A propos des difficultés de vivre ensemble des africains : sauf des erreurs de ma part, je vois …

Les propos qui suivent sont introductifs d’une série de discours concernant la manière de vivre ensemble des africains au sein de leurs sociétés étatiques contemporaines. Il se peut qu’ils comportent ici et là quelques erreurs d’appréciation ; mais là n’est pas l’essentiel. Car que valent-elles au regard de leur statut de tentatives de répondre à la question décisives concernant le fait que leurs manières de vivre ensemble hier et aujourd’hui soient si peu productrices de progrès individuels et collectifs pour le plus grand nombre d’africains ? Au nationalisme des nations du monde, dont les membres tentent ensemble de marcher dans l’histoire, la voie des africains est l’ethnocentrisme étroit, masqué dans un discours généreux mais creux de continentalisme. Mais, qu’est-ce que le continentalisme, quand il est vaincu par avance de l’intérieur par un nationalisme moribond – j’ai nommé  ethnocentrisme -, dirigé précisément contre les parties de la nation, à savoir ceux avec lesquels ils doivent précisément constituer un espace commun d’économie collective de vivre, à défaut de constituer une nation ?

Une foule de plus en plus nombreuse d’africains.

Je vois une foule innombrable d’africains. Ils sont semblables, en apparence. Égaux politiquement et libres, dit-on, on perçoit néanmoins que l’égalité politique proclamée dans l’espace étatique n’a nullement cours au niveau des espaces locaux traditionnels : villages, royaumes, etc… A les observer vivre, ils semblent tourner en rond sur eux-mêmes.  Ils s’affrontent continuellement et sans repu, les manifestations les plus visibles intervenant à l’occasion d’élections du gouvernant. Leur but est de tenter de porter au pouvoir celui qui incarnera le pouvoir qu’ils constituent en vivant ensemble. Ce dernier leur procurera de petits et vulgaires plaisirs dont ils semblent vouloir se contenter et emplir leurs âmes. Si on ne se trompe, ils donnent à près l’impression que tout ce qu’ils veulent et attendent de leur existence, c’est cela. Donnant ainsi le sentiment d’être les uns et les autres retirés à l’écart du monde avec leurs familles, leurs villages, leurs communauté ethniques et leurs groupes communautaires ou sociaux, ils sont comme étrangers à la destinée de tous les autres contemporains africains, de leurs familles, villages et communauté ethniques… Ensemble et selon eux, ils forment la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Mali, le Sénégal, etc…

Devons-nous poser la question de savoir s’ils sont attentifs à l’existence de tous leurs contemporains et des autres hommes ? Il est exact qu’ils disposent d’un argument : ces derniers ne le sont probablement pas à leur égard et en tous cas, pas assez, comme ils pensent. Cela dit, que leur reprochent-ils quand tels africains eux-mêmes, qui doivent davantage l’être vis-à-vis de tels autres, sont les premiers à manquer d’attention à leur égard ? On en vient même à se demander de quelle manière et, fondés de quels arguments, nombre d’entre eux parviennent à proclamer que l’Afrique est championne de la solidarité. Que cela ne tienne, ils en tirent malgré tout une sorte de fierté mal dissimulée, dès que quelqu’un aborde ce sujet. Et, de quelle nature est la solidarité dont ils parlent alors même qu’ils consacrent l’essentiel du temps de leur vie ensemble à s’opposer. S’agit-il de celle avec les membres de leurs seules familles et de celle avec ceux de leurs seules communautés traditionnelles historiques ? Finalement, ils peinent à dépasser le cadre des liens familiaux et ethniques historiques, alors qu’ils disent vivre ensemble avec tous leurs autres contemporains dans une nouvelle communauté historique : la société étatique nationale. Dès lors, peut-on y voir la manifestation d’africains qui vivent ensemble à cet échelon social et non pas comme des membres de communautés restreintes historiques ?

Une question se pose : vivent-ils véritablement ensemble ? En effet, s’il arriva que la multitude d’africains soient au demeurant à côté de leurs concitoyens, ils ne les voient pas. Ils les touchent parfois mais ils ne sentent point. Souvent, ils parlent avec eux, mais de superficialités, dès lors qu’ils pensent ne pas appartenir à la même communauté, ne réservant les sujets susceptibles d’oppositions et de les inviter à manifester leur véritable nature avec les membres de leurs communautés. Il est exact qu’avec ces derniers, ils pensent être abrités, pensant la même chose comme ils supposent. Bref, ils n’existent qu’en eux-mêmes et pour eux-seuls avec leurs proches. Et, s’il leur reste encore une famille, à savoir leur communauté ethnique, on peut dire du moins qu’ils n’ont pas de famille à l’échelle de l’histoire et au point de vue de son exigence fondamentale : l’espace social commun nécessaire à une économie collective de l’existence. Agissant comme s’ils vivaient seuls au monde dans le cadre de ces communautés restreintes, les uns et les autres sont cependant unis dans l’adversité mutuelle dans leur communauté nationale. Finalement, à travers les modalités de leur coexistence sociale, ils semblent peut-être même former à eux seuls toute la communauté humaine, comme à l’abri de la fureur du monde. En tous cas, c’est cela l’impression qu’ils donnent.

Il est difficile de les discerner ! Au milieu de tous ces africains, on croit apercevoir et distinguer cependant des ivoiriens, des congolais, des camerounais, etc.. Mais, peut-on en être certain, tant eux-mêmes peinent à s’accorder sur qui sont les ivoiriens, les congolais, les camerounais, etc… N’est-ce pas cela l’une des raisons de la divergence qui les conduits à s’affronter régulièrement ? Devant cette indétermination, admettons néanmoins que tels d’entre eux sont des ivoiriens, puisqu’ils ne sont aucuns autres africains que nous pensons pouvoir reconnaître, avec cependant la même difficulté : maliens, soudanais, centrafricains, togolais, etc… Dire que des africains veulent unir ce qu’ils ne peuvent encore définir ni discerner, sans qu’aussitôt les faits démontrent le peu de fiabilité de leurs définitions. Sans le savoir, Ils risqueraient de procéder comme s’ils unissaient l’eau et le feu en les entrainant dans une bataille qui n’a d’autre finalité que victoire et défaite. Quoi qu’il en soit, les fondements permettant de discerner tels ou tels africains, telles ou telles communautés nationales africaines sont si fragiles. Les faits de pays et leurs désignations de principes reflètent si peu de réalités qu’il convient de s’adresser à tous les africains. De plus, comme on ignore l’avenir incertain, tels ivoiriens pourraient peut-être me contester cette qualité à défaut de pouvoir réfuter mon droit, en tant qu’homme, à traiter de ce qui concerne ces hommes que nous désignons par des africains, dont les ivoiriens en sont.

Deux pouvoirs alliés qui surplombent désormais leur coexistence.

Au dessus de ces africains s’élèvent deux immenses pouvoirs tutélaires à leur sortie des sociétés colonisées.

Au niveau local, à savoir des fractions sociales villageoises, royales ou régionales, ce pouvoir est l’aristo-monarchie traditionnelle. Ils le reconnaissent et lui obéissent, sans avoir nul besoin de s’interroger. Tout simplement, parce qu’ils ont été éduqués à le considérer comme un objet sacré devant lequel la seule chose à faire est de se prosterner. Ceux qui les ont précédés leur ont transmis l’idée d’un pouvoir qui se confond avec celui qui l’incarne et qui s’impose à eux, comme l’est la nature d’une puissance. Il est fondé sur des règles traditionnelles qui ont érigé l’inégalité politique en principe, donnant à certains, l’exorbitant pouvoir de décider de tout ce qui concerne tous les membres de la société, selon leurs uniques pensées et sentiments à propos de ce qui est vrai, bien, juste, beau et socialement éthique. Ces règles sont elles-mêmes sacrées, ramassées et cristallisées sous la forme des traditions. Ici et là, ces règles ont été fondées en droit, avant même d’en avoir une connaissance exhaustive et de les avoir triées. Bref, comme tel, il semble que ni ce pouvoir permanent, ni les traditions qui en assurent l’assise, parfois méconnues par certains de ceux-là même qui en réalisent le gardiennage  ne peuvent être modifiés par les africains d’aujourd’hui et de demain. Ce pouvoir et ses principes structurent définitivement, dit-on, les modalités de leur vie ensemble au niveau des communautés locales historiques qu’ils constituent. Il convient d’être clair : les sociétés locales fonctionnent comme des micro-États dans l’État, segmentant ainsi l’espace social étatique au point de faire des membres de la société étatique des non citoyens dans les espaces locaux. Il est insupportable de constater que ces espaces sociopolitiques locaux forment des barrières sociales solidement dressées entre les africains membres de la même société nationale.  Bref. A croire ceux qui en sont les gardiens, la vie ensemble que des aïeux ont organisée naguère, comme la solution qu’ils ont trouvée pour réduire les tensions générées par leurs vies ensemble à leurs époques, doit être semblable à celle de leurs descendants. Or, ces règles résultent de leurs pensées et sentiments, plus ou moins imparfaits et dans tous les cas divergents en partie de ceux des africains d’aujourd’hui. Qui peut ignorer que les africains d’aujourd’hui qui descendent de ceux d’hier ne sont pas pas ceux d’hier et que leur environnement n’est pas celui que fût le leur ? Qui peut nier que les tensions générées par les pensées et sentiments différents concernant la façon acceptable dont il convient de vivre ensemble des africains aujourd’hui ne sont pas les mêmes que celles de leurs aïeux ?

Au mépris des pensées et sentiments des africains à chaque génération, certains des contemporains africains s’emploient  Pourtant, depuis ces aïeux et depuis toujours, à vouloir continuer l’organisation de la vie ensemble sur la base de ce qui n’est pas vrai, juste, bien et beau ni socialement éthique. Car, quels africains sensibles et raisonnables parviennent à penser que fonder la manière de vivre ensemble aujourd’hui sur les résultats des violences dispensées, les paroles échangées et des concertations éventuelles de ceux qui les ont précédés présente ces caractères de vérité, de justice, de bien et de beauté ? Bref, en quelque sorte et selon eux, les morts doivent toujours décider pour et à la place de ceux qui vivent ensemble aujourd’hui, de la manière dont ils doivent vivre ensemble, indépendamment du mouvement du monde et de leurs volontés propres pour mieux s’y adapter. Quel africain en quête de dignité peut accepter d’être libre ainsi de ses pensées, sentiments et actes ? Comment peut-il accepter cela quand, hier comme aujourd’hui et demain, la dignité constitue l’objet de la quête de sa vie ? Hier, quels africains sont parvenus à réaliser définitivement la dignité du plus grand nombre d’africains d’hier et et à poser les jalons de celle de ceux d’aujourd’hui et à venir au point que leur manière d’y être parvenue doit constituer une règle sacrée ? Non, la quête de la dignité de tous les africains ne prend fin pour eux qu’avec leur mort ; leur quête ne suspend point celle de ceux qui continuent à vivre ensemble après eux pour tenter de la réaliser. Sans doute, et parce qu’ils sont libres, la fin de la quête de dignité de tous les africains ne peut correspondre qu’à la fin de la communauté des hommes désignés par les africains.

Au sortir de la colonisation, une nouvelle société a été constituée par la force coloniale : la société étatique contemporaine. Le pouvoir qui en a surgi a trouvé les conditions de son existence à travers un accord avec les pouvoirs locaux ménagés par la puissance coloniale pour ses besoins d’efficacité. En les reconnaissant jusqu’à leur confier la mission d’être les gardiens de troupeaux d’africains indolents et dociles, dans leurs enclos ethniques, c’est ainsi que ces pouvoirs locaux le reconnaisse comme étant le pouvoir suprême. Depuis, les pensées et sentiments de nombre d’africains continuent, au moins localement, d’être ignorés, faisant d’eux des inégaux politiques dans les espaces sociopolitiques locaux. A ce niveau, ils ne rétablissent partiellement l’égalité politique qu’à travers leurs seuls votes lors de consultations nationales.

Au niveau national, ce pouvoir est l’État. On prétend qu’il est moderne, sans doute en raison de s’habiller de l’attribut de république et d’être démocratique. Il se présente aux africains, sous une forme découverte au cœur d’un de leurs plus grands malheurs historiques, j’ai nommé la colonisation. Alors que tous les africains le génèrent, considérant leurs groupes communautaires historiques particuliers et selon la circonstance politique, certains d’entre eux veulent en représenter tous seuls, les piliers. Les liens sociaux historiques qui continuent de les unir au sein de leurs communautés particulières historiques constituent leurs moyens d’y parvenir. C’est pourquoi, ils s’affrontent, tant qu’un groupe n’a pas la prise pour faire taire définitivement les autres ou les contraindre à leur obéir pour toujours. Sans doute, ils le conçoivent comme étant un pouvoir qui peut se charger seul d’assurer leur existence et de veiller sur leur devenir, disons de leur sort. Il vient par conséquent, hors de toute vision de la complexité du monde et de leurs relations qui les invitent à déchiffrer sans cesse son sens, qu’ils donnent le sentiment d’avoir discerné leur simplicité, ainsi que procèdent les populistes et les démagogues. Ils pensent même que, pour ceux qui le feront être et en seront les piliers, ce pouvoir pour lequel ils se battent tant, pourvoira aux conditions de leur existence, au milieu de les autres membres de leur communauté nationale. On ne peut pas faire à ce pouvoir le procès d’être absolu, comme naguère. En revanche, il est sans doute détaillé en théorie : il est constitué d’un président de la république, d’un parlement, d’un gouvernement, d’une armée, qui ne peut défendre ni protéger les africains ni assurer leur sécurité ; bref, la société étatique contemporaine est composée de toutes les institutions d’une société démocratique. Mais, il est concentré en pratique dans les mains d’un seul. Certes, ce dernier change selon l’issue de l’affrontement des africains. Certes, ces confrontations périodiques sont qualifiées de politiques, mais elles s’achèvent la plupart du temps par des échanges d’actes violents auxquels ils ont conféré la mission de clore la lutte pour imposer celui qui incarne le pouvoir. Et, si nous allons au delà du gouvernant, ce pouvoir qu’il incarne ne tient en réalité qu’avec celui qui l’incarne à telle période, qu’en raison d’être soutenu au niveau de sa communauté historique restreinte et non par la volonté de tous de respecter ses principes constitutifs.

Prévoyant, ce pouvoir a identifié un adversaire : ce sont les autres contemporains constituant la société commune. Leur unique tort est de vouloir assurer l’assise militante de celui qu’ils préfèrent qu’il l’incarne. Ils sont différents selon leur fortune politique. De ce point de vue, l’histoire n’a été d’aucun conseil pour ce pouvoir et nombre de ceux qui sont parvenus à l’incarner ou aspirent à le faire. Souvent rugueux et violent avec ces autres africains de la communauté commune et selon la circonstance politique, il est en revanche doux avec ceux qui le soutiennent et constituent ses piliers. Il est presque toujours conciliant avec les gens extérieurs à la société nationale, tant qu’ils lui fournissent parfois le carburant de l’énergie de sa brutalité et pense que ces gens augmentent sa légitimité, la fondent ou la renforcent. Ainsi par exemple, le taux de croissance est apparu comme un indicateur de bon gouvernant même quand la communauté nationale est au bord de l’implosion. On aurait pu dire d’un tel pouvoir qu’il ressemble à la puissance paternelle d’une famille ordinaire traditionnelle africaine. Il infantilise les africains et parfois même les considère comme des gens incapables de discerner par eux-mêmes ce qui qui est vrai, bien, juste, beau ainsi que leurs intérêts. Il donne le sentiment de vouloir les empêcher d’être exposés à quoi que ce soit, surtout ceux qu’il protège. Mais, contrairement à elle, il n’a pas pour objectif de préparer les africains à la maturité historique, à savoir aux progrès les plus importants de leurs pensées et sentiments susceptibles de leur assurer celui de leur vie ensemble.

Dès lors, il est difficile, pour les africains, de progresser en direction de l’amélioration des modalités de leur vie ensemble et du renforcement de leur dignité. Ce pouvoir ne cherche souvent au contraire qu’à les diviser plutôt que de renforcer leur vie ensemble. Régulièrement, il ne fait appel qu’à leurs sentiments primaires moribonds et à leurs émotions sociopathiques. Il n’y a rien d’étonnant à la démagogie et au sophisme, dès lors que les problèmes nés de vivre ensemble lui paraissent simples et non complexes. Prétextant que tels africains en détestent tels autres, il est alors aisé pour lui de se dresser comme le rempart de ceux qui le soutiennent face à leurs ennemis : leurs contemporains et concitoyens qui ne le soutiennent pas et auxquels il a donné l’étiquette d’ennemis. C’est ainsi qu’il fixe irrévocablement les africains dans l’enfance, comme un père africain traditionnel œuvre à vouloir le faire. Il empêche leurs possibilités de construire ensemble leur égalité politique, la condition de leur liberté, bref de leur dignité. Il aime que les citoyens africains, membres de telle communauté nationale, qui le supportent se réjouissent ; pourvu qu’ils ne songent à se réjouir des souffrances des autres compatriotes ou à y être indifférents. Il se délecte par-dessus tout que tous s’affrontent ; aussi, il s’active à leur identifier les raisons de le faire. Il a identifié les moyens de sa durée : pourvu que les africains songent à se violenter au point de ne pas se rendre compte que la voie dans laquelle il les engage et les conduit mène à la violence et non à la vie ensemble. Sa grande crainte est que la vie ensemble des africains lui ôte son vernis de puissance pour le faire apparaître comme un véritable pouvoir, différent de celui qui l’incarne : susceptible d’être mortel par le fait des africains, telle  est sa véritable nature au plan de l’histoire.

Indépendamment de celui qui l’incarne, ce pouvoir, travaille volontiers au bonheur éphémère des africains qui le soutiennent et en assurent l’assise. Comme ceux-ci changent selon l’issue de leurs échanges de violence, autant dire que considérant toutes les époques politiques, la quasi-totalité des membres d’une communauté nationale est concernée. Il œuvre aussi au malheur permanent de tous, complexité ignorée du monde de sa part oblige. Ce qui compte le plus pour un tel pouvoir, c’est de réaliser sa propre volonté : être l’unique agent de la coexistence des africains et le seul arbitre de ses modalités. Ne sont-ils pas incapables, selon lui et compte tenu de sa manière de les traiter, de discuter, de se concerter sur la formulation d’un vouloir commun autour duquel ils peuvent s’unir et vivre ensemble ? Ne sont-ils pas incapables de s’accorder sur les actions communes ainsi que sur les voies et moyens pour les conduire ? Pourtant, il pourvoit rarement à leur sécurité. Souvent même, il renforce leur insécurité, par son incapacité à les faire vivre ensemble et sa folie le conduisant à compter sur des pouvoirs extérieurs pour se protéger et les protéger. Voler, faire taire, ignorer/mépriser, voire même violenter s’il pense qu’il lui faut les africains qu’il ne peut protéger est cependant dans ses cordes. Ainsi, il use souvent du monopole de la violence qu’il pense être sa définition pour résoudre leur moindre contestation alors qu’il est incapable de faire face à la moindre adversité externe qui menace leur existence. Enfin, il veille à éviter de prévoir et d’assurer leurs besoins, de faciliter leurs plaisirs et à abréger leurs moindres occasions d’être joyeux. On ne sait jamais ! Si les africains devaient partager trop longtemps des moments de joie, il se peut qu’ils finissent par se rapprocher, par discuter et par se concerter plutôt que de s’opposer et de se violenter. C’est là le pire qui pourrait arriver à un tel pouvoir, en étant la possibilité de transformation de sa nature par des africains trouvant enfin leurs intérêts commun dans le fait de vivre enfin ensemble. On comprend dès lors que c’est préserver sa propre durée que quand ce pouvoir veille à écourter les rares instants où ils vivent ensemble ; dans ces moments, les africains sont mutuellement bienveillants les uns à l’égard des autres au sein de leurs communautés nationales respectives. La manifestation durable de sympathie mutuelle des africains les uns à l’égard des autres lui semble être le poison le plus violent pour sa propre nécessité et durée.

Dès lors, chacun peut comprendre qu’il évite bien sûr de tarir ou d’épuiser leurs sujets d’oppositions et au contraire veille à leur en suggérer. Dans un pays comme la d’Ivoire par exemple, la divergence des ivoiriens à propos des membres de leur population semble être entretenue pour servir d’aiguillon politicien. De cette manière, il peut orienter leurs esprits vers toutes les raisons de faire de leurs compatriotes leurs adversaires si ce n’est leurs ennemis. Rien n’est fait de sa part, sans raison de perdurer dans sa nature profonde. Il procède ainsi quand il conduit leurs principales affaires publiques, dirige leurs productions économiques, règle leurs rapports sociaux.  Par exemple, la manière de traiter la question de la propriété de la terre fait partie de sa façon de maintenir les sentiments d’animosité et d’antipathie. C’est précisément dans leurs affrontements que les africains ont besoin d’un pouvoir qui renforcent leur force face à leurs concitoyens adversaires.  le pouvoir dit posséder les terres qui appartiennent à tous les africains au sein de leur communauté nationale.

Lorsque qu’il reconnaît dans le même temps, et localement, la propriété exclusive de certains membres de la communauté étatique sur des portions de la terre, c’est sans doute pour alimenter leurs oppositions, en tant que les conditions de sa propre existence et durée. Car, il arriva qu’un jour des africains veuillent régler une bonne fois pour toute nombre de questions en rapport avec leur dignité, dont un symbole est l’appropriation définitive de la terre par certains d’entre eux. Quel africain peut affirmer que l’appropriation souvent violente et la possession des terres à telles époques de l’histoire peut trouver une légitimité définitive, en l’unique raison d’être fondée sur une règle rendue sacrée ? Dans le passé, les africains  ont fait l’expérience selon laquelle tel objet sacré peut être nié par la violence pour lui substituer tel autre, non moins sacré. Peut-être, la meilleure façon de maintenir ce qui est sacré est qu’il fournisse en lui-même les moyens de sa protection et maintien. Ce moyen peut consister en la violence ou la concertation. Il arriva qu’un jour les africains se retrouvent en situation de devoir choisir entre violence et concertation, comme la voie de réalisation de l’égalité politique, le chemin qui doit les conduire vers leur liberté en tant que membres de leurs communautés nationales.

Ce que ces pouvoirs laissent finalement aux africains.

Finalement, États nationaux d’un côté et et aristo-monarchies locales de l’autre,  co-gouvernent l’existence des africains. En examinant de près ce que ces pouvoirs en Afrique échouent à ôter entièrement aux africains, on est en peine de le trouver. Néanmoins, en faisant nôtre, l’enseignement de Santiago, le jeune berger de Paulo Coelho (1), héros parti en quête d’un trésor consistant en le sens de sa vie, nous n’avons pas tardé à nous rendre compte que ce que les africains conserve était sous nous yeux alors que nous le cherchions ailleurs. Et, il est loin d’être un trésor. Sans doute, quand les africains ne contemplent pas ces pouvoirs tels qu’ils sont, dont l’État convoité, ils africains peuvent trouver ce qui leur reste en ce qu’ils leur laissent ; il est loin de leur être agréable. Leurs troubles, induits par leurs pensées à propos de leur existence faite de grande souffrance en constitue l’essentiel. Puisque ce que ces pouvoirs laissent aux africains, c’est donc leur immense difficulté et souffrance de vivre, on peut au moins poser la question de leur utilité pour leur existence. Ils la renforcent, plutôt que de l’alléger. Ainsi, pensant à leurs conditions d’existence, leurs troubles face à leur grande difficulté de vivre constituent tout ce que ces pouvoirs leur concèdent. Si cela est le signe de leur grande générosité, on peut au moins dire qu’ils d’eux qu’ils préfèrent les africains souffrants. A bien y regarder de près, ils ne leur laissent que ce qui constitue précisément leur raison de vivre ensemble et d’agir ensemble : leurs souffrances de vivre à réduire. Par conséquent, ils invitent les africains à ne pas compter sur eux si réduire leurs difficultés de vivre justifient de vivre ensemble. A moins de générer des pouvoirs qui leur soient utiles en vivant ainsi, on ne voit pas bien comment ils pourront y parvenir dès lors qu’un pouvoir ne peut que que surgir de leur vie ensemble. Voici ce que la démocratie des sociétés étatiques africaines contemporaines ou l’organisation sociale et politique en Afrique produit, s’agissant de conduire la vie ensemble des africains vers leur dignité.

Dès lors, le temps est sans doute venu pour les africains de songer à interroger les modalités de leur vie ensemble et de réexaminer leur conception du pouvoir et sa signification. Il arriva qu’ils se battent à propos de leurs idées de société et de la manière acceptable d’y vivre ensemble, du pouvoir qu’ils représentent ensemble ou qu’ils s’affrontent au sujet de son incarnation. Sans le savoir, peut-être qu’ils parlent et se battent à propos de puissance, plutôt que de pouvoir. Certes, il arriva aussi qu’ils revendiquent  localement la légalité de tel pouvoir traditionnel. Mais, son fondement sur les traditions rendues sacrées suffit-il à en faire un pouvoir sacré qui de surcroît n’assurent ni leur cohésion, ni leur sécurité, ni leur dignité ? Les traditions, en tant qu’un corpus de lois sociales et politiques des aïeux, peuvent-elles échapper à la possibilité de leur modification ou adaptation par d’autres africains, pour la seule raison que ce que les aïeux ont produit est sacré ? Enfin, parfois, ils contestent ou reconnaissent et respectent la légitimité de tels pouvoirs. Une seule question mérite d’être posée aux africains. Quels que soient leurs rapports à tel ou tel pouvoir, si leurs jugement ne considèrent pas le fait que tel pouvoir jugé s’affranchit ou pas des paroles échangées par les membres de la communauté commune, leurs concertations et leurs actions ensemble qui lui donnent naissance et assurent son sens, alors ils font fausse route.

A peu de chose près, voici ce que l’homme de « De la démocratie en Amérique» (2) aurait pu voir et écrire à propos de la société démocratie en Afrique et de la manière des africains d’y vivre ensemble. En empruntant ses mots pour une brève saisie de la vie collective sociale et politique en Afrique, cela permet de saisir l’enjeu de la réflexion. Cette manière de vivre des africains au sein de leurs communautés respectives, pilotée par ces pouvoirs, est inacceptable dès lors qu’elle est précisément l’ennemie de vivre ensemble, la condition de réalisation de leur dignité. C’est pourquoi, les africains doivent interroger leurs quiproquos. Ils concernent leurs sens particuliers donnés notamment à communauté sociale et politique, à vivre ensemble, au pouvoir, aux traditions, etc…. Ils sont ce dont résulte le débat impossible et la violence qui constitue leur mode privilégié de vivre ensemble. Sans doute qu’ils n’ont aucun autre choix que d’échanger des paroles et des idées de manière authentique et sans aucune crainte. Ils doivent nommer tout ce qui les oppose s’ils veulent pouvoir parvenir à s’accorder au sein de leurs communautés respectives. Tant pis pour ceux d’entre eux qui ne supportent pas les pensées et qui sont agressés par elles. Il n’existe pas d’autres manières de vivre ensemble que d’échanger des paroles, des idées, des sentiments, de se concerter et d’agir ensemble que d’échanger des pensées et sentiments à travers leurs paroles et actes. Autrement il n’y a rien à faire ensemble, sauf à se violenter mutuellement, en ignorant somme toute pourquoi. Mais, vivre les uns à côté les uns les autres au sein de communautés particulières en échangeant de la violence, cela n’est pas vivre ensemble ; cela ne génère aucun pouvoir. Puisque somme toute, quelque chose qui y ressemble se manifeste à eux, c’est lorsqu’ils l’identifieront comme la puissance convoitée pour dominer et faire obéir qu’ils seront peut-être convaincus de ne pas vivre ensemble. Un pouvoir dont l’instrument est la violence cesse d’en être un pour être une puissance.

Les africains en quête de dignité.

Aucun africain ne peut douter de ce que tous les africains aspirent à vivre dignement. Ils ne veulent pas simplement que leurs personnes soient respectées. Plus encore, ils veulent être reconnus comme des hommes et être considérés dans et par leurs contemporains avec lesquels ils vivent ensemble et sont en relation. L’honorabilité de leurs êtres et existences dont ils attendent reconnaissance, ils la tiennent de leurs histoires diverses, de leurs familles, de leur communautés initiales, de leurs traditions, de tout ce qu’ils ont fait pour eux-mêmes en tant qu’hommes, ainsi que pour les leurs et pour tous les hommes, etc… L’honorabilité a quelque chose à avoir avec la grandeur et la réputation qu’ils confèrent à eux-mêmes et à tout ce qui précède. Ainsi, ils tiennent à l’intégrité de leurs corps et de leurs âmes, à la reconnaissance et prise en compte de leur capacité d’indignation et de leurs colères. Ils veulent être par leurs corps et exister par ce qu’ils pensent, manifestent et produisent. Lorsqu’ils manifestent de l’indignation, de la colère et souvent même de agressivité, ce sont là, des signes qui témoignent de la perte d’intégrité de leur dignité qu’ils veulent recouvrer entièrement. Il est sans doute exact que leurs manières d’y parvenir sont contre-productives.

C’est pourquoi, au delà de pouvoir cultiver leurs champs dans les campagnes ou de se débrouiller dans les villes et se nourrir, de pouvoir se soigner et s’amuser pour continuer à vivre, ils tiennent à des relations humaines acceptables. De telles relations qui doivent reconnaitre leur égale valeur doivent se traduire par leur égalité politique partout et en toutes circonstances de sujets communs. Elle est la condition de leur libération d’autres africains et, enfin libres, la condition de se présenter à d’autres comme tels, à savoir libres. Ces relations sont celles dans lesquelles, non seulement leurs contemporains reconnaissent et respectent leur égale grandeur d’hommes, mais aussi qui les élèvent, vers la plus haute idée de l’homme, qu’ils sont. Ils veulent des relations qui réalisent cette dignité et en tous cas qui les rapprochent sans cesse d’elle. Des africains libres et dignes ne le sont pas en raison de n’être que libérés de la domination de qui que soit à l’extérieur de leurs sociétés, mais ils le sont d’abord quand ils sont libérés d’autres africains avec lesquels ils forment une société commune. C’est sans doute pourquoi, la manière dont les peuples africains doivent vivre et ce qui doit les lier leurs membres pour qu’ils parviennent à ressentir vivre comme étant égaux entre eux et à tout homme et pour être aussi libres que leurs idées faites des hommes ne sont pas négociables. Seules les modalités d’emprunt de la voie qui mène à cette finalité peut l’être. Cette condition impérative implique en elle même qu’une telle négociation ne peut avoir qu’une finalité : adapter la modalité de vitesse et la trajectoire du mouvement conduisant à une dignité acceptable. En aucun cas, la finalité du mouvement historique commun, à savoir leur dignité elle-même, ne peut être au demeurant négociable.

Les communautés sociales et politiques d’Afrique poursuivent leur part de la marche historique des peuples en quête de leur dignité. Hier, vivant ensemble dans des regroupements sociopolitiques, des africains marchaient comme de nos jours. Des pouvoirs mi-intérieurs et mi-extérieurs à eux, constitués d’un faible nombre de leurs membres, agissaient sur les sociétés africaines qu’ils formaient. Ces forces étaient fondamentalement extérieures aux sociétés africaines, en raison de ne pas tous y contribuer, dans leur grande majorité, inégalité politique obligeait. Pire encore, leurs aïeux morts continuaient outre-tombes de les gouverner d’une certaine manière à travers leurs solutions rendues sacrées et non modifiables pour la postérité. Les surplombant, elles les forçaient, parfois, à marcher dans une certaine direction de l’histoire, qu’elles ont décidée sans eux. Puis est arrivée l’oppression coloniale impériale. De nos jours, y penser ne fait plus pleurer ceux qui ont subi ces affres, tant elle est au delà des larmes, empruntant ces termes à Simone Veil à propos d’Auschwitz. Elle a abouti à un certain niveau de regroupement de ces fractions du peuple africain, en même tant qu’elle a généré une nouvelle classe sociale : celle des africains instruits. Une contre-révolution est intervenue. Elle s’est manifestée à travers la lutte anti-coloniale. Elle a été conduite par cette nouvelle classe sociale, appuyée sur la classe des aristo-monarques traditionnels qui dirigeaient jusque-là les peuples. Dans la plupart des cas, cette contre-révolution a donné lieu à de regroupements sociopolitiques. Il n’y a aucune question avec le non respect des limites ethniques initiales dès lors qu’il résulte de l’histoire une constante : rarement, des sociétés se sont formées à la suite de négociations et d’accords pour appartenir ou pas à telles sociétés ou pour vivre ensemble avec tels individus. Ce sont ces derniers que nous désignons de nos jours par les pays africains. Au sortir de cette révolution et contre-révolution, d’un côté, les pouvoirs extérieurs aristo-monarchiques et traditionnels ont continué, localement, à forcer les peuples à marcher dans leur voie, indépendamment de celle que de nouveaux pouvoirs leur désignaient. Car, de l’autre, les nouvelles classes sociales “éclairées”, dit-on, instruites par l’école coloniale, sont apparues comme étant celles qui constituaient désormais les nouveaux pouvoirs extérieurs à eux tous, les aristocrates inclus. Ces nouveaux pouvoirs ont commencé à forcer les peuples d’Afrique à marcher dans la voie qu’eux seuls ont choisie pour tous : ce sera une “élitocratie” démocratique. Ainsi, à partir des indépendances, c’est dans ces deux voies souvent contradictoires que les africains tentent désormais et péniblement de marcher dans l’histoire et de s’y frayer un chemin, sous la double autorité conjointe de ces deux pouvoirs qui les surplombent ainsi que leur existence. A les observer vivre ensemble ou plutôt ne pas procéder ainsi, leur manière de le faire questionne leurs idées et sentiments de la société commune, de pouvoirs et de gouvernants et de la manière à leur sens acceptable d’y vivre ensemble.

En bref.

En définitive, sauf des erreurs de ma part, je ne vois que des questions soulevées par les difficultés de vivre de l’Afrique. Sur ce point, la divergence est totale avec ceux des africains qui affirment que les aïeux nous ont transmis les réponses à ces difficultés. Aucuns membres de telles familles, tels villages ou telles communautés sociales politiques n’ont jamais transmis à ceux qui leur succèdent la réponse concernant la manière acceptable et efficace de vivre ensemble. Il est exact qu’ils leur transmettent leur expériences en la matière ; cette expérience est fondée sur leurs pensées et sentiments à propos de ce qui est vrai, bien, juste, beau et socialement éthique. S’il est indiscutable qu’ils leur transmettent néanmoins celle selon leurs pensées et sentiments, ils leur transmette surtout la question que tous les hommes se posent en vivant ensemble : quelle manière de vivre ensemble efficace pour produire collectivement le de progrès pour le plus grand nombre, à savoir la dignité humaine ? Sur ce point, la divergence est également totale avec ceux des africains qui attendent des réponses pour résoudre la difficulté de vivre ensemble, avant d’avoir eu une certaine compréhension de ces difficultés et la capacité de les expliquer. Selon eux, la question est simple, dans la mesure où ces difficultés résultent selon eux de la manière de vivre d’autres africains, dirigeants ou pas ainsi que d’autres contemporains. A notre sens ces difficultés renvoient leur abord à des interrogations ; ces dernières habillent d’éventuelles solutions communes et les rendent inaccessibles, incompréhensibles ou inacceptables.

Certes, à travers leurs différentes manières de vivre, les africains ont toujours été en quête de dignité. Depuis les indépendances, une observation attentive des faits montre que ce qui a changé dans leur manière de vivre ensemble, c’est l’organisation des conditions pour s’affronter désormais pour la détention du pouvoir que la communauté nationale commune qu’ils constituent représente. En effet, il suffit d’observer leur vie ensemble localement pour y apercevoir qu’ils ne jouissent toujours pas d’une entière et complète égalité politique, qui est pourtant la condition de leur liberté. Cela, des élections ponctuelles présidentielles, législatives et municipales et d’autres nature ne peuvent le contester. Il est exact qu’auparavant, ils n’avaient point cette possibilité, dans la mesure où une poignée d’africains représentaient et incarnaient le pouvoir sans possibilité d’en changer, ainsi que cela a encore cours localement et parallèlement au pouvoir national. Le pouvoir constituait le moyen d’une minorité d’entre eux de tirer le plus grand avantage du fait même de vivre ensemble et de constituer une communauté sociale et politique. Si donc, de nos jours l’essentiel est dans le fait de s’affronter pour le détenir et, comme hier, continuer d’en tirer profit, alors cela signifie que ce que leurs pensées et sentiments concernant le pouvoir n’ont pas considérablement progressé.

Car, lorsque les africains vivent ensemble en s’affrontant violemment pour détenir le pouvoir, cela signifie que leur existence n’a aucun sens sans sa détention. Cela nous renvoie à leurs conceptions de vivre ensemble et de former une communauté commune ; elle fait écho à celle concernant le pouvoir qui surgit de la communauté. Or, le pouvoir constitue le moyen d’organiser collectivement et avantageusement la manière de vivre ensemble des membres d’une communauté sociale et politique donnée, telle qu’elle soit productrice des plus grands progrès pour le plus grand nombre de ses membres. C’est pourquoi en n’organisant que les conditions de l’affrontement pour le détenir, on ne peut qu’interroger les pensées et sentiments concernant leur signification de vivre ensemble et du pouvoir qui en résulte, pour lequel ils s’affrontent violemment. Pourtant, c’est précisément leur vie ensemble et la manière de procéder qui constituent l’objet et le moyen du pouvoir pour réaliser sa nature et sa finalité : la communauté sociale prospère et paisible d’hommes dignes. Les africains sont éloignés d’une telle réalité. Sans doute, la nature d’une communauté sociale et politique, ainsi que la manière de vivre ensemble de ses membres qui confère sa force et sa pertinence au pouvoir qu’ils représentent ainsi, semblent n’induire aucune question en leurs esprits. Peut-être sont-ils convaincus que leurs pensées et sentiments à leur sujet représentent ce qui est vrai, juste, bien et beau du point de vue historique. Les africains qui pensent ainsi et éprouvent de tels sentiments et agissent ainsi, ont probablement tort.

C’est un fait que si les africains ont toujours vécu en ensemble pour constituer diverses sociétés dans le passé, leurs manières de le faire et les pouvoirs qu’ils ont constitués en vivant de ces manières n’ont pas produit les finalités espérées de vivre ainsi. C’est même la raison de leur caractère irritable dès qu’ils songent au passé des africains. Si les communautés sociales qu’ils on formées ont résulté de tels ou tels processus généralement violents, le fait que ces derniers abouti à leurs communautés est constitutif de leur nature d’hommes, ne pouvant exister qu’en vivant en communautés. En revanche, telles ou telles manières selon lesquelles leurs aïeux ont vécu et qu’eux-mêmes vivent ensemble de nos jours découlent de leurs productions historiques, comme les manifestations de leurs pensées et sentiments. Si ces manières ont échoué et peinent encore à réaliser leurs fins, c’est bien parce que leurs pensées et sentiments qui les ont fondées et les enracines encore sont les sources de leurs échecs. Ces pensées et sentiments sont ceux de leurs conceptions de la communauté sociale, d’un homme, de ce qui est vrai, juste, bien ou beau.   Ces dispositions d’esprit se rapportent aussi à ce qu’est le pouvoir et à sa nature, ainsi qu’à sa légalité et légitimité. Dès lors que l’autorité du pouvoir ou de ceux qui l’incarnent repose sur leur capacité de violence, alors l’autorité est autoritarisme, un grand poison de la relation sociale ordonnée productrice du plus grand bien commun. On ne peut par conséquent s’étonner de constater du fait que la vie ensemble est chaotique dès lors que des hommes heureux à côté d’autres malheureux ne peuvent l’être durablement.

Compte tenu de ci précède, les africains ne peuvent pas faire l’économie d’interroger et de discuter de leurs conceptions en ces divers domaines. S’ils veulent parvenir à réaliser des progrès plus importants en vivant ensemble, ils ne peuvent manquer de questionner leur art social. Il repose souvent sur des pensées et sentiments faux de ce qui est vrai, juste, bien et beau. Naturellement, la condition préalable est d’éviter de continuer à considérer que d’une part toutes leurs pensées et tous leurs sentiments reflètent ce qui est vrai, bien, juste et beau. D’autre part, une telle voie est incompatible avec le fait que les manières de vivre ensemble, résultant des pensées et sentiments exprimés par leurs aïeux sont définitivement celles convenables pour les africains d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Cet effort de leur par leur est indispensable, quoique les uns et les autres font ou pas qui les affectent ou qu’ils agréent.

Conclusion.

Concernant la manière de vivre ensemble des africains dans leurs sociétés, pour notre part et dans une séries d’articles à suivre, nous nous proposons de rendre compte de l’état de nos réflexions concernant cette manière. Nous y livrons nos pensées et sentiments à propos de leurs manières de le faire dans leurs familles, leurs villages, leurs anciennes communautés sociales et politiques, y compris pendant la colonisation. Leur vie ensemble dans leurs sociétés étatiques contemporaines est également interrogée, quant à son aptitude à produire le plus grand bien commun pour le plus grand nombre d’entre eux. Cette réflexion conduit à explorer les significations qu’ils donnent à la société commune de vie ensemble, à la manière acceptable d’y vivre ensemble, au pouvoir qu’ils génèrent ensemble en vivant ainsi qu’aux paroles qu’ils échangent, notamment aux termes employés, comme la légalité, la légitimité, l’autorité, la politique, la démocratie, l’égalité, la justice, ce qui est bien, etc… Vivant ensemble, nombre d’africains affirment faire de la politique. Qu’expriment-ils exactement à travers cet énoncé qui soit utile à leur manière de vivre ensemble ? Il suffit en effet d’un peu d’attention pour constater qu’une grande part des africains sont devenus politiciens, même ceux auquel les espaces publics locaux sont défendus par les traditions. Quelles idées ont-ils de la politique, car un politicien n’est pas un homme politique ? Quand on se rend compte que nombre d’entre eux se sont faits excellents marchands d’idées fausses de ce qui est vrai, bien, juste, beau et socialement éthique, auprès des africains, alors l’on comprend leur grande difficulté commune de sortir de ce qui ressemble fort à un hors piste historique de leur part.

Les élections présidentielles sont un moment de la grande commercialisation de ces idées fausses. Au fait, quel sens donnent-ils à ces élections qui constituent aussi l’une des circonstances les plus visibles de leurs affrontements. Observons à leur sujet que nulle part dans leur histoire la plus authentique, le gouvernant n’avait été élu avant la constitution de leurs sociétés étatiques contemporaines. Quand les africains tiennent des élections présidentielles et que leur plus grand nombre refuse que son choix ne soit pas déterminant, alors, le problème, ce ne sont pas les élections elles-mêmes et la violence qui les accompagne. Dès lors qu’ils n’envisagent même pas que leurs votes, leurs choix, leur volonté ne l’emportent pas, s’agissant de déterminer le gouvernant de leurs sociétés, cela signifie qu’ils n’attribuent pas aux élections présidentielles le sens lointain et formel qu’on leur prête : une manière de générer le gouvernant d’une société démocratique, à travers le choix majoritaire des membres de cette société. Une telle manière suppose une égale valeur de la volonté de chaque africain et leur égalité politique, condition de la liberté de chacun d’entre eux. Dès l’instant que les africains n’acceptent les élections que si leurs choix sont impériaux, cela signifie qu’ils considèrent qu’il existe des africains supérieurs à d’autres, disposant du droit exorbitant de décider seuls pour eux.

Or, ce rituel démocratique a une histoire et cette histoire n’est pas africaine. Comment assure-t-on le fait que les africains n’aient pas adopté un culte sans le dieu célébré à travers lui – j’ai nommé la société démocratique ? Tous les cinq ans, voici les africains engagés dans ce rituel étranger à leur histoire la plus authentique concernant leur manière de faire société. Sans que nous ne sachions exactement de quelle manière ils ont adopté le dieu honoré à travers ce culte – la société démocratique -, les voici donc participant violemment à ce culte au cours duquel presque toujours le sang de quelques africains coule. Il convient par conséquent d’interroger leurs conceptions de la société commune, de la manière à leur sens acceptable d’y vivre ensemble avec leurs contemporains.

Voici quelques thèmes abordés dans la réflexion. Prenons donc rendez-vous pour partager les fruits de cette réflexion concernant la manière de vivre ensemble des africains et pour examiner ensemble quelques raisons de son inefficience que nombre d’entre eux pointent sans cesse. Plutôt que de faire porter la responsabilité première à d’autres, en raison de leurs interférences, le temps est venu d’examiner ce qui relève des pensées, des sentiments et des faits des africains. Parce que c’est sur tout cela qu’ils ont prise, ce sont là les objets de leurs débats devant aboutir à modifier les critères de leur assemblement et ses finalités.

__________________________________________________________________________________

(1) Paulo Coelho, “L’Alchimiste”, Ed. Anne Carrère, 1994

(2) Alexis De Tocqueville, “De la démocratie en Amérique”,  Paris 1971 pp 62-63

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

8 + 1 =