uns se mettent ensemble contre les autres, une constitution qui créerait un comité de gouvernance du pays me semble constituer la piste la plus prometteuse d’un espace social enfin mis en commun.

Création d’un Sénat (s’additionnant au Conseil économique et social étendu à l’environnement)

« Désormais le Parlement ivoirien sera composé de deux chambres, l’Assemblée nationale et le Sénat. Mais, l’Assemblée nationale a la primauté et demeure la chambre des représentants, tandis que le Sénat représentera les collectivités territoriales décentralisées et les Ivoiriens de l’étranger. Le Sénat est la reconnaissance institutionnelle des collectivités locales décentralisées. De plus, notre pays est riche d’hommes et de femmes bien formés qui ont acquis une expérience inestimable en servant l’État, les institutions nationales et internationales et le secteur privé. J’ai la ferme conviction que leurs expériences, leurs compétences, leurs avis seront utiles. Les règles de coopération entre l’Assemblée nationale et le Sénat sont établies de manière à éviter un allongement des délais et des procédures parlementaires et des conflits de compétences. »

Il n’y a là rien de fondamental pour la Côte d’Ivoire, si ce n’est les ressources publiques qui vont désormais être officiellement distribuées à tous ces échelons d’institutions empilées : Président, Vice-président, Primature, Assemblée nationale, Sénat, Conseil économique……

Venant d’un expert en économie, il apparaît clairement que non seulement, par la constitution, l’État de Côte d’Ivoire n’envisage de faire aucune économie, en rapport avec ses échelons institutionnel  :

  • mais au contraire crée institutionnellement des postes de dépenses dont l’utilité est à démontrer.
  • et surtout alourdit les institutions officielles au lieu de diffuser et renforcer un cap commun : celui de la vraie  la liberté et l’égalité  pour tous: gouvernants comme gouvernés, Instruits comme non instruits, Citadins comme ruraux, démocratie vs monarchie, droits de l’homme vs droits dus à la parenté, etc….

Consécration de la dualité institutionnelle et des espaces sociaux

La chambre des rois et chefs traditionnels est constitutionnalisée. Est-ce un progrès, dans les termes prévus ? Car, l’article 175 prévoit que que la chambre nationale des rois et chefs traditionnels est « chargée notamment de la valorisation des us et coutumes, de la promotion des idéaux de paix, de développement et de cohésion sociale, du règlement non juridictionnel des conflits dans les villages et entre les communautés »., dans un espace social ne reposant que sur la parenté et ses valeurs dont certaines opposées à celles du projet constitutionnel. Les citoyens continuent ainsi d’être dédoublés dans leurs droit : susceptibles d’être présidents de Côte d’Ivoire, mais impossible pour eux d’être de simples chefs de dans leurs propres villages. Avouons qu’il y a là de quoi comprendre que des ivoiriens n’acceptent pas que tout ivoirien puisse prétendre être président et que pour cette raison même ils s’affrontent. C’est là un débat essentiel qu’encore une fois, nous mettons sous le tapis.

Voici donc la troisième république, si les ivoiriens le souhaitent :

  • celle qui tolère les villages et leur organisation socio-politique monarchique, inégalitaire qui, finalement n’interroge personne, et tant qu’on peut prendre appui sur des hommes et des femmes qui pensent parfois être supérieurs à d’autres pour prendre le pouvoir
  • celle pour laquelle nous nous battons tous pour une constitution démocratique, ou pour le chef d’État que nous élisons quand nous semblons être d’authentiques monarchistes finalement pas tant cachés que cela dans nos villages.

Est-ce ainsi que les objectifs-vœux formulés par le Président Ouattara seront réalisés. Qu’il me soit permis d’en douter fortement.

AFRIQ_ACTU/La situation du Gabon : Quel est le problème des gabonais ?

Encore une fois, des élections en Afrique s’achèvent par un violent duel fratricide. Les uns pensent que le problème, c’est le fait qu’Ali Bongo soit déclaré vainqueur et que Jean Ping soit lui déclaré vaincu : c’est le fait que Jean Ping n’ait pas le pouvoir et qu’Ali Bongo le conserve. . Les autres pensent que le problème, c’est Jean Ping et le fait qu’il n’accepte pas la défaite qu’on lui attribue : c’est le fait qu’il veuille le pouvoir qu’Ali Bongo détient. Les uns pleurent et râlent quand les autres rient et fanfaronnent.

On tient aussi des acteurs extérieurs pour le problème.

Voilà la situation de tous les gabonais au sujet de laquelle une grande partie des gabonais et des africains sont agressifs les uns vis-à-vis des autres. Tout cela crée une situation de violence et incertaine.

Et, c’est partant d’elle que le débat s’engage.

Si, des gabonais et des africains fractionnés, qui se solidarisent à eux, pensent que Jean Ping ou Ali Bongo est le problème et le fait que le premier soit déclaré vaincu ou que que le second le soit mais aussi comme vainqueur, alors les gabonais et leurs soutiens doivent parvenir à la conclusion que le problème qu’ils identifient ainsi est un problème privé. Car et à ce titre, il ne peut, ni être mis en commun par les gabonais, ni être traité ensemble par eux. Sa solution, toute aussi privée, sera celle que les uns ou les autres auront su imposer à tous, à un problème commun que finalement les uns et les autres ont privatisé.

Alors, quand on parvient à ce point, une seule question s’impose : quel est le problème commun (le véritable) néanmoins et malheureusement privatisé par les uns et les autres et dont la victoire de l’un ou de l’autre constitue la solution ? Car, finalement, les gabonais ne se battent pas pour définir ce problème commun, mais ils se battent pour que s’impose leur solution, à un problème commun qu’ils n’ont pas défini ensemble, mais qu’ils ont privatisé. Voici le véritable enjeu de tous les gabonais s’ils sont rassemblés.

Il suppose la conscience de se vivre les uns et les autres comme membres d’une communauté unique d’économie collective du progrès. Le problème commun ne peut être défini que par et dans le cadre d’un espace social mis en commun par eux. Dès lors que des gabonais vivent, certes les uns à côté des autres et partagent un même espace social, cependant non mis en commun,  alors le problème commun ne peut être que privatisé et traité comme tel. La réponse qu’ils lui apportent ne peut qu’être sociopathique, à savoir les éloigner de la possibilité même d’un espace social “commun” ; je ne dis pas “partagé”.

Or, un espace social commun est le résultat de leur volonté commune exprimée. Le Gabon, comme tous les pays africains est un espace social, reconnu par la force de l’histoire des hommes. Comme tel, il est constitué par des gens désignés par gabonais par la force de cette même histoire. Il sera un espace social commun par les gabonais eux-mêmes. A condition de réfléchir à ce que nous entendons (au sens des africains) par respecter, la liberté, l’égalité, exister, la solidarité, la communauté nationale, un homme, une société humaine, etc…

Enfin, à tous les africains, qui semblent se constituer esclaves des “Autres” en toutes circonstances, et qui ne sont jamais acteurs mais victimes définitives et exclusives de l’histoire, qui n’ont aucune responsabilité, parce que convaincus d’être sous l’autorité et la responsabilité d’un maître, je rappelle cette parole de sagesse africaine “C’est quand le mur est fissuré que ce qu’on pense être la blatte pénètre dans la maison et y élit domicile”. Et, même la blatte a le droit de vivre, de pondre des œufs et d’assurer la continuité de son espèce, de sa descendance. Alors, soyons des acteurs responsables, parce que le sage dit aussi “Même quand il n’y a plus de piment dans le pot, il reste toujours trace de sa présence, avant que le pot ne se remplisse à nouveau”. Passez donc votre doigt dans un pot vide de piment et frottez vos yeux, vous en serez convaincus.

L’Afrique a toujours conservé une part incompressible de liberté, même aux périodes historiques les plus difficiles. Alors qu’on arrête de nous en prendre aux “Autres”. N’est-ce pas ce que Mandela a démontré : Un homme enfermé pendant plus d’un demi-siècle qui parvient cependant, et dans sa condition, à user des miettes de liberté (“sa liberté de penser”), pour faire de l’Afrique du Sud, ce dont nous sommes fiers aujourd’hui. Les africains sont-ils  dans sa position aujourd’hui ? Que nous soyons gabonais, ivoiriens ou autres, nous nous ressemblons sur ces divers points.

Évidemment, nous ne réfléchirons pas tous. Le sage dit “un seul homme peut tuer l’éléphant, mais tout le monde en mange”. Évidemment, il n’est pas question de tuer un éléphant aujourd’hui. Certains d’entre nous continueront d’agir, LA PASSION, aux commandes de leurs actes, parce qu’ils n’en seront pas libérés. Mais, ce n’est pas une raison pour considérer qu’ils ne méritent pas d’être membres de l’espace social commun et de les en exclure, d’être violents à leur égard. Parce que “Quand des gens pensent que celui qui se déculotte en public est un fou, la meilleure chose à faire par eux se considérant sains d’esprit est de ne pas l’imiter, pour justifier leur différence”. Autrement, il n’y ni fous, ni sains d’esprit.

Ainsi, le Gabon, comme la Côte d’Ivoire et plusieurs autres pays africains, nous invite simplement à réfléchir et non à exprimer nos passions se retournant contre nous-mêmes. Et, on ne peut pas faire autrement que de suivre la voie dans laquelle au milieu du chaos, de la violence et de la souffrance, certains tentent de raisonner l’insupportable, comme Zadig de Voltaire au milieu de champ de bataille ; même si cette procédure est elle-même insupportable pour ceux qui sont possédés par leurs passions. Et, parce que c’est cela même et selon Aimé Césaire, la juste attitude en face de la souffrance humaine, on peut pardonner la violence de ceux qui ont tout compris, qui savent tous, qui ont la réponse à tout et qui finalement sont tout ! La responsabilité de chacun est de tenter d’être digne de l’homme qu’on reproche trop souvent à d’autres de ne pas être.

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