ACTU/ Faut-il continuer d’organiser des élections présidentielles en Afrique ? Est-ce là le débat premier ?

Faut-il continuer d’organiser des élections présidentielles en Afrique ?

Pour le sociologue ivoirien Alfred Babo, il faut remettre en question le modèle politique imposé par l’Occident, trop coûteux en argent et en vies.

Faut-il continuer d’organiser des élections présidentielles en Afrique ? Tel est le titre d’un article publié par Le Monde.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/09/09/faut-il-continuer-d-organiser-des-elections-presidentielles-en-afrique_4995283_3212.html#h5MTTHbSM8ZsMcoF.99
Dans cet espace, nous nous attelons à approcher le problème commun de l’Afrique. Nous n’en sommes pas encore à l’examen de quelque réponse à son sujet. Mais, il y a des sujets de réponses (les plus nombreux) qui interpellent, alors même, qu’à notre sens ce problème n’est pas posé. C’est à ce titre que nous intervenons sur cette question.
Poser cette question, c’est marquer qu’on est pas convaincu et, à tout le moins, qu’on est septique ou qu’on doute. La question est alors de savoir si les arguments sont fondés. On peut même se demander si la question elle-même ne renferme pas le problème privatisé au regard duquel le principe électif est jugé comme problématique. Bref, examinons le sujet.

Examen de la question

Le sujet consiste en une question dont l’inconnue à trouver est : “Est-ce qu’il faut”. Par sa formulation sous forme impérative, l’inconnue consiste en une exigence, une nécessité à établir. La troisième personne du singulier dépersonnalise qui établit cette exigence. On ignore par conséquent qui doit décider du caractère impératif de continuer ou d’arrêter les élections présidentielles en Afrique. Admettons donc qu’un africain pose cette question à d’autres africains et leur confie la responsabilité de cette détermination. L’objet de cette détermination, ce sont les élections présidentielles. Nous n’allons pas ici nous étendre sur leur nature, leur objet et les objectifs visés : un président, de quoi, pour quoi faire, pour quelle nécessité ou finalité, etc…

Élections présidentielles et principe électif

Ne nous attardons pas sur l’existence préalable d’une collectivité sociale, sur son organisation socio-politique et ses règles dont le principe électoral en fait partie. Le principe électif est une forme d’organisation d’un choix, parmi plusieurs possibilités ; il mettant à contribution le libre exercice de la liberté de chacun. Observons donc qu’un président sera élu par des hommes libres quand d’autres personnage sont des élues, s’imposant à ceux qu’ils dirigent ou gouvernent. Un président est celui librement choisi par tous, selon la règle commune acceptée, pour gouverner la communauté sociale, en tant qu’espace social commun d’économie collective du progrès. Caractéristique : son principe est de reposer sur une règle, celle de la proportionnalité dont la majorité est un cas particulier.

Choisir un gouvernant par un principe électif (suffrages divers), c’est choisir celui auquel tous confions la conduite de l’économie collective du progrès : organisation de l’identification et de la mise en œuvre des solutions communes, de l’évaluation de leur efficacité et de leur amélioration. En ce sens, le processus électoral fait parti du plan d’actions pour résoudre un problème commun. C’est un aspect de la réponse.

Avant de poursuivre l’analyse, observons qu’au niveau national, la quasi-totalité des africains s’affrontent pour voir leur choix l’emporter quand ils ne tentent pas de l’imposer. Ils acceptent même qu’un individu qui ne peut même pas être gouvernant dans son petit village, selon une autre règle, le deviennent à l’échelon national ; le fait qu’ils le supportent suffit à leur contradiction entre démocrates au niveau national mais monarchistes au village. C’est là un point majeur que nous ne traitons pas là.

Nature fondamentale d’un principe électif : un élément de réponse

La question posée par Babo revient donc à celle de savoir quel est le problème commun pour lequel la fonction de président et le mode électif électoral constituent l’une des réponses ?

Quel est le problème commun ? En effet, le premier soin à prendre de la question posée est d’abord d’identifier le problème commun pour lequel une fonction de président est nécessaire. Ensuite, il s’agit de savoir quel est le problème secondaire pour lequel le principe électif est adapté pour l’incarnation de cette fonction. Enfin, le dernier soin est d’identifier quel est le problème pour lequel des élections de type suffrages universel sont la réponse pour parvenir à désigner celui qui incarne la fonction. Ainsi, c’est en considérant ce principe pour ce qu’il est, à savoir “la réponse à…” qu’on peut alors découvrir que, pour pouvoir s’interroger sur son arrêt ou sa continuation, il convient d’éclaircir les points ci-dessus.

Venons-en à la question elle-même et aux arguments formulés par Babo

“La démocratie électorale a échoué parce que les élections, notamment présidentielles, donnent d’observer trois constantes qui militent, à mon sens, pour leur abandon.”, [à savoir : coût, résultats…]

“L’élection présidentielle est improductive car non seulement elle est très onéreuse pour les pays africains, mais elle produit très peu de résultats positifs dans la vie des populations”.

Concédons-même que ce soit cher ou très cher. Mais, est-ce raisonnable d’établir un lien entre le niveau de coût et le fait que les élections soient improductives ?

S’agissant de produire “très peu de résultats positifs dans la vie des population”, un principe ou quelque concept a-t-il jamais produit quoi que ce soit pour les hommes, sans les hommes eux-mêmes, s’ils ne l’acceptent pas pas ni ne pensent qu’il est un moyen de leurs solutions ?

La personnalisation d’un principe ou d’un processus, permettant ainsi de le rendre responsable du peu de résultats résultant de l’usage que les acteurs en font, est un procédé foncièrement déresponsabilisant et à tout le moins déraisonnable sinon démagogique. Ce n’est guère le principe démocratique en tant que conception qui infligent les souffrances aux africains. Pascal disait “même celui qui va se pendre veut être heureux” ; ce n’est pas parce que l’homme fait un tel usage de la corde que la corde est responsable de sa tragédie. Le meilleur principe de désignation d’un président africain ne se substituera jamais à l’esprit des africains, à ce qu’ils constituent comme leur problème auquel quelque principe que ce soit constitue une partie de la réponse ou un moyen.

Penser autrement que l’élection

“Sur le continent, les élections présidentielles donnent à voir cette même complainte de fraude, de tricherie et de manque de transparence et d’équité. Pourquoi organiser une élection dont le processus est de toute façon remis en cause et ne débouche que rarement sur l’alternance, mais plutôt sur des violences, et des morts ?”
Quand des élections présidentielles se traduisent par la fraude, la tricherie, le manque de transparence et d’équité, les affrontements et la guerre, n’est-ce pas là la preuve que les uns et les autres n’acceptent rien d’autre que la victoire ? Il s’en suit que plutôt que la question de savoir pourquoi continuer à les organiser, la réflexion intelligente ne consiste-telle pas à examiner pour les acteurs sont prêts à tout pour une victoire électorale ? Quel est le sens d’une telle victoire, si impérative que tuer se justifie ? L’enjeu caché derrière derrière le processus électif disparaît-il par le simple changement du mode d’organisation de la vie institutionnelle ? Ainsi, on en revient au point initial : quel est le problème commun dont quelque processus est une part de la solution ?
“Mon argument est qu’il ne faut pas organiser d’élection présidentielle dans certains pays africains. Ne pas le faire, c’est épargner des vies humaines, c’est épargner de l’argent, c’est s’émanciper d’acteurs politiques en manque d’inspiration.
C’est me semble-t-il un argument respectable. Mais, d’une part, si on économise de l’argent en n’organisant pas des élections, que valent les 300 millions d’€ évoqués à chaque scrutin pour l’élection la plus chère d’Afrique, si l’on croit dans le processus, dans l’idée que ce qui utile et nécessaire s’apprend pour en réduire les aspects négatifs de sa non maîtrise ? D’autre part, l’argument des morts ne résiste pas au fait si les hommes ne conçoivent pas l’espace vital comme commun ou en tous cas n’envisagent pas de le mettre en commun, alors, aucun système n’épargnera des vie humaines. Sauf, à considérer que dans une situation où les uns parviendraient à dominer les autres (quelque soit le système), ces derniers se protégeraient de la mort par la soumission. N’est-ce pas ainsi que la différence des systèmes politique s’établit ?
“Le gain humain, économique, moral et politique de la non-organisation de présidentielles l’emporte sur le maintien d’un simulacre qui ne vise qu’à satisfaire la communauté internationale.”
Il faut toujours que l’Afrique n’ait aucune volonté propre, qu’elle agisse pour des maîtres extérieurs à elle-même : Les Autres. On se demande parfois, si des africains envisagent une situation historique dans laquelle la liberté du soleil de briller se traduirait par la suspension de ses rayons au dessus de l’Afrique, dans laquelle la liberté de mouvements des autres s’effacerait devant celle de l’Afrique, dans laquelle enfin, la liberté de mouvement de chaque africain prendrait fin en face de celle d’autres africains. Finalement, quels ces ces autres africains qui entendent vivre dans un tel monde qui n’existe cependant pas ? Les élections présidentielles sont-elles la tête par laquelle le poisson Afrique pourri ? Non. Le soleil ne s’arrêtera pas de briller parce que des Africains arrêtent d’organiser des élections. La volonté des africains d’être libres et égaux à d’autres et à tous les hommes ne s’estompera pas pour autant non plus.
“Aussi, un candidat à la présidentielle ivoirienne de 2015 avait proposé la brillante idée d’un système tout à fait inédit fondé sur une présidence tournante entre les régions ou blocs ethniques.”
Cette idée que l’auteur juge “brillante” n’est pas un arrêt du principe électif présidentiel, objet de la question qu’il pose. L’idée mérite cependant d’être examinée. Elle a d’ailleurs été expérimenté au Bénin et un pays comme la suisse en a une déclinaison spécifique. Cela dit, avant de le faire, la question est : à quel problème commun répond-t-elle ? Car le fait est que toutes les réponses avancées ici et là, pour séduisantes ou brillantes qu’elle soient, ne peuvent en aucun cas être évaluées, s’agissant de leur pertinence, ni devenir des réponses communes acceptées par le plus grand nombre, si le problème qu’elles traitent n’est pas posé et mis en commun.
C’est pour toutes ces raisons que nous pensons que les africains feraient de l’élucubration intellectuelle, dont des réponses ici et là ou débats à leur sujet sont les objets, tant que le ou les problèmes traités par ces réponses sont eux parfaitement mis sous le tapis de l’histoire pour supporter la souffrance de tous les africains. A chaque réponse doit correspondre un problème librement débattu et posé ensemble, autrement c’est une fuite en avant, quelque soit sa qualité en soi. C’est aussi pourquoi, nous n’avons aucune solution à soumettre, tant que les problèmes ne sont pas débattus et posés.
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