ACTU/ TRUMP : Quand les hommes se cachent d’eux-mêmes

Lorsque le vivant ou non est poussé à bout de sa résistance, par les conditions de son existence, il arrive un moment où il bascule en autre chose pour continuer à exister : il s’adapte. Tel est l’homme, comme un animal, une plante ou un minéral. A cet égard, Donald TRUMP n’a pour l’instant “trumpé” aucun américain ni personne dans le monde. Il a dit ce qu’il pensait ou plutôt s’est fait le porte-voix de tous les américains qui pensaient, sans oser ou pouvoir le faire savoir, tout ce qu’il a exprimé. Fera-t-il tout ce qu’il s’est engagé devant le peuple américain et le monde à faire ? Pas sûr qu’il puisse tout faire comme prévu ? Certainement pas tout, puisque tout le monde est acteur, sauf si tous acteurs, refusons de l’être pour que tout ce qui nous fait peur advienne. Hitler n’a pas produit seul l’histoire que nous connaissons et que nous attribuons à lui seul : les allemands de naguère qui l’ont porté au pouvoir au paroxysme de leur résistance, puis tous après qu’il ait emporté le scrutin, les européens ensuite et le monde entier, en refusant d’être des acteurs libres ont permis ce qu’ils n’espéraient pas ou redoutaient. Mais, est-ce là une raison pour que les uns étouffent préventivement la liberté des autres ? Le dire et procéder à une analyse fondée sur sa raison souveraine, ce n’est nullement un soutien sinon que la confiance dans la liberté et donc le respect des acteurs.

Un scénario impossible en Afrique

Un jour après les faits, les faits son têtus : Trump a gagné. La question n’est plus de savoir s’il mérite ou non la confiance des américains pour les gouverner et si la grande majorité du monde a eu raison ou pas de vouloir décider à la place des américains. Une chose est certaine : compte tenu du rejet massif de Trump par une moitié des américains avec le large soutien d’une grande partie du monde, réfugiée derrières ses peurs et ses intérêts, jamais il n’aurait été élu si l’on n’avait été dans une démocratie adulte à savoir, capable d’accepter la victoire de l’incertitude sur ce qui est connu et sécurisant et cette démocratie ne disposait pas des moyens de faire respecter cette capacité. Un tel scénario en Afrique se serait achevé par la victoire d’Hilary Clinton, dune manière ou d’une autre.

On entend encore ici et là des commentateurs dire qu’Hilary Clinton aurait gagné si on ne prenait en compte que le choix de chaque américain. Ils refont l’histoire. Au lieu de constater la réalité, ils pointent le système américain des grands électeurs, comme étant responsable de la victoire de Trump. Pour eux donc, le seul résultat possible était la victoire de Clinton. A vrai dire, ni le vote des américains, ni leur système ne sont acceptables s’ils n’aboutissaient pas à mettre au pouvoir celui qu’eux préfèrent. Ce sont les mêmes qui lorsque le contexte le permet, soutiennent que les vaincus soient les vainqueurs, ceux qu’eux-seuls attendent et acceptent, au lieu de la plus grande confiance dans leur capacité d’acteurs libres.

Repliques : Financiarisation, Terrorisme, Menace d’extinction, …

La première observation qu’on puisse faire et reprenant la pub de La Poste française, c’est de constater qu’encore une fois 100% des gagnants ont toujours tenté leur chance ; c’est une manière de dire que pour parvenir à la victoire, prendre le chemin qui y mène est la seule condition ; il n’est donc pas nécessaire d’espérer y parvenir pour entreprendre. Si avec le rejet de la quasi-totalité du monde en support des républicains qui le rejetaient puis de la moitié des américains préférant Clinton, Trump avait du espérer la victoire avant de continuer à se battre, il se serait alors abstenu avant ou après les primaires républicaines. Peu importe qu’il inspire dégoût, peur ou rejet, le fait est qu’il est 45è président des USA.

Après le 11 septembre 2001, les américains pensaient que Bush fils n’a pas été à la hauteur de leur traumatisme. S’il a gagné un deuxième mandat contre Al Gore, c’est au prix d’un sens aigu de la responsabilité des acteurs américains. Si on avait été en Afrique, une guerre était possible en novembre 2000. Après l’épisode de Bush fils, les américains ont pensé que l’élection de Barack Obama était non seulement leur meilleure tentative de réponse à ce traumatisme, mais également une manière de se rapprocher davantage du reste du monde que ne l’a induit, sans intention Le 11 septembre ; car cet événement a rapproché les américains du monde, bien plus qu’auparavant. Huit années après Obama, une moitié au moins d’entre eux pensent que ce rapprochement a plus affaibli les USA que redorer leur estime d’eux-mêmes ternie sans doute, pensent-ils, par le 11 septembre.

Mais, il n’y a pas que cela. La financiarisation du monde, initiée sous Ronald Reagan, la révolte terroriste qui s’est substitué à l’URSS disloquée, en tant qu’adversaire à la taille du monde occidental, la révolution numérique en cours et l’exigence de ralentir le creusement de leurs tombes par les hommes induisent de plus en plus de souffrances pour les peuples, y compris pour les USA eux-mêmes. Tout cela, ni Obama, ni ceux qui l’ont précédé ne leur ont apporté des réponses apaisantes et acceptables. Ironie de l’histoire, Trump qui est le parfait archétype et produit de la financiarisation ne produisant qu’un volume plus faible de salariés est le choix des américains. Sans doute, parce qu’ils pensent confier à ceux qui détiennent le pouvoir réel, le pouvoir politique que ceux qui en dépendaient jusque-là n’ont exercé qu’avec des entraves de toutes part. Si Trump fait peur, c’est moins pour ses mesquineries et ses propos vulgaires, ses insultes ayant pour seul but que pour gagner les élections. En revanche, c’est surtout pour le fait que pour la première fois dans le monde, dans le pays le plus puissant du monde, la bourgeoisie, celle qui tient la finance qui gouverne nos vies, détient pendant quatre années le pouvoir politique et militaire. La véritable question est alors de savoir ce qu’elle va en faire, ne dépendant pas de la finance, puisque Trump est la finance.

Les valeurs éprouvées par les souffrances

Ici et là, on agite des valeurs. Mais quand viennent les difficultés les plus sérieuses, elles perdent souvent de leur éclat. L’élection de Trump et plusieurs autres faits révèlent la réalité des hommes. Lorsque des peuples sont très dominateurs, toutes leurs valeurs ont du sens ; elles sont mêmes universelles. Dès leur prise sur les autres moins forte, certaines de ces mêmes valeurs deviennent des boulets, faisant d’eux pensent-ils, des chevaux avec handicap dans une économie de l’existence et du progrès assimilée à une course. Pourtant, la destination d’une telle course paraît de moins en moins incertaine à notre époque considérée comme celle de l’Anthropocène ; celle au cours de laquelle l’homme est le principal moteur de l’évolution, du changement du monde. L’Union européenne se défait sous nos yeux, avec entre autre le Bretxit ; la difficulté à être solidaire avec la Grèce, à accueillir et à être hospitaliers, à être ensemble tout simplement en rend compte. En Afrique dominée, sans qu’elles ne soient différentes dans leur grande ligne, les valeurs opposent déjà les africains, notamment celles que les africains ont en commun mais qui sont sociopathiques. Elles le sont si bien qu’à vrai dire, le continent est déjà, et depuis les indépendances, dans les circonstances des évolutions actuelles du monde occidental. Des hutus ont massacré des tutsis ; de jeunes africaines sont en esclavage au cœur de l’Afrique sans que cela empêche visiblement la plupart des africains de manger, de s’amuser, de dormir, … Alors, stop les jugements de valeurs et agissons davantage ensemble pour tendre vers des valeurs en lesquelles chacun se reconnaît et respectent.

Dans des circonstances où une part importante des peuples souffre, il arrive un moment où les arguments moraux n’ont plus aucune prise sur cette part. Rappelez-vous cette histoire n’impliquant pas de peuple, de crash aérien dans la Cordillère des Andes. Elle a conduit les survivants à se nourrir de la dépouille des morts pour échapper eux-mêmes à leur fin. C’est dire qu’en ces périodes de grande souffrance, ils sont nombreux les hommes qui finissent par ôter leur masque. Rappelez-vous aussi la souffrance naguère des masses qui a amené une part importante de l’Europe à basculer dans la domestication du reste du monde au service du soulagement de sa peine et pour son seul profit. Rappelons-nous plus près de nous la souffrance des allemands du Reich qui sera motrice de l’accession d’Hitler au pouvoir.

On le sait tous. Il y a une seule manière d’éviter d’en arriver là. Quand ceux auxquels les masses confient la responsabilité de guider leur marche ne manquent pas à leurs obligations : authenticité, efforts honnêtes de réduire leurs difficultés, etc…. Quand ils préfèrent être jugés par les masses sur leur appel constant à leur bon sens, à leur la raison, à leur sensibilité ainsi qu’à leur capacité de mesure ; quand ils les aiment et les respectent. C’est de la vanité et de la prétention de leur part, quand ceux qui détiennent cette responsabilité, quelque soit leur sensibilité politique préfèrent miser sur une prétendue ignorance et peur d’une partie importante des masses ; surtout si elles souffrent. Car croire qu’il les tiennent en laisse est une faute histoire que ne manque pas de révéler le jour où  les gens s’affranchissent de leurs peurs et de toutes leurs inhibitions.

On est toujours étonné de voir son chien qu’on croyait docile faire face parfois. Parce qu’on est certain de le dominer. C’est pour ce manque d’humilité que beaucoup d’élites sont souvent surpris des faits. La comparaison s’arrête au sens de cette image. Car, les gens ne sont pas des chiens. Et, ils seraient dénués de tout orgueil, au sens de Jean Paul Sartre, si l’on envisageait que ceux qui les gouvernent étaient leurs maîtres. Or, les gens sont orgueilleux. Non pas au sens de refuser pour raison de valeur supérieure, mais ils le sont selon le sens de Sartre qui le conduisit à refuser le prix Nobel de littérature en 1964. Bref, les gens veulent avoir l’égale valeur de tous les autres, mériter la même vie que celle de l’humain souffrant le moins possible des difficultés de vivre. Et, quand ceux qui les croient en laisse les découvre la rompre, c’est toujours une surprise, parce qu’un tel événement signe selon eux, la marque de leur audace : la volonté d’être libre et de préférer que tout soit possible plutôt que ce que certains décident qu’il soit. Être libre, c’est être acteur, à savoir contribuer à déterminer ce qui doit être, au milieu d’une infinité de possibilités.

L’incertitude est le royaume des hommes libres et acteurs

Quelque soit le risque prétendu pour chacun et pour le monde, à la faveur de l’élection de Trump, il semble que la question fondamentale est celle de savoir si tout doit être possible ou si seules quelques possibilités de réalités doivent l’être. Dans ce dernier cas, la question renvoie à celle de savoir qui délimite et fixe ces seules possibilités. Pour ma part, je serai toujours du côté de ceux qui pensent que tout doit être possible sans que tout puisse être réalité, plutôt que ce que certains en décident seuls. Car, c’est à l’interface entre la possibilité et la réalité que les hommes libres et donc acteurs sont et agissent pour convertir le possible en réalité ou empêcher de l’être. L’homme libre n’agit pas sur la détermination de ce qui est possible. Le rapport entre des acteurs libres est une pompe à réalités. c’est l’incertitude qui est motrice du changement, donc du mouvement vers une destination à laquelle chaque acteur peut contribuer à déterminer. Le pire, c’est le statu quo.

Et l’inertie à propos des grands sujets du monde qui touchent chacun de nous est-elle meilleure que l’incertitude qui offre la possibilité des changements meilleurs ou pires. L’existence d’une possibilité du pire mérite-t-elle qu’on refuse celle du meilleur, alors même que l’avènement de l’une ou l’autre dépend de la vigilance de chacun de nous ? Peut-on continuer avec le règne de la finance qui précisément a fait la fortune de Trump ? Peut-on continuer avec “la fonction de liberté” dont la délocalisation, qui ne laisse de choix aux hommes que d’augmenter leur part de liberté qu’en acceptant la diminution de celle des autres, mais pour un niveau toujours croissant de celle d’autres. Peut-on continuer d’accepter que les peuples s’affrontent ou ne diminuent leurs souffrances de vivre qu’aux détriments les uns des autres ? Pendant que des gouvernants promettent l’emploi pour tous, on peut aussi ignorer que de moins en moins, les hommes auront un travail rémunéré au sens industriel, avec tout ce que la révolution numérique a déjà initié, des “hommes augmentés” qui opposent les hommes et mettent déjà à rude épreuve les certitudes morales et éthiques des uns et des autres. On le sait aussi, d’autres problèmes structurels bloquent le monde et nourrissent la violence, sans cesse recommencée. Imagez que le conflit en Palestine existe bien avant la naissance de la très grande majorité des habitants du monde. Qu’ont fait tous les dirigeants qui se sont succédé ?  Tout ce que chaque habitant du monde a eu, c’est Al Quaïda, les attentats du 11 septembre 2001, ce sont les guerres d’Irak, c’est Boko-Haram, c’est Daesh… Heureusement d’Internet et l’ouverture mondiale a tempéré tout cela et limité ses impacts, même s’ils ont tout aussi nourri ces réalités.

Trump est le 45è président des USA, n’en déplaise à ceux qui ont l’orgueil de supériorité et qui peinent à s’en remettre. Alors, qu’est-ce qu’on fait ? On rumine encore et on regrette que ce qui se passe ne soit le seul fait de minorités qui décident de son existence ou on préfère que tout soit possible, y compris une nouvelle situation de chaos dont pourrait résulter souffrances, mais aussi de nouveaux équilibres. Pour la première fois depuis la deuxième guerre mondiale et l’éclatement de l’URSS, la situation globale du monde, consistant en “liberté conditionnelle” peut être ébranlée, dans une direction comme dans l’autre. Pour ceux qui par exemple désespèrent de la résolution du conflit structurel au Moyen orient, de la fin de l’ordre de Yalta ou de sa modification, ou de la réorientation stratégie de l’agir des hommes pour ralentir les conditions de leur propre fin, cette situation est à première vue dangereuse et en tous cas pire qu’auparavant. Rien n’est moins sûr. Que personne ne s’y méprenne. Je n’affirme pas que Trump va changer le monde dans les directions ci-dessus exposées. Mais, pour la première fois, le pays le plus puissant aura à sa tête un produit archétypal du pouvoir financier, dont dépendaient tous ceux qui se sont succédé jusque-là au pouvoir des peuples. Quels changements décisifs du monde, la réunification du pouvoir financier, politique et militaire va-t-elle contribuer à produire ? Voici la question essentielle, qui dépasse de loin la personne de Trump. Quand on ne dépend pas du pouvoir financier, puisse qu’on l’est, quand on ne dépend pas du pouvoir, puisqu’on le détient, quand on ne dépend pas du pouvoir militaire, puisqu’on en dispose, qu’est-ce qu’on peut faire ? Wait and see, sachant que malgré tout, nous sommes tous acteurs, autant ceux qui détiennent désormais les pouvoirs unifiés, sans la peur qui brouillait la lucidité des gouvernants lobbies-dépendants que le monde a connu jusque-là.

Le problème n’a jamais été qu’Hitler parvienne au pouvoir par la voie démocratique ; il est précisément dans le fait que les gens aient accepté qu’il transgresse leur liberté ou qu’ils se soient constitué ses esclaves. Tous ceux qui ne l’ont pas élu, mais qui toussaient quand il toussait pur éviter qu’il ne les entende ou ne remarque leur présence dans un espace qu’il avait privatisé sont-ils moins responsables par ce non choix que ceux qui pensaient qu’il pouvait être une solution à leurs souffrances ? Les uns l’ont porté au pouvoir. Mais tous les allemands de l’époque et tous leurs contemporains sont tous responsable de ce qu’il en avaient fait. Est-ce une raison suffisante pour refuser les libres choix, quand on a la possibilité de ne pas accepter que ce que ce choix induit, comme mise en cause de la liberté alors respectée ? La liberté peut-elle consister en une domination préventive, pour empêcher que des choix libres ne conduisent à l’hypothèse de la possibilité du contraire de la liberté ? Est-ce ainsi que l’homme libre est acteur, à savoir contraindre l’autre ?

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