Bref survol de l’économie africaine de l’existence

L’histoire est à la fois la façon dont les hommes en société ont mené leur économie de la vie et ses résultats. S’agissant de l’Afrique, peu nombreux sont les africains capables de proposer une histoire sincère et authentique de celle de naguère à nos jours. Les épopées dont les africains d’aujourd’hui serait fiers sont si peu nombreux. Pour nourrir la discussion sur ces énoncés, un bref bilan rendant compte de l’économie africaine depuis l’origine peut servir de support.

Tout ce que nous en savons, s’agissant des périodes qui précèdent les indépendances, nous la devons aux arabes et aux européens, malgré les efforts de quelques historiens continentaux visant à tenter de nous raconter une version africaine. Même les douze volumes de l’histoire générale de l’Afrique, œuvre immense de l’UNESCO ne nous ont livré que les aspects connus à date. Mais, c’est déjà un excellent repère pour quelque personne intéressée par l’histoire de l’Afrique.

Dans l’imaginaire de la majorité des africains, leur histoire avant la période pendant laquelle des promoteurs de la pensée de l’Islam entendaient exprimer la « Totalité » leur est chaotique : elle se résume en quelques éclaircis livrées par la paléontologie par ci, perçant d’épais nuages de méconnaissances qui couvrent la quasi-totalité de cette dernière. Ainsi, les africains s’accrochent à quelques fulgurances, aussitôt relativisées par la ligne de force de la “nouvelle” historique. Cette « période sans les Autres » ne constitue globalement que refuge, sur fond d’idéalisation, face à l’opposition et aux déchaînement des préjugés et des subjectivités-vérités. Certains esprits bienveillants s’efforcent de la clarifier. Sans doute cependant, on a des raisons de penser, comme dans d’autres parties du monde, dont nous en avons une connaissance abondante, l’arbitraire et la souffrance, acceptés cependant, constituaient des principes du système social, si bien que les africains qui devaient tenter d’y échapper étaient assurément peu nombreux. Le présent nous fournit tant d’éléments de continuité qu’il est risqué de tenter de démontrer le contraire. Car, comme l’a énoncé Ki-Zerbo, l’Afrique d’hier est encore présente dans celle d’aujourd’hui. Qui sait observer n’a aucune peine à parvenir au même constat que lui. Pour étayer cela, il suffit de rappeler l’esclavage ancestral. Au terme de cette production résultant de l’innovation fondamentale de l’Homme au Néolithique, des africains pouvaient en posséder d’autres, sans que cela ait servi à les protéger. En tous cas, tous n’ont pas été protégés de la rigueur de l’environnement global dans lequel ils vivaient, à côté des autres dont ils pouvaient avoir qu’une connaissance limitée de leur existence. Prenons donc appui sur ce point pour introduire « les Autres » dans la vie de l’Afrique.

D’abord les Arabes. Ils parviennent en Afrique par le nord et progressent vers le Sahara, l’est et le sud. Ils n’ont eu aucun besoin de convaincre par la force l’Afrique de faire d’autres africains, des objets commerciaux et d’échanges, qu’un rapport de force défavorable aux africains rendait possible . La nature d’hommes domestiqués et d’objets d’échanges, des africains la concevaient déjà de leurs contemporains. Peu importe pour l’analyse, les circonstances qui leur conférait une telle nature. La Traite orientale d’africains dont des africains eux-mêmes ont été des promoteurs consentants et actifs constitue l’une des premières scènes de la tragédie africaine. Nul n’est besoin d’arguer des quantités d’hommes ravalés à un rang en dessous des animaux et convoyés dans le monde musulman pour reconnaître la nature profonde de cette production. Car en cette matière, ce qui compte, c’est l’existence de modalités relationnelles niant l’altérité et non le nombre d’hommes concernés pas cette négation, ni jusqu’à quel point. C’est pourquoi les débats sur le nombre d’africains ayant souffert de tant de volonté exprimée d’être “La Totalité” nous semblent futiles. C’est la raison également pour laquelle ceux relatifs au degré de nature entre systèmes de domestication des hommes nous paraisse sans aucun fondement et constitue au contraire, une tentative de classer les les volontés totalitaires humaines. Naguère, des leaders africains, comme d’autres ailleurs, ont cru avoir le pouvoir de décider de quels africains avaient le droit de vivre, de vivre de telle ou telle manière, de vivre comme des hommes ; lesquels hommes et leur vie dont eux seuls donnaient la définition de la nature et des modalités. C’est avec cette conviction qu’ils ont participé à cette histoire tragique en étant persuadés de bien faire, de servir les hommes véritables qu’ils croyaient être et en avoir les coordonnées. Ceux des hommes ayant légitimité à dire qu’ils ont tort de procéder ainsi, c’étaient leurs contemporains, ayant une haute connaissances de la relativité de tout, y compris de celle de l’existence de ces gouvernants et de leur de leur pouvoir. Comme les hommes d’aujourd’hui, résultant en partie de cette histoire, nous ne pouvons que constater et être peinés par rapport à de telles conceptions. La plupart des africains violentés, convoyés au Maghreb, en Orient et dans le Sud de l’Europe, ne laisseront que peu de traces aux hommes qui leur ont succédé, même lorsqu’ils ont survécu. Ce que l’Afrique a récolté en échange de tant de fureur, c’est la foi en le dieu de leurs partenaires de forfaits. C’est aussi l’exacerbation, sur plus de cinq siècles, de la méfiance mutuelle entre communautés, en tant que réponse à la situation induite. Les premières entendaient posséder les secondes pour continuer vivre comme des hommes. De leur côté, ces communautés objets de désir de domestication voyaient dans cette volonté, une possibilité de disparaître ou de n’être plus des hommes. Elles essaient d’échapper aux premières, lesquelles voyaient, dans cette contre-volonté même, une possibilité de négation de l’idée qu’elles se faisient d’elles-mêmes et une rébellion de leurs moyens de la réaliser. C’est le contexte général dans une bonne partie du continent entre le VIIe et le XIVe siècle et se prolongera jusqu’au XIX siècle, avec l’arrivée de certains européens.

Pendant ce temps là, dans la moitié de l’Afrique demeurée entre-soi, d’autres africains ont les mêmes pratiques que ceux du nord de l’Afrique avant l’arrivée des arabes : des africains au service d’autres ou plutôt des africains tentant de réduire leur difficulté « sur le dos » de ces derniers. Alors qu’ils croyaient pouvoir continuer à vivre en sacrifiant la vie de leurs contemporains pour la lueur de la leur, des européens sont arrivés par les mers. Pour nombre d’africains dans cette partie, ce qui a résulté de la relation avec ces européens a été, de même nature mais à une amplitude supérieure à celui dans le nord de l’Afrique : souffrance et misère, en échange encore une fois d’une nouvelle foi : la foi en Jésus Christ. Les modalités relationnelles étant approximativement les mêmes que celles qui ont prévalues pendant les cinq siècles précédents en territoires couverts par l’Islam, le résultat a été le même : renforcement de la méfiance entre les communautés pendant les siècles suivants pendant lesquels la Traite Atlantique a eu cours. Quand bien même les nouveaux « maîtres du monde » consentaient à résoudre l’opposition de leurs volontés d’être la « Totalité du monde », une certaine Afrique se complaisait dans la poursuite d’une histoire qui ne lui était pas digne, peu importe quelle ne le fût pas non plus pour ses partenaires. A défaut, elle ne lui rien procuré, si ce n’est de faire de nombreux africains des responsables actifs de la souffrance d’autres africains. Mais l’histoire s’apaise par la raison de ceux qui commandent son mouvement en en ayant conscience. Ainsi, les nouveaux partenaires décidèrent unilatéralement d’arrêter l’esclavage et la traite à travers les déclarations successives d’abolition. Des chefs négriers de l’Afrique de cette époque n’avaient pas encore compris le mouvement et le virage de l’histoire. Ils n’ont pas décidé de suspendre toutes pratiques de domestication ni de commercialisation d’humains. Les guerres ou pour utiliser le juste terme, les agressions dont certaines de ses parties étaient auteurs vis-à-vis d’autres parties, pour les posséder ne s’arrêtèrent pas. Seules la raréfaction des acheteurs et la disparition de l’homme africain de leur portefeuille d’achats les ont contraints à l’arrêt de la traite en Afrique ; mais pas l’esclavage, dont l’existence relevait de leur fait. Ce n’était ni les intentions, ni la volonté de la plupart des africains aux commandes de l’Afrique en cette période, de mettre fin à la domestication de leur contemporains pour servir leur existence. Tandis que leurs partenaires évoluaient, mais seulement à la marge, en adaptant la découverte du Néolithique, l’Afrique en était encore à cette découverte fondamentale, continuant de  considérer la domestication, y compris des contemporains, comme un témoignage de sa supériorité sur l’environnement. Aujourd’hui, nous jugeons ces africains : nous affirmons qu’ils s’étaient trompés, que leurs connaissances ou conceptions n’étaient guère certaines. Mais, les nôtre le sont-elles davantage quand nous voyons tant de volonté d’être supérieur à la « Totalité » ? Ainsi, pendant que ses partenaires d’hier résolvaient leur différend à propos du désir de « Totalité » qui les opposait, par le partage du monde, cette Afrique n’avait rien changé de ses certitudes. La raison est simple. Elle ne voyait aucun différend, ni sujet de différend entre ses parties : la prédation des africains les plus faibles pour servir l’existence des plus forts constitue la normalité et personne ne pouvait leur contester leur rang, ni sa part meurtrie par leurs décisions, ni personne d’autres. L’histoire démontrera qu’ils ont tous été emportés par les certitudes impératives de certains parmi eux.

Quand ses partenaires muent en colons, avec la ferme volonté de s’approprier de toute l’Afrique, y compris d’eux-mêmes, au prix de la force brute, il était trop tard. Ni l’Afrique des africains qui entendaient la posséder, ni celle des africains qui refusaient de l’être, n’avait les moyens de se battre, ni à fortiori de s’entendre pour lutter ensemble. Ainsi, celle des populations traquées et leurs tortionnaires d’hier étaient prisonnières puis vaincues par une règle de l’histoire qu’ils avaient en commun avec d’autres hommes : à savoir, que le plus fort possède celui qui est faible et vaincu. On entend parfois pointer les faibles moyens et les armes rudimentaires dont les africains disposaient. Est-ce sérieux ? De quelles armes devaient-ils disposer alors, si ce n’est de celles dont la force qu’elles incarnent fait d’eux des hommes ? Car, quand on pense que ce qui fait être les véritables hommes, c’est la force, on peut se poser une question : existe-t-il une arme dont la force fait de quiconque un homme, sans qu’aussitôt un tel homme disparaisse ou cesse de l’être par l’effet d’une autre arme plus puissante ? En revanche, toute arme est puissante, dès lors que celui qui la tient pense être un homme l’existence et la force d’une telle arme. L’arme devient alors un simple outil, dont la force est celle que lui attribue celui qui la détient. Ainsi, les armes des africains ne paraissent rudimentaires qu’en raison de la pensée de ceux qui les portaient. La question que l’analyse de cette réalité soulève ne porte donc sur les armes des aïeux, mais bien sur leurs pensées. Ces pensées, qui expliquent ce que nous percevons, en les jugeant, comme des maroutes de déshonneur de ceux qui n’ont eu aucun honneur ni aucune dignité à considérer leur altérité comme objets et moyens d’existence ? Le bilan de cette portion d’histoire, chacun le connaît. Les lignes de dépeçage de l’Afrique ont été tracées sur une table, règle, compas et rapporteur à la main, une main dans la poche, verre de liqueur dans l’autre. Ce patron a été exécuté, tant bien que mal. Les frontières en lignes verticales, horizontales et obliques témoignent de tout ce processus dont la désignation est la colonisation. Elle ne mit pas fin à la souffrance des hommes en Afrique. Encore une fois, des africains collaborèrent à la production de la souffrance d’autres africains, dans le but d y échapper, égoïstement. Cette portion d’histoire durera un peu plus d’un demi-siècle avant que des africains ne se réveillent de leur rêve néolithique. Le fait principal est que le processus colonial lui-même fournira les moyens pour le combattre. D’abord, l’instruction et la connaissance qu’elle a permis à des africains d’acquérir a fortement contribuer à l’étonnement de certains par eux, lequel les a conduits à formuler de nouvelles questions sur l’existence des africains. Ce qu’ils n’ont pas perçu dans leurs propres pratiques, le contact avec les autres le leur livrera. Ce sera le point de départ d’une recherche de solutions à leurs questionnements. L’instruction coloniale fournira les ingrédients des premiers frémissements de la lutte pour la liberté, pour tous et au nom de tous les africains. Pour la première fois depuis très longtemps et après les premières rebellions rapidement écrasées, y compris par des africains eux-mêmes depuis l’époque arabe, un nouvel espoir se fait jour en Afrique.

Les tumultes du monde résultant de la volonté d’être la « Totalité » que le partage de l’Afrique a contribué à faire oublier momentanément n’avait pas quitté l’esprit de ses anciens partenaires, devenus adversaires entre eux. La Grande guerre mit aux prises les candidats à la possession du monde et à sa réduction à la nourriture de leur existence. La colonisation a constitué le cadre ayant amené de nombreux africains à servir des causes lointaines, au prix de leur vie au delà des mers. Eux qui ne se sont jamais aventurés au delà des limites de leur espace, se sont battus pour permettre à ceux qui les torturaient de ne pas l’être. Ainsi, l’effort que certains parmi eux n’ont jamais produit pour eux-mêmes, à fortiori pour l’Afrique, ils allaient le fournir avec parfois un inconscient enthousiasme pour leur maîtres, comme on peut le voir sur des photos d’époque. La plupart ne reviendront pas des plaines glaciales ou fleuries des zones de combats d’Europe. Pendant qu’ils exposaient leurs torses aux canons adverses entre 1914 et 1918, surs de leurs gris-gris, un peu encouragés et poussés quand même reconnaissons-le, d’autres africains souffraient des mains et de la pensée de ceux pour lesquels ils acceptaient de sacrifier leur vie. On peut passer le temps de la vie à dire qu’ils n’ont pas choisi de le faire. Mais, un instant viendra où tous les africains accepterons de reconnaître que l’Afrique en avait un, peu attirant, concédons-le : à savoir, mourir libre, sous la contrainte de la force, en refusant sa réalité insensée. Les africains d’hier ne l’ont pas fait, plus qu’obéissants envers leurs chefs qui agissaient ainsi pour se protéger eux-mêmes et leurs proches. Aucun africain de nos jours ne peut dire ce qu’il aurait fait, ni ce qu’il fera demain, mais il y a une chose qu’il peut faire ici et maintenant : poser cette question et l’enjeu de ce choix. Revenons au bilan. Malgré cette cynique contribution acceptée par des africains, rien n’avait changé dans l’existence que l’Afrique acceptait d’avoir. En revenant, les Anciens combattants africains fiers ont simplement gagné d’être épargnés des souffrances les plus dures à la faveur d’être restés en vie à faire la grandeur de leurs maîtres africains et européens. A peine vingt années plus tard, le moment où l’Afrique commence à se rendre compte qu’il fallait se battre, mais pour tous les africains coïncide à quelques années près avec un nouvel affrontement des volontés absolutistes et totalitaires. Encore une fois, l’Afrique sera mise à contribution, de 1939 à 1945, à travers les fameux contingents africains dont ceux qu’on appelle les Tirailleurs sénégalais. Beaucoup d’entre eux ne reviendront pas pour participer au réveil de l’Afrique, désormais engagée dans la lutte pour le bénéfice de tous les africains, comme ils l’affirmaient à l’époque. Comme pour toute lutte, pour avoir le droit de vivre selon ses propres conceptions, elle occasionnera des souffrances, utiles, peut-on dire. Ainsi, pour la première fois dans l’histoire de l’Afrique, à l’aube des années 1930, des africains prenaient conscience qu’aucune place sur une échelle sociale inégalitaire des hommes, ne garantissait une existence libre : un africain pouvait valoir un autre homme et valoir un africain, du point de vue de l’environnement global. Cette seconde guerre agit fortuitement en faveur des africains, face à des adversaires diminués. Cela étant, un lion même blessé n’est pas un chat. Même si la volonté d’assujettir s’exprimait avec moins de vigueur pendant et au sortir de la guerre, les peuples d’Afrique n’ont jamais cessé de supporter le joug. Désormais et pour la première fois dans son économie de l’existence, des africains se battent ensemble pour leur liberté à tous. Encore que, si nous passions les luttes à la loupe, nous verrions que s’ils partageaient l’objectif d’être libres, ils l’envisageaient non pas en étant ensemble, mais chacun en étant arqué buté sur ce qui, à son sens, représentait son cadre d’exercice.

Aux contours des années 1960, les africains commencent à exulter, chaque promesse de peuples tour à tour. Les indépendances sont là. Ils sont enfin libres dit-on dans certaines analyses. Mais, ils étaient déjà libres en partie tout au moins, si on se réfère à leurs capacités de choix et de décisions, depuis leur avènement jusqu’en 1885, année de lancement de leur assujettissement direct par d’autres. Sauf à considérer que les africains domestiqués, assujettis, voire torturés par d’autres africains représentent à eux seuls l’Afrique. Le fait essentiel est que la liberté est octroyée dans la quasi-totalité des pays naissant à cette époque. Et, nombre de leaders de l’époque étaient fiers d’être parvenus aux indépendances sans combattre. La liberté se donne-t-elle ou on l’affirme ? L’arrache-t-on, y compris par un rapport de forces, quand on en est dépossédée ou qu’elle est emprisonnée ? Ou sa reconnaissance relève-t-elle d’un geste magnanime de la part de celui qui vous la refuse, un peu comme on gracierait un jugé coupable ? Aux yeux de ces leaders, l’Afrique était-elle coupable d’être libre ? Ce sont là des questions essentielles que l’Afrique libre a du mal à débattre, préférant indexer telle ou telle personnalité actrice. Tout cela fait partie des débats de fond à engager une bonne fois pour toutes, peu importe ce que d’autres africains ont fait ou dans le passé. Ils sont importants, mais ce ne sont pas les sujets que nous traitons ici.

A à la fin de la guerre de 1939-1945, deux blocs politiques, économiques et militaires se sont formés à l’échelle du monde. L’Afrique en lutte a tenté de s’offrir au plus offrant pour obtenir sa liberté, en participant à l’utopie des « Non alignés », dont elle savait ne pas avoir les moyens de sa réalisation. Le choix de l’offre, considérée comme la plus efficace pour l’Afrique a divisé  à nouveau  ses leaders des luttes pour l’indépendance. Plusieurs africains souffriront et périront de ces luttes de leadership de blocs par conflits interposés entre africains, dont la seule ligne de césure est qui sera le leader de l’Afrique indépendante. Comme naguère, des africains ont souffert de la volonté de leurs leaders de domestiquer d’autres, pour être le plus puissant. Ainsi, à cette époque, de nouveaux leaders produisent le même effet pour la même raison que leur instruction n’a pas réglée, car demeurant pour une grande part d’eux-mêmes, l’africain qui croit en l’inégalité sociale. Les leaders africains qui ont gagné ces batailles ont institué des partis uniques, avec ou sans intermède multi-partite ; Mêmes ceux qui ne bénéficiaient pas de la protection de l’URSS et pourtant habitués au pluralisme politique de leurs soutiens. Les parties de l’Afrique, qu’elles soient libres ou encore sous le joug, ont encore choisi de s’opposer : sur une individualisation certes comportant des risques, être soumis à tel empire ou l’être à tel autre. Encore une fois, des africains avaient là encore l’occasion de souffrir à la fois de leurs actes et de la rigueur de leur environnement. Au terme de ces affrontements, ceux qui finalement guidaient l’Afrique n’ont eu que peu de mal pour revenir aux pratiques apprises de la colonisation. Dans la plupart des cas, les africains ont souffert de la main lourde et impitoyable de ceux qui devaient les protéger. Deux changements notables ponctuent néanmoins la nouvelle situation amère par rapport à celle que laissaient augurer les promesses de la prise de conscience et des luttes. D’une part, ce sont des Africains dits éclairés qui agissaient comme ceux qui ont étalé leur part d’ombre pour échapper à la situation globale des Africains. D’autre part, ceux qui tiraient astucieusement les ficelles de la relation entre africains n’avaient plus qu’à soutenir les gouvernants pour servir leurs intérêts, sans être présents ni agir directement comme par le passé.

Les africains croyaient en avoir fini avec l’arbitraire dans les années 90, quand le Mur de Berlin s’écroula avec l’agonie de l’URSS sur fond de Perestroïka et de glasnost ; sa dislocation mit fin aux blocs qui structuraient leur vie comme celle de tous les peuples. Ce qu’on a appelé « Le vent de l’Est » a également soufflé sur l’Afrique. Le multipartisme était son résultat. Aujourd’hui, la démocratie communautaire, que certains nomment par le terme « démocrature » constitue la réalité politique africaine. L’un et autre ont rendu plus visible la souffrance faite aux africains par d’autres africains. Les massacres au Rwanda constituent un génocide quand ceux du Biafra au Nigéria, trois décennies environ plus tôt, étaient la « guerre du Biafra ». Une chose est certaine, ce sont les innombrables morts et la souffrance qui jalonnent l’histoire des peuples d’Afrique à chacune de ces époques.

A l’heure même où nous rédigeons ces énoncés se rapportant à ce qui passé, des africains se sont appropriés par la force des parties de l’Afrique depuis plusieurs années. Ils y font régner la terreur aux détriments d’autres africains. Même ceux situés hors de ces territoires de désolation ne sont pas en sécurité. Comment l’être, quand ils peuvent s’y approprier plus de deux cent jeunes africaines, les domestiquer comme hier, sans que ceux des Africains qui se battent pour avoir l’honneur de protéger les africains manquent là à leurs missions premières. Ils récolteront le déshonneur de leur production dans cette nouvelle histoire, comme beaucoup de ceux qui les ont précédés dans le passé. Ainsi, ces enfants d’Afrique, dont certains devenus depuis adultes, sont encore sous domestication, plusieurs années après, alors même que leur mort à la faveur de l’expression d’une volonté de les libérer modifierait la trajectoire de de l’Afrique d’aujourd’hui, que ne l’a jamais fait aucune production-réponse de sa part. C’est insupportable que ces enfants innocents aient la même existence aujourd’hui que certains de ceux de naguère et d’hier : la domestication. Et cela, sans que la révolte des africains soit à la hauteur ni de leur mémoire historique, ni de leur volonté de vivre, de vivre comme des hommes, à savoir libres.

De ce point de vue, la considération et le respect de la souffrance de tous ceux souffrant aujourd’hui en Afrique de la faim, de la maladie, de la guerre, de l’ignorance, de la pauvreté et leur nombre, en comparaison de ceux qui sont domestiqués, ne doivent cependant pas constituer une inclination à accepter, sans mot dire ce que j’ai à en dire : les gouvernants africains témoins et exerçant la puissance que nous constituons ensemble ne sont pas à la hauteur de la mission qu’ils incarnent. Car, aucun argument, ni contrainte externe, dont l’Afrique a la volubilité de l’usage ne suffira à justifier l’absence de ce que nous ne faisons pas, pour démontrer le refus de cette réalité ni des autres. Aucun non plus, par ailleurs ne me fera me faire taire, sans supprimer mon existence, comme ceux envers lesquels on a procédé ainsi par le passé, au point que beaucoup d’entre nous on la vague impression que peu d’africains se sont opposés naguère à des réalités qui leur étaient inacceptables et que la plus grande partie de l’Afrique les partageait. En cela, l’écrit a une force dont ne dispose pas l’oralité, sans que cette dernière n’ait eut aucune et n’ait encore aucune utilité pour les hommes. Parce que chaque africain n’est innocent pas de tout, malgré toute la charge de la responsabilité que nous attribuons aux gouvernants dès qu’il s’agissant de nos difficultés et peines, pour mieux nous cacher de nous mêmes.

Un tel bilan doit être modifié : L’Afrique doit commencer par sortir noir pour voir la réalité et tenter de la modifier.

 

GNG

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