Au secours, “la nouvelle africaine” ! (1)

“Djassi” ou l’outil d’économie du progrès

Pour comprendre pourquoi  il est si important que chaque voyageur africain donne des “nouvelles”, il me plaît de partager ma compréhension de la cérémonie des nouvelles. S’il y a bien une tradition africaine qui peut nous aider à comprendre les difficultés de l’Afrique avant même de penser les réduire, c’est bien ce leg.

Pour le non initié arrivant pour la première fois dans un village africain, il remarque très rapidement un cérémonial de salut. Celui-ci implique chaque voyageur. Parvenu chez les peuples Akan en Côte d’Ivoire et au Ghana, il peut lui sembler fort lourd, répétitif même et en fin de compte rébarbatif. C’est la cérémonie du « Djassi » ou « Amanien». Il s’agit de « donner les nouvelles ».

Elle consiste à  informer, à faire savoir ou à faire connaître. Elle a cours dès que quelqu’un rentre chez lui d’un déplacement  hors de l’espace vital (domicile, village, royaume) ou tout simplement dès qu’un étranger s’introduit dans un domicile. Il est reçu par ceux qui l’accueillent. La cérémonie, formelle et très solennelle comporte cinq séquences codifiée : Celui qui arrive salue ceux qu’il trouve. Après avoir donné le meilleur siège possible à ce dernier, pour son aise, la cérémonie commence par « Le donner à boire ». Puis, « les nouvelles » lui sont demandées par ceux qui l’accueillent. Celui qui est arrivé peut alors partager la réalité à laquelle il a été confronté et dont il a eu connaissance. Il s’agit pour lui de rendre compte de ce qu’il a appris de son voyage ou déplacement. Ce sont des nouvelles ceux qui le reçoivent attendent et que personne ne veut manquer. Elles ont une telle importance qu’on ne peut les demander qu’en présence et sous l’autorité du patriarche. La cérémonie s’achève par le débriefing de l’arrivant sur la réalité dans le lieu où il est accueilli. On lui rend compte des réalités les plus significatives vécues en son absence. Ce cérémonial n’échappe pas au fait que tout a une signification en Afrique.

Ainsi, le siège offert est censé l’apaiser et régulariser un état physiologique éventuellement fragilisé, stressé et fatigué qu’il est supposé être par la réalité présumée vécue dans l’environnement d’où il arrive. L’eau offerte à boire à celui qui est arrivé constitue un geste simple visant à lui permettre d’étancher sa soif également supposée que cette étape anticipe. Le non initié, qui de plus n’a pas nécessairement soif, peut ne pas comprendre pas le sens de ce gobelet d’eau. Pour la société africaine de naguère, celui qui vient d’arriver a soif à priori. De par l’histoire des aïeux dans l’environnement qui était le leur, il est supposé avoir parcouru l’espace et peut-être même a-t-il dû affronter des dangers ou courir pour y échapper. Ainsi, dans les régions tropicales où l’on perd beaucoup d’eau par transpiration, un simple gobelet d’eau fraîchement extraite du pot de terre cuite devait aider celui qui arrivait à reconstituer son équilibre hydrique et minéral. Autrefois, sortir de chez soi exposait immédiatement à divers dangers : les lances acérées des tribus ou royaumes voisins antagonistes, les griffes ou canines d’un prédateur, taillées à la perfection par la chair fraîche mais résistante et par les os de leurs proies. Ces dangers empêchaient d’une certaine façon de s’en nourrir et de le contempler sans adversités.De nos jours, ce cérémonial est pratiqué par chaque Africain par habitude. Même en milieu dit « moderne », il est même valorisant de procéder ainsi en recevant quelqu’un chez soi, comme pour marquer une authenticité africaine.

On peut tenter d’explorer ce cérémonial de salut et le rapport qu’il peut avoir avec l’objet de notre quête. “Le simple bonjour” est aussi un cérémonial de salut. Prenons appui sur les hommes qui ont passé leur existence à essayer de comprendre le monde dans lequel nous vivons.  Ils nous ont appris que les humains se saluent, comme les animaux ont développé eux aussi des rituels de réassurance et d’apaisement mutuel au sein de leurs communautés respectives. Ces rituels visent à renforcer les liens sociaux qui font leur force dans à l’environnement. Saluer l’autre, c’est un outil d’économie de la liberté individuelle et collective en renforçant la cohésion de l’espace social commun. Le simple « Bonjour » consiste à marquer une reconnaissance et à rassurer. C’est indiquer que l’on est ensemble. Saluer, cela permet sans doute de considérer que l’on n’est pas une menace contre laquelle l’autre doit développer et anticiper une parade, généralement toxique. Le salut rappelle et renforce la communauté d’intérêts.

Cela étant, dans l’Afrique d’hier, ce rituel des “nouvelles” semble aller au delà de la reconnaissance mutuelle et comme marque sympathique et outil de renforcement de la communauté d’économie de la réduction de la peine de vivre. Il semble également être un outil de réalisation du progrès lui-même. Parce que le « Djassi » permet de connaître et de comprendre l’environnement vital immédiat et lointain dans lesquels s’écoule la vie. Pour comprendre cela, il convient de s’intéresser à ces « nouvelles » que personne ne veut manquer en pays Akan. Que sont-elles ?

Nous verrons cela dans le prochain article.

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