CRISE POLITIQUE ET MORALE DE LA COTE D’IVOIRE : De la sociotoxicité des fins poursuivies et des préférences de moyens politiques des acteurs.

La république démocratique ivoirienne est meurtrie par la valeur douteuse des actes de nombre de ses acteurs politiques. Elle est devenue une société dont les valeurs communes ou “fictions régulatrices”, selon les termes de Andreas Urs Sommer, ont perdu leur caractère impératif et leur autorité. Ainsi, des interdits ont cessé d’être des interdits par la volonté de quelques uns de ses membres et sans aucun consensus. La violence est ce qui a fourni l’énergie de cette évolution inacceptable pour une multitude d’ivoiriens. Devenue moribonde et méconnaissable, malgré les apparences de calme et de tranquillité, elle évolue désormais vers une société semblant se situer entre une société humaine ayant progressé au plan moral et la société animale. Le président Ouattara emporte avec lui une immense responsabilité dans cette affaire.

Son acte de candidature à l’élection présidentielle de 2020 qui vient de se tenir en Côte d’Ivoire et sa seconde réélection interdite par la règle commune ont constitué des actes politiques d’une grande importance et décisifs pour la société ivoirienne. Il en a résulté une période de rébellion, laquelle a été réduite par l’usage de la violence la plus macabre. Même si le calme semble être revenu et de rigueur, il est indiscutable que le coup porté à la cohésion nationale par ces actes poursuit encore ses effets les plus délétères. Dans des articles précédents, nous avons exprimé ce que nous avions à en dire. Nous avons procédé à chaud si bien qu’il se peut qu’ici et là le manque de recul nécessaire a entaché la véracité de certaines des pensées ainsi que la justesse de certaines opinions exprimées, s’agissant de jugements portés sur la moralité de certains actes et comportements politiques des acteurs.

Le sujet que nous abordons dans cette réflexion n’a donc pas pour objet de contester la réalité : Alassane Ouattara s’est imposé au peuple ivoirien et est président jusqu’à nouvel ordre. Cela est un fait incontestable que nous nous contentons de constater ; nous en faisons même le point de départ de la réflexion. Si nous évoquons ici et là ces actes, c’est d’une part, pour chercher à expliquer et comprendre comment naît son acte de candidature en tant qu’une opération politique d’assujettissement des valeurs de la société ivoirienne aux siennes propres, alors que la constitution ivoirienne interdit la possibilité d’une seconde réélection. D’autre part, c’est pour examiner de quelle manière son souhait de cette seconde réélection interdite a été converti en une fin réalisable dont finalement la réalisation ne dépendait en définitive que de lui seul et de ses actes. Bref, il s’agit d’examiner la valeur de tous ces actes politiques dont il résulte la conversion d’un but interdit en une fin réalisable et réalisée ainsi que celle des actes qui ont permis de transformer en réalité ce qui ne constituait qu’un souhait ou désir profond de sa part et aurait du le rester. Cet examen nous conduit à questionner la valeur de la république démocratique, de l’autorité du peuple ivoirien ainsi que de sa loi fondamentale en tant que la déclinaison de valeurs culturelles en normes de comportements notamment politiques, s’imposant à tous dirigeants, pour une société de progrès, y compris moraux de ses membres et en État de paix.

Cette réflexion exposera d’abord nos doutes sur l’éthique politique et sociale des acteurs politiques. Au delà, elle est destinée à éprouver les certitudes des ivoiriens et leurs préjugés. Les heurts occasionnés par la moralité douteuse de ces actes sur leur conscience suscitent sans doute des questions en les esprits de nombre d’entre eux. C’est pourquoi, tous sont par avance invités à ne pas attendre de cet effort d’étonnement des réponses qui ne seraient que vraies et justes ou que fausses ou injustes et définitives aux questions, quand elles existent, qui hantent encore leurs esprits. Mais, des réponses certes imparfaites qui en résulteront peuvent néanmoins introduire en leurs esprits un doute suffisant à propos de leurs certitudes et préjugés. A son tour, ce doute peut les conduire à de nouvelles manières de voir la réalité et à de nouveaux jugements des actes politiques. Et si toutefois de telles questions ne les agitaient pas, en raison de leurs certitudes et préjugés, disposant ma foi de réponses vraies, justes et définitives, cette réflexion peut malgré tout avoir une certaine valeur. Elle peut leur poser des questions qu’ils ne se posent pas spontanément compte tenu de leurs explications et de leurs compréhensions parfaites de la réalité. Par ailleurs, elle peut ébranler aussi leurs opinions qu’ils considèrent vraies et indubitables ainsi que des jugements des actes posés supposés indiscutables  au point de n’induire chez eux aucun doute, s’agissant de la valeur éthique des comportements et actes politiques de leurs partisans ou adversaires.

Bref, le temps est est venu de conduire cette réflexion en cinq points.

I. Problématique.

II. Des buts et fins politiques poursuivis par le président Ouattara et ses partisans.

III. Des préférences de moyens ou d’actes politiques à la responsabilité des acteurs.

IV. De l’éthique des acteurs et de la valeur de leurs actes politiques.

V. De la valeur de la constitution de la république démocratique et de l’autorité du peuple ivoirien.

Conclusion.

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I. Problématique.

Déjà réélu une fois en 2015 et, alors qu’il ne peut être réélu à nouveau, le président Ouattara s’est porté candidat à l’élection présidentielle de 2020. Indubitablement, c’est en raison d’une certaine fin qu’il poursuivait. Et s’il a procédé ainsi, c’est qu’il a décidé d’être candidat. Il a donc choisi de l’être alors qu’il avait le choix contraire de ne pas l’être. En conséquence, sa décision initiale consiste en une préférence : entre être candidat ou ne pas l’être. Et s’il a été effectivement candidat, c’est la preuve qu’il a mis en œuvre sa décision d’agir conformément à sa préférence d’action.

La fin immédiate que l’on peut penser qu’il poursuivait était de continuer à être le gouvernant du pays. Et, dès lors que cela résulte d’une élection en société ivoirienne supposée être une république démocratique, la qualité de candidat est une condition sine qua none pour avoir la possibilité de la réaliser et de l’être. Or, pour ce qui le concerne et au regard de sa situation de président déjà réélu une fois en 2015, un interdit commun et adopté par tous les ivoiriens pesait sur la réalisation de cette fin à travers l’article 55 de la constitution. Dès lors, il est nécessaire de comprendre, comment cela procède-t-il qu’une fin à ne pas réaliser, en raison d’être interdite par la règle commune, apparaît en l’esprit du président et de ses soutiens comme possible et réalisable. C’est là, une question qu’il convient de traiter plutôt que ses actes eux-mêmes. Le fait qu’il résulte de ses actes la transformation de cette fin à priori à ne pas réaliser par la loi fondamentale en une fin, non seulement possible et réalisable, mais réalisée ne fournira pas de réponse à cette question décisive.

D’autre part, il ne suffisait que lui seul aspira à réaliser cette fin  interdite et qui ne devait pas être à priori réalisée. Même considérée par lui comme étant possible et réalisable, cela ne suffisait pas pour que ses seuls actes y parviennent. Il a fallu que d’autres actes, qui ne dépendent pas de lui, interviennent ; leurs auteurs ont considéré de leur côté que la réalité de sa seconde réélection était non seulement possible à réaliser, mais était constitutive d’un moyen utile à l’atteinte de leurs propres fins identifiées. Ainsi, la réflexion rebondit alors sur la recherche de compréhension de la manière dont une réalité interdite et rendue à priori non réalisable parvient à être malgré tout réalisée par les actes de certains de ceux-là même qui ont contribué à fixer la règle la rendant interdite. Inévitablement, nous devrons examiner le rapport de la réalité à ne pas réaliser par la loi et la valeur de la règle que ne lui confèrent non seulement ceux-là même qui font partie de ses auteurs mais également qui sont responsables de ces actes. C’est alors qu’il sera possible de saisir les mécanismes qui rendent possible et réalisable, la réalité politique interdite et à priori à ne pas réaliser.

Ainsi, c’est la compréhension de tout cela qui permettra de saisir la signification des actes politiques qui découlent de l’appréciation du caractère possible et réalisable de cette fin, lesquels ne peuvent être jugés, sans les principes qui les ont déterminés en tant que choix de leurs auteurs. Le moment sera alors venu d’examiner la valeur éthique des fins poursuivies et des moyens préférés pour les réaliser ainsi que la valeur de la loi fondamentale de traduction des valeurs culturelles communes en normes de comportements politiques et de son autorité. Il sera également possible de déterminer s’il existe un sens et une valeur commune attribuables à la société ivoirienne consistant en une république démocratique, dont précisément ses valeurs principales sont niées : souveraineté du peuple et sa volonté exprimée à travers sa règle fondamentale ; recherche du dépassement des antagonismes fondamentaux des membres ou groupes sociaux, c’est-à-dire de pacification des intérêts divergents de chacun. Tout ce qui vient d’être produit montre que la préférence n’est pas la quête visant un accord sur lequel les protagonistes parviennent au consensus plutôt que qu’à faire juge, le rapport de force et le conflit. Une société qui ne permet pas aux citoyens de contrôler l’éthique des actes de ses dirigeants et de les évincer en conséquence sans recourir à la violence et à la révolution est-elle une société consistant en république démocratique ?

Pour examiner ces questions, se rapportant à la problématique de la valeur des fins et actes politiques et de l’autorité de la règle commune et du peuple, ainsi que de la république démocratique, nous userons d’une méthode. Dans cette réflexion, nous ne procéderons pas en partant de principes à priori pour tenter de se donner un sens à la réalité insupportable qui agresse une multitude d’ivoiriens que constitue le mépris pour l’interdit d’une seconde réélection. De ce point de vue, il ne s’agira guère d’imiter les partisans tracteurs naturels. Ils expliquent aux ivoiriens que le président Ouattara est libre et qu’en cette qualité il a librement posé sa candidature. D’autre part, ils convoquent le principe du droit qui, affirment-ils, l’autorise à poser sa candidature et à briguer une seconde réélection non interdite à leur sens.

Ainsi, ces principes qu’ils évoquent sont les causes de sa candidature et de sa seconde réélection. Pour ce qui nous concerne, il ne s’agit point d’exposer simplement des faits, en partant de principes à priori (de liberté, de droit constitutionnel) pour remonter aux actes posés et à leurs résultats (candidature et seconde réélection) en tant que leurs causes. Nous prenons comme point de départ les actes politiques posés eux-mêmes ; puis nous remontons à leurs causes et aux véritables principes  dont ils résultent. Nous ne voulons pas simplement exposer que des faits et des actes ; nous voulons procéder à une démonstration. Il s’agit dans cette étude de relier les actes du président et de ses partisans à leurs causes véritables et non pas à des principes théoriques à priori de liberté et de légalité.

On ne pose pas sa candidature en vue d’une seconde réélection ni permise ni interdite parce, d’une part, en théorie on est libre de procéder ainsi et que, d’autre part, c’est légal en théorie aussi de le faire. En d’autres termes, ce ne sont pas la liberté et la légalité d’agir de telle ou telle manière qui poussent à se déterminer à le faire, à préférer tels ou tels actes et à les réaliser. Nous concevons que les ivoiriens sont libres de voler des biens qui ne leur appartiennent pas. Ils sont même libres de tuer tous ceux qui entraveraient la réalisation de leurs désirs. Mais, malgré cela, ils s’abstiennent de voler et de tuer leurs semblables dans leur immense majorité. Ils disposent aussi du droit qu’ils peuvent s’attribuer de voler et de tuer. Mais, ils s’abstiennent et placent le droit commun qui rend de tels actes inacceptables pour la société des hommes au dessus du leur propre, dès lors que ce dernier les heurte.

Aussi longtemps que nous chercherions lune explication à cet état de fait, nous ne pouvons la trouver qu’en nous-mêmes. Sans doute, il en est ainsi parce que sans aucune conscience de soi, ni aucun souci manifesté des autres, leur liberté n’existe pas, pas plus qu’ils ne parviennent à se donner leur valeur d’hommes. C’est cette vérité que Robert Badinter a mieux saisi et formulé qu’un autre : un homme, dit-il, se retient. Il choisit de faire ceci et préfère ne pas faire cela. C’est cette faculté qui le distingue d’un autre être vivant, y compris d’un autre contemporain. Tout cela procède ainsi depuis que les hommes ont surgi et vivent en société, parce que c’est la manière des hommes d’exister et ne vivre et pas autrement. Et, en vivant ensemble avec d’autres, ils tirent leur valeur et leur amour d’eux-mêmes précisément de leur spiritualité que nous désignons par le souci qu’ils manifestent de ces autres membres de la société dans laquelle s’écoulent leurs vies. Bref, cela soulève la question suivante : comment des hommes en arrivent-ils à ignorer ces autres sans lesquels leur existence apaisée n’est ni possible ni n’a aucun sens, ni eux-mêmes n’ont aucune valeur ? Que peut-être une société ivoirienne sans interdits et quelle valeur les ivoiriens peuvent-ils se donner en concevant leur société ainsi ?

II. Des buts et fins politiques poursuivis par le président Ouattara et ses partisans.

D’abord, il est possible, comme Aristote a tenté d’en donner une définition, que des actes involontaires existent (1). Si nous excluons cependant ceux végétatifs, il est quasiment impossible d’apporter la preuve indubitable de l’existence de tels actes. En effet, comment y parvenir considérant que les hommes disposent du pouvoir de masquer, de tricher, de tromper ou gruger, de simuler, de mentir et que sais-je encore. A l’exception de ces actes végétatifs, il est plus simple de postuler qu’il n’existe aucun acte qui ait été posé sans aucun dessein poursuivi par son auteur. Les hommes agissent toujours en vue d’une fin ; il en est ainsi d’un homme agissant politiquement. D’autre part, il est raisonnable de dire que l’identification et la connaissance de telle fin possible et réalisable poursuivie précèdent les actes pour la réaliser. Bref, le but ou finalité poursuivie précède les actes politiques qui n’en sont que les moyens de leur réalisation. Dès lors,  le président Ouattara a posé sa candidature en tant que son acte politique en vue d’une certaine fin qu’il visait. La réflexion nous mène alors en quête de cette fin.

Par ailleurs, dès lors que nous admettons qu’aucun acte n’est posé par quiconque, s’il pense le but poursuivi impossible à atteindre et irréalisable, nous devons admettre qu’il a pensé cette fin réalisable, autrement il n’aurait pas agi pour l’atteindre. En conséquence, il a posé sa candidature parce qu’il pensait possibles et réalisables les buts poursuivis à travers cet acte. Mais, puisque la fin d’être réélu une seconde fois et de continuer à gouverner est formellement interdite et est défendue d’être réalisée par la constitution – si elle est respectée – il vient qu’il a décidé de la braver, ainsi que l’autorité du peuple ivoirien qui lui confère sa force.

De ce point, il nous faut d’abord approfondir l’examen de ses fins poursuivies. Ensuite, il conviendra d’explorer de quelle manière une fin interdite de réalisation par la loi est devenue atteignable. En effet, la fin d’être réélu une seconde fois est un interdit posé par la norme commune de comportements politiques. Enfin, il nous faudra aller en quête de compréhension des actes dont la détermination raisonnée a abouti à les identifier et à les mettre en œuvre. C’est au terme de cette détermination qu’il est parvenu à préférer tels actes politiques plutôt que tels autres et à décider de les exécuter. La colère, la désapprobation et l’opposition à ces actes, d’une large partie de la société ivoirienne, réduite par la terreur ne peuvent être le terme de cette, histoire. Lorsque l’esprit est stoppé dans sa marche de vérité en vérité, rien pas même la violence, ne parvient à l’y maintenir et à entraver sa marche.

Buts et fins poursuivis par le président Ouattara.

A première vue, d’une part, on se présente à une élection pour tenter de se faire élire par les électeurs ; c’est ce qu’a fait le président Ouattara. D’autre part, il est candidat pour tenter d’endosser la qualité que cette élection confère, à savoir pour incarner la représentation de ces derniers. Cela dit, le président s’est présenté à l’élection présidentielle de 2020, pour tenter d’être réélu une seconde fois, compte tenu de sa situation particulière de président élu en 2010 et réélu en 2015. Puisque cette élection confère la qualité de gouvernant du du pays, on peut donc affirmer que sa candidature visait à faire de lui le gouvernant, à le maintenir tel depuis 2010. C’est donc pour continuer à être le président de la Côte d’Ivoire qu’il a été candidat à l’élection présidentielle de 2020. La qualité de président est par conséquent le but immédiat poursuivi qui explique l’action consistant en son acte de candidature. Et, c’est à partir de ce point que la recherche de compréhension va nous conduire au domaine complexe et obscur des âmes.

En effet, on peut penser que la fin du président n’était pas tout cela ; autrement Amadou Gon Coulibaly n’aurait pas été candidat, sans que lui-même ne le fut initialement. Être réélu une seconde fois et continuer à être président n’était donc pas son but ultime. A moins que la candidature de Gon ne fut qu’une simple diversion, sensé détourner le peuple ivoirien de ses réelles intentions. Nous constatons que la candidature du président n’est intervenue qu’en raison de celle d’Amadou Gon Coulibaly rendue caduque par son décès. Il semble donc que le but immédiat d’être gouvernant réélu une seconde fois n’est pas la véritable fin poursuivie par le président Ouattara. En effet, si tel était le cas, cette fin aurait été contrariée par celle de l’élection de Gon à laquelle sa candidature devait conduire.

Or, précisément, le président ne pouvait agréer une candidature qui pouvait annihiler sa propre fin poursuivie, en l’empêchant d’être lui aussi candidat ou en diminuant sa candidature. Dès lors, ni Gon, ni le président ne pouvait avoir pour but ultime d’être élu gouvernant, pour le premier ou réélu une deuxième fois gouvernant, pour le second ; autrement Gon n’aurait peut-être pas pu être candidat de leur parti commun à sa place. A minima, la fin poursuivie par les deux acteurs politiques était le même. De cela, il faut extraire l’hypothèse selon laquelle le but poursuivi par tous les deux était réalisable à travers chacune de leur candidature. Il consiste en la conservation du pouvoir par leur parti à travers l’élection du premier ou la réélection du second.  C’est en considérant cela que les candidatures non concurrentes et successives de Gon Coulibaly et la sienne peuvent avoir un sens. Si à première vue, l’objectif de ce parti politique visant à continuer à gouverner n’est ni toxique pour la société ni honteux en soi, en revanche, sa fin poursuivie et les moyens d’y parvenir le sont et, à ce titre, ne sont pas acceptables.

En y regardant de plus près, l’on constate que ce but n’est qu’intermédiaire ; c’est une sorte de moyen pour une fin plus importante qui a justifié la préférence du président Ouattara d’être candidat à une élection dont ne pouvait résulter sa seconde réélection en vertu de la constitution, plutôt que de s’abstenir. En effet, ce but immédiat n’est constitutif que du moyen de réaliser une fin ultime : accaparer le pouvoir et en user pour continuer à servir leurs sympathisants et partisans. Car, au delà de conserver le pouvoir, la finalité poursuivie est ce que sa détention et exercice peuvent permettre de réaliser : le mettre au service de la réalisation de leurs intérêts particuliers en est une possibilité. Il ne faut pas être devin pour constater que la politique du “rattrapage ethnique” et l’occupation sectaire de la grande majorité des postes de responsabilités de l’État, fondée sur le patronyme nordique de leurs détenteurs donnent une indication quant à l’exercice de ce pouvoir. En tout état de cause, de tels faits constituent des arguments importants en faveur de cette hypothèse de la fin poursuivie. Ainsi, cette finalité constitue la fin recherchée de laquelle découle la quête de moyens pour la réaliser : le service de leurs sympathisants. C’est cette fin qui a conduit à la quête d’actions et buts intermédiaires, en tant que les moyens constitutifs de la voie qui mène à sa réalisation.

Leurs buts intermédiaires, ce sont l’appropriation du pouvoir et son exercice qui permettent de réaliser cette finalité ; c’est l’élection annoncée de Gon mais éteinte pas sa mort, puis en substitution, la seconde réélection du président par la combinaison des scrutins exprimés par les ivoiriens, laquelle réélection à l’élection présidentielle  est indispensable à la détention et exercice du pouvoir ; c’est la validation de sa candidature à l’élection présidentielle pour pouvoir y participer et qui est une condition nécessaire à la possibilité de seconde réélection et de détention du pouvoir. Quant aux  actions et actes qui doivent les réaliser,  ce sont les candidatures posées d’abord de Gon Coulibaly, puis celle du président Ouattara, acte initial sans lequel cette fin ne resterait qu’un phénomène d’esprit, à défaut que la fin identifiée ne conduise à quelques actions pour la réaliser. Enfin, ce sont leurs décisions de se présenter à l’élection présidentielle, consécutives à la fin visée. Maintenant, voyons comment l’idée de cette finalité, objet de pensée et de volonté, peut devenir une réalité à travers le moyen de se faire réélire une seconde fois, alors que cela est interdit par la loi fondamentale.

A l’évidence, une fin impossible et irréalisable ne peut aboutir à la détermination d’actes à poser, encore moins à leur exécution par celui qui la pense telle et à fortiori à des actes qui la réalisent. Or, non seulement de cette fin ont résulté des actes qui divisent encore les ivoiriens, mais en plus, ces actions ont abouti à créer les conditions de réalisation de la finalité poursuivie. C’est dire par conséquent que les auteurs de ces actes ont pensé cette fin comme étant possible et réalisable, bien que la constitution l’interdise en ses principes. Ainsi donc, ceux des ivoiriens qui ignorent la différence entre ce qui est interdit et est en conséquence à ne pas réaliser à est priori, d’une part et ce qui est impossible, à savoir non réalisable en soi ou en raison de contraintes impératives, d’autre part, peuvent trouver en ces faits politiques, de quoi les distinguer : ce qui est interdit peut être rendu possible et réalisable ainsi que le régime Ouattara a procédé. C’est le processus par lequel une fin interdite est transformée en fin possible et réalisable qu’il convient d’explorer et de comprendre.

Une opération décisive et sociotoxique : conversion de buts et fins interdits en choses possibles et réalisables.

Qu’il s’agisse du but intermédiaire de continuer à être président de la république, en étant réélu une seconde fois ou de la finalité d’accaparer le pouvoir pour continuer à servir ses sympathisants, ils sont à interdits et donc à ne pas réaliser à priori par ceux qui observent ses principes. Car, entre ce but et cette finalité et la volonté du président, de son régime et de leurs partisans se dressent une grande partie du peuple ivoirien et la constitution. Cette dernière prescrit en effet en son article 55 l’interdiction de la seconde réélection d’un président déjà réélu une fois. Et, cela est applicable à sa situation de président déjà réélu une fois en 2015. Ainsi, le président poursuivait une fin interdite par l’effet de la loi fondamentale ; cela confère à cette fin un caractère d’interdit formel, mais non impossible en pratique à réaliser.

Or ce caractère d’interdit qui leste cette fin et qui peut être faussement assimilé à chose impossible à advenir, c’est le peuple ivoirien qui le lui confère à travers sa loi fondamentale qu’il a adoptée dans sa grande majorité. Comme tel, ce caractère de réalité faussement impossible à être réalisée de cette fin   trouve son fondement en chaque ivoirien, y compris en le président Ouattara lui-même, en ce qui l’amène à observer la règle et à en faire un impératif ayant autorité sur ses désirs : en vertu de sa volonté de faire société commune avec tous les autres membres de la société ivoiriennes avec lesquels ils ont adopté ensemble la loi commune. Par ailleurs, considérant les principes de la république démocratique, le but intermédiaire de détenir, conserver et exercer le pouvoir par l’effet d’une seconde réélection interdite, en vue de le mettre au service d’une partie partisane du peuple ivoirien sont l’un, un but interdit et l’autre, une finalité interdite car anti-républicaine et anti-démocratique et à ne pas réaliser en principe. Mais rien de ces buts et de cette fin ne consiste en choses impossibles et non réalisables, ni en soi, ni en raison des contraintes constituées par la volonté du peuple ivoirien et de la constitution, surtout si elles sont dépourvues de caractère impératif.

En outre, nombre d’ivoiriens prennent pour uniques déterminants de leurs actes, les considérations, les délibérations, les jugements et les actes des dirigeants auxquels ils ont abandonné leur liberté de détermination de ce qui est vrai, bien, juste et utile collectivement. De cette manière, des ivoiriens ont procédé pareillement que le président Ouattara. D’une part, il a considéré l’existence d’un but et d’une fin possibles et réalisables. D’autre part, il a préféré ne pas observer les principes de la règle commune ou choisi de les interpréter à sa convenance pour rendre possible la réalisation de ces interdits constitués par ce but (seconde réélection et conservation du pouvoir) et par cette fin (servir ses sympathisants et ses partisans). Dès lors, la seule question qui a intéressé et qui s’est posée au président et à ses partisans était celui des moyens de réaliser les buts et la fin dessinés en son esprit. Comment leur a-t-il été possible de réaliser ce qui ne peut l’être par la loi commune et par la volonté du peuple ivoirien ? On ne peut pas énoncer que ce but et cette fin ne pouvaient pas être réalisés puisque précisément ils le sont et que cela démontre l’absence de caractère inéluctable du fait qu’aucun ivoirien ne réalisera ce que la loi interdit et en fait une obligation s’imposant à lui.

Ainsi, on ne peut que constater simplement l’évidence :  cet interdit constitutionnel de la seconde réélection ne tire son autorité que de la force morale de ceux des membres de la société ivoirienne qui l’ont intitué. Sans cette force d’esprit, tout est possible et aucun interdit n’a de sens. Les actes du président Ouattara et les faits auxquels ils conduisent fournissent l’argument du fait que l’interdit commun cesse d’être un interdit par ses actes combinés à ceux de ses partisans. Si les autres ivoiriens acceptent cela, que peuvent alors être les valeurs de la société ivoirienne si ce qui est interdit par tout le peuple ivoirien peut perdre ce caractère sans aucun consensus nouveau, par l’unique volonté d’un seul soutenu par quelques uns ? La seule recherche est alors de comprendre, comment un but et une fin interdits ont-ils perdu ce caractère pour leur apparaître comme un but et une fin possibles et réalisables ? Et, comment des actions ou actes politiques ont-ils pu résulter d’un but et d’une fin qui ne devaient ni être adoptés ni être réalisés ?

De l’adoption de buts et fins rendus possibles et réalisables au choix des moyens politiques pour les réaliser.

La volonté d’accaparer le pouvoir était sans aucun doute l’un des buts intermédiaires incontournables en vue de réaliser la finalité principale. Pour éviter de devoir affronter le non sens d’une candidature du président déjà réélu une fois en 2015, et qui ne pouvait ni ne devait aboutir par la loi à une seconde réélection, la stratégie initiale a consisté en une candidature de confiance autre que celui problématique du président. Ce fût celle d’Amadou Gon Coulibaly, auquel il était convaincu que la détention du pouvoir ne pouvait échapper quels que soient ses adversaires. Il y a une raison à cela : ils comptaient sur la possibilité de déterminer par eux-mêmes les résultats de l’élection plutôt que les électeurs ivoiriens. Ainsi, un moment intervint quand ils usèrent de la candidature d’Amadou Gon Coulibaly pour convaincre le peuple ivoirien d’une transition républicaine, démocratique et juste du pouvoir.

Mais, il lui a semblé que sa mort avant l’élection ne leur laissait plus beaucoup d’alternatives, considérant la qualité des candidats éventuels pour augmenter la probabilité de gagner ainsi que le niveau de confiance qu’ils leur inspirent. Les masques du régime tombèrent alors : la candidature du président Ouattara à une élection dont ne pouvait résulter une seconde réélection par la loi. Par ailleurs, nul ivoirien qui examine sérieusement cette candidature au regard de la loi fondamentale ne peut y voir un acte injuste légalement bien qu’injuste au plan de l’éthique sociale et politique. Quoi qu’il en soit, sa candidature ne suffisait pas seule, en tant que l’unique moyen pour réaliser la finalité dont les buts de seconde réélection, de gouvernant et de conservation du pouvoir constituaient les moyens. Car, si l’acte de candidature du président dépend de lui, ni la validation de cette candidature, ni l’organisation de l’élection, ni les choix des électeurs ivoiriens ne dépendaient de lui. En conséquence, au plan moral, quel que soit le jugement porté sur sa candidature, il a quelques circonstances atténuantes : la moralité des actes concernant l’organisation de l’élection, les choix des ivoiriens, notamment de ceux qui ont porté leurs scrutins sur son nom ainsi que celle de la proclamation de la seconde réélection d’un président non rééligible une seconde fois, en vertu de la loi constitutionnelle.

Voici pourquoi  par rapport à ce but et à cette finalité, nous pouvons affirmer que le président a recherché les moyens les plus efficaces de les réaliser : les moyens utiles à quelques uns à la réalisation de buts et fins interdits par tous ne pouvaient être que violents et impératifs, tant leur réalisation ne peut que rencontrer une opposition déterminée de la majorité. Parfaitement conscient de cela, sa préférence alla d’abord en faveur de la candidature de Gon Coulibaly. Elle présentait l’avantage de masquer les obscurs buts et finalités poursuivis ; elle devait orienter le débat politique, non pas sur la moralité des fins poursuivies, mais sur la régularité des moyens de les réaliser, s’agissant de leur conformité républicaine et démocratique. Avec son décès brutal qui n’a pas révélé toutes ses incertitudes et inconnues, son choix s’est porté sur la sienne, malgré et contre la constitution et le peuple ivoirien qui ne pouvait tolérer l’ignorance de son interdit : la seconde réélection.

Une certaine morale, contestée par le philosophe Emmanuel Kant, prétend que la fin justifie les moyens et qu’elle en est même le principe. En d’autres termes, la fin poursuivie justifie les actions ou actes pour la réaliser et leur donne leur valeur. Compte tenu de sa nature sociotoxique, passée dans le filtre de cette manière de valoriser les actes humains  sa fin poursuivie d’accaparer le pouvoir au service de ses partisans est parfaitement anti-républicaine, anti-démocratique et amorale, si bien que les actes posés par le président Ouattara et ses partisans pour la réaliser ne peuvent recevoir aucune valeur morale acceptable. Sa seconde réélection interdite et sa candidature pour y parvenir constituent les moyens préférés pour réaliser cette fin. A l’évidence, une telle fin ne peut conférer à sa candidature, ni à sa seconde réélection une valeur éthique ou morale. Par ailleurs, toutes fins peuvent-elles justifier celles d’actions qui permettent de les réaliser ? La fin d’accaparer coûte que coûte le pouvoir  en tant que but intermédiaire, et celle de le mettre au service de ses seuls partisans qu’il permet de réaliser, peuvent-elles justifier une candidature, certes légales, mais sociotoxique et politiquement destructrice, qui ne peut aboutir à une seconde réélection en vertu de la loi constitutionnelle ? La réponse à cette question est évidemment non, sauf à considérer que le pouvoir n’est ni usurpé ni accaparé par le régime Ouattara, qu’une seconde réélection n’est jamais intervenue contre la règle commune, que le service des sympathisants est une hypothèse ou une opinion fausse et que le pouvoir est détenu et exercé de manière régulière et non abusive, ce qui ne peut que heurter tout sens commun et être contredit par l’analyse des faits.

C’est donc la valeur accordée à ces fins poursuivies par le président et ses partisans qui a donné leur valeur à leurs actions et actes posés en vue de les réaliser. Les choses sont claires de ce point de vue : le but d’accaparer le pouvoir et la finalité de servir ses sympathisants, de surcroit en démolissant la paix sociale, ont justifié sa candidature et son but d’une une seconde réélection contre la règle commune, et finalement une détention et exercice abusifs du pouvoir. Cela étant, les finalités visées (seconde réélection, accaparer le pouvoir, continuer à servir les partisans) n’étaient simplement que des souhaits initialement. Et, les moyens qui ont permis de les réaliser n’auraient pas produit la circonstance sociopolitique délétère ivoirienne, si en tant que souhaits du président, d’autres fins poursuivis et actes posés par d’autres ivoiriens, y compris indépendants de son régime, n’avaient pas favorisé la réalisation de ses fins toxiques au lieu de le contrarier. Or, du pouvoir exercé à déterminer la fin poursuivie et les buts intermédiaires et des moyens pour les réaliser ainsi que de leur mise en œuvre naît la responsabilité. Examinons donc la responsabilité des acteurs, à travers la valeur de leurs déterminations et actes.

En effet, si nous avons examiné les buts et fins du président Ouattara et de ses partisans, ainsi que leurs moyens pour les réaliser, il est clair que ceux-ci ne constituaient que des souhaits. Qu’il s’agisse de la validation de sa candidature, de l’organisation des élections, des choix des ivoiriens et de la validation et publication de leurs résultats ou de leur proclamation, de l’intronisation de l’élu, bref de sa seconde réélection, rien de tout cela ne dépendait que lui. Ainsi, de leur côté, les ivoiriens détenaient une partie du pouvoir de réaliser ou de contrarier cette fin. De leurs buts et finalités poursuivis ont résulté leurs actes, vis-à-vis de la candidature du président Ouattara. Et, autant eux-mêmes que le président Ouattara, ils étaient astreints à l’observation de la loi fondamentale qu’ils ont ensemble adoptée. En prétendant y être tous astreints, comment leurs buts poursuivis et leurs moyens déterminés par leurs choix pour les réaliser ont-ils abouti à la manifestation d’actes défiant toute éthique sociale et politique ?

Certains ivoiriens voudraient pouvoir mettre fin au débat concernant la responsabilité de la situation en opposant un unique argument : pour ces derniers, il suffisait que le président Ouattara ne présenta pas sa candidature pouvant aboutir à une seconde réélection interdite constitutionnellement pour que la réalité actuelle délétère actuelle ne fut pas. Cela aurait pu être un fait, dans une société mathématique. La réalité est que les hommes et leurs sociétés sont complexes. Ces ivoiriens sont les mêmes qui pensent ne disposer d’aucun pouvoir de modifier la réalité et qui font de telle cause l’unique déterminant de tel effet ou conséquence : la candidature du président a produit la situation délétère comme sa conséquence, comme si le peuple ivoirien sur lequel cette candidature a agi ne disposait d’aucune capacité propre de détermination d’un autre résultat. Rien ne permettait de prévoir un résultat mécanique  et consistant en une seconde réélection interdite dû au seul fait de cette candidature. C’est sans aucun doute, la combinaison des finalités poursuivie ainsi que les préférences d’actes politiques posés qui ont généré la réalité actuelle ; d’autres réalités étaient possibles.

III. Des préférences de moyens et d’actes politiques à la responsabilité des acteurs.

Des finalités poursuivies aux actes politiques en tant que les moyens pour tenter de les réaliser, il y a les acteurs, leurs pensées, leurs sentiments, leurs déterminations et choix. Le président Ouattara a choisi puis décidé de se présenter aux élections présidentielles de 2020, sachant parfaitement sa seconde réélection interdite par la règle commune. Sa décision implique qu’il a d’abord fait un choix d’action : entre se présenter comme candidat ou s’abstenir de le faire ; la finalité qu’il poursuivait enracine sa préférence, à savoir : accaparer le pouvoir pour user de son exercice pour servir ceux qui lui vouent une haute considération, en tant que leur sauveur. De qui les sauvent-ils, telle est ce qui trouble leurs âmes qu’ils préservent de la connaissance par les autres ivoiriens. Ainsi, si le fait de porter ou pas sa candidature et celui contraire de ne pas le faire ont constitué les deux éléments constitutifs du choix de moyens pour parvenir à la fin, c’est d’une part parce que être candidat ou ne pas l’être ne lui étaient pas indifférents. C’est cet intérêt manifesté pour être ou ne pas être candidat qui a fait de ces deux options les éléments d’un choix. Dès lors, la question qui se pose est celle des déterminants de l’absence d’indifférence et au contraire de l’intérêt d’être ou pas candidat ainsi que de son choix. Choix ou préférence, décision et actes voici les trois facteurs de la responsabilité par lesquels nous abordons ce sujet.

Des préférences et de la responsabilité du président Ouattara.

Le président Ouattara a préféré les actes qui étaient utiles et avantageux à la réalisation de sa fin visée. Même en le supposant, l’ignorance initiale de cette fin et des conséquences de ses actes qu’il a finalement préférés n’aurait pas fait de lui un acteur irresponsable. Cette responsabilité est d’autant certaine qu’il est absurde de considérer qu’un homme qui a manifesté autant de rationnalité, certes toxique, et malsaine, ait pu agir dans l’ignorance des fins vers lesquelles ses actes le conduisaient.

Des choix libres et conscients qu’aucune mort ne peut justifier.

Si nous examinons les conditions dans lesquelles il a choisi d’être candidat, on peut à minima s’arrêter à la raison qu’il a lui-même exposée : elle est constituée par le décès brutal du premier ministre Amadou Gon Coulibaly, alors pressenti comme le candidat du RHDP. Pourtant, rien dans cette circonstance, certes triste, ne consistait en impératif ou contrainte qui lui imposa d’être candidat de substitution de son parti. Ayant par ailleurs affirmé lui-même sa décision de l’être, on ne peut pas dire que son acte de candidature releva d’ignorance de sa part. C’est par conséquent, volontairement qu’il a porté sa candidature à l’élection présidentielle de 2020 pour une seconde réélection qu’il savait interdite par la constitution. Dès lors, c’est du sophisme de sa part que de tenter de loger le principe de son acte politique hors de lui-même.

Procédant ainsi, ses explications tendent à accabler en plus d’être mort, la mort de Gon d’être responsable de son acte à la place de son principe siégeant en lui-même. La mort du pauvre Amadou Gon Coulibaly n’a jamais eu pour effet de se rendre maître de la libre détermination du président Ouattara jusqu’à l’obliger à être candidat. Quel grand malheur son décès pouvait-il lui faire craindre s’il ne s’était pas porté candidat ? Aucun à notre connaissance, à défaut d’avoir partagé les raisons de sa crainte avec le peuple ivoirien, pour attester du contraire. Ainsi, le président doit assumer son acte et non pas accabler le décès de celui qui est mort : librement, il a choisi et décidé d’être candidat à une élection dont il ne pouvait résulter sa seconde réélection en vertu de la loi commune. En choisissant cette option et en décidant d’être candidat, il a ignoré et méprisé un principe commun aux membres de la société ivoirienne, à savoir un interdit que ses membres ont collectivement posé et adopté en vue de tenter de bâtir une société plus humaine, de progrès et apaisée.

Admettons même que le décès de Gon consiste, comme il le prétend, en une contrainte si forte qu’elle l’obligeait à poser sa candidature. Soit, mais faute de cette candidature, perdrait-il sa vie ou ce qu’il possède de valeur liée à la détention du pouvoir par Gon ou par lui-même ? Il faut le croire, sinon le principe de sa candidature relèverait alors de rien, et sa justification par la mort de Gon serait alors sans aucun fondement. Dans ce cas, le caractère  volontaire de l’acte posé qu’il a présenté aux ivoiriens comme étant involontaire ou indépendante de sa volonté apparaitrait alors plus clairement. Mais comment penser qu’un décès puisse représenter l’équivalent de la puissance d’un tyran qui contraint à ne point agir et se taire ou celle d’une cause supposée honorable qui pousse à agir péniblement ? Une telle cause ne peut être qu’un puissant désir d’être le serviteur d’un groupe communautaire et ethnique au sein d’une société considérée néanmoins comme république démocratique. Soyons clairs et précis, dès lors que l’on constate que le président Ouattara et ses partisans ont conçu les politiques du rattrapage ethnique et des affectations majoritairement fondées sur le patronyme ethnique des heureux bénéficiaires, le doute n’est pas permis s’agissant de leur finalité poursuivie. La finalité d’accaparer le pouvoir en vue de continuer à servir ses partisans est en soi une préférence de leur part. Ce choix est celui de la fraction du peuple ivoirien, envisagée en tant que la fin pour laquelle ils agissent. Comme ce qu’il y a de plus important à leurs yeux, cette fraction de la société constitue la valeur éminente au nom de laquelle toutes autres valeurs peuvent être minorées et même sacrifiées, ainsi que l’a été l’interdit collectif de la seconde réélection.

D’autre part, si la mort de Gon a constitué, comme il l’affirme, une contrainte l’obligeant à être candidat, c’est parce qu’il a considéré qu’il existait deux inconvénients auxquels il devait faire face : l’un résulte de ne pas l’être et l’autre dans le fait de l’être. Quel était l’inconvénient lié à l’abstention de se présenter candidat, qui l’a amené à préférer l’acte de candidature  dont on connaît l’inconvénient : la dégradation de la paix sociale ? Nulle part, le président n’a partagé avec le peuple ivoirien cet inconvénient ; sans doute, il est inavouable. Quoi qu’il en soit, il résulte de cette situation dans laquelle il pense s’être trouvé son choix à partir de deux jugements contradictoires. D’abord, l’action qu’il a préférée ou choisie, à savoir sa candidature, mais sans être exposé à un péril ; cette préférence est blâmée par une large partie de la population, si l’on en croit les manifestations d’hostilité. D’autre part, sa préférence est source d’éloges et d’une grande indulgence à l’endroit de son auteur de la part d’une partie minoritaire du peuple, comme si sans lui candidat réélu une seconde fois président, ils auraient été exposés à un grand péril, lequel péril n’a jamais été explicité et partagé avec les autres ivoiriens par le président et ses partisans. Et, c’est bien en cela que se situe le danger que court la république démocratique. Les conséquences de la reproduction d’actes destinés à traiter préventivement un péril identifié et soigneusement caché par et au sein de la fraction communautaire pour laquelle il agit sont par conséquent à craindre.

Plutôt que de traiter ce sujet, le président et ses partisans préfèrent défendre la justice de leurs actes injustifiables. La question conséquente est alors : si le président est l’auteur d’actes justes, à savoir sa candidature et sa seconde réélection, ainsi que l’exploitation du pouvoir au service de leurs intérêts particuliers, peut-il à la fois être blâmé et couvert d’éloges en raison de ses choix ? La situation de contrainte présumée, due au décès de Gon, peut-elle être véritablement une circonstance de contrainte, sans être source de divers inconvénients obligeant à une préférence de tel acte de sa part politique ? Ainsi, être candidat a été son action certes préférée, mais blâmée par une part importante du peuple ivoirien. En la préférant, le président a choisi d’accepter son inconvénient associé : la dégradation de la paix sociale et la rupture entre parties du peuple ivoirien. Le choix de ne pas être était l’autre acte possible. Sans aucun doute, il est possible qu’il fût aussi blâmé par une minorité d’ivoiriens partisans s’il n’avait accaparé le pouvoir. Cela dit, on n’en voit pas bien ni en quoi il était blâmable, ni l’inconvénient qui lui était associé, à part la perte possible du pouvoir par le RHDP et l’incertitude liée au fait que les ivoiriens sympathisants ne soient plus servis comme ces dix dernières années.

En définitive, on peut affirmer que le président Ouattara ne s’est pas trouvé en situation de faire un choix pour un acte dont le but dépendait de ses circonstances. Le but de sa candidature n’a jamais dépendu de la circonstance du décès de Gon Coulibaly, parce qu’elle ne l’a jamais mis dans une situation de sauver quoi que ce soit d’incommensurable. Son acte de candidature dont ne pouvait résulter possiblement qu’un refus de l’interdit constitutionnel est parfaitement volontaire. Loin le fait que son principe soit en cette triste circonstance de la mort de Gon, c’est en lui-même et en ses partisans qu’il se trouve. A vrai dire, voici ce qu’il a cependant fait de cette mort : le moyen de cacher sa volonté propre, en la présentant comme la puissance qui l’a oblige à agir ainsi. Il n’a jamais eu à choisir ou à préférer être candidat plutôt que de s’abstenir de l’être. La raison est simple : il ne s’est jamais trouvé dans une circonstance dangereuse due à la mort de Gon Coulibaly, sauf en éclairant le peuple ivoirien sur ce danger, ce qu’il n’a jamais fait. Par ailleurs, si contrainte cette mort fut, le choix de lui obéir ou pas en présentant sa candidature ou en s’abstenant de le faire impliquait la considération de plusieurs inconvénients.

Compte tenu de tout ce qui précède, on ne peut pas affirmer comme le président le laisse penser que son acte de candidature est un acte involontaire, non dépendant de sa volonté. Car, quand il pèse les inconvénients liées à ses options de choix et qu’il choisit celles qu’il préfèrent, il ne peut extraire d’une telle détermination ni une contrainte, ni son irresponsabilité dans ses préférences et ses décisions, notamment d’être candidat et d’être réélu une seconde fois. S’il est compréhensible de ne pas connaître à l’avance leurs conséquences non voulues, existe-t-il cependant des actes involontaires ?

Des actes volontaires indiscutables de la part du président Ouattara.

Voici pourquoi, aussi longtemps que l’on recherche la cause de sa candidature en tant qu’un acte involontaire, elle n’existe pas sans une part de déterminisme du président. Que l’on suppose la cause d’une contrainte extérieure, par exemple le décès de Gon ou la volonté des membres de son parti, le président a choisi et décidé comme n’importe quel acteur choisit ou préfère toujours tels actes par rapport à tels autres dans telle circonstance, même supposée de contrainte. Et même si au bout de son acte préféré (sa candidature) se trouve la souffrance ou la peine du peuple ivoirien, c’est en raison de la valeur de dirigeant que le président Ouattara entend associer à celle de son acte. Cette valeur est celle qu’il espère que ses sympathisants lui accorderont. Cependant, comme les hommes responsables d’actes qui heurtent les valeurs culturelles communes procèdent en général, le président préfère rejeter sur des causes extérieures à lui, son acte qu’il considère et présente comme étant contraint et involontaire ou non dépendant de sa volonté. Il accable la mort de Gon, dès lors que de par leur nature et leur caractère non estimables et malhonnêtes. C’est parce qu’il ne peut rien tirer d’une candidature ni d’une réélection interdite, qui puisse le valoriser auprès de la grande majorité du peuple ivoirien, qui en est par ailleurs et au contraire affectée et dont il puisse tirer un quelconque mérite à ses yeux. Que l’on suppose la cause de l’ignorance du président Ouattara, son acte ne suffit pas à en faire un action involontaire due à son ignorance.

Jusque-là, le président n’a manifesté aucun regret d’avoir été candidat à une élection au cours de laquelle sa seconde réélection était interdite, ni de sa conséquence principale consistant en la rupture en fractions du peuple ivoirien et la fracture de la société ivoirienne ; mais, cela pouvait-il intervenir ? Regretter résulte d’un examen de ses actes à postériori au regard de leurs résultats ; il ne peut le faire, sachant parfaitement ses conséquences prévisibles avant même d’avoir posé sa candidature et constatant que ces dernières correspondent à ses fins poursuivies. Contrairement à ce que pensait Aristote, il n’existe aucun acte qui ait été fait sans aucun dessein et la candidature était posée en vue d’un dessein non collectif.

Par ailleurs, le président ne manifeste aucune affliction due aux conséquences délétères de sa candidature. Et, s’il n’en est pas affligé, ce n’est sans doute pas parce qu’il a agi contre son plein gré, comme il le prétend, mais précisément par que cela relevait de sa volonté raisonnée. Il ne peut être affecté par les conséquences intolérables d’actes dont il savait qu’elles lui seraient associées ni prétendre avoir agi contre son gré alors qu’il a malgré tout procédé en toute connaissance de causes et conséquences. Dans tous les cas, même un acte posé par ignorance dont il résulte que l’auteur n’exprime aucun regret à défaut de savoir les conséquences a un but initial ; même celui qui n’afflige pas son auteur à défaut de l’avoir fait contre son gré, relève toujours de sa préférence, dans les conditions dans lesquelles elle est intervenue, en vue d’une fin choisie, certes douloureusement.

En posant sa candidature, le président savait le but et la finalité qu’il poursuivait ; il connaissait aussi les conséquences quasi-inévitables et susceptibles d’être associées à son acte. Un tel homme ne peut être ignorant avant d’agir. Celui qui agit pense savoir ou connaître et a un but ; il n’a conscience d’une ignorance qu’après son acte. C’est lorsque le résultat produit à travers par cet acte, et attendu en raison de ses connaissances, est différent ou contraire en raison des connaissance ou hypothèses erronées, en tant que conditions de son acte que son ignorance apparaît. Cette ignorance à postériori la manifeste, la révèle et la souligne. Même l’homme, dont l’ignorance se révèlera à travers le produit de son acte a quelque dessein initial, en tant que le motif de cet acte. Voici pourquoi un acte produit par un ignorant est volontaire ; seules ses corollaires peuvent l’être. Par la suite, il convient tout simplement d’énoncer que la candidature du président Ouattara est volontaire ; elle dépend de sa volonté passée dans le filtre d’une détermination raisonnée. En conséquence, elle ne résulte pas de la disparition de la candidature d’Amadou Gon Coulibaly, éteinte avec son décès. Au delà de ces arguments, si le doute sur sa volonté subsistait, on ne peut le lever définitivement.

Car, comment savoir que le président qui posa sa candidature, procéda  en tant que celui qui savait ou qui connaissait les buts de ses actes ou en tant que celui qui les ignorait, si ce n’est le président lui-même ? Comment juger hors de lui ses actes en tant que ceux d’un ignorant réel ou de celui qui savait, dès lors qu’il a la faculté d’apparaître comme un ignorant ou qu’il est capable de simuler cette qualité ? Ainsi, même avec les meilleurs éléments de preuves d’ignorance, le caractère incontestable d’un acte involontaire de la part du président ignorant la fin à laquelle il était destiné ne peut être définitivement établi que par son auteur et à lui-même. Voici aussi pourquoi même des éventuels regrets hypothétiques à posteriori de sa part ne constituent pas une garantie si bien qu’aucune espèce de manifestation de regrets n’est à attendre du président Ouattara. A leur sujet et si l’on en croit ses efforts répétés ainsi que ceux de ses partisans pour démontrer le caractère juste et bien de ses actes, ils ne comptent pas par ailleurs en manifester.

Qu’est-ce qui peut faire penser que le président et ses partisans ont agi sans le savoir et en ignorant la cause qui les a amenés à agir selon leurs préférences ? Que pourrait faire le président sans savoir et quand est-ce qu’il aurait dû faire pour que ce que l’on puisse affirmer que ce que cette action réalise lui était inconnu et démontrer ainsi son ignorance des fins poursuivies ? Et, qu’est-ce qu’il devait savoir avant d’agir, mais sans l’être de sa part, qui puisse faire apparaître son acte de candidature par exemple comme relevant de son ignorance ? Sans répondre à cette question, il est impossible de démontrer une ignorance qui puisse aboutir à rendre son acte de candidature involontaire. Le président n’a pas posé sa candidature sans savoir ce qui l’amenait à le faire. Il n’ignorait pas que les causes qui le faisaient agir sont sa seconde réélection interdite, et au delà, celles de conserver le pouvoir au service de ses partisans. Existe-t-il quelque action conduite sans aucun but en vue par son auteur et sans rien qui engagea son auteur dans cette action de sa part ?

A l’observation, même un animal, être supposé dépourvu de raison, n’agit que poussé par telle détermination externe ou interne, fusse-t-elle instinctive ou végétative. Pour les hommes, êtres doués de raison, le choix résulte de déterminations raisonnées et conscientes. En ce sens, les choix et décisions du président de poser tels actes et l’exécution de ces actes sont toujours volontaires. Cela ne signifie pas que tout ce la raison raisonne est bien, juste, et beau. Quant à la volonté, elle ne résulte pas toujours d’un raisonnement. Considérant tout cela, le président Ouattara n’est cependant pas comme un enfant. Ce dernier exprime sa volonté à travers ses actes mais est incapable de préférer ou de choisir lesquels, à défaut de pouvoir opérer une détermination réfléchie ou raisonnée, pour laquelle la raison entraînée et développée est nécessaire. Concernant le président ainsi que ses actes, les arguments manquent pour considérer qu’un homme, qui a fait démonstration d’autant de rationalité dans tous ses actes politiques depuis 1990, en ait manqué quand il s’est agi pour lui de poser sa candidature et de vouloir être réélu une seconde fois, malgré une interdiction qu’il n’ignorait guère. En conséquence, il a préféré être candidat et a nourri une volonté raisonnée d’être réélu une deuxième fois, contradictoirement à l’interdit posé par la loi commune. Pour avoir en vue une fin toxique et préféré des moyens interdits pour la réaliser, on peut penser que cela relève de désirs du président, à moins qu’il ne s’agisse de revanche d’un homme en colère.

Compte tenu, d’une part, de ce qu’on pourrait voir comme de l’avidité manifestée pour détenir le pouvoir depuis 1993, on peut penser que ces actes manifestent un certain désir de le détenir. D’autre part, prenant en considération les relations politiques toxiques et non apaisées depuis cette date entre acteurs politiques, on peut aussi penser qu’il a posé ces actes sous le coup de la colère. Enfin, sont-ce simplement des vœux ou souhaits de sa part (seconde réélection, accaparation du pouvoir), certes toxiques, mais que les ivoiriens eux-mêmes ont réalisé à son profit ? Entendu que le choix et la volonté sont différents du désir, de la colère, du ou souhait et de l’opinion, il convient d’approfondir l’examen de la nature et du fondement des actes du président Ouattara.

Nous observons que la faculté de raisonner démontrée par le président ou même l’absence de raison n’empêche pas l’expression de désirs et de colère, ainsi qu’un chien peut se comporter. Le président qui est un homme et, comme tel, est maître de lui-même, est doté d’une faculté démontrée de raison, laquelle permet son emprise sur lui-même. Mais, cette faculté ne le dispense pas d’agir sur l’impulsion de ses désirs ainsi que tous les hommes procèdent de manière ordinaire. Il s’en suit que cette faculté de rationalité ne constitue pas un moyen total qui éteint toutes les impulsions, y compris celles du président. Certes, cette disposition à raisonner peut rendre l’acteur tempérant ou non selon ses choix ou préférences raisonnées. Quoi qu’il en soit, l’homme qui agit procède toujours consécutivement à un choix, donc raisonné. Mais, il peut opérer de faux raisonnements, poussé par l’impulsion de ses désirs. C’est en cela que, comme dit Aristote, le désir est l’opposé de la préférence et ne peut être comparé à la colère. Le désir implique l’agréable et s’accompagne de peine pour l’auteur, ce qui ne semble pas être le cas s’agissant du président et ses partisans ; à défaut de peine manifestée associée à leurs actes, ils n’ont pas désiré sa réélection une seconde fois et la conservation du pouvoir. En revanche, cette réélection et cette appropriation du pouvoir s’accompagnent d’une immense peine pour le peuple ivoirien, quant à l’inverse ils l’agréent et qu’elle s’accompagne d’une immense joie pour eux. Quant au choix ou préférence, elle n’implique pas toujours ce qui est agréable et ne s’accompagne pas toujours de peine. Dans le cas de la préférence du président d’être candidat, il est clair qu’elle est agréable pour le président et ses partisans et qu’elle ne s’accompagne d’aucune peine pour eux. C’est en cela qu’il s’agit davantage de désir que de préférence. Ainsi, à contrario, elle ne l’est nullement agréable pour le peuple ivoirien et s’accompagne de sa grande peine. C’est en cette double conséquence que se pose la question de la conception divergente de la société commune.

Pourtant, si l’on considère son abstention initiale d’être candidat et le fait qu’il semblait faire la promotion de la candidature de Gon Coulibaly, il semble à l’analyse que le président n’a pas désiré être réélu pour la seconde fois président de la république, sauf à considérer que cela ne relevait que d’une tactique politique. Dans tous les cas, si désir il y a eu de la part du président, il s’agit d’un désir raisonné d’être réélu en vue de réaliser sa volonté de conservation du pouvoir au service de ses sympathisants. Ainsi, sa préférence consiste en un désir mais raisonné. S’agissant le fait qu’il ait agi sous l’emprise de la colère, il est possible qu’il fût en colère compte tenu des événements politiques intervenus depuis 1993. Ne considère-t-il pas avoir été avec ses partisans, la première, unique et grande victime de la politique ivoirienne depuis l’indépendance. Car qu’est-ce qui peut expliquer le fameux “rattrapage ethnique”, sinon que l’acte coléreux et vengeur d’un homme en colère ? Mais la colère ne peut pas expliquer à elle-seule tous les actes qu’il a posés, dès lors que ces actes résultent d’une rationalité indiscutable. Dans tous les cas sa colère a été disciplinée et canalisée. Enfin, existe-t-il des argument pour énoncer qu’il a agi pour tenter de réaliser de simples vœux ou souhaits ? La nature fondamentale des voeux ou souhaits réside dans le fait que leur réalisation ne dépend pas de celui qui les formule.

Un examen attentif des actes du président et de ses partisans montre, si l’on en croit les faits et leur primo-analyse, qu’initialement, il n’a pas formulé le souhait d’être réélu une seconde fois ; la candidature de Gon au titre de son parti semble attester cela. Mais, cet argument s’efface en seconde analyse ainsi que nous l’approfondirons ultérieurement. On est plus proche de la vérité si l’on considérait que la fin d’accaparer le pouvoir n’a jamais constitué non plus un souhait, dans le sens où sa réalisation dépendait pas de lui. A la source ses fins qui ne devaient être que des souhaits ont été converties en objets de la seule volonté du président et de ses partisans. Précisément, il a considéré que la réalisation des fins d’une candidature validée, de sa seconde réélection ne dépendait que de lui et ses partisans, à l’exclusion des actes de tous les autres ivoiriens. C’est en cela que loin d’être des souhaits, se faire élire et conserver le pouvoir relevaient d’objets de leur volonté.  Que le propos soit clair : non, le président n’a jamais considéré que le déterminant de la réalisation de ces buts se situait hors de lui, en des acteurs autres que lui, ni en le peuple ivoirien. Dès lors, ces buts ne pouvaient être des souhaits ou des vœux de sa part, ainsi que tout candidat souhaite se faire élire. C’étaient les objets de sa volonté que lui seul et quelques partisans pouvaient réaliser seuls en se donnant les moyens d’y parvenir : n’est-ce pas ce qui vient de se passer ? A observer leurs jubilations consécutives à l’atteinte de leurs fins, une seule question se pose : existe-t-il une seule circonstance atténuante pour le président Ouattara et ses partisans, responsables de la conversion de souhaits en objets de volonté et d’interdits en ce qui est permis par leur unique volonté ?

Aucune circonstance atténuante des actes du président Ouattara.

Analysant tout cela, il est clair que l’essentiel de nos énoncés précédents relève de nos opinions concernant les buts, fins et actes qu’il a posés pour les réaliser. Cela dit, il est incontestable que la seconde réélection visée à travers sa candidature n’était pas un vœu ou un souhait, mais sa préférence ou choix. Il ne devait pas choisir ou préférer être réélu une seconde fois, puisque cela était interdit, et que l’autorité de la loi et du peuple ivoirien défendait à priori la réalisation de cela. Mais, en convertissant l’interdit en ce qui est librement réalisable et sans aucune limite, il a préféré le pouvoir d’un seul au devoir de tous ainsi que autorité de l’individu à l’autorité de la société. Procédant ainsi, la société n’est plus alors la condition de la possibilité d’existence de l’individu, mais l’inverse si bien que la société ivoirienne ne tient plus en l’ordre qu’il définit seul, de sa propre et unique volonté, renversant ainsi l’ordre républicain et démocratique.

En vue de réaliser ses buts et sa fin poursuivie, le président ne pouvait que souhaiter des actions qu’il était incapable d’exécuter ou d’accomplir lui-même, comme décider de la validité de sa candidature, voter pour déterminer sa seconde réélection bien qu’interdite, valider les résultats du scrutin électoral. Il ne pouvait pas choisir lesquelles actions conduire, dès lors qu’il ne disposait pas directement des moyens. Il a résolu cette difficulté en plaçant les institutions et ceux qui les incarnent et sans leur faire injures à leur raison propre, sous l’autorité de sa volonté. En revanche, les choix ou préférences du président sont bons ou ou mauvais, justes ou injustes au plan collectif, toxiques ou pas. En cela, le choix d’être candidat n’est pas une opinion du président, mais sa préférence donnée à ses fins et moyens pour les réaliser ; c’est en cela qu’il a préféré le mal collectif qui confère une mauvaise qualité morale à son but de se faire réélire une seconde fois et de servir ses partisans, ainsi que les actes pour les réaliser. Le président et ses partisans ont choisi et décidé d’être à eux seuls la société ivoirienne, usant du pouvoir comme le moyen pour tenter de plier la grande majorité de ses membres aux nouvelles valeurs qu’ils leur imposent. Il résulte de ces dernières qu’on peut librement réaliser et faire ce qui est interdit, chacun posant seul les limites de ses actes et non plus le consensus social des valeurs communes.

Être candidat plutôt que s’abstenir d’être candidat à une élection pour une seconde réélection interdite, rechercher les moyens d’y parvenir et agir de telles manières pour y parvenir ne peut relever ni du hasard, ni de l’ignorance ou encore de la colère ; son principe est en le président Ouattara. La volonté du président ou désir raisonné d’accaparer le pouvoir pour en user au service de fins particulières était-elle préférable, dès lors que passée dans le filtre du raisonnement et de la réflexion, un tel choix aboutit inévitablement et inéluctablement à la fracture de la société ivoirienne et à sa transformation en société en État de guerre entre ses parties en désaccord sur les valeurs de la société. Peut-être, considéraient-ils déjà que la société était dans un tel état ce qui impliquerait que leurs préférences s’inscrivent dans un tel cadre de pensées et de sentiments. Mais, cela ne semble pas être leurs opinions exprimées depuis les indépendances ni depuis qu’ils détiennent le pouvoir.

La préférence ou choix implique raisonnement et réflexion : elle se veut acte choisi ou adopté avant un autre et plutôt que ce dernier. Elle implique par conséquent délibération. Toute délibération, qui est une recherche, a pour fin de trouver le moyen le meilleur de parvenir à un but. Face à ses fins à réaliser (conserver le pouvoir et servir ses partisans), celle du président avait initialement abouti à la candidature d’Amadou Gon Coulibaly. Parce qu’il a considéré que le but de conserver le pouvoir pour son parti et ses sympathisants et la fin de servir ses partisans s’imposaient à lui, il semble que ces fins n’ont pas fait l’objet de leurs délibération, comme si elle était évidence. A ce sujet, observons que rarement les hommes délibèrent sur les fins qu’ils poursuivent si bien qu’on a le sentiment que la fin d’accaparer le pouvoir s’imposait à eux dès sa conquête ainsi qu’ils en ont abreuvé les autres ivoiriens, en particulier leurs prévisions certaines d’avoir gagné l’élection présidentielle de 2020 avant qu’elle n’intervienne ainsi que les affirmations de leurs volontés d’accaparer le pouvoir pendant 50 ans au moins.

En conséquence, le président et ses partisans n’ont délibéré que sur les moyens de réaliser ce but et cette fin. C’est ainsi que sa délibération initiale a abouti à la candidature jugée plus pertinente et moins problématique de Gon. Après sa mort, le président a à nouveau délibéré sur le moyen de les réaliser : être candidat en vue d’une seconde réélection interdite par la constitution en vue de conserver le pouvoir ou pas, en tant que le moyen de réaliser les fins visées. Sa seconde délibération devait alors aboutir à l’opposé de l’option que sa consciencieuse délibération initiale l’avait mené. Pour avoir préféré une voie sociopathique, le président Ouattara a agi contre sa conscience, au détriment de la société ivoirienne et de sa cohésion. Mais, pouvait-il véritablement exister une meilleure voie de réalisation d’une finalité qui n’est pas bien collectivement ? Quoi qu’il en soit, le président Ouattara, malgré toute sa rationalité et non son intelligence politique ne pouvait être l’auteur de toutes les déterminations qui ont abouti aux actes politiques ainsi qu’à leur mise en œuvre. Cela signifie qu’il ne pouvait que souhaiter accaparer le pouvoir et servir ses partisans, n’étant pas celui dont dépendant toutes les actions nécessaires.

Quelles que soient les finalités malheureuses poursuivies par le président, ses délibérations qui ont conduit aux moyens les plus injustes pour les réaliser ne pouvaient suffire à les réaliser seules ; ses moyens ou choix ne l’ont conduit à leur réalisation que parce que les buts et fins d’autres ivoiriens constituaient des adjuvants et que d’autres fins ont favorisé leur réalisation. Ainsi, d’autres ivoiriens ont rendu possible la réalisation de son but et de sa fin. De sorte qu’on peut disserter longtemps sur la toxicité sociale et politique de son acte de candidature à une élection dont ne pouvait résulter sa seconde réélection interdite par la constitution. On peut juger de sa moralité ou éthique en politique. Mais, si les ivoiriens veulent vraiment avoir une compréhension utile de tout ce qui vient de se passer au plan politique, ils doivent chercher à se rapprocher de la vérité en interrogeant la moralité et l’éthique des actes déterminés et posés par chaque ivoirien à l’occasion de cette consultation électorale, sans lesquels les fins du présidents n’auraient été que des phénomènes et sa candidature serait alors un simple acte librement posé, mais sans conséquence, par un président amoral et inconséquent.

Tout ce que nous venons d’examiner résulte de l’effet des préférences ou choix du président que nous jugeons mauvais et pas bien collectivement.  Parce que nos énoncés concernant ses actes peuvent être jugés vrais ou faux par les ivoiriens, ce sont nos opinions. Comme telles, elles n’ont pas à être bien ou mauvaise, mais vraies, justes ou fausses. En cela, elles se distinguent de ses actes et préférences d’une grande gravité collective, en relevant de ce qui bien ou toxique pour la société ivoirienne. A leur tour cependant, nos opinions exprimées sur ce que sont les objets de ses choix et de sa manière d’agir politiquement et sur leur utilité collective peuvent être jugées par les ivoiriens. Parce qu’une préférence comme une opinion sont toutes les deux volontaires, le président Ouattara autant que tous les ivoiriens qui expriment leurs opinions sur les objets de ses choix ne doivent pas convoquer des causes extérieures à eux-mêmes, ni s’agissant de ses choix ni de leurs opinions sur ces choix, mais les assumer en ce qui les concerne. Cela dit, de même que tous les buts et moyens qui relèvent de la volonté du président Ouattara ne doivent pas être préférés par lui, dès lors qu’ils ne consistent pas en biens collectifs, toutes les opinions les concernant, qui relèvent elles-aussi de la volonté des ivoiriens, ne doivent pas non plus être exprimées si elles sont fausses. Qu’en est-il des préférences des membres de son régime et de ses partisans ?

Préférences et responsabilité des membres  du régime et de ses partisans.

La confusion volontaire par ceux qui les incarnent entre les institutions de l’État et le régime au pouvoir ou l’opposition a pour conséquence de ramener le combat politique entre institutions et administrations de l’État et les partis d’opposition. Or, le conseil constitutionnel intervient dans la possibilité de réalisation de l’objectif du président Ouattara de validité de sa candidature à l’élection présidentielle de 2020. Sauf à considérer qu’une candidature qui ne peut aboutir à une seconde ne peut être valide, rien dans la constitution ne permettait à cette institution de la rejeter. Et, rien dans l’article 55 de la constitution n’interdisait une telle candidature. Par ailleurs, sauf l’intégration de considérations éthiques, la Cour constitutionnelle ne pouvait rejeter sa candidature pour le motif d’impossibilité par la loi fondamentale de rééligibilité pour une seconde fois, ce qu’elle a ignoré. De ce point de vue, les ivoiriens qui incarnent cette institution n’ont tenu aucun compte de l’argument éthique dans la détermination de leurs actes, ayant préféré les fonder sur de fallacieux arguments juridiques. Ensuite, ce sont des conditions d’organisation de l’élection et de la manière de comptabiliser les scrutins exprimés par les ivoiriens dont pouvait résulter une seconde réélection du président. Dès lors que ces actions ne sont pas justes, elles peuvent artificiellement conduire à une réélection. En cela, la finalité poursuivie par ces institutions les conduisait à une recherche, à savoir à une détermination des moyens appropriés. Dès lors que cette finalité consistait en cette réélection, et non pas en la mise en œuvre la plus juste possible des principes de la république démocratique, les moyens préférés par ceux qui les incarnent ne peuvent que correspondre à cette finalité. C’est ainsi que la finalité poursuivie déterminant les actes politiques, la finalité de la réélection du président a été à la source des choix de modalités d’actions de ces institutions.

S’agissant du Conseil constitutionnel, l’interprétation de la loi fondamentale a si bien été orientée vers cette fin, que des arguments non fondés sur la constitution ont été évoqués pour justifier de la validité d’une candidature qui n’en avait pas besoin, sans nulle considération d’aucun argument éthique. Quant à la Commission électorale indépendante, elle s’est rendue seule maître de la détermination de ceux qui pouvaient voter et du décompte de leurs voix. Et, comme s’il était nécessaire d’attester plus qu’il ne le faut la victoire électorale pour une seconde réélection des taux de scrutin de plus de 100% des suffrages exprimés ont été calculés. Au delà des aspects de droit, la validation des résultats de l’élection par le Conseil constitutionnel et la déclaration de seconde réélection d’un candidat qui ne pouvaient l’être ainsi que son intronisation, n’ont posé aucun problème de conscience à ceux qui incarnent cette institution. Ainsi, la considération de la dimension éthique de tous ces actes est parfaitement absence si bien que les préférences de leurs auteurs n’ont été fondées que sur leur utilité à la réalisation des fins visées : la seconde réélection  du président Ouattara interdite par la constitution.

Préférences et responsabilité des membres de l’opposition et de ses partisans.

Quelles étaient les fins de l’opposition ? S’agissant de ses fins immédiates, il s’agissait pour elle de mettre en échec le projet politique du président et son régime et pour chacun de ses membres, de conquérir le pouvoir. Quels moyens a-t-elle choisi : l’opposition a préféré après détermination raisonnée, d’une part contester sa candidature et quand cela n’a pas abouti, empêché la tenue régulière des élections et en tous cas tente de la rendre illégitime. Or, si la non participation aux élections relevait de son fait, la proclamation d’illégitimité de l’élection ne dépendait pas d’elle seule. En ce sens, son but de délégitimer l’élu ne pouvait qu’être qu’un vœu de sa part ou un souhait, à savoir une réalité dont l’avènement ne dépendait pas d’elle et de ses seuls actes. A l’évidence, ce fût un vœu pieux qu’aucun dieu ne pouvait exhausser, si ce n’est le pouvoir combattu le peuple ivoirien et la communauté internationale.

Ainsi et au delà de la politique, plutôt qu’un candidat unique de l’opposition pour concentrer ses forces dans la bataille morale qui s’engageait, la préférence à minima des membres de l’opposition est allée au boycott et à la désobéissance civile active visant à délégitimer l’élection et l’élu. Plutôt qu’une grande campagne d’éclairage des esprits des ivoiriens sur la toxicité collective des préférences du président et de sa seconde réélection interdite par la constitution, l’opposition a choisi de confier la réalisation de son vœu au régime qu’il combattait et à des puissances lointaines qu’elle espérait mobiliser à travers la délégitimation. Or, tous États ne déterminent leurs actes que conformément à leurs propres finalités poursuivies, qui ne pouvaient être nécessairement celles du peuple ivoirien et les leurs particuliers. En évitant soigneusement de voir en les ivoiriens la puissance qui pouvait s’opposer au régime, les membres de l’opposition ivoirienne ont fait en réalité l’économie de leurs buts partisans immédiats, plutôt que l’économie de l’existence de la république démocratique de Côte d’Ivoire, laquelle ne peut être sans un peuple ivoirien acteur libre, conscient et volontaire. Dès lors, face à l’effet toxique d’une seconde réélection interdite du président Ouattara, le choix massif de protestation d’un candidat unique de l’opposition, par une multitude d’ivoiriens éclairés par l’opposition sur le danger ou poison que cela représentait pour la république démocratique n’a pas constitué une préférence de l’opposition.

Pourtant, cette alternative qui était la plus juste pour sortir le pays des ornières a été rejetée par les membres de l’opposition eux-mêmes déterminés par leurs intérêts partisans particuliers et non pas l’intérêt supérieur de la république démocratique. Sans doute, lors de la détermination des moyens à utiliser, les intérêts immédiats de partis ont été jugés éminents par rapport à l’intérêt supérieur de la république démocratique d’empêcher la forfaiture. Dès lors, des partis qui la composent étaient-ils plus dignes de la considération des ivoiriens par rapport au RHDP (Rassemblement des Houphouétistes, nouveau canal) et au président Ouattara et à leur finalité d’accaparer le pouvoir  par leurs moyens  contestables défiant toute éthique politique républicaine et démocratique ? Collectivement, ces partis qui composent l’opposition ont préféré échouer ensemble à mettre en échec le saccage de la république démocratique, plutôt que préférer la possibilité d’y parvenir ensemble à la condition d’accepter que l’un d’entre eux parvienne à conquérir et à exercer le pouvoir à leur place. Lorsque ce qui fait tenir ensemble la société est en jeu, que le régime qui doit faire se dérouler le processus démocratique a choisi de piétiner l’interdit de la société et avec lui la société elle-même, l’argument de l’exigence d’une élection démocratique parfaite ne tient plus. De même qu’en présence d’un incendie la qualité de l’eau pour l’éteindre n’a plus aucune importante, l’enjeu était d’arracher avec le plus grand nombre possible d’ivoiriens la société attaquée en ses valeurs et interdits à des responsables politiques pour lesquels l’éthique en politique est sans aucune valeur.

Par ailleurs, alors que c’est en cette action précise qu’ils pouvaient mesurer la popularité de leurs fins, ils ont contradictoirement procédé comme si la grande majorité des ivoiriens étaient leurs partisans et partageaient leurs finalités. Ainsi, les membres de l’opposition ivoirienne ont préféré l’échec collectif quasi-certain à la possibilité de mise en échec collective du projet malsain du régime. D’une part, ils ont procédé  sans avoir la moindre idée du nombre des défenseurs de la république démocratique attaquée par le régime. D’autre part, ils ont agi ensemble sachant l’absence de la moindre confiance les uns dans les autres et leur doute commun s’agissant de la poursuite d’actions collectives au service de la république démocratique, une fois le pouvoir éventuellement conquis ensemble. Dès lors, pas plus que le président Ouattara et son régime, nuls des dirigeants de l’opposition ivoirienne ne peuvent aller expliquer aux ivoiriens qu’ils défendaient la république et l’intérêt supérieur de tous les ivoiriens. Les ivoiriens ne pouvaient préférer exposer leurs vies à défaut de fins qui puissent leur être supérieures à chacune de leurs vies prises individuellement. Voici pourquoi, le moment venu, il sera juste de considérer l’absence de telles fins lorsqu’il s’agira de juger de la moralité du peuple ivoirien, qui semble avoir accepté l’inacceptable : le refus de ses interdits communs par quelques uns de ses membres.

Conclusion.

Aussi attentivement que l’on examine les fins politiques poursuivies ainsi que les préférences d’actes politiques du régime Ouattara et de son opposition, on est en peine de repérer le moindre souci manifesté pour l’existence et la pérennité de la république et du peuple ivoirien tout entier. On se demande même si du point de vue des acteurs impliqués, quelque considération morale a imprégné leurs conceptions politiques. Tout ne s’est-il pas passé comme si les uns et les autres ainsi que leurs partisans voudraient constituer et incarner à eux seuls la Côte d’Ivoire ?

Plutôt que se lancer dans des conjectures au sujet de leur philosophie politique, la meilleure manière de parvenir à quelque réponse à cette question est de mettre en débat l’éthique politique de ces acteurs à travers leurs fins poursuivies et leurs préférences d’actes politiques pour tenter de les réaliser. C’est cette analyse que nous conduirons dans le prochain volet de cette réflexion.

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Introduction

I. Problématique.

II. Des buts et  fins politiques poursuivis par le président Ouattara et ses partisans.

Buts et fins poursuivis par le président Ouattara.

Une opération décisive et sociotoxique : conversion de buts et fins interdits en choses possibles et réalisables.

De l’adoption de buts et fins possibles et réalisables au choix des moyens

III. Des préférences de moyens et d’actes politiques à la responsabilité des acteurs.

Des préférences  et de la responsabilité du président Ouattara.

Des préférences et de la responsabilité du régime Ouattara et de ses partisans.

Des préférences et de la responsabilité de l’opposition et de ses partisans.

IV. De l’éthique des acteurs et de la valeur de leurs actes politiques.

Éthique du régime Ouattara et de la valeur de ses actes politiques.

Éthique des membres de l’opposition et de la valeur de leurs actes politiques.

L’éthique discutable des fins et des préférences d’actes politiques qui ne distingue pas les acteurs.

V. De la valeur de la constitution de la république démocratique et de l’autorité du peuple ivoirien.

De ce qui est jugé le plus avantageux à la valeur accordée à la règle fondamentale commune.

Les preuves de croyance et de confiance dans la république démocratique et en ses valeurs manquent.

Conclusion.

_____________________________________De l’acte politique et de sa valeur.

(1) Jean-François Thurot, “La Morale et la Politique d’Aristote”, Paris, Firmin Didot, 1823, 500 p.

(2) Xavier Jaze, “Funérailles de Jerry Rawlings : pourquoi Alassane Ouattara a envoyé Affi N’Guessan”, Monde Actuel, 2 février 2021. URL : https://www.mondeactuel.net/2021/02/02/funerailles-de-jerry-rawlings-pourquoi-alassane-ouattara-a-envoye-affi-nguessan/

(3) Dreffus Polichinelle, “En meeting Amon Tanoh : “Dites à Ouattara de libérer notre pays” Publié par afrique-sur7.fr le 10/10/2020 – URL : https://www.afrique-sur7.fr/443616-amon-tanoh-ouattara-liberer-pays/

(4) Richard Yasseu “Pour ses attaques contre le président Alassane Ouattara, Marcel Amon Tanoh déchu de ses droits coutumiers par le royaume du Sanwi”7info.ci le 17/10/2020 URL : https://www.7info.ci/pour-ses-attaques-contre-le-president-alassane-ouattara-marcel-amon-tanoh-dechu-de-ses-droits-coutumiers-par-le-royaume-du-sanwi/

(5) Arnaud Houssou, “Marcel Amon Tanoh demande pardon à Alassane Ouattara.” – Publié par 7info.ci le 25/01/2021 URL : https://www.7info.ci/marcel-amon-tanoh-demande-pardon-a-alassane-ouattara/

 

CRISE DE LA COTE D’IVOIRE : Contestation et rejet de l’avènement d’une société ivoirienne mettant aux prises des Surivoiriens.

Au sortir de la colonisation et aux premières années de l’indépendance, des ivoiriens pensaient que la société ivoirienne fondée sur la la loi et la volonté d’un homme n’était pas meilleure. Ils aient raison. C’est ainsi qu’à l’abord des années 90, la société fondée et régie par la loi, les les nombres et leur ordre leur a semblé comme étant meilleure. La démocratie, puisque telle est la désignation de cette dernière société devait réaliser tous les espoirs de vivre libres de tous les ivoiriens. La mort de Félix Houphouët-Boigny en 1993 devait alors constituer le moment de rupture avec l’ancienne société et d’avènement de la société ivoirienne régie par la loi et le nombre. Les faits montrent qu’il n’en a rien été ; la société ivoirienne n’a jamais achevé cette rupture. Pire encore, il semble que son évolution tend vers une société dont il résulte que la loi est dépourvue de toute autorité sur les hommes qui doivent agir selon ses prescriptions et que la loi du nombre et de la majorité est inversée. En effet, que reste-t-il à la loi si elle n’a aucune autorité sur l’esprit des hommes qui doivent agir dans son cadre et si elle est manipulée pour fonder les actes poser pour contourner son sens ? Quelle valeur le nombre peut-il avoir désormais, si la relation d’ordre des nombres peut être inverser pour aboutir à faire du faible nombre, celui supérieur au grand nombre et de la minorité la majorité ? Bref, il faut clair : la démocratie ivoirienne fondée sur la loi vidée de tout sens et de toute autorité et sur les nombres au rapport inversé n’a aucun sens, ni rien de meilleur. Dès lors, une telle société démocratique n’est pas mieux que la société fondée sur les hommes.

En conséquence, il y a tout simplement  lieu de réaliser deux opérations. D’une d’une part, il convient de chercher à comprendre en quoi en quoi elle est éloignée de la société démocratique et en quoi elle est particulièrement toxique pour tous les ivoiriens. D’autre part, forts de cette compréhension, les ivoiriens ne pourrons que la la rejeter avant de poursuivre leur quête d’une véritable société démocratique.

Introduction à la société ivoirienne régie par des Surivoiriens.

Les faits donnent tort aux ivoiriens qui pensaient que la démocratie en soi est toute la solution pour faire vivre en paix les membres d’un peuple. Ceux-ci découvrent qu’il n’existe aucune raison suffisante pour accepter cette nouvelle société que des adeptes de Nietzsche veulent imposer au peuple ivoirien, qui n’a de meilleur que sa laideur. Les ivoiriens font l’amère expérience de l’insuffisance de la démocratie en soi depuis plus de trente années. Ils constatent qu’il n’est pas suffisant de dire que c’est la loi de la démocratie lorsque deux tiers du peuple devaient s’accorder sur leurs opinions et sentiments et ainsi accaparer le pouvoir, même à travers l’heureuse voie des urnes. Ils découvrent qu’affirmant à propos de cette relation fondée uniquement sur le nombre que c’est la loi de la démocratie, qu’ils doivent s’accorder aussitôt sur le fait qu’une telle loi peut exclure de fait l’autre tiers aux opinions et sentiments contraires. Ainsi, la question des justes modalités de la vie ensemble de toutes les parties du peuple n’est pas résolue par une démocratie en soi fondée sur la loi et le nombre, même la plus parfaite, qui ne soit équilibrée et soutenue par des piliers : les pensées et sentiments authentiques et justes de tous les ivoiriens qui, vivant ensemble, la mettent en œuvre ainsi que leur solide volonté de vivre libres ensemble en se respectant mutuellement. Car, il arrive toujours un moment où la démocratie elle-même est contestée, rejetée ou travestie par la fraction-exclue du peuple, qu’elle soit minoritaire ou majoritaire.

Ne trouvant aucune utilité à un système qui procèderait comme s’il n’existait pas, le tiers-exclu du peuple par exemple, peut alors user de la force pour imposer aux deux autres tiers son opinion et son sentiment certes minoritaire. Dès lors, le constat certes bruyant et juste d’absence de démocratie de la part des deux tiers paraît sans valeur pour le tiers-exclus. Dans le même mouvement, ce dernier entend désespérément de son côté affirmer l’existence d’un système démocratique rejeté qu’il a vidé de toute substance, en tentant de masquer au passage sa ruse avec sa raison. Mais, c’est bien là une situation de quiproquo : le tiers évoque l’exclusion de ses pensées et sentiments quand les deux tiers pointent le caractère vicié du système qui, en l’état, conduit à une autre exclusion : celle des opinions et sentiments majoritaires. Dans de telles conditions, la rupture est inévitable entre les parties du peuple. Pourtant, les choses sont claires à y regarder de près et attentivement. Pour le tiers exclus, c’est un non sujet que celui de savoir si la démocratie permet d’exprimer son opinion minoritaire que de savoir si cette opinion est considérée et prise en compte ou pas par elle. De son côté, pour les deux tiers du peuple,  le sujet n’est pas tant que l’opinion majoritaire puisse être exprimée dans un système vicié mais sans pouvoir néanmoins être considérée, que de savoir si ce système travesti lui permet d’emporter la détention du pouvoir.

Pour sortir de cette situation, les parties doivent identifier le sujet commun dont la résolution peut les unir. Ce sujet commun aux parties est à minima de savoir dans quelles mesures les opinions, qu’elles soient majoritaires ou minoritaires peuvent être considérées et prises en compte. Ce sujet n’est pas de savoir si la démocratie est respectée dans sa mise en œuvre ou pas. Une telle question ne se pose que pour les deux-tiers mais pas pour le tiers. Jusque-là, les ivoiriens ont soigneusement évité de s’accorder sur ce sujet, dans un pays où le respect mutuel des parties constitutives du peuple est à construire et à renforcer sans cesse, où les parties sont les acteurs à la place des ivoiriens en tant qu’individus. Pour avoir jusque-là procédé ainsi, la Côte d’Ivoire dérive dangereusement depuis plus de trente ans.

Cette situation vient de connaître une accélération brutale avec l’abus manifeste de la constitution par le régime Ouattara et ses partisans. Il semble qu’ils ont déjà fait d’une partie du peuple ivoirien l’ennemi à combattre, plutôt que ceux avec lesquels ils doivent chercher ensemble la meilleure manière de vivre ensemble et de mener une économie collective de vivre profitable à tous. Sauf si cela n’est déjà fait, des hommes d’État de paix ne peuvent pas considérer que cette question relève de vivre ou de ne pas vivre qui puisse conduire à se constituer en puissance. La démagogie, c’est de considérer qu’une partie, qui plus est minoritaire, du peuple peut passer outre la constitution et de l’amener en conséquence, dans le cadre du piège tendu sur les conseils expérimentés et avisés de Staline à propos de l’importance de ceux qui comptent les voix (1) par rapport à ceux qui votent (le peuple), à parvenir à une 2ème réélection qu’elle interdit expressément.

Cette opération politique, certes menée avec brio depuis 2011 est très grave néanmoins. La raison est simple ; la constitution n’est pas la barrière ou la digue à manipuler pour parvenir à des fins politiques inavouables. Elle est tout, en ce sens que c’est elle qui fait exister une société et un peuple ivoirien. Empruntant les mots de l’ancien ministre français Jack Ralite (1928-2017) à propos de la culture, la constitution ivoirienne est l’âme de ce pays et de son peuple. A ce titre, elle ne peut ni ne doit surtout constituer un supplément démocratique que des âmes non démocratiques de dirigeants démagogues se donnent pour apparaître comme étant des démocrates alors qu’ils ont des ambitions monarchistes. Cette lente et calamiteuse dérive de la société ivoirienne depuis 1993 est inacceptable.

Que sont des ivoiriens qui accepteraient que leurs passions de vivre écrasent leurs volontés de vivre libres ? Ils ne peuvent recevoir la qualité d’hommes dignes des êtres humains, en vivant de manière comparable à celle des animaux. Voici pourquoi, à l’évidence, cette situation appelle chaque ivoirien à se déterminer et à agir. Questionner son sens donné à vivre ensemble dans une société en État de paix, telle est l’objet de cette détermination. Pour notre part, au terme de cet exercice, si nous ne pouvons qu’échouer à parvenir seul à expliciter ce que cela signifie sans tous les ivoiriens, nous sommes toutefois convaincus que cela ne peut peut pas, en revanche, être une manière de vivre dont il résulte que chacun, en fonction des ressources dont il dispose, peut de son unique volonté, travestir les règles communes qui garantissent la confiance les uns dans les autres et la détruire à son unique profit ou au profit de quelques partisans qui partage ses désirs.

Les ivoiriens et leur société.

A la fin de la colonisation est née la Côte d’Ivoire, en tant qu’un nouvel ensemble sociopolitique indépendant. Les habitants de ce territoire étatique acquéraient alors la désignation d’ivoiriens.

Certes, la société ivoirienne était loin d’être parfaite.

La ressource dont disposaient ces ivoiriens, c’était de vivre ensemble au sein d’une société ivoirienne en tant que membres du peuple ivoirien. L’avantage que le peuple ivoirien représentait pour ses membres vivant ensemble au sein de la communauté humaine, composée de divers peuples, c’était de représenter à l’avenir l’espace social et politique de leur économie collective de réduction de leurs difficultés communes de vivre. Ainsi, face à l’adversité qui se dégage du monde, l’avantage historique de chaque ivoirien était, en étant membre de la société ivoirienne et partie du peuple ivoirien, de pouvoir poursuivre la réduction de ses difficultés particulières de vivre dans ce fait même.

On peut par conséquent aisément imaginer que dès lors que des ivoiriens décident de rompre avec les autres membres de la société ivoirienne, soit ils parviennent à se constituer en une nouvelle société, soit ils basculent en leurs réflexes en une sous-communauté proche de celle des animaux au sein de la société ivoirienne fracturée par leurs actes. Procédant comme des animaux, il semble qu’ils perçoivent alors la société ivoirienne de laquelle surgit la force qu’est l’État, comme constituant le moyen au service de leurs fins particulières. C’est ainsi qu’ils usent de sa puissance pour s’octroyer l’essentiel de ce qu’elle peut produire. Certes, la société qu’ils veulent transformer à leur avantage était loin d’être parfaite ; on peut même préciser qu’elle était sans aucun doute lacunaire. Mais, les choses sont claires ; ses lacunes n’avaient rien à avoir avec les tares de cet ensemble asocial, apolitique et amoral que le régime et ses partisans veulent imposer au peuple ivoirien.

Quoi que chaque ivoirien puisse à juste titre reprocher au gouvernement de Félix Houphouët-Boigny de 1960 à sa mort en 1993, cela est sans commune mesure avec la gouvernance de ceux qui lui ont succédé, dont plusieurs revendiquent son héritage. Il résulte de leurs gouvernements le délitement de l’essentiel, à savoir le lien entre les ivoiriens qui faisait être une société ivoirienne et son peuple si fier de l’être. Pourtant, les ivoiriens semblaient constituer, jusqu’à ces trente dernières années, une communauté d’économie collective de vivre. De l’indépendance en 1960 jusqu’à ces trente dernières années, les ivoiriens étaient semblables les uns aux autres et à tous les hommes. Ils existaient individuellement, mais par dessus tout, ils étaient membres de la communauté ivoirienne des hommes. Cette communauté est ce qui a dirigé leur existence, à savoir leurs corps et leurs esprits, de leurs naissances à leurs morts. La valeur des ivoiriens en tant que des hommes formant cette société humaine particulière s’incarnait dans le fait qu’ils reconnaissent cela et y tiennent. Les ivoiriens étaient des hommes parce qu’au delà de leurs intérêts particuliers poursuivis à juste titre, leurs sentiments éprouvés, leurs pensées manifestées et leurs actes ne visaient qu’une unique finalité à laquelle ils tenaient : celle de l’existence de la communauté ivoirienne. Elle incarnait la condition de la possibilité de réduction des difficultés du plus grand nombre de ses membres que nous désignons par son progrès ou développement.

C’étaient leurs attitudes et comportements dans la société qui déterminaient le jugement que leurs contemporains pouvaient porter sur eux, comme bon ou mauvais. Et, ils s’efforçaient de ne juger se mutuellement leurs valeurs que selon un unique point de vue : le degré et le but pour lequel ils s’étaient libérés de leur égo ou vanité en tant que membres de la société commune ainsi que leur utilité collective. Il a semblé que le souci  de la communauté ivoirienne manifesté par les ivoiriens s’est renforcé au fur et à mesure de leur vie ensemble au sein de leur communauté sociopolitique depuis l’indépendance. Cela est intervenu au fur et à mesure et grâce aux évolutions matérielles et intellectuelles et surtout morales de leur société. Bien sûr, tout n’était pas parfait. Mais, des ivoiriens remarquables en leurs dispositions sociales, notamment morales et éthiques, du Nord et du Sud, de l’Est à l’Ouest ainsi que du Centre du pays, on joué des rôles exceptionnels. Ces ivoiriens remarquables ont généré telle manière de faire tenir la société ensemble. Ils ont introduit de nouvelles valeurs, comme la paix par exemple. Procédant ainsi, ils ont généré ou renforcé telle règle morale en même temps qu’ils ont modifié la vie sociale, dans le sens de l’appartenance à une même société ivoirienne à titre d’exemple.

Depuis plusieurs années cependant, il est difficile d’affirmer que leurs rôles aient été relayés par les générations qui les ont suivis et remplacés dans la conduite de la marche historique du peuple ivoirien. Certes, au sein de cette société, le plus grand nombre d’ivoiriens ne pensaient ni ne jugeaient librement par eux-mêmes individuellement ce qui déterminait les conditions de leur existence. Adultes pourtant, qu’ils soient chefs de familles, traditionnels, villageois pour la plupart, on les a même observés être traités dans leur plus grand nombre comme des personnes mineures. Sur l’unique fondement ne de pas disposer des connaissances académiques, ils acceptaient jusque-là que ceux qui marchaient devant eux sur le chemin de la modernité, dit-on, leur tiennent la même comme si leurs esprits étaient encore immatures.

Or, les progrès moraux de la société entière ne dépendent que du gain d’autonomie de chaque ivoirien et de son indépendance d’esprit. Et, en ce domaine de l’esprit, il n’est pas nécessaire d’avoir été instruits par l’école pour poser des questions, pour chercher à comprendre, distinguer le vrai du faux et rechercher la vérité. Certes, l’instruction augmente cette capacité. Mais, ce n’est pas elle qui dote les ivoiriens de ces dispositions qui les rendent dignes d’être des hommes. Hommes, la capacité à discerner et à distinguer ce qui est vrai du faux, ce qui est juste de l’injuste, bien du mal, beau du laid leur est immanente. Par ailleurs, parce que cette autonomie n’a pas été encouragée ni développée, la société ivoirienne que l’on croyait sur la voie du progrès social a pris le chemin de l’échec, notamment au plan moral et de l’éthique sociale. Le mutisme des ivoiriens recherché et organisé par ceux qui marchaient devant eux a progressivement affaibli la société ivoirienne au lieu que leurs esprits encouragés et entraînés à penser la société en État de paix assurent son assise. Dès lors, la société ivoirienne a commencé à péricliter dès le premier événement qui a ébranlé ses fondations fragiles. Ce défaut d’autonomie du plus grand nombre d’ivoiriens a sans aucun doute contribué à générer des adeptes de Nietzsche parmi eux.

De bergers de troupeaux d’ivoiriens à adeptes de Nietzsche.

La société ivoirienne saine, au moins en apparence et sur le plan moral, s’enracinait et tenait en le fait que si les ivoiriens manifestaient malgré tout peu de signes d’autonomie et d’indépendance, ils pouvaient compter sur des guides dotés d’un solide sens de l’histoire et de robustes dispositions morales. Cette dernière était certes retenue, comme tenu en laisse par les fractions communautaires dont ils relevaient. Toutefois, ils étaient malgré tout liés et unis aux autres membres de la société ivoirienne ; ils paraissaient être soucieux  de son existence et fiers d’en être membres. Puis intervint la pluralité des opinions politiques dès 1990, lorsque le vent de l’Est souffla jusqu’en Afrique. Pour constituer des troupeaux de partisans, au fur et à mesure qu’ils ont continué à être privés de la parole pour exprimer librement leurs pensées et sentiments ainsi que leurs jugements, leurs esprits ont entamé une sorte de dégénérescence sous la poussée de dirigeants manifestant de faibles dispositions morales, éthiques et déontologiques. Cette dégradation de leurs esprits prit la forme d’une déviance : leurs conduites dépendirent alors de leurs intérêts particuliers poursuivis tandis que le vrai et ce qui est juste prirent respectivement la forme du faux et de ce qui est injuste et inversement selon ce même point de vue. Même des ivoiriens qui, avant les indépendances, guidaient ceux dont ils avaient la charge de conduire leur marche dans l’histoire, ont cessé de penser par eux-mêmes ; ils se sont complu à s’abstenir de questionner les consignes qu’ils recevaient des divers acteurs politiques. Se fondant sur la règle traditionnelle de l’inégalité sociale et politique, ils ont eux-mêmes veillé à leur tour à ce qu’aucun esprit au sein des communautés sociales dont ils étaient chefs ne soit ce qu’il doit être : le marcheur qui cherche la vérité et qui chemine de vérité en vérité. Chemin faisant, les parties de la société tenaient désormais de moins en moins ensemble, à défaut de ce lien qui unissait ses membres ; ce lien était désormais remplacé par le seul lien du groupe communautaire et son intérêt spécifique.

Faisant une analyse rapide de la période de l’indépendance à la mort de Félix Houphouët-Boigny, nous constatons le déclin accéléré de la société au moins au plan des idées politiques et des valeurs morales. Nous ne pouvons que reconnaître que la nouvelle période historique est un recul au plan politique ne serait-ce que parce que l’art contradictoire de la politique, qui doit faire vivre ensemble les membres de la société ivoirienne et concilier leurs intérêts particuliers, est devenu une sorte de prestidigitation ou d’exercice d’habilité mystificatrice, dont nombre de dirigeants sont devenus les acteurs. A défaut de manquer de curiosité et de donner de la nourriture à leurs esprits, en raison d’être aimantés par des intérêts immédiats, souvent dérisoires, les ivoiriens spectateurs qu’ils mystifient  sont des masses du peuple ivoirien. La rupture de la société ivoirienne entraîne avec elle un grand risque de désagrégation ; c’est ce qu’il y a de plus visible et angoissant depuis 1993. Cette période se caractérise aussi par un défaut ou du moins la rareté de personnalités créatrices et contributrices à l’édification d’une société en État de paix. S’il est exact qu’une société ne peut reposer sur des hommes providentiels, tant ils sont rares et que le risque d’erreur peut être dramatique, il est tout aussi vrai que les masses ne créent rien du tout ni n’innovent en matière de construction d’une société en État de paix.

C’est ainsi que la société ivoirienne est désormais pauvre de ces hommes d’États dont elle a pourtant plus que jamais besoin pour faire vivre ensemble ses membres en État de paix. Ainsi, les véritables responsables politiques sont devenus rares, tandis que nombreux sont les citoyens ivoiriens qui semblent se découvrir une indépendance intellectuelle mais au service de pensées sophistes. Quant à leur devoir moral dont l’exercice nécessaire doit fonder leurs jugements, ils le négligent, comme s’il était devenu encombrant vis-à-vis de l’exercice de leur capacité de rationalité calculatrice de leurs intérêts immédiats particuliers souvent dérisoires. Ainsi, privés de ce recul moral indispensable, une grande majorité d’ivoiriens et les formations politiques dont ils sont les partisans sont devenus décadents, et cela, dès leur création pour certaines d’entre elles. Il n’est donc pas étonnant de constater l’apparition d’un autoritarisme politique dont l’évolution en dictature intervient en même temps que les considérations morales sont devenues peaux de chagrin.

Des ivoiriens aux Surivoiriens.

Comme disent nombre d’ivoiriens dans leur situation tragique, l’heure n’est pas au “gros français”. C’est leur manière raccourcie d’affirmer que les pensées colportées par les paroles ne servent plus à rien. En d’autres termes, ils signifient par là que l’esprit est devenu inutile en cette circonstance dramatique. A leur sens, le moment est à “tomber les chemises”, tous muscles sous tension et à former les coups de poings pour se battre. Ils ont sans doute tort, car que resterait-il alors d’humains aux ivoiriens sans leurs pensées et sentiments échangés et sans les paroles à travers lesquelles ils procèdent pour les exprimer ? Les hommes vivent ensemble en échangeant des paroles ; ces paroles traduisent leurs pensées et sentiments. Autrement, comme dans le règne animal, la puissance déterminera à l’avenir la valeur de chaque ivoirien et sa position dans la société. Ainsi, nombreux sont les ivoiriens de tous bords politiques qui ont choisi et décidé de renverser la table des valeurs. Désormais, ils pensent la société ivoirienne à partir de ses parties et non plus à partir de sa totalité, à savoir du peuple tout entier et de la constitution qui doit relier ses membres pour le constituer.

A l’examen des faits et à bien regarder de près leurs postures et actes, il leur a semblé que l’existence et l’autorité de la constitution ivoirienne, bref du peuple ivoirien, étaient incompatibles avec la quête de leur dignité, avec l’affirmation de la vie des fractions du peuple ivoirien ainsi qu’avec la réduction collective des difficultés de vivre de leurs membres. Pour ainsi dire et, en vue de réduire les difficultés de vivre de leurs membres dans leurs cadres, ils procèdent comme si la mise à mort de la constitution et le fractionnement du peuple tout entier qui en résulte étaient les conditions de leur libération ainsi que celle des parties du peuple qu’ils constituent. Si on en croit leur détermination à donner la mort au peuple à travers celle de sa constitution, ils semblent ressembler aux hommes supérieurs et puissants suggérés en pensée par Nietzsche (2).

Aspirant à devenir des Surivoiriens, ces ivoiriens on abattu la constitution comme le philosophe a fait mourir Dieu en pensée pour l’avènement de Suhommes. Comme lui, ils pensent que toute la morale des ivoiriens leur paraissant faibles, peureux et médiocres découlent de cette constitution, comme les hommes forts du philosophe pensent que celle de leurs contemporains qu’ils jugent faibles découlent de Dieu. En abolissant par conséquent la constitution à travers sa négation, en se passant de toutes valeurs morales qu’elle porte au point de décapiter d’autres ivoiriens et de faire de leurs têtes ensanglantées des ballons d’un football macabre, ils espèrent devenir des Surivoiriens. Leur but est clair : constituer un Surpeuple ivoirien, à savoir le peuple supérieur des ivoiriens puissants. Formant une fraction puissante de la communauté nationale, ils aspirent à ne tirer leur puissance que de leurs propres volontés de réaliser leurs désirs les plus sociotoxiques et anhistoriques. Face à ce tableau inquiétant, les ivoiriens de bonne volonté, à savoir ceux dont la raison contrôle encore leurs passions, et dont la valeur se mesure au niveau de maîtrise de leur égo, ne peuvent pas laisser faire ceux qui abattent la constitution pour tuer le peuple ivoirien.

Mise à mort et agonie de la constitution et du peuple ivoirien.

La mise à mort inacceptable de la constitution est annonciatrice d’une société en État de violence. Si les ivoiriens n’y prennent gardent, cette mise à mort annonce aussi la naissance de surpeuples ivoiriens. On ne peut pas dire autre chose qu’il semble que la société ivoirienne en agonie depuis 1993 risque de prendre fin, assassinée par ses parties partisanes. En effet, que sont la société ivoirienne et le peuple ivoirien, sinon qu’une communauté d’hommes et de femmes, réunies par une histoire commune, ne tenant ensemble et ne formant société que liés par leur constitution. Cette constitution est ce qui fonde les conditions de leur tempérance ainsi que de la mesure avec laquelle ils tentent de réaliser leurs buts particuliers, parfois contradictoires. Supprimez donc ce qui régule leurs désirs respectifs et il n’en reste plus que les sous-communautés initiales, dont les membres sont liés par autre chose que ce lien, leurs passions de vivre, y compris au dépens des autres.

C’est ce que le régime Ouattara et la part partisane du peuple qui le soutient ont réussi à réaliser en décidant de jouer avec les failles de la constitution. Elle n’interdit pas la candidature d’un président réélu une fois, mais elle interdit en son article 55 la réélection une seconde fois. Ainsi, un président qui a fait deux mandats peut être candidat, mais sans pouvoir être réélu une seconde fois par le peuple. Dès lors qu’il est conséquent et respecte sa propre règle et qu’une de ses parties n’a pas d’yeux que pour ses intérêts immédiats mais dérisoires, ce peuple qui est le même qui a fixé cette règle ne peut l’enfreindre. C’est en cela que cette lacune constitutionnelle fait non seulement appel à l’intelligence de ce peuple, mais en plus sollicite son authenticité morale. A cet égard, le fait de la constitution de 2016 n’y a rien changé ; il est par conséquent inutile de se cacher derrière ce fait. Qu’il s’agisse de la constitution de 2000 ou de celle de 2016, le ver était déjà dans le fruit dès lors que les ivoiriens pouvaient être en présence de dirigeants amoraux et d’une partie inauthentique du peuple. La constitution était vérolée et exposée au manque de morale et d’éthique sociale de dirigeants démagogues et de leurs partisans.

Cette lacune, qui est constitutive d’une faille constitutionnelle depuis la constitution de 2000, représente néanmoins, au delà des regrets la concernant, un défi lancé à la moralité des dirigeants ivoiriens et de leurs partisans. Il faut y voir une mise à l’épreuve de inauthenticité de leurs dispositions morales en matière politique. De ce point de vue, le président Ouattara et ses partisans n’ont pas démontré des dispositions morales authentiques dans le fait même de vouloir tirer un profit particulier de la faille de la règle commune et de pousser une partie du peuple à se séparer de l’autre. Qu’est-ce que la démagogie, sinon que l’art de vouloir simplifier ce qui est complexe, de donner à voir que l’on sollicite la liberté et la raison des hommes alors qu’on fait appel à leurs passions. Quand on considère les arguments fallacieux de la Cour politique qu’est le Conseil constitutionnel, à propos de la nouvelle constitution et de sa non-rétroactivité, alors que l’article 184 neutralise ce dernier argument, on est obligé de constater qu’une constitution même parfaite n’aurait pas suffi. Sans de solides dispositions morales des dirigeants et du peuple qui établit la règle commune, si à la place de leur volonté de vivre avec et pour leurs compatriotes, une constitution n’a aucune valeur en soi. N’est-ce pas ce qui ressort de l’expérience ivoirienne ?

Lors de la cérémonie d’investiture du président Alassane Ouattara, monsieur Mamadou Koné, Président du Conseil constitutionnel,  rétorque à la juste protestation de nombreux ivoiriens dans des termes insultants et méprisants à leur égard. Il s’offusquait du fait que ces ivoiriens se sont invités dans le débat du fondement juridique, moral et politique de cette candidature qui donnait la possibilité d’une réélection illégale et illégitime, considérant alors qu’ils n’ont que pour seul diplôme, leur extrait de naissance selon ses termes.  “Le débat sur les conditions d’élections en Côte d’Ivoire a quitté le domaine du droit pour se retrouver dans le domaine politique avec des spécialistes qui n’ont pour seul diplôme que leur extrait de naissance”. (3) Celui qui établit le constat du fait, selon ses propres termes, que “le débat sur les conditions d’élections en Côte d’Ivoire a quitté le domaine du droit pour se retrouver dans le domaine politique”, ne peut en ce domaine précisément s’offusquer du fait que tout ivoirien puisse avoir un avis sur la question. Sauf bien sûr, si le président de cette Cour oublie qu’elle rend justice au nom et pour le peuple ivoirien et surtout exige des ivoiriens qu’ils disposèrent d’un “diplôme de spécialistes en raison”, son raisonnement est parfaitement inconséquent.

Dans le domaine politique où ce sujet est parvenu comme il l’énonce lui-même, la capacité de raisonner de chaque ivoirien suffit à faire de lui un acteur et un intervenant. Pourtant et de son point de vue, même en ce domaine de la politique, sans disposer d’aucun diplôme en droit, les ivoiriens lui semblent incapables de comprendre l’évidence : un président qui, constitutionnellement, ne peut être réélu qu’une seule ne peut pas être réélu une seconde fois. Selon lui, il leur faut un diplôme en droit pour saisir et comprendre cela. C’est là une preuve de mépris pour le peuple ivoirien et sophisme de sa part ; il fait d’un faux argument ce qui fonde son propos par ailleurs insultant pour chaque ivoirien qui a pris part à cette discussion politique. Voici pourquoi l’ancien footballeur devenu maire de Vavoua, Bonaventure Kalou lui répond ainsi : “Quand on est diplômé, on a une connaissance, une formation dans un domaine donné. On n’est pas plus sage ou plus intelligent que le commun des mortels. A toutes fins utiles…”. (4) Dès lors, que voulez-vous expliquer à des gens qui ont toutes les bonnes raisons de penser à tort cependant qu’ils ont raison, alors qu’ils ont tort et qui, de surcroit, méprisent leurs contradicteurs ? Ainsi, d’une manière ou d’une autre, on peut penser que ce régime a la volonté de se passer de constitution et du peuple ivoirien.L’argument de nombre de partisans du régime reposant sur le caractère impératif et définif de la décision de cette Cour relève également de sophisme.

Le peuple au nom et pour lequel cette cour œuvre est souverain. Dès lors, ces partisans et le président de cette Cour omettent de considérer qu’il est fondé de sa propre volonté pour procéder à l’annulation de quelque décision de sa part qu’il jugerait injuste et contre les principes et valeurs en lesquels il croit. Tout ce qu’on peut affirmer est que pour avoir accepté ces arguments faux, le peuple ivoirien a donné là l’occasion aux sophistes de faire de ce qui est faux et injuste, ce qui est vrai et juste. On se demande alors quelles sens le peuple ivoirien donne-t-il alors à ce qui est vrai, si ce qui est faut est aussi vrai ; à une existence digne si une existence indigne a la même valeur que cette dernière ; aux ivoiriens en tant que des hommes libres, si des  ivoiriens sont aussi des êtres qui accordent la même valeur à une existence contrainte ; à la vie éclairée par ce qui est vrai, bien, juste, beau, si la vie obscurcie par ce qui est faux, mauvais, injuste et laid a la même valeur. C’est là ce qui est le plus grave.

On a vu dans nombre de sociétés, des gouvernants vouloir ignorer la règle qui enracine la société et qui fait tenir ses membres ensemble. On a pu constater la révolte commune de ses membres, soucieux de vouloir continuer à vivre ensemble les uns avec les autres, dans une société en État de paix que la règle garantit précisément. Cela intervient lorsque le plus grand nombre de leurs membres pensent tous souffrir de la défection de leur lien ou du mépris manifesté à son égard. Or, dans le cas de la Côte d’Ivoire, le mépris pour la règle commune manifesté par le régime Ouattara constitue le moyen de servir ses partisans. Dans un pays dans lequel les difficultés de vivre des ivoiriens sont incommensurables, tels partisans voudraient pouvoir faire du pouvoir le moyen d’y échapper ou de l’atténuer égoïstement. Cet intérêt particulier immédiat est si puissant que l’intérêt collectif de la société en État de paix paraît négligeable, d’autant que la détention du pouvoir, constitue le moyen de minimiser les impacts de l’État de guerre. Dans ces conditions, la mise à mort de la règle commune qui constitue le lien sociopolitique dont résulte le peuple ivoirien est apparue acceptable, ainsi que le risque de scission de ce dernier. Lorsque les convictions morales sont si lâches que des ivoiriens mesurent leur valeur d’hommes dignes au niveau de satisfaction de leur ego, aucune force ne leur permet alors de résister au mirage politique qui leur fait croire qu’ils peuvent vivre sans leurs contemporains avec lesquels ils forment la même société ou en ignorant leur présence. On aura bientôt la confirmation de tout cela lors de l’élection présidentielle du 31 octobre 2020.

Sachant le président Ouattara non rééligible une 2ème fois, lorsque des ivoiriens décident de le réélire contre la constitution qui doit tirer sa force et son autorité de leur contribution à la décision qui l’a fait exister, le sujet n’est ni le régime Ouattara, ni la légalité constitutionnelle, ni sa candidature et réélection illégitimes, ni le gouvernement parallèle et concurrent du défunt Comité National de Transition (CNT), créé à titre de riposte. Le sujet est précisément ce qui lie les membres du peuple ivoirien les uns aux autres et le rapport qu’ils veulent entretenir entre eux. Les ivoiriens, partisans du régime Ouattara ont fait leur choix : le mépris pour la règle qui doit les lier aux autres ivoiriens, au delà de leurs convictions politiques partisanes à propos des options politiques pour mener une économie collective de réduction des difficultés communes de vivre. Dès lors et sans plus aucune règle qui assure leur unité et cohésion, ils doivent s’expliquer s’agissant de la manière dont ils voudraient être liés aux autres compatriotes. La réponse de l’opposition et de l’autre part partisane du peuple qu’elle emporte avec elle est de profaner – si on ose dire – la dépouille d’une constitution agonisante déjà abattue par le régime et ses partisans. La désobéissance civile active et le gouvernement parallèle du Comité national de Transition (CNT) devaient alors constituer les derniers coups portés à la constitution. Ensemble, l’opposition et ses partisans assurent par conséquent une mort définitive de la constitution, en l’absence d’aucun ivoirien pour tenter de la ranimer, au cas où le coup fatal porté par le régime Ouattara et ses partisans n’était pas mortel.

A observer les ivoiriens agir depuis 1993, on a des raisons de craindre que la mise à mort de la constitution soit le résultat de la pensée de nombres d’ivoiriens. Constitués en parties partisanes du peuple ivoirien, ils semblent ne poursuivre que leurs buts particuliers éphémères et souvent dérisoires. Sa mort résulte aussi des rationalisations de leurs relations sociales et politiques, en vue de pouvoir réaliser, dans les cadres restreints partisans des intérêts particuliers et non pas celui du peuple ivoirien tout entier, à commencer par son existence. Dès à présent, les ivoiriens doivent par conséquent prendre la mesure de l’agonie, espérons-le réversible, de la société ivoirienne et du fragile peuple ivoirien. Il doivent saisir et appréhender ce moment comme étant celui de la bascule du peuple ivoirien du côté obscur de l’histoire des sociétés humaines. Ce peut être le début de son fractionnement, si, un grand nombre d’ivoiriens sages ne se retrouvent pas pour résister à ce qui est proposé à tous les ivoiriens. Si ces ivoiriens mesurés n’y prennent garde, ils devront faire face à des ivoiriens modifiés, mus par une volonté de devenir des ivoiriens puissants : des surivoiriens au seins de surpeuples ivoiriens.

Naissance de Surivoiriens et de Surpeuples ivoiriens.

Les faits sont effrayants. En tuant la constitution, c’est un moyen de remettre en question les valeurs la société ivoirienne et des principes politiques qu’elle porte. Peut-être, une haine et un ressentiment sont-ils nés de la constitution. Jusque-là, elle ne permettait pas d’exprimer tous les instincts refoulés au sortir de la colonisation. En agissant comme étant la puissance qui a donné autorité à toutes ses valeurs en lesquelles nombre d’ivoiriens ne croient guère par ailleurs, mais qui tentaient de réguler leurs conduites, la constitution devait être abattue pour cette raison précise. Sa mort devait permettre la résurgence de valeurs en lesquelles ils ont toujours cru, mais jusque-là mises en latence : la violence, la loi du plus fort, la puissance qui surplombe l’existence et les relations des ivoiriens et non pas le pouvoir. Selon eux, ces valeurs protégeaient et valorisaient des fractions du peuple qu’ils considèrent comme étant médiocres  et leur permettaient de gouverner des fractions puissantes. En abattant de cette manière la constitution et le peuple, ces valeurs peuvent disparaître pour rendre possible le développement de nouvelles valeurs et avec elles celui de la puissance des fractions supposées les plus puissantes. Ces valeurs combattues, nées à leur sens d’une morale d’esclaves chercheraient, comme ils en ont la conviction, à domestiquer les instincts des ivoiriens et des fractions communautaires qu’ils constituent. Voici pourquoi leurs passions et instincts nauséabonds doivent alors être libérés, valorisés et encouragés. C’est ce que la mort de la constitution abattue doit permettre désormais. L’usage des machettes autrement que pour produire de quoi se nourrir et les crimes les plus barbares dont elles sont les moyens devait en convaincre les ivoiriens. Sa mise à mort et avec elle du peuple ivoirien laisse place à une nouvelle société ivoirienne ; c’est une société violente, dangereuse car une société en État de guerre entre ivoiriens aspirant à devenir des Surivoiriens. C’est cela leur société meilleure, dans laquelle ceux qui gouvernent et exercent leur puissance sur ceux qu’ils dominent les craignent désormais, tandis que ces derniers redoutent à l’avenir leurs courroux.

Dans cette nouvelle aventure au cours de laquelle la constitution n’existe plus, à défaut de faire autorité. De leur côté, les parties partisanes du peuple ivoirien existant seules, sans plus aucun peuple faute de l’autorité de la constitution qui les unit ainsi que leurs membres, ne peuvent alors que « devenir ce qu’elles sont ». Dans les profondeurs obscures des âmes de leurs membres, elles ne peuvent que vivre dès à présent dans une certaine joie de pouvoir réaliser tous leurs désirs jusque-là enfouis que commandent leurs passions de vivre. Mais, cette joie s’enracine dans la violence et l’impunité, toute toute infraction à la règle régissant leurs relations ayant disparu, en l’absence de règles qui fassent autorité. L’affirmation de leur vie et celle de leurs membres ainsi que la reconstruction des valeurs en lesquelles elles croient sont ce qui attend ces parties partisanes opposées du peuple ivoirien fracturé et leurs membres. La constitution en tant que le résultat d’une méditation des conditions de la possibilité d’existence d’un peuple ivoirien ainsi que de la fin ou mort du fragile peuple ivoirien au sortir de la colonisation, cède alors la place à l’absence d’une règle qui unit ses parties et leurs membres. De la part de ces parties partisanes, son absence vaut exaltation de leur existence ainsi que celle de leurs membres. Désormais et plus que dans le passé, leurs membres seront d’accord sur tout et refuseront de discuter avec les autres pour rechercher ensemble la vérité, puisqu’ils la détiennent déjà.

De cette manière, là où des ivoiriens mesurés redoutent des dangers mortels pour tous les ivoiriens due à l’agonie de la constitution, ces ivoiriens ivres de leurs passions de vivre libres, mais inégaux à d’autres, pointent la faiblesse et la médiocrité de ces derniers. Au contraire, ils vantent et vendent à tous les autres auxquels ils ne laissent de choix que d’être partisans de leur folie, une Côte d’Ivoire rendue meilleure à leur sens par la violence la plus brutale. Pour ces parties partisanes, la mort de la constitution ne constitue pas une fin. Au contraire, elle initie le début de la transformation de la société ivoirienne selon leurs uniques visions d’elle. De leur point de vue, les partisans ivoiriens sont comme est un pont. Cette corde se dresse entre le peuple ivoirien tout entier qu’ils font disparaître à travers leurs actes et ses fractions partisanes, appelées à devenir les surpeuples ivoiriens. Le peuple ivoirien médiocre, en agonie et impuissant à constituer le cadre de réalisation de leurs désirs doit céder sa place de souverain à ses fractions, en tant que les véritables peuples, supérieurs à ce dernier. Pour passer du peuple ivoirien impuissant à réaliser leurs ambitions et désirs de vivre aux surpeuples, sa mise à mort est impérative ; elle intervient à travers l’ignorance et la négation nécessaires et indispensables de ce qui liait ses parties – j’ai nommé la constitution.

A l’examen de l’histoire de la société ivoirienne depuis 1993, cette construction s’effectue en trois phases durant lesquelles les fractions partisanes du peuple se débarrassent peu à peu de leurs anciennes croyances acquises. Contraints de vivre ensemble au sein d’une même société par une histoire qu’ils ont subie, la phase initiale d’accumulation et sans réflexions de connaissances à propos de droit, de république, de démocratie leur a permis jusque-là d’en avoir avoir une compréhension suffisante ; l’enjeu était clair dans lesurs esprits : les exploiter et les détourner au service de leurs véritables fins. Cette phase correspond à peu de chose près, à la période du gouvernement de Félix Houphouët-Boigny de 1960 à 1990.

Adossés alors sur leurs passions, la phase de destruction progressive débutée depuis 1993 de l’ensemble des connaissances ou de ce qu’ils donnaient à penser qu’ils tenaient jusque-là pour ce qui était vrai, juste, bien, beau, etc… devait mettre fin à leurs mensonges et tromperies à propos des valeurs dans lesquelles tous comptes faits ils ne croyaient pas vraiment. Depuis 1993, les ivoiriens sont peu à peu habitués à accepter la violence plutôt que des relations de respect mutuel, civiques et fraternelles. Ainsi, de plus en plus tapis en rangs serrés dans ces fractions comme des sardines en conserves, ces ivoiriens pensaient subir ces anti-valeurs et ces croyances erronées que sont la liberté, l’égalité politique, la justice, la morale et l’éthique politiques démocratiques. Voici pourquoi, après être parvenus à abattre la constitution dans cette seconde phase, ils veulent non pas créer de nouvelles valeurs, mais revenir à celles en lesquelles ils ont toujours cru vraiment que l’on peut résumer par la loi du plus fort.

Ainsi, l’opération devant mener à une société ivoirienne acceptable et meilleure constitue la troisième phase. Elle consiste tout simplement à restaurer des valeurs en lesquelles ils n’ont jamais cessé de croire : la société restreinte communautariste, l’inégalité sociale et politique, la puissance qui fonde la propriété, y compris celle permettant d’accaparer le pouvoir surgissant de la vie ensemble de tous les ivoiriens. Cette phase de renaissance des fractions communautaires, à partir de rien ou de leurs propres volontés et valeurs, devrait aboutir à faire d’eux des hommes puissants et des fractions partisanes du peuple qu’ils constituent, des surpeuples ivoiriens. Comme des ivoiriens nouveaux, sans l’être néanmoins, monstres de volonté de domination, sachant être méchants et barbares pour leurs fins particulières, ces ivoiriens génèrent de nouvelles connaissances et une nouvelle morale : la Volonté de Puissance. Le principe fondamental de cette dernière est simple : est bon, tout ce qu’ils désirent, en négligeant la considération des autres. A bien y regarder de près, il n’y a point de nouveauté, mais un processus dont les villages et royautés représentent une forme de ses résultats. Sans doute, aujourd’hui, le temps long qui conduisit les hommes dans les villages et royaumes à finir par accepter la domination et la réalité des relations au terme desquelles la volonté d’en découdre a disparu altèrent leur perception. Seules et sans repère constitutionnel les liant désormais à d’autres, les parties du peuple et leurs membres tentent alors de devenir des peuples supérieurs au peuple ivoirien tout entier ainsi qu’à ses autres fractions : autrement dit, ils formes des Surpeuples ivoiriens. Leurs ennemis qu’ils combattent sont précisément d’autres parties partisanes du peuple, aspirant elles-aussi à le devenir. En définitive, la morale de La Volonté de Puissance invite alors les parties du peuple et leurs membres à se transformer en des Surpeuples composés d’ivoiriens puissants et supérieurs à leurs contemporains : des Surivoiriens.

Des ivoiriens et les  parties partisanes du peuple ivoirien qu’ils constituent aspirent à devenir des Surivoiriens formant des Surpeuples. Ils supposent la morale politique constitutionnelle démocratique comme étant réactive par rapport à leurs croyances réelles, s’agissant de la manière de faire société commune ensemble et des valeur qui doivent l’enraciner. A la place de cette morale démocratique réactive qu’ils rejettent,  ils veulent restaurer la morale de vainqueurs ou de puissants qui n’a été d’aucun secours dans le passé quand l’adversité se fut plus précise. Elle implique qu’ils doivent pratiquer le “grand mépris”. Il n’y a donc rien d’étonnant à leurs diverses manifestations de mépris. En fait partie, leur résignation morbide à désirer être heureux sans d’autres compatriotes ; elle est une forme de mépris pour le souci du bonheur ensemble avec tous les ivoiriens. La rationalité calculatrice et moribonde au service de l’abus  est une manifestation du mépris pour la raison, à savoir cette conscience morale de souffrir de la souffrance des autres. Que dire de l’indisposition au bien collectif, qui n’est que désobéissance à la morale politique démocratique sinon qu’elle constitue une forme de mépris pour la vertu en politique. Lorsque la justice est perçue comme une astuce des faibles pour se protéger des plus forts au sein du peuple, n’est-ce pas là une manifestation de mépris pour la justice ? Enfin la sensibilité doit disparaître, parce que tout ce qui sensibilise jusqu’à générer chez les ivoiriens des sentiments de pitié doit être considéré comme antagoniste. C’est ainsi que, par exemple, une tête ensanglantée utilisée comme un ballon de football relève désormais de l’ordre des choses. De leur part, c’est là une marque de mépris pour la vie des compatriotes et pour la compassion de ceux qui en souffrent de cela. Quand leur volonté entend supprimer chez les ivoiriens ou extirper d’eux toutes leurs dispositions qui témoignent de leur impuissance à vivre heureux seuls, on ne peut pas en dire autre chose qu’elle est totalitaire. Cette volonté est porteuse d’une nouvelle morale politique totalitaire : elle est précisément la Volonté de Puissance ou la morale d’ivoiriens puissants aspirant à dominer d’autres.

Face à la mort de la constitution et du peuple ivoirien, les Surpeuples sont appelés non seulement à affronter les derniers ivoiriens résiduels en leur sein. Ceux-ci pensent que la mort de la constitution et du peuple signifie que plus rien n’existe de société ivoirienne, de peuple ivoirien et de règle qui lie les ivoiriens. Contradictoirement à leur sens, tout cela existe encore ; pour eux, il suffit de considérer que la règle qui lie désormais les ivoiriens ensemble est celle de la loi des plus forts ou de ceux qui disposent d’une capacité supérieure à violenter d’autres et à les dominer. C’est pourquoi, la mort de la constitution et, à travers elle, celle du peuple ivoirien, annoncent un combat pour les nouvelles fractions du peuple ivoirien que constituent ses parties partisanes : c’est le combat pour dominer les autres parties dans le but de réduire leur part des difficultés communes de vivre à leur détriment. Ces Surivoiriens sont désormais ceux « qui recherchent en toutes choses ce qu’il faut surmonter » (5) pour parvenir à cette fin. C’est ainsi que l’existence de la constitution qui contrariait ce projet devait être surmontée. Ces fractions supérieures du peuple ivoirien ou surpeuples et leurs membres veulent abandonner toute peur ; c’est pourquoi, ils acceptent de vivre dangereusement, à côté de ceux qui sont désormais leurs ennemis à vaincre. En étant membres de surpeuples qui survivent à la mort de constitution et du peuple ivoirien, ces Surivoiriens ressemblent à bien y regarder de près, aux Surhommes de Nietzsche, appelés à naître et à survivre à  la mort de Dieu. Les membres de ces surpeuples sont de ce fait des guerriers ; ils croient en la brutalité et en la violence. Cette dernière leur permet de détruire les anciennes illusions de la constitution et du peuple ivoirien, à propos de liberté, d’égalité, de bien, de justice, etc… Ils peuvent alors bâtir de nouvelles valeurs ou plutôt restaurer des valeurs anciennes. Il résulte de ce processus que les règles sont leurs désirs ou volontés malsaines ; désormais, ils constituent à eux seuls le peuple ivoirien, tous les moyens étant bons pour être les surivoiriens formant des surpeuples, etc…

Ainsi, inutile de parier sur le fait que les nouvelles valeurs ou plutôt restaurées qu’elles définissent ne peuvent avoir aucun caractère universel. Dans cette mesure où ces valeurs ne rassemblent pas ces surpeuples ainsi que leurs membres, où elles sont précisément les anti-valeurs à celles que promeut la constitution démocratique assassinée, elles ne peuvent avoir un caractère universel. Puisque tant qu’ils détiennent le pouvoir, la constitution est morte et avec elle le peuple ivoirien, la circonstance historique est celle de la réinvention des rapports politiques entre ivoiriens. A leur sens, cette réinvention ne pourra pas se faire sans rejeter la dualité initiale entre ce qui est constitutionnel et ce qui ne l’était pas. Cette dualité posait l’existence de deux types d’espaces relationnels entre ivoiriens : l’un, qui est celui de la conformité constitutionnelle, est celui des citoyens ivoiriens au sens civique aiguisé ; l’autre, qui est celui de l’abus constitutionnel, est celui des ennemis du peuple ivoirien et de l’existence d’une société ivoirienne en État de paix. Pour que l’abus génère et renforce le surpeuple, cette dualité devait être abattue ou plutôt inversée ou renversée. Pour ne laisser la place éminente qu’à un espace relationnel abusif, dans lequel toute relation entre ivoirien est déterminée par la Volonté de Puissance, en tant que la nouvelle morale, la dualité est inversée ainsi que l’ordre des nombres ou démocratique dont il résulte que la  minorité politique est désormais supérieure à la majorité politique.

Surgissement d’une nouvelle morale politique : La Volonté de puissance.

La volonté de puissance est l’ambition manifestée par nombre de dirigeants ivoiriens et les fractions partisanes du peuple ivoirien qui leur accordent leur confiance. La nouvelle morale politique, qui accompagnera les Surpeuples ivoiriens dans leurs conquêtes, est la Volonté de puissance.  A leurs yeux, c’est elle qui rendra désormais possible les grandes choses, et qui leur redonnera ainsi qu’à leurs membres leur potentiel créateur. Leurs membres pourront alors réduire leurs difficultés de vivre en manifestant un mépris non dissimulé pour les besoins identiques de leurs compatriotes. Depuis 2011, ce processus est en cours dans ce qui est connu sous le concept de “rattrapage ethnique”. Au sens de leurs membres et partisans, loin d’annoncer un dangers mortel commun, la mort de la constitution porte en elle un immense espoir : c’est celui d’une société ivoirienne nouvelle, dans laquelle vivent tels Surpeuples et leurs membres supérieurs à côté de tels autres Surpeuples et leurs membres médiocres. Elle recèle cependant un risque pour ces Surpeuples et leurs membres : celui de voir les ivoiriens non partisans résister, récuser et refuser l’avènement d’une telle société ivoirienne moribonde.

Pour se réaliser en tant que Surpeuples, ces derniers et leurs membres ne peuvent que devoir mépriser toutes les valeurs que tentaient d’incarner la constitution abattue : la morale politique démocratique qu’ils considèrent comme étant réactive, la réduction collective des difficultés de vivre et le bonheur collectif, la raison et le souci les uns des autres, la vertu, la justice, la compassion, etc…, toutes dispositions qui  lorsqu’elles sont exprimées rendent possible la société commune, ce qui est collectivement bien, beau, utile. Bref, ils ne peuvent que mépriser toute signification aux choses ne pouvant en acquérir une que collectivement. Les surpeuples devenus alors immanents, sont désormais la source de la morale, y compris politique, et non plus aucune règle. A quoi ressemble une telle morale ? Elle ressemble au Gai savoir, de Nietzsche, un savoir animé par une volonté affirmative et créatrice, qui veut connaître le réel tel qu’il est, avec sa part de hasard, de mal, d’imprévisible, d’absurde. Et cette nouvelle société ivoirienne, à partir ce fondement, peut alors être transformée : nul besoin de chercher dans la constitution une raison de décliner ce que ces surpeuples et leurs membres veulent et peuvent, mais en eux-mêmes à l’exclusion de toute autre source.

Selon ces Surpleuples, les valeurs combattues de la société prennent leur source dans la constitution ivoirienne, qu’il tiennent pour être la source d’une morale du ressentiment, une morale d’esclave, dont il faut qu’ils libèrent : leur morale politique sera une morale de leur libération. Opposant la “moralité du maître, puissant qui domine” à la “morale d’esclaves faibles qui sont dominés” (6), ils préfèrent la première. Elle est développée par les ivoiriens forts et libres constituant telle part puissante et libre du peuple, capables de définir eux-mêmes leur propre valeur et d’inventer leur propre définition de la société ivoirienne. Les esclaves ou dominés sont ceux qui héritent leurs valeurs de la constitution, incapables de prendre en main leur système moral et de leur valeur. Pour ces derniers, un système d’organisation sociopolitique qui améliore tous les ivoiriens et les conditions de leur existence en grandissant les ivoiriens, en les encourageant, en les anoblissant, en les rendant collectivement puissants, a la même signification et valeur qu’un système qui domestique certains parmi eux, qui les affaiblit, les décourage, les ramollit, les indigne, dès lors qu’améliorer peut recevoir selon eux tous ces sens. En conséquence, cette nouvelle morale ne laisse aucune place à la culpabilité et à la mauvaise conscience, qui constituent les deux traits majeurs de la morale d’esclaves. Non fondées désormais sur un sentiment de transgression morale et de la loi, culpabilité et mauvaise conscience doivent disparaître avec la mort de la constitution.

La culpabilité doit au contraire signifier, comme originellement, que la dette est due et que la punition est tout simplement une forme de garantie du remboursement de la dette contractée. Ils acceptent dès lors l’échange de violences. Telle partie partisane devenue Surpleuple accepte d’être coupable à travers ses actes impériaux, d’avoir contracté une dette envers telles autres qui les ont subis, qu’elle reconnaît et accepte de rembourser tôt ou tard. Sans plus nourrir de sentiment de mauvaise conscience, cette dernière de son côté ne peut plus agir comme une valeur inhibitrice. Se faisant, plus aucune mauvaise conscience ne déplace la violence potentielle des parties partisanes du peuple à l’égard des autres parties en violence contre elles-mêmes. La construction historique des notions de “bien”, de “mal”, de “cruel”, de “moral” est alors défaite, en abolissant une morale de la médiocrité, visant selon eux à empêcher les forts, les puissants et maîtres de devenir ce qu’ils sont, pour laisser place à une morale : la morale de la supériorité.

Une telle évolution de la société ivoirienne ne peut enchanter les ivoiriens raisonnables. Cela dit, les ivoiriens avares de leurs intérêts particuliers immédiats et certes sans meilleurs lendemain ont des motivations qui doivent être accueillies et respectées telles qu’elles sont. Collectivement, les ivoiriens doivent chercher à les comprendre, à identifier leur importance au nom de laquelle ils prennent de risque de faire de leurs compatriotes des ennemis à combattre plutôt qu’à mener ensemble une économie collective de réduction des difficultés communes de vivre. C’est de cette manière qu’il leur sera possible  d’identifier ensemble les voies de les prendre en compte dans les solutions communes à trouver. Sauf à s’engager dans la voie de la violence, ce n’est certainement pas en portant des accusations et en adoptant des postures de juges des actes les uns des autres que l’on parviendra à rétablir le lien qui doit assurer l’unité du peuple ivoirien. Avant d’en arriver à l’abord des sujets de divergences multiples, il convient d’abord d’accepter de discuter et non pas de se disputer. Discuter, c’est d’abord se reconnaître comme sujets engagés dans une interrelation ; c’est se respecter tels que nous nous mettons en rapport.

En définitive, cette société nouvelle et considérée comme étant meilleure alors qu’elle est loin de l’être par ses promoteurs est inacceptable. Les hommes ne sont pas différends des animaux si, vivant ensemble, ils échangent de la violence plutôt que leurs pensées et sentiments, aucune règle n’ordonne et ne régule leurs comportements et leurs actes, si enfin ce qui détermine des un aux autres est leur volonté de puissance ou la loi naturelle du plus fort à tel moment de leur existence. En choisissant de faire de la constitution et des valeurs communes les obstacles à surmonter le président Ouattara et ses partisans ont choisi d’imposer leur société, telle qu’ils l’imaginent et dans laquelle eux sont des surhommes.

Si les autres ivoiriens n’y prennent garde, plutôt de résister à l’avènement d’une telle société, ils perdront eux-mêmes leurs convictions pour épouser les leurs. Ils seront alors amenés à ne pas être différends d’eux en procédant pareillement à leurs pratiques. C’est ainsi l’éphémère Comité National de Transition a brièvement témoigné de la possibilité de cette bascule. Sur le terrain des horreurs où ils sont invités par le régime et ses partisans à se battre comme des carnivores autour de la constitution agonisante, les autres ivoiriens  doivent avoir la force de résister à la perte de tout ce qui les rend dignes d’être des hommes. Le meilleur moment venu, ils seront ceux qui ramèneront ces ivoiriens égarés dans l’histoire aux valeurs et seront à leurs côtés pour les accompagner pour retrouver leur humanité temporairement perdue sur l’autel de leurs intérêts particuliers immédiats mais dérisoires. Tout ce développement témoigne de ce que les ivoiriens ne sont accordés pas sur la souveraineté du peuple ivoirien et sur leur problème commun qu’ils doivent tenter de discerner. Voici pourquoi les bonnes volontés annoncées pour mettre fin à une telle société, lesquelles interviennent après des manifestations de volonté de puissance interrogent plus qu’elles ne constituent une espérance. L’expérience montre que des contre-feux font partie des arsenaux de lutte contre les incendies dévastatrices. Certes. Mais, en matière de violences dans les relations humaines, la contre-violence n’est pas une option valide au plan moral et de la dignité humaine. Même dans le pire des cas, une contre-violence qui ne vise pas à rendre possible la réalisation d’une volonté de vivre libres avec et pour les autres est gratuite mais en plus, elle n’a aucune valeur par rapport à celles qu’elle combat.

Contre La volonté de puissance, La volonté de vivre avec et pour tous les ivoiriens.

La nécessité et le devoir moral de rompre avec cette Côte d’Ivoire laide et inacceptable que le régime Ouattara impose est évidente et indiscutable. Il y a une raison au fait que nombre d’ivoiriens soutiennent et créditent telles formations politiques et leurs responsables de leur haute considération. Cette raison est la poursuite de leurs intérêts particuliers immédiats, souvent dérisoires. C’est à ce titre devenu impératif que le respect de la personne humaine n’est plus une exigence pour une multitude ivoiriens partisans. Quant à leur signification donnée à la société ivoirienne, elle a  mué en groupe communautaire ethnique. Ainsi, respect de la personne est devenue accessoire tandis que le périmètre de la société d’économie de vivre a connu un mouvement centripète, par la volonté de ceux des ivoiriens qui aspirent à bâtir une nouvelle société. Ainsi une partie du peuple ivoirien s’est mise de fait en situation de guerre avec une autre. Et la guère n’est pas un jeu social dont il résulte que les partenaires du jeu respectent scrupuleusement les règles. Dès l’instant qu’à leur sens la manière de vivre ensemble leur semble constituer une question d’être ou de ne pas être, que peuvent valoir leurs engagements mutuels et les règles qui les unissent si ce n’est rien ? Quand les parties du peuple et leurs membres refusent de considérer le bien de la communauté nationale en n’envisageant que leurs profits immédiats à tirer de la détention du pouvoir que valent alors les considération de république, de démocratie, de constitution et d’institutions républicaines ? Dès lors, on ne peut que craindre que leur projet ne soit moribond.

Subitement depuis 1990, des propos belliqueux de tels dirigeants ont suffi à exciter les populations, si peu habituées à juger par elle-mêmes du fondement des actes pour lesquels on les sollicite. Ainsi, des appels à la violence et à en dispenser n’ont eu aucune difficulté pour mettre en branle des ivoiriens devenus, plus que des partisans, des fanatiques. Des ivoiriens sont alors parvenus à un tel degré d’inhumanité qu’ils n’ont pas hésité à se vêtir comme des soldats pour tuer des compatriotes ou pour se faire tuer par eux. Quant à ceux qui se distinguent déjà par cette tenue, mais avaient la noble tâche de protéger le peuple ivoirien, ils ne manifestent plus aucune retenue à diriger les armes légères et lourdes contre ceux qu’ils doivent précisément défendre d’agressions extérieures. Devenus alors des êtres malfaisants, des ivoiriens ont accompli ainsi leurs buts méprisables et sont désormais prêts à continuer de procéder ainsi. La dignité de la personne humaine de chaque ivoirien est ainsi avilie par des postures de puissants et de barbares. A force de renforcer durablement la méfiance mutuelle en ivoiriens, elle prend le chemin de l’irréversibilité ; il y a par conséquent, des raisons de craindre l’écroulement de la société ivoirienne et sa fin tragique.

Mais, contrairement au futurologues de l’Apocalypse, nous croyons en un avenir meilleur de la société ivoirienne en laquelle nous espérons. La décadence morale actuelle rend compte néanmoins du combat des ivoiriens pour leur existence, pour ainsi dire de leurs passions de vivre. Dans cette période de décadence, une partie importante du peuple ivoirien a perdu la valeur accordée à la personne humaine et à son libre développement, ainsi que le sens de la société d’économie collective de réduction des difficultés communes de vivre. Cette décadence fait suite aussi à la croissance de la population et à l’inadéquation des ressources et à la faiblesse de la quantité de travail qui permet de les acquérir. Sans doute que le temps occupé à s’épier, à se préparer à s’affronter et celui consacré à se battre y a largement contribué. Malgré tout ce qui tend à faire d’une possibilité de sortie de cette crise durable une illusion, nous pensons qu’il est possible d’y mettre fin. Dès lors qu’une perspective politique permettra de sécuriser chaque ivoirien en ce qui l’éloigne de tels autres et que telle autre perspective de développement économique et social permettra aux ivoiriens d’envisager et de parvenir à satisfaire plus rapidement les besoins de la société, alors la société ivoirienne reposant sur des valeurs en lesquelles ses membres croient renaîtra.

Il convient en effet d’arrêter de vouloir lutter contre les effets du mal qui ronge la Côte d’Ivoire plutôt que de lutter contre sa racine. Ceux des ivoiriens qui aspirent à montrer la voie doivent refuser ce qui inacceptable. Cela veut dire être prêts à se laisser emprisonner en raison de ses pensées, à se laisser ruiner financièrement et à sacrifier ses intérêts personnels pour la possibilité d’une culture ivoirienne. Il ne s’agit pas d’user de l’artifice qui consiste à ne pas s’engager, mais d’essayer d’être irréprochables en manifestant un refus de ce qui n’est pas bien, juste, beau, etc… Ceux d’entre les ivoiriens, qui se disent intellectuels et/ou qui conduisent les masses ou encore ont une influence sur elles, manquent du minimum de courage pour être du côté de ce qui est bien, juste, beau, alors ils choisissent de ne pas mériter mieux que la condition d’esclaves qui leur est promis.

Avant que la société ne renaisse, la conscience d’une responsabilité individuelle de chaque ivoirien et de la responsabilité de la société ivoirienne, elle-même doit être une exigence commune. Il faut aux ivoiriens d’abord observer, tenter de comprendre et expliquer ce qui se joue quand les ivoiriens agissent comme ils procèdent. Ce sentiment de responsabilité morale vis-à-vis du peuple ivoirien doit être le devoir de chaque ivoirien envers la société ivoirienne entière, sauf pour ceux d’entre eux qui pensent être indépendants d’elle. Des ivoiriens qui se soustraient à son autorité et qui refusent absolument à se soumettre à ses prescriptions considèrent qu’ils sont indépendants d’elle. Cela dit, la société ivoirienne comme toute société humaine fait appel au sentiment inné de justice des ivoiriens pour l’observation des règles qu’elle  se donne. La difficulté est qu’aucun sentiment de justice n’est inné ; bref, il n’existe pas de sentiment inné de la justice. Voilà pourquoi des ivoiriens peuvent dans certaines circonstances ne pas vouloir observer les règles de la société. Et, se soustraire à l’autorité de la société toute entière, est certes une mauvaise réponse, mais une réponse néanmoins à un sentiment d’injustice éprouvé à l’égard de la justice de la société elle-même.

Malgré tout, que des ivoiriens agissent sous sa contrainte, ce qui n’est pas toujours heureux, mais peut atténuer leur responsabilité ou qu’ils se passent de sa contrainte, il demeure toujours une part irréductible de responsabilité propre de chaque ivoirien. Les choses sont claires ; la société ivoirienne entière est impuissante devant les sentiments de justice ou d’injustice des ivoiriens, déterminant leurs conduites vis-à-vis de ses règles. Puisque tel est le cas, il n’existe qu’une manière unique pour elle d’approcher une résolution de l’équation : d’abord, les ivoiriens ne doivent pas ruser avec leur sentiment de justice éprouvé en leur fort intérieur ; ensuite ce sentiment que les des ivoiriens éprouvent doit s’appuyer et s’équilibrer avec le sentiment de justice de la société toute entière, ce qui exige de partager leurs sentiments éprouvés de ce qui est juste. Faute de cela, la société ivoirienne risque d’évoluer durable vers celle dont on examine les premiers linéaments ci-après. Cela suppose que les analyses de leurs situations communes qu’ils vivent soient fondées sur l’exigence de quête de ce qui vrai et juste, bien et utile collectivement.

Nous ne voyons aucune possibilité que la compréhension mutuelle des ivoiriens progresse s’ils refusent de partager leurs joies et leurs souffrances. Dans le même temps, s’ils relèguent les considérations morales au dernier plan, quelle chance ont-ils dans l’histoire, qu’ils soient séparés ou unis par ce qui n’est pas bien, vrai, juste, beau. Si au lieu d’un amour commun pour tout cela, les ivoiriens préfèrent continuer à ruser avec leurs pensées et les sentiments qu’ils en éprouvent, alors cela signifie qu’ils ont choisi de ruser avec leurs esprits et leurs sentiments vrais. Rien ne pourra alors arrêter leur course collective folle vers l’abîme que constitue une société nouvelle et meilleure, mais fondée sur la morale de puissance, dont il résulte que les plus forts à telle période l’emportent sur tels autres. Mais cela, ce n’est pas vivre en hommes, mais comme des animaux.

Conclusion.

Les relations des membres de la société de Côte d’Ivoire puent depuis 1993. Cette fois, elles ont franchi le rubicond à savoir la digue qui liait jusque-là les ivoiriens ensemble en un peuple : la constitution. Si les ivoiriens de tous bords politiques n’y prennent garde, une nouvelle morale politique risque d’enraciner la société ivoirienne : la morale de puissance au terme de laquelle des ivoiriens veulent s’imposer à d’autres et les dominer en usant des moyens les plus détestables.

Aucun ivoirien ne peut être neutre face à la Côte d’Ivoire dégoûtante depuis 1993, sauf s’il veut leurrer les autres. La puanteur des modalités de leur vie ensemble insupporte tant les ivoiriens que la Côte d’Ivoire depuis cette date n’est pas celle à laque ils aspirent. Ils sont nombreux à ne plus l’accepter telle qu’est est depuis la mort de Félix Houphouët-Boigny, sans être néanmoins parvenus à la modifier durablement. On peut tout à fait dire que la manière de vivre ensemble des ivoiriens dans leur société depuis 1993 est dégoûtante, tant beaucoup de divergences les conduisent à s’éloigner toujours un peu plus les uns des autres. Devant ce qui est insupportable, ce qui n’est pas juste, bien, beau ni collectivement utile, à savoir ce qui ne fait pas vivre les hommes en société, l’acteur prend parti. Le neutre, s’il existe vraiment, est celui qui est sans doute lâche ou leurre les autres. « Quiconque n’est pas dégouté par ce qui est dégoutant est encore plus dégoutant que ce qui ne le dégoûte pas », (7) dit Me Jacques Mukonga Sefu, avocat au Barreau de Lubumbashi en République démocratique du Congo.

Cela étant, dit Amadou Hampaté Ba, « la véritable histoire ne saurait être élaborée ni par les seuls partisans inconditionnels d’une thèse – car ce seraient des panégyristes, à savoir ceux qui font l’éloge de leur thèse – ni par les seuls antagonistes – car ce sont les tracteurs naturels -, ni même par les neutres, car chacune de ces opérations ne peut être que partielle.» (8) Ainsi, ni le gouvernant qui exerce le pouvoir illégalement et illégitimement sur la société ivoirienne et ses partisans, ni l’opposition qui conteste leurs actes et ses partisans ne peuvent écrire seuls l’histoire de la Côte d’Ivoire. Il y a une raison simple à cela que souligne le sage. Si être neutres signifie pour ceux des ivoiriens qui prétendent l’être ne poursuivre aucune fin en adoptant cette position, alors abrégeons tout de suite ainsi : les neutres n’existent pas ; ces ivoiriens n’existent pas. Dans tous les cas, les neutres prétendus entre ces deux pôles, ceux qui peuvent déterminer seuls cette histoire, ni des incompris, à savoir ceux qui ne sont aucun des trois, ne disposent seuls du pouvoir de sa détermination. Ces derniers, croient en la possibilité d’une autre réalité. Dans la mesure où ils ne s’emploient pas à tirer profit de l’opposition aveugle des deux premiers pour faire être la société selon leur seule vision, ils peuvent alors les rapprocher pour aboutir à une synthèse et à une conciliation.

Dès lors, prendre parti, face à ce qui est dégoûtant, comme l’est la manière de vouloir vivre ensemble des ivoiriens ces trente dernières années, être acteur n’est pas nécessairement être pour l’un ou pour l’autre que leurs interactions produisent, mais être favorable à la situation qui ne le produit pas. Parce qu’un homme n’a pas à choisir entre entre les deux pôles qui produisent par leurs interactions ce qui est dégoûtant, un homme digne est favorable à une idée qui se rapproche le plus de la vérité, lorsqu’elle n’est pas au service d’un intérêt qui tire profit de l’opposition des deux premières. Cette vérité est ce qui amène à faire à vivre les ivoiriens en société en État de paix. Elle peut alors conduire à une autre réalité possible, dont les deux autres nient ou empêchent la possibilité de l’existence.

Face à cette difficulté, l’opposition commence par demander au peuple de s’abstenir d’exercer sa souveraineté en ne réagissant pas à ce qui m’insupporte ; puis, elle tente même d’empêcher que ceux de ses membres désireux de le faire ne puissent le faire. Et, pour finir, elle se proclame souverain à la place du peuple, en opposition à un autre souverain auto-proclamé qu’elle combat : le régime Ouattara. Enfin, tous les deux ont initié la négociation pour établir les conditions de la co-souveraineté sur la société, toujours sans le peuple ni ses représentants. Ainsi, le régime au pouvoir et son opposition sont d’accord au moins sur un point : le peuple n’est pas le souverain, telle a été la constante depuis 1993, indépendamment de ceux qui incarnent le gouvernant et l’opposition.

Dès lors, si être dans l’opposition ou pouvoir ou les soutenir,  c’est prendre parti pour elle ou pour lui, sans aucune réserve, et ruser avec sa raison souveraine, au point de faire de ce qui faux, mauvais, injuste, toxique collectivement, ce qui vrai, bien et utile collectivement, alors je me demande quels sont les acteurs qui prennent parti pour la république et le peuple souverain ivoirien et poursuivent la finalité commune de tenter de faire vivre ses membres ensemble ? Ceux-la ne sont ni neutres, ni les partisans du régime, ni les adorateurs de l’opposition. Ils sont probablement peut-être les chercheurs de la possibilité d’une existence différente de la société, des relations de ses membres et de leur équilibre. Face à ceux des ivoiriens prétendument supérieurs, qui ne cherchent qu’à en découdre pour faire de la violence le moyen pour parvenir à être souverain à la place du peuple ivoirien, les ivoiriens manifestant de la mesure ou tempérance doivent s’armer de leur dignité ; mais, elle ne suffira pas. Plus encore que leur dignité cependant nécessaire, il leur faudra faire preuve de bravoure pour leur faire reconnaître, accepter et respecter le peuple en tant que le souverain.

Il est incontestable que c’est lorsque le peuple sera reconnu et respecté comme tel que la société consistant en État de paix pourra se construire. Le peuple ivoirien fracassé est par terre. Le régime Ouattara et ses partisans pensent qu’ils sont forts, parce l’opposition ivoirienne n’est parvenu, ni à contester ses forfaits, ni à éclairer le peuple ivoirien pour le conduire à sa chute. Mais, dit Jacob, le fort n’est pas celui qui ne tombe jamais, mais celui qui tombe, se relève et continue de marcher. Le fait que le peuple ivoirien sera le plus fort et le plus glorieux n’est simplement qu’une question de temps et non pas de probabilité. Et, Confucius qui en savait quelque chose de la gloire énonçait : la plus grande gloire n’est pas de ne jamais tomber, mais de se relever à chaque chute. La  chute du peuple ivoirien et le risque de son éclatement ne sont pas un échec ; nous disons avec Socrate que son échec serait qu’il reste là où le régime Ouattara et ses partisans l’ont fait tomber et d’épouser ce qu’il conteste de leurs manières de faire. Rien de cela ne sera définitif, parce que le peuple ivoirien a une âme. Comme dit le psychiatre Boris Cyrunlick, “cette sorte de ressort invisible” finira par le conduire malgré lui à dépasser sa peur de la mort pour écouter sa pulsion de vivre libre, digne et souverain de tous affreux dirigeants. Parce qu’il sait qu’une poignée d’hommes ne peuvent avoir raison de toute l’humanité, ni de sa part ivoirienne en donnant à ce qui est faux, injuste, pas bien, pas beau, la même valeur que ce qui est vrai, juste, bien, beau.

Ceux des ivoiriens qui soutiennent l’insoutenable fausseté dont le régime Ouattara est le promoteur ont un raisonnement. Ce dernier épouse la considération du philosophe allemand Arthur Schopenhauer à propos du parlementarisme (9). Ils considèrent avec ce régime qu’il est indifférent de savoir s’il faut imposer une opinion à un troupeau d’ivoiriens ou si on lui en permet plusieurs. Leur argument se fonde d’abord sur un double constats. D’abord, ils observent le fait que leurs opinions à propos de la manière de vivre ensemble divergent des opinions des autres parties de la société. Ensuite, ils constatent le fait que leurs opinions et choix puissent être exprimés et présentées au peuple en même temps que l’opinion majoritaire ne changera pas leur devenir désiré. Ils en concluent que la possibilité de les exprimer et de les soumettre à tout le peuple n’empêchent pas qu’ils soient tenus à l’écart de la société ivoirienne. Bref, ils auront toujours tout le reste du peuple d’ivoiriens contre eux, à savoir une partie importante et majoritaire de ce peuple. Dès lors, ils ont opté pour la première voie, à savoir la voie de la force et de la violence : imposer leurs opinions et choix minoritaires pour inverser la réalité, en mettant à l’écart non pas la partie minoritaire mais en excluant la partie majoritaire du peuple. En ce sens, ils ont choisi l’option non démocratique par rapport à l’option démocratique qui, tous les deux n’empêchent cependant pas ce qu’ils mettent à l’écart de le demeurer. Ainsi, si les ivoiriens ne s’arrêtent pas à leurs passions, ils constateront que le dernier développement de la politique en Côte d’Ivoire les interroge : il leur pose la question du fondement moral, d’une part, de l’exclusion de la minorité par une démocratie régie par les seuls nombres et leur ordre, dont il résulte la mise à l’écart de la minorité et, d’autre part d’une démocratie pervertie dont il résulte que un tiers est devenu supérieur aux deux-tiers exclus. Les ivoiriens ne peuvent s’accorder sur aucun fondement moral qui puissent les unir. Dès lors, ils ne disposent d’aucun autre choix que de rejeter la démocratie pervertie aux conséquences incommensurables, mais aussi la démocratie uniquement arithmétique et fondée sur les seuls nombres et leur ordre qui déterminent à l’exclusion de la considération de celui non déterminant. Si la démocratie uniquement arithmétique n’est pas rejetée, elle produira la démocratie pervertie au terme de laquelle l’ordre des nombres s’inverse. La question fondamentale est comment parvenir, d’une part, à éviter d’imposer une opinion et un choix minoritaires au peuple, comme cela est le cas, ou à l’inverse, à éviter d’autre part, de lui proposer plusieurs opinions et choix en sachant à l’avance que celles minoritaires qui divergent des autres majoritaires seront tenus à l’écart en raison d’avoir toujours tout la majorité du peuple contre elles. C’est à cette réflexion que conduisent les crises successivement de ces trente dernières années et que la règle du nombre majoritaire en soi est impuissante à résoudre.

Le peuple ivoirien doit rechercher et trouver sa juste voie si elle ne veut pas favoriser l’avènement de Surivoiriens et de leurs Surpeuples au sein de la société ivoirienne. Le contexte international a permis l’élection Trump aux États-Unis. Depuis quatre années, avec ses partisans, et ceux qui les ont regardé faire, avares de leurs intérêts immédiats, ils ont anéanti et dilapidé en quatre petites années les efforts incommensurables de générations d’américains en ouvrant la boîte de Pandore de l’ego, individuel et collectif. Ils ont encouragé et favorisé les régimes iniques à travers le monde y compris en Afrique. Partout, les démocraties sont aux prises avec des Surhommes et peinent à réduire le terrorisme dont l’Afrique constitue désormais le territoire de son développement. La pandémie du Covi-19 va sans doute générer la plus grande rupture des États au plan politique et économique. Dans ce contexte terrifiant, les africains et les ivoiriens en particulier doivent enfin se décider avant d’être surpris comme dans le passé : avec qui veulent-ils constituer leur société d’économie collective de réduction de leurs difficultés communes de vivre et affronter l’adversité qui va se renforcer et se préciser ultérieurement ? A notre époque, les africains en particulier les ivoiriens, seront doublement responsables par rapport à leurs aïeux s’il arriva que l’avenir les surprenne. Le moment venu, nuls Surivoiriens ne seront assez puissants tous seuls pour y faire face tandis qu’il sera trop tard pour s’organiser ensemble et optimiser quelque puissance collective fondée sur la persistance de la méfiance mutuelle. De ce point de vue, la dérive de la société ivoirienne depuis 1993 qui vient de connaître une accélération brutale invite à chercher enfin à comprendre le sens des systèmes politiques à travers le monde, aussi divers que les peuples, dont ont résulté à titre d’exemples le principe de péréquation des grands électeurs comme aux Etats-Unis, le principe des Cantons suisses et le Comité de gouvernement à présidence rotative, les Fédérations, etc…

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(1) Boris Bajanov, “Bajanov révèle Staline”, Gallimard, coll. L’air du temps, 1979.

(2) Friedrich Nietzsche, “Le Gai Savoir”, (« La gaya scienza »), Œuvres complètes de Frédéric Nietzsche, vol. 8 – Traduit par Henri Albert, Paris, Société du Mercure de France, Paris,

(3) Aimé Koa Bi, Politique-Affaire : “Ils n’ont pour seul diplôme que leur extrait de naissance” – Bonaventure Kalou répond au président du conseil constitutionnel : “On n’est pas plus sage que le commun des mortels…”. https://www.actupeople.net/politique-affaire-ils-nont-pour-seul-diplome-que-leur-extrait-de-naissance-bonaventure-kalou-repond-au-president-du-conseil-constitutionnel-on-nest-pas-plus-sage-que-le-commun-des-morte/actualite/ak/

(4)  idem (3)

(5) idem (2), cité par : https://la-philosophie.com/gai-savoir-nietzsche

(6) https://la-philosophie.com/nietzsche-genealogie-de-la-morale

(7) Jacques Mukonga Sefu, ”La neutralité est-elle une forme de lâcheté ?” Discours prononcé à l’occasion du 33ème Congrès de la Conférence Internationale des Barreaux de tradition juridique commune (CIB) au Palais de Beaulieu de Lausanne en 2019

(8) A. Hampâté Bâ, cité par B.G. Zanklan d’après : “L’éclatement de la fédération du Mali : En réponse à Me Boubacar Gueye, Hampaté Bâ rectifie et précise ses souvenirs”, L’Arbre à palabres n°18 janvier 2006, Revue Le sens de l’histoire

(9) Arthur Schopenhauer, “Le Fondement de la morale”, Traduit par Auguste Burdeau, Éditeur : G. Baillière, 1879 195p

Tempérance et volonté de restaurer la société ivoirienne pour que la période 2021-2025 soit la plus vivable et utile possible.

L’année 2020 s’achève sur bas les masques et les cagoules portés par ceux qui intriguaient le peuple ivoirien. A découverts, les visages visages laissent apparaître enfin la plus grande démagogie. Après avoir joué les victimes pendant plus de 20 ans, les voilà dans leur véritable nudité et authenticité : des démagogues, certes doués et on peut le reconnaître, d’une rationalité calculatrice qui fait primer leur fin particulière sur les moyens. Immense est d’abord, la souffrance de ceux des ivoiriens qui ont perdu les leurs ou qui ont souffert plus de d’autres de la folie collective depuis 1993. Grande est la déception des ivoiriens qui pensaient et croyaient participer à une œuvre immense en contribuant à la violence la plus aveugle pendant cette période : parce que le résultat de leur activisme est laid et monstrueux ; il ne peut pas y avoir d’œuvre humaine plus laide et monstrueuse que celle dont il résulte la fracture de la société, la condition de la possibilité d’existence des individus et de leurs tentatives de réduire leurs parts des difficultés communes.

Année 2020 : bas les masques, la laideur apparaît enfin.

La démagogie consiste à faire fi des considérations morales et de ce qui unit les ivoiriens. Elle consiste à faire des institutions d’État, les moyens au service du régime. Il suffit alors aux démagogues d’amener une partie – à amener une partie du peuple ivoirien à préférer et à choisir son intérêt particulier immédiat plutôt que la vie apaisée avec et pour les autres. Elle consiste surtout à négliger la constitution, la règle qui unit les membres du peuple et à les amener à réélire une seconde fois celui qui ne peut pas l’être en vertu de la règle et enfin à faire de ce processus moribond une preuve de démocratie. Est-ce cela faire société commune que de mépriser la société elle-même et ce sur quoi elle repose ?

La Cour constitutionnelle n’était pas compétente pour juger de la recevabilité ou de l’acceptabilité d’une candidature de président, relativement à l’article 55 de la constitution. Cet article ne traite pas de candidature, mais de l’après élection ou plutôt de son résultat. Un candidat déjà réélu une première fois ne peut l’être une seconde, bien qu’il puisse être candidat. Ce ver dans le fruit constitutionnel a permis aux démagogues d’abuser de ce qu’il y a de plus sombre en certains ivoiriens, préférant vivre seuls et si possible heureux mais dangereusement plus que de vivre avec eux et pour eux tous. J’ignorais qu’un “diplôme en raison”, exigé par le président de cette Cour, était nécessaire aux ivoiriens et au peuple souverain de Côte d’Ivoire pour en avoir le droit et pour donner librement leurs opinions sur ce qui leur apparaît comme un non sens et inacceptable. Quand on méprise ceux au nom desquels le droit doit être dit, c’est là une preuve qu’il n’est pas nécessaire de le dire.

Certes. Mais, le souci que les ivoiriens de bonne volonté doivent avoir, ceux dont la volonté est commandée par l’exigence de restaurer la société ivoirienne, n’est pas de vaincre ce régime inique. Il existera toujours en Côte d’Ivoire des ivoiriens démagogues, suffisamment armés, pour tenter d’entraîner une partie du peuple dans des chemins sans issue collective. Leur souci doit être de chercher à comprendre pourquoi des millions d’ivoiriens acceptent-ils de faire sécession des autres et de se présenter à eux tous seuls comme un peuple qui en combat un autre. Car, ce serait une erreur de leur part de ne voir dans cette affaire que des pérégrinations d’un régime égaré sur le chemin de l’histoire des sociétés humaines. Sans le consentement et le concours de ces innombrables autres ivoiriens, rien de tout ce qui vient d’être rappelé ne serait une réalité.

Ainsi, la réélection illégale et illégitime qui a résulté de tout cela est annonciatrice d’une période de violences possibles tout au long des cinq années à venir au moins. Cela dit, vouloir coûte que coûte arracher le pouvoir de quelque manière que ce soit avant même d’avoir passé en revue les conditions de la possibilité d’une société restaurée et apaisée serait une erreur recommencée.

L’impuissance et l’erreur manifestes d’une opposition qui a choisi de ne pas l’être pendant plus de huit ans.

Apprêté pour  parvenir à ses fins de se maintenir au pouvoir Le régime a procédé à toutes les contorsions morales, juridiques et corrompu l’esprit civique d’une partie du peuple ivoirien. Face à un tel régime pour lequel plus aucune valeur n’avait d’importance à ses yeux et qui lui a tendu le piège d’être celui qui compte et affecte les choix des ivoiriens, l’opposition ivoirienne était désemparée. Elle a d’abord contesté juridiquement et politiquement la candidature du président Ouattara pour un troisième mandant et plus précisément pour une seconde réélection avant de bricoler opportunément une alliance de circonstance.

Je persiste à observer que, si elle avait raison de le faire au plan politique, elle avait tort de contester cette candidature au plan judiciaire : l’article 55 de la constitution n’interdit à personne de se présenter à l’élection présidentielle ; ce qu’elle interdit, c’est une seconde élection. Et, nul ivoirien ne peut juridiquement sanctionner un autre avant qu’il ne commette l’infraction punissable. Ce n’est pas parce que la constitution imparfaite sollicitait à travers cet article la moralité politique et l’éthique sociale de chaque ivoirien, que le président Ouattara n’a pas démontré tout cela mais au contraire a pris appui sur cette lacune pour réaliser son œuvre démagogique qu’il est possible dans ce pays de sanctionner un voleur avant qu’il ne vole effectivement. Bref, il n’existait de sujet lié à la candidature que politiquement et non au plan judiciaire. C’est la même raison qui fait de la compétence que le Conseil constitutionnel s’est donné alors qu’il ne pouvait juger relativement à cet article une des preuves de son caractère de Cour politique.

Chacun se rappelle l’appel infructueux de l’opposition au peuple au boycott et à la désobéissance civile active. Dès lors que pour le régime le plus important n’était pas de savoir qui votait ni combien d’ivoiriens allaient voter pour l’opposition, mais que le plus important était qu’une institution à son service allait compter les voix des ivoiriens et les affecter aux candidats, l’opposition redoutait une défaite électorale inévitable. De plus, elle n’entendait offrir sa participation à l’élection présidentielle un gage de légitimité au vainqueur connu avant même qu’elle ne se tienne. S’étant alors enfermée dans cette logique, le Comité National de Transition est apparu comme une corde qu’elle s’est mise à son coup pour se pendre, en voulant néanmoins être une opposition heureuse avec la société ivoirienne. Les faits montrent qu’il semble que la pendaison ne conduit pas au bonheur recherché ; le malheur de l’opposition est alors devenu plus important avec les arrestations et emprisonnements de plusieurs de ses membres par le régime. Les ivoiriens ont fini par s’en rendre compte : une large partie de l’opposition d’aujourd’hui s’est sabordée depuis 2010 jusqu’à ces dernières semaines.

Parce que le temps d’une conquête démocratique du pouvoir et sans violence a échu, il ne reste qu’à se poser pour la réflexion collective. Il est probable qu’un arrachage violent du pouvoir soit nécessaire, compte tenu de la détermination du régime à en faire sa propriété et de la corruption de toutes les institutions au service de son but. Mais, cela n’est pas souhaitable avant d’avoir réfléchi à tout ce qui a conduit le peuple là où il en est. Voici pourquoi c’est précisément parce que l’avenir est obscurci que plus que la coutume, souhaiter une bonne année 2021 prend tout son sens ; c’est même une bonne période de 2021 à 2025 qu’il convient d’espérer pour le peuple ivoirien aux abois. Si l’opposition ivoirienne accepte de surseoir temporairement à ses intérêts partisans, elle peut jouer un rôle utile pour rendre cette période collectivement utile et prometteuse, à défaut qu’elle ne soit celle de gaieté.

Tous les sujets repoussés comme des poussières sous les tapis d’intérêts partisans doivent être courageusement traités : la question de la nationalité et de ce qu’est un ivoirien, de l’identification et du nombre d’ivoiriens et son rapport à une liste électorale dont il résulte qu’à peine un tiers des ivoiriens sont inscrits, la question de l’organisation du pouvoir et d’une alternance sereine, la question de l’organisation des consultations électorales et du recueil respectueux des décisions et choix des ivoiriens, la question de l’exclusion de fait des ivoiriens du champ politique, etc… Plusieurs années de discussions et de négociations ne seront pas de trop pour parvenir à un bon accord pour le peuple ivoirien tout entier.

2021-2025 sera le moment où des dirigeants gagneront ou perdront l’estime du peuple ivoirien.

Les premières rencontres entre régime et opposition sont intervenues, semble-t-il en vue des élections législatives à venir. Le président réélu illégalement et illégitime annonce la création d’un Ministère de la réconciliation nationale. Une chose est certaine, ce n’est pas faire preuve d’authenticité que de fracturer la société ivoirienne et de se présenter juste après comme un champion de réconciliation : pourquoi avoir agi alors dans le sens de la rupture, si ce n’est que c’était le moyen de parvenir à un but inavouable : accaparer le pouvoir ?

Passons vite sur la proposition à l’accent chrétiens du Ministère de la réconciliation. Le président Ouattara n’est pas comme le dieu de Jésus que St Pierre, dans St Paul dans sa 2eme lettre aux Corynthiens pense que sa mort invite les hommes à se réconcilier avec lui à travers elle. Pire encore, il a franchi le Rubicon qui sépare les valeurs communes d’une morale de puissance : après les termes de clôture de plus de trente années de méfiance mutuelle, je doute qu’une grande majorité d’ivoiriens puisse parvenir à se réconcilier avec lui. C’est précisément en cela même que les années qui viennent risquent d’être porteuses des plus graves risques pour la société ivoirienne. Il y a sans aucun doute une réconciliation à faire entre les membres du peuple ivoirien, si tant est que l’on puisse considérer qu’ils étaient concilier auparavant. Ils disposent d’une occasion de tenter d’initier le chantier, en attendant que ceux parmi eux qui ont choisi des intérêts immédiats à courte vue les rejoignent dans cette noble tâche de refonder leurs relations et la manière de vivre ensemble en État de paix.

Que vont faire les leaders de l’opposition qui n’acceptaient pas ce régime et qui refusaient même de constater simplement son existence comme étant le pouvoir qui les surplombe, malgré son illégalité et illégitimité ? Vont-ils troquer leurs intérêts de partis contre l’intérêt de la république et commun aux membres du peuple ivoirien ? Il y a de fortes chances que ce soit le cas. Déjà, des voies parmi eux appellent à participer aux législatives pour dit Gnamien Konan, “prendre le pouvoir législatif”. Boycott, désobéissance civile, CNT, tout ça pour demander aux ivoiriens de prendre le pouvoir législatif ? Quelle inconséquence ! Le moment de vérité est là pour l’opposition : le choix de ses membres entre les intérêts particuliers de leurs partis ou l’intérêt du peuple ivoirien, la République de Côte d’Ivoire. Raisonnement curieux de ce membre de l’opposition que de demander au peuple ivoirien de choisir des députés, sans lui garantir comment son choix sera respecté dans un pays où elle lui demandait hier de ne point s’exprimer à propos du choix du président pour éviter le vol de son choix par le régime ! Le peuple ivoirien attend mieux des dirigeants. L’opposition ne prendra rien du tout. Un régime qui s’est imposé à la constitution ivoirienne, en usant d’une rationalité toxique mais redoutable, n’est pas assez malhabile au point de laisser le pouvoir législatif à l’opposition pouvant lui permettre de le neutraliser. La meilleure façon de délégitimer ce pouvoir est d’être dépourvu de toute opposition démocratique qu’il ne mérite pas ; le laisser être ce qu’il est, à savoir un pouvoir total et non démocratique.

S’il arriva que des dirigeants de l’opposition choisirent les intérêts particuliers de leurs partis, alors ils devront aller s’expliquer devant le peuple ivoirien. Après avoir encouragé certains de ses membres à la révolte jusqu’à se faire décapiter, ils devront avoir le courage de leur dire que les vies de ces derniers ne valaient que comme les moyens de leurs tentatives de réaliser leurs intérêts partisans. L’intérêt supérieur du peuple ivoirien commande, pour une fois, que tous les membres de l’opposition aient une finalité collective plus élevée que leurs intérêts partisans pour les cinq années à venir.

A ce point de vue, il est possible de voir la circonstance quinquennale inquiétante à venir comme une opportunité. En effet, il me semble que dans un contexte où aucun parti de l’opposition actuelle ne détient le pouvoir, position dans laquelle la tentation de ceux qui le détiennent est d’être avares de leurs acquis politiques est absente, il est alors possible de négocier sereinement ce qui peut rassembler durablement les parties du peuple ivoirien et leurs membres. Faisant preuve de tempérance et de mesure, ils disposent alors de cinq années pour conduire courageusement ensemble cet effort pour la nation ivoirienne toute entière et à son bénéfice avec chaque ivoirien qui le souhaite. Les membres de l’opposition actuelle ont le choix : entre la haute estime du peuple tout entier ou son mépris. C’est à elle de faire le sien ; celui du régime est clair de ce point de vue. Il ne fait aucun doute qu’au terme de ce quinquennat à venir, le peuple ivoirien tranchera la concurrence violente pour bénéficier de la haute estime de la majorité du peuple ivoirien, en tant que des hommes d’État.

Pas seulement, la considération des intermédiaires locaux qui jouent un rôle incommensurable dans le processus politique sera sans doute aussi réévaluée par le peuple ivoirien. Dans leurs quartiers ou villages, les ivoiriens qui colportent jusque-là les consignes partisanes et amènent les masses ivoiriennes à adopter des postures de moutons n’ont montré dans cette affaire aucune utilité collective. A force de traiter les ivoiriens comme des incapables de raison, de leur ordonner leurs conduites sans aucune explication, ni arguments de leur pertinence, efficacité ou utilité, ils n’ont pas appris à rendre meilleurs leurs dirigeants et gouvernants et se sont montrés incapables de les aider à éviter de les conduire dans l’abîme. Parce qu’ils disposent d’un esprit cependant, chaque ivoirien est capable de comprendre et de passer dans le filtre de sa propre raison ce qu’on lui propose. Il ne peut exercer cette libre détermination, qu’à condition de le respecter ainsi que son intelligence et son indépendance et d’avoir confiance en elles.

Ce que cette histoire montre, c’est que le mépris pour les masses est pire que la confiance dans l’intelligence et la créativité de chaque ivoirien. Car, quand les erreurs de quelques dirigeants suffisent à plonger la société entière dans l’abîme sans que des ivoiriens en toute autonomie aient questionné leurs décisions pour relever leurs insuffisances, l’on comprend dès lors que des chefs, supposés détenir plus d’intelligence que l’intelligence collective, aient pu livrer naguère les africains à l’adversité et à l’indignité. Voici, me semble-t-il, les conditions pour que la période quinquennale à venir soit porteuse des meilleures promesses pour le peuple ivoirien tout entier.

Le meilleur accord entre ivoiriens est celui qui sera conclu à égale distance du pouvoir.

Que sont cinq années dans la vie d’un peuple ? Sauf à vouloir ne poursuivre que leurs intérêts partisans, la conquête du pouvoir ou son accaparement ne sont pas l’enjeu de cette période ; c’est la création des conditions susceptibles de rendre le pouvoir conquis utile pour tout le peuple ivoirien. Et, le peuple ivoirien ne peut pas parvenir à un meilleur accord que celui que ses membre concluent lorsque aucun d’eux ne détient le pouvoir qui pervertit sa considération de ce qui est mieux pour le peuple tout entier et dont il décide sans lui du haut de la puissance que lui confère cette détention. Au terme de cet effort décisif commun à égale distance du pouvoir, le moment viendra alors quand sa conquête par des parties partisanes aura un véritable sens commun pour chaque ivoirien.

Ceux des ivoiriens qui en somment d’autres de choisir entre le régime et l’opposition, sans avoir discuter du chemin dans lequel ils veulent engager le peuple tout entier, ne veulent que poursuivre dans la voie qui n’a pas réussi au peuple ivoirien depuis plus trente ans. Un autre choix existe : la république de Côte d’Ivoire et son peuple, fracturé depuis 1993 et dont les parties opposées sont rangées derrière chaque régime, hier l’opposition et son opposition, hier le régime. Pour ma part, voici ce à quoi je compte m’engager à la réalisation, aux côtés de tous les ivoiriens qui aspirent à une société ivoirienne enfin en État de paix durable, pour constituer un espace commun restauré d’économie collective de réduction des difficultés semblables du plus grand nombre possible d’ivoiriens.

Le bonheur du peuple ivoirien doit constituer une fin plus élevée que les buts immédiats de tels partis politiques, plus encore, la maxime de toutes les volontés politiques manifestées sans laquelle ces volontés ne peuvent recevoir l’attribut de bonnes. Ce n’est pas parce que les partis politiques et leurs dirigeants ne peuvent pas attendre de ne pas détenir et exercer le pouvoir que le peuple ivoirien ne peut pas générer le temps pour discuter et convenir de la meilleure manière de vivre ensemble. C’est à lui d’en décider, souverain qu’il est, sauf s’il existe des ivoiriens qui lui contestent cette autorité.

Enfin, quand on songe au terrorisme si proche des côtes éburnéennes, que l’on pense aux bouleversements du monde de l’après Covid-19, les dirigeants qui veulent conduire la marche historique du peuple ivoirien ne peuvent pas continuer à être captivés par la détention du pouvoir et en être ses captifs. Un moment vient dans l’histoire ou surgissent des hommes dignes d’États, dont la valeur se mesure au degré avec lequel ils se sont débarrassés de leur vanité et passions d’eux-mêmes ainsi qu’à minima, de de leur potentiel de nuisibilité à la société, à défaut de démontrer une certaine historicité en lui rendant un grand service. Chacun est appelé par les circonstances de l’histoire à faire librement son choix. L’année 2021 et celles qui suivront jusqu’en 2025 auront la saveur de l’espoir, si tempérance et volonté de restaurer la société ivoirienne guident les conduites du grand nombre d’ivoiriens, plutôt qu’un vaniteux désir d’affronter précipitamment un pouvoir qui n’attend et ne sait agir que violemment pour des bas intérêts. On le leur souhaite.

 

CRISE DE LA COTE D’IVOIRE : Le peuple ivoirien que ses guides égarent et empêchent de se constituer au profit de ses parties.

Honte à ces guides qui égarent davantage le peuple ivoirien qu’ils ne canalisent et ne concentrent sa puissance pour réduire ses difficultés de vivre. Débarrassons tous les sujets de divergences qui constituent la crise actuelle de la Côte d’Ivoire de leurs scories passionnelles. Que reste-t-il, sinon le fait qu’une partie du peuple ivoirien a procédé à la réélection du président Ouattara pour la seconde fois, alors que l’article 55 de la constitution ne le permet pas et que l’autre partie a tenté d’empêcher le crime contre la république avant qu’il ne soit commis

Ainsi, loin de constituer un problème, sa candidature contestée et sa réélection illégitimes soulignent au contraire une difficulté qui se pose aux ivoiriens. Ces faits montrent le fait que l’existence même d’un peuple ivoirien au nom et pour l’intérêt duquel les acteurs ivoiriens affirment agir est problématique. En effet un peuple ivoirien existe-t-il véritablement, lorsque ses parties ne s’accordent pas sur l’autorité de la règle commune qui doit les lier ensemble ?  La preuve de son existence peut-elle être établie par le fait que telle de ses parties s’en affranchisse en procédant à une seconde réélection qu’elle interdit précisément ? Voici pourquoi, la candidature certes contestable du président n’est pas la question fondamentale que les ivoiriens doivent examiner pour parvenir à une meilleure compréhension de tout ce qui se passe dans la société ivoirienne depuis 1993.

Pour des ivoiriens qui manifestent le souci d’un peuple ivoirien, la candidature abusive du président Ouattara et sa réélection illégale et illégitime une seconde fois ne constituent pas le problème de ce peuple, mais des causes qui nourrissent ce problème. La véritable question qui résulte de cela et que les ivoiriens de tous bords doivent se poser, si vivre ensemble est ce qu’ils veulent est : pourquoi une partie du peuple a soutenu cette candidature et a accordé ses voix à un candidat qui ne pouvait pas être réélu à nouveau, en vertu de la règle commune et a choisi d’ignorer cette règle ? L’enjeu ne se situe guère dans un rapport orageux à avoir avec Alassane Ouattara et son régime, mais dans la nature de la relation que les parties du peuples veulent entretenir pour constituer ensemble le peuple ivoirien. Manifestement, cette part partisane du peuple a entendu ignorer la règle commune qui doit les lier ensemble et a choisi en conséquence de le soutenir et de le réélire une seconde fois. On peut alors énoncer que tout se passe comme si la conception du régime et de cette part partisane du peuple ivoirien faisait d’eux seuls ce qui constituait le peuple ivoirien. Pour réaliser une telle conception, ils ont brisé le lien qui les lie à l’autre part en ignorant son existence, à travers le mépris pour ce qui les relie et fait leur unité : la constitution.

Voici à nouveau la société ivoirienne en crise. Honte à ces guides qui veulent profiter des faiblesses du peuple ivoirien ! Honte à ceux qui mènent le peuple ivoirien à sa perte depuis 1993. Des responsables qui tirent leur fiel de la division et fracturation du peuple, s’appuyant sur les passions de vivre de ses membres ne lui sont guère utiles, mais nuisibles. Un peu comme une plaie sur laquelle une croûte s’est formée, le problème ivoirien qui a affleuré depuis 2018 au delà de la fausse paix retrouvée depuis 2011, se manifeste à nouveau avec vive acuité. On se demande alors que font depuis 1993 ces guides politiques qui ont fait profession de conduire les relations entre les membres du peuple ivoirien, en vue d’une économie collective de réduction de leurs difficultés communes inacceptables de vivre. A l’examen des relations entre membres du peuple ivoirien depuis 1993, les guides les plus en vue ressemblent à des porteurs de cannes qui semblent manifester plus de cécité historique que les parties du peuple qu’ils prétendent guider.

La situation délétère dans laquelle se trouve le peuple ivoirien est inacceptable. Les faits sont là ; ils sont têtus : encore une fois, les ivoiriens se retrouvent dans l’une de ces situations qui paraissent inextricables, dont eux-seuls ont le secret de leur génération. Pourtant, malgré leurs charges passionnelles et émotionnelles résultant de la situation chaotique qu’ils ont collectivement générée depuis 1993, il faut bien que des ivoiriens se ressaisissent et fassent des pas de côté. Ceux-ci doivent chercher à comprendre pourquoi ils se battent violemment ; ensuite, ils devront tenter d’expliquer ce qui se passe en Côte d’Ivoire depuis 1993, à savoir la politique ivoirienne.

Guidée par le régime Ouattara jusqu’à l’abus de la république et de l’autre partie du peuple ivoirien.

D’innombrables ivoiriens partisans du régime sont une partie du peuple ivoirien, mais pas tout le peuple. Ils sont liés à tous les autres, y compris partisans de l’opposition par une règle commune : la constitution, au terme de laquelle un président ne peut être réélu qu’une seule fois. Ils ont accepté d’être guidés jusqu’à braver la république et l’abuser, comme si les autres ivoiriens n’existaient pas et qu’eux seuls constituaient le peuple ivoirien qui détient la puissance d’aller outre la règle et de décider de ce qu’il accepte ou pas.

Hors les sociétés inégalitaristes et autoritaires qui voient naître des dirigeants, dans nulles sociétés dans lesquelles la liberté et l’égalité sociale et politiques sont lois, ne naissent des dirigeants. Même dans de telles sociétés où naissent encore des gouvernants, ces derniers ne le sont pas sans qu’ils ne partagent le pouvoir avec des hommes ordinaires semblables à d’autres qui les font dirigeants puis gouvernants par ces autres. Mieux encore, c’est le peuple magnanime qui leur accorde l’incarnation de sa souveraineté. Ainsi, un homme semblable et égal à d’autres, peut parvenir librement, grâce à sa liberté, dignité et à son utilité collective reconnues par ses contemporains, ainsi qu’à ses talents également reconnus à la charge de gouvernant.

Ce chemin de la vie d’un homme ordinaire et semblable à tous ses contemporains qui le mène à être dirigeant puis gouvernant, est souvent semé d’embuches. Ces dernières peuvent aller jusqu’à porter atteinte à ce qu’il a de plus cher : sa liberté et sa dignité. C’est alors avec ses blessures qu’un homme peut devenir gouvernant. C’est aussi en affrontant ceux qui le blessent qu’il y parvient. C’est ainsi que le pouvoir qu’il détient peut constituer le cadre et le moyen pour tenter de restaurer et faire être ce que d’autres ne lui reconnaissent pas ou lui contestent ou encore pour tenter de les empêcher d’y porter atteinte.  A parcourir le chemin politique du président Ouattara, il ressemble à celui d’un tel gouvernant, ainsi que cela a été développé dans un article antérieur.

Le président Ouattara a fini par utiliser le pouvoir comme le moyen d’affronter ceux qui veulent l’abaisser ou le nier et avec lui, d’autres. La rage intérieure d’un homme pour parvenir au pouvoir et lors de sa détention et exercice, contre ceux qu’il est parvenu à gouverner peut être dévastatrice. Le pouvoir lui-même peut devenir à son sens l’assurance de son existence et d’une dignité malgré tout toujours contestée. Le président Ouattara est un homme blessé qui, se battant pour mettre fin à leurs coups donnés à sa dignité, blesse d’autres ivoiriens. Voilà pourquoi à son sens, nul ivoirien ne peut l’assurer de respecter sa dignité hors du pouvoir qu’il détient et exerce, d’autant que sa lutte a occasionné des effets délétères et surtout des ressentiments en plus de la suspicion initiale tenace qui pèse encore sur son appartenance à la société ivoirienne. En l’absence d’une autre garantie, il n’a aucune raison de quitter le pouvoir, pense-t-il. Il est possible et certain sans doute que les arguments économiques en rapport avec ses partisans internes ou externes interviennent dans sa décision et renforçant son fondement. Mais, si lui même n’y gagne rien d’une autre nature sur un plan personnel, il ne peut accepter de faire s’affronter des parties du peuple pour ne servir que d’autres.

Voilà pourquoi les ivoiriens sont engagés avec lui dans une nouvelle décennie de violence, si un minimum de raison manque pour tenter de vaincre les passions destructrices de vivre libres et dignes. Une telle perspective ne peut que constituer une cause aggravante et majeure de leur problème commun qu’il convient d’identifier au milieu de tous les problèmes que les ivoiriens voient partout et en tout. Disons-le tout net et dès à présent : quoi que sera ce problème, il ne pourra être défini par quelques composantes du peuple seules, ni être traitées par elles-seules et sans les autres. Le peuple souverain de Côte d’Ivoire est celui identifie et s’accorde sur le problème commun qui se pose à lui, donc à ses membres sans exclusion aucune et qui  le traitent comme tel ensemble.

Au nom de la défense de sa liberté et de ses droits, au nom de sa dignité qu’il pense bafouée et de sa sécurité, au nom des intérêts communautaires d’une partie du peuple ivoirien, le président Ouattara et son régime ont bafoué la république et méprisé une partie du peuple ivoirien. Sa candidature et sa réélection illégitimes fondées sur un juridisme nauséabond en attestent.

Pourquoi le président Ouattara, son parti et ses partisans ont-il posé sa candidature à une seconde réélection présidentielle 2020, alors qu’ils savaient que sa réélection constitueraient une infraction à l’article 55 de la constitution ? Et pourquoi ses partisans le soutiennent corps et âmes ? Pourquoi l’opposition qui dit défendre le peuple ne s’adresse-t-elle qu’à ses partisans qui n’ont besoin de nulle explication ni d’être convaincus pour changer d’avis ? Ainsi, il semble que l’existence du peuple et de son intérêt général à exister comme tel n’est pas une finalité de l’action politique. Examinons ce dont sont responsables ces guides qui ressemblent tant à leurs aïeux.

Le régime Ouattara et sa part partisane du peuple détiennent une grande part de la responsabilité. Le président Ouattara savait qu’il pouvait compter sur d’innombrables ivoiriens pour lui accorder leurs suffrages, malgré l’impossibilité de sa 2ème réélection éventuelle. Cela ne faisait aucun doute dans son esprit. Ainsi, il a en toute conscience choisi de questionner la rationalité des ivoiriens, à savoir, leur esprit calculateur qui les amène à faire  l’économie de leurs intérêts particuliers immédiats, plutôt que d’un intérêt commun durable et à préférer les premiers, certes volatiles et circonstanciels. En procédant ainsi, il a choisi les intérêts particuliers des membres du peuple ivoiriens plutôt que l’intérêt exigeant et commun du peuple tout entier. Malgré tout, la charge de sa grande responsabilité dans l’inexistence d’un peuple ivoirien, il y a des raisons d’interroger la part partisane du peuple qui lui accorde toute sa considération.

Pourquoi le président Ouattara et son régime qui n’ignoraient pas l’existence de la disposition constitutionnelle n’autorisant pas une seconde réélection ont-il tenu malgré ce à poser sa candidature. La réponse est simple : ils avaient foi en ce qu’une partie du peuple ivoirien ignorerait cette disposition pour lui donné ses scrutins jusqu’à la possibilité de le réélire une deuxième fois, malgré l’article 55. Ainsi, à leur sens, ce qui est non seulement légal mais aussi légitime, c’est ce que le peuple ivoirien accepte et choisi, y compris contre les dispositions constitutionnelles. Dès lors, ils placent, la souveraineté du peuple au dessus de la constitution que seul précisément le peuple peut choisir d’ignorer. La question rebondit alors sur une autre question. D’autre part, pourquoi des ivoiriens constituant cette partie du peuple ivoiriens, qui savent le président non rééligible une 2ème fois lui accordent-ils leurs suffrages ? On peut introduire l’argument du fait de leur ignorance. Sans doute que des ivoiriens ignorants existent, s’agissant de ce sujet. Mais, on ne peut alléguer pour autant que tous le soient. Il convient par conséquent d’admettre qu’une partie de ceux des ivoiriens qui ont donné leurs suffrages à Alassane Ouattara, pour le réélire à nouveau pour la seconde fois n’ignoraient pas la constitution.

Par ailleurs, le régime ne commet sans doute aucun acte illégal à vouloir solliciter l’exercice de sa souveraineté par le peuple. Cela dit, la souveraineté du peuple s’exerce dans des conditions de consultations justes et transparentes au cours desquelles, non seulement les choix de ses membres sont libres et éclairés, mais aussi et surtout, lorsque ceux-ci sont respectés. Aussi, dès l’instant que le régime tient à organiser seul ces consultations, pour s’assurer que les résultats qui en résultent ne lui échappent pas et réalisent son but d’une seconde réélection légitimée par ces consultations faussées, ce n’est plus le peuple qui ignore souverainement la constitution, en particulier son article 55, mais le régime qui y procède en mystifiant le peuple au passage. Voici pourquoi l’opposition tenait tant à anticiper une seconde réélection et la rendre illégitime.

Compte tenu de ce qui précède, il convient de considérer le fait que l’opposition a empêché le vol probable des scrutions d’une partie du peuple, à travers le boycott et la désobéissance civile. Ensuite, on peut voir qu’il en résulte que c’est bien l’autre partie acquise au régime Ouattara qui l’a réélu une seconde fois au mépris de l’existence de l’article 55. Dès lors, c’est donc le lieu de dire que le président Ouattara et son régime ne sont pas les seuls à avoir abusé la constitution commune et que nul vol des choix des ivoiriens n’a été nécessaire à cette seconde réélection de la part du régime. En réalité, l’empêchement de ce vol redouté par l’opposition a une vertu unique : il permet de souligner qu’avec ou sans usurpation des choix de tels ivoiriens par le régime, nombre d’ivoiriens l’ont soutenu et continuent de le faire, au mépris d’une règle qui doit rassembler les membres de la société ivoirienne. Ainsi, à moins de considérer  que ces ivoiriens ne sont pas rationnels, en d’autres termes intelligents, il y a donc lieu de s’interroger aussi, en dehors du président Ouattara et de son régime, sur la volonté réelle de ces ivoiriens de vouloir faire société avec tous les autres qui contestent encore sa candidature et sa 2ème réélection, pour illégitimité. Considérant que le président Ouattara et son régime guident mal cette partie du peuple ivoirien, on peut au moins admettre la servitude volontaire de ces ivoiriens ; ils préfèrent se constituer leurs troupeaux en méprisant la constitution, quitte à se couper de tous les autres autres ivoiriens avec lesquels ils doivent constituer ensemble la puissance collective nécessaire à la réduction de leurs difficultés communes de vivre.

Guidée par l’opposition jusqu’au contre-abus de la république et de l’autre partie du peuple ivoirien.

De leur côté, l’opposition et les autres parts partisanes peuple ivoirien ne sont pas des saints ; hier, ils étaient au pouvoir. A titre de réponse à la candidature du président Ouattara, l’opposition a confondu le régime au pouvoir et ses partisans à la république elle-même qu’elle entendait défendre. Ainsi, au nom d’une autre partie du même peuple, elle l’a bafouée à son tour et méprisé la partie partisane du peuple associée au régime. Pour l’opposition et ses partisans, les réponses particulières du régime et de ses partisans constituent en réalité le problème de leur point de vue, donc leur problème particulier. A ce titre, la candidature du président Ouattara aux élections de 2020 leur est inacceptable. Soit, mais, la constitution n’a jamais interdit à quelque ivoirien que ce soit de poser sa candidature. Des ivoiriens opposent au fait que sa candidature n’est pas illégale les dispositions de l’article 55 de cette constitution. On ne peut que les inviter à relire ces disposition : elles ne traitent pas de candidature, mais de durée du mandat du président et du nombre de sa réélection. Rien dans cet article ne traite de l’avant tenue et résultat de l’élection.

D’autres ivoiriens ajoutent à ce faux argument, le fait que le président Ouattara s’est dédit et qu’il leur a menti et qu’il n’a pas tenu sa parole. Certes, un l’homme digne de leur considération l’est aussi à travers sa parole et ses actes. Mais, s’il choisit l’indignité plutôt que leur considération, quel problème y a-t-il dans le fait qu’il choisisse de ne pas être digne de la considération des ivoiriens et lequel cela pose-t-il à tous les ivoiriens dont ils n’ont pas la solution ? Admettons même que cela leur pose un problème particulier, en rapport avec leur conception de l’homme président digne ou de la morale et en politique en particulier, ce problème est-il insoluble de leur part ?  Il se trouve que cela n’en pose aucun à d’autres ivoiriens. Quel est ce problème dont la société ivoirienne ivoirienne n’a pas la solution ? En existe-il un de commun à la société ivoirienne quand ses membres divergent sur ce point ?

Si l’indignité manifestée par tel gouvernant suffisait pour qu’une partie du peuple qui en est heurtée s’octroie le droit de lui supprimer ses droits, Trump n’aurait pas continuer à être président de la première puissance américaine pendant quatre année et jusqu’à présent. La réponse du peuple et de ses parties au dirigeant ou gouvernant qu’ils jugent indignes de leur considération est indubitablement politique et non pas des arguments sophistes, ni un rapport violent de forces. La solution à la candidature jugée illégitime par une partie du peuple ivoirien était politique et non judiciaire. Mais, ce n’est pas ce premier choix seul que l’opposition et ses partisans ont fait. Ils ont préféré se saborder, avant même que l’infraction ne soit commise et matérialisée : la réélection effective pour un seconde fois. Ainsi, tout s’est passé finalement comme si tels ivoiriens préféraient combattre et sanctionner l’infraction avant qu’elle ne soit commise, sur le fondement de leurs double craintes. Cette infraction redoutée était la possible réélection d’un candidat qui ne pouvait pas l’être.

D’abord, l’opposition et ses partisans craignaient qu’une partie des ivoiriens, qui ont pourtant validé avec eux la constitution et l’article 55, donnèrent leurs suffrages à un candidat dont la 2ème réélection aurait constitué une infraction à cet article. Ainsi, ils redoutaient que des ivoiriens ne tiennent aucun compte de la loi fondamentale qui doit assurer leur cohésion et l’unité en tant que peuple ivoirien. Certes, mais aucune illégalité n’existe dans le fait que le président Ouattara pose sa candidature aux élections de 2020. Il est tout aussi normal que des ivoiriens partisans contestent politiquement une candidature qui ne peut aboutir à une réélection légale ni acceptable en l’état.  La légalité de sa candidature, certes contestable aux élections présidentielles de 2020 ne souffrait d’aucun écart. Bref, cette candidature ne pouvait pas constituer un sujet judiciaire, mais d’ordre politique ; il appartenait au peuple ivoirien de trancher la question de sa légitimité. Ceux des ivoiriens qui ont contesté et continue de contester la légalité de cette candidature cessent immédiatement de vivre dans une république ; ils choisissent de vivre dans un État de non droit et de violence, dans lequel chacun est source du droit et où la violence décide et vaut le moyen de l’imposer. Mais, ils ont raison de contester la légitimité politique de cette candidature. Toutefois, ce n’est pas parce la pertinence et cohérence des actes de ceux qui incarnent telles institutions sont contestables et doivent être contestés que les actes de ces institutions qui la fragilisent perdent leur légalité en république. L’enjeu concerne leur légitimité et non leur légalité. Et, la légitimité concerne l’acceptabilité politique de cette candidature par le peuple.

D’autre part, en ce domaine de la légitimité, il ne suffit pas à une partie du peuple ivoirien de pointer l’illégitimité de cette candidature pour valoir jugement du peuple tout entier ; il est nécessaire que le processus démocratique de détermination de ce jugement intervienne pour en décider. Là aussi, l’opposition et ses partisans ont opté pour le refus de ce processus en boycottant et en s’opposant à son déroulement. A l’illégalité et illégitimité de la candidature dont ils décidaient seuls de l’acceptabilité, ils voulaient aussi ajouter et, par anticipation, une autre illégitimité : l’élection possible du candidat Ouattara, valant sa réélection illégale et illégitime pour la deuxième fois. Question : ce qu’un peuple décide et choisit peut-il être jugé d’illégal, même contre sa constitution ? Un tel choix ne signifie-t-il pas abrogation de sa part de sa constitution ? Quoi qu’il en soit de ce qui est légal, en ce domaine de la légitimité, il n’appartient ni au régime au pouvoir seul, ni à l’opposition seule et à leurs partisans respectifs de la fonder sels, mais au peuple souverain de Côte d’Ivoire tout entier. En tout état de cause, il revient de droit au peuple souverain digne de Côte d’Ivoire, la décision d’accepter ou pas une candidature dont la légitimité est source de divergence entre les différentes parties du peuple. Même en admettant que cette candidature soit une marque de mépris à son égard, il lui appartient d’en juger et de lui réserver la réponse appropriée. C’est exactement le même sujet s’agissant des suffrages de ses membres dont le régime pourrait s’approprier pour établir la réélection du président Ouattara. Là encore, la réponse au vol de ses suffrages par le régime suspecté appartient au peuple.

Certes, l’opposition et ses partisans peuvent penser que, comme des adorateurs de Joseph Staline (1), le régime Ouattara et ses partisans peuvent considérer qu’il n’y a aucune importance à savoir qui vote, ni comment. A ce titre, ils peuvent redouter que le boycott de l’élection qu’ils ont décidé, ainsi que les circonstances de sa tenue troublées par la désobéissance civile qu’ils ont actée, peuvent leur sembler sans aucune importance. L’opposition et ses partisans peuvent surtout redouter le fait, au contraire, que ce qui est extraordinairement important pour le régime et ses partisans, c’est qui va compter les votes, et comment, à savoir eux-mêmes et selon leur but particulier. Mais, la crainte de l’opposition et de ses partisans, des ennemis supposés de la république qui méprisent le peuple souverain peut-elle justifier que leurs défenseurs proclamés qu’ils revendiquent être, suppriment leur existence comme pour les soustraire par avance des coups que leurs ennemis pourraient leur porter ?

D’autre part, l’opposition et ses partisans appréhendaient le vol probable des suffrages de nombreux autres ivoiriens qui ne le porteraient pas sur cette candidature jusqu’à usurper son résultat. Pour ces deux motifs, l’opposition et ses partisans ont choisi d’anticiper le problème que constituerait sa 2ème réélection en lui appliquant une réponse préventive particulière : le boycott et la désobéissance civile active ayant pour finalité d’empêcher la possibilité même de ce résultat et le cas échéant de le rendre non valable et illégitime. Un peu comme si des ivoiriens voudraient empêcher le vol dont d’autres ivoiriens pourraient être les auteurs, l’opposition et ses partisans ont échoué à empêcher la seconde réélection redoutée. Mais existe-il une seule société au monde se rapprochant de ce qui est vrai, bien, juste, beau, etc…; bref, une société humaine dans laquelle des hommes sont sanctionnés avant d’avoir fait une faute, commis une infraction ou un délit pour lequel ils le sont ? Ils ont tiré une conséquence de l’illégitimité de cette seconde réélection : elle se manifeste sous la forme d’une autre réponse particulière, le Comité National de Transition (CNT), dont nous analysons ci-après la nature problématique pour le régime au pouvoir. De même que la réélection même illégitime du président Ouattara n’est pas le problème du peuple ivoirien tout entier, la création d’un gouvernement parallèle ne l’est pas non plus, contrairement à la perception du régime au pouvoir. La situation actuelle de crise résulte de tout cela ; il semble que peu d’ivoiriens y ont les mains propres. Lequel des ivoiriens a les mains propres ? Il convient tout simplement de s’en remettre à la vérité.

En définitive, une longue circonstance de tentatives d’usurpation de la souveraineté du peuple depuis 1993 abouti aux différentes crises dont celle de 2020. Dans cette affaire, une multitude d’ivoiriens ont les mains sales, suivant aveuglement leurs passions de vouloir vivre libres et égaux aux autres. Peine perdue par conséquent à ceux d’entre eux qui cherchent à avoir les mains propres par rapport à tels autres. En plus de constater qu’aucun de leurs guides n’a de mains propres, les ivoiriens doivent se rendre à l’évidence des faits : leurs guides paraissent être plus aveugles qu’eux-mêmes, en fracturant le peuple sur la base de la sollicitation de leurs passions et de considérations sociotoxiques.

Dans cette circonstance de rapport de force violent, la république et le peuple ivoirien sont encore une fois, les grands perdants de cette nouvelle aventure politique hasardeuse. Voici pourquoi le régime Ouattara et son opposition doivent revenir à ce qui doit unir les parties partisanes du peuple et leurs membre : à savoir, le souci commun de la république et du peuple ivoirien. Un accord minimum doit être possible pour créer les conditions d’un retour au processus républicain, là où il a été rompu, et placer enfin le peuple souverain au cœur des divergences et du traitement du problème commun pour être l’arbitre ultime et souverain, s’agissant de la définition du problème à traiter et de la réponse collective à lui donner ensemble. En république, dont une autre désignation est société en État de droit et de paix, seul le peuple souverain. Agissant comme arbitre et juge ultime du jeu politique, entre régime au pouvoir et son opposition et leurs partisans respectifs, il dispose du pouvoir de trancher leurs divergences. A ce titre, l’argument de l’opposition et de ses partisans lié au risque de la légitimation du président réélu une seconde fois et celui lié à sa crainte de voir les choix du peuple non respectés par le régime ne peuvent justifier d’ignorer la république.

Il ne peut y avoir, en république, de bergers qui gardent et défendent le peuple comme un troupeau pour ne pas dire qui usurpent sa souveraineté. En ce domaine de la dignité d’un peuple souverain qu’est celui de Côte d’Ivoire, il est nécessaire qu’en république, ce peuple soit celui qui l’impose à tous, au régime au pouvoir, comme à l’opposition, à l’armée, aux citoyens, aux influences extérieures. La juste considération de sa propre dignité suffit à déterminer ce qu’il accepte ou pas ainsi qu’à déterminer les moyens de la recouvrir, si tant est qu’il considère qu’elle est bafouée par quiconque. Mais cela présuppose son existence et sa conscience de sa souveraineté. Les ivoiriens qui n’acceptent pas cela doivent exprimer le fond de leurs pensées. Pour notre part, nous disons que dans ce cas, ils refusent la république et la souveraineté du peuple tout simplement ou du moins, ils préfèrent la république dont ils sont les gouvernants et ceux qui incarnent ses institutions. Bref, ils veulent être des monarques à la place d’autres monarques semblables et en définitive du peuple. Dans cette affaire, le régime au pouvoir entend faire des institutions ses alliées ; tel est la posture de l’arbitre qui doit juger leurs divergences.

Le Conseil constitutionnel : un arbitre qui n’a pas dit le droit et qui a pris un parti politique.

Le fait que la constitution prévoit qu’un président de la république ne puisse être réélu qu’une seule fois ne l’empêche pas de la poser, dès lors qu’elle ne traite pas de candidature, mais de sa réélection. Or, bien qu’il soit interdit en toutes sociétés de voler, des gens qui ne disposent pas de ce droit ne volent-il pas librement, avant que leurs actes manifestes ne soient sanctionnés ? Il n’y a donc aucun problème dans le fait de poser sa candidature aux élections présidentielles en Côte d’Ivoire, même en sachant ne pas pouvoir être réélu ou élu. Rien n’interdit à tel ivoirien qui aurait même commis des crimes ou volé l’État et qui aurait un casier judiciaire plein de poser librement la sienne. Rien ne le lui interdit ; le pouvoir de la règle est de rendre non recevable ni acceptable la candidature d’un tel ivoirien. Mais, ce n’est pas parce des ivoiriens redoutent le vol des suffrages des ivoiriens par le régime Ouattara, qu’ils disposent du droit de considérer sa candidature illégale. Rien dans la constitution ivoirienne n’interdit à celui qui ne peut être élu ou réélu d’être candidat, quoi que furent les sentiments éprouvés par nombre d’ivoiriens à propos de la moralité et de la mauvaise intention du candidat. A moins de changer de conception philosophique et de faire en conséquence du droit le moyens de sanctionner la faute avant qu’elle soit commise, le choix se situe entre la peur ou la crainte de la faute. La crainte est un facteur de véritables actions préventives, fondées sur la raison ; quant à la peur qui abolit la raison, elle conduit à des actions déraisonnables, guidées par la passion et les émotions, suscitées par un événement redouté que l’on ne veut voir réalisé. Sans doute, l’opposition et ses partisans ont laissé leurs passions et émotions décider à la place de leurs esprits.

D’innombrables autres ivoiriens pointent l’incompatibilité de sa candidature avec la constitution. Mais, si nous restons dans le strict cadre de la logique du droit qui doit réguler les relations sociales et politiques, d’où tirent-ils les arguments de leur affirmation ? Puisqu’ils en opposent, en tous cas, on peut dire que leurs arguments ne relèvent pas de la constitution. Contrairement au voleur qui est sanctionné quand il se fait prendre pour avoir volé, il semble à une partie du peuple ivoirien que la candidature dont ils contestent même la simple existence n’a pas été justement sanctionnée par le Conseil constitutionnel, relativement aux règles existantes. Soit. Mais, si nous considérons l’article 55 de la constitution, il ne prévoit aucune disposition ou sanction concernant quelque candidature que ce soit, mais concernant la réélection d’un président. Quoi que des ivoiriens puissent penser de la moralité de l’homme Ouattara, s’agissant de sa probité et moralité de sa candidature ainsi que de la probité des membres du Conseil constitutionnel qui l’ont validée relativement aux règles et de la validation de cette candidature, rien, strictement rien dans cet article ne traite de candidature. Aucune de ses dispositions ne règle non plus la question de l’éthique des dirigeants quant à leurs discours trompeurs des électeurs. Induits en erreur par la Cour constitutionnelle, on a sans doute été nombreux à disserter et à spéculer rapidement sur l’arrêt de cette Cour, sans même avoir examiné en quoi elle était compétente pour juger de cette candidature et pour décider de sa validité.

A y regarder de près, on constate que cette Cour constitutionnelle elle-même n’était pas fondée à traiter de la conformité constitutionnelle de cette candidature. La raison est simple : absence de disposition constitutionnelle en rapport avec une candidature au élections présidentielles. L’article 55 n’a d’objet que l’élection, la réélection donc que le résultat de l’élection et non aucune candidature à l’élection. Ainsi, aucun problème n’existe en soi avec cette candidature, relativement à cette disposition constitutionnelle. Si écart il y a, il ne peut apparaître qu’à la suite de l’élection, s’il est réélu. Mais, dès lors que l’opposition en fait un problème de son strict point de vue, donc particulier à résoudre, elle lui applique sa réponse toute aussi particulière : la requête en annulation auprès du Conseil constitutionnel sa solution au plan juridique. Quelle est la nature de cet acte de l’opposition au point de vue du problème commun ? C’est ce que nous allons voir. Si à son terme, le président-candidat Alassane Ouattara n’est pas le vainqueur de l’élection, donc réélu, il n’existe aucun sujet en rapport avec l’article 55 de la constitution, lequel n’a d’objets que, d’une part la durée du mandat conféré par le peuple et le nombre de réélection et point la candidature d’un président. Rien n’interdit à celui qui ne peut être élu ou réélu d’être candidat, quoi que furent les sentiments éprouvés par nombre d’ivoiriens à propos de la moralité et de la mauvaise intention du candidat.

Il suffit d’observer que cette disposition ne s’applique qu’au résultat de l’élection ;  c’est en cas de réélection d’un président-candidat que l’article 55 peut s’appliquer à son objet : la réélection d’un président suite à une élection. Cet article ne s’applique à aucune candidature, fusse-t-elle celle d’un président. Cet article n’a aucune vocation, ni prétention en droit, à anticiper un résultat de l’élection, pour éviter de s’appliquer à ce résultat, dès lors qu’il s’agit d’une réélection d’un président-candidat. C’est à partir de cette réélection, lorsque le résultat de l’élection est connu et consiste en réélection d’un président plus d’une fois qu’un écart peut apparaître par rapport aux dispositions de l’article 55 de la constitution. Voici pourquoi, c’est depuis le 3 novembre où le résultat de cette élection est rendu et validé que le président Alassane Ouattara est réélu plus d’une fois et que cela constitue une infraction à l’article 55 de la constitution. Il était alors temps pour l’opposition de contester juridiquement cette réélection au regard de cet article, indépendamment de la contestation politique de sa légitimité. Elle ne l’a pas fait, en raison de ne plus rien attendre certainement de cette Cour.

Indépendamment des conditions de sa tenue (boycott, et mouvement de désobéissance) dont il a résulté que nombre d’ivoiriens n’y ont pas participé, cette Cour elle-même ne pouvait pas constater une infraction liée à cette seconde élection. Pour cause, elle a déjà fourni ses arguments lors de l’examen de la requête de l’opposition en annulation de la candidature du président Ouattara. Ainsi, lors de la validation des résultats de l’élection, la Cour constitutionnelle n’a relevé aucune infraction à l’article 55 de la constitution à la suite de cette élection, ainsi que le présentait l’opposition ; mais cela ne justifiait pas de la part de cette cette dernière, qu’elle empêcha le crime d’être commis par des moyens non constitutionnels, avant qu’il ne le soit. Le fait que la Cour constitutionnelle ne dise pas le droit est-elle une raison suffisante pour que l’opposition crée son propre droit, sans se présenter avec ses partisans à eux seuls comme étant le peuple souverain, doté de l’autorité d’ignorer la constitution pour se défendre ?

De ce point de vue, ceux qui sont chargés d’incarner l’institution juridique ont failli. D’abord, non pas en leur décision, mais précisément en le fait de se saisir d’un objet politique (candidature contestée) pour le traiter comme un objet juridique, en lui appliquant leurs préférences politiques au lieu de dire le droit. En cela, ce n’était pas la décision de ceux qui incarnent cette institution qui était contestable, leur posture de juges en cette matière politique dans laquelle l’institution n’était pas fondée à intervenir. Cela dit, ceux qui l’ont sollicitée auraient-ils accepté une telle affirmation et toute autre de quelque nature que ce soit qui ne donna pas raison à leur refus de cette candidature ? En tout état de cause, la candidature du président Ouattara était légale mais contestable. Ensuite, ils ont failli en ne relevant pas la véritable infraction à l’article 55 lors de la validation du résultat de l’élection présidentielle. Dès lors que la constitution autorisait une candidat qui ne pouvait être réélu, puisque aucune de ses disposition n’en traite, la légitimité de la candidature du président Ouattara relevait d’un sujet hautement politique. Seul le peuple de Côte d’Ivoire pouvait décider d’une candidature pour une seconde réélection impossible, mais non pas une partie partisane seule qui la contestait, certes, à juste titre. Cette lacune de la constitution ne peut être compensée par l’empêchement de l’exercice d’une liberté de poser une candidature que rien n’interdit, certes sans pouvoir être réélu une seconde fois. En définitive et sans donner toutefois raison à l’opposition, la nature de Cour politique du Cour constitutionnelle permet de comprendre l’anticipation maladroite et hasardeuse de l’opposition qui ne lui a pas permis de rassembler le peuple ivoirien. Tout cela dit, que pourrait décider cependant une Constitutionnelle, à propos de la souveraine décision du peuple ivoirien aboutissant à réélire une seconde fois un président, contre l’article 55 de la constitution ? Constatons que cette grave lacune constitutionnelle depuis celle de 2000, autorise la candidature de présidents qui ne peuvent plus être réélus une seconde fois ; elle renvoie finalement la détermination de ce qui est légal en matière de réélection non pas à cet article 55, mais à la décision souveraine du peuple qui fonde aussi la légitimité de cette réélection. Malgré ce, le véritable sujet est pourquoi en étant  liés à d’autres par la règle, des ivoiriens décident-ils de réélire un président dont la règle certes imparfaite autorise néanmoins la candidature, mais sans pouvoir être réélu, ignorant ainsi ce les lie ensemble ?

A défaut d’avoir recentré l’enjeu lié à cette candidature, la Cour constitutionnelle agissant comme une cour partisane? a accepté de déplacer le sujet politique dans l’ordre juridique. Procédant ainsi, à savoir en arbitrant une divergence politique, elle a manqué à sa mission au service de la république : en arbitrant une divergence politique, au lieu d’arbitrer les divergences d’ordre juridique ; en cette candidature dans laquelle il n’y avait aucun objet juridique constitutionnel, la Cour constitutionnelle en a admis un,  sous la pression -, il faut bien le reconnaître et le dire – de l’opposition et de ses partisans. Les hommes qui doivent arbitrer les divergences d’ordre juridique entre régime et opposition ont failli à leurs missions au service du peuple ivoirien, ayant choisi d’être des politiciens partisans et de se ranger du côté du régime et de le servir. L’arbitre n’a pas échappé à la passion de détenir le pouvoir qui fait dire le faux à la place du vrai, l’injuste à la plan du juste, le mauvais à la place du bien, le laid à la place du beau et le toxique à la place de ce qui est collectivement toxique. Qu’on se comprenne bien : la seule réponse possible du conseil constitutionnel à la requête de l’opposition était de dire qu’il n’était pas compétent pour en traiter, puisqu’il n’y avait aucun sujet constitutionnel en cette candidature. Au lieu d’éclairer les ivoiriens, la Cour constitutionnelle a renforcé leur aveuglement par leurs passions, parce qu’elle-même était passionnée et a agi passionnément.

Responsabilité collective dans l’aggravation du problème ivoirien.

Comme un prestidigitateur, le président Ouattara et son régime sont passés maîtres dans l’art de subtiliser les notions. Ainsi, le droit est devenu sa volonté. La constitution lui est apparue comme une règle qu’il pouvait remplacer de son propre droit pour justifier l’abus de sa candidature pour un troisième mandant. Quant aux institutions comme le Conseil constitutionnel, elles sont comme des chambres d’enregistrement et de mise en œuvre de sa volonté. Que dire de ce qui est légal, sinon que le caractère de sa volonté réalisée, pendant que la légitimité est selon ses propres termes « La légitimité, c’est le respect du droit.» (2) En d’autres termes, elle est le respect de sa propre volonté et n’a donc rien à avoir avec le caractère de ce qui est acceptable et qui a effectivement été accepté par le peule ivoirien. L’abus du peuple ivoirien est ainsi totalement manifeste. La Côte d’Ivoire est ainsi devenue leur propriété et leur patrimoine. L’élection présidentielle prévue de longue date en 2020 devenait alors la bataille de Côte d’Ivoire entre ce régime et ses partisans et son opposition et les siens. Si cette bataille n’est sans doute pas terminée, à minima, l’opposition au régime Ouattara qui entendait protéger le peuple de Côte d’Ivoire de ce régime l’a mal engagée. Ainsi, tout ce qui a renforcé ce problème commun depuis 1990 continue d’être la solution des composantes du peuple ivoirien.

La responsabilité des pouvoirs successifs et de leurs oppositions dans le renforcement de ce problème est indéniable. Mais, ils n’en sont pas seuls responsables. L’écrivaine tchèque Milena Jasenska énonçait : “Et, tant que les gens qui se refusent absolument à faire de la politique ne considéreront pas que “la politique” – c’est-à-dire “ce qui se passe”, comme aussi importante que leurs affaires privées, la grande masse des hommes se laisseront ballotter avec indifférence, au gré des événements, sans se rendre compte que ces mêmes événements pénétreront dans ses maisons, jusque dans les assiettes de la soupe de midi.” (3). Une multitude d’ivoiriens ne se refusent absolument pas à faire de la politique certains parmi eux considèrent “la politique” comme quelque chose de très important et même utile. Certains parmi eux de la politique, comme leur travail qui doit leur apporter les moyens de vivre. Sans négliger ce qu’elle peut leur apporter, d’autres font de la politique pour être au service de la multitude. Un plus grand nombre d’autres encore font de la politique sans le savoir. Apparaissent parfois comme ceux qui ne sont pas concernés par elle, beaucoup parmi eux sont malgré eux mis au service sans le savoir, de la politique que d’autres mènent. Au cours de cette crise, on a vu des chefs traditionnels jouer à ceux qui n’étaient au courant de rien de tout le développement qui a conduit à la crise pour laquelle ils tentent de jouer les faiseurs de paix. Les uns ont été contributeurs à la mobilisation des membres partisans du régime pour soutenir la candidature du président Ouattara, pour le réélire comme un seul homme. Les autres ont servi d’intermédiaires entre l’opposition et certains de leurs partisans, pour récuser une candidature jugée illégale et illégitime, pour s’assurer de l’observation stricte du boycott et de l’élection et de la réussite de la désobéissance civile.

Quand on est autant au cœur de l’action qui mène à la crise, on ne vient pas jouer ceux qui ne sont au courant de rien et qui viennent chercher à comprendre pourquoi la crise est survenue. Plutôt que de se juger et de se porter des accusations mutuellement dans les moments de crises auxquelles ils ont contribué à la survenue, les ivoiriens devraient s’interroger sur leur authenticité et sur les actes partisans qui les précipitent. Tous les ivoiriens, sans exception aucune, expérimentent régulièrement l’atterrissage douloureux de leur connaissance ou ignorance de la politique, de leur déconsidération de la politique ou encore de leur fausse considération de la politique, en tant que le moyen de leurs tentatives de réaliser leurs intérêts particuliers. Pour ceux des ivoiriens qui ignorent faire de la politique ou donnent l’impression de ne pas être concernés ou même affirment ne pas en faire, la situation chaotique actuelle dans laquelle ils tentent péniblement, comme tous les ivoiriens, de trouver un équilibre doit les amener à revoir leur considération de ce qui se passe, à savoir “la politique”.

Les deux acteurs décisifs que sont les régimes au pouvoir et leurs oppositions doivent cependant endosser la plus grande responsabilité de cette situation. Leurs oppositions violentes à propos de ce qui légal et de ce qui est légitime leur confère cette responsabilité depuis 1993. Leurs savoirs détenus, qui leur confèrent leur place dans la société fondent précisément aussi leur responsabilité éminente dans la société, y compris dans les difficultés que le peuple ivoirien rencontre. Au cours de leurs multiples oppositions depuis 1990, en changeant de place par rapport au pouvoir convoité, ils emportent avec eux des parties partisanes du peuple. Malgré cette responsabilité éminente due à ces savoirs et à leurs places mobiles, il semble qu’aucun d’eux ne maîtrise la part importante du pouvoir commun qu’ils détiennent et exercent sur la société. Qu’on se le dise une bonne fois pour toute. Il n’existe nuls ivoiriens qui détiennent tous seuls le pouvoir que le peuple ivoirien représente, généré par la vie ensemble de ses membres.

Certes, une part visible de ce pouvoir est symbolisé par l’État de Côte d’Ivoire ; il est dans les institutions, elle-mêmes incarnées par tels ou tels ivoiriens.  Au titre de ces institutions, figurent des partis politiques dont certains gouvernent par la volonté de la part majoritaire du peuple pendant une période donnée en ayant reçu mandat de sa part pour le faire. D’autres partis politiques constituent ce que nous regroupons sous le terme d’opposition à ceux qui gouvernent. Quant aux autres ivoiriens, individuellement ou au sein de divers groupes sociaux de diverses natures, ils détiennent eux aussi une part du même pouvoir. Ainsi, ils l’exercent en étant partisans du gouvernement ou de l’opposition ou encore en agissant d’une manière où d’une autre pour les intérêts qu’ils poursuivent. Ils exercent cette responsabilité à générer tels et tels dirigeants et gouvernants, en étant leurs partisans qui leur confèrent leur force collective, leur donnant la puissance d’agir au nom du peuple ivoirien.

Ainsi, quand bien même une constitution existe, elle ne donne pas tout le pouvoir à un gouvernement ou à une opposition, mais le pouvoir symbolique. Et, quand une constitution n’existe pas pour répartir le pouvoir, chacun en détient malgré cette absence une part quand même. Voilà pourquoi, avec ou sans constitution, et tant que les ivoiriens vivent ensemble, leur existence collective génère un pouvoir dont les uns et les autres emportent et exercent une partie, dans des proportions différentes organisées par une constitution ou que le rapport de force peut déterminer, en son absence. La conjonction de mauvais exercices des parts du pouvoir détenues, qu’ils soient pouvoir ou opposition ou leurs partisans ou encore des ivoiriens non partisans, peut avoir pour conséquence de générer des situations toxiques pour tous les membres de la société. Il vient par conséquent que c’est ce défaut de maîtrise par chacun de la part du pouvoir qu’il détient qui nous mène collectivement dans le chaos depuis 1990. La crise actuelle n’y échappe pas. Nous produisons en définitive, la société puante dont nous n’acceptons pas la puanteur qui s’en dégage.

Les ivoiriens agissent en retournant leurs forces contre eux-même. C’est pourquoi, et s’ils le veulent, ils ne peuvent pas continuer avec les vieilles recettes qui ont davantage crée les conditions pour la prolongation de la crise et sa continuité. Nous disons que ce pays n’est ni la propriété, ni le patrimoine exclusif de tels régimes circonstanciels au pouvoir et leurs partisans, ni aux oppositions de telles époques à ces régimes et leurs partisans. Ce pays est celui du peuple ivoirien ; il en est le souverain. Considérant la situation inacceptable actuelle de la Côte d’Ivoire, une réflexion a été menée dans le précédent article. Elle se rapporte à ce qui constitue la difficulté commune à résoudre : le problème du peuple ivoirien.

Si les ivoiriens font encore une fois le mauvais constat et la mauvaise définition du problème, comme depuis 1993, alors on peut prendre le pari que nulle solution le résoudra. Il leur faut s’accorder sur ce qui leur pose un problème à tous avant de parler de solution. Si le peuple ivoirien accepte de considérer que l’hypothèse à laquelle nous sommes parvenue au terme de cette recherche fait sens, au point d’en faire son problème commun, alors le temps sera venu de faire des propositions de solution. Pour notre part, Nous proposerons lorsque le moment sera venu, au pouvoir et à son opposition et à leurs partisans, ainsi qu’à tous les autres ivoiriens avec lesquels ils forment le peuple ivoirien, des éléments d’un accord cadre. Il aura pour finalité de tenter ensemble de sortir durablement de la crise, pour restaurer la république et pour parvenir à asseoir enfin le peuple souverain dans le siège que régimes et leurs oppositions se disputent depuis 1993, mais qui lui revient de son propre droit. Ce moment sera celui quand le problème du peuple ivoirien sera discerné par le peuple ivoirien. Malgré les esprits débordés par tant de passions, les ivoiriens doivent admettre ce qui est : il ne peut y avoir de problème de la Côte d’Ivoire qui puisse être défini et traité par tels ivoiriens seuls et sans les autres, ni par tel régime au pouvoir et son opposition seuls. Voici pourquoi, malgré la tension en les ivoiriens, ils doivent faire des pas de côté nécessaires à la réflexion, comme s’ils prenaient momentanément congé de la situation délétère, pour laquelle ils s’interrogent sur les voies pour en sortir.

Des pas de côté nécessaires, malgré les passions dévorantes.

Les faits sont incontestables. On ne peut pas affirmer que tout le peuple ivoirien a refusé l’abus d’une candidature illégitime, ni une élection illégitime, quand une partie du même peuple crie sa victoire sur l’autre et s’en amuse même. On ne peut pas non plus dire que le peuple tout entier n’a aucune raison ni intérêt commun à accepter d’attendre la mort au pouvoir du président Ouattara pour reprendre sa quête de conditions de vies acceptables pour le plus grand nombre de ses membres. Un seul argument suffit : une partie du peuple le veut et même aspire à conserver le pouvoir pendant cinquante ans, donc même au delà de sa mort, ainsi que Mariam Traoré l’affirme : « nous resterons au pouvoir pendant 50 ans, après Ouattara, on va choisir un autre. » (4) Cela étant, le président Ouattara sait qu’une partie du peuple ivoirien n’a pas accepté l’abus d’une candidature illégitime, ni une élection illégitime. Il sait qu’elle n’a aucune raison non plus ni aucun intérêt à accepter d’attendre sa mort au pouvoir pour reprendre sa quête de conditions de vies acceptables pour le plus grand nombre de ses membres. Mais, agissant pour son propre compte ainsi que pour satisfaire les intérêts particuliers de ses seuls partisans internes et externes, il s’est préparé à affronter cette partie du peuple, au lieu d’être au service de tout le peuple.

Les choses étant ce qu’elles sont depuis 1990, il ne suffit pas cependant de désigner le peuple, de parler en son nom pour qu’il exista comme tel et pour que les refus d’acceptation qu’on lui attribue ou qu’on lui prête soient les siens et relèvent de sa volonté. Quand on constate que ses parties ont pris faits et causes pour le régime Ouattara ou pour son opposition, on comprend alors que ses parties ne partagent pas ni n’ont en commun un même intérêt supérieur à leurs intérêts partisans dans ces situations d’abus. Une période dangereuse de dix ans au moins de violence est par conséquent devant le peuple ivoirien, si aucune solution acceptable pour toutes ses parties n’est collectivement trouvée par elles. Ainsi la solution au problème que rencontre le peuple ivoirien ne peut être développée que si sa considération intègre un préalable : la conciliation de ses parties en vue de reconstituer son unité et orienter son énergie vers le discernement d’un problème commun et vers la résolution commune de ce problème.

Tous problèmes identifiés et posés par telles composantes du peuple, mais qui se révèlent être des objets de divergences avec les autres parties du peuple ne peuvent pas constituer le problème commun, mais des problèmes particuliers. De même, toutes solutions particulières à ce problème, même parfaitement identifié et mis en commun, mais qui ignorent le peuple sont des solutions particulières à un problème conçu comme étant particulier. Tout se passerait alors comme si telles parties du peuple, auteures de ces solutions, pensaient qu’il se pose à elles seules, mais en voulant le faire apparaître comme un problème commun à toutes les composantes du peuple. D’autre part, avant même de penser le résoudre, les ivoiriens doivent s’accorder sur le problème qui, se posant à eux tous, peut les réunir en vue de tenter de le résoudre ensemble. A défaut de procéder ainsi, ils commettront à nouveau l’erreur qu’ils ont maintes fois répétée jusqu’à présent depuis 1993 au moins : la tentative de privatisation du problème commun et la tentative de lui appliquer une solution privée, dont le détenteur du pouvoir et son opposition à une époque donnée conviennent sans le peuple souverain de Côte d’Ivoire.

On n’apprend rien aux ivoiriens authentiques de relever que nombre de ses guides qui entendent conduire son économie collective de réduction de ses difficultés de vivre pour le plus grand nombre de ses membres ne sont parvenus jusque-là qu’à fractionner le peuple ivoirien depuis 1993, chaque cinq ans un peu plus. Sans doute, ils n’identifient pas le problème commun et ce qui a pour conséquence que leurs réponses inefficaces et toxiques l’aggravent. Au delà des faux problème commun de la candidature abusive du président Ouattara et de son élection illégitime, le véritable problème commun à toutes les parties du peuple ivoirien existe. Après plus de 30 années de hors sujet, il est temps de rechercher ce problème commun. Cet enjeu de la crise recommande de discuter dur puisque cela est nécessaire et qu’il le faut, mais ne nous disputons pas. Eh bien discutons de la nature de notre problème commun, car il ne peut exister de problème commun ni de solutions le concernant sans que le peuple souverain n’existe. Dès lors que nombre de faux problèmes du peuple ivoirien que des guides soumettent au peuple ne sont pas le sien véritable,  il convient de les distinguer de son véritable problème, ce qui revient à dire en quoi ils le sont. Sans discerner le problème du peuple ivoirien qu’il doit résoudre parmi ces leurres, le peuple ivoirien risque alors de faire durablement un hors sujet historique dont il peine à sortir de ses conséquences depuis au moins 1993. Les parties du peuple ivoirien doivent par conséquent introduire un peu de méthode et de pédagogie à l’examen des problèmes qui leur sont présentés. Pour ce qui nous concerne, c’est ce que nous avons librement tenté de faire dans un article précédent.Il est temps d’examiner ce que les guides du peuple ivoirien lui ont procuré depuis 1993, à la lumière des problèmes identifiés tels qu’ils les ont traités.

Des guides qui manquent à leur responsabilité et obligations historiques envers le peuple ivoirien.

La république connaît ses agresseurs, ce sont tous les ivoiriens. Parmi eux figurent ceux d’entre eux qui veulent guider le peuple qu’ils constituent, en vivant ensemble. Les ivoiriens le savent : détenir le pouvoir constitue la réponse à la peur mutuelle des parties du peuple ivoirien les unes des autres. C’est pourquoi l’accaparer ou le conquérir par tous les moyens les oppose régulièrement depuis 1993. Dans une telle disposition d’esprits faite de méfiance mutuelle, les ivoiriens se racontent des histoires à propos de droit, de légalité et de légitimité : aucune constitution même la plus parfaite en théorie, ne peut faire autorité qu’en servant la quête. De quoi les parties du peuple ivoirien ont-elles peur, sinon que de l’augmentation de leurs difficultés de vivre et de l’absence de leur réduction, dès lors qu’ils pensent que la détention du pouvoir est ce qui les produit. Voici aussi pourquoi, contre l’évidence et rusant avec leurs raisons souveraines, des multitudes d’ivoiriens tolèrent ce qui est faux, toxique, etc… dès lors qu’ils ont le sentiment qu’il les mène à l’accaparation ou conquête du pouvoir. C’est la même raison qui les pousse à concéder à ce qui faux, injuste, mauvais et collectivement toxique, des attributs de vrai, de vérité, de ce qui est juste et collectivement utile, en soutenant leurs adeptes qui les guident vers la croissance de leurs difficultés de vivre.

Ces gouvernants et dirigeants ivoiriens ainsi que ces innombrables autres ivoiriens instruits, dits intellectuels ou cadres dans leurs villes et villages, sans foi ni loi en font partie. Ils ne veulent guider que leurs partisans et non le peuple ; si on ne trompe, ils ne sont pas utiles à ce dernier. Leur plus grave crime, partagé par le régime au pouvoir et son opposition est leur volonté commune de ne parler et de ne s’adresser qu’à leurs partisans. Ici le régime ne présente tel candidat que pour la partie partisane du peuple qui le supporte, en son nom et pour défendre ses intérêts. Ce que pense l’autre partie partisane du peuple ne présente aucun intérêt sinon que celui de nécessiter d’être combattu comme ennemie. Elle ne mérite aucune explication puisque la recherche d’une adhésion à la voie dans laquelle il veut amener le peuple  n’est pas nécessaire. Tant que ses partisans adhèrent à la voie qu’il a choisie, le reste du peuple n’a de d’autre choix que de les y suivre.

Là, l’opposition n’agit que pour parler à ses partisans et les défendre ; elle ne cherche même pas à convaincre des partisans du pouvoir de ce qui est bien, juste, mieux et utile collectivement. Il lui semble inutile de déplacer ce qui doit constituer la vérité commune vers l’intérêt du peuple reconstitué à travers cet effort. Ce qui compte le plus, c’est de maîtriser ses partisans en vue du combat contre le régime et les siens. Agissant de manière semblable, comme le régime qu’elle combat, tout ce qui vient de l’opposition est la vérité du peuple, mais en emportant avec elle qu’une partie seulement acquise à son but identique : la détention du pouvoir. Bref, face à leurs divergences, l’enjeu n’est ni pour l’un ni pour l’autre, de déplacer la ligne de fracture du peuple, fondée sur la communauté historico-ethnique ainsi que sur les passions et les émotions vers la ligne ligne de partage de l’intérêt général du peuple, à savoir ce qui peut conduire à son plus grand rassemblement possible. Au contraire, ce qui semble compter le plus à leur sens, c’est leurs combats pour détenir le pouvoir que le peuple ivoirien représente. Ils s’appuient alors sur l’excitation des passions et des émotions des parts partisanes du peuple qui les créditent de leur confiance. Le peuple, c’est celui qu’eux et leurs partisans forment et représentent seuls. On se trompe de très peu que d’énoncer que c’est ce qui se dégage de cette histoire ivoirienne des trente dernières années ponctuée de crises de violence. C’est terrible pour le peuple ivoirien.

Quels ivoiriens, surtout raisonnables, peuvent parvenir à vaincre leurs passions et émotions quand rien des actes posés n’ont aucune finalité visant à rassembler. existe-t-il un seul acte de quelque partie partisane qui sollicita chez les non partisans la mise à l’épreuve de leurs sentiments et pensées de ce qui est vrai, juste, bien, mauvais, beau, etc… ? Lorsque ces actes consistent au contraire en ce qui faux, injuste, toxique, moche, avouons que même les plus courageux des ivoiriens ont quelque raison de leur préférence : le choix de ce qui est faux, injuste, toxique et vilain qui leur donne le sentiment d’être protégés, certes faussement. Pourquoi voudrait-on que des partisans du régime suivent le faux, l’injuste, le mauvais, le vilain actés par l’opposition plus que ceux du régime ? Pourquoi voudrait-on que des partisans de l’opposition suivent le faux, l’injuste, le mauvais, le vilain actés par le régime plutôt que ceux du régime ? Quand le choix est fondé sur les passions et les émotions, les lignes de fractures du peuple sont non déplaçables pour tenter de constituer son unité. Pourtant, il le faut ; sans que l’unité du peuple ne soit reconstituée, bien que ses parties puissent être partisanes, il n’existe aucune possibilité de parvenir à une paix durable.

Les guides de ces trente dernières années ont lamentablement échoué dans leur mission historique ; ils ne sont seulement parvenus qu’à constituer des troupeaux d’ivoiriens partageant leurs passions, après avoir fracturé le fragile peuple en construction. Dès lors, l’heure est venue d’être indignés, d’être révoltés par la fracturation du peuple ivoirien et de s’engager résolument en faveur du recouvrement de son unité. Sans cette unité, aucune économie collective de réduction des difficultés de vivre du plus grand nombre de ses membres n’est possible ; aucune lutte efficace contre l’adversité externe ne peut non plus l’être. Quand sa prise est facilitée par telle partie du peuple opposée à telle autre en tant que son ennemie dans l’histoire dans sa tentative d’accaparer ou de conquérir le pouvoir pour dominer, que lui reprocher alors ? Une chose est certaine : des parties du peuple ivoirien sont peut-être puissantes, mais tellement si fragile et ridicules au point de vue de l’histoire et de l’économie de l’existence, autrement dit de l’économie de la réduction des difficultés de vivre. Pendant que les ivoiriens s’affrontent encore une fois, le terrorisme est à la porte nord de Ferkessédoudougou, tandis que l’après Covid-19 n’épargnera aucun peuple.

L’heure du choix décisif approche.

Il y a sans doute une proposition à faire aux ivoiriens : discuter de la puissance collective à bâtir ensemble, plutôt que de se disputer pour être des puissants impuissants. Les sociétés humaines sont astreintes à une économie collective de réduction de leurs difficultés communes de vivre. C’est en existant en tant que communauté nationale au sein de leurs États respectifs que les peuples y parviennent. L’avènement d’un peuple ivoirien souverain est non seulement possible mais nécessaire à cette économie de l’existence. Chaque ivoirien qui ne se raconte pas d’histoire sait où nous en sommes. Félix Houphouët-Boigny a laissé au peuple ivoirien, en devenir, une république toute organisée. Mais, tout restait à y faire : lui donner une âme, convenir des valeurs en lesquelles tous ses membres croient et qui régissent leurs relations ; bref elle restait à faire fonctionner comme telle, là où lui-même a échoué à le faire, si l’on peut s’exprimer ainsi, sachant que si tel était sa volonté ou pas, les circonstances historiques constituaient une contrainte. On peut continuer à accuser les autres et à pointer leurs responsabilités, y compris les morts.

Mais, “chaque génération découvre sa mission, la rempli ou la trahit”, disait Frantz Fanon (5). Plus de 30 ans de crises successives, on peut espérer que de plus en plus d’ivoiriens prennent conscience de leur mission, à savoir les finalités collectives à atteindre : donner à la république un contenu et une âme, à savoir s’accorder sur les valeurs en lesquelles le plus grand nombre croit sinon tous ; donner au peuple ivoirien une signification qui rassemble ses membres ; générer la confiance mutuelle nécessaire à une économie collective de réduction des difficultés communes de vivre, etc… Réaliser ensemble cette mission ou démissionner ou s’en détourner, cela revient à faire être le peuple ivoirien et sa république ou au contraire empêcher son existence, au profit des groupes socio-historiques ou d’intérêts particuliers opposés. Les ivoiriens à chaque époque ont pris conscience de leurs devoirs et responsabilités vis-à-vis des sociétés qu’ils constituaient ; la plupart d’entre eux les ont assumées ; d’autres ont choisi de les abandonner au profit de gains particuliers proches de mirages. La société commune dans laquelle ils vivent ensemble aujourd’hui résulte de la combinaison de leurs actes.

Depuis sa mort, tout ce que la politique ivoirienne depuis 1993 est parvenue à faire est de le fractionner à chaque période électorale un peu plus. Ceux qui avaient la mission historique d’élever son esprit pour être davantage apte à juger par lui même et à exercer sa souveraineté ont préféré tenter de la lui usurper. Pour y parvenir, ils se sont présentés à ses parties comme leurs défenseurs contre d’autres parties auxquelles au lieu de s’assembler elles sont opposées, avec entre elles le pouvoir qu’elles représentent. Sa détention et son exercice est l’enjeu qui les opposent et explique leurs contorsions et divergences multiples qui finissent par empoisonner la vie collective. Ils sont parvenus à faire de leurs problèmes, le problèmes de chaque partie du peuple. Bien sûr, les autres parties du peuple sont les auteurs des causes de ces problèmes.

Dans ce bazar durable qui n’a aucun sens et qui leur procure collectivement aucun intérêt eux, l’adversité externe y trouve toujours son compte. Le peuple ivoirien lui-même divisé, en particulier ses parties opposées à travers eux, n’en retire aucune réduction des difficultés communes de vivre de ses membres, si ce n’est le plus souvent, le vaniteux sentiment d’être supérieur aux compatriotes, de les dominer à travers le fait de détenir le pouvoir. L’histoire n’est jamais la même, en ce sens que les difficultés auxquelles les hommes font face se manifestent différemment ; il demeure que leurs manifestations variables ne suppriment leur nature. C’est dans ce monde désorienté par tant de réalités, terrorisme, incidences des phénomènes climatiques, dont les pandémies que le peuple ivoirien fracturé est appelé à vivre. Si les ivoiriens n’y prennent garde, un moment viendra quand ils ne seront pas assez liés et unis pour faire face ensemble aux plus graves catastrophes à venir, y compris celles résultant des réponses impériales que d’autres plus unis ne manqueront de constituer. Ainsi, ils auront agi exactement comme leurs aïeux, occupés à se battre quand le véritable danger commun se présenta, en étant tous parfaitement désarmés, sans utilité d’aucune puissance acquise en luttant violemment contre ceux qui devaient augmenter ses capacités.

Pour la finalité de conserver le pouvoir ou pour le conquérir, nombre de dirigeants et gouvernants ivoiriens, leurs partis ainsi que leurs partisans qui les créditent de leur confiance ne reculent devant aucun poison social pour y parvenir. De leur part, tout est fait pour que le peuple ivoirien n’existe pas, afin de s’assurer d’être propriétaires de telles de ses parties, comme des bergers disposeraient de leurs troupeaux. C’est ainsi que les difficultés qui se dressent devant leurs tentatives de réaliser leurs buts particuliers sont transformées en difficultés du peuple tout entier, faisant ainsi de sa partie qu’ils s’approprient le peuple tout entier. Le fait est que les problèmes particuliers à travers lesquels ils privatisent le problème du peuple ivoirien constituent leurs moyens par lesquels ils parviennent à maintenir ces parties ainsi passionnellement divisées du peuple comme des troupeaux de moutons dont ils sont les bergers. L’existence même d’un problème du peuple ivoirien représente alors leur plus grande crainte. Sa recherche implique pour les ivoiriens de se retrouver, au delà de leurs passions, pour en discuter et le poser ainsi que pour tenter de lui trouver des solutions communes. Ce sont là autant de circonstances au cours desquelles les ivoiriens peuvent s’affranchir des tutelles en surmontant les passions par lesquels ils sont faits des troupeaux. Des ivoiriens qui placeraient leurs esprits souverains au fondement de leurs déterminations politiques risqueraient alors de vider les bergeries politiques. C’est là un grave danger que ne veulent pas courir des bergers politiques qui les ont conduits jusque là, en s’appuyant sur leurs passions comme d’aiguillons ou bâtons de bergers. C’est ainsi que la confusion volontaire entretenue entre les difficultés particulières se présentant à tels ou tels partis politiques et celles du peuple tout entier vise soit à conserver le pouvoir, soit à le conquérir, en tentant d’agir comme un peuple. En faisant de leurs difficultés la difficulté du peuple tout entier, c’est une manière de procéder comme s’ils représentaient le peuple et agissaient à sa place. Mais, là n’est pas le plus grave.

Cette procédure est hautement socialement toxique, dès lors qu’agissant comme le peuple tout entier, ils s’autorisent à exercer sa souveraineté. Il en résulte le droit qu’ils se donnent, comme tout peuple, de s’affranchir des règles communes devant assurer la cohésion et l’unité dès l’instant que son existence même lui semble en jeu. C’est en cela nombre de dirigeants enferment les ivoiriens, prisonniers de leurs passions. La passion amène à faire de la détention, conservation ou conquête du pouvoir le moyen de vivre libres et dignes dans la société ivoirienne. Elle implique de faire de ses contemporains membres de la société commune les ennemis à combattre pour lesquels la détention du pouvoir constitue le moyen impératif et absolu pour y parvenir. La passion conduit aussi à voir un problème dans la candidature du président Ouattara quand il y en a aucun, alors que ce qui est véritablement redouté à travers elle, est la claire conscience de la possibilité que d’autres membres de la société ne tiennent aucun compte des règles communes et qu’ils lui accorderont leurs scrutins en vue de le réélire pour la seconde fois ou encore que les scrutins d’autres ivoiriens soient usurpés. En réalité, l’intériorisation du fait de ne pas vivre ensemble avec des ivoiriens qui lui donneraient en conséquence leurs suffrages, malgré la règle interdisant sa rééligibilité une seconde fois, a amené à des initiatives malheureuses visant à anticiper ces réalités. Parmi ces anticipations hasardeuses figurent celles de n’accorder aucun crédit à leur tour à cette règle commune, dont ils redoutaient qu’elle ne fasse autorité aux yeux de ces autres ivoiriens.

Si les ivoiriens de quels que bords partisans qu’ils se trouvent sur le fondement de leurs passions aspirent à être libres et dignes, ils n’y parviendront qu’avec l’existence d’un peuple ivoirien et non pas en se constituant prisonniers de leurs passions et de ceux des dirigeants qui en usent pour faire d’eux leurs troupeaux politiques. Faute de cela, ils sont condamnés à errer de passions en passions, enfermés dans des groupes partisans politiques déterminés par des passions semblables, avec d’autres membres avec lesquels ils partagent les mêmes passions. Le peuple ivoirien a jusque-là résisté à l’entrainement dans la violence la plus totale. De plus en plus éclairé et conscient de ce jeu mortel, il  va finir par se rendre compte de la voie dangereuse sur laquelle ceux qui guident sa marche historique le conduisent depuis plus de 30 ans. Mais, à n’en pas douter, il a besoin du courage devant la vérité de ceux des ivoiriens que la dire n’effraient pas. C’est ainsi qu’il constituera sa force et qu’il lui sera alors possible de recouvrer son unité fracturée avec soins par ses guides. Dès lors, il sera en mesure de sanctionner sévèrement les prestidigitateurs ou illusionnistes de la noble politique, ainsi que les sophistes, les hypocrites, imposteurs et les fourbes de tous bords qui trompe, dupent, leurrent et mystifient les ivoiriens. Cette perspective n’aura une possibilité de réalisation que si le plus grand effort est fait pour nourrir l’esprit du peuple et sa faculté de jugement afin de le rendre chaque jour davantage libre de ses choix.

Conclusion

Qu’ils soient partisans de tel régimes au pouvoir ou partisans de telle opposition à ce régime à telle époque historique, si les ivoiriens ne sont pas prêts à se battre ensemble pour la république, à savoir pour leur liberté et égalité politique et pour mener collectivement une économie de réduction de leurs difficultés communes de vivre, ce n’est certainement pas une appropriation brutale du pouvoir, ni un coup d’État institutionnel ou militaire réalisé par tel régime ou telle opposition qui résoudra la question de leur choix. Rien n’empêche tels ivoiriens de juger et de condamner tels régimes au pouvoir ou telles oppositions à ces régime. Mais critiquer et condamner ne suffisent pas ; il faut surtout chercher à comprendre leurs actes, objets des condamnations. Certes, pour nombre d’ivoiriens, le temps n’est pas à la raison mais au règne des passions et des émotions. Ce temps n’est pas à chercher à comprendre, mais à riposter avant de chercher à comprendre ce qui agresse à juste titre selon eux et encore moins à se l’expliquer. Pourtant, même au milieu du chaos, seule la quête de vérité permet de supporter la circonstance et d’en sortir.

Depuis 1993, les faits montrent que de fait, tel régime au pouvoir et son opposition sont la même réalité. L’opposition devient le régime au pouvoir en détenant et exerçant ce dernier selon l’issue de leurs affrontements brutaux, bien sûr avec la contribution partisane et passionnelle des ivoiriens eux-mêmes. Quant à tel régime d’hier, il devient l’opposition aujourd’hui en quête du même pouvoir qu’il détenait hier, sans que les ivoiriens ne mesurent ce qu’elle en a fait, autrement que de constater l’éloignement continu des ivoiriens les uns des autres. Peut-être qu’une autre opposition est nécessaire au régime et à son opposition. Depuis 1993, ils tournent autour du pouvoir dans une sorte de danse funeste dans laquelle ils entraînent les parties du peuple ivoirien, jouant avec leur passions.

Ces 30 dernières années, les régimes et oppositions successifs n’ont pas fait mieux que briser la cohésion et l’unité fragile du peuple, que de convoquer les aspirations passionnées de vivre libres des ivoiriens. Quand on constate que toutes ces sollicitations n’ont pas encore conduit les parties du peuple ivoirien au pire, on est heureux de faire l’hypothèse que les ivoiriens ont une force d’esprit insoupçonnable. C’est leur principal atout pour tenter de raccommoder les liens distendus par trois décennies de fureurs passionnées. La république de Côte d’Ivoire est un projet ainsi que son peuple dont Félix Houphouët-Boigny n’a fait qu’initier la possibilité de son existence. Les ivoiriens savent qu’un homme ne crée pas tout seul une république contrairement à ce que certains d’entre croient. Houphouët-Boigny n’a pas généré une république et un peuple dont certains seraient propriétaires. Le plus dur reste à bâtir. Sa république ne pouvait survivre durablement à sa mort ; une explication à cela existe : la république de Côte d’Ivoire n’est encore parvenue à être la république du peuple ivoirien. De 1789 à la VIe république française en 1958, que d’affrontements concernant la manière dont la société devait être organisée et les relations de ses membres s’établir.

La république de Côte d’Ivoire, son peuple, l’âme de ce peuple, ainsi que les valeurs en lesquelles ses membres croient profondément sont à bâtir sans cesse ; ce seront les œuvres du peuple ivoirien, son histoire. Quand les ivoiriens seront à cette étape, il n’existera sans aucun doute plus un double ordre institutionnel, l’un national et démocratique, fondé sur la liberté et l’égalité politique de ses membres et l’autre monarchique, au niveau local, adossé à l’inégalité sociale et politique. Voici certainement le travail qui attend le peuple ivoirien : la fondation d’un ordre social et politique unique ; c’est le travail de son existence. Tels régimes au pouvoir selon les époques et leurs oppositions n’ont de rôle dans ce travail de la vie de la société ivoirienne que d’y contribuer dans le cadre des choix souverains du peuple ivoirien. C’est insupportable de constater que ces guides égarent davantage le peuple ivoirien qu’ils ne canalisent et ne concentrent sa puissance pour réduire ses difficultés de vivre.

Serait-ce trop demander à la nouvelle génération d’ivoiriens que de ne pas croire devoir refaire la Côte d’Ivoire ? Avec humilité, elle doit savoir qu’elle ne la refera pas, en particulier ceux de ses membres qui n’ont d’horizon de relations avec les autres que de les dominer, qui ont foi en l’inégalité sociale et politique. Mais, sa tâche peut-être plus grande encore : préparer l’avenir. Après plus de trente années de risques d’implosion, sa tâche consiste à empêcher que des prestidigitateurs et autres mystificateurs en tous genres de la noble politique ne conduisent à sa défection. (6) Voici la mission collective de cette génération : sauver de la ruine, l’espace d’économie collective de la réduction des difficultés de vivre du plus grand nombre de ses membres que nous désignons par la Côte d’Ivoire. Demain, des multitudes d’ivoiriens sauront donner à cet espace une signification plus heureuse et plus honorable.

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(1) Boris Bajanov, “Bajanov révèle Staline – Souvenirs d’un ancien secrétaire de Staline”, Collection air du temps Gallimard, 1979

(2) Paris Match, “Exclusif – Alassane Ouattara “Les candidatures de Soro et Gbabo relèvent de la provocation”,  publié le 04 octobre 2020 URL : https://www.parismatch.com/Actu/International/Alassane-Ouattara-Les-candidatures-de-Soro-et-Gbabo-relevent-de-la-provocation-1703986

(3) Milena Jasenska, “Vivre, reportages politiques 1937-1939”, Collection “Bibliothèques”, Editions 10/18

(4) Cap Magazine, “Mariam Traoré : « nous resterons au pouvoir pendant 50 ans, après Ouattara, on va choisir un autre. »”, novembre 19, 2020 URL : https://cap-mag.com/mariam-traore-nous-resterons-au-pouvoir-pendant-50-ans-apres-ouattara-on-va-choisir-un-autre/

(5) Frantz Fanon, “Les Damnés de la terre” – Maspero, 1961

(6) Discours de réception du prix Nobel de littérature, à Stockholm, 10 décembre 1957 (de Albert Camus)

CRISE DE LA COTE D’IVOIRE : Le véritable problème commun du peuple ivoirien que les ivoiriens raisonnables sauront reconnaître.

En quête du problème du peuple ivoirien qui peut fédérer ses membres, dans l’article précédent, nous avons traité des faux problèmes du peuple ivoirien. Nous sommes parvenus au fait que des définitions du problème du peuple ivoirien consistent à le privatiser ; ainsi des difficultés de tels partis politiques et de ses partisans sont pris pour ce problème. Associées alors à leur résolution  dans des cadres restreints et privés, ces problèmes ainsi posés et traités pourrissent en réalité la cohésion et l’unité du peuple tout entier. Bref, Ces faux problèmes et leurs solutions associées, non seulement tendent à empêcher la possibilité de l’existence même du peuple ivoirien, mais en plus, ils aggravent son véritable problème. Nous voici poursuivant la recherche du véritable problème du peuple ivoirien que les ivoiriens authentiques sauront reconnaître.

Ce problème consiste nécessairement en une situation inacceptable pour le peuple ivoirien tout entier. Cette situation affecte et nuit gravement à sa marche historique de progrès en progrès des conditions d’existence du plus grand nombre ses membres, soit en la contrariant, en la ralentissant ou encore en la stoppant. A ce titre, il ne peut consister en tels ou tels ivoiriens et leurs productions, ni en tels autres intervenants extérieurs et leurs et interférences dans les productions des membres de la société ivoirienne, bien qu’elles puissent l’aggraver. Cette situation inacceptable ne peut pas constituer un objet de divergences entre ivoiriens, s’agissant de sa nature inacceptable pour tous. C’est pourquoi, elle constitue une difficulté qu’ils peuvent mettre en commun en vue de tenter de la résoudre ensemble. A ce titre, telles difficultés identifiées par telles parties du peuple, mais qu’elles ne peuvent mettre en commun avec telles autres parties, ne le sont pas. Cette situation a des causes qu’il lui faut identifier. Elle se manifeste sous différentes formes qu’il convient qu’il les distingue du problème lui-même. Cette difficulté produit des conséquences toxiques pour le peuple, la rendant inacceptable et appelant une nécessité de la résoudre et à minima de la réduire.

Cette difficulté affecte tous les ivoiriens de la même manière ou presque, ce qui la rend reconnaissable par tous et en fait l’objet de leurs accords, non seulement pour la désigner, mais également pour la traiter. Parce que le peuple ivoirien tout entier est celui qu’elle affecte, il est l’acteur qui doit la résoudre ou du moins l’atténuer, ce qui implique des solutions et réponses concertées de ses membres. Il est l’acteur de sa résolution. Un tel problème se distingue de tous les autres problèmes que des ivoiriens rencontrent et identifient ici et là par un trait singulier : il constitue un facteur de rassemblement des membres du peuple et de sa cohésion nécessaire à sa résolution ou réduction. Un tel problème ne peut diviser le peuple ivoirien. Comme telle, ce problème est permanent dans la mesure où il est constitutif de la cohésion de la société, donc de son existence comme tel. Ce n’est donc pas un problème conjoncturel mais un problème dont la résolution constitue le travail de toute une vie d’un peuple.

Maintenant que le problème commun du peuple ivoirien est décrit, tentons de l’identifier et de le poser si clairement que chaque membre du peuple ivoirien le reconnaisse et trouve dans sa définition même, les axes de recherche menant à ses solutions.

 Tentative d’approche du problème commun du peuple ivoirien par la situation conflictuelle.

Nous cherchons une situation inacceptable pour le peuple ivoirien. Or, la situation est générée par les relations entre membres de la société ivoirienne à travers leurs productions et actes, mais aussi leurs interactions avec des membres d’autres sociétés extérieures. C’est donc à partir de leurs actes et en les suivant jusqu’à la production de la situation inacceptable que nous serons en mesure d’identifier le problème. Cette situation inacceptable peut également être immanente à leur existence en communauté, si bien qu’en réalité, chacun de leurs actes constitue une réponse pour la rendre acceptable. Lorsque ces actes sont toxiques en le renforçant au lieu de le traiter, ils sont perçus comme étant le problème lui-même. Ces productions ou réponses toxiques génèrent des divergences dont l’irrésolution conduit aux conflits à l’origine des situations de crise de la société toute entière.

Dès lors que ces crises sont ce qui se rapproche le plus des situations acceptables pour le peuple tout entier, leur examen peut permettre d’approcher le problème du peuple ivoirien. En effet, de par sa nature, la situation conflictuelle née de l’opposition violente entre le régime au pouvoir et son opposition ainsi que leurs partisans respectifs, nous met sur la piste du problème commun du peuple. Examinons donc si cette situation conflictuelle constitue le problème du peuple ivoirien qu’il doit résoudre.

On a bien observé que le régime au pouvoir et l’opposition ainsi que leurs partisans respectifs s’accommodaient de leurs divergences. Par exemple, tandis que l’opposition et ses partisans pointaient une candidature et une élection illégitimes, le régime au pouvoir et ses partisans procédaient comme si nul problème n’existait en cela. Ainsi, on ne pouvait pas énoncer l’existence d’un problème commun au régime au pouvoir et à son opposition dans aucune divergence et à fortiori au peuple ivoirien tout entier en la candidature abusive. Tant que leurs relations en restaient à leurs divergences, et que cela ne constituait aucune difficulté inacceptable pour le le peuple ivoirien, il n’existait aucun problème qui affecta le peuple. La situation change lorsque de divergences non aplanies en divergences non traitées, leurs réponses, chacune des parties de son côté mène à leur conflit, à savoir à leur rupture et à des relations violentes.

Le conflit entre le régime au pouvoir et l’opposition ainsi que leurs partisans respectifs leur est-il acceptable ? A priori, non. Contrairement à leurs divergences, concernant le caractère problématique de la candidature et de la réélection du président Ouattara, il semble que le conflit qui les a suivies aboutissait à une situation, autant inacceptable pour le régime au pouvoir que pour son opposition et leurs partisans respectifs. On tient ce constat du fait de leur tentative de mettre en commun cette cette situation conflictuelle. En effet, cette situation a été posée aussi bien par le pouvoir que par l’opposition comme étant constitutive d’un problème qu’il doivent résoudre ensemble. Cette situation est inacceptable pour tous les deux, si l’on se réfère à la rencontre du 11 novembre en les présidents Ouattara et Bédié pour initier une tentative de sa résolution. Ainsi, la situation conflictuelle inacceptable pour les deux parties constitue un problème qu’elles acceptent de mettre en commun, qu’elles pose ensemble et et veulent résoudre ensemble comme un problème commun. Dès lors, leur conflit n’est plus l’une des conséquences du problème particulier, du point de vue de l’opposition, qu’elle considère comme étant la candidature abusive du président Ouattara et sa réélection illégitimes, ni par celui constitué, du point de vue du régime au pouvoir, par la désobéissance civile et le CNT. Il s’en suit que pour la première fois, un problème commun aux deux parties existe : la situation conflictuelle est alors leur problème commun  que le pouvoir et l’opposition jugent comme étant la situation inacceptable pour tous les deux.

Dès lors, on peut poser que le conflit régime-opposition né de leurs divergences multiples est constitutif de leur problème mis en commun. Cet aboutissement implique de considérer comme ses causes, tout ce qui le précède, à savoir les objets de leurs divergences  : problèmes particuliers de la candidature abusive, du manque de probité des institutions, de l’absence de légalité et de légitimité, du refus mutuel de se reconnaître leurs qualités respectives, etc….  C’est là un argument supplémentaire qui confirme le fait que la candidature abusive et la réélection illégitimes ne constituent donc pas leur problème commun mais les causes qui génèrent ce dernier. Lorsque le président Ouattara décide de poser sa candidature à l’évidence contre la constitution, cet acte est sa réponse particulière au problème que nous cherchons, tel que lui et son parti se le posent en particulier. Évidemment, c’est une solution particulière au problème posé particulièrement par eux, dès lors que l’avis du peuple n’a pas été requis. La contestation de cette candidature est en réalité la contestation de leur réponse au problème tel qu’ils l’ont privatisé. L’opposition résolue à cette solution des autres partis de l’opposition et de leurs partisans est leur solution au problème de la candidature tel qu’ils l’ont privatisé à leur tour. Ils n’ont pas requis l’avis du peuple tout entier sur ce problème pour en faire un problème commun. Ainsi, tous les événements qui constituent leur conflit et finalement la crise, ne sont en réalité que des réponses particulières les unes autant que les autres à des problèmes particulier identifiés ; ils ne sont pas le problème commun du régime au pouvoir et de son opposition et de leurs partisans respectifs ; ils sont encore moins ceux de tous les membres du peuple ivoirien.

En définitive, il existe désormais un problème commun au régime au pouvoir et à son opposition ainsi qu’à leurs partisans respectifs ; ce problème est la situation conflictuelle inacceptable pour les deux parties qui constitue la situation action de crise. Pour autant, si cette situation n’avait aucune conséquence ni répercussions sur les conditions de la vie des membres du peuple ivoirien, constituerait-elle un problème commun à tous les ivoiriens et à résoudre par eux ? A l’évidence non. Dès lors, le problème commun du peuple ivoirien peut être approché, grâce à la situation conflictuelle et plus précisément en suivant ses impacts ou conséquences. Le conflit et ses manifestations semblent alimenter ce problème commun du peuple ivoirien.

A l’examen de l’enchainement des faits qui constituent la crise, le moment où un problème se pose à tous les ivoiriens, c’est lorsque tous, régime au pouvoir, opposition et leurs partisans respectifs et, sans taire leurs divergences initiales, ainsi que tous les autres ivoiriens, ils affirment ensemble que la situation de la société ivoirienne, née de ces diverses divergences entre gouvernement et son opposition et de leur conflit qui résulte, est inacceptable pour tous. Ces divergences ont trait à la définition du problème tel qu’ils se le posent et y répondent particulièrement, chacun de son côté. C’est à cette unique condition qu’ils peuvent ensemble discerner le problème commun comme suit : la situation de la Côte d’Ivoire et les circonstances de la vie ensemble des ivoiriens sont inacceptables et insupportables. Partant de ce point, tout ce qui a été jusque-là érigé en problèmes du peuple ivoirien n’apparaît alors plus que sa cause. Voici la difficulté que nous cherchions à poser comme étant son problème et à résoudre autour de laquelle le peuple ivoirien, sans aucune exception, peut se réunir pour tenter de le résoudre, en tant que peuple. Dès lors, le problème commun que nous, tout le peuple ivoirien, pouvons nommer de manière identique n’est constitué, ni par le caractère inacceptable de la légalité ou légitimité de la candidature, ni par l’illégitimité des institutions et de la manière de rendre cette candidature légale et légitime, ni par une réélection illégitime, ni par la désobéissance civile, ni par le gouvernement parallèle du CNT, ni encore par le conflit qui en découle comme leur conséquence ou manifestation. Tout cela constitue précisément certaines de ses causes.

Le problème du peuple ivoirien semble résider dans la circonstance historique, inacceptable pour tous les ivoiriens, de la société ivoirienne et de l’existence du peuple ivoirien. Plus simplement, la difficulté inacceptable que constitue la circonstance de la vie du peuple ivoirien semble constituer ce problème. Soit. Observons toutefois que cette circonstance inacceptable pour tout le peuple ivoirien résulte de considérations particulières de ce problème. Ce sont bien les solutions particulières pour traiter unilatéralement ces considérations particulières du problème qui ont abouti au problème du peuple. De fait, ce problème existait bien avant les tentatives malheureuses de le privatiser ainsi que ses solutions. Il vient en conséquence que ces faux problèmes et leurs solutions fausses n’ont pas généré ce problème, mais l’ont tout simplement alimenté et aggravé. Des lors, toutes productions qui aboutissent à générer de telles circonstances inacceptables pour le peuple tout entier sont des causes aggravantes du problème du peuple ivoirien. En quoi le sont-elles et quel est le problème ultime que ces circonstances inacceptables aggravent ?

Le problème du peuple ivoirien est alimenté et aggravé par les faux problèmes. 

Le problème du peuple ivoirien ne date pas de la présente crise ni des crises d’hier ; elles l’aggravent. En examinant avec méthode les faits, on voit bien que ce problème commun ne date pas de la candidature certes abusive du président Ouattara, ni de la réponse tout aussi abusive de l’opposition pour la traiter, ni de sa réélection illégitime qui en résulte. Tout cela que les ivoiriens posent généralement et unilatéralement comme étant le problème, de leurs uniques points de vue, ne constitue en réalité et en première instance de que des réponses hasardeuses et particulières à ce problème alors privatisé. Bien sûr, des ivoiriens peuvent présenter certaines de ces productions comme étant des conséquences ou des réponses aux problèmes particuliers qu’eux-seuls ont identifiés, mais faits le problème. A ce tire, ils s’égarent dans le discernement du véritable problème. En effet, en contribuant par la suite à détériorer les conditions d’existence des ivoiriens, toutes ces production apparaissent en réalité comme des causes du problème réel, en raison de constituer ses manifestations. Telle de ses manifestations, comme par exemple la candidature abusive, consiste en une solution particulière trouvée par le régime au pouvoir. Telle autre, comme la désobéissance civile et le CNT, valent réponses particulières de l’opposition.

Ainsi, la situation inacceptable de crise résulte de l’opposition de tentatives hasardeuses, sociotoxiques et unilatérales de définir le problème qui se pose au peuple ivoirien et de le solutionner. En aggravant le problème au lieu de réduire, elle agit comme l’une des cause des difficultés de vivre des membres du peuple ivoirien. Le véritable problème du peuple ivoirien se déduit de cela : ce sont les difficultés inacceptables de vivre des membres du peuple ivoirien. En observant différemment toutes ces productions à la lumière de ce problème ainsi posé, on peut alors parvenir à une autre compréhension de ce qui se joue ainsi que de la nature de chaque production ou situation. La crise peut alors trouver une autre explication que la candidature abusive qui elle-même est une réponse particulière à ce problème et non pas le problème dont elle est précisément une solution inadaptée et collectivement toxique.

Face au caractère inacceptable des difficultés de la vie, qui constituent le véritable problème commun, des parties du peuple tentent de privatiser ce problème ; elles pensent comme si ces difficultés inacceptables rencontrées par le peuple tout entier les concernaient elles seules. Elles procèdent ainsi, non seulement circonscrire le périmètre social des membres devant agir agir pour les réduire, mais surtout pour mieux appliquer au problème ainsi particulièrement défini, leurs solutions particulières. Cette solution particulière consiste à détenir et conserver le pouvoir, considérant que c’est le moyen indispensable pour mieux supporter ces difficultés inacceptables, qui de leur point de vue semble les affecter seuls, ainsi qu’elles les perçoivent.

Ainsi, depuis la mort de Félix Houphouët-Boigny en 1993, on ne peut que constater les tentatives des gouvernants qui lui ont succédé, de mettre en œuvre cette solution depuis 1993 ; ils n’ont pas atteint le niveau d’équilibre et d’efficacité de sa pratique depuis les indépendances en 1960. Mise en œuvre avec brutalité, sans discernement et sans un minimum de justice et d’équité, on ne peut s’étonner qu’une telle réponse ne puisse résoudre les difficultés, si tant est que la finalité de ses promoteurs est de la résoudre pour tous, plutôt que de tenter de faire échapper leurs partisans à leur rigueur. Depuis 2011, le “rattrapage ethnique” du président Ouattara a porté cette réponse à tel niveau de caricature jamais observée. Ainsi, sa candidature abusive ne constitue qu’un élément de cette réponse. Pour lui et ses partisans qui veulent échapper seuls et dans le cadre cadre social restreint aux conséquences du problème réel, elle n’est pas un problème, au contraire ; elle est le moyen de leur solution particulière trouvée : cette solution consiste à rendre unilatéralement le problème moins toxique pour eux et à non le résoudre ou à le réduire pour tous, quitte à ce que leur solution l’aggrave pour d’autres parties du peuple. Cela dit, il n’y a pas à les condamner, mais à chercher à comprendre ensemble pourquoi chacune des parties du peuple veulent privatiser le problème et lui appliquer des solutions particulières, qui bien souvent, produisent leurs effets au détriment d’autres parties. Il convient d’observer d’analyser et de tenter de comprendre toutes les productions et actes qui ne sont en définitive que des solutions particulières au problème ainsi privatisé. Cette manière des parties du peuple, de définir unilatéralement le problème, de le privatiser et finalement de le traiter unilatéralement, est précisément ce qui n’a pas réussi au peuple ivoirien depuis 1990.

Le problème du peuple ivoirien, ce sont les difficultés inacceptables de vivre de ses membres.

Les ivoiriens qui vont preuve d’authenticité ne méconnaissent pas le problème commun du peuple ivoirien : ce sont les difficultés inacceptables de vivre de chacun de ses membres. Ces difficultés sont immanentes à toutes existences. On a de tous temps connu ceux qui portent la qualité d’ivoiriens vivre en communautés de diverses sortes. De la famille au village et à la société ivoirienne en passant par les royaumes, ils n’ont pas cessé de vivre avec d’autres contemporains. Ces formes sociales auxquelles ils sont attachées ne tirent finalement leur principal intérêt que celui de constituer des cadres sociaux de réduction collective de leurs difficultés communes de vivre. Ces difficultés ont plusieurs sources.

D’abord, l’environnement de leur existence. Non mis en valeur, ni rendu utile, il constitue naturellement à la fois la condition de la possibilité de l’existence, mais aussi ce qui l’agresse et peut y mettre un terme. Si les formes sociales ont évolué de la famille au village, au royaume et aux formes étatiques contemporaines, tout cela est le résultat de la recherche de conditions efficaces pour mener une économie de l’existence productrice de réductions constantes de ces difficultés de vivre. La société apparaît alors comme un moyen de faire face ensemble à l’adversité externe. Au titre de l’adversité externe, figurent toutes autres sociétés humaines en relation avec la société ivoirienne, dont les interactions avec elle se caractérisent par leur toxicité collective. Nous développerons ce point ultérieurement. Soulignons ici, que de même que nuls ivoiriens, seuls ou en groupes, ni leurs productions, même toxiques ne représentent le problème du peuple ivoirien, aucune autre société humaine ni leurs membres, ni leurs productions ne le représentent. Dans un cas comme dans l’autre, leurs productions y interviennent comme des causes qui le renforcent.

Dans l’histoire, il arriva presque toujours que l’avènement de telle forme sociale résulte d’un phénomène violent et traumatique. La société qui en résulte n’en donc pas naturellement un cadre commun de cette économie, mais un construit social, sans cesse amélioré. En effet, on a vu dans l’histoire des hommes, des parties de telles sociétés humaines aspirer à réduire leurs difficultés aux détriments de telles autres, alors dominées et mises au service de leur finalité égoïste. C’est dire que l’organisation même de la société et les relations entre ses membres peuvent constituer une cause additionnelle de ces difficultés.

Au sortir de la colonisation, les ivoiriens ont hérité d’une société commune, bâtie martialement et dans la violence. Il a semblé que les rares tentatives de revenir aux sociétés anciennes une fois la force oppressive levée, n’ont pas empêché les ivoiriens de se retrouver vivant ensemble dans leur société commune. Certes, une règle cousue de toute pièce avec l’aide des anciens oppresseurs devait organiser leurs relations ainsi que le pouvoir émanant de leur coexistence. D’une part, on ne peut pas affirmer qu’il aient été interrogés sur l’appartenance à cette nouvelle société commune, ni s’agissant de ses règles. Trop heureux d’en finir avec l’indignité, il semble qu’eux-mêmes ne se posaient pas ces questions. D’autre part, dès lors que ces règles n’affectaient pas fondamentalement celles qu’ils connaissaient et continuaient d’appliquer dans les périmètres sociaux historiques, le caractère fondamentalement antagoniste de ces règles lointaines aux leurs anciennes ne les interrogeait pas. Ainsi, ce double ordres sociopolitiques antagonistes (local et national) devait livrer sa vérité : des gouvernants et dirigeants qui eux-mêmes n’ont pas choisi entre ces deux ordres ; ils agissent alors selon l’ordre monarco-inégalitaire local et selon celui démocratico-égalitaire selon les buts qu’ils poursuivent. Le résultat de tout cela, ce sont les crises multiples de la société.

Par ailleurs, aucune règle ne se substitue aux sentiments éprouvés et à l’état d’esprit de ceux auxquels elle s’applique et qui doivent l’observer. Ainsi, passée l’euphorie de l’indépendance, les sentiments profonds des ivoiriens ont gouverné leurs postures, leurs comportements et leurs actes. Les ivoiriens le savent ; des gens qui deviendront avec d’autre des ivoiriens ont été dominés sur place dans leurs aires sociales ; ces dernières étant circonstancielles, car les aïeux de peu d’ivoiriens ont de tous temps vécu en ces aires. D’autres et leurs aïeux vivent désormais dans ce pays après avoir été arrachés à leurs anciennes aires historiques ou à la faveur de cette histoire commune traumatique qu’est la colonisation.

Le sentiment d’ivoiriens qui se considèrent authentiques sont ceux qui ont été colonisés sur place, dans leurs territoires qu’ils occupaient ; ce sentiment n’a pas disparu avec aucune règle. Ayant été incapables d’empêcher qu’on leur imposa de l’extérieur avec qui ils devaient faire société, les voilà qui nourrissent désormais un sentiment profond de quasi-propriétaires du pays qu’ils n’ont pu défendre. Quant à ces compatriotes dont leurs aïeux de leur côté ont été incapables d’empêcher d’être arrachés à leurs terres initiales par la même force impériale, les voilà nourrissant un profond sentiment d’exclusion de la société, comme si les premiers étaient responsables d’une histoire dont il résulta qu’ils éprouvaient des difficultés à ancrer leur histoire dans un espace qui leur était nouveau sinon étranger. Dans cette relation où les premiers devaient faire de la place aux seconds, la confiance faisait défaut. Pire, encore, les seconds devaient sans doute imaginer le complot des premiers visant à ne leur laisser aucune place. Dès lors, tous actes de leur part s’analysaient sous l’angle des signes qui confirment leur thèse du complot. Les initiatives malheureuses pour briser ce complot et leurs conséquences alimenteront les difficultés de vivre. Faisant société commune, il n’y a rien de pire que la méfiance mutuelle ; ne pas avoir mutuellement confiance les uns dans les autres ajoute aux difficultés de vivre, la misère des esprits et des tentatives hasardeuses d’anticiper ce qu’on croit être l’intention de ceux qu’on suspecte.

Par ailleurs, les règles les plus parfaites d’organisation de la société et des relations pour briser la méfiance et nourrir la confiance mutuelle ne suffisent pas. Au sortir de l’indépendance, les ivoiriens semblaient pourtant accordés sur les règles qui organisent leurs relations et qui doivent assurer leur cohésion et les lier en tant que peuple. Mais, voilà, les règles les plus parfaites ne peuvent offrir que ce qu’elles sont. Quant à ce que les ivoiriens, en particulier, tels dirigeants pensent ou croient qu’elles sont, qui explique leurs manières de les appliquer, c’est aussi l’une des sources de ce qui produit les difficultés. Mais, il n’y a pas que les règles d’organisation de la société et les manières de les mettre en œuvre, à savoir de se relier les uns aux autres. Comme nous l’avons vu, les sentiments éprouvés les uns vis-à-vis des autres et la méfiance que les ivoiriens se manifestent déterminent leurs relations aux règles censées assurer la cohésion de la société.

Enfin, les difficultés ne sont réduites qu’à travers et par des productions collectives déterminées en en vue de cette haute finalité commune. Sur ce plan, il s’agit de l’usage rationnel du pouvoir et des moyens dont il dispose, pour réaliser les conditions du progrès du plus grand nombre des membres de la société. Lorsque le pouvoir détenu n’est pas exercé pour cette finalité, lorsque son exercice ne crée pas les conditions permettant au plus grand nombre d’ivoiriens de disposer des moyens de réduire ses difficultés, alors elles ne peuvent de croître. Ainsi, que tels ivoiriens considèrent telles productions ; avec peu d’effort, ils peuvent l’associer à l’une de ces catégories de causes des difficultés inacceptables de vivre du peuple ivoirien qui constitue son problème. Qu’il s’agisse de la candidature abusive ou de la réélection illégitime ainsi que tout ce qui leur est lié, ils constateront qu’elles peuvent être classées comme causes aggravantes de ce problème, au titre des réponses collectives toxiques. Ce n’est pas parce que telles réponses toxiques aggravent ces difficultés, plutôt que de les réduire, qu’elles perdent leur qualité de réponses pour devenir le problème qui peut être mis en commun ; au mieux, elles sont des causes qui l’aggravent.

Maintenant que le problème du peuple ivoirien est posé, que ses catégories de causes sont explorées, on peut alors constater que toutes les productions, mêmes toxiques des ivoiriens n’en constituent que des causes qui l’aggravent. Or, toutes ces production n’ont qu’une unique finalité : conserver ou conquérir le pouvoir, pourquoi ? Les choses sont claires ; pour les acteurs ivoiriens qui en sont les auteurs, leur but est de détenir le pouvoir, perçu comme le moyen le plus efficace de réduire ces difficultés. Dès lors que tous les moyens sont bons pour parvenir à cette détention ou conservation y compris l’abus et le mépris pour des règles qui l’organisent, la preuve est ainsi faite qu’il ne s’agit pas de réduire les difficultés des membres du peuple ivoirien tout entier. En effet, cela n’a aucun sens d’affirmer vouloir réduire ses difficultés, en commençant par le mépriser, à travers le mépris manifesté pour la règle qui doit lier ses membres et assurer son unité. Impossible détruire le peuple pour lequel on affirme agir pour la réduction de ses difficultés. Voilà pourquoi on ne peut envisager l’existence d’un problème du peuple et sa résolution, sans que le peuple lui-même n’existe pour le poser, identifier les solutions et en bénéficier.

Aucun problème du peuple ivoirien ne peut être défini ni traité, en dehors du peuple lui-même.

La détention et conservation du pouvoir n’est pas la solution au problème commun tel que posé : les difficultés inacceptables de vivre du peuple ivoirien tout entier. Pourtant, dès 1990, Alassane Ouattara et ses sympathisants ont vu dans la conquête du pouvoir, la solution à ce problème, tel qu’ils le percevaient et l’avaient privatisé. C’est ainsi que, considérant que sa détention est leur moyen pour parvenir à la solution particulière identifiée au même problème que toutes les autres parties ont privatisé, la lutte politique violente pour la détention du pouvoir constituait la voie pour parvenir à la solution du problème privatisé. La mort d’Houphouët-Boigny  1993 donna un coup d’accélération à la quête tous azimuts du moyen de la solution au problème alors privatisé par toutes les parties du peuple ivoirien. Tout ce que nous avons appelé des crises n’était que ce qui résultait de cette quête du moyen de la solution particulière, identique pour tous : dominer d’autres parties du peuple. La tentative d’empêcher la transition suite au décès d’Houphouët-Boigny en 1993 recevra pour réponse le concept de l’Ivoirité en 1995 résolu par le coup d’État de 1999 ; la parodie d’élection de 2000 après celle de 1995, sans l’unité du peuple au coup d’État de 2002 à la guerre ayant abouti à la partition du pays jusqu’en 2010, des ivoiriens pensaient avoir résolu ce problème. Les élections de 2010, dignes d’un combat de gladiateurs romains seront ponctuées par une guerre éclaire. Des ivoiriens ont vraiment cru le problème résolu quand la politique du “rattrapage ethnique” leur rétorqua que non. Fatiguée par plus de 10 années de violence, la nouvelle constitution de 2016 qui préparait les conditions de la crise actuelle passa comme une lettre à la poste. De la candidature et la réélection illégitimes et à la crise actuelle, il ne s’agit là que des causes aggravantes d’un problème privatisé et d’une recherche et application de solutions particulières et unilatérales par différentes parties du peuple ivoirien.

Évidemment, à telle période, nombre d’ivoiriens veulent prendre telles de ses manifestations, comme par exemple des réponses particulières et hasardeuses, pour le problème lui-même et les traiter comme telles. Depuis 1990, les faits montrent que la tentative de coup de force d’Alassane Ouattara à la mort d’Houphouët-Boigny, le concept d’ivoirité, le coup d’État de 1999 et tant d’autres réponses aussi particulières que collectivement toxiques, pour résoudre le problème tel que particulièrement perçu ont échoué à le résoudre. A l’examen de ces ces faits,  tous montrent que les parties du peuple ivoirien qui ont mis en œuvre leurs réponses particulières se sont trompées de cible. Le problème commun et se manifeste sous d’autres formes que de nouvelles réponses particulières inefficaces manifestent. Pourtant, les ivoiriens rechignent à changer leur considération de ce qui leur pose problème à tous plutôt qu’en particulier, à questionner le caractère de leurs réponses (particulier ou général) et leur aptitude à résoudre efficacement et durablement un problème commun qu’ils n’ont ni identifié, ni mis en commun.

A propos de solutions particulières et toxiques au problème privatisé, on a vu à chaque période de l’histoire depuis 1990, au cours de laquelle le problème affleure à nouveau et se manifeste avec acuité, les mêmes attitudes, postures et actes de la part des mêmes acteurs, dont leur nouveau ne se mesure qu’à l’aulne de leurs positions par rapport au pouvoir. Considérant leur privatisation du problème, Certains membres du peuple ivoirien, les dirigeants notamment, ont à chaque fois tenté de le résoudre entre eux. C’est ainsi qu’on a vu à chaque fois, au moment où il affleure, les détenteurs du pouvoir et ceux qui s’opposent à eux agir de la même manière. Ils prennent leurs divergences à propos de leur quête du moyen décisif à leur sens (la détention du pouvoir), pour une solution unilatérale au problème du peuple ivoirien alors qu’ils veulent en faire le moyen de résoudre problème qu’ils posent en particulier. Des rencontres entre pouvoirs et oppositions qui se sont succédés tour à tour sont à chaque fois intervenues comme la solution de ce problème. Ensemble, ils ont tenté de résoudre leurs divergences à propos de leurs solutions particulières prises pour le problème de tous le ivoiriens, cependant qu’ils laissaient apparaître et penser au peuple qu’il traitaient le problème commun du peuple ivoirien. Les ivoiriens connaissent les résultats qu’ils ont obtenus en ce dernier domaine depuis que les différents pouvoirs et leurs oppositions veulent régler le problème des ivoiriens, mais sans eux : parodie d’élection en 1995, élections sanglantes de 2000, coup d’État de 2002 suivi d’une guerre civile et partition du pays, élections dont il résulte deux présidents, suivies de guerre et mise à l’écart de parties partisanes du peuple à travers l’exclusion de leurs leaders, avec l’appui de la communauté internationale. Voilà à nouveau le peuple ivoirien en face des mêmes réponses toxiques appliquées au problème du peuple, mais sans lui, pour le moment.

Encore une fois, les divergences entre le pouvoir et opposition d’aujourd’hui, à propos de candidature abusive du détenteur du pouvoir, de probité de ceux qui incarnent les institutions, de légalité et de légitimité de cette candidature et de l’élection de 2020, lui est imposée comme son problème commun, alors même que ses parties partisanes prennent faits et causes pour chacun de ces deux acteurs divergents dont la nouveauté ne tient qu’à leur position relative au pouvoir convoité. Là où l’opposition et ses partisans voient l’existence d’un problème dans la solution particulière du régime au pouvoir, le régime au pouvoir et ses partisans n’en voient aucun. Il n’existe aucun problème dans une divergence dès lors que la divergence elle-même implique un désaccord sur son existence. Si le régime et l’opposition s’accordent pour se rencontrer et négocier, ce n’est pas tant pour résoudre le fait qu’ils divergent, que leur divergence constitue un problème en soi. Une divergence n’est pas un problème pour le peuple ivoirien ; elle est appelée à être une difficulté qu’ils doivent résoudre ensemble. Ils s’accordent en réalité sur le fait que la situation que leurs divergences non résolues produisent n’est pas acceptable. C’est précisément cette situation inacceptable pour tous les deux et pour tous qui constituent le problème commun et non le fait qu’ils divergent sur tels ou tels objets.

Or, cette situation est précisément celle que le peuple ivoirien n’accepte pas, si chacun de ses membres fait preuve d’honnêteté. Dès lors, on peut énoncer que d’une certaine manière, le régime au pouvoir et l’opposition à telle époque privatise le problème commun des ivoiriens ainsi que la solution pour le résoudre. Ensemble, ils procèdent dans le cadre de leurs rencontres et discussions lorsque la crise est installée par l’irrésolution de leurs divergences. Voilà pourquoi tous les efforts déployés depuis 1990 par les uns et les autres n’ont pas approché une résolution efficace du problème qui se pose au peuple que nous discernons ainsi : les modalités et conditions de la vie ensemble sont inacceptables pour le peuple ivoirien depuis longtemps.

A force que certains de ses membres, selon l’époque et leur position par rapport aux détenteurs du pouvoir, rusent avec ce constat commun, ce problème leur est apparu comme inexistant ; quand ils concèdent son existence, ils le considèrent  comme un problème privé d’autres parties du peuple, dont ils peinent à en faire le constat. Le résultat de ce manque d’authenticité est la longue crise de laquelle le peuple ivoirien a le sentiment de ne pas en sortir, au moins depuis 1993. Ce problème se manifeste dans la candidature jugée abusive, en tant qu’une solution particulière. Une autre solution particulière est celle qui se constitue dans la désobéissance civile et la création du CNT. On a vu des ivoiriens vouloir résoudre ce problème depuis 30 ans au moins, à travers des solutions abusives ou martiales qui non seulement excluent une partie des ivoiriens des profits à en tirer, mais en plus sans que tous les ivoiriens y soient associés.

En définitive, il est difficile de concevoir l’existence d’un problème commun de tout le peuple, dont certaines parties ne constatent pas l’existence, ni sa nature identique, ni ne le désignent de la même manière et en fin de compte, dont l’existence elle-même constitue l’objet d’une divergence entre parties du peuple. Les ivoiriens qui identifient un problème qu’ils ne peuvent mettre en commun avec d’autres ivoiriens racontent des histoires à propos de leur problème particulier, en le présentant comme un problème commun du peuple ivoirien. Inutile d’ajouter que dans ce cas, leurs solutions à un tel problème ne peuvent être que particulières. Parce que les solutions particulières des parties du peuple peuvent s’opposer et générer des divergences à leur sujet entre elles, difficilement résolubles, elles alimentent le problème commun et l’aggravent au lieu de le traiter.

Le problème du peuple ivoirien, ce ne sont pas les influences & interférences extérieures.

Les ivoiriens scrutent l’extérieur de leur société à la recherche de soutiens qui viendront conforter une considération du problème et la réponse qu’ils lui donnent. C’est ainsi qu’ils espèrent que leur définition du problème et leurs réponses apparaissent comme fondées. La vérité, c’est que la pertinence du problème tel qu’ils le définissent et des réponses pour le résoudre ne peuvent avoir de sens et d’utilité que collectifs pour tous les ivoiriens. Ce ne sont pas les réponses que les membres d’autres sociétés extérieures donnent à ce qu’ils considèrent comme étant leur problème qui déterminent et confèrent à la définition de leur problème et ses solutions leurs valeurs. Vis-à-vis de la définition de leur problème et des solutions pour le traiter, telles sociétés extérieures agissent pour leurs propres comptes et de telles manières, mais toujours, dans le sens des intérêts communs de leurs membres. Parfois, leurs réponses les confortent ; d’autres fois elles les contrarient. A part tolérer l’adversité parce que les parties du peuple ivoirien espèrent qu’elle conforte leurs définitions particulières de leur problème et leurs solutions tout aussi particulières, mais qui conviennent cependant à ses intérêts, collectivement, les ivoiriens n’ont rien à attendre de l’adversité externe. Les ivoiriens ont donc tort de dilapider leur énergie à juger ses réponses à son problème, au lieu de se consacrer au leur.

Une fois que les ivoiriens posent et conviennent ensemble que leur problème commun ce sont les difficultés communes inacceptables de vivre, ils ne peuvent pas considérer que tels ivoiriens, ni tels autres acteurs acteurs le constituent. Par ailleurs, ils ne peuvent pas non plus vouloir le régler ce problème, avec tels autres acteurs extérieurs à eux tous, sauf à compter sur ces derniers pour traiter le problème en privé qu’ils considèrent comme étant particulier, avec le soutien de ces derniers. Un problème que tels ivoiriens refusent de poser et de ensemble avec tels autres ivoiriens ne peut recevoir l’attribut de commun. Pour toutes ces raisons, chaque fois que tels ivoiriens s’en prennent à tels acteurs extérieurs pour ne pas intervenir dans leur problème dans le sens qu’ils voudraient, ils ne signifient par là, en réalité, qu’ils ne recherchent que tout ce qui peut soutenir leurs réponses particulières au problème qu’ils posent particulièrement.

Or, quoi qu’ils en pensent et veulent, les ivoiriens doivent  constater que partout dans le monde et dans l’histoire, l’économie de réduction des difficultés de vivre se réalise au sein des sociétés politiques en États de paix. Les économies de réduction des difficultés inacceptables de leurs membres sont influencées par celles que mènent d’autres sociétés, si bien que c’est leur cohésion qui empêche ou réduit la prise de ces influences extérieures. Si, tout en vivant ensemble dans leur société, en raison de vouloir solutionner en privé et particulièrement ces difficultés, les parties du peuple ivoirien s’accommodent de ces influences, les utilisant même comme les moyens de leurs solutions particulières, alors ce sont les conditions de la cohésion de leur société que ses membres doivent interroger et non pas l’adversité externe. Tant que la mise en commun de leurs difficultés communes n’aura pas été mise en œuvre et qu’ils ne se sont pas accordées sur des réponses collectives, alors selon l’époque telles de ses parties s’en prendront à l’adversité externe au moment même où telles autres l’applaudiront.

Bref, quand en 2010 des ivoiriens applaudissaient la France faisant la guerre à la Côte d’Ivoire de Laurent Gbagbo avec d’autres parties du peuple ivoirien, et que dans le même temps d’autres ivoiriens l’accusaient, cela signifiait que les ivoiriens n’avaient pas identifié le même problème et ne le résolvaient pas ensemble. Cela signifiait aussi que l’adversité externe pouvait constituer un élément de la réponse particulière des uns, quand elle contrariait la réponse toute aussi particulière des autres. Il convient tout simplement de dire que l’attitude des ivoiriens vis-à-vis de l’adversité externe trahit en réalité leur considération du problème commun. Qu’ils en attendent qu’elle renforce la force et l’efficacité de leurs solutions particulières au problème tel qu’ils le perçoivent et entendent le résoudre ou qu’ils l’accusent d’ingérences, tant que ce qu’ils en disent ne relève pas leur commune réaction, ils considèrent un problème particulier et le traitent en privé et particulièrement. Des ivoiriens qui ne disent pas la même chose avec tous les autres de l’influence de la France, des institutions africaines et de l’Union européennes ni internationales, n’ont pas identifié un problème commun ni ne le traitent ensemble. En quoi ont-ils raison ou tort par rapport à tels autres ?

Des ivoiriens utiles à tous diront que lorsque des ivoiriens sont plus préoccupés par l’adversité externe que par la recherche du problème à mettre en commun et à traiter en vue de la cohésion nécessaire qui permet de compter sur eux-mêmes, alors ces ivoiriens sont davantage préoccupés par l’efficacité de leurs solutions particulières, dans laquelle l’adversité externe peut jouer un rôle que par celle d’une solution collective. Ceux-là renforcent en réalité une adversité externe qu’ils veulent combattre en lui offrant les occasions d’avoir prise. Il voient le complot partout. Démontrant une forme de l’intelligence de l’apparence, ils observent en tout signe la preuve qui conforte leur thèse du complot qui vaut alors vérité. Dès lors, les émotions et les passions sont au dessus de toute la force de l’esprit, la raison. Sans aucune volonté de recherche de la mise en commun du problème et de sa solution, sans cohésion aucune mais nécessaire, l’adversité externe n’a aucun complot à fomenter et à organiser là où les ivoiriens eux-mêmes lui offrent la possibilité d’aggraver leurs difficultés. En définitive, existe-t-il une seule raison pour faire de l’adversité externe ce qui sauver les ivoiriens d’eux-mêmes quand ils œuvrent en la servant ou en facilitant sa prise ? Et selon quelle morale de l’histoire des sociétés humaines et des hommes des sociétés adverses devraient être plus utiles à la réduction des difficultés communes aux membres du peuple ivoirien que les ivoiriens eux-mêmes ? Des ivoiriens si prompts à pointer l’amoralité et l’inhumanité de telles adversités externes évitent en réalité d’évoquer et de questionner leurs propres moralité et humanité qui les amènent à ne pas vouloir faire société avec tels autres ivoiriens pour combattre ensemble l’adversité interne et externe. Aucune société humaine n’a jamais produit pour une autre et à sa place les conditions nécessaires permettant à ses membres de produire ensemble la réduction des difficultés de vivre du plus grand nombre d’entre eux. L’adversité externe est un fait de l’histoire auquel les ivoiriens ne peuvent s’adapter et qu’ils ne peuvent maîtriser s’ils retournent leurs propres forces contre eux-mêmes.

Conclusion.

Au terme de notre quête, nous sommes parvenus au fait que le problème commun aux membres du peuple ivoirien est celui historique de toutes sociétés humaines. Les ivoiriens ne la méconnaissent donc pas, même s’ils se leurrent mutuellement en l’assimilant à de faux problèmes problèmes car particuliers. Ce sont leurs difficultés communes inacceptables de vivre. Les modalités inacceptables de leur coexistence, surtout depuis au moins 1993, aggravent ces difficultés. Ces modalités elles-mêmes résultent de leurs sentiments toxiques et de leurs mal-intentions mutuellement manifestés qui les amènent à vouloir vivre les uns avec les autres qu’en les dominant. Le désir de domination est une réponse particulière à ce problème : pour nombre d’entre eux qui l’éprouvent dans leurs cadres confortables partisans, il s’agit de réduire leurs difficultés à leurs dépens.  Ainsi, tout ce qui renforce ces difficultés inacceptables de vivre ou les aggrave, au lieu de rendre plus supportables est une cause de ce problème commun. Les modalités inacceptables de la vie ensemble depuis 1993 en font partie. Tout ce qui ne cimente pas la cohésion du peuple ivoirien constitue l’une de ses causes. Ainsi, même telle réponse particulière à son problème partisan tel qu’identifié, de la part du pouvoir ou de son opposition, peut en constituer une cause. C’est ainsi que par exemple, la candidature abusive du président Ouattara et sa réélection illigitime, qui tendent à abolir le peuple peuvent recevoir une signification.

S’agissant du problème commun du peuple ivoirien, on ne peut pas continuer à procéder comme s’il était constitué par celui particulier du régime au pouvoir ou par celui de son opposition et de leurs partisans respectifs à telle période historique. Surtout, le concernant, il est mortel de ne pas placer le souverain au cœur de cette tentative de parvenir à des solutions durables. Le temps où le régime au pouvoir et son opposition résolvaient tous seuls leurs problèmes particuliers, mais en donnant à voir au peuple qu’il traitait son problème commun, doit être révolu. La résolution de son problème commun parfaitement identifié et reconnu ne peut que rassembler ses parties, indépendamment de leurs soutiens politiques partisans apportés à chacun d’eux en fonction de leurs sensibilités et convictions politiques. Certes ce problème est incommensurable et immanent à l’existence des hommes, nécessairement collective. Mais, là n’est pas une raison pour trouver le refuge dans des leaders avides de puissance, plutôt que dans la société commune que nous devons ensemble bâtir et organiser pour faire de sa grande cohésion la puissance qui nous abrite et nous protège tous, non seulement des passions les uns des autres, mais aussi de l’adversité extérieure. Sur ce point, les parties du peuple ivoirien, parce que c’est leur intérêt commun, doivent être vigilantes et exigeantes, surtout vis-à-vis de leurs dirigeants qu’elles soutiennent, qu’ils soient détenteurs du pouvoir ou aspirants à le détenir.

Sauf à procéder comme s’ils étaient en guerre et que leurs ennemis étaient d’autres parties du peuple, au lieu d’être les autres co-acteurs de la résolution du problème commun, le peuple ivoirien ne peut esquiver sa propre responsabilité dans la persistance de son problème. A ce sujet, être partisans du régime au pouvoir ou de l’opposition ne suffit pas pour n’avoir aucune responsabilité dans le renforcement de ce problème depuis 1993. Les régimes au pouvoir, leurs oppositions ainsi que leurs partisans respectifs parviennent toujours à résoudre leurs problèmes particuliers, mais pas le problème du peuple ivoirien. Et, on a vu ces 30 dernières années que dès lors qu’ils y sont parvenus, ils procèdent comme si plus aucun problème n’existait ou comme s’il avait été résolu par leurs solutions particulières, jusqu’à ce que ce problème s’aggrave à nouveau dès qu’une divergence surgit entre eux. La privatisation du problème commun du peuple ivoirien par les pouvoirs et leurs oppositions à telle période sera terminée, si le peuple ivoirien souverain le veut et l’exige. Or derrière pouvoir et opposition il a des multitudes partisanes d’ivoiriens constituant le peuple. Sans l’unité de tous les ivoiriens autour de la définition de leur problème commun, il n’y point de peuple ivoirien, mais des parties de ce peuple. Divergentes alors sur la définition de leur problème commun, à moins que ce ne soit sur le périmètre du peuple, ces parties divergent aussi sur la manière de le à traiter ensemble ainsi que sur les solutions collectives à lui appliquer. Il en résulte que les ivoiriens aggravent eux-mêmes leurs difficultés communes alors qu’ils pensent ou croient le résoudre, retournant ainsi leurs forces contre eux-mêmes.

Ainsi, ce peuple ivoirien au nom duquel chacun prétend agir ne peut qu’être constitué, autant par des ivoiriens partisans de tels régimes au pouvoir que par des partisans de telles oppositions à telle époque politique donnée. Ceux qui, en toutes leurs postures, comportements et actes politiques, qu’ils soient au pouvoir ou dans l’opposition, qui prétendent agir pour servir ce peuple doivent préciser de quel peuple il s’agit et quel est donc son problème commun qu’ils traitent à travers leurs actions collectivement toxiques, alors même qu’ils ne peuvent le mettre en commun avec tous les ivoiriens ? Nous avons conscience de tous les ressentiments résultant, non seulement des histoires anciennes encore douloureuses, mais également de celles récentes que les ivoiriens co-produisent néanmoins depuis 1993 au moins. Les ivoiriens doivent prendre garde au fait qu’ils peuvent anéantir leur puissance collective générée par leur unité en tant que peuple, de modifier tout ce qui constitue ou aggrave leurs difficultés de vivre. Sans revoir leurs considérations de leurs réalités, ils prennent alors le risque de traverser l’histoire en produisant collectivement les conditions d’autres ressentiments. Ils doivent accepter le débat. De cette discussion peuvent jaillir de nouvelles idées et d’autres manières de voir leurs réalités vécues, vis-à-vis desquelles ils ont été entraînés et habitués par des guides à adopter des postures belliqueuses, à avoir des comportements violents et à agir de la même manière, convaincus de leurs mêmes hypothèses et considérations. Ce sont des masses d’ivoiriens qui font de tels autres ivoiriens des dirigeants et des gouvernants dignes de leur haute considération. Si nombre d’entre eux les conduisent collectivement dans l’abîme de l’histoire, ils ne peuvent pas les en rendre les uniques responsables, parce qu’ils détiennent le pouvoir de les faire guides.

Si les ivoiriens veulent être leurs propres maîtres et devenir des acteurs qui peuvent modifier le cours dangereux de leur histoire collective depuis plus de 30 ans, c’est en nourrissant leurs propres esprits par des idées que d’autres leur soumettent. C’est ainsi que leurs indignations, leurs révoltes et leurs engagements que traduiront leurs actes contribueront à produire une société ivoirienne en État de paix, comme leur espace commun d’économie collective de réduction de leur problème commun : leurs difficultés communes inacceptables de vivre. Nous pouvons vivre différemment et autrement que de s’épier, que de nourrir des mal-intentions mutuellement les uns contre les autres, que de vouloir dominer les autres membres de la société commune et finalement de se faire la guerre, même larvée pour y parvenir.

Si tels ivoiriens acceptent de continuer à vivre ensemble au sein de la société ivoirienne avec tels autres, c’est parce qu’ils espèrent faire de leur vie collective le moyen de réduire ensemble leur problème commun : les difficultés inacceptable de vivre. Voici pourquoi, tout ce qui aggrave ces difficultés est toxique pour les ivoiriens et constitue une cause qui alimente leur problème commun.  Il en est exactement de tout ce qui génère des modalités inacceptables de coexistence, en particulier les modalités de l’organisation de la société et les manières dont la vie collective s’écoule. Sauf à compter sur la domination de telles parties du peuple ivoirien par telles autres, aucunes parties dominées ne peuvent accepter de vivre avec celles qui les dominent ou veulent le faire  en aggravant ainsi leurs difficultés inacceptables de vivre. Elles n’ont aucun intérêt à vivre avec ceux qui aggravent ces difficultés en les dominant ou en tentant de le faire. Ceux des dirigeants ou gouvernants qui veulent réifiés ou chosifier les ivoiriens en ne sollicitant que leurs passions, parce que c’est le plus court chemin pour détenir le pouvoir ou le conquérir ne rendent aucun service à la société. Leurs procédures sont révélatrices de leurs propres passions.

Une solution collective aux causes aggravantes actuelles de ces difficultés existe. Mais, elle est collective et non pas celle négociée sans eux, par des bergers de troupeaux d’ivoiriens. Sans le peuple ivoirien, la solution particulière entre régime et opposition comme auparavant constituera à nouveau le ferment d’une nouvelle cause aggravante. Une solution étrangère au peuple ivoirien est nécessairement particulière et, comme telle, toujours toxique pour le peuple ivoirien. Pour notre part, nous nous refusons à participer à dire ce qui n’est pas vrai et à ne solliciter que les les passions et émotions des ivoiriens ; bref, ce qu’ils ont en eux de moins noble et qui les éloigne de l’humain tant revendiqué. Nous ne pouvons pas laisser par conséquent à ceux qui veulent être tous seuls le peuple ivoirien le mauvais soin de faire de son problème le leur particulier et de lui appliquer leurs solutions collectivement toxiques cependant. De quel que bord dont ils sont partisans, les ivoiriens finiront pas s’apercevoir et se rendre compte du hors piste historique dans lequel nombre de dirigeants les mènent depuis 1993. Nous ne pouvons laisser ceux qui ne s’adressent qu’à leurs partisans solliciter leurs passions. Parce que le peuple ivoirien mérite qu’on le respecte, nous ferons appelle à son esprit et à sa raison, sans lesquels il n’existe point. Ce que nous pensons simplement peut contribuer à éclairer l’esprit de ses membres ainsi que les enjeux communs qu’ils doivent discerner eux-mêmes en âmes et consciences.

Toutefois, on peut comprendre bien sûr dans l’immédiat, dans la situation actuelle de crise de la société, que la cause immédiate sur laquelle le peuple ivoirien doit agir est  le conflit entre le régime au pouvoir et l’opposition. Les ivoiriens doivent traiter cette cause pour limiter les effets les plus délétères de la situation et surtout éviter d’autres initiatives malheureuses qui risquent de plonger le pays dans un abîme profond et macabre. Sans aucun doute et à condition qu’immédiatement, les membres du peuple ivoirien conviennent et aient à l’esprit ce constat commun qui suit. A chaque fois que les divergences et conflits du pouvoir en place et de son opposition à telle époque donnée, ont été pris pour le problème commun et traités comme tels, tout ce que nous sommes collectivement parvenus à faire est de créer les conditions de leurs prochaines divergences et nouveaux conflit. Voici pourquoi, cette fois-ci, nous devons placer le problème commun du peuple au centre du débat, en vue de le poser clairement et rechercher les solutions les plus adaptées.

Ivoiriens, soit c’est une guerre bien chaude et meurtrière qui décidera à votre place ; soit, vous décidez vous mêmes en faisant définitivement la paix des braves, peu-ton conclure en définitive. Le choix est simple. Il y a celui que nombre de dirigeants invitent sans cesse les ivoiriens partisans à faire : la voie de la guerre, bien qu’elle soit pour l’instant larvée. C’est là un chemin balisé par les passions toujours mortelles. Il y a celui de la vérité et de l’authenticité, que seul le peuple souverain peut y engager chaque ivoirien, qu’il soit dirigeant ou non. Sur ce chemin balisé par la raison, les ivoiriens sont des associés et pas non des ennemis se combattant ; ils peuvent choisir d’être des partenaires engagés dans la construction d’une puissance collective leur permettant de mener une économie collective de réduction de leurs difficultés communes de vivre. Dans un prochain article, à partir de ce que nous pensons qui ressemble au problème du peuple ivoirien, à savoir ses difficultés inacceptables de vivre, nous lui soumettrons librement nos propositions pour contribuer à créer les conditions permettant le surgissement de possibilités d’atténuation continue et durable de son véritable problème.

 

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CRISE DE LA COTE D’IVOIRE : En quête de ce qui constitue le véritable problème qui se pose au peuple ivoirien.

Certes, des problèmes sont posés ici et là par des ivoiriens comme étant constitutifs du problème du peuple de Côte d’Ivoire. Mais, ceux des ivoiriens qui parviennent à contrôler leurs passions une minute savent que ceux-ci masquent le véritable problème commun aux membres du peuple ivoirien depuis 1990. Depuis 1990, les ivoiriens tentent de résoudre le problème qui se pose à eux. La question qu’ils ne se sont pas encore posée est : quel est-il, telle est l’enjeu ?  Une chose est certaine, le problème de la Côte d’Ivoire et du peuple ivoirien n’est pas la candidature d’Alassane Ouattara, fusse-elle abusive, ni la parodie de sa réélection, fusse-t-elle illégitime. Il n’est pas non plus constitué par la désobéissance civile ni par la création d’un gouvernement parallèle dit Comité national de Transition (CNT). Cela, les ivoiriens qui font preuve de vérité le savent. Voici pourquoi, si les ivoiriens ne veulent pas retourner leurs forces contre eux-mêmes, il doivent se mettre en quête de ce problème. Sur ce chemin, ils constateront que les faux problèmes par lesquels certains parmi eux tentent d’opposer les parties du peuple les unes contre les autres sont en réalité ses poisons mortels. Existe-t-il un seul problème du peuple ivoirien dont la résolution requiert que le peuple et sa constitution, qui est la règle qui doit assurer la cohésion de ses membres, les lier pour réaliser son unité, constituent des obstacles à franchir ?

Les faux problème du peuple ivoirien sont reconnaissables.

Aussi sérieusement qu’ils chercheraient à le poser honnêtement, rigoureusement et sas passion aucune, une grande majorité d’ivoiriens parviendraient à un constat : nombre situations inacceptables, pour tels et tels acteurs ivoiriens et considérées par eux comme constitutives du problème du peuple ivoirien, ne constituent que des sortes d’étincelles ; elles embrasent régulièrement la poudre que leur problème commun soigneusement caché accumule depuis 1990.  En réalité, ils reconnaîtront par conséquent que cette candidature et cette réélection ainsi que toutes les productions qui leur sont liées ne sont constitutives que de réponses particulières à ce problème, de la part du régime Ouattara et de ses partisans, en vue d’accaparer le pouvoir d’une part et, de la part de l’opposition, pour le conquérir, d’autre part. Toutefois, on peut convenir qu’en renforçant et en aggravant le problème réel du peuple, la toxicité de leurs réponses, les fait alors apparaître comme des problèmes du peuple. C’est le cas de cette candidature et de cette réélection, pour l’opposition et ses partisans, qui les perçoivent comme étant le problème du pays quand, pour le régime au pouvoir et ses partisans, ce dernier se manifeste à travers la désobéissance civile et le CNT. Nous nous proposons d’argumenter en quoi ces appréciations du problème du peuple ivoirien procèdent d’une erreur fatale.

Ainsi, face à ce problème commun que toutes les composantes du peuple ivoirien n’ont pas encore collectivement posé ou refusent de le faire pour tenter de le résoudre ou de l’atténuer ensemble, elles ont procédé de manière identique jusque-là depuis 1990 : tentatives de privatisation du problème commun et de le traiter particulièrement. Tour à tour, tels régimes au pouvoir constituant les oppositions d’hier et leurs partisans et leurs oppositions, hier au pouvoir et aspirant aujourd’hui à le détenir, soutenus par leurs partisans ont essayé de lui appliquer leurs réponses particulières, le percevant comme un problème qui se pose à eux seuls. On ne peut pas dire autre chose de leur problème commun, que de constater que l’échec collectif du peuple ivoirien est incontestable.

C’est de cette manière collectivement toxique que depuis 2011, en parvenant au pouvoir dans les conditions que chaque ivoirien sait, Alassane Ouattara et ses partisans ont procédé à leur tour, en détenant le pouvoir convoité depuis 1990 et que ceux qui s’opposent à eux ont fait de leur côté. Il n’y a donc rien de nouveau dans la manière d’aborder ce problème. Dans tous ces développements, la constante est que le peuple et sa constitution qui lie ses membres et organise leurs relations apaisées apparaissent comme des obstacles à franchir pour la résolution des faux problèmes identifiés. Dès lors, le temps est venu de changer de perceptions du problème du peuple ivoirien qu’il doit résoudre. Identifier et poser ensemble le problème commun, voici l’enjeu premier. Qu’est-ce qui distingue le problème commun du peuple ivoirien de tous les autres que des ivoiriens voient partout et en tous et pour lesquels ils appliquent des réponses toxiques depuis 1993 ? Comment le distinguer de ces faux problèmes que les ivoiriens constituant le peuple ne peuvent mettre en commun ? Des repères sont nécessaires pour identifier les faux problèmes du peuple.

Les ivoiriens peuvent reconnaître les faux problèmes du peuple en se posant des questions. Quel est le problème qui se pose au peuple ivoirien à résoudre ensemble par tous ses membres ? Pour répondre à cette question, il convient d’éviter les écueils. Un problème n’est pas toujours là où l’on pense qu’il se situe ni en ce en quoi l’on croit qu’il se trouve. Et puis, il faut éviter de confondre le problème, ses causes, ses manifestations et ses conséquences. Par ailleurs, il convient de considérer que tous les actes posés par les ivoiriens seuls, en groupes ou en communautés, visent soit à tenter de résoudre un problème perçu ou à y réagir. Des faux problèmes du peuple consistent en leurs réponses particulières à tels problèmes particuliers rencontrés ou anticipés et tels que posés par les auteurs de ces actes. Enfin, il faut se garder de faire des acteurs ivoiriens en relation, vivant ensemble dans leur société commune, générant le problème et le subissant le problème lui-même. Ils peuvent agir comme des producteurs des causes du problème, ou alors être ceux qui pensent qu’il les affecte seuls et qui tentent de le résoudre seuls et à leur seule manière.

Une fois ce préalable posé et accepté, nous pouvons le chercher, après avoir convenu d’un peu de méthode. Cette méthode est nécessaire ; car, comment les ivoiriens peuvent-ils identifier le problème commun et s’y accorder sans que rien de ses caractéristiques sur lesquelles ils doivent convenir ne leur permette de parvenir à ce résultat ? Il faut donc décrire et poser comment se présente le problème commun. Un minimum de méthodologie et de pédagogie n’est donc pas de trop. Lorsque, vivant avec tels autres, tels ivoiriens perçoivent un problème et tentent de le résoudre seuls, c’est bien là, une preuve qu’ils le perçoivent comme un problème privé, qui leur est particulier. Ainsi procèdent les parties du peuple ivoirien depuis 1990. Tour à tour, les régimes au pouvoir et leurs oppositions ainsi que leurs partisans respectifs ont fondamentalement procédé pareillement : ils ont privatisé le problème et tenté de le résoudre à leur seule manière. Or, si l’on considère que le problème réside dans les situations inacceptables de la société nées de leurs différentes conceptions et divergences à propos de la manière de vivre ensemble, on ne peut pas affirmer par la suite que ce problème les concerne tous seuls et qu’il est leur problème exclusif ; c’est nécessairement un problème de toute la société ivoirienne. Il y a donc lieu de nous accorder sur le problème à traiter ensemble.

Que disons et cherchons-nous lorsqu’on se pose la question de la nature du problème commun ? On dit qu’on cherche un problème et précisément à le définir. On dit aussi que le problème recherché se pose au peuple ivoirien tout entier et non pas à telles composantes en particulier. Dès lors, un tel problème n’est reconnaissable que parce qu’il se pose au régime au pouvoir et à ses partisans autant qu’à l’opposition et aux siens. Mais pas seulement, car il se pose aussi aux ivoiriens qui ne sont ni partisans de l’une ou l’autre de ces parties du peuple. Bref le problème est commun à tous les ivoiriens constituant ce peuple. Quand tels ivoiriens affirment cela, ils supposent que ce peuple ivoirien affecté par ce problème commun est défini et circonscrit. Autrement, comment peuvent-ils avoir en commun tel problème avec tels autres compatriotes, s’ils pensent qu’ils ne font pas parti de ce peuple ? Ainsi la question du problème commun renvoie à l’existence d’un peuple parfaitement défini et constituant la société ivoirienne. Inutile d’évoquer un problème commun aux membres du peuple qui ne se reconnaissent pas comme tels.

Et qu’entendons-nous par problème ? Nous signifions par là, une difficulté. Elle stoppe ou contrarie la marche historique de la société ivoirienne entière vers une société en État de paix et de progrès continus. Quelle est cette difficulté ? C’est à partir de ce point que nous devons être non seulement attentifs, mais surtout cohérents et rigoureux dans notre quête du problème commun. Nous devons éviter de confondre toutes les situations inacceptables pour les uns et les autres en particulier avec le problème commun, à savoir telle situation est inacceptable pour tous. Il en ressort que toutes situations acceptables pour les uns et pas pour les autres ne peuvent constituer un problème commun, mais des objets de divergences et d’oppositions.

Voici pourquoi, pour poursuivre cette recherche, nous devons d’abord identifier et exclure toutes les situations, certes inacceptables pour les uns ou les autres, mais qui ne constituent pas le problème recherché et qui agissent néanmoins comme des leurres toxiques. A force de considérer et de prendre les faux problèmes pour celui commun à traiter ensemble, les ivoiriens n’en finissent pas de s’égarer. C’est extraordinaire d’observer que le peuple ivoirien paraît être étonné à chaque crise de sa société, comme s’il ignorait qu’il n’avait jamais posé son problème commun, ainsi que tous les problèmes particuliers identifiés et leurs solutions élaborées dans des cadres privées ne pouvaient que les opposer. Il ne peut omettre le fait que comme les solutions particulières qui sont jusque-là appliquées aux faux identifiés ne peuvent lui être qu’étrangères. Les ivoiriens doivent discerner leur problème commun des faux problèmes particuliers qu’ils considèrent, contre toute raison, qu’ils sont le problème de tous. Ils devront alors le poser si clairement que chaque ivoirien ne peut que le reconnaître et en faire le sien aussi. Mais avant, il leur faut reconnaître les faux problèmes qui empoisonnent leur existence ensemble.

Des problèmes identifiés et traités sans le peuple depuis 1990 ne peuvent pas être des problèmes du peuple.

Depuis 1990, des ivoiriens ont cru voir le problème du peuple ivoirien partout et en tout. Ils leur ont appliqué leurs solutions particulière. L’inefficacité de ces dernières à le résoudre montre qu’il ne s’agissait pas du problème commun du peuple ivoirien. Si de leurs points de vue, ils percevaient des problèmes du peuple, ce qu’on peut en dire est qu’il s’agissait de faux problèmes du peuple ivoirien. Ainsi, dès le décès de Félix Houphouët-Boigny, Alassane Ouattara avait cru percevoir le problème du peuple ivoirien. Il identifiait ce problème dans le fait inacceptable à son sens et celui de ses partisans, que le président de l’Assemblée nationale en 1993 (Konan Bédié) achève le mandant du président Houphouët-Boigny, ainsi que le prévoyait la constitution. Sa réponse martiale pour le traiter s’est transformée en un problème pour Konan Bédié et ses partisans et perçue comme telle par eux. A leur tour, leur réponse a consisté alors en le fameux concept de l’“Ivoirité” et en toutes les productions corollaires.

Leur réponse devenue à son tour le problème du point de vue de tous les autres défenseurs auto-proclamés du peuple ivoirien, leur réponse  a été le coup d’État de 1999 suivie d’une parodie d’élection présidentielle en 2000, au cours de laquelle des ivoiriens étaient exclus peut-on ainsi dire, suite à l’exclusion de leurs champions. Cette réponse elle-même a produit un problème pour ses auteurs ou sympathisants ; le problème de l’illégitimité du président Gbagbo eût comme réponse le coup d’État partiellement réussi, suivi de la partition du pays en 2002. Finalement, l’accord de ceux qui ont tenté de privatiser le problème du peuple ivoirien aboutira à leur solution commune en laquelle eux-mêmes ne croyaient guère, tant aucun d’eux ne l’acceptant qu’en étant le vainqueur ou unique bénéficiaire : les élections présidentielles de 2010. En devenant le nouveau problème qu’ils devaient résoudre, la guerre en plein cœur d’Abidjan sera la solution décisive au résultat inacceptable des élections de de 2010 et à l’existence inacceptable de deux présidents. La mise en état de nuire durable – si on ose dire – de certains dirigeants et de leurs partisans orphelins de leur absence complètera cette réponse à ce nouveau problème, en tant que la solution définitive. Finalement, elle ne l’est pas et ne pouvait pas l’être : la solution d’un problème du peuple ivoirien ne peut consister ni aboutir à l’exclusion politique d’une partie du peuple.

Dès lors,  le faux problème du peuple que tant d’ivoiriens croyaient être résolu depuis 2010 par la guerre et la quasi-exclusion d’une partie du peuple, devait alors affleurer en 2018, dès que les élections de 2020 étaient en vue.   Le voici alors complètement réapparu en 2020, sous différentes formes et manifestations. Si les ivoiriens sont honnêtes, ils savent depuis 1993 au moins, que tout ce qui a jusque-là été désigné par le problème du peuple ivoirien ne l’a jamais été. Sauf à continuer de tricher avec leurs esprits souverains, ils savent qu’un problème des uns, qui ne constituent pas le même problème des autres ne peut recevoir la désignation de problème du peuple ivoirien. L’histoire toxique qu’ils produisent collectivement depuis 1993 les invitent alors à rechercher la vérité de leurs êtres. Au lieu d’une telle posture, ils sont encore trop nombreux à continuer de poser des faux problèmes aujourd’hui. Ils continuent de voir le problème du peuple ivoirien partout et en tout dans la crise actuelle, mais sans que n’existe le peuple lui-même pour le définir. Malheureusement pour le peuple ivoirien, ce ne sont pas son problème commun. Examinons donc ces nouveaux faux problèmes du peuple.

Ces faux problèmes du peuple qu’on pointe encore  lors de la crise actuelle.

Tant de faux problèmes ont été vus partout et en tout dans la crise actuelle, mais ceux-ci ne sont pas le problème commun. Le moment est venu de prendre un risque, quitte à choquer mais sans le vouloir, les ivoiriens qui voient des problèmes du peuple ivoirien partout et en tout. Le problème commun du peuple ivoirien ne réside pas dans le fait de la candidature même abusive pour un troisième mandat du président Ouattara, ni dans son élection illégitime. En effet, aussitôt qu’il est dit que ce problème se constitue dans sa candidature jugée abusive et/ou dans sa réélection illégitime et que ces faits sont inacceptables comme tels, une contradiction est immédiatement générée. Nous la développerons ultérieurement.

Cette candidature et cette réélection qui l’a suivie sont constitutive du problème tel qu’il a été identifié par le régime et ses partisans. Examinons donc d’abord la difficulté identifiée par le régime Ouattara et ses partisans que sa candidature et sa réélection doivent résoudre, en tant que leurs solutions particulières. Pour y parvenir, nous devons partir du présupposé que toutes actions humaines visent à résoudre une difficulté : une situation inacceptable. Il en va ainsi de toutes les productions des ivoiriens de ces dernières semaines, en particulier celles du régime au pouvoir et de l’opposition et de leurs partisans. La candidature et la réélection qui agitent le pays et augurent d’une société violente n’y échappent pas. Elles constituent leurs réponses aux difficultés partisanes qu’ils ont identifiées ; quelles sont-elles ? Lors de l’examen de ces faux problèmes, nous les distinguons par leur numéros d’ordre (1, 2, etc…) et par ceux qui les identifient (P, comme Pouvoir : le régime) et O, comme opposition).

Le faux problème commun dont la réponse est la candidature du président Ouattara pour un 3ème mandat : problème n°1P

Le point de départ de la situation calamiteuse et dangereuse actuelle de la Côte d’Ivoire est précisément l’acte de candidature du président Ouattara à l’élection de 2020. Tout ce qui l’a suivi en découle dans un enchaînement où chaque réponse devient problème et ainsi de suite. En posant d’emblée que tout acte posé vise à résoudre un problème identifié, nous parvenons au fait que  la candidature du président Ouattara est en conséquence une réponse particulière à un problème initial (problème n°1P) tel que le régime au pouvoir et ses partisans l’ont perçu et posé.  Comme, nous l’avons déjà indiqué, le problème initial est par conséquent celui dont l’acte de candidature est une réponse. Quel est donc le problème ou difficulté pour laquelle la réponse particulière du régime au pouvoir est la candidature du président Ouattara ?

Il semble que plusieurs problèmes du peuple ivoirien à résoudre exigeaient pour réponse sa candidature. Le premier d’entre eux est l’État de violence, d’absence de cohésion et de paix de la Côte d’Ivoire et d’absence de démocratie, selon le président Ouattara. Il s’est fait un devoir, depuis 1990, d’en faire une démocratie achevée et paisible qui rayonne. Il ne pouvait laisser le peuple ivoirien dans cette situation inacceptable que lui seul pouvait régler ainsi qu’il l’exprime dans son acte de candidature : (…) nous avons un bilan, un projet et une vision pour notre pays. Nous devons continuer de renforcer la paix, la stabilité, la cohésion sociale et le rayonnement de notre pays.” (1) Selon lui, depuis 2011, il est parvenu à apaiser le pays qui n’a pas connu de paix depuis 1993. « Depuis la mort d’Houphouët, le pays n’a pas eu de tranquillité jusqu’à ce que je vienne au pouvoir » (2), ainsi s’exprimait le président Ouattara dans un discours qu’il a prononcé au congrès du RHDP-RDR, le samedi 26 janvier 2019. Il omettait soigneusement de souligner que le pays ne pouvait être en paix dès lors que son état permanent violence correspondait à sa lutte violente en tant que l’un des acteurs principaux, pour détenir et exercer le pouvoir.

Bref, balayant ce fait, il pense qu’il doit rester au pouvoir pour ne laisser aux ivoiriens qu’un pays complètement bâti, sans plus rien d’autre à y faire, par les générations à venir, pour le progrès des ivoiriens sinon qu’à profiter paisiblement des richesses qu’il a produites et accumulées. Et, il était certain d’être réélu au premier tour des élections. C’est exactement ce qui vient de se passer. Si l’absence inacceptable de paix et de cohésion du peuple constituaient la difficulté que toute son œuvre politique, en particulier sa candidature abusive devaient résoudre, on peut au moins dire que l’échec est total : les réponses du régime ne sont parvenues qu’à faire du peuple ivoirien, la victime en accroissant sa division et en occasionnant des meurtrissures à nombre de ses membres, pire encore, en faisant surgir dans la société, la barbarie dont elle pensait en être éloignée.

En définitive, quand à la place de la paix et et de la cohésion sociale, les ivoiriens hument malgré eux l’odeur du sang des hommes qu’on tue, souffrent des souffrances de ceux qui échappent à la mort et qu’on prive de leurs libertés et qu’ils découvrent avec effroi des têtes ensanglantées servant de ballons d’un football macabre, tout cela montre qu’on en est loin de la finalité poursuivie par le régime et ses partisans. Ainsi, des faux problèmes du peuple et leurs fausses solutions peuvent aggraver plus le problème du peuple et l’empirer plutôt qu’à le réduire.

Une autre difficulté du peuple ivoirien qui rejoint la précédente a été identifiée par le régime Ouattara ; il s’agit de l’absence inacceptable d’hommes ou dirigeants compétents en Côte d’Ivoire pour diriger ce pays, en dehors d’Alassane Ouattara. La résolution de cette difficulté qui semble se poser au peuple ivoirien paraissait impérative au président français. Dans un entretien qu’il a consacré à Jeune Afrique, Emmanuel Macron l’exprime ainsi : “Je pense vraiment qu’il s’est présenté par devoir. Dans l’absolu, j’aurais préféré qu’il y ait une autre solution, mais il n’y en avait pas”. Ce qui fait dire à Benoît Hilli  qu’“Il s’est présenté par devoir. Il n’y avait pas une autre solution”  (3) Le président Ouattara devait servir le peuple ivoirien quand personne d’autre n’était assez compétent pour le faire à sa place ; il n’a ni abusé le peuple, ni sa constitution, dès lors que c’était pour son bien. On peut douter de l’intérêt de cette candidature pour le peuple ivoirien dès lors que l’existence de celle-ci nie ce qui doit précisément assurer sa cohésion, à savoir sa constitution, et qu’au contraire elle engage le pays sur la voie de la division du peuple et de la violence.

Emmanuel Macron, le Président de la République française, s'est prononcé au sujet de la candidature du Président Ouattara. (Dr)

Emmanuel Macron, le Président de la République française, s’est prononcé au sujet de la candidature du Président Ouattara. (Dr)

 La candidature du président Ouattara devait, semble-t-il, constituer le moyen de sauver le peuple ivoirien de sa médiocrité et pauvreté inacceptable en dirigeants capables de gouverner la Côte d’Ivoire, en dehors du président Ouattara. Cette insulte faite au peuple ivoirien est valable autant pour ses partisans que pour ses opposants. Cette sortie du président français conforte la vanité exprimée par le président Ouattara, dont le désir est non dissimulé : être “Le Meilleur” d’entre tous les dirigeants ivoiriens de son époque qu’il a combattus et vaincus, ainsi qu’il entend que ses partisans le désignent et que les ivoiriens gardent de lui ce souvenir pour la postérité. Le peuple ivoirien appréciera le fait que le président français, qui agit pour l’intérêt supérieur de son peuple, partage l’avis d’Alassane Ouattara selon lequel il est le sauveur du pays. Quand il mettra cela en rapport avec la circonstance historique du pays depuis 1990, le peuple ivoirien comprend que ce n’est pas son intérêt qui est en jeu dans cette réponse que constitue sa candidature abusive en vue d’accaparer le pouvoir.

En outre cette réponse de sa part et de son régime ainsi que de leurs partisans devait résoudre une autre difficulté : sa situation personnelle inacceptable d’insécurité et d’indignité hors du pouvoir, dès l’instant qu’il est persuadé que nombre d’ivoiriens ne lui veulent pas du bien et de nul d’entre eux ne le protègera, en particulier s’il ne disposait pas du pouvoir pour le faire. Dès lors, c’est en y restant pour garantir sa liberté et sa dignité, jusqu’à la mort qu’il y parviendra. Le risque inacceptable de ne pas être protégé par le peuple ivoirien explique en partie sa réponse formulée à travers cette candidature. Cette difficulté personnelle s’additionne avec celle inacceptable de ses partisans dès lors qu’avec eux ils ne détiennent pas le pouvoir. N’est-ce pas pourquoi, le projet de conserver le pouvoir durablement est ainsi formulé : ”Nous resterons au pouvoir pendant 50 ans, après Ouattara, on va choisir un autre président “ (4)

Ainsi, quoi que fût la difficulté supposée du peuple ivoirien identifiée par le régime Ouattara, dès lors que la réponse qu’il lui apporte justifie une solution consistant en l’abus de la constitution et de l’ignorance d’une grande partie du peuple ivoirien, chacun comprend alors qu’il ne s’agit pas d’une difficulté du peuple ivoirien tout entier, mais particulière. La véritable question en rapport avec cette candidature abusive est alors : pourquoi une partie du peuple abusé trouve-t-il un intérêt dans cet abus en donnant son soutien à ses auteurs ? Et qu’y gagne-t-elle en comparaison de son prix : sa distension avec l’autre partie qu’elle ne peut ignorer ? C’est en analysant cette question que certains propos qui échappent de tels ou tels partisans du régime au pouvoir prennent tout leur sens et présente un intérêt pour cette quête. Pourquoi le pouvoir et ses partisans veulent-ils accaparer par tous les moyens le pouvoir pendant 50 ans comme ils l’annoncent et prendre ainsi le risque d’une fracture durable du peuple ivoirien ? La politique du rattrapage ethnique nous met sur la piste de la réponse à cette question.

Depuis la détention et exercice du pouvoir en 2011, le président Ouattara et ses partisans ont décidé de mener cette politique. Face aux difficultés communes de vivre, Elle consiste à favoriser ses partisans, une partie du peuple donc, en vue d’alléger la pesanteur de ces difficultés sur les vies de ses membres et pour rattraper les difficultés vécues dans le passé dont ils souffrent encore. Chaque ivoirien doit comprendre que le président Ouattara et ses partisans conçoivent la détention du pouvoir et son exercice comme le moyen de réduire leurs seules difficultés de vivre. Dès lors, ils n’ont aucune autre réponse pour y parvenir que de détenir et d’accaparer le pouvoir que tout le peuple ivoirien représente. Sa candidature abusive trouve en cela sa justification ; c’est la réponse du régime Ouattara et de ses partisans aux difficultés auxquelles ils font face, pareillement à l’ensemble des membres du peuple cependant. De ce point de vue, entre eux et le pouvoir à accaparer se trouve le peuple ivoirien et sa constitution censée assurer sa cohésion. Se présentant alors comme une contrainte à surmonter, l’abus de la constitution à travers cette candidature, permet alors d’abolir le peuple et son unité. C’est ainsi que n’existant plus, le pouvoir qu’il représente néanmoins peut être martialement détenu ou avec vices, avec le soutien de la fraction partisane du peuple.

Il résulte de tout cela que le problème commun du peuple ivoirien est privatisé par ce régime et ses partisans. Ils en ont fait les difficultés qui les affectent seuls et pour lesquelles la détention du pouvoir est le moyen de la résolution. Tant que cette détention relevait d’un processus ordonné par la constitution, une grande partie du peuple acceptait cette réponse, certes particulière et cavalière. Mais, dès l’instant où cet ordre est rompu par cette candidature abusive, le conflit est inévitable, à défaut que la divergence entre parties du peuple sur ce point n’ait pu trouver une solution raisonnable. Mais, ce conflit constitue-t-il néanmoins le problème commun du peuple ? Nous explorerons ultérieurement cette piste.

C’est donc pour résoudre tous ces problèmes faussement supposés d’un peuple ivoirien, que leurs actes tendent précisément à abolir l’existence, que le président Ouattara et son parti ont décidé de poser sa candidature aux élections de 2020. A l’évidence, ils l’ont posée en sachant que la règle qui doit lier ensemble les membres du peuple et assurer leur cohésion ne tolère pas une seconde réélection. Ainsi, ils pensent savoir ce qui à leur sens constitue le peuple ivoirien : sa part partisane qui s’accommoderait de l’abus de la règle et leur accorderaient ses scrutins, à savoir celle pour laquelle la constitution n’a aucune valeur. Chacun comprend bien que leurs solutions particulières consistent en une manœuvre politique et juridique ayant pour finalité d’aboutir à la conservation du pouvoir. La détention du pouvoir, même abusivement et de façon illégitime, leur apparaît comme étant le moyen ou la solution permettant de réduire le problème tel qu’ils l’ont identifié et en ont fait leur problème. En présentant néanmoins cette réponse comme ayant pour finalité d’asseoir la démocratie en Côte d’Ivoire et de procurer la paix au peuple ivoirien, leur réponse particulière est affichée comme une réponse commune à un problème commun du peuple ivoirien : l’absence inacceptable de démocratie, de cohésion du peuple, de paix, etc… que toutes leurs productions aboutissent précisément à renforcer : conquête violente du pouvoir, rattrapage ethnique, conquête et détention illégitime du pouvoir. Il convient tout simplement de conclure que le problème du peuple ivoirien ou les difficultés identifiées par le régime, dont la candidature abusive en est l’une des solutions ne peuvent constituer le problème de tout le peuple ivoirien.

Pour autant, les ivoiriens qui font de leur réponse particulière (candidature abusive) le problème du peuple ivoirien ont-il raison de penser l’avoir identifié en cette candidature ? En d’autres termes, la candidature abusive du président Ouattara constitue-t-elle le problème du peuple ivoirien tout entier ? Examinons cette question.

Le faux problème commun de la candidature du président Ouattara pour un 3ème mandat : problème n°1O

De son côté, l’opposition et de ses partisans ont identifié le problème du peuple ivoirien dans l’existence même de cette candidature. Leur première réponse à ce problème qu’ils ont a identifié a consisté en la requête de l’opposition en annulation de la candidature du président Ouattara, déposée auprès du Conseil constitutionnel. Considérant que le fait même que le président Ouattara pose sa candidature est inacceptable, l’opposition et ses partisans sollicitent l’arbitrage du Conseil constitutionnel, pour leur donner raison et résoudre ainsi le problème n°1O tel qu’ils l’ont identifié et posé. Le fait qui semble avoir échappé à tous est que la Cour constitutionnelle n’était pas encore compétente pour se saisir de cette question de la candidature, puisque ce n’est pas l’objet de l’article 55 de la constitution. Pourtant, cette Cour a néanmoins rendu une décision défavorable à l’opposition, sans être compétente à ce stade pour le faire. De plus, ses arguments fallacieux, bien que faisant autorité en république, étaient politiquement discutables. La réponse de cette Cour à la requête de l’opposition et de ses partisans leur permettra de confirmer  l’existence de ce problème, tel qu’ils l’ont posé.

C’est ainsi que la décision du Conseil constitutionnel faisant suite à la requête devient un autre problème pour l’opposition : elle conçoit la décision du Conseil comme une situation inacceptable pour le peuple ivoirien (problème n°2O). En effet, qu’il s’agisse de la candidature jugée abusive, de l’autorité de l’institution judiciaire et de son arrêt, en étant toutes inacceptables pour l’opposition, elles constituent des problèmes du peuple ivoirien à résoudre. Alors même qu’une partie de ce même peuple accepte ces situations, peuvent-elles constituer des problèmes du peuple, sans qu’aussitôt, une contradiction n’apparaisse et ne souligne le caractère particulier de ces problèmes ?

Voici pourquoi, si l’existence de ces problèmes particuliers posés par l’opposition et ses partisans existent, ils ne peuvent pas en faire des problèmes du peuple ivoirien, sans aussitôt exclure ces ivoiriens qui n’y en voient aucun. Dès lors que ces problèmes ne peuvent être mis en commun, les solutions de l’opposition et de ses partisans ne peuvent être de leur côté que particulières. Les réponses de l’opposition à ces problèmes consisteront en boycott et en désobéissance civile active, après l’échec de la recherche d’une solution au plan juridique. Quelle est la nature de cet acte de l’opposition, pour le régime au pouvoir, au point de vue du problème commun ? Le régime et ses partisans en font un problème du peuple ivoirien et le traitent comme tel. Mais, un tel problème peut-il être celui du peuple ivoirien tout entier, quand précisément l’autre en fait sa solution à ce problème ? C’est ce que nous allons voir.

Le faux problème commun constitué par le boycott et la désobéissance civile : problème n°2P

Comme nous venons de l’analyser, le boycott des élections et la désobéissance civile constituent des réponses particulières de l’opposition et de ses partisans à des problèmes particuliers qu’ils posent ainsi : la candidature d’Alassane Ouattara pour un 3ème mandat leur est inacceptable (problème n°1O) ; l’autorité et la décision du Conseil constitutionnel leurs sont inacceptables (problème n°2O). Cette réponse de leur part a produit une conséquence inattendue, à défaut d’avoir pu empêcher totalement que l’élection ne se tienne ainsi que tous les ivoiriens d’exercer leurs droits : elle a précisément facilité la réélection du président Ouattara au premier tour de l’élection. Ainsi, contrairement à leurs attentes, il a résulté de leurs réponses particulières (boycott et désobéissance civile active) à leurs problèmes particuliers initiaux la croissance de ces derniers qui deviennent alors : la réélection inacceptable du président Ouattara ou l’inacceptabilité d’une réélection illégitime ; c’est le problème n°3O de l’opposition et de ses partisans.

De l’autre, ces réponses particulières de l’opposition sont apparues pour le régime au pouvoir comme le problème du peuple ivoirien, en réalité son problème n°2P, auquel il opposera ultérieurement une réponse. Rien dans le boycott et la désobéissance civile ne peut constituer un problème commun, quand précisément des ivoiriens tentent de le faire disparaître en s’attaquant violemment à leurs auteurs. Une difficulté qui met aux prises les parties du peuple ivoirien au lieu de constituer une raison de se rassembler pour la résoudre ne peut être un problème du peuple tout entier. Avant d’examiner la signification au point de vue du problème du peuple ivoirien de la réponse du régime au problème tel qu’il le perçoit désormais, analysons le sens de la réélection du président Ouattara pour l’opposition. Elle en fait de son côté le problème du peuple ivoirien. En quoi l’est-il plus que tout ce que nous venons d’analyser ?

Le faux problème commun de la réélection illégitime et inacceptable du président Ouattara : problème n°3O

La réélection inacceptable du président Ouattara, car jugée illégitime, constitue le problème n°3O de l’opposition. Après que les solutions particulières de l’opposition aient échoué à résoudre ses problèmes particuliers initiaux (candidature, autorité et décision du conseil constitutionnel  inacceptables), le président Ouattara est réélu. Avant de devenir leur problème n° 3O à résoudre, la réélection facile du président Ouattara a d’abord pour cause facilitatrice la réponse initiale de l’opposition et de ses partisans. Cette réponse a contribué en réalité à précipiter l’existence effective de la circonstance dans laquelle l’article 55 de la constitution était applicable : la réélection du président Ouattara pour la seconde fois qui manifestait l’infraction commise et avéréé. Passons donc les conditions dans lesquelles l’élection est intervenue et la question de la légitimité de son résultat.

Ils ont tiré une conséquence de l’illégitimité de cette seconde réélection : elle se manifeste sous la forme d’une autre réponse particulière, le Comité National de Transition (CNT), dont nous analysons ci-après la nature problématique pour le régime au pouvoir. De même que la réélection même illégitime du président Ouattara n’est pas le problème du peuple ivoirien tout entier, la création d’un gouvernement parallèle ne l’est pas non plus, contrairement à la perception du régime au pouvoir.

Le faux problème commun de la création inacceptable du Comité National de Transition (CNT) : problème n°3P

L’opposition et ses partisans ont décidé de résoudre leur problème  n°3O (la réélection inacceptable du président Ouattara pour un troisième mandat) à travers une nouvelle réponse particulière : le refus de reconnaître le pouvoir qu’ils considèrent comme étant illégitime. Leur réponse s’est manifestée et s’est traduite par la création du Conseil National de Transition (CNT). Pour le régime au pouvoir et ses partisans, cette nouvelle réponse particulière de la part de l’opposition (le CNT) s’additionne au problème particulier n°1P qu’ils ont identifié et le renforce. Le CNT, inacceptable en tant que gouvernement parralèle et concurrent constitue le problème particulier n°3P. Ils y apporteront leur solution particulière : les poursuites et arrestations de dirigeants de l’opposition, perçues alors par l’opposition comme un nouveau problème n° 4O. Mais, ce problème comme tous les précédents n’est pas le problème du peuple ivoirien, mais celui particulier des parties du peuple, reconnaissant, acceptant et soutenant chacune un gouvernement différent (régime Ouattara d’une part et CNT d’autre part).

Des parties opposées du peuple et non liées par une règle, qui assure leur cohésion et unité et que toutes ignorent, ne forment pas un peuple. En conséquence, les problèmes que chacune d’elles identifient unilatéralement et sans aucune volonté de mettre en commun, ne peuvent pas constituer  ceux d’un peuple qui n’existe pas, mais des problèmes particuliers. C’est encore le cas des poursuites et arrestations présentées par l’opposition et ses partisans comme un problème du peuple ivoirien.

Le faux problème commun des arrestations et poursuites de membres de l’opposition : problème n°4O

Outre les actes ignobles et barbares attribués à des partisans du régime Ouattara, le régime et ses partisans traitent leurs problèmes constitués par la désobéissance civile et la création du CNT, par une réponse judiciaire. Pour l’opposition et ses partisans, ces réponses particulières du régime au pouvoir consistant notamment en des poursuites et arrestations de certains de leurs dirigeants sont inacceptables et, à ce titre, représentent un nouveau problème (problème n°4O) à  résoudre. Comme tous les autres problèmes qui précèdent, on peut lui appliquer les mêmes arguments qui contestent sa nature de problème du peuple ivoirien. Fébriles, les ivoiriens sont dans l’attente de la solution particulière de l’opposition et de ses partisans à appliquer à ce nouveau problème supposé du peuple qu’ils ont identifiés.

Une suite, comme depuis 1993 ?

On ne peut passer sous silence les violences et les crimes qui ont émaillé ces tentatives hasardeuses de traiter le problème ivoirien alors que manifestement aucuns ivoiriens seuls ne pouvaient en donner une définition acceptable par tous. Ainsi des réponses particulières ont été appliquées à des problèmes particuliers et non au problème du peuple ivoirien, lequel peuple ne pouvait exister en raison des efforts faits pour empêcher d’exister. Sans savoir comment tout cela va se terminer, on peut d’ores et déjà énoncer néanmoins que des perspectives de  fausses résolutions sont déjà en vue ou espérées : le coup d’État que certains espèrent et/ ou alors des négociations entre parties, encore une fois, sans le peuple ivoirien. En effet, les perspectives de développement de cet enchaînement de problèmes particuliers, de conséquences et de réponses particulières ne peuvent que consister en violence et en successions de réponses particulières aussi toxiques les unes que les autres, elles-mêmes aussitôt traitées comme des problèmes particuliers.

Nombre de partisans de l’opposition et les ivoiriens scrutent l’avenir, espérant pour les uns et redoutant pour les autres l’avènement d’une réponse particulière consistant en un coup d’État dont des acteurs eux-mêmes n’ont pas évité d’encourager l’intervention. Il convient de le dire tout de suite et avec force ; une réponse consistant en un coup d’État mettra sans doute un terme temporaire aux faux problèmes du peuple ivoirien identifiés par les deux parties. Mais, les ivoiriens le savent en raison d’en avoir déjà fait l’expérience : une telle réponse ne sera pas une solution commune au problème commun du peuple ivoirien. Dès lors, une réponse qui n’est pas commune au régime au pouvoir et à son opposition et leurs partisans respectifs, ne être leur solution à toutes les deux, encore moins et à fortiori une solution du peuple ivoirien. En effet, une solution qui n’est ni commune aux deux partie, ni aux nombreux ivoiriens pas nécessairement partisans de ces deux parties passionnées, ne peut constituer une solution efficace et durable au problème de la société ivoirienne. C’est une évidence qu’une solution qui exclut au lieu de rassembler ne peut consister en une solution commune jusqu’à devenir une solution du peuple à son problème. Ainsi, comme depuis 1993, il pourrait en résulter une exclusion politique de dirigeants et avec eux leurs partisans de la communauté nationale constituant le peuple. Un tel aboutissement mettra assurément un terme temporaire à la succession de problèmes particuliers traités particulièrement, mais sans que jamais le problème du peuple ivoirien ne soit abordé. Il sera alors nourri par ces faux problèmes communs et leurs fausses réponses communes, jusqu’à ce qu’il affleure à nouveau ultérieurement, à défaut d’avoir été réduit efficacement et durablement.

Dans l’attente d’une nouvelle réponse de leur part par l’opposition et ses partisans, pour briser le statu quo, le régime au pouvoir et ses partisans ont de leur côté pris une initiative, sans doute conseillés par leurs soutiens extérieurs. Elle s’est traduite par la rencontre le 11 novembre 2020 entre le président Ouattara et le président Bédié. A ce sujet, on entend des observateurs et acteurs ivoiriens pointer la volonté du président Ouattara de semer la zizanie dans l’opposition et de la diviser, comme si les dirigeants de l’opposition étaient eux-mêmes unis et ne poursuivaient aucun but particulier. Ce n’est pas le lieu de discuter des modalités de cette rencontre, ni des propos d’ivoiriens qui préfèrent toujours accuser les autres et ce qu’ils font plutôt que d’interroger leurs propres actes. Que signifie cette rencontre au point de vue du problème commun du peuple ivoirien ? Est-ce une solution du peuple ivoirien à son problème qui n’est défini par aucun de ceux que nous venons d’analyser ?

En tous cas, la fausse réponse commune de la perspective de négociation pouvoir-opposition est une des solutions initiées. La rencontre entre le président Ouattara et le président Bédié n’a qu’une finalité : faire chuter la tension dans le pays et initier la possibilité d’une discussion entre le régime au pouvoir et son opposition et les parties partisanes du peuple ivoirien qui les soutiennent. A l’évidence, un chemin de type Linas-Marcoussis ou du type des médiations intervenues entre 2005 et 2010 risque d’être pris encore une fois. On évoque un dialogue inclusif entre dirigeants ivoirien, comme si la circonscription du dialogue aux seuls ivoiriens suffisait à en faire une réponse efficace. Bref, comme en 2002, une solution commune au régime au pouvoir et à son opposition est en cours d’initiation, pour tenter de résoudre leurs divergences et sujets de conflit. Quoi que les ivoiriens puissent en penser, ils doivent être alertés.

A quelque époque que soit, il n’existe pas de problème commun du peuple ivoirien qui puisse être résolu que par quelque régime au pouvoir et son opposition, à l’exclusion du peuple lui-même et sans qu’il ne participe à sa définition et à l’identification de solutions pour le traiter. Le peuple ivoirien doit se dire la vérité : les sujets de divergences entre les deux pouvoirs symboliques n’ont jamais constitué le problème commun. Et, si leurs solutions particulières ou communes parfois, identifiées et mises en œuvre depuis 1999 pouvaient réduire ce problème, le peuple ivoirien ne serait pas encore une fois dans une circonstance de crise qu’ils ont générée. Les ivoiriens, partisans de quelque bord qui soit, se rendent bien compte que tout ce qui a été fait depuis 1993 jusqu’à présent a surtout produit les conditions pour que ne puisse exister un peuple ivoirien souverain, mais surtout pour permettre à ses parties de se disputer l’honneur d’être seule le peuple et d’usurper sa souveraineté. Bien entendu, régimes et oppositions y sont parvenus avec les soutiens et contributions actives des fractions partisanes du peuple. Comme eux, ces fractions ont pris parti pour l’un et l’autre, mais pas le parti du peuple souverain tout entier, de sa cohésion et de son unité ; chaque fraction agit et se présente comme étant le peuple à elle seule.

Ainsi, on peut observer, s’agissant de tout ce qui précède, que les solutions des uns à tels problèmes qu’ils ont identifiés constituent les problèmes identifiés par les autres, auxquels ils appliquent à leur tour telles solutions, devenant les problèmes et ainsi de suite. Un premier constat s’impose alors : le problème commun du peuple ivoirien peut-il être l’un de ceux que nous venons d’analyser ? A l’évidence, non. Mais cela ne suffit pas. Il nous faut fournir les arguments de cette réponse de telle manière que chaque ivoirien puisse se faire sa propre raison. Le chemin le plus court est d’examiner les caractères semblables qui font de tous ces problèmes des faux problèmes du peuple ivoirien. Voici ce que l’on peut dire de ces problèmes particuliers, en prenant appui sur le problème fanion de la candidature abusive inacceptable.

Caractères communs de fausseté des problèmes particuliers faits problèmes du peuple ivoirien.

Un problème supposé commun du peuple, mais qui est faux et ne l’est pas se caractérise par le fait que son constat et sa définition même sont sources de divergences entre les acteurs de sa résolution. C’est un problème dont la solution est particulière, à savoir celle d’une partie du peuple et qui constitue immédiatement un problème pour la partie n’ayant pas participé à son choix. Bref, c’est un problème qui ne rassemble part le peuple ivoirien, pas plus que sa solution. Considérons l’exemple des problèmes du peuple supposés actuels. D’abord, on peut observer, s’agissant de tout ce qui précède, que les solutions des uns à tels problèmes qu’ils ont identifiés constituent les problèmes des autres, auxquels ils appliquent à leur tour telles solutions. On peut extraire de cela que le régime au pouvoir et ses partisans ne partagent pas les mêmes problèmes que l’opposition et ses partisans. Dès lors, des problèmes que des parties du peuple ivoirien ne peuvent mettre en commun peuvent-ils constituer leurs problèmes communs ? Une réponse de telle partie du peuple qui est vue comme un problème par telle autre peut-elle consister en une solution commune ou en un problème commun ? Là aussi et  à l’évidence, non.

La candidature abusive et la réélection illégitime ne constituent pas le problème commun des ivoiriens, pas plus que cette candidature elle-même ne constitue une réponse commune du peuple à son problème, tel qu’identifié par le régime et ses partisans et pour lequel ils ont appliqué cette réponse envers et contre une grande partie du peuple. De leur côté, les ivoiriens qui pensent qu’à travers les modalités de mise en œuvre de la constitution par le pouvoir Ouattara, ils ont généré généré ce problème commun devraient interroger leur définition du problème commun.

La vérité est que le problème tel que les parties du peuple ivoirien le posent, à savoir ce qui a justifiée la candidature comme leur réponse, d’un côté et de l’autre, la candidature abusive de Ouattara elle même, ne peut être mis en commun ; le régime au pouvoir et ses partisans ne voyant aucun problème en cette candidature. En conséquence, le problème tel que posé ne correspond pas à celui commun recherché. Les ivoiriens qui s’efforcent de le considérer comme un problème commun ne peuvent que diverger avec ceux d’entre eux qui n’en voient aucun correspondant à celui qu’ils définissent ainsi. On peut faire la même analyse pour tous les faux problème commun précédents.

Comment résoudre alors ensemble un problème dont l’existence même est source de divergence ? Nous devons par conséquent changer de méthode. Faute de procéder ainsi, si une partie du peuple veut le résoudre toute seule, tel qu’elle la pose unilatéralement, c’est le lieu d’observer qu’elle a identifié un problème particulier, mais non commun, qu’elle tente de résoudre toute seule, avec sa solution tout aussi particulière. On peut faire la même analyse de l’élection illégitime tenue et de son résultat illégitime et de tous les autres problèmes précédents. Les ivoiriens ne seraient donc pas plus avancés s’agissant d’identifier le problème commun du peuple ivoirien. Il faut donc continuer à se poser des questions et tenter d’y répondre. Quelle est alors la désignation commune du problème commun à résoudre ensemble ? A la recherche du problème commun du peuple ivoirien, le peuple ivoirien doit faire preuve de rigueur intellectuelle. Les problèmes tels que posés par une partie du peuple, qu’elle soit le régime au pouvoir ou l’opposition et leurs partisans respectifs, naissent de leurs divergences.

Ainsi, par exemple, le problème de la candidature inacceptable naît d’une divergence initiale entre ces deux parties du peuple : la divergence sur l’absence de maîtrise du pouvoir détenu par le gouvernement. Pour l’opposition, le régime au pouvoir ne maîtrise pas sa par de pouvoir en posant une candidature qui ne peut l’être. Cette divergence a aboutit à une autre divergence sur la légalité et légitimité de cette candidature. A l’examen de la situation problématique ainsi posée, nous constatons que de multiples divergences sont alors apparues. D’abord, divergence sur la moralité en politique du président qui fait le contraire de ce qu’il a annoncé et ne respecte pas la constitution ; divergence sur l’intégrité et la probité des institutions dont le Conseil constitutionnel ; divergence sur la légalité et légitimité de la candidature validée par ce Conseil ; divergences, sur la légalité et légitimité de l’élection et son résultat (la  réélection du président Ouattara) ; divergence sur la légalité et légitimité de la désobéissance civile ainsi que du CNT ou gouvernement parallèle ; enfin de tous comptes, divergence sur la volonté réelle croisée du président et de son régime d’un côté et de l’opposition de l’autre ainsi que de leurs partisans respectifs de respecter l’État de droit.

Or, aucun accord des membres du peuple ivoirien n’existe pour considérer que les objets de leurs divergences constituent le problème commun à résoudre. Quant au caractère jugé non légal et légitime et donc inacceptable du processus ayant abouti à la validation de la candidature du président Ouattara, en tant que la manière d’exercer sa part du pouvoir, il ne constitue qu’une des manifestation du même problème. Dès lors, le refus de cette manière et le rejet de ses auteurs relèvent en réalité des manifestations du même problème. De plus, on peut ajouter à ces divergences, une autre : la divergence, à propos de la non maîtrise de sa part de pouvoir par l’opposition.

De son côté, pour le régime au pouvoir, l’opposition ne maîtrise pas sa part de pouvoir en voulant être celui qui juge de ce qui est légal et légitime. Sur ce point leurs divergences sont nombreuses aussi s’agissant de qui juge de la légalité et légitimité d’une candidature, de celles de l’élection et son résultat et enfin de ce qu’est le gouvernement ou le pouvoir du peuple ivorien.  Ainsi, à l’examen de la situation problématique initial posée par l’opposition, nous constatons que de multiples divergences l’ont suivie. La réponse particulière à ce problème de la part de l’opposition et ses partisans, sans le pouvoir et ses partisans et tous les autres ivoiriens,  a consisté en une réponse unilatérale : le boycott et la désobéissance civile active. Cette réponse particulière elle-même, devenue cause, a contribué à générer une élection et son résultat considérés comme illégitimes, en tant qu’un autre problème. A son tour, cet autre problème particulier a eu pour réponse la création du CNT par l’opposition. Devenant le problème particulier du régime au pouvoir, le boycott et la désobéissance civile ainsi que le CNT, sont considérés comme abusifs de la constitution ; ils constituent à leur tour le problème pour le pouvoir et l’autre partie partisane du peuple qu’il emporte avec lui. Ces problèmes ont reçu comme réponse particulière de la part du pouvoir des arrestations de dirigeants de l’opposition. De sorte que finalement, par quelque bout que nous prenons les faits, le problème initial de la candidature abusive a pris des allures d’une crise politique grave.

Il résulte de tout cela qu’un confit est donc né de l’exercice inapproprié de leurs parts respectives du pouvoir, de l’opposition de leurs problèmes respectifs identifiés sans l’adhésion des autres. Bref, la crise s’est constituée dans ces diverses oppositions insolubles dès lors qu’elles ne constituent pas un problème commun. De cette manière, puisque chacun définit ce qui constitue à son unique sens le problème, lequel est opposé à celui que les autres définissent, on se demande comment une solution commune est-elle possible à deux problèmes opposés sur lesquels ceux qui doivent le résoudre ne s’accordent pas. Une chose est claire et certaine, un problème commun du peuple ivoirien, sur la définition duquel tous ses membres sont d’accord, et auquel ils appliquent ensemble des réponses communes ne peut pas conduire à une situation de crise.

Constatons simplement et sans aucune autre observation que l’objet initial de leur divergence est la probité, la légalité et la légitimité de la candidature du président Ouattara pour un troisième mandat. Puis, elle a été renforcée par l’illégitimité déclarée par l’opposition du pouvoir exercé par le gouvernement depuis le 31 octobre 2020 . Cette divergence a eu pour conséquence et réponse de la part de l’opposition et d’une partie du peuple, le rejet de ceux qui ont exercé ainsi leur part du pouvoir détenu ainsi que des institutions collectives qu’ils incarnent. En définitive, leurs parts respectives du pouvoir exercé, sont jugées inacceptables car non maîtrisées, ce qui a justifié la réponse du CNT. Il s’en suit le refus mutuel de reconnaître et d’accepter les parts respectives du pouvoir exercé par leurs détenteurs que sont le régime au pouvoir et son opposition, ainsi que leurs partisans respectifs. Tout cela constitue leur conflit, leur problème et non pas le problème du peuple ivoirien, même si bien entendu, des membres partisans soutiennent les deux parties actrices de premier plan. En définitive, le constat s’impose :  telle divergence, à telle époque, entre un régime au pouvoir et son opposition et leurs partisans respectifs ne constitue pas un problème commun du peuple. Les ivoiriens doivent l’admettre s’ils ne veulent pas persister dans l’erreur.

Toxicité des faux problèmes du peuple ivoirien et de leurs solutions particulières.

La candidature du président Ouattara, comme toute production humaine constitue la réponse à un problème. Ce problème est celui identifié par lui et ses partisans. Mais, sans pouvoir préciser sa nature exacte, au delà des éléments que nous avons analysés précédemment, on peut néanmoins énoncer une évidence : un problème dont la solution  implique de leur part de ruser avec le droit constitutionnelle et en fin de compte d’en abuser ne peut constituer un problème commun du peuple ivoirien tout entier qu’ils tentent de résoudre par cette voie. Or, cette procédure nauséabonde vise à s’accaparer du pouvoir que les ivoiriens constituent collectivement en vivant ensemble conformément à cette loi fondamentale. Il vient en conséquence que la détention du pouvoir, même de manière abusive et illégitime, en tant que finalité de cette procédure, est la solution à leur problème tel qu’ils se le posent. Or l’abus se fait au détriment d’une partie du peuple ivoirien. Dès lors, il est tout à fait clair que le problème identifié pour lequel sa candidature est le moyen de parvenir à la solution qu’ils ont identifiée ne peut constituer un problème du peuple ivoirien tout entier.

De son côté, l’opposition et une autre partie du peuple voient un problème dans la candidature abusive du président Ouattara pour les élections de 2020 et sa réélection illégitime toutes les deux acceptables à leur sens. Est-ce un problème qu’ils sont parvenus à mettre en commun avec le reste du peuple ivoirien, en particulier avec le régime et ses partisans ? La réponse est évidente : non. Ainsi, la candidature abusive du président Ouattara pour les élections de 2020 et sa réélection illégitime ne sont pas acceptables pour l’opposition et une partie du peuple, quand elles le sont pour le régime au pouvoir et une autre partie du peuple. Dès lors une situation qui est à la fois acceptable et non acceptable ne peut pas constituer le problème commun du peuple ivoirien, tel qu’elle puisse être reconnue et mise en commun par toutes ses parties.

On voit bien que l’existence même de ce problème conduit à des divergences entre parties du peuple. Ces divergences ont conduit à l’opposition violente (conflit) entre les deux détenteurs des plus grandes parts du pouvoir que les membres du peuple ivoirien représentent en vivant ensemble. Les faux problèmes du peuple ivoirien pointés au cours de cette crise débutante n’en sont guère, mais des manifestations du traitement réservé à de faux problèmes communs initiaux. Une divergence entre pouvoir et opposition ne constitue pas un problème commun des ivoiriens, mais un problème entre un gouvernement et ses partisans d’un côté et son opposition et les siens de l’autre. Les ivoiriens partisans du régime et de l’opposition voient-il un problème en le fait qu’ils divergent ? A priori, la réponse est évidemment non, si l’on considère que le pouvoir et ses partisans procèdent comme s’il y en avait aucune divergence. Comment les ivoiriens peuvent-ils alors s’accorder pour résoudre un problème qui n’existe pas pour les uns et qui est différemment défini par chaque partie ? Le danger de prendre des problèmes particuliers pour le problème commun du peule ivoirien alors est grand.

Ce danger réside dans le fait que les acteurs ivoiriens, interlocuteurs et contradicteurs pensent et s’adressent à des parties du peuple et agissent en réalité pour elles, mais procèdent comme si le peuple tout entier était leur interlocuteur, le bénéficiaire de leurs actes et celui qui devait apprécier leurs raisons respectives d’agir ainsi plutôt qu’autrement. Mais, chaque ivoirien sait en conscience et et raison que cela ne constitue pas la vérité. Ni les problèmes identifiés par le régime Ouattara et ses partisans, ni ceux identifiés par l’opposition et les siens ne sont les mêmes problèmes, encore moins le problème du peuple ivoirien. Il en est de même pour leurs solutions à ces problèmes. Lorsque les solutions des uns à ce problème sont les problèmes des autres, alors, il convient simplement de faire preuve de conséquence : ce ne sont ni le problème commun, ni les réponses communes. Au final, en étant chacun d’eux dans sa voie unilatérale de résolution d’un problème qui n’est pas le même, ni celui commun du peuple, ils se persuadent de résoudre le problème du peuple ivoirien alors qu’ils déploient tant d’énergie à montrer à leurs partisans que c’est un problème qui se posent à eux et les invitent à les soutenir dans sa résolution.

Le peuple ivoirien, dont les parties partisanes soutiennent tel régime au pouvoir et son opposition à telle période de l’histoire, doit prendre conscience de cela. Son véritable problème qui peut rassembler ses membres est absent de tous ceux que nous venons d’examiner qui couvre trente années au moins de son existence. Dans l’histoire, des peuples se sont bâties dans leur opposition semblablable à la même adversité extérieure identifiée comme l’ennemi commun ; ainsi s’est forgé le peuple chinois antique et plus près de nous le royaume mossi. D’autres se construits dans la même volonté commune de relever un défi vital commun, ainsi s’est forgé le peuple égyptien antique. Leur problème commun à traiter ensemble est ce qui peut unir le peuple ivoirien. Par conséquent, il faut  à ses membres dispersés et répartis sur le fondement de leurs passions semblables, le rechercher, l’identifier, en convenir et l’imposer souverainement à tous comme étant le véritable problème commun à résoudre ensemble. De ce point de vue, un problème bien posé est un problème à moitié résolu dit l’adage populaire. Et bien, tentons de le poser correctement. Puisque rien de tout ce qui précède ne constitue le problème commun des membres du peuple ivoirien, est-ce alors le conflit et la crise qui résultent de ces nombreux problèmes particuliers qui le constituent ? Nous examinerons cette question dans un prochain article.

Conclusion.

Sans avoir jamais défini ensemble son problème semblable à mettre en commun, des parties du peuple ivoirien veulent résoudre unilatéralement le problème qui se pose au peuple tout entier depuis 1990, tel qu’elles se le posent. Se faisant, leur perception de ce problème est fausse, parce qu’elles l’ont privatisé au lieu de le mettre en commun. Cette privatisation du problème commun les amènent alors à en donner une définition fausse, faisant de leurs problèmes particulièrement perçus et unilatéralement définis, le problème du peuple ivoirien à résoudre. Or, dans le fait même que les membres de ces parties du peuple veuillent le définir seuls, au sein de leurs groupes partisans, le fait de ne pas vouloir le mettre en commun, ainsi que de vouloir le résoudre seul, se trouve le caractère particulier des problèmes qu’ils identifient et tentent de résoudre. Cette manière de procéder est nécessairement exclusive ; l’exclusion des membres d’autres parties du peuple accompagne nécessairement une définition et une réponse particulières du problème.

Le problème du peuple ivoirien est nécessairement commun à tous les ivoiriens. Et, résoudre ce problème, c’est trouver les réponses communes qui se trouvent dans la question commune qui formule et pose ce problème. Si les questions par lesquelles les ivoiriens s’interrogent à son sujet, à savoir toutes les situations qu’ils n’acceptent pas, ne posent pas le problème commun, mais des problèmes particuliers, alors ils pourrons difficilement résoudre leur problème commun. En effet, leur problème commun ne peut être à l’évidence celui sur la définition duquel ils divergent et s’opposent jusqu’aux conflits qui génèrent les crises. Par ailleurs, à toutes époques depuis 1993, les régimes au pouvoir, leurs oppositions ainsi que leurs partisans respectifs parviennent toujours à résoudre leurs problèmes particuliers, mais pas le problème du peuple ivoirien. Ainsi, on a vu ces trente dernières années que dès lors qu’ils y sont parvenus, ils ont procédé comme si plus aucun problème n’existait ou comme s’il avait été résolu par leurs solutions particulières, jusqu’à ce que ce problème s’aggrave à nouveau dès qu’une divergence surgit entre eux. Les ivoiriens partisans de tels régimes et oppositions à telle période savent que rarement, les solutions proposées ne sont de nature à les relier ; au contraire, elles organisent leur éloignement les uns des autres. Pour des intérêts immédiats et circonstanciels, ils acceptent contre leur raison souveraine, des solutions fausses et socialement toxiques, qui défient toute raison, ainsi que leur volonté d’être libres et dignes. Malgré tout, il y a des raison d’espérer et nous comptons y contribuer.

Dans un prochaine article nous partageons le résultat de notre quête de ce problème pour le soumettre à la discussion, plutôt que participer à la dispute destructrice de la société ivoirienne. Ceux des ivoiriens qui n’ont pas choisi la voie de la guerre entre parties du peuple ivoirien seront sans doute intéressés que cette pièce ajoutée à la discussion éveille leur curiosité. Quant à ceux parmi eux qui déjà opté pour l’affrontement violent entre parties d’un peuple ivoirien à bâtir plus qu’à parler et à agir faussement en son nom, il se peut que cette pièce leur offre enfin une autre perspective de lecture de la réalité toxique et mette à l’épreuve leurs certitudes concernant ce qu’est le problème du peuple ivoirien et les solutions à lui appliquer. Peut-être alors, sera-t-il enfin possible de discuter de ce qui pose problème au peuple ivoirien et non à ses seules parties, autrement qu’au sein des cadres communautaires confortables. Là, dans ces espaces obscurs et étanches où les ivoiriens prennent nul risque à exposer et à partager leurs sentiments passionnels ainsi qu’à apparaître comme inauthentiques, se conçoivent sans débats contradictoires ce qui est le problème du peuple ivoirien et les solutions qu’il convient de lui appliquer.

Les ivoiriens savent reconnaître ce qui vrai, bien, juste, beau, utile collectivement de ce qui ne l’est pas. C’est pourquoi ils n’ignorent pas que nombre de nos productions collectives ne le sont pas authentiques. Il faut donc en finir avec l’inauthenticité, car elle est mortelle pour la société ivoirienne. Ne pas tenter de dépasser les passions et d’être authentiques pour renforcer la confiance mutuelle ajoute la misère à la difficulté de vivre ; cela les ivoiriens le savent. Si le peuple ivoirien veut sortir durablement de la crise qui s’éternise depuis plus de 30 ans, les ivoiriens de tous bords politiques sont condamnés à changer de méthode : discerner d’abord ce qui constitue leur problème commun, au delà des problèmes particuliers à travers lesquels ils le posent unilatéralement et sans les autres. Ensemble, ils doivent donc trouver ce problème commun et le poser si clairement qu’il contiendra les axes de réponses que les ivoiriens n’ont pas cherchées depuis plus de 30 ans. Lorsqu’il sera identifié, le peuple ivoirien le reconnaîtra. Il est nécessairement celui qui ne peut pas diviser les ivoiriens, mais au contraire, celui qui ne peut que réunir les parties certes partisanes du peuple, mais qui sont affectées tôt ou tard par ses effets délétères. Quand ils y parviendront, le moment sera venu ; il sera alors temps pour eux de pouvoir réfléchir ensemble à ses solutions, elles-aussi communes.

Il n’existe pas de problèmes du peuple ivoirien dont la résolution implique requiert de mépriser le peuple et d’abuser de la règle qui assure la cohésion de ses membres et les lie ensemble pour réaliser son unité. Pas plus, il n’existe de problèmes du peuple ivoirien dans ce mépris et cet abus, dont la résolution exige d’abuser cette règle. Il est incontestable que des parties opposées du peuple ivoirien identifient des problèmes ; mais, leurs problèmes particuliers ne peuvent constituer le problème du peuple ivoirien si le peuple lui-même n’existe pas pour le définir et convenir des moyens de sa résolution. Puisque nombre de dirigeants ivoiriens trahissent ce peuple pour les communautés pour lesquelles ils privatisent le problème et en faveur desquelles ils appliquent leurs solutions particulières, les ivoiriens sont appelés par l’histoire à s’en indigner, à se révolter et à s’engager résolument en faveur de la possibilité d’avènement du peuple ivoirien et enfin à agir en cette direction.

Discerner ce qui leur pose problème à tous est une voie qui exige d’eux de partager leurs hypothèses et de les soumettre à débat en vue de la mise en commun d’un problème qui ne peut recevoir cet attribut qu’en procédant ainsi. Prenons donc rendez-vous approcher ce qui peut ressembler au véritable problème susceptible de rassembler ses membres, auxquels des prestidigitateurs de la politique ne laissent aucun autre choix que celui partisan communautaire et fondé sur leurs passions. Parce que son existence tend précisément à être empêchée par tous les faux problèmes qu’ils identifient et tentent de traiter par des fausses solutions élaborées dans des cadres privés et clos communautaires, nombre de dirigeants et d’acteurs ivoiriens trahissent le peuple ivoirien.

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(1) Léa Masseguin, “Présidentielle en Côte-d’Ivoire : Alassane Ouattara se déclare dans la défiance”, Article du 24 août 2020, dans le quotidien français Libération URL : https://www.liberation.fr/planete/2020/08/24/presidentielle-en-cote-d-ivoire-alassane-ouattara-se-declare-dans-la-defiance_1797604

(2) Roxane Ouattara, “Alassane Ouattara au congrès du RHDP : « Depuis la mort d’Houphouët, le pays n’a pas eu de tranquillité jusqu’à ce que je vienne au pouvoir», Publié le URL : https://www.yeclo.com/alassane-ouattara-au-congres-du-rhdp-depuis-la-mort-dhouphouet-le-pays-na-pas-eu-de-tranquillite-jusqua-ce-que-je-vienne-au-pouvoir/

(3) Benoît Hilli, Macron à propos de la candidature de Ouattara : “Il s’est présenté par devoir. Il n’y avait pas une autre solution”, Fratmatinfo.net, Le 21/11/20 URL : https://www.fratmat.info/article/209536/politique/preacutesidentielle-2020/macron-a-propos-de-la-candidature-de-ouattara-il-sest-presente-par-devoir-il-ny-avait-pas-une-autre-solution

(4) Cap Magazine, “Mariam Traoré : « nous resterons au pouvoir pendant 50 ans, après Ouattara, on va choisir un autre. »”, novembre 19, 2020 URL : https://cap-mag.com/mariam-traore-nous-resterons-au-pouvoir-pendant-50-ans-apres-ouattara-on-va-choisir-un-autre/

COTE D’IVOIRE – Une si longue impasse 1993-2020 : Tentative de médiation entre le peuple ivoirien et ses dirigeants. (1/2)

Imaginez une famille, à l’image de celle traditionnellement connue. Cette famille est constituée d’un père, d’une mère et de leurs enfants. Maintenant, concevez que l’un de leurs enfants soit positionné par tous les autres membres comme le père de famille et agisse comme tel. Observons qu’il découle de ce qui précède que le père, la mère et les autres enfants de cette famille constituent en conséquence les enfants, ceux naturellement de celui des enfants qu’ils ont désigné comme leur père. Ainsi, dans une telle famille, aucun de ses membres n’est à sa place. Sans pour l’instant savoir de quelle manière chacun d’eux agit, ni avec quelle posture et quelle autorité, tout ce qu’on peut dire est que les membres de cette famille vont au devant de graves incompréhensions. Car, l’enfant doit-il et peut-il prendre la place de ses parents, notamment de son père, sans aucune conséquences collectives et familiales ? Doits-il et peut-il agir impunément comme s’il était le père ? Quant aux parents, doivent-ils abandonner ce qu’ils sont pour s’engouffrer dans les habits de leurs enfants et leurs esprits ? A première vue, tout cela est le fruit de la pensée. Certes. Mais, cela est-il inutile de penser les difficultés réelles en homme d’actions ou de réalités et de tenter de les observer, de les analyser, de chercher à les comprendre et les expliquer en homme de pensées. Car, peut-être, penser en hommes d’actions et agir en hommes de pensées, comme le recommande le philosophe Henri Bergson, peut permettre aux ivoiriens de cerner leurs réalités et les améliorer. Face à la situation réelle d’impasse de la Côte d’Ivoire, la penser en révisant la symbolique ramenant le pays à une famille pour préparer l’action efficace, est-ce peut-être la meilleure manière d’examiner les difficultés et de prendre la voie de leur résolution.

En effet, désirs et volontés mêlés alimentent les relations entre le peuple ivoirien et ses responsables politiques. Ils déterminent d’une certaine manière ce qui est jugé : les circonstances de l’existence commune. Le jugement implacable du peuple, s’agissant du peu d’utilité, voire de la nuisibilité de la plupart de ses dirigeants et leur responsabilité quasi-exclusive dans les conditions de son existence semble relever du regard d’un borgne.  Du haut de ce qui ressemble pourtant à une manifestation d’autoritarisme de sa part, le peuple ivoirien semble n’avoir aucune influence sur ses dirigeants, sur leur manière d’être et d’agir. Comme si, dans une famille croulant sous les difficultés relationnelles, l’enfant n’était que seul responsable de tout ce que ses parents lui reprochaient ou que les parents le soient, concernant tout ce que les enfants pouvaient leur reprocher.

Le dirigeant ou gouvernant, comme l’enfant, craint de perdre la sécurité, constituée et offerte par le peuple de ses supporters, qui lui confère sa position. Trop souvent, il n’ose pas refuser son autoritarisme, bien qu’adulte, il dispose pourtant de davantage de ressources que l’enfant pour le faire face à des parents auto-centrés. Face à la situation inconfortable générée par tous les deux, le peuple se plait à en faire porter souvent toute la responsabilité aux seuls dirigeants, comme des parents procèderaient à l’égard de leurs enfants. D’autant que selon lui, il ne suffisait au gouvernant et aux dirigeants que d’être et d’agir conformément à ses désirs. Voici pourquoi une médiation, selon le regard de de celui qui a mieux que quiconque consacré une part essentielle de son existence à scruter la question des relations humaines familiales peut être utile. Comme “Lettre au père” (1), voici ma lettre au peuple ivoirien, à ses dirigeants, dont le gouvernant, ainsi qu’à à tous ceux qui aspirent à le devenir. Kafka n’aurait pas été un médiateur de trop. A défaut, nous pouvons tenter une analyse en ramenant la Côte d’Ivoire symboliquement à une famille.

 1. Des raisons de contester la symbolique faisant du gouvernant le père du peuple.

L’observation montre que, quand les ivoiriens considèrent les relations du gouvernant ivoirien et du peuple qu’il gouverne, ils semblent ramener ces dernières à celles auxquelles ils sont si coutumiers. Ainsi, à bien y regarder de près, ils les discernent comme semblables aux relations familiales ordinaires des enfants et de leurs parents. Reste alors à déterminer, entre les dirigeants et le peuple, et plus précisément ses parts majoritaire et minoritaire par rapport au gouvernant,  lesquels des acteurs jouent le rôle de père, de mère et des enfants symboliques. 

Au terme d’une certaine symbolique, le peuple est souvent représenté comme une famille. Cela dit, on connaît généralement le père de famille ; c’est le gouvernant qui est présenté par cette symbolique comme le père. Il suffit de se rappeler les termes de “père fondateur” ou de “père de la nation”. Un petit effort de réflexion nous livre la mère de famille. Il semble qu’elle est représentée par la patrie, d’où le terme “mère patrie”, sans que l’on distingue bien la patrie du peuple, ni de l’Etat, etc… Mais là n’est pas le sujet. Ainsi, dans cette symbolique, le gouvernant est l’époux symbolique de la patrie. On suppose que le peuple représente leur enfant symbolique. Cette considération semble être renforcée et attestée par le fait que le peuple lui-même désigne son gouvernant par le père. Ainsi, à première vue et selon les africains, le gouvernant est le père symbolique du peuple. Ils ont en ont appelés certains ainsi, sans que l’on puisse relier cela à une nécessaire volonté de culte de leur personnalité de leur part : “papa Houphouët-Boigny”, pour prendre un exemple bien de chez nous. Néanmoins, ils ne sont pas les seuls à voir les choses de ce point de vue. En effet, dans des contrées lointaines, d’autres peuples ont procédé de manière similaire. Précisément, pour désigner les tsars en Russie tsariste, puis en Union soviétique, pour désigner Joseph Staline, “le petit père des peuple” était l’expression consacrée. Existe-t-il une raison de faire du gouvernant le père symbolique d’un peuple donné ?

Première considération générale : arguments pour réfuter la conception faisant du gouvernant le père symbolique du peuple

Dans une vision monarchiste de la relation du gouvernant au peuple qu’il gouverne, faire du gouvernant le père du peuple correspond à la réalité suivante. En effet, cette conception acquiert un certain sens, si l’on considère celui dont le leadership, manifesté à travers une lutte politique, y compris manifestée par la guerre a abouti à la naissance d’un État et de son peuple . Dans cette conception, qu’il soit monarchiste, indépendantiste ou tyran, c’est le leader qui génère initialement l’État et son peuple qui est le père de ce dernier. C’est donc sur le fondement de la raison apparente que l’État et son peuple sont symboliquement perçus comme étant les enfants du gouvernant, que l’expression “le père de la nation ou du peuple” acquiert son sens. Ainsi, ceux qui tiennent à une représentation familiale et symbolique du peuple ont leur argument décisif : il leur semble bien qu’à l’origine, un État et sa population que nous désignons le peuple se constituent, sous l’autorité d’un leader politique et/ou d’un guerrier. Ils sont son œuvre politique et souvent martial. Quelle est donc la mère symbolique du peuple, non encore identifiée à ce stade ?

On peut localiser cette dernière dans cette autre pensée, communément énoncée. Elle suggère que “la mère patrie” est la mère de tous les membres d’un peuple donné. Ainsi donc, si le père du peuple est le gouvernant, il semble bien que la patrie est son épouse. Les membres de la famille symbolique peuvent alors être reconstitués : la patrie (la mère) et son époux, le gouvernant (le père) sont les parents de leurs enfants, à savoir les membres du peuple. Certes. La notion même de patrie soulève une question. Si comme le dictionnaire Larousse la définit, la patrie est le pays de naissance et auquel l’on appartient en tant que citoyen et pour lequel l’on a un attachement affectif, alors tel Etat, son territoire et sa géographie, sa population, son histoire et ses règles de fonctionnement forment un ensemble unitaire constituant la patrie du citoyen qui en relève et y est attaché. Parce que cet ensemble façonne le caractère de ses hommes, la présente conception en fait leur mère symbolique. Or, le dirigeant ou gouvernant est lui-même l’uns de enfants de la patrie. Il vient donc que le gouvernant est à la fois l’enfant et l’époux de la patrie, et par inférence le père de tous leurs enfants constituant le peuple de citoyens. 

Admettons que tel ou tel dirigeant est le père symbolique du peuple, et la patrie son épouse. Comme le gouvernant ou dirigeant est issu du peuple, il est par conséquent et nécessairement l’un des enfants constituant le peuple du gouvernant précédent. Il vient par conséquent qu’un gouvernant en génère un autre, son enfant. Devenu adulte et dirigeant, il devient alors l’époux de la patrie et le père de tous les autres enfants qui contribuent à la constitution du peuple. Quand on se pose la question de savoir qui sont les parents du gouvernant, il nous apparaît évident que son père à lui ne peut être autre que le gouvernant précédent. Lorsqu’on se demande alors qui est l’épouse du dirigeant précédent (père du gouvernant actuel), on ne peut répondre qu’en désignant la patrie. Ainsi, la mère patrie, mère du peuple est à la fois l’épouse du gouvernant précédent (père du gouvernant actuel) et l’épouse du gouvernant actuel (père du peuple). La patrie que nous limitons en première hypothèse au territoire, et dont on énonce qu’elle est la mère du peuple (enfant symbolique du gouvernant), semble être l’épouse gouvernant précédent (enfant symbolique de la patrie et père de l’actuel gouvernant) et du gouvernant actuel (autre enfant de la patrie, époux actuel de la patrie).

Observer que le gouvernant est un élément du peuple enfant symbolique, avant de le devenir ainsi que père, nous amène à conclure comme suit. Car, finalement, cette conception symbolique suggère qu’une mère éternelle (la patrie), épouse, selon la période, tel ou tel de ses enfants (tel gouvernant) pour générer d’autres enfants, ses frères et sœurs, à savoir tous les autres membres du peuple. De frère, ayant en commun avec eux tous leur mère (la patrie), et avec certains d’eux, leur père (le dirigeant précédent), il devient à son tour, à la fois  le père de ses autres frères et sœurs et le fils-époux de sa mère patrie. De plus, lorsque nous procédons à une approche étymologique de la patrie, l’inceste est alors plus évident. En effet, la patrie se conçoit comme étant une création patrilinéaire, de même qu’un système politico-social sera dit patrilinéaire ou matrilinéaire en étant fondé respectivement sur le lignage masculin (père) ou maternel (mère). La patrie n’est pas “matrie”, en raison de la pensée ancrée selon laquelle l’ensemble constitué par l’Etat, son territoire et sa géographie, sa population, son histoire et ses règles de fonctionnement sont une production du dirigeant masculin (le père) et son œuvre. Or cet ensemble est la patrie, d’où on tire que le dirigeant (le père symbolique) est finalement aussi le père de son épouse, mère de leurs enfant, à savoir la patrie. Parvenu à ce point, on ne peut pas dire autre chose que de relever que tout ce qui précède relève d’une conception incestueuse des rapports du gouvernant (à la fois enfant, père et époux) et de sa mère, désignée par patrie (à la fois mère et épouse du gouvernant, mais aussi  mère du peuple). On peut en dire autant des relations entre le peuple (enfants du gouvernant) et sa mère (patrie). Il résulte de l’analyse, que selon cette conception, le gouvernant est une certaine totalité : il génère à la fois son épouse et sa mère (patrie), leurs enfants (ses frères et sœurs formant le peuple) et, pardessus tout, auto-généré, en étant le père (des enfants constituant le peuple, dont lui-même, le gouvernant). Une telle conception manque de permettre de rendre compte des relations entre les membres d’une telle famille symbolique, dans laquelle l’enfant est aussi le père, la mère est aussi la fille et où le père est aussi le frère de ses enfants. Il convient par conséquent de la challenger par une autre conception symbolique d’un pays, en tant qu’une famille, si tant est que la finalité de la conception symbolique est de déplacer le champ d’examen des difficultés réelles qui se posent au pays symbolisé.

Par ailleurs, il est difficile de trouver le sens d’une telle conception dès lors que nous sommes en présence d’un gouvernant et d’un peuple dans une relation démocratique, dans la mesure où l’avènement du gouvernant résulte de son élection, parmi d’autres dirigeants. En effet, c’est à travers l’élection que le peuple donne naissance au gouvernant, certes façonné par la patrie, de sorte que la raison suggère que le peuple représente les parents du gouvernant, comme son enfant. C’est pourquoi, une question se pose. Est-ce véritablement le gouvernant, le père symbolique du peuple ou l’inverse ? Et, si nous élargissons le champ de vision, elle peut se poser ainsi : sont-ce véritablement les dirigeants, les parents (père/mère) et le peuple leur enfant ou l’inverse ? 

Deuxième considération générale : arguments pour faire du gouvernant, l’enfant symbolique du peuple et du peuple, les parents symboliques du gouvernant.

Cette nouvelle conception invite à passer du gouvernant comme père du peuple, au gouvernant comme enfant du peuple. Rappelons que dans la conception précédente, l’argument décisif tenait au fait que c’est le gouvernant qui génère un État et un peuple. Or, un homme seul, quel qu’il soit peut-il être un gouvernant, sans la population qu’il dirige et pour laquelle il est dirigeant ? Dans l’affirmative, devons-nous considérer que tout homme est un dirigeant de/pour lui-même ? Un homme parmi ses contemporains ne devient-il pas dirigeant ou gouvernant et nécessairement de ceux qui le font tel, aux noms et avec la force du soutien desquels il développe et endosse cette fonction, y compris souvent dans l’histoire en soumettant ceux qui ne le reconnaissent ainsi ? C’est pourquoi, il semble que le peuple se constitue en même temps qu’il génère son gouvernant, dans le même mouvement. C’est aussi pourquoi, il convient d’observer que, symboliquement comme un enfant, le dirigeant a des parents. Ils sont constitués par ceux dont la reconnaissance de son autorité et le soutien le font être dirigeant, ainsi qu’aux yeux desquels et aux noms desquels et pour lesquels il l’est et sans la considération desquels il n’est pas dirigeant ou gouvernant. Initialement constitués d’individus divers, le peuple et, plus précisément ses parties, acquièrent les fonctions symboliques de père ou de mère si l’on introduit le processus politique, les relations entre individus et en particulier celles avec celui d’entre eux qu’ils font être dirigeant. De soutiens en soutiens de leurs contemporains, tel membre du peuple acquiert le statut de gouvernant. L’acquisition de ce statut dû à ceux qui le soutiennent et à ceux qui pourtant soutiennent d’autres dirigeants ; c’est en cela-même qu’ils constituent et représentent ses parents symboliques. Posons arbitrairement, pour l’instant, que les premiers qui constituent la part majoritaire du peuple qui l’a soutenu et généré de façon décisive en tant que gouvernant représente son père symbolique et que les seconds soutiens et électeurs d’autres dirigeants non gouvernants représente leur mère symbolique. Nous y reviendrons pour tenter de fonder cette double association. Ainsi, par un processus politique reproductif, le peuple se fractionne constamment en parts mâles et femelles, en même tant que ces parts génèrent les enfants du peuple : ses gouvernants et dirigeants.

Par ailleurs, dès lors que l’on suppose qu’on est en démocratie, l’observation attentive de la réalité coproduite par le peuple, son gouvernant et ses autres dirigeants politiques contredit formellement la conception ayant abouti à l’inversion des positions symboliques des acteurs, dont il ressort que le gouvernant est le père et que le peuple est son enfant. En effet, contrairement à la symbolique incestueuse précédemment développée, faisant du dirigeant le père, le gouvernant ne semble plus être le père du peuple, dans la mesure où par le processus électoral, les parties du peuple apparaissent comme étant ses parents. S’agissant d’un peuple constitué et dans le cadre d’une démocratie, c’est le vote majoritaire qui achève le processus d’enfantement symbolique du gouvernant et confère sa sexualité au peuple, en aboutissant à former ses parts mâles et femelles variables dans leur composition. Rappelons que nous avons arbitrairement assimilé la part majoritaire du peuple (électrice du gouvernant) à son père symbolique et avons fait de sa part minoritaire (électrice d’autres dirigeants) la mère symbolique du dirigeant. A une époque politique donnée, ces parents symboliques du gouvernant n’ont par conséquent tel sexe que selon leurs rapports au dirigeant considéré, qu’ils génèrent comme leur enfant, par leur reconnaissance de son autorité, leurs soutiens, leurs choix et votes ou leur soutien à d’autres dirigeants.

Relativement à cette nouvelle symbolique faisant d’un pays une famille, Il vient donc qu’en Afrique et ailleurs, on a souvent une vision renversée des positions familiales respectives du dirigeant et du peuple. Dans la conception que nous analysons, nous parvenons au fait que le peuple n’est pas en soi comme une famille ordinaire. Comme nous venons d’introduire la question, il semble que c’est le processus politique, à savoir les relations entre les membres du peuple, qui permettent d’entrevoir en lui le symbole d’une famille. Ce sont les mêmes relations qui confèrent aux parties du peuple leur sexualité et leur sexe leur permettant de générer leurs enfants (les dirigeants). Les relations politiques produisent dans un même mouvement l’enfant, ses parents ainsi que le sexe de ces derniers, dépendant lui-même de leurs relations à l’enfant symbolique (le gouvernant). Ainsi, le peuple asexué acquiert sa sexualité en même temps qu’il génère ses enfants (les dirigeants et gouvernants). Contrairement à une famille ordinaire, c’est le processus d’avènement d’un gouvernant (choix électoral) qui transforme des parties du peuple en parents. Dit autrement, c’est la naissance du gouvernant (enfant symbolique) qui permet la manifestation de tel ou tel sexe des parents ainsi que le discernement des parents eux-mêmes. En conséquence, le peuple est fondamentalement hermaphrodite, à savoir que toutes ses parties disposent de deux sexes. 

En effet, telle part du peuple manifeste tel sexe par rapport à tels dirigeants qui naissent et manifeste le sexe contraire vis-à-vis de tels autres dirigeants. Par convention, nous adoptons que telle part du peuple est un parent mâle ou femelle, selon que respectivement elle soutient tel ou tel dirigeant et choisit ou élit tel gouvernant ou pas. Autrement dit, à la fois potentiellement pères et mères, tels sexes des parties du peuple s’expriment lors de l’avènement de tel ou tel gouvernant qu’elles génèrent, dans la manifestation même de leurs idées et préférences politiques. Ce n’est pas tout ; contrairement à une mère patrie éternelle et épousant certains de ses enfants, le père et la mère symbolique du gouvernant varie dans le temps politique, dans leur composition et leur sexe, déterminées par les pensées de ceux qui les constituent et les représentent. C’est pourquoi, c’est dans une telle conception symbolique qu’il y a une possibilité de développement de la démocratie et de l’alternance pacifique du détenteur du pouvoir. Car, considérant le pays comme une famille symbolique, c’est dans cette perspective, qu’il est permis de penser que les mêmes parents (parties du peuple) ne génèrent pas les mêmes enfants (dirigeants/gouvernants), ni qu’ils demeurent les mêmes parents de tel ou tel dirigeant à toute époque politique. La raison réside dans le fait que les parents symboliques du gouvernant (enfant symbolique) peuvent se recomposer, se recombiner et changer de sexe, dans le même mouvement où ils produisent d’autres enfants (d’autres gouvernants), à travers la manifestation de leurs idées et préférences politiques elles-mêmes variables.

Que symboliquement le peuple soit conçu comme une famille, selon une conception dans laquelle le gouvernant est, non pas son père symbolique, mais son enfant remarquable. Le gouvernant est alors celui des enfants symboliques que ses parents (parties majoritaire et minoritaire du peuple) ont généré pour gouverner les relations familiales. Une telle famille symbolique se distingue d’une famille ordinaire réelle à plusieurs titres. D’abord, contrairement à une famille ordinaire, ils  ont confié à l’un parmi  tous leurs autres enfants (dirigeants), le pouvoir de gouverner les relations entre  tous les membres de la famille ainsi que l’essentiel de leurs relations extérieures. Alors que les parents d’une famille africaine ordinaire gouvernent les relations familiales, cette conception amène à observer que ce sont au contraire les enfants qui assument ce rôle au service du peuple symboliquement fait famille. Ensuite, alors que le père de famille africaine entend la gouverner seul, la part majoritaire du peuple, à savoir celle qui entend, par sa grande influence, gouverner seule les relations est celle qui ressemble au père africain. C’est la raison pour laquelle le sexe mâle lui est attribué et qu’il désigne le père du gouvernant.

Contrairement à ce dernier, cette part que nous désignons symboliquement le peuple-père n’a cependant la possibilité de réaliser son désir que par procuration, à travers sa grande influence sur le gouvernant, l’élu parmi ses enfants (autres dirigeants). La famille symbolique que l’on perçoit du peuple se distingue ainsi de la famille réelle. Enfin, entendu symboliquement comme une famille, le peuple est néanmoins une qui est en évolution permanente, notamment au gré des cycles électoraux. Sa structure et la position de ses membres se modifient au gré des événements et des évolutions politiques de ses membres. En outre, s’agissant de la famille unique que le peuple constitue dans cette symbolique, le gouvernant et les autres dirigeants ne sont pas des enfants ordinaires mineurs, puisque déjà adultes, ayant capacité à agir en adultes dans les relations avec leurs parents (le peuple et ses parties). Le peuple les fait symboliquement naître gouvernants. Par ailleurs, il importe d’insister sur le fait que, contrairement aux parents d’une famille ordinaire, les parts majoritaire et minoritaire du peuple (parents du gouvernant) ne détiennent, ni n’exercent directement le pouvoir de gouverner les relations familiales, mais leurs enfants (gouvernants/dirigeants) auxquels le peuple et ses parties le leur ont donné. Il ne reste plus qu’à examiner de plus près les membres de la famille symboliquement constituée qu’est le peuple-famille, ainsi que les relations familiales. Mais avant, nous pouvons enfin résumer la conception comme suit.

Lorsque l’on fait du pays ou du peuple une famille symbolique, il convient d’observer que dans un cadre démocratique, une telle famille (le peuple) est constituée de parents à une période politique donnée. La part majoritaire de la population, électrice du gouvernant représente le père ; nous la désignons par le peuple-père. Sa part minoritaire, électrice d’autres dirigeants malheureux, représente la mère ; nous la nommons le peuple-mère. Les dirigeants et parmi eux le gouvernant représentent leurs enfants. Quant au gouvernant, il est celui des enfants que les parents (part majoritaire – peuple-père et part minoritaire – peuple-mère) ont choisi pour gouverner les relations à leur place de parents, contrairement aux relations familiales ordinaires. Remarquons que ce choix décisif résulte du rapport de leurs choix particuliers. C’est pourquoi, dans la suite de l’analyse concernant un pays, comme la Côte d’Ivoire, en tant qu’une famille, le gouvernant (certes adulte) est comme l’enfant symbolique du peuple, auxquels ses parents ont donné le pouvoir d’administrer les relations familiales, à leur place. Symboliquement enfant remarquable, mais adulte réellement, c’est sous cet angle qu’il convient d’appréhender le gouvernant, ainsi qu’il convient de procéder aussi pour tous les dirigeants (réellement adultes), mais symboliquement les autres enfants du peuple. Il va s’en dire en conséquence que le gouvernant ne peut être le père du peuple.

Quant au peuple, il représente symboliquement leurs parents. Considérant tel gouvernant, la part majoritaire et électrice du peuple représente le père (peuple père), quant celle minoritaire représente la mère (peuple-mère). Nous verrons ultérieurement qu’une telle famille ne peut être définie que pour une époque politique donnée, étant entendu que tel père symbolique peut devenir en partie telle mère symbolique et que telle mère peut devenir tel père en se recombinant avec une partie de tel père. C’est dire que la question n’est pas de savoir si tel père est tyrannique et si telle mère est dominée, puisque telle mère dominée peut devenir tel autre père tyrannique, au gré des évolutions politiques. Il est temps de développer le peuple, perçu dans cette conception comme une famille symbolique ayant pour gouvernant un enfant et des parents qui tentent de gouverner par procuration et à travers leur influence sur des tous les enfants, à savoir les dirigeants, en vue de réaliser leurs désirs et non le bien de toute la famille : la réduction des difficultés communes de vivre.

2. Nécessité et pertinence de redéfinir les membres de la famille symbolique et de clarifier leurs positions. 

 L’importance de discuter des relations des dirigeants et du peuple tient au fait de savoir de quelle position dans la relation et à partir de quelles données le peuple, en particulier, juge-t-il les actes des dirigeants ? Même si, contrairement à ce qui vient d’être analysé, le peuple persiste à admettre que tel gouvernant est son père et qu’il en est l’enfant, le peuple ne peut raisonnablement pas échapper à faire du gouvernant (son père), une source très importante de ses propres attitudes et comportements, se considérant lui-même comme son enfant. En tous cas, il ne peut éviter d’en faire ce qui influence considérablement ses attitudes et ses comportements. En examinant de près la situation, on observera que c’est en partie seulement que ce père (gouvernant) l’influence, si le peule accepte d’éviter de faire de lui-même, un machin qui réagit et exécute mécaniquement la volonté et les désirs du père (part majoritaire du peuple). Malgré tout, cette vision des relations du gouvernant au peuple est contestable comme nous venons d’examiner la question. D’autant que rien de cette conception n’approche la réalité dans une situation de démocratie et parce que tout simplement les faits parlent d’eux-mêmes et constituent les meilleurs avocats pour défendre la perspective introduite ci-avant, il est temps d’examiner les membres du peuple, famille symbolique dans laquelle le gouvernant est l’enfant et non le père.

Convenance d’observer comment, à une époque donnée, la majorité politique électrice du gouvernant représente son père symbolique.

Le changement de perspectives suggère que la majorité politique à une époque donnée constitue le père symbolique du peuple familial. Il convient d’observer immédiatement par déduction qu’il s’agit d’un parent qui ne gouverne pas les relations familiales, comme dans l’existence d’une famille ordinaire. En effet, malgré une démocratie ivoirienne naissante – on peut en convenir -, il suffit d’introduire,  que c’est le peuple qui détient et exerce le pouvoir et l’autorité de faire de n’importe quel ivoirien un dirigeant de 1er rang, dont il juge par la suite l’action utile ou toxique pour lui. En disposant de la faculté de générer le dirigeant, par ses actes, à défaut de sa volonté, c’est donc le peuple qui est proche d’être un générateur de dirigeants. A ce titre, cela correspond mieux à la réalité de faire du peuple les parents des dirigeants. Ajoutons qu’un dirigeant nait du soutien de telle partie du peuple, dont il tire sa légitimité. C’est pourquoi on peut  symboliquement faire de cette portion du peuple, son père, d’où sa désignation. On peut alors énoncer que tout dirigeant, tel qu’il est et agit est le résultat, d’une part très importante, de l’éducation du peuple (ses parents) et de sa propre attitude et de ses comportements vis-à-vis des attentes de du peuple. On verra que cette part n’en constitue qu’une seulement de cette détermination.

Car, de même qu’être père ou mère (dans le sens de géniteurs dans l’existence familiale ordinaire) démontre la possibilité de quelque homme pour faire naître ou pour générer un autre homme, cette qualité ne suffit pas, même pour lui-même, pour être digne de l’homme, ni pour en produire un qui soit digne de l’homme. Il en est exactement de même de telle part majoritaire (père) ou minoritaire (mère) du peuple qui ne peut faire être un dirigeant (son enfant en quelque sorte), qui soit digne de la responsabilité historique du dirigeant. On est alors contraint de nous incliner devant l’évidence : comme un père ordinaire par exemple, la part majoritaire du peuple (soutien du dirigeant) ne dispose pas seul de toutes les ressources pour un exercice utile à tous de son pouvoir exorbitant, à savoir réaliser le meilleur choix de ses dirigeants, les éduquer pour en faire des dirigeants dignes : de véritables politiciens au sens noble. Parce que et sans même juger sa manière de l’exercer, en face de son pouvoir exorbitant, se dresse un autre. En effet, le dirigeant (enfant symbolique du peuple) tel qu’il est généré, et qu’il est et agit est le résultat du choix décisif de cette part majoritaire, de son éducation, d’une part et l’est aussi de ses propres attitudes, initiatives et comportements vis-à-vis des attentes de cette dernière et des siennes propres, d’autre part. Tout en continuant de prendre appui sur la relation ordinaire parents-enfants que chacun vit et en considérant la part majoritaire du peuple comme étant le père du gouvernant, c’est à partir de ce point qu’il faut porter un autre regard pour percevoir et analyser les choses autrement, s’agissant des relations entre les dirigeants et le peuple, en particulier la majorité politique de la population à une époque donnée. Si cette part majoritaire, soutien de tel gouvernant à telle époque politique, constitue symboliquement son père et agit comme tel, qu’en est-il de son enfant symbolique (le gouvernant) ?

On se demande encore comment les hommes sont parvenus à faire de l’enfant symbolique du peuple (à savoir le gouvernant) son père. Car, l’évidence rend compte du fait que le gouvernant est l’un des enfants symbolique du peuple conçu comme une famille. On peut simplement convenant qu’il est un enfant remarquable. On peut également observer immédiatement que c’est en le fait que cet enfant symbolique est fait gouvernant des relations familiales, que se situe la source de la grande part de responsabilité du gouvernant ou du dirigeant politique. En démocratie, le dirigeant ou gouvernant paraît davantage être comme l’enfant symbolique du peuple ; l’un des parents étant constitué par la partie majoritaire électrice, son père symbolique. Pus qu’un enfant ordinaire et contrairement à lui, le dirigeant (enfant symbolique) est réellement un homme adulte que le peuple fait naître en tant que gouvernant. Avant sa naissance, il est déjà adulte. Il affirme  sa volonté de gouverner la relation pour un bénéfice familial commun. Il a la prétention de penser qu’il dispose des ressources de l’esprit pour le faire. C’est même ainsi que sa gestation politique se fait. Une chose est certaine, il dispose de davantage de pouvoir que n’en dispose un enfant ordinaire, pour résister à la part majorité politique (père), ainsi que pour s’abstenir, contre son désir, d’exercer l’autorité que la part majoritaire du peuple (symboliquement son père) lui a conférée au profit exclusif de ce dernier. Comme un père ordinaire, cette part dispose de son côté de la faculté d’être utile au gouvernant (enfant symbolique), à lui-même et au reste de la famille. Mais aussi et comme un père qui prétend régenter toute existence à la sienne unique, elle peut être toxique à tous. Bien que symboliquement un enfant, le gouvernant toutefois majeur peut l’être davantage vis-à-vis de la part majoritaire du peuple (son père symbolique) et accessoirement mais rarement de lui-même, ainsi qu’en raison des ressources et des moyens considérables dont il dispose. S’agissant de la dignité du dirigeant politique ou du gouvernant, comme de celle de l’enfant ordinaire qui grandit, c’est en résistant souvent à cette part majoritaire (le père symbolique), toutes les fois où il pense cela utile à tous les membres de la famille, qu’il devient le véritable dirigeant, comme un enfant ordinaire devient adulte ainsi. Face à un père totalitaire, l’enfant n’est-il pas en soi, ne devient-il pas adulte en récusant et en refusant son désir de le maintenir enfant, de le façonner pour qu’il le reflète et pour réaliser l’idée qu’il a de lui-même, en niant au passage son propre être ?

Clarté et moralité d’une symbolique faisant du gouvernant l’enfant symbolique et remarquable du peuple.

Il est nécessaire et moteur de discerner l’erreur fondamentale d’une conception faisant du gouvernant le père du peuple. Généré gouvernant de manière décisive par la majorité, il est appelé à devenir un véritable homme politique, à savoir un dirigeant digne de cette qualité. Il acquiert ainsi la considération de cette majorité qui aura usé de sa raison pour constater enfin qu’elle ne peut être, sans manifester aucune raison et sans accepter l’existence propre du dirigeant. Si nous admettons que les attentes souvent sociopathiques de la majorité se retournent contre tous les membres de la famille, nous devons aussi admettre que le refus du gouvernant/dirigeant, de surcroît majeur et disposant de davantage de moyens pour le faire qu’un enfant, de lui résister, aboutit au même résultat, voire pire encore. Or, dans cette affaire, le dirigeant (symboliquement enfant mais déjà adulte), affirme lui-même qu’il dispose de la connaissance nécessaire pour résister aux désirs de cette part majoritaire (son père symbolique).

Dès lors, chacun peut comprendre qu’il ait davantage de responsabilité comparativement et contrairement à celle attribuable à l’enfant ordinaire dans la situation qui est celle de sa relation avec son père tyran. Cela étant, il ne faut pas s’y tromper. Dans l’existence ordinaire des hommes, l’influence considérable d’un géniteur conserve sa pesanteur, même sur des enfants persistants en des adultes devenus. Il en est exactement de même de celle d’une majorité politique du peuple sur des dirigeants adultes, même symboliquement considérés comme des enfants). Malgré tout, sa meilleure conscience revendiquée des enjeux du monde et sa volonté de gouverner les relations pour les relever au profit de tous les membres de la famille ainsi que le pouvoir pour y parvenir qui lui a été concédé, constituent à cet égard, une circonstance aggravante de la part de responsabilité historique du gouvernant ou dirigeant (majeur) tout le contraire pour un enfant, même devenu adulte. Parce que l’enfant n’a ni la prétention de mieux connaître le monde que ses parents au point de vouloir gouverner les relations d’existence avec son père, pour le bénéfice de tous les membres de la famille, ni reçu de quiconque, encore moins de lui, le pouvoir qui fonderait son obligation d’essayer d’y parvenir, à défaut de ne pas réussir.

Cela dit, en parvenant ici, les ivoiriens doivent questionner le peuple, en tant qu’un père tyran (la majorité politique supportrice du gouvernant) et qu’une mère qui n’aspire à être ce père et à agir comme lui (la minorité politique ne soutenant pas le gouvernant). Tous les deux semble avoir contracté un pacte violent. L’objet de cette lutte violente est d’être père. Sans doute parce que posséder ce sexe implique d’avoir généré de manière décisive le détenteur du pouvoir d’État. Mais surtout, nombre d’ivoiriens pensent qu’en étant dans cette position familiale, le père symbolique, comme un père ordinaire africain, peut exiger de toute la famille, en particulier de ses enfants d’obtempérer à toutes ses demandes, sans aucun questionnement et de réaliser son seul être. Comme tel père pense qu’il suffirait à l’enfant de s’effacer au profit de son existence, le peuple de parents pense qu’il suffirait que tel gouvernant assume sa responsabilité, à savoir le réaliser conformément à ses désirs, pour que tout aille mieux dans son monde meilleur tel qu’il l’envisage. Peut être ! Le monde réel et contingent de relations humaines est loin d’être le meilleur désiré par chacun puisque qu’il ne relève pas d’un ordre mécanique, mais des volontés et désirs croisées de ceux qui le constituent. A défaut de pouvoir être le meilleur que le peuple désire, il peut cependant être celui acceptable, par la raison, par tous les membres de la famille. Dès lors, tous les ivoiriens n’ont pas d’autre choix que de tenter, par un minimum de raison, de ne pas souffrir de son immense complexité.

Sans doute, la part de responsabilité de toute majorité politique du peuple soutenant tel gouvernant, quelle qu’en soit l’ampleur voire sa petitesse, ne peut déterminer seule un mouvement commun dans la direction utile à tous. Il en est exactement de la grande part qui est attribuée au gouvernant mais dont l’exercice même raisonnable ne peut néanmoins lui suffire pour réaliser l’intérêt général. Toutefois, ce n’est pas là une raison suffisante pour négliger la responsabilité du peuple et son aptitude à ruiner tel ou tel effort de progrès, même le plus petit du gouvernant, s’agissant de l’exercice de la sienne. C’est pourquoi, on ne peut éluder la responsabilité de la majorité soutenant tel gouvernant, aussi faible soit-elle et son impact sur le gouvernant (dirigeant) et sa contribution décisive aux conditions de leur existence commune. Le gouvernant ou dirigeant, même adulte,  est symboliquement ainsi discerné comme l’enfant du peuple, ses parents. Quant à  la partie précise du peuple qui le soutient activement et qui l’a fait être gouvernant, de manière décisive, elle l’est comme son père symbolique, comme nous l’avons vu précédemment : c’est la majorité politique du peuple électrice du gouvernant et qui le soutient. C’est pourquoi, il est temps d’aborder une question qui brûlait jusque-là et à juste titre les lèvres du lecteur attentif et patient : mais, dans cette hypothèse du peuple, comme famille symbolique, où sont la mère, les frères et sœurs du gouvernant ainsi que les autres communautés familiales, le village, le monde autour dans tout cela ? Votre patience sera récompensée. Le gouvernant est l’enfant symbolique du peuple familial ; c’est un enfant qui gouverne les relations familiales à la place de ses parents.

Arguments en faveur de la minorité politique, non électrice du gouvernant à une époque donnée, comme étant la mère symbolique du gouvernant.

De ce qui précède, le dirigeant ou gouvernant est l’acteur le plus clairement défini du peuple, considéré symboliquement comme une famille : il est comme l’enfant du peuple, dont les parties constituent ses parents. Symboliquement, la part du peuple qui l’a fait être gouvernant, par son soutien et son choix électif majoritaires portés sur lui représente son père. Pour en savoir un peu plus sur sa mère symbolique, revenons à cette part du peuple, pour préciser qu’il ne représente que la composante “père” des deux parents ; la totalité du peuple étant comme les parents du dirigeant ou gouvernant. Il faut imaginer le père et la mère à partir de la représentation d’une famille ordinaire africaine usuellement connue.

En effet, nombre de familles africaines courantes, d’hier et d’aujourd’hui, il est fréquent que le père se comporta comme si l’enfant qui paraissait était son enfant exclusif. Il y en existe même pour lesquels seuls les fils paraissent être leurs enfants. Celle qui l’a porté pendant neuf mois semble être, de son point de vue et pour ainsi dire, un peu comme une réceptrice-hébergeuse de sa semence, avant de devenir nounou-éducatrice de base, pour les règles courantes inégalitaires de la vie ordinaire familiale. Peu d’ivoiriens contesteront que du haut de son hégémonie, l’archétype du père africain entend régenter l’existence de tous les membres de la famille, dont celle de l’enfant naturellement avec peu de défenses. Il est utile de préciser que cette description ne correspond sans doute pas à la réalité de toutes les familles. En conséquence, il convient d’observer immédiatement que, contrairement à l’enfant ordinaire, le dirigeant (symboliquement enfant du peuple, bien que réellement adulte), affirme connaître mieux le monde que les parents, en particulier, la part majoritaire du peuple qui le soutient et qui représente symboliquement son père. C’est même à ce titre qu’il est fait gouvernant des relations, fonction assurée de manière ordinaire par les parents dans une famille ordinaire. A bien y regarder de près, cette part majoritaire du peuple, dont les choix de ses membres ont constitué la majorité qui a généré le dirigeant, ressemble fort bien à ce père. N’entend-t-elle pas régenter l’existence et le mandat du gouvernant, considéré comme son enfant, au service de la sienne ? Avoir souligné le père permet d’entrevoir et de préciser la mère du gouvernant. Qui est-elle ?

Généralement dominée dans une relation inégalitaire d’ordinaire en Afrique des traditions, et dans le contexte d’une démocratie ivre et en quête d’un certain équilibre, on cherchera inutilement ailleurs ce qui correspond symboliquement à la mère du gouvernant, si on ne suivait pas le fil d’Ariane, la famille africaine. Comme un père de l’Afrique des traditions, la part majoritaire du peuple soutien et électrice du gouvernant pense l’avoir généré seule, comme si la part minoritaire du peuple n’y était pour rien dans son existence. En conséquence, la mère du gouvernant que nous recherchons est inévitablement cette part minoritaire du peuple, dont celle qui précède pense qu’elle n’y est que pour peu dans l’existence du gouvernant. Ainsi et en clair, les citoyens qui ont porté leurs choix sur d’autres dirigeants candidats (malheureux) et sur d’autres projets (s’ils existent), constitue cette part, la mère symbolique du gouvernant. Unique, elle est cependant composite en raison des choix divers des membres qui la constituent. Nous assimilons cette part minoritaire du peuple au moment et à l’issue d’élection à la mère du gouvernant élu, tant il apparaît à la part majoritaire que le gouvernant (l’enfant) est sa priorité, comme un père-tyran africain. C’est une mère qui ne se laisse pas faire ; mieux, elle veut être le père du gouvernant.

Car, nous commettrions une grave erreur à penser que dominée, elle acceptait stoïque sa situation. Il n’en est rien du tout. Car, de quoi s’agit-il quand elle réclame l’alternance démocratique ? L’alternance évoque chez elle, non seulement un changement de gouvernant, mais surtout, une inversion des sexes symboliques. De la part minoritaire du peuple (mère du gouvernant), elle entend occuper la position de part majoritaire, lui permettant d’être le père symbolique du nouveau gouvernant et en tous cas, de celui qu’elle génère par l’alternance. Avec ce changement de sexe en tant que père du gouvernant, elle espère dans le même mouvement d’alternance un échange : échanger le pouvoir de tyrannie de la famille et d’influence du gouvernant du père symbolique qui précède et en être doté, contre la position de mère dominée. Son combat dont l’unique finalité est de faire de tel enfant symbolique (dirigeant) qu’elle soutient l’enfant remarquable de la famille (le gouvernant) n’a pour seule ambition de faire comme le père symbolique (la majorité actuelle). C’est sans doute là, pourquoi on parvient avec peu d’effort au fait essentiel que le père (majorité) et la mère (minorité) symboliques du gouvernant ne respectent pas l’être propre de tous les membres de la famille, en particulier de l’enfant symbolique remarquable (le gouvernant). C’est la raison pour laquelle tant que cela reste la réalité, alors rien ne permet de les distinguer, même cachés derrière la majorité et minorité constituant leurs sexes différents. Ce constat est renforcé d’autant que leur volonté est semblable : annexer l’existence même du gouvernant au profit de la leur particulière et au détriment de l’égale existence de tous les membres de la famille. Vis-à-vis de tel gouvernant, la minorité politique est sa mère symbolique dans la conception du peuple familial ; mais, elle est une mère qui veut être le père et dans sa position avantageuse. 

Maintenant que nous savons que le gouvernant est l’enfant symbolique du pays familial, que la majorité politique du peuple constitue son père symbolique et que la minorité représente sa mère symbolique, quels sont les frères et sœurs symboliques du gouvernant ? Il convient de préciser qui représente le dernier des quatre acteurs principaux de la famille. Parce  le gouvernant n’est pas l’unique enfant symbolique du peuple, il est temps d’explorer qui sont les autres enfants du peuple familial et quels sont les acteurs extérieurs à une telle famille ainsi que leur environnement.

Le gouvernant n’est ni le père ni l’unique enfant symbolique du peuple.

A ce stade, il convient d’introduire les autres enfants du peuple, au delà de celui remarquable qui gouverne. Ce sont les autres dirigeants.  C’est précisément parmi eux que la mère du gouvernant (part minoritaire du peuple) entend choisir son préféré pour gouverner la relation familiale à la place de celui préféré par la part majoritaire (le père). Rappelons que les foules d’ivoiriens ordinaires sont ceux dont leurs choix font d’eux, ceux qui constituent symboliquement, soit le père, soit la mère du gouvernant. Par leurs soutiens, à travers la reconnaissance de l’autorité et du leadership de tels ou tels ivoiriens, des parties du peuple génèrent des dirigeants, à partir de certains des membres du peuple. Ces enfants symboliques du peuple constitue la fratrie du peuple de parents. Ainsi, le peuple se présente comme un sujet-multiple et multiforme.

Multiple, il est par les individus qui le composent. Il l’est aussi à travers ses parties symboliques que constituent les individus selon leurs préférences, leurs soutiens, leurs choix et leurs votes, à un moment politique donné et par rapport à un  dirigeant donné. Ce que le peuple est dans toutes ces dimensions que nous venons de préciser est variable. Il varie en fonction des ivoiriens, de leurs volontés, de leurs désirs, de leurs choix et décisions politiques qu’impose le rythme de la démocratie. Ainsi, si les ivoiriens en tant qu’individus sont la constante, leurs expressions politiques la rendent multiforme dans la composition de ses parts symboliques constitutives : père et mère. Ses parts symboliques et variables que sont le père, la mère et leurs enfants sont les résultats circonstanciels définis par un ordre politique déterminés par les ivoiriens eux-mêmes, pris individuellement, dans leurs rapports politiques à un moment donné vis-à-vis de tel ou tel dirigeant. Tout dirigeant (adulte par définition) est symboliquement  néanmoins comme un enfant que le peuple génère, en même temps que ses propres part sexuées (vis-à-vis de ce dirigeant, ses parts soutien/rejet). Symboliquement, tout se passe comme si, au moment de générer tel dirigeant, chaque soutien ou rejet individuel (des ivoiriens) contribuait à constituer une part mâle (celle soutenant le dirigeant) et une part femelle (la part femelle constituant par définition celle résultant de tous les soutiens aux autres dirigeants). Cette condition hermaphrodite de toutes les parties du peuple vis-à-vis de tels dirigeants autorise qu’elles puissent, en partie ou en totalité être pères ou mères de n’importe quels autres dirigeant élus. Vis-à-vis du gouvernant, le peuple ivoirien est composé d’ivoiriens, constituant selon leurs volontés et décisions le concernant, la part majoritaire ou sa part minoritaire ou symboliquement de sa fraction père et de sa fraction mère. Chacune d’elles participe à la constitution de sous-fractions pères et mères vis-à-vis de tous les autres dirigeants, non gouvernants que nous désignons symboliquement comme les autres enfants du pays familial.

A partir de cet échafaudage de la pensée, chacun peut imaginer les relations des membres de la famille symbolique ainsi circonscrite. Il y a les relations d’ordre institutionnel, accessibles à tous les membres de la famille, se manifestant comme des conseils de famille.  Il y a surtout, la grande masse des relations du gouvernant avec chaque parent (majorité et minorité de la population vis-à-vis de lui), de chacun de ces parents avec les autres enfants (autres dirigeants), etc… Au delà de ces relations internes à la famille, tous les membres de la famille entretiennent des relations hors famille.

Incohérence et danger de penser et d’agir comme si la famille symbolique existait seule au monde. .

Comme une famille ordinaire, le peuple familial n’est pas seul au monde, ni n’existe dans un environnement amical et dénué de toute adversité. Ainsi, de même que les membres d’une famille ordinaires recherchent des soutiens internes et externes pour assurer la place à la mesure de leurs volontés et désirs, les membres de la famille symbolique procèdent autant. De leurs positons d’enfants symboliques qui dirigent néanmoins la famille, le gouvernant et les autres responsables politiques sont en relation avec des gouvernants et dirigeants d’autres États et d’autres acteurs impliqués dans des relations extérieures d’un État. Inutile de dire que ces acteurs influencent leurs propres perceptions et actions. Il en est exactement du peuple dans ses composantes symboliques père, mère et frères et sœurs (autres dirigeants ou responsables politiques) du gouvernant. Chacun des acteurs des relations familiales cherchent des soutiens, des appuis, etc… Chacun d’eux est parfois irrité, gêné, renforcé par ces relations extérieures, selon qu’elles servent ses objectifs dans les relations internes. C’est une évidence de dire que les acteurs intervenant dans les relations des membres de la famille ne les influencent et n’ont de prise que parce des membres ou tous les acceptent. Quels que fussent leurs objectifs, réalisés à travers leurs implications décriées ici et là par des membres de la famille symbolique, peuvent-ils avoir toute la nocivité collective pour la famille qu’on leur prête tant qu’il existe une majorité de membres de la famille pour penser le contraire ?  Ainsi, les membres de la famille s’en tenaient à la force de la pensée majoritaire en négligeant la force de tout effort de conviction de sa vérité et utilité collective, alors tel père symbolique et son enfant prodigue, fait gouvernant, continueront de conduire le pays familial dans les abîmes de l’histoire, qu’ils s’allient avec des acteurs extérieurs ou les maintiennent à bonne distance de la famille pour dans les deux cas potentialiser leur force déjà rendue importante en raison de la détention du pouvoir.

Voici grosso-modo, ce qui semble symboliquement se jouer, dès lors qu’on évoque le gouvernant et son peuple en Afrique, en Côte d’Ivoire en particulier. Envisagé symboliquement comme une famille, le pays est comme une famille ordinaire, dans laquelle le jeu des parents et des enfants, est de surcroit complexifié par des enfants faits dirigeants, dont l’un remarquable reçoit le pouvoir de gouverner la famille à la place des parents, en particulier du père. Outre cette inversion de taille, le problème du gouvernant comme celui de l’enfant devenu adulte, reste le même : entretenir des relations entre adultes avec ses parents pour le bien de tous les membres de la famille, faute de quoi la famille est en dérive. Le chemin le plus cours est d’appeler la famille ordinaire en appui de la compréhension de la difficulté de la famille symbolique.

3. Danger de tolérer l’idée du gouvernant comme étant le père symbolique du peuple.

Concevoir le pays comme une famille symbolique en inversant la place de ses membres mène une telle famille dans l’impasse et lui fait courir un danger : celui de la violence permanente. Par conséquent, il importe de tenter une autre compréhension des difficultés de la nouvelle famille symbolique, à partir de la clarification précédente de ses membres et de ce qui se joue parfois dans une famille ordinaire. De tout ce qui précède, il ressort que les rapports du peuple, dans sa double composante (part majoritaire électrice et part minoritaire non électrice) et de ses dirigeants ressemblent comme deux goutes d’eau à celles ordinaires des membres d’une famille traditionnelle africaine. A partir de faire symboliquement de la communauté nationale l’équivalent d’un cadre familial ordinaire, les difficultés du pays peuvent être appréhendées, lorsque les acteurs sont positionnés à leur véritable place symbolique dans une telle famille.

Approcher ce qui se joue dans les relations des membres d’une telle famille ordinaire fournit une certaine mesure des difficultés à résoudre.

D’une part, l’un des parents (partie majoritaire élective du gouvernant) entend régenter les relations à son profit. D’autre part, l’autre parent (part minoritaire et élective d’autres dirigeants candidats malheureux) entend, d’un côté bénéficier de la “bienveillance” du gouvernant, l’enfant symbolique qu’il peine à aimer du fait de sa relation quasi exclusive avec le père (majorité). Malgré ce et d’un côté, il pense qu’il la lui doit par la république. De l’autre, adossé à la démocratie, il agit pour lui substituer un autre dirigeant, son préféré à la gouvernance des relations familiales. Entre les deux parents, le dirigeant qui gouverne est tiraillé, bien que très souvent il ait choisi de satisfaire les attentes de la part majoritaire électrice, la ligne de plus forte contrainte. Il l’est, d’une part, entre ces deux pôles opposés. D’autre part, il navigue péniblement entre ses propres projets, en tant que membre de la famille ayant ses intérêts propres et en tant que gouverneur des relations, sensible malgré tout à la dignité de sa place et fonction à construire qui ne peut être réalisée sans considérer un minimum d’intérêts communs. Parvenu à ce point d’une description des relations entre acteurs se percevant “comme si…”, on perçoit que les premières difficultés commencent dans les attitudes et comportements fondés sur ce “comme si…” des acteurs. Ces comportements nous rapprochent en réalité des relations ordinaires des membres d’une famille africaine traditionnelles, à l’exclusion de la position de l’enfant, adulte et fait gouvernant des relations à la place du père et de la mère, en raison de sa prétention à mieux connaître le monde qu’eux et à pouvoir mieux gouverner les relations familiales au profit de toute la famille.

A chaque époque, telle part majoritaire du peuple (symboliquement le père et électrice du gouvernant)) pense que l’existence du gouvernant résulte de son seul fait. Or, la vérité est que sans la part de la mère du peuple (par minoritaire), rien de tout cela n’aurait été possible. Si donc, cette partie du peuple, qui ne l’a pas choisi, n’acceptait pas la république et la démocratie, quel gouvernant peut-il naître par la seule force des voix électorales, même majoritaires d’une majorité du peuple ? Un tyran peut-être, gouvernant à la force des baïonnettes ! L’histoire enseigne qu’il finit par avoir, comme le meilleur démocrate, un père et une mère. Quoi qu’il en soit, il ne peut y avoir de famille ordinaire, encore moins symbolique sans un fort sentiment d’appartenance commune. Par ce qu’elle équivaut à la génération d’une part majoritaire du peuple (père symbolique) et d’une part minoritaire (la mère symbolique), dont leur enfant symbolique remarquable est le gouvernant,   la démocratie ou libre expression politique des ivoiriens est à la source de la famille symbolique. L’existence de cette dernière implique que la minorité accepte le choix décisif de la majorité, donc le gouvernant quand de son côté, la majorité doit se garder d’écraser ou d’ignorer la minorité, comme si elle existait seule et avait donné seul naissance à un enfant symbolique : le gouvernant. Cela n’est possible que si le sentiments d’appartenance commune de la minorité et de la majorité sont si solides que la première a confiance dans ce lien pour s’abandonner à la décision de la majorité et pour la seconde, pour considérer la minorité comme nécessaire pour sa propre existence, constituant la réalité à laquelle tous les deux sont solidement attachées. A défaut d’un tel lien, la famille peine à exister. Voici, comment les relations s’empoisonnent de malentendus, d’incompréhensions mutuelles, d’opposition des désirs et des vanités, etc…. D’une part, entre un père (partie majoritaire du peuple) et une mère (la partie multiple minoritaire), dont il attend qu’elle reconnaisse ses vaniteuses prétentions sur le gouvernant (l’enfant symbolique), son existence, ses décisions, ses productions, etc… D’autre part, entre ce père symbolique (majorité) et celui qu’il pense être “son enfant” (le gouvernant), dont il attend, comme de sa mère, obéissance à ses désirs et qu’il agisse dans le sens qui lui convient, qu’il réalise toutes ses attentes, qu’il lui ressemble en manifestant ses qualités d’égoïsme, d’être la totalité. Enfin, les relations entre cette mère symbolique (la minorité politique) et le gouvernant qu’elle n’a pas élu mais qu’elle considère malgré tout et à juste titre, comme son enfant aussi, qu’elle rejette cependant en raison de ses rapports obtus avec son père. Elle n’en attend pas moins néanmoins. Au delà et plus que les meilleurs regards, elle exige même la satisfaction de ses attentes qu’elle considère qu’elles sont tout autant légitimes que celles du père, malgré sa position rendue inconfortable par un père totalitaire et un enfant, certes adulte, mais agissant souvent comme un enfant.

Voilà en quelque sorte une projection de certains acteurs de la scène de coexistence nationale et la situation des relations de la communauté nationale ivoirienne, convertie symboliquement en une famille. Bien sûr, si ce sont les membres des parties du peuple et le gouvernant qui changent selon l’époque politique, la situation elle-même semble être constante. Tant qu’une médiation n’aura pas amené les protagonistes à discerner autrement leur situation commune et à réviser leurs certitudes ainsi que leurs prétentions, à défaut que toutes les rassemblent, une telle situation risque de durer. En la matière, il n’y a aucune solution providentielle. Seule l’interrogation profonde des ivoiriens eux-mêmes sur leurs comportements, leurs ressorts ainsi que leur utilité collective peut les conduire à les modifier. C’est là l’unique voie et le seul espoir auxquels peut contribuer la pensée.

Danger de se tromper sur la question essentielle qui se pose à la famille symbolique.

La question fondamentale qui se pose à présent à la famille ainsi symboliquement constituée est de même nature que celle qui se pose à une famille réelle ordinaire. De même qu’une famille ordinaire, n’est pas seule au village, en Côte d’Ivoire ou en Afrique, ni dans le monde, aucun peuple-famille ne l’est dans le monde. Existant dans un environnement contraint de l’intérieur par les désirs, la liberté et les volontés de ses membres et de l’extérieur par ceux des acteurs externes à elle, la question est de savoir si chaque membre du peuple-famille entend seul faire avec les contraintes, à savoir les utiliser, les détourner, les contourner, s’en accommoder, etc… à son seul profit. Car, au terme de cette réflexion et au regard de la production des ivoiriens, il semble qu’ils ont fini par oublier que l’intérêt commun général est l’unique raison initiale de l’avènement et l’acceptation du gouvernant par le peuple, dans ses multiples composantes.

La majorité d’ivoiriens qui soutient et est électrice de tel semble agir comme un père symbolique tyran. Comme un père prétentieux, elle regarde la famille du haut de sa puissance circonstancielle, acquise de l’avènement même du gouvernant qu’il a élu. Elle attend le sacrifice même de l’être du gouvernant (enfant symbolique) à sa réalisation et à la satisfaction de ses intérêts particuliers. De sa position fragile, la minorité toute aussi circonstancielle d’ivoiriens, comme une mère coexistant avec un époux-père tyrannique, n’attend pas moins du gouvernant (son enfant symbolique aussi), bien qu’il lui échappe totalement sous l’influence d’un père régent. Entre les deux et en grande difficulté, l’ivoirien en le gouvernant n’oublie toutefois pas la satisfaction de ses propres désirs, dès lors qu’il s’est assuré de disposer des bonnes grâces de la ligne de force (part majoritaire du peuple) pour les réaliser. Ainsi, oubliant tous les trois que le gouvernant a un être propre à réaliser et la dignité de sa fonction à bâtir, l’intérêt général risque alors dans ces conditions d’être un mirage au point de vue du père, de la mère et de l’ivoirien en le gouvernant. Est-ce peut-être pourquoi les rapports entre le peuple ivoirien, ses dirigeants et gouvernants sont ce qu’ils sont ?

En fait, sans y prêter attention, dès qu’on évoque la situation de la Côte d’Ivoire, des relations entre ses gouvernants/dirigeants et le peuple, on traite des relations de la vie ordinaire, des désirs de domination, d’égoïsme, de prétentions et de vanité, de solidarités et d’amitiés intéressées. On traite aussi, comme dans une famille déchirée par les ambitions et les désirs, de volonté commune de se défendre ensemble contre des agressions externes, dès lors qu’aucun membre n’y a rien à gagner à les accepter. La question première commune ne semble donc pas de savoir, à quel point le peuple ivoirien est agressé de l’extérieur. Elle semble plutôt être celle de savoir, si des agressions externes servent des volontés et des intérêts particuliers de membres de la famille n’agissant pas pour un intérêt commun. La question nous amène à questionner pourquoi des membres du peuple les tolère et comment parvenir à une famille qui ne leur donne aucune prise.

Pour traiter de cette question, il est impératif que les membres de la famille discernent leur position dans la famille symbolique. Autrement, faire comme c’est le cas du gouvernant, le père symbolique du peuple, revient à aborder la difficulté de la famille symbolique en considérant que l’enfant est le père et en ne s’apercevant pas que c’est l’enfant qui gouverne les relations familiales, contrairement à une famille ordinaire. En conséquence, le peuple court le risque de s’en tenir à ses jugements convenus de tel gouvernant, considéré comme son père symbolique qui joue insuffisamment son rôle à son égard, lui son enfant symbolique. L’analyse qui précède et qui a abouti à réviser les membres de la famille symbolique et leurs position peut l’inviter à revoir les fondements de ses jugements. 

 

Conclusion

Depuis 1993, la Côte d’Ivoire est dans une impasse. Les uns ont identifié les responsables internes de cette situation ; c’est tel gouvernant et tous les dirigeants. De leur côté, d’autres les ont identifiés en des acteurs extérieurs à la famille symbolique constituée par la Côte d’Ivoire. S’agissant des responsables internes, dans la mesure où les accusations sont croisées, selon que les uns sont distants du pouvoir ou ont une aversion pour son détenteur, on parvient au fait que tels membres de la famille en accusent tels autres, à telle époque politique, mais de la même manière. Pour tenter de comprendre ce qui se joue, nous avons examiné la conception ramenant le pays à une famille symbolique.

Ayant analysé de quelle manière le gouvernant advenait, nous avons tenté de montrer qu’il ne peut point être le père symbolique du peuple comme les faits témoignent que la population se le représente. En conséquence, nous avons établi le danger d’une conception de famille symbolique qui a abouti à mettre l’enfant symbolique du peuple (le gouvernant) à la place de ses parents, constitués par telle majorité et telle minorité politique à telle époque donnée. Ce danger est de même nature que celui que pouvait courir une famille ordinaire dans laquelle aucun membre n’était à sa place, ni en pensée, en représentation ou posture, ni en actions.

C’est pour constituer une nouvelle base d’exploration des difficultés relationnelles entre tel gouvernant et tels dirigeants et le peuple que nous avons tenté une redéfinition des membres de la famille symbolique. A son terme, nous sommes parvenus à quel point le gouvernant, certes adulte, représentait l’enfant symbolique de la famille. Nous avons insisté sur la particularité décisive d’une telle famille. Contrairement à une famille ordinaire, le pays est une famille symbolique dans laquelle l’un des enfants est rendu remarquable à travers le fait que l’autorité de gouverner les relations familiales et extérieures lui a été confiée pour son exercice au bénéfice de tous les membres de la famille. Ce renversement historique trouve son fondement dans la meilleure connaissance supposée de l’enfant symbolique du monde par rapport à ses parents, reconnue et acceptée par ces derniers.

Ainsi, manquant de rigueur dans leur discernement, l’analyse nous a conduit à observer que les positions familiales présentent le danger important d’induire les acteurs en erreur, quant à leur postures, leurs attentes et leurs comportements dans les relations. D’autre part, étant les mêmes, à partir desquelles les accusations sont portées par tels membres de la famille à l’égard de tels autres, leur défaut de pertinence risque d’altérer gravement la qualité des appréciations et des jugements, en raison de manquer de constituer un repère digne de considération. Ainsi, la conception qui a abouti à faire du gouvernant le père de la nation relève non seulement d’une grave erreur d’appréciation, mais surtout est susceptible d’affecter gravement la psychologie, la pensée et les jugements des acteurs.

Par ailleurs, la procédure usuelle qui conduit à faire du gouvernant et des dirigeants les seuls responsables des relation familiales délétères constitue une fausse route collective, en raison de nier toute liberté et toute capacité de discernement au peuple. Elle résulte d’un manque total de considération à l’égard du peuple. Car, existe-il une seule famille, en proie aux difficultés relationnelles, dans laquelle tel parent ou tel enfant, tel membre serait le seul responsable de la situation détestable qui est celle de leur coexistence ? Si la Côte d’Ivoire est une famille symbolique, le gouvernant n’est pas le père symbolique du peuple ; de même que ce dernier n’est pas son enfant, mais l’inverse. C’est à partir de cet angle de vue, qu’il faut réexaminer les points de vue et les jugements concernant les relations des membres de la famille symbolique ivoirienne, à savoir les relations de coexistence des ivoiriens constituant le peuple, leurs dirigeants et leur gouvernant à toute époque.  Pourrait-on être surpris de constater que peut-être, dans telle situation, tel gouvernant enfant symbolique mais adulte, agit effectivement comme l’enfant symbolique, quand dans telle autre contexte, il agit comme le père symbolique qu’il est, persuadé de l’être et que le peuple lui-même le lui reconnaît. Remarquerait-on également que dans les mêmes contextes, telles parts du peuple se comportent comme des parents symboliques, mais tyrans ou comme des enfants, n’admettant ni ne reconnaissant aucune limite imposée par la règle que leur père symbolique supposé (gouvernant) est censé faire observer. Dans le prochain volet de cet article, nous examinerons l’innocence généralement supposée du peuple.

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(1) Franz Kafka, “Lettre au père”, Editions Gallimard, 1957, pour traduction édition française, 97p.

(2) Chinua Achebe, cité par Maria Malagardis, Chinua Achebe, au-delà des ténèbres”, Article du journal français Libération, publié le   https://next.liberation.fr/livres/2013/11/27/chinua-achebe-au-dela-des-tenebres_962436

(3) Chinua Achebe, cité Tirthankar Chanda«”Things fall apart”, le chef d’œuvre de Chinua Achebe de nouveau en français”», Article de la radio française RFI, p http://www.rfi.fr/mfi/20131227-things-fall-apart-roman-nigerian-chinua-achebe-tout-effondre-actes-sud

LE PRÉSIDENT OUATTARA ET LA CRISE IVOIRIENNE : Le peuple ivoirien en face d’un homme indigné, révolté et craintif qui pense qu’aucun ivoirien ne le protégera hors du pouvoir.

Le président Ouattara pense qu’une grande partie de ses compatriotes ne lui veulent pas du bien ; il ne peut pas céder le pouvoir qu’il détient enfin comme son unique protection vis-à-vis d’eux. A propos de la nouvelle situation de crise en Côte d’Ivoire, Frédéric Lejeal, journaliste, ancien rédacteur en chef de La Lettre du Continent  a publié un article le 14 novembre sur le site de l’IRIS (Institut Français d’Information Stratégique) : “Côte d’Ivoire : une « guerre de trente ans » qui tire à sa fin ? (1) Il est bien avisé d’être prudent quant à cette fin. Comme tous ceux qui s’interrogent sur cette longue crise, il n’omet pas d’hypothéquer la dimension relative à la psychologie des principaux acteurs de cette crise. Certes, nul analyste n’est nécessairement psychologue ni psychanalyste. Cependant, nul qui ne l’est pas peut affirmer que leurs postures, et actes ne sont pas influencées par quelque dimension de cette nature. La dimension psychologique est d’autant plus proche d’une hypothèse fondée que leurs relations, au delà des aspects de pure politique, n’ont pas cessé d’affecter ou de s’enraciner dans leur être et pensées profondes, donc leur psychologie. Quel homme et quel gouvernant est le président Ouattara ? Son combat politique engagé dès 1990, a rapidement viré dès 1993 en combat pour la dignité, lequel a tout aussi rapidement eu pour finalité de l’affirmer contre les considérations de nombre d’ivoiriens. Sans nous livrer la réponse à la crise actuelle, l’abord de cette question permet d’approcher une certaine autre compréhension et une autre possibilité d’explication de cette dernière, ainsi que les difficultés qui empêchent d’en sortir.

La dimension psychologique du drame ivoirien ne peut être éludée parce qu’un président est avant toute qualité un homme. Un président est avant tout un homme ; cet homme est fait de son histoire. Et l’histoire nous a déjà donnés de pires exemples dont les postures et actes sont déterminés par une histoire non dépassée. Quand on observe les frasques de cet “enfant narcissique” à la tête de la plus grande puissance mondiale de notre époque, on se dit que partout, un homme auquel le pouvoir a été confié et qui le détient et l’exerce peut être un homme particulièrement souffrant. Quand on analyse de quelle manière il entend user de tous les moyens, y compris de juridisme, pour conserver sa position de chef du puissant État américain, comme son jouet, on se dit que partout, des situations similaires peuvent survenir.

De même qu’un homme peut en cacher un autre, un président peut en cacher un autre. Il arriva que les circonstances et modalités de leur vie ensemble que les ivoiriens n’acceptent pas, brusquement dégradées par une divergence à propos de candidature Ouattara à l’élection présidentielle de 2020 et du résultat de cette dernière résultent d’une souffrance du gouvernant. Après avoir remué ciel et terre pour faire de la Côte d’Ivoire un pays où le droit est respecté, les ivoiriens se doivent de chercher à comprendre pourquoi cet homme craint désormais de se conformer à son intention initiale au point de prendre le risque de mener la société dans une voie de violence.

Dès sa prise du pouvoir, le président Ouattara n’a jamais eu l’intention de le céder.

Comme un pied de nez à sa dépouille, dès la mort de Félix Houphouët-Boigny, les ivoiriens ont choisi de faire de postures belliqueuses, le moyen de résoudre les difficultés auxquelles ils font face dans leur vie ensemble. Alassane Ouattara en joue sans doute mieux, s’appuyant sur une certaine rationalité utilitariste. Et, cela lui réussit si bien qu’il a décidé de se prénommer “Le Meilleur”, comme pour narguer les ivoiriens dont il se délecte de la défaite. Cette histoire tragique du pays n’a ni début, ni fin ; elle ne rend compte que de la passion infinie d’ivoiriens de vouloir vivre libres, reconnus comme des semblables et dignes, ainsi que je suppose le cinéaste italien Frederico Fellini aurait pu en dire.

Comme tant d’autres ivoiriens, je vis ce qui se passe depuis 1990. J’observe les attitudes, les comportements et les actes depuis 1993, avec humilité, respect et surtout la curiosité du philosophe que je ne suis pas, en quête de la vérité, comme lui cependant. Je n’ai pas la prétention d’avoir pour but de condamner qui que ce soit dans cette longue et douloureuse histoire. Peut-être ne suis-je pas courageux et n’ai-je pas fait un choix, peuvent penser certains ivoiriens. Mais le courage n’est pas dans le fait de condamner, mais dans le fait que ce que pense et fait puisse être utile à tous. Le choix n’est pas qu’entre la thèse et l’antithèse ; la synthèse est une possibilité.

Lorsque Mme Nasséné Ba Touré-Diané, Maire de la Commune d’Odienné annonçait le 11 avril 2019 ce qui allait se passer en 2020, les ivoiriens n’ont pas pris son annonce au sérieux. A la question de savoir si elle voyait Amadou Gon Coulibaly comme le prochain candidat du RHDP aux présidentielles de 2020, elle répondait : “Ce que je puis vous dire, vu la constitution, le président Alassane Ouattara peut être candidat.” (2) A la question de savoir quelles étaient les chances du RHDP-RDR aux présidentielles 2020, elle était impérative quant au fait que quel que soit le candidat du RHDP-RDR, la victoire était assurée: “J’affirme et réaffirme que, 2020, c’est bouclé, c’est calé, c’est djagassa, 2020, ça ne se discute pas. Au Rhdp, il y a longtemps que nous sommes mis au travail. Et nous travaillons à toutes les éventualités et à tous les scénarii possibles.” (3)

Répondant à un sympathisant du régime, le Professeur Mamadou Koulibaly, candidat du parti LIDER à l’élection présidentielle du 31 octobre 2020 en Côte d’Ivoire s’en amusait même amèrement et de manière offensive, dans son tweet du 18 sept 2020, après que sa candidature ait été rejetée. Pour vous 2020 c’est bouclé et géré. Depuis hier vous nous bassinez de ce discours. Ne voyez-vous pas que vous êtes à la mauvaise adresse ? Pour nous ici, 2020, c’est l’actualité brûlante des semaines à venir. 2020 pour nous n’est ni bouclé ni géré, ni passé. Trop facile quand même !” (4) Finalement, le résultat des élections 2020 était du passé pour le régime Ouattara, puisque connu d’eux, comme ses partisans l’affirmaient. Ainsi, pendant que l’opposition poursuivait ses petits intérêts partisans, le régime poursuivait les siens de longue date. Depuis 2011 au moins, le régime est même parvenu à mettre les efforts de l’opposition pour atteindre ses objectifs particuliers au service de la production des conditions pour réaliser. C’est ainsi qu’il pouvait prédire ce qui se passe actuellement, entendu qu’une grande partie de l’opposition a travaillé à la réalisation de ces derniers. Le président Ouattara lui même renchérira, lors de sa conférence de presse, le 24 août à Abidjan, en augmentant les enchères qu’il était certain de gagner : “Nous croyons à une large victoire du RHDP, dès le premier tour, au soir du 31 octobre 2020, parce que nous avons un bilan, un projet et une vision pour notre pays. Nous devons continuer de renforcer la paix, la stabilité, la cohésion sociale et le rayonnement de notre pays.” (5) Bref, il doit rester au pouvoir pour ne laisser aux ivoiriens qu’un pays complètement bâti, sans rien d’autre à y faire pour le progrès des ivoiriens qu’à en profiter par les générations à venir et il est certain de l’être au premier tour des élections. C’est exactement ce qui vient de se passer. Quant à la paix et à la cohésion sociale, l’odeur du sang des hommes qu’on tue et des souffrances de ceux qui échappent à la mort, montrent qu’on en est loin.

Le président Alassane Ouattara n’a jamais envisagé de quitter le pouvoir de son plein gré. Si une solution intelligible n’est pas trouvée, la souffrance du peuple ivoirien risque d’être le prix à payer pour la dignité et la la sécurité d’un seul de ses membres, comme il le pense. La crise politique en Côte d’Ivoire qui dure a dépassé depuis longtemps le strict cadre de la politique. Alassane Ouattara ne lâchera pas le pouvoir de son plein gré, parce qu’il pense qu’aucun ivoirien n’assurera sa sécurité. L’histoire de l’actuelle crise ivoirienne était écrite par avance, mais les ivoiriens n’ont pas voulu la voir. Il y a des raisons liées au fait que le président Ouattara n’a jamais eu l’intention de céder le pouvoir.

Une partie de l’explication se trouve dans son rapport avec une partie de ses compatriotes.

Au fil de ses rapports avec une partie des ivoiriens, le président Ouattara n’a jamais eu l’intention de céder le pouvoir. Une partie de l’explication se trouve dans ce rapport. Aujourd’hui même, après deux mandatures qu’il a réalisées à la tête de l’État de Côte d’Ivoire, ils sont encore nombreux les ivoiriens qui pensent qu’il n’a jamais été à sa place et qui ne lui accordent toujours pas la qualité d’ivoirien. C’est un fait que tous les gouvernants qui veulent accaparer le pouvoir en Afrique n’ont pas eu une histoire chaotique avec leurs peuples. Malgré ce, si tous les ivoiriens sont honnêtes vis-à-vis d’eux mêmes, ils reconnaîtront que ce rapport singulier constitue un fait qu’ils ne peuvent rejeter comme étant l’une des déterminations de ce qui se passe.

Un homme indigné et révolté qu’aucun ivoirien ne protégera selon lui.

Probablement, il n’existe pas en Côte d’Ivoire une famille dont un membre au moins n’ait pas été affecté par la trajectoire politique accompagnée de violences d’Alassane Ouattara depuis 1990. Il n’existe pas un seul dirigeant politique en Côte d’Ivoire, qui n’ait été touché par une trajectoire politique faite tantôt de violences, tantôt de tromperies, de duperies et de sournoiseries. A cela, il faut ajouter et le reconnaître, une rationalité calculatrice, utilitariste et en fin de compte sociotoxique, car mise au service de l’abus. Il faut tout de même reconnaître aussitôt que la dignité de l’homme lui-même n’a pas été respectée, ni épargnée par ses adversaires politiques, qu’ils soient dirigeants ou simples sympathisants.

Le professeur Bernard Zadi Zaourou pouvait imaginer dans une interview réalisée en 2009 les blessures infligées à l’homme Ouattara. Loin de l’avoir écrasé, elles ont au contraire renforcé sa détermination à ne pas les accepter et l’ont tant endurci qu’il était devenu insensible en les infligeant à son tour et sans réserve à leurs auteurs adversaires et aux ivoiriens.  “S’agissant d’Alassane Ouattara, je considère que cet homme a un courage dont je n’aurais jamais été capable. Quelqu’un ne peut pas avoir pris tant de coups, avoir subi tant de haine, avoir été harcelé de cette façon, avoir été humilié de la sorte, et tenir encore debout, dressé face aux adversaires et aux ennemis ! Il faut reconnaître aux gens ce qu’ils sont. Alassane, pour moi, est un ”fromager”. Et un homme qui a de telles performances, a forcément les moyens de tenir un pays. Parce que tenir un pays, c’est aussi être capable de rester debout face aux tempêtes.” (6)

En parvenant au pouvoir enfin en 2011 dans les conditions dont se rappellent encore nombre d’ivoiriens, qui les ont vécues comme une agression de sa part, il était clair pour lui que ne plus le détenir l’expose à toutes sortes de rancœurs de nombreux ivoiriens, nées des circonstances mêmes ayant mené à sa détention. En conséquence, l’idée de céder le pouvoir n’a sans doute jamais effleuré son esprit. Patiemment, en temps de relatif oubli de ses adversaires de leurs rancœurs, il a construit les conditions pour parvenir à s’y maintenir, avec leur complicité, jusqu’à accepter pour certains, non seulement de plus être ses adversaires politiques, mais de lui laisser la détention du pouvoir. On a vu ce qu’il en a fait : préparer et augmenter ses forces, le moment où ils redeviendraient inévitablement et à nouveau ses adversaires. D’un chemin d’échanges de violence qui a généré la haine mutuelle à la considération du pouvoir en tant que la garantie de sa dignité, protection et sécurité, voici l’esprit d’esprit de l’homme qui gouverne le pays. Voici pourquoi, le peuple ivoirien a beaucoup de soucis à se faire : Alassane Ouattara ne cèdera pas le pouvoir, sans aucune autre garantie, alors que son unique garantie de protection consiste en lui-même au pouvoir, jusqu’à ce que mort advienne sans doute. L’opposition peut donc attendre ; la république et le peuple ivoirien peuvent donc attendre sa mort au pouvoir, si les ivoiriens acceptent cela, comme ils l’avaient admis pour Houphouët-Boigny.

L’État de Côte d’Ivoire, comme la garantie de dignité, de protection et de sécurité du président Ouattara.

Au delà de toutes autres finalités, l’État de Côte d’Ivoire est la garantie de la dignité et sécurité du président Ouattara. La gestion patrimoniale de l’État de Côte d’Ivoire, en tant que pouvoir politique  par le président Ouattara a concerné tous les aspects de son action. L’État a constitué la boutique communautaire, permettant à ses membres, à travers le fameux “rattrapage ethnique” de faire de la fonction administrative, le moyen de leur enrichissement. Il ne pouvait pas être au service de ceux qu’il pensait qu’ils n’avaient que peu de considération pour sa personne et lui voulaient du mal. Pas seulement, car son parcours politique violent pour tenter d’affirmer sa dignité et son droit n’a fait que renforcer son statut d’homme à abattre. Ainsi, au plan assurantiel, cette gestion fait de l’État son assurance-vie ; elle doit lui assurer de ne rendre aucun compte pour tout ce que sa trajectoire politique a produit de condamnable, ni d’avoir à redouter le sort éventuel qui lui sera réservé hors du pouvoir par ses adversaires de toujours et ses alliés devenus adversaires. Parce que cette gestion patrimoniale du pouvoir constitue le moyen pour dominer la majorité politique dans le pays en étant toutefois minoritaire, elle est contraire à la vision de la République et de la démocratie.

Mais comme le dit Hofnung, après avoir proclamé urbi et orbi, en mars 2020, qu’il ne se représenterait pas pour un troisième mandat, il est revenu sur son engagement après le décès brutal, au début de l’été (le 8 juillet 2020), de celui qu’il avait choisi comme dauphin, l’ex-Premier ministre Amadou Gon Coulibaly. L’histoire éclairera sans doute les raisons pour lesquelles celui qui a avait la santé fragile, en ayant subi une transplantation cardiaque en 2012 était devenu le candidat du RHDP-RDR pour décéder avant le dépôt des candidatures, après des péripéties de santé qui l’ont conduit à séjourner en France et finalement à la candidature d’Alassane Ouattara. Selon Thomas Hofnung, “Ce revirement trahit une vision patrimoniale de l’État : pour Alassane Ouattara, le pouvoir devait nécessairement échoir à un membre de son clan et, plus précisément, à un homme qu’il considérait comme son «frère».” (7)

Alassane Ouattara lors de sa conférence de presse, le 24 août à Abidjan. Photo Sia Kambou. AFP

Cela est envisageable. Toutefois, il semble au delà de la transmission et conservation du pouvoir comme un trésor communautaire, un élément déterminant est constitué par sa sécurité. Et, s’il a précisément tenu à vouloir ne le remettre qu’à celui qu’il considérait comme son «frère», c’est sans doute qu’avec ce dernier il se sentait peut-être mieux protégé hors du pouvoir avec ce «frère» au pouvoir. Peut-être, les preuves manquent cependant et même l’inverse est plus que probable. Dans tous les cas, cela implique qu’il ne prévoyait pas du tout l’éventualité que le pouvoir ait pu échoir à tout autre dirigeant qu’à ce «frère» ou à lui. En son absence et en le remplaçant, il ne pouvait pas envisager le contraire. Voilà pourquoi l’énoncé suivant de Hofnung doit également être relativisé : “A la suite de la disparition d’Amadou Gon Coulibaly, Alassane Ouattara a renié son engagement, notamment pour barrer la route à son ex-allié et rival de toujours, Henri Konan Bédié (alias «HKB»).” (8) En effet, c’est l’aspect visibile de la réalité. De fait, là encore, son souci de garantir sa sécurité hors du pouvoir a davantage pesé que le désir, non dissimulé, d’être “Le Meilleur” d’entre tous les dirigeants ivoiriens de son époque qu’il a combattus et vaincus, comme il entend qu’on le désigne et que les ivoiriens gardent de lui ce souvenir pour la postérité.

De son côté, Frédéric Léjéal pense avoir l’explication de la candidature abusive du président Ouattara : ” le décès de son dauphin désigné, le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, a soudain réactivé la guerre mortifère qu’il oppose depuis des années à ses ennemis jurés : Henri Konan Bédié « HKB » et Laurent Gbagbo.” (9) Faisant référence à la pièce de théâtre de Jean-Paul Sartre – Huis-Clos, pourquoi un tel revirement à propos de la candidature du président Ouattara, questionne-t-il avant d’y répondre : “cette décision a été motivée par le passif teinté de haine viscérale que l’ex-directeur général adjoint du Fonds monétaire international (FMI) voue à «HKB»” (Henri Konan Bédié) (10). Les rancœurs qui se sont installées entre dirigeants sont sans doute un fait, mais cette haine est-elle suffisante pour qu’il exposer davantage sa propre vie, plus que son parcours politique l’a amené à l’exposer vis-à-vis de nombreux ivoiriens qu’il pense lui vouloir du mal,  dont il savait qu’ils n’accepteraient pas sa nouvelle candidature ?

Léjéal poursuit son analyse ainsi : “Alors qu’il voyait en son dauphin [Amadou Gon Coulibaly] la seule personnalité pouvant barrer la route au « Bouddha de Daoukro » [Konan Bédié], patron du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), Alassane Ouattara a préféré se lancer dans la bataille suivant la logique du « Après moi, le chaos ».” (11) Ainsi, selon lui, l’état d’esprit du président Ouattara qu’il pressent, s’agissant de sa relation avec Konan Bédié et Laurent Gbago, est en quelque sorte : « Aucun de nous ne peut se sauver seul ; il faut que nous nous perdions ensemble ou que nous nous tirions d’affaires ensemble ». (12) Soit. Mais, l’expression de cette haine à travers sa candidature, qu’il savait qu’elle serait contestée, était-elle plus importante pour lui que sa propre existence et la reconnaissance espérée de nombre d’ivoiriens ? Dans la négative, Léjéal doit alors admettre que la souffrance du président Ouattara est d’une toute autre nature et, en tous cas, différente de celle dont résulte la haine ; cette souffrance est plus proche de  celle que nous tentons péniblement et maladroitement d’exposer.

Contrairement à sa souffrance liée à sa haine de Konan Bédié qu’il suppose, celle dont il s’agit dans cet article est différence : cette souffrance explique qu’il veuille coûte que coûte conserver le pouvoir jusqu’à sa mort, avant qu’il ne tombe entre des mains malveillantes à son égard. Cette souffrance ressemble davantage à une quête de dignité, de protection et de sécurité, plus qu’à une haine de lui-même l’amenant à préférer le pire pour lui-même et les autres. Lorsque l’on minimise l’incidence de la haine de ses adversaires dans sa détermination à braver le peuple ivoirien y compris pour le pire, que reste-t-il ? Il semble que ce dont souffre le président Ouattara peut être approché en analysant la solution qu’il lui a trouvée. Sa souffrance trouve sa résolution ou atténuation précisément dans la détention du pouvoir. Cette détention quoi qu’il lui en coûte, quoi que cela coûte à ses adversaires et au peuple ivoirien, doit présenter pour lui un objectif supérieur à la satisfaction de sa haine et vanité. En recherchant cet objectif, il semble que la détention à tous pris du pouvoir ne vise pas à exprimer sa haine éprouvée vis-à-vis de Konan Bédié, qui plus est de manière contre-productive et dangereuse pour lui-même, mais vise à tenter de se protéger et de se mettre en sécurité, en raison de son parcours politique et de sa relation détestable à une large partie du peuple. De son point de vue et en conséquence, quoi qu’il en soit, la république démocratique et le peuple de Côte d’Ivoire peuvent attendre, j’ose dire.

Un argument additionnel se trouve dans le fait suivant. A la suite d’une élection qui ne devait que justifier qu’il conserve le pouvoir, le président Ouattara ne cherche même pas à défendre le droit bafoué de certains ivoiriens aux élections escamotées du 31 octobre 2020 ; pire encore, il ignore le droit de ses propres partisans parmi eux, empêchés d’exercer leur libre droit de choisir leur gouvernant aux élections de 2020. Ce fait montre à minima, le peu de considération qu’il a pour leurs droits et en dit long sur son parfait mépris pour le peuple ivoirien. Ce qui l’intéresse et qui présente de la valeur à son sens, c’est semble-t-il de détenir et d’exercer le pouvoir que les ivoiriens représentent en vivant ensemble, en particulier ceux qui le haïssent et le méprisent. Tant qu’il en restera un seul qui peut être électeur et qu’il peut ruser avec la démocratie, cela lui suffit pour réaliser son intention, tant qu’il peut être l’artifice lui permettant de détenir le pouvoir. L’analyse rebondit alors sur son rapport à une large partie des ivoiriens, en particulier ses adversaires politiques qu’on suppose qu’ils se détestent. De la politique du “rattrapage ethnique” depuis 2011, puis création de son propre droit d’un nouveau droit constitutionnel en 2016, de la subtilisation des institutions étatiques pour sa candidature pour un troisième mandat en 2020 et enfin au premier tour de l’élection du 31 octobre 2020, tout cela n’a constitué qu’une vaste stratégie, déployée sur un temps assez long, pour tirer les conséquences de rapports orageux et violents avec une grande partie du peuple ivoirien : se protéger en n’étant pas hors du pouvoir, mais en le détenant. Voici pourquoi la questions des institutions fortes est un non sujet pour la circonstance. En effet, que peuvent faire des lois et des institutions, sans l’esprit de ceux qui les incarnent, les appliquent et qui génèrent la réalité qui est censée leur correspondre ?

Ce sont les esprits forts de ceux qui les incarnent qui confèrent aux institutions les plus fortes leur robustesse.

Les d’institutions les plus robustes ne peuvent que tirer leur force des hommes qui les incarnent et de l’état de leurs esprits. Lors de son allocution du 11 juillet devant le Parlement ghanéen Barack Obama énonçait : «L’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, mais d’institutions fortes.» (13) La difficulté est que qu’il ne peut y avoir d’institutions fortes, sans des hommes qui les incarnent. Qu’est qui fait alors la robustesse de telles institutions, c’est l’esprit des hommes concernés et ce en quoi ils croient, qui guident leurs postures, leurs comportements et leurs actes. Ainsi, les institutions tirent leurs forces de leurs esprits et croyances. C’est à partir de ce point que la question soulevée rebondit sur  le questionnement de l’esprit et les croyances dans lesquelles s’enracinent leur interprétation et application des règles qui guident leurs actions. En écho à son discours, lors du sommet États-Unis-Afrique à Washington, l’ex-président burkinabé Blaise Compaoré lui a répondu en affirmant : « il n’y a pas d’institution forte s’il n’y a pas bien sûr d’homme fort ». (14), confondant ainsi l’esprit des hommes et leurs faiblesses qui les amènent à se percevoir comme étant forts.

Les élections, rappelle Obama lors de son discours d’Accra, ne sont pas toute la démocratie, « il faut voir ce qui se passe entre les scrutins ». (15) Il est exact que Staline lui-même pensait : Qu’est-ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire, entre la farce d’élections présidentielles de 1995 et celles de 2000 de même nature, entre les calamiteux scrutins de 2010 qui ont fini par intervenir et ceux hallucinants de 2015 et enfin entre ces derniers et ceux de 2020 ? Que de fausses alliances et de de tartufferies, pour subjuguer du peuple ivoirien, en lui expliquant ce qu’est la paix, plutôt que de lui apprendre à observer ce qui se passe, à le comprendre comme une situation de paix ou non et à s’expliquer sa nature réelle. Selon lui, la démocratie exige de rejeter du mauvais côté de l’Histoire « ceux qui se servent des coups d’État ou qui modifient les Constitutions pour rester au pouvoir ». (16) Les dirigeants ivoiriens, en particulier le président Ouattara, semblent n’avoir pas été concernés par ces conseils amicaux. Chaque ivoirien sait le contraire qui est intervenu.

La loi fondamentale ivoirienne prévoit un maximum de deux mandats. Le Conseil constitutionnel a estimé et décidé qu’avec la nouvelle Constitution adoptée en 2016, un nouvel ordre constitutionnel commence. Considérant cela, il estime que le président Ouattara n’a jamais été élu dans le cadre de ce nouvel ordre constitutionnel. En quelque sorte, le compteur des mandats présidentiels a été remis à zéro ; il n’a donc jamais été réélu dans le cadre de cette constitution. Le fait que la même constitution actualise en sont article 184 les actes juridiques fondés sur la version précédente de la constitution jusqu’à maintenir Alassane Ouattara comme président, sans élection contradictoirement à ce que prévoit l’article 55 de la constitution de 2016. Voici pourquoi l’opposition a des raisons de contester cette manière inique d’appliquer la loi fondamentale.

La question qui se pose est alors de savoir , en république dès lors que la forfaiture du pouvoir ne supprime pas son existence et ses règles, comment l’opposition parvient-elle à faire trancher cette question, considérant que son unique et ultime recours, de par la constitution certes trahie par le régime est politique : le peuple ? Ne disposant plus d’aucune autre possibilité de recours judiciaire après la décision du Conseil constitutionnel, elle a choisi l’option politique, comme la constitution lui en donne le droit. Mais, le boycott actif des élections et la désobéissance civile à travers lesquels elle comptait contester l’abus de la constitution par le régime au pouvoir consistaient en eux-mêmes, en un appel au suicide du peuple : contre un abus de la constitution, un contre-abus de la constitution a constitué la voie de l’opposition.  D’une part, le mot d’ordre de s’abstenir de participer au choix du gouvernant invitait en réalité les ivoiriens à ne pas exercer leur moyen républicain de jugement, de décision et de choix. Comment peuvent-ils alors signifier au candidat du régime leur refus de l’abus, à savoir leur non réitéré en s’abstenant de choisir ce candidat abusif. D’autre part, l’abus de la constitution a consisté à tenter de priver les ivoiriens de leurs libres expressions et choix. Dès lors, la question est de savoir quelle est la logique ou morale républicaine et le fondement selon lesquels un abus est résoluble par un contre-abus ?

Le triomphe, au moins temporaire, du président Ouattara, mais sans aucune gloire.

Il est possible que le président Ouattara a gagné une victoire à la Pyrrhus, mais c’est un succès temporaire quand même. Il triomphe sans aucune gloire néanmoins, en tant que président de la Côte-d’Ivoire le 3 novembre 2020 ; mais il triomphe quand même, dès lors que cela n’était pas le résultat espéré par son opposition. Son triomphe est sans gloire, non pas parce que certains ivoiriens ont librement choisi de ne pas y participer conseillé et guidés par l’opposition et qu’en conséquence le taux de participation était faible. Le défaut de gloire tient principalement au fait que le président Ouattara accepte son élection et festoie, sans vergogne. Alors même que garant du libre exercice de leurs droits par tous les ivoiriens, il  a ignoré et n’a tenu aucun compte de la multitude d’ivoiriens qui n’ont pu exercer les leurs afin de contribuer à déterminer le gouvernant qu’il se veut être. Il n’y a qu’une raison à cela : seule la détention du pouvoir présente de l’importance à ses yeux, contrairement à la façade de défenseur des droits de tous les ivoiriens et de la considération qu’ils doivent se manifester mutuellement, lui en premier.

Une stratégie de prédation en plusieurs temps.

La stratégie du président Ouattara est à plusieurs, ainsi que les élements d’une fusée se déploient à partir du tir. Dès 2011, après avoir contester pendant plus de dix une politique fondée sur la communauté, à travers le fameux concept de l’Ivoirité, il a repris et développé le concept en sens inverse. La politique du rattrapage ethnique est née. Elle visait à renforcer une conscience de communautaire originaire du Nord du pays. C’était là, le moyen de tenter d’instaurer une bataille autour de la dignité, entre le Nord et le Sud. Naturellement, il était le champion du Nord dans cette bataille. Dès lors, rien à son sens ne pouvait être laisser aux autres, si ce n’est le minimum pour sauver les apparences. Il ne pouvait servir des gens qui ne lui accordent aucune considération et contre lesquels il s’est violemment battu pour les obliger à constater qu’ils ne peuvent pas.

Après avoir neutralisé une partie de ses adversaires, détourner la force de ses adversaires non neutralisés, au service de sa finalité, constitue le second axe de la stratégie.   Cela n’a pas été de dure labeur. Il a suffi de flatter l’égo au fondement du manque de considération pour y parvenir. Jamais, aucun opposant à un pouvoir n’a autant cohabité de cette manière avec le gouvernant ; Konan Bédié est apparu parfois comme le co-gouvernant de la Côte d’Ivoire entre 2010 et fin 2017. La promesse semble-il de cession du pouvoir a suffi à ne rien y voir dans l’auto-droit que le président Ouattara s’est donné de créer de son propre chef du droit pour la société : la constitution de 2016 à travers laquelle ses adversaires lui donnèrent dès 2016, le moyen de les abattre.

Un grand nombre d’ivoiriens fêtaient la paix retrouvée entre 2011 et 2018, alors que d’autres ivoiriens étaient rejetés en marge de la société. Pendant ce temps, le président Ouattara préparait la reprise de la bataille de Côte d’Ivoire,  avec l’aide – il faut le dire – de ceux contre lesquels il se bat depuis 1990, ainsi qu’il ont toujours procédé. La question de l’abus de la constitution et de la légitimité de sa candidature ne manifeste simplement que des tentatives d’ivoiriens pris au piège, ainsi que le gibier pris au piège se débat.

Le pouvoir Ouattara avait anticipé un autre abus de sa part, ayant pris bonne note de cette maxime de Joseph Staline, le “Petit père des peuples” à propos du choix du peuple lors des scrutins et de la détermination de l’élu : “Ce qui compte ce n’est pas le vote, c’est comment on compte les votes.” (17) En en faisant un élément de stratégie, le régime s’est préparé à déterminer le vainqueur des élections, à la place du peuple de votants, puisqu’il savait comment il a allait compter les votes. Prévoyant et connaissant parfaitement ses adversaires, il était convaincu que des ivoiriens seraient empêchés de participer à ces élections par l’opposition. Ses supporters non empêchés, voteraient alors quasiment seuls là où ils le pourraient et lui octroieraient une victoire au score soviétique ; cela ne faisait aucun doute dans l’esprit du président Ouattara et de ses partisans.

Ainsi, lors de sa conférence de presse, le 24 août à Abidjan en vue d’accepter d’être candidat du RHDP, Alassane Ouattara annonçait : “Nous croyons à une large victoire du RHDP, dès le premier tour, au soir du 31 octobre 2020, (…)”, (18). Sa conviction était déterminée par le fait qu’il a un bilan, un projet et une vision pour notre pays, comme il l’affirmait, mais parce qu’il anticipait le fonctionnement de son piège de la légitimité tendu à l’opposition ; la réaction de cette dernière ne lui échappait pas : le boycott et la désobéissance pour éviter un Échec et Mat pour pas cautionner sa victoire en y participant. Stratège politique et quasi machiavélique, il pouvait dès lors narguer ses adversaires, avant même de les avoir vaincus, certain d’y parvenir : C’est qui le meilleur, s’interroge-t-il ? A cette question ses supporters devaient répondre : c’est toi Le Meilleur ; tu les as tous vaincus. Ainsi naquit probablement son slogan politique de la campagne des élections présidentielles de 2020, dont on en voit encore les traces : ADO solutions en 2010, devient en 2020 ADO “Le Meilleur”.

Le dernier élément de la stratégie est de ne tenir aucun compte du droit des ivoiriens, même partisans, spoliés de leurs droits par l’opposition. Ainsi, la stratégie de l’opposition visant à délégitimer l’élection sera éteinte. Ce dernier élément de la stratégie nous renvoie à la véritable finalité poursuivie. L’abus de l’opposition du droit de certains ivoiriens, en les empêchant d’exercer leur droit de choisir leur gouvernant, se double du mépris du régime à leur égard. A moins que ce ne soit du mépris à leur égard, ou une sanction comme s’ils avaient tous librement décidé de ne pas participer à ces élections, on ne peut y extraire que la faible importance accordée aux ivoiriens, y compris à ses partisans. Ainsi, la protection des droits de tous les ivoiriens, loin d’être la préoccupation du régime et de l’opposition, est apparue de part et d’autre, comme la variable d’ajustement de leurs stratégies respectives dans la bataille de conquête du pouvoir qui les oppose. Au nom de leurs intérêts respectifs, ils n’ont pas hésité à sacrifier les droits des ivoiriens sur l’autel de ces derniers. Celui du candidat Ouattara était la détention du pouvoir, dans un but de se protéger de nombre d’ivoiriens qui ne le portent pas dans leur cœur. Faute de ne pas être en mesure de les discerner, les droits de nombre d’entre eux sont sacrifiés sur l’autel de sa finalité, les confondant avec ces derniers.

Flairant lui aussi le piège tendu et les conséquences de la tentative d’évitement de l’opposition, Laurent Gbagbo sort de sa réserve. Le jeudi 29 octobre, il accorde un entretien exclusif à TV5MONDE. Il s’inquiète des conséquences de la bataille de Côte d’Ivoire de 2020 : « Ce qui nous attend, c’est la catastrophe. C’est pour ça que je parle. Pour qu’on sache que je ne suis pas d’accord pour aller pieds et poings liés à la catastrophe. Il faut discuter ». (19) Sans aucun doute, on ne peut pas lui reprocher cette fois de manquer de constance, lui “Le Boulanger d’Abidjan”, s’agissant se la connaissance de l’homme Ouattara. Il suggère une discussion entre régime et opposition au moment même où la bataille est déjà engagée. 

Chacun connaît la suite : des élections ont été organisées, certes comme la candidature, la question de leur légitimité est  posée. Un président a été élu et comme la candidature, sa légitimité est contestée. Chaque légitimité contestée peut être relié à la fameuse constitution de 2016 pour laquelle la légitimité du président Ouattara à créer du droit constitutionnel pour le pays n’a pas été contestée. Face au dernier abus ou à la dernière illégitimité, l’opposition répond par un contre-abus ou une contre-illégitimité, histoire de tenter d’éteindre le feu par un contre-feu.

La bataille de Côte d’Ivoire 2020 depuis le 31 octobre 2020.

Le 31 octobre 2020 a lieu le premier tour de l’élection. Ce jours même avant la fin des votes et face à la presse, contre-attaque de l’opposition, par la voie de son porte-parole Pascal Affi N’Guessan : « Nous ne nous sentons pas concernés par ce qui s’est passé aujourd’hui. Il n’y a pas eu d’élection aujourd’hui en Côte d’Ivoire. Nos compatriotes ont boudé dans leur très large majorité ce coup d’État institutionnel et constitutionnel. Partout, les barricades ont été maintenues. Le mot d’ordre de désobéissance civile a été suivi par nos compatriotes ». (20) Avant même que les résultats de la parodie d’élections ne soient proclamés, un peu plus tôt lundi 2 novembre, l’opposition lance sa contre-attaque fatale. Par la voie d’Affi qui renchérit à travers son “annonce la création ce jour du Conseil national de transition […] présidé par Henri Konan Bédié. Le Conseil a pour mission de mettre en place dans les prochaines heures un gouvernement de transition“, (21) constatant la vacance du pouvoir exécutif avec la fin du mandat présidentiel de Alassane Ouattara. Affi poursuit : “Constatant la vacance du pouvoir exécutif, le Conseil national de transition aura pour mission de préparer le cadre d’une élection présidentielle juste, transparente et inclusive […] et de convoquer des assises nationales pour la réconciliation nationale en vue du retour à une paix définitive en Côte d’Ivoire.”  (22) Bref, sans que l’on sache précisément qu’est-ce qui justifie le constat de la vacance du pouvoir après le premier tour des élections, il annonce : fin du gouvernement Ouattara, vive le CNT de l’opposition ; le roi est mort, vive le roi, en quelque sorte, comme si les ivoiriens étaient en monarchie au terme d’une lutte violente de pouvoir. Le débat impossible à propos de la stratégie de l’opposition devra avoir lieu, quoi qu’en pensent ceux des ivoiriens que l’abord irritent.

Dès cet instant et pour l’opposition, elle faisait le constat d’une vacance du pouvoir, ne reconnaissant pas Alassane Ouattara comme président élu. De plus, elle s’attribuait le pouvoir de gouverner le pays. Qu’est-ce qui fonde le fait que le constat de vacance du pouvoir par l’opposition intervienne ce jour-là et lui donne le pouvoir d’être le gouvernement ? A vrai dire, rien du tout, sauf à considérer que l’opposition a créé de sa propre volonté du droit, hors de la constitution, ainsi que le président Ouattara s’est auto-donné le droit de créer du droit constitutionnel en 2016. Après que les résultats aient été donnés et qu’Alassane Ouattara ait été déclaré président élu, Soro Guillaume ajoute une couche, à travers son discours le 4 novembre 2020. Il  énonce :  “(…) En ce moment historique, il n’y a de place ni pour les trahisons, ni pour les demi-trahisons. C’est donc la raison pour laquelle l’opposition responsable, constatant la vacance du pouvoir présidentiel, a décidé, dans le cadre de l’espérance due au peuple, d’ouvrir une transition politique” (23) Ainsi la raison d’éviter les trahisons et les demi-trahisons et son constat de vacance du pouvoir fondent le fait que l’opposition crée le CNT. Il reste à discuter quelles trahisons fait-il que l’opposition évitent quand on sait où ont mené les trahisons entre dirigeants et leurs partis politiques et leurs d’autres fois pour ne pas se trahir. D’autre part, un temps doit venir où l’opposition devra expliquer au peuple qu’il était responsable de sa protection et sécurité lorsque des traumatismes voir le pire ont été infligés à certains de ses membres, dès lors que plus aucun pouvoir n’existait pour l’être et que le CNT devenait responsable ainsi qu’il l’affirme ainsi.

“Le Conseil National de Transition a été créé pour assumer les charges exécutives de l’État et assurer le fonctionnement régulier des organes et des institutions républicaines durant toute la période de Transition. L’ancien président de la République, SEM. Henri Konan Bédié, Président du PDCI-RDA, a été désigné pour présider le Conseil National de la Transition, dont je suis membre.” (24) Au terme de ce débat, l’opposition devra alors expliquer au peuple ivoirien : s’étant donner le droit d’être le pouvoir qui protégé les ivoiriens en constatant que plus aucun pouvoir n’existait, elle a alors manqué à ses obligations lorsque des ivoiriens ont été brûlés dans leurs maisons, quand d’autres ont été décapités et leurs têtes ensanglantées servaient de ballons d’un football macabre et insoutenable par des hommes sans foi ni loi.

“Nos pères et nos mères ont payé notre liberté d’un trop grand prix pour que nous puissions accepter de la brader face à la forfanterie de quelques excités. Nous refusons que le viol de notre Loi suprême soit considéré comme chose banale et puisse rester sans conséquence. (…)” (25) Celui qui a accompagné Alassane Ouattara toutes ces années jusqu’à la conquête violente du pouvoir en 2011 se retrouve dans des circonstances comparables qui ont justifié naguère les actes auxquels il a pris une grande part en niant l’existence de la même constitution. Lorsqu’un problème vous résiste malgré d’énormes efforts de résolution, il faut questionner les hypothèses premières, disait Albert Einstein. On ne peut pas dire qu’il y a là un changement de méthode face à la même difficulté, mais une constance dans l’approche de solution : la négation de l’ordre constitutionnel dont seul le peuple souverain en a le pouvoir.

La suite, chacun la connaît.  Riposte finale (?) et fatale d’un pouvoir qui selon l’opposition n’existait plus. Ce propos rapportés tenus par Laurent Gbagbo résume assez bien ce qui s’est passé : “Vous me combattez pour un homme que vous ne connaissez pas.Vous allez me regretter un jour. Dis à Guillaume Soro que vous êtes sur le mauvais chemin. Les plus chanceux d’entre vous seront jetés en prison et les plus malchanceux seront tués ou en exil”. (26) Passons les regrets pour observer le caractère prémonitoire de ce qu’il qu’il a perçu de la psychologie relationnelle du président Ouattara. S’appuyant sur l’ordre constitutionnel qu’il a lui-même bafoué en l’abusant, le gouvernement Ouattara, a conséquemment procédé à une réduction violente de ce qui lui apparaît comme un acte de sédition. Quelques arrestations et mises en résidence surveillée plus tard font accompagner la gravité de la situation d’une note d’ironie : les créateurs du Conseil National de Transition pour la mise en place d’un gouvernement de transition, demandent ou appellent le gouvernement Ouattara à libérer ceux de leurs membres qui ont été arrêtés. Si la circonstance n’était pas suffisamment grave, on aurait pu rire de son ridicule : car, comment un CNT souverain, qui s’est doté du pouvoir de gouverner et protéger les ivoiriens, peut-il demander à un pouvoir qui n’existe pas selon lui de libérer ses membres arrêtés et qui ne sont plus libres ni plus en sécurité ?

L’opposition piégée qui ne croyait pas en le peuple, a sans aucun doute facilité et accéléré le déroulement de la stratégie du président Ouattara. Après avoir cessé son sacerdoce de vouloir protéger le peuple des abus de son régime, une part essentielle de l’opposition libre a produit les conditions du forfait. Sans le vouloir ni l’appréhender, elle n’a pas perçu le risque associé à la république, qui peut la faire ressembler à une monarchie absolue : quand l’esprit des hommes qui incarnent ses institutions séparées et dont la vertu principale est l’impartialité et le dévouement à la société, ne sont pas à la hauteur de leur haute mission. Lorsque l’opposition constate le piège se refermer sur elle, il était trop tard. Comme un fauve cerné de toutes parts, l’opposition a voulu alors user de l’abus pour neutraliser l’abus.

En réalité, jamais elle n’a pensé que ni le régime, ni elle-même n’était souverain. Si elle le pensait, en tous cas, les faits montrent que parce qu’elle croit le peuple souverain ignorant, incapable de restaurer sa dignité, elle a tenté de lui usurper sa souveraineté ainsi que procède le pouvoir combattu. Quand on compte les morts qu’elle dit avoir voulu éviter en agissant ainsi, on ne peut pas dire qu’elle est parvenue à son objectif, de vouloir sauver le peuple en étant souverain à sa place. Ce débat doit avoir lieu si nous voulons éclairer les ivoiriens et alimenter leurs libres jugements. Il ne suffira pas de postuler incarner plus que d’autres et le peuple lui-même une légitimité morale pour considérer que ce postulat est une raison suffisante au fait que l’opposition usurpe la souveraineté au peuple. Le peuple ivoirien mérite de savoir son rôle qu’il n’a pu jouer de ce fait et de savoir gré à l’opposition de l’avoir sauvé de cette manière.

Ainsi, l’opposition piégée depuis 2011, qui comme le régime ne croit pas en le peuple ivoirien est défaite par le régime Ouattara, au moins temporairement, sans avoir pu compter sur un peuple spolié de sa libre et souveraine décision, alors indigné, révolté, engagé et déterminé à se battre contre l’abus. Sans doute, convaincue de pouvoir de battre toute seule contre le pouvoir en abusant à son tour le peuple, elle a empêché la possibilité qu’il puisse l’être. Une rencontre intervenue le 11 novembre entre le président Ouattara et Konan Bédié est annonciatrice d’une négociation entre le régime et l’opposition. Quoi qu’elle sera, si comme depuis 1993, il n’en résulte pas que le peuple tranche les questions sources de nombreuses divergences, on peut parier dès à présent sur le fait qu’elle aboutisse à une mise en latence du conflit et de violence qui l’accompagne, indépendamment des acteurs de demain.

Gouvernants et dirigeants ivoiriens ont dévoyé la politique et leurs missions au profit du peuple ces 30 dernières années.

Voici la situation à la fois critique et ridicule dans laquelle les ivoiriens se trouvent et qui, encore une fois n’honore pas la Côte d’Ivoire et les ivoiriens.. A bien y regarder de près, tous les ivoiriens y perdent beaucoup, comme depuis 1993, bien que les uns et les autres pensent que le régime et l’opposition agissent à leur bénéfice, . Sans doute que cela est vrai, si l’on considère leurs intérêts individuels et de groupes, mais pas en ce qui concerne l’essentiel. Car, sans se rendre compte, qu’ils empoisonnent leur intérêt commun de voir la république se renforcer au lieu d’exploser encore une fois.

Le régime Ouattara et son opposition ont durablement affaibli la parole publique en Côte d’Ivoire, ainsi que ceux qui précèdent depuis 1993. Ils ont rabaissé la politique, la transformant en un machin de prestidigitateurs, de sophistes et tartuffes en tous genres et bien sûr de rationalistes calculateurs et utilitariste, avides de satisfaire leurs intérêts partisans et particuliers, sans aucune morale ni éthique sociale. Mais après avoir proclamé urbi et orbi, en mars 2020, qu’il ne se représenterait pas pour un troisième mandat, il est revenu sur son engagement après le décès brutal, au début de l’été, de celui qu’il avait choisi comme dauphin, l’ex-Premier ministre Amadou Gon Coulibaly. Contrairement à l’avis d’Hofnung, ce revirement ne trahit pas une vision patrimoniale de l’État, dans le seul sens où “pour Alassane Ouattara, le pouvoir devait nécessairement échoir à un membre de son clan et, plus précisément, à un homme qu’il considérait comme son «frère». (27) Mais, ce revirement fait partie de sa stratégie pour assurer sa sécurité pour laquelle il n’a confiance en aucun ivoirien pour la lui garantir.

A la suite de la disparition d’Amadou Gon Coulibaly, Alassane Ouattara a renié son engagement, notamment pour barrer la route à son ex-allié et rival de toujours, Henri Konan Bédié (alias «HKB»). Certes, cette dimension de la vanité d’un homme intervient dans son revirement, mais accessoirement par rapport à son souci de nécessaire sécurité vis-à-vis de nombre d’ivoiriens et adversaires politiques qu’il a combattus violemment pendant plus de 10 ans, au point qu’une certaine haine les séparent désormais. En ce revirement, s’il contribue à affaiblir durablement la parole publique en Côte d’Ivoire, on ne peut pas dire qu’il a été le seul, si l’on considère la transformation de la politique en un jeu entre sournois et dupes, tartuffes, prestidigitateurs et sophistes par les dirigeants politiques ces 30 dernières années.

Voici pourquoi la confiance de la population ne vient pas d’être brisée vis-à-vis d’institutions qui ont avalisé la mise à l’écart de personnalités politiques de premier plan depuis 1993 : la Commission électorale indépendante, le Conseil constitutionnel, et plus largement l’institution judiciaire dans son ensemble. Il y a bien longtemps que nuls ivoiriens ne croient en leur authenticité dès lors qu’eux-mêmes ne constituent pas ces institutions. De plus, il n’y a qu’à constater que l’unique élection de 2010 qui semblait faire exception à ce tableau s’est terminée par une guerre décisive au cœur d’Abidjan pour décider du gouvernant. La véritable question est de savoir si les ivoiriens peuvent avoir confiance dans quelque institution que ce soit, incarnée par des hommes mêmes justes et honnêtes, tant que cela n’aboutit pas à la réalisation de leurs intérêts partisans particuliers. C’est là une question fondamentale qu’ils doivent collectivement traiter, considérant cet état d’esprit partagé. Il n’ y a pas que le sujet de la robustesse des institutions républicaines et démocratiques.

La longévité politique des dirigeants qui occupent depuis si longtemps l’espace politique national n’est le problème commun des ivoiriens, mais l’une de ses manifestations. Si depuis sa chute, il y a dix ans, Gbagbo a toujours laissé plané le doute sur ses intentions politiques s’agissant de revenir dans le jeu politique ivoirien, c’est parce que des ivoiriens continuaient de faire de lui le dirigeant qu’ils attendent. Il n’est pas exact de dire que “cette ambiguïté a eu pour effet mécanique de bloquer toute rénovation au sein de son mouvement, le Front populaire ivoirien (FPI), l’un des principaux partis de l’opposition, paralysant du même coup le jeu démocratique sur la scène politique nationale.” (28) La vérité, c’est que d’autres responsables politiques de ce parti ont choisi de l’attendre, comme un “messie”, comme si le temps politique s’était arrêté, comme si le FPI avait cessé d’être et d’avoir la volonté de servir le peuple ivoirien et de les protéger des abus du pouvoir. Celui qui veut être utile au pays au sein de ce parti devra accepter, peut-être d’affronter Laurent Gbagbo, à un moment ou à un autre. C’est l’exact situation dans tous les autres partis.

Ceux des membres du PDCI ou du RDR qui continuent de leur côté de faire de Ouattara et Bédié des presque-rois ne sont pas au service de ce pays, mais à leur propre service, espérant récolter un héritage au soir de leurs vies politiques et personnelles, qu’ils confondent avec leurs vies politiques. Il y a un moment dans l’histoire des hommes où les enfants sont appelés à affronter les parents pour devenir des adultes libres, prêts à une relation saine avec d’autres êtres libres, leurs parents en premier. Il en va parfois de la vie privée familiale comme de la vie publique politique. A défaut de ce mouvement, tout se passe alors comme si le pays était dépourvu de cadres ivoiriens capables de gouverner ce pays et mieux. Si Bédié, Gbagbo et Ouattara semblent empoisonner l’existence du peuple ivoirien, comme cela est dit ici et là, une chose est en revanche certaine : ce sont les ivoiriens leur accordant leur grande considération, sans bornes et durablement qui leur assurent de pouvoir le faire, d’être leurs bergers.

Ainsi, c’est la conjonction et l’alignement des intérêts étroits et particuliers sont à l’origine de la présente de présente crise. D’un côté, la trajectoire politique d’Alassane Ouattara depuis 1990 a tant heurté de nombreux ivoiriens et ses adversaires politiques actuels, hier parfois alliés de circonstance, qu’il lui a semblé difficile de céder le pouvoir à des gens dont il pense qu’il ne lui veulent aucun bien, qu’il redoute et dont il n’a pas la garantie qu’il sera protégé d’eux une fois en dehors du pouvoir. Détenir coûte que coûte le pouvoir constitue son assurance. Au delà, le président Ouattara et son régime ont des intérêts aussi particuliers que ceux de l’opposition à satisfaire ; ceux-ci ne pouvaient que l’emmener à participer à pareille fête politique macabre pour tenter de réaliser l’auto-assurance de sa sécurité, la conservation du pouvoir au profit de ses partisans, la poursuite et le règlement définitif d’un conflit de vanité avec ses vieux adversaires de toujours. Longtemps combattu au sein du PDCI pour avoir osé affronter “le père” et finalement mis à l’écart, Konan Bertin a trouvé sa fortune dans une forme d’alliance objective avec le régime Ouattara, lui permettant de refaire surface et de rebondir sur la scène politique nationale.

De l’autre, une alliance de circonstance a réuni, comme pendant toutes 30 dernières années, ceux des dirigeants qui ont devant eux le temps de tenter à nouveau leurs chances aux élections présidentielles, mais dont l’impatience amène à mettre leur  seul intérêt commun ensemble : parvenir à des conditions immédiates leur permettant de s’affronter pour la conquête du pouvoir. Cette alliance a été élargie à ceux qui ne disposent pas du luxe du temps et qui ont un intérêt objectif à éliminer un adversaire de toujours qui leur a fait voir de toutes les couleurs, disposant en appui, la constitution. concurrent que son âge et son expérience rendent redoutable. Parce que nuls de voulaient prendre le risque d’égarer leurs partisans et pour préserver leurs intérêts partisans propres, leur unique accord a consisté à s’unir en le préservant, mais sans s’accorder sur un candidat unique adversaire du président Ouattara dans la conquête de l’opinion du peuple.Sous le prétexte certes fondé, que la décision du peuple ne serait pas respectée par le régime Ouattara, l’opposition a choisi de ne pas prendre le risque que le peuple décide de ce qui est vrai, juste, bien, beau ; bref de ce qui acceptable et lui convient. Comme au cous de ces 30 dernières années, le régime et l’opposition veulent encore une fois régler le problème de la Côte d’Ivoire sans le peuple ivoirien.

Le peuple ivoirien ne peut plus s’accorder le luxe de suivre aveuglement des dirigeants qui le font courir à sa perte depuis 1990. Où est son intérêt commun dans des actes politiques qui n’ont jusque-là réussi qu’à les ordonner entre partisans du régime au pouvoir et telle opposition à telle période, qui ont consisté dans le fait que ces régimes et oppositions on exercé et exercent encore la souveraineté à sa place et, en fin de compte, qui ont conduit qu’à sa plus grande misère depuis 1993 : sa fracture. Les ivoiriens doivent tenter d’observer ce qui se passe, ce qui leur arrive ; il doivent ensuite chercher à comprendre pour s’expliquer les circonstances de leur existence. Ce n’est après tout cela qu’ils seront en mesure d’en être indignés, de se révolter, de s’engager véritablement pour eux-mêmes et pour enfin d’agir à leur profit commun. Aucun régime au pouvoir, ni opposition qui ne respecte pas sa souveraineté ne peut prétendre agir pour son profit. Des gens qui prétendent savoir ce qui convient au peuple, qui veulent en discuter entre eux, mais sans jamais lui demander son avis, ont en réalité peur de ce que ce qui convient au peuple ne leur convienne pas. Voilà toute la difficulté.

Perspectives de sortie durable de la crise qui s’éternise.

« Depuis la mort d’Houphouët, le pays n’a pas eu de tranquillité jusqu’à ce que je vienne au pouvoir » (29), ainsi s’exprimait le président Ouattara dans un discours qu’il a prononcé au congrès du RHDP, le samedi 26 janvier 2019. Le pays ne pouvait être en paix dès lors que son état permanent violence correspondait à sa lutte pour détenir et exercer le pouvoir. Ainsi, selon lui, la paix en Côte d’Ivoire représente pour lui la situation de la Côte d’Ivoire dans laquelle lui détient et exerce le pouvoir. Si après plus de dix années de gouvernement du pays, la paix selon lui est à nouveau menacée, c’est bien parce que le peuple ivoirien, dans sa grande majorité, n’accepte pas que ses lois soient manipulées et mises au service de la paix, selon son unique conception. Nous avons tenté d’analyser une raison à une telle conception de la paix en Côte d’Ivoire.

Pour la raison principale que nous avons analysée parmi d’autres subsidiaires, à savoir son besoin de dignité, de protection et de sécurité hors du pouvoir, la décision du Président Alassane Ouatta était prise depuis longtemps : il ne cèdera pas le pouvoir lorsqu’il sera parvenu à le détenir, puisque nuls ivoiriens ne pourront les lui garantir. Sans remplacer la garantie que cette détention constitue pour lui, il n’existe aucun espoir qu’il lâche de son propre gré le pouvoir. S’il demeure président contre vents et marées jusqu’en 2025, la même raison sur laquelle il fonde son droit de continuer à être président sera valable à son sens en 2025. Dès lors, les ivoiriens savent que leur société va vivre dangereusement au moins jusqu’en 2030, si l’état de santé du président Ouattara le lui permettait et si aucune rupture n’intervient d’ici là.

S’il arriva, encore une fois, qu’un rapport de force violent détermina l’issue de cette nouvelle crise, sans le peuple et sans que sa libre détermination ne soit recherchée et respectée, malgré les risques réels de sa duperie, alors nous devons convenir dès à présent qu’une nouvelle crise est devant nous, quels que soient les vainqueurs circonstanciels de la crise actuelle. Seul le temps nécessaire à la constitution des forces des vaincus d’aujourd’hui déterminera le calendrier de sa survenue. C’est peut-être cette période de temps que les ivoiriens appellent la paix, celui de leurs attitudes, comportement et actes sournois, vils et faux, pour se préparer à la bataille.

Un dialogue inclusif est annoncé comme la voie pour en sortir. Il est possible que les ivoiriens au pouvoir et dans l’opposition s’accordent pour parvenir à élaborer ensemble les règles les plus parfaites possibles. Mais, il ne peut y avoir d’institutions fortes qu’elles organiseraient, sans que l’esprit des hommes qui les incarnent ne soit fort. Et, il ne peut y avoir d’esprit fort des hommes, au plan moral et de l’éthique sociale, s’ils ne craignent aucun souverain : dans les société qui consistent en États de paix, le peuple et son esprit le constituent. Sans, pédagogie de la république et de la démocratie par les pouvoirs et oppositions pour éduquer le plus à devenir le souverain, les possibilités de sortie durables de la crise sont minces.

D’un côté, parce qu’Alassane Ouattara a cru que c’est une marque de courage que de faire la guerre à certains de ceux avec lesquels son existence l’appelle à vivre ensemble, plutôt que de rechercher et travailler sur les conditions de la paix, il a crée les conditions pour faire du pouvoir qu’il détient, le moyen de se protéger d’eux, définitivement fait des adversaires. Il s’est piégé et le pays avec lui, craignant des propres partisans en faisant la paix autant que ses adversaires. S’étant condamné à l’usage de la violence pour conquérir le pouvoir, il s’est condamné à en faire usage pour l’accaparer et user de la violence du pouvoir pour se protéger de tous. De l’autre, appeler à un rapport de force violent contre un pouvoir qui est supporté par d’innombrables autres ivoiriens, c’est appeler à se battre violemment contre ceux avec lesquels ils veulent vivre. Le courage consiste à affronter tous ceux qui, vivant ensemble,  aspirent à en découdre pour canaliser leur colère et révolte vers la création et non vers la destruction. Le courage, c’est tendre la main à celui qui s’est laissé piéger par sa juste colère et révolte, pour se retrouver autour des conséquences délétère de la voie désastreuse qu’il a choisie, pour tenter ensemble de retrouver le chemin de la paix.

Il n’y a pas de guerre à mener contre une partie du peuple ivoirien ; pas plus qu’il n’existe de guerre à faire contre un compatriote qui s’est préparé à mourir au pouvoir, faute pense-t-il, qu’aucun ivoirien ne lui veut de bien, mais qu’il est au contraire celui qui lui veut du mal. Certes, Alassane Ouattara a suivi une voie qui devait imposer sa dignité, dans laquelle tous les moyens lui semblaient permis. Non seulement elle n’a fait que produire le résultat contraire, mais en plus c’était une voie sans issue : la dignité s’impose d’elle même mais nulle ne peut l’imposer à qui que ce soit, par quelque moyen que ce soit. Un homme digne est un homme digne de la considération de ses contemporains dans la société. Cette considération concerne ses paroles, ses attitudes et comportements, ses actes. A avoir voulu lutter violemment contre le défaut spontané de considération, par des paroles, des postures et comportement ainsi que des actes socialement toxiques, la considération recherchée dont le défaut de spontanéité a conduit à l’indignation et à la colère n’a réussi qu’à renforcer la déconsidération. Collectivement, nous devons parvenir à cette considération que seuls des actes magnanimes procurent. Collectivement, les ivoiriens doivent s’engager à protéger l’homme Alassane Ouattara et à assurer sa sécurité, le reconnaissant comme l’un des nôtres, digne de leur considération, d’avoir été utile au pays. Un homme ayant l’égale considération des autres et qui éprouve le sentiment de sa valeur, à savoir être important et utile aux autres, fait de grandes choses à leur service.

L’option de l’échange de violence jusqu’à ce qu’elle détermine et choisisse son vainqueur est une autre voie. Dans l’histoire, elle a été celle de règlement des divergences lorsque les hommes éprouvent le sentiment d’appartenir à des sociétés différentes. Dès lors que l’esprit du président Ouattara est préparé à mourir au pouvoir qu’il détient, comme sa protection, c’est un combat de 10 ans au moins qui attend les ivoiriens. Que valent ces dix années pour celui qui est prêt et s’est préparé à la violence, par rapport à l’immense majorité du peuple qui rêvait de tourner la page ? Un homme ne peut vaincre un peuple. Mais, le président Ouattara n’est pas seul ; il a derrière lui un grand nombre de compatriotes partisans. C’est donc pas une bataille entre le peule ivoirien et un pouvoir isolé, mais entre fractions du même peuple. Que dire de ses innombrables soutiens extérieurs tant qu’il sert à cette place leurs intérêts ? La bataille entre ivoiriens pour le contrôle du pouvoir ne génère qu’un perdant unique : le peuple de Côte d’Ivoire, sauf à considérer que les vaincus qui perdent n’en fassent pas partie.

Conclusion.

La politique est comme un match de foot où le régime au pouvoir reçoit l’équipe adverse l’opposition, et désigne les arbitres de la compétition pour détenir et exercer le pouvoir. Autant dire que c’est la probité morale et l’éthique sociale de ces derniers qui permet un match apaisé. Si tel n’est pas le cas, alors il convient de rechercher un arbitre dont l’intérêt est la paix sociale, plus que le résultat du match. Si un arbitre indépendant et souverain n’est pas recherché, à ce jeu là, chacun comprend dès lors que cela dérive rapidement en abus et en violence sans que ceux qui préfèrent abuser et engager la violence ne puissent être équitablement sanctionnés ou exclus du jeu. Un tel jeu prend alors des allures d’une scène de violence, pour tenter d’imposer la fausse vérité qui doit déterminer qui est à la fois compétiteur et l’arbitre.

Il en est de même  la société, des relations entre régime au pouvoir et son opposition en politique. Lorsque de telles divergences surgissent, seul le peuple peut les trancher. Lorsque chacun (régime au pouvoir et son opposition) tente d’être l’arbitre, au lieu de rechercher l’arbitrage du peuple, alors la divergence n’a aucune solution que celle déterminée par un rapport de force violent. Rarement, les deux parties veulent se passer d’un arbitre ultime, en l’occurrence le peuple. Parce qu’il organise les conditions de cet arbitre, la voie menant à solution de la divergence initiale devient elle-même un sujet de divergence. En fin de tout compte, malgré la meilleure volonté des deux parties pour coorganiser cet arbitrage ou la faire faire par une autorité indépendante, seul l’esprit des hommes permet d’aboutir à un arbitrage juste et respecté du peuple. Faute d’avoir confiance en l’esprit des hommes, le peuple peut être un souverain dont la souveraineté ne vaut pas un clou au point de vue de certains acteurs, s’enfermant ainsi dans une voie de violence.

Tout, dans la manière de détenir et exercer le pouvoir ou dans celle de vouloir le conquérir, nous invite à faire ce travail de la vie d’un peuple qui nous attend tous : faire surgir le peuple, pour améliorer la véritable politique. Pour ceux que ce travail révulse, peut-être pouvons préférer sa désignation en napolitain puisque, selon le cinéaste italien Frédérico Fellini,  “le travail” n’existe pas pour eux : Nous devons nous efforcer de “fatigare” sans relâche. Nous devons le faire pour rechercher en chacune de nos postures, en chacun de nos comportements et de nos actes politiques tout ce qui peut permettre de construire le peuple et son esprit. Renforcer sans cesse par ces attitudes et comportements, sa compréhension de la république et du jeu politique qui s’y joue entre le pouvoir et l’opposition dont il est précisément l’arbitre ultime, voici la mission collective et de chaque acteur ivoirien. Le réalisateur de cinéma italien Roberto Rossellini (1905-1977), quant à lui, énonce : “L’ignorance convient bien à ceux qui vous tiennent en joug” (30) ou tentent de le faire, peut-on ajouter. Cette ignorance est peut-être le carburant de tout ce qui arrive aux ivoiriens depuis 1993, qu’ils supportent le régime au pouvoir ou l’opposition en tant que les troupeaux qui augmentent leur puissance.

Au nom de la liberté, de l’égalité sociale et politique, de la dignité, les ivoiriens s’affrontent. Mais, « Être libre, ce n’est pas seulement se débarrasser de ses chaînes ; c’est vivre d’une façon qui respecte et renforce la liberté des autres », (31) nous dit Nelson Mandela, in Un long chemin vers la liberté. Ceux des ivoiriens qui recherchent la liberté en voulant dominer d’autres et en dégradant la leur ne sont pas libres, mais enchaînés avec les autres et tous en danger vis-à-vis de toute adversité externe, puisque les autres ne le sont pas. Pour terminer, empruntons les termes d’Aimé Césaire. Une société ivoirienne qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement depuis 1990 est société décadente depuis cette date. Cette société ivoirienne qui choisit de fermer les yeux à ses problèmes communs les plus cruciaux pour rechercher les moyens de domination des uns par les autres est une société foncière atteinte et croyante en l’inégalité. La société ivoirienne dont tous les membres rusent avec ses principes derrière lesquels chacun se cachent pour justifier sa raison alors qu’il a tort, est une société moribonde, voire même pourrie. (32) Cette société de laquelle se dégage depuis plus de 30 ans, non pas une odeur de pus, mais l’odeur du sang des ivoiriens tués au nom de l’inégalité et de la volonté de dominer doit heurter chaque ivoirien, l’indigner puis le révolter pour en faire un véritable acteur qui agit pour mettre un terme à sa puanteur, toujours sous-jacente alors que des ivoiriens la croyait disparue.

De ce point de vue, la colère réservée en réponse à la candidature d’Alassane Ouattara et à sa victoire à la Pyrrhus constitue probablement le dernier soubresaut de la tragédie politique que connaît la Côte d’Ivoire depuis plus d’un quart de siècle. Conscientes de l’âge avancé de chacun des protagonistes, dit Léjéal, les populations entendent peut-être laisser filer le temps jusqu’à ce que, rattrapés par la loi biologique, les trois agitateurs « historiques » de la scène nationale passent, enfin, le témoin aux générations montantes.” (33) Cela interviendra sous peu sans doute. Mais c’est serait là une erreur fondamentale du peuple ivoirien de penser qu’il suffirait que Bédié, Ouattara et Gbagbo ne soient plus, pour que leur problème fut emporté par eux outre-tombes et qu’il ait disparu avec leur absence.

Un problème n’a jamais été un homme ou des hommes. Si l’esprit à la source du problème des hommes après eux  est identique à celui de ces trois acteurs et à ceux qui en ont fait durablement leurs dirigeants et gouvernants est le même, on peut l’affirmer ici et maintenant : la même cause produira le même effet. Voici pourquoi il faut faire preuve d’une audace qui recentre le peuple dans son rôle du souverain. Peut-être devons-nous dire en définitive : ivoiriens, donnez donc au président Ouattara une raison de céder le pouvoir de son plein gré. Si nous y parvenons, alors, pourrons-nous affirmer que nous avons entendu Frantz Fanon nous dire que chaque génération a sa mission ; librement et disposant d’une part du pouvoir de la réaliser, ses membres peuvent choisir de la réussir ou de la la trahir ((34). La nôtre, qui consiste à restaurer durablement la stabilité de la société dégradée depuis 1990, allons nous la réussir ou la trahir ? Telle est la question essentielle que nous devons dépasser pour résoudre la question de la Côte d’Ivoire, mieux que ne l’ont fait les principaux acteurs depuis 1990 au moins et ceux qui les encouragent.

Dans le prochain article, une proposition audacieuse de sortie durable de la crise sera faite à cet effet, sans qu’aucune prétention ne l’accompagne. Ce sera une pensée, livrée en partage avec les ivoiriens qui parviennent à faire s’évader leur esprit de la prison des émotions dans laquelle nombre d’ivoiriens s’enferment eux-mêmes. Peut-être alors la discussion sera possible, plutôt que la dispute à laquelle chacun est sommé de prendre part en agitant les morts et les actes barbares. S’engager dans la barbarie n’est pas l’unique réponse à la barbarie, tant que nous demeurons encore des hommes, dignes de la considération d’être des humains.

 

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(1) Frédéric Lejeal, “Côte d’Ivoire : une « guerre de trente ans » qui tire à sa fin ?”, Tribune du 14 novembre 2020 sur le site de l’IRIS. URL : https://www.iris-france.org/151715-cote-divoire-une-guerre-de-trente-ans-qui-tire-a-sa-fin/

(2) David Yala avec Sercom,  Côte-d-ivoire : Soro s’est mis en danger de mort politique – comment veut-il diriger la Côte d’Ivoire avec une idéologie marxiste, déclare Nassene-Ba-touré, maire d’odienné” URL : https://www.linfodrome.com/vie-politique/47452-cote-d-ivoire-soro-s-est-mis-en-danger-de-mort-politique-comment-veut-il-diriger-la-cote-d-ivoire-avec-une-ideologie-marxiste-declare-nassene-ba-toure-maire-d-odienne https://iciabidjan.com/nasseneba-toure-le-cp-de-soro-nest-quepiphenomene-un-feu-de-paille-base-sur-rien-de-solide/

(3)  idem (2)

(4) Tweet de Mamadou Koulibaly, canadidat du parti Lider du 18/09/2020

(5) Léa Masseguin, “Présidentielle en Côte-d’Ivoire : Alassane Ouattara se déclare dans la défiance”, Article du 24 août 2020, dans le quotidien français Libération URL : https://www.liberation.fr/planete/2020/08/24/presidentielle-en-cote-d-ivoire-alassane-ouattara-se-declare-dans-la-defiance_1797604

(6)   Lebanco.net, “Il y a 9 ans, Feu Professeur Bernard Zadi Zaourou disait : “Alassane, pour moi, est un ”fromager”. URL : https://www.lebanco.net/news/36020-il-y-a-9-ans-feu-professeur-bernard-zadi-zaourou-disaitquotalassane-pour-moi-est-un-3939fromager3939.html

(7)  Thomas Hofnung, “Présidentielle ivoirienne : tous perdants !” Tribune dans le journal français Libération du 25 octobre 2020 URL : https://www.liberation.fr/debats/2020/10/25/presidentielle-ivoirienne-tous-perdants_1803437

(8) idem (7) 

(9) idem (1)

(10) idem (1) 

(11) idem (1) 

(12) idem (1) 

(13) Le Monde Afrique, « l’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts mais de fortes institutions ». Article du 13 juillet 2009, dans le quotidien français Le Monde URL : https://www.lemonde.fr/afrique/article/2009/07/13/l-afrique-n-a-pas-besoin-d-hommes-forts-mais-de-fortes-institutions_1218281_3212.html.

(14) Ladji Ouattara, « Ce dont l’Afrique a vraiment besoin ! », Tribune publiée dans le mensuel français Le point le 31 mai 2019. URL : https://www.lepoint.fr/afrique/ladji-karamoko-ouattara-ce-dont-l-afrique-a-vraiment-besoin-31-05-2019-2316244_3826.php

(15) idem (7)  

(16) idem (7)

(14) idem (6) 

(15) idem (6) 

(16) idem (6)

(17) Boris Bajanov, “Bajanov révèle Staline – Souvenirs d’un ancien secrétaire de Staline”, Collection air du temps Gallimard, 1979

(18) idem (5)

(19) Entretien exclusif – Laurent Gbagbo à TV5MONDE par Denise Epoté : “Ce qui nous attend, c’est la catastrophe”, URL : https://information.tv5monde.com/video/exclusif-laurent-gbagbo-tv5monde-ce-qui-nous-attend-c-est-la-catastophe

(20) Nephthali Messanh Ledy, “Côte d’Ivoire: la désobéissance civile “délégitimée” par la tenue du scrutin ? Article publié le https://www.financialafrik.com/2020/10/31/cote-divoire-la-desobeissance-civile-delegitimee-par-la-tenue-du-scrutin/

(21) David Gormezano & Meriem Amellal,  “Présidentielle en Côte d’Ivoire : l’opposition veut former “un gouvernement de transition” Publié le URL : https://www.france24.com/fr/afrique/20201102-présidentielle-en-côte-d-ivoire-l-opposition-va-former-un-gouvernement-de-transition

(22) idem (21)

(23) Soro Guillaume, “Déclaration solennelle de monsieur guillaume Kigbafori Soro”, publiée le 04/11/2020 URL : https://guillaumesoro.ci/news/489/1/declaration-solennelle-de-monsieur-soro-kigbafori-guillaume.html

(24) idem (23)

(25) idem (23)

(26) Laurent Gbagbo cité par ZIÉ Konaté, “Après avoir été chassé par Ouattara/ Konaté Zié (pro-Soro) passe aux aveux : « J’ai combattu Gbagbo qui m’a donné …(…), publié le mardi 18 Juillet 2017 IvoireBusiness. URL : https://www.ivoirebusiness.net/articles/après-avoir-été-chassé-par-ouattara-konaté-zié-pro-soro-passe-aux-aveux-«-jai-combattu

(27) idem (7) 

(28) idem (7) 

(29) Roxane Ouattara, “Alassane Ouattara au congrès du RHDP : « Depuis la mort d’Houphouët, le pays n’a pas eu de tranquillité jusqu’à ce que je vienne au pouvoir», Publié le URL : https://www.yeclo.com/alassane-ouattara-au-congres-du-rhdp-depuis-la-mort-dhouphouet-le-pays-na-pas-eu-de-tranquillite-jusqua-ce-que-je-vienne-au-pouvoir/

(30) Roberto Rossellini (1905-1977), réalisateur de cinéma italien

(31) Nelson Mandela, “Un long chemin vers la liberté”.

(32) Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, Paris, Présence africaine, (1re éd. 1950)

(33) idem (1)

(34) Frantz Fanon, Les Damnés de la Terre, 1961, éd. La Découverte poche, 2002, p. 53-54.

 

 

 

CONSIDÉRATIONS SUR LA CRISE IVOIRIENNE 2020 : L’illégitimité de la candidature et de l’élection du président Ouattara ne rend pas légitime la souveraineté de l’opposition sur le pays.

Librement, je tiens à dire aux ivoiriens que je fais partie de ceux qui contestent la politique du régime Ouattara et sa volonté de souveraineté sur le pays. La réponse à la crainte fondée, du vol  des votes des ivoiriens par le régime Ouattara ne pouvait pas recevoir pour réponse, en république, la privation du libre exercice de leurs droits de citoyens. Voici pourquoi, librement, j’affirme aussi que, lorsque les passions sont mises à part, il reste que l’illégitimité de la candidature du président Ouattara et son élection illégitime et sa volonté de puissance à la place du peuple, ne rendent pas pour autant légitime la souveraineté que l’opposition entend détenir et exercer, à la place du peuple souverain de Côte d’Ivoire. Le peuple est l’unique souverain. Cela, ce sont les faits tels que nous pouvons les observer, si tant est que leur analyse est placée sur un fondement républicain et non pas sur l’absence d’ordre constitutionnel, ce qui mettrait immédiatement fin à l’État de Côte d’Ivoire, à quelque pouvoir que ce soit et par conséquent à toute opposition. Même sans constitution, nul ne doit vouloir les posséder ainsi que leurs actes, même dans l’intention de les protéger. Et, la Côte d’Ivoire ne peut pas être considérée comme une société où tels ou tels autres de ses membres peuvent s’auto-doter du droit d’agir au nom et pour tous, même pour la sauver, sans leur avis.

Jusque-là, nous avons passé le temps à spéculer sur ce que nous savons : ce que font ou pas les régimes au pouvoir en Afrique, bref la toxicité de leur plus grand nombre pour les peuples. Ainsi, nous ne discutons pas, mais échangeons nos pensées concernant à quels points ils le sont. Se faisant, nous oublions de nous rendre compte que ceux qui s’opposent à eux, et auxquels nous espérons confier le pouvoir en les combattant sont les pouvoirs du lendemain de chaque victoire : les oppositions. Et, aussitôt que telles oppositions parviennent à devenir et  le régime, nous tenons le même discours à leur propos, oubliant qu’elles tenaient le même discours que nous. De fait, nous faisons du sur place, pendant que la difficulté s’accroit ou revient cycliquement. Il convient, courageusement de faire preuve d’authenticité et de conséquence. Il faut laisser de côté les régimes au pouvoir, puisque nous savons désormais ce qu’ils nombreux à être, pour discuter de leurs oppositions qui deviennent précisément les pouvoirs après eux. Inversons notre manière habituelle, quasi pavlovienne, de voir les circonstances politiques. L’exemple ivoirien est un bon sujet pour introduire cette discussion dans l’unique but d’être un peu meilleurs dans nos appréciations, si tant est que nous acceptons de les fonder sur un minimum de raison et loin des passions. C’est de cette manière que le rapprochement est possible.

Ce n’est pas parce qu’on conteste le régime Ouattara qu’on doive ruser avec sa raison souveraine, que tous les moyens sont bons pour rétablir la légitimité. Qui est républicain et/ou démocrate en Côte d’Ivoire ? M. Alassane Ouattara n’est pas un républicain ; les actes qu’il a posés depuis 1990 montrent qu’il ne l’a jamais été. Cela on le sait depuis 1993. Mais, il y a des raisons de douter que ses adversaires ont démontré au peuple ivoirien qu’ils le sont davantage. Les derniers développements des élections présidentielles de 2020 fournissent quelques arguments pour fonder ce doute.

Réaction à la candidature d’Alassane Ouattara pour un 3ème mandat.

 Le 12 mars 2020, le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, l’homme au cœur malade et transplanté en 2012, est désigné comme son candidat du RHDP-RDR aux élections présidentielles. Après des péripéties sanitaires et médicales le concernant, et revenu en Côte d’Ivoire le 2 juillet après avoir été évacué deux mois plus tôt en France, son décès le 8 juillet 2020 allait constituer l’évènement initiateur. Le 28 juillet 2020, Konan Bédié est désigné candidat du PDCI. Réplique immédiate du RHDP, le 29 juillet, faisant d’Alassane Ouattara son candidat. On se demande depuis quand date le projet visant à démontrer qu’il était “Le Meilleur” de tous les dirigeants ivoiriens, ainsi qu’il s’est prénommé lui-même.

Ainsi, contradictoirement à ses annonces précédentes et réitérées, décide de présenter sa candidature aux élections présidentielles. Des membres de l’opposition ivoirienne un déposé auprès de l’instance constitutionnelle un recours en annulation de la candidature du candidat Ouattara, sur le fondement de l’article 55 de la constitution. Jusque-là, tout va bien ; nous sommes encore dans une république, dans laquelle un désaccord manifeste apparaît à travers la candidature contestée.

Réaction à la décision de la Cour constitutionnelle recevant et validant la candidature d’Alassane Ouattara pour un 3ème mandat.

Le recours introduit par l’opposition a été rejeté par la Cour dans son arrêt ayant abouti à la recevabilité et validité de cette candidature. Le 14 septembre 2020, quatre candidatures sont validées dont celle du président Ouattara. Quoi qu’on puisse penser sur le plan juridique, moral et éthique, des droits exercés par les uns et les autres, jusque-là, tout va bien, nous sommes encore dans une république, dans laquelle un désaccord manifeste apparaît également à travers la validation de cette candidature.

Certes, l’opposition peut en raison, faire valoir des contre-arguments à ceux opposés par la Cour et juger sa décision non fondée sur la base de ces contre-arguments. Mais, en république, toute décision de la Cour constitutionnelle est légale et fondée ; elle est même exécutoire et irrévocable. Quant à son acceptabilité, elle dépend de sa cohérence et de sa pertinence. Dès lors qu’elle est apparait dénuée de tout cela, cette décision est à juste titre inacceptable pour l’opposition. Ainsi, si la légalité n’est pas discutable, sans mettre fin à la république, sa légitimité à savoir son autorité qui la rend acceptable fait défaut. Soit. Mais, cette matière de la légitimité de la décision de la Cour constitutionnelle et par conséquent de la candidature validée du président Ouattara sort du domaine juridique et constitutionnel pour devenir un sujet hautement politique. De quelle manière un sujet politique trouve sa plus juste réponse, sinon que par l’expression démocratique, le peuple apparaissant en dernier ressort comme le juge final de paix.

Plutôt que rester dans le cadre républicain et rechercher la solution politique à cette situation, l’opposition a choisi une autre option : le boycott des élections, tant que le président Ouattara est candidat et la désobéissance civile. La décision des candidats de l’opposition de boycotter les élections est leur droit et, en république, chaque droit exercé a un cadre : celui que cet exercice respecte les règles, comme par le droit de tous les autres ivoiriens. En république, leur droit ne s’étend par conséquent pas jusqu’à encourager leurs partisans à empêcher, sans le dire, la tenue des élections, même en refusant légitimement de ne pas y prendre part. Leur posture signifie refus de reconnaissance de l’ordre constitutionnel à travers la désobéissance aux institutions qui l’incarnent. En encourageant leurs partisans à procéder à un boycott actif, ils s’inscrivent de fait dans la désobéissance civile active, donc dans l’opposition à l’application du droit par les institutions que l’opposition conteste et dont ils s’opposent à ceux qui les incarnent.

Pire encore, non seulement l’opposition s’oppose ainsi au régime au pouvoir, mais surtout, elle dénie à travers ces actes et au delà du mot d’ordre politique d’abstention à voter, le droit de tous les ivoiriens de participer à des élections qu’elle empêche, en définitive, en s’opposant à leur organisation.  Ainsi, la privation de leurs droits aux citoyens ivoiriens apparaît comme le moyen de l’opposition de combattre son adversaire, le régime Ouattara. On se demande alors pour qui agit ainsi l’opposition, considérant qu’elle procède ainsi pour combattre le régime au pouvoir pour précisément abus des ivoiriens et de la république.

Ainsi, l’opposition commence par un court temps républicain, à travers son recours contre la candidature du président Ouattara. Mais, très rapidement et pour combattre le régime au pouvoir, elle inscrit non seulement ses actions en dehors de la république et de ses règles, mais surtout elle va au delà du mot d’ordre politique, lorsqu’elle l’a jugé insuffisant pour atteindre son objectif politique : elle fait de la négation du droit des ivoiriens le moyen de parvenir à ses fins face au pouvoir combattu. Elle ne s’arrête pas là.

Réaction à la proclamation des résultats des élections déclarant Alassane Ouattara vainqueur.

Ayant considéré nulles et non advenues les élections présidentielles dont elle a tenté d’empêcher la tenue, l’opposition a tiré les conséquences de sa posture anti-républicaine. Avant même la fin du scrutin, elle commence par constater la vacance du pouvoir, sans que l’on sache pourquoi ce jour-là et su quel fondement. Poursuivant son chemin anti-républicain, dès la proclamation des résultats d’élections dont elle considérait l’inexistence, l’opposition a décidé de s’octroyer un droit  sans aucun fondement ni aucune source de légalité constitutionnelle, ni de légitimité politique. Car, l’opposition s’est privée de l’expression de la légitimité politique que le peuple aurait pu lui donner, puisqu’elle a empêché le peuple de la lui donner. Dès lors, la mise en place d’un Conseil National de Transition (CNT) politique est fondée sur rien d’autre que sur la seule volonté de l’opposition. En dehors de tout fondement légal, ce conseil ne repose sur sur aucune légitimité politique démontrée à travers l’engagement du peuple ivoirien, que ses suffrages même volés sans doute, lui auraient donnée. Bref, l”opposition veut faire en quelque sorte une quasi-révolution, seule et sans le peuple. Voici le ver dans le fruit.

Après avoir demandé et interdit, s’il le faut, au peuple de donner son avis sur le sujet de son opposition au régime au pouvoir, l’opposition s’est auto-donné le droit de constituer un pouvoir de gouverner. Empêchant les conditions rendant possible la détention de la légitimité lui permettant de surseoir, au nom du peuple, à la force de la constitution, l’opposition a décidé de son propre gré de combattre la manipulation des règles communes par le régime par leur abolition pure et simple. Ainsi, elle a choisi l’épreuve du rapport de force violent et la confrontation violente, pour son propre compte, plutôt que celui de s’en remettre et mettre mettre au service du peuple. Il est impossible d’affirmer défendre le peuple en commençant par nier son existence et sa souveraineté.

L’argument de l’absence de confiance dans des institutions alliées d’un régime qui a démontré sa volonté d’abus est certes recevable et justifiée. Mais, est-il possible de lutter contre l’abus par un autre abus ; ce nouvel abus cesse-t-il d’en être un et devient-il moral et éthique en raison de la finalité poursuivie ? Sui oui, qui a le droit d’en juger et d’en décider, l’opposition ou le peuple de Côte d’Ivoire ?

Par ailleurs, en se privant de la liberté exercée par le peuple ivoirien, l’opposition a manqué une occasion d’engager les ivoiriens et de les amener à prendre position dans cette affaire. Sans aucun doute, la multitude d’ivoiriens qui auraient massivement donné leurs voix électorales à l’opposition à titre de non réitéré à la candidature abusive ne sont pas les mêmes que ceux qui se considèrent à l’écart d’un affrontement politique régime au pouvoir-opposition, duquel l’opposition les en a écartés, comme étrangers à leur combat. Il ne suffit pas d’avoir la multitude à ses côté si son esprit n’est pas préparé à la lutte. De quel droit l’opposition tient et tire-t-elle sa légitimité juridique dès lors que la constitution n’est plus, en même temps que les institutions qui les incarnent, sans aucun doute mal ? De quels ivoiriens l’opposition tient et tire-t-elle sa légitimité politique en déniant aux ivoiriens d’exprimer leur adhésion massive à travers le non éventuel à travers leurs choix ?

Et maintenant, qu’est-ce qui va se passer ?

Il est possible que l’opposition parvienne à ses fins, ainsi que le régime Ouattara a procédé dès 1993, avec le soutien à tel et tel moment de tels et tels de ses adversaires aujourd’hui, qui l’imitent fondamentalement, la violence, en “v” mineure, pour le moment. L’opposition qui lorgne certainement vers l’extérieur, n’a sans doute pas considéré la concordance entre la date des élections en Côte d’Ivoire et celles des USA. Sans être devin, il était clair depuis longtemps, que la crise ivoirienne est un sujet mineur à l’échelon international par rapport au drame politique américain qui occulte tout, dont on redoutait la survenu depuis l’élection de Donald Trump en 2016. Les stratèges de l’opposition qui comptaient sur la médiatisation de la situation qu’ils comptaient générer ont commis là aussi une erreur d’appréciation. Dans tous les cas, ce qui est certain, c’est que ni aucun régime de gouvernement, ni aucune opposition ne peut tirer sa légitimité de la fameuse Communauté internationale et de l’ONU. Si le peuple ivoirien est éclairé et conscient de sa souveraineté, ni aucun régime au pouvoir, ni son opposition, ni aucune armée, ni aucune communauté internationale ne peut être la source de la légalité et de la légitimité.

En plus de l’intervention attendue de souverains extérieurs (ambassadeurs, Etats étrangers, communauté internationale, ONU, UA et j’en passe), ceux qui comptent sur les armées de Côte d’Ivoire pour mettre fin au résultat inacceptable de leurs paresses au plan des idées politiques font une fuite en avant. Ils persisteraient alors dans leur erreur, en recherchant un souverain hors du peuple lui-même, parce qu’ils ont échoué à l’être eux-mêmes.  

Au milieu de ce chaos dans lequel le peuple ivoirien est emprisonné depuis 1993, il lui revient d’ouvrir les yeux pour constater par lui-même les faits reproduits depuis cette date et de se ressaisir, car il n’y a aucune fatalité. Dès lors, le peuple de Côte d’Ivoire parviendra à savoir ce que ses passions à la fois sollicitées par régimes et oppositions l’empêchent de discerner. Hier, le régime Ouattara en tant qu’opposant ne l’a pas respecté en combattant les régimes au pouvoir d’hier, dont leurs membres constituent ses opposants aujourd’hui. Sous le prétexte de combattre leurs mêmes opposants d’hier constituant le régime Ouattara (quelques rares exceptions près), aujourd’hui, les pouvoirs d’hier, dont les membres constituent l’opposition aujourd’hui ne le respectent pas non plus. Ainsi, les oppositions qui muent en régimes et qui détiennent et exercent alternativement le pouvoir, selon l’issue des crises conjoncturelles, sont les uniques bénéficiaires des crises qu’elles génèrent avec les pouvoirs qu’ils combattent. Le peuple partagé entre leurs différentes parties et mis à l’écart de l’espace politique réel, et divisé ainsi pour perdre toute souveraineté n’a d’utilité que d’augmenter les puissances respectives des régimes et de leurs oppositions. Quand le peuple comprendra cela, la république et sa constitution, le régime au pouvoir et l’opposition admettront ce qu’est le peuple : le souverain que chacun d’eux tente d’usurper.

Si les ivoiriens, qui croient ou pensent que quelques dirigeants à telle ou telle époque défendent leur intérêt commun à vivre ensemble, ils doivent enfin se rendre à l’évidence des faits. Niés quand cela est nécessaire et toujours manipulés par le pouvoir ou l’opposition selon l’époque, ils sont ballotés de misère en misère. Pour parvenir à ce constat, il convient qu’ils laissent pour un moment de côté, les intérêts immédiats qui les attirent, qu’ils place leur raison souveraine aux commandes de leur existence pour un court instant à la place de leurs passions et émotions. Ils constateront alors qu’il leur sera possible de discuter du sens à donner à ce qu’est un ivoirien, à ce que signifie que de vivre ensemble, à ce qu’est la société ivoirienne, à ce que sont le gouvernement au pouvoir et son opposition ainsi que des élections présidentielles. Bref, ils parviendront à voir clairement qu’en dehors d’eux, il n’existe aucune autre source du pouvoir que régime et opposition se disputent et s’attribuent la détention sans eux ou parce que ne s’en rendant pas compte du fait des passions qui les aveuglent.

Si les ivoiriens ne font pas individuellement et collectivement cette introspection, ce face à face avec eux-mêmes, il est possible qu’à nouveau l’opposition d’aujourd’hui devienne le régime au pouvoir de demain et que dans le sens inverse, le gouvernement d’aujourd’hui glisse en opposition. Il est même probable, comme les ivoiriens en ont déjà fait l’expérience, que les parties du pouvoir et de l’opposition de demain défassent leurs accords de circonstance actuelles et non sincères pour devenir les acteurs de nouvelles violentes oppositions politiques. La vérité, c’est que sans cet effort, rien ne changera ce mouvement cyclique au terme duquel le peuple ivoirien balance comme un hamster dans une roue infernale depuis 1993.

L’idée qu’il puisse exister une république dans laquelle le peuple de citoyens n’existe pas est fausse et toxique.

La république doit constituer le cadre de traitement des divergences et de résolution des oppositions entre régimes au pouvoir et leurs oppositions. Et, il ne peut exister aucun cadre républicain, sans le le peuple qui constitue le pouvoir convoité. Le régime qui gouverne le détient a reçu le mandat du peuple. Il l’exerce avec la promesse de servir le peuple. L’opposition fait sacerdoce de protéger le peuple des abus du régime qui l’exerce avec sa promesse de pouvoir mieux servir le peuple. Le peuple souverain est celui qui juge in fine de ce qui est vrai, juste, bien, loyal, équitable. Il est le seul arbitre, qui peut – s’il le faut – mettre fin aux règles, au régime qui gouverne et à l’opposition, par la violence et sans détenir ce droit de rien d’autre que de lui-même. Ainsi se veut être la république de Côte d’Ivoire.

Dans cette république, la peur n’est jamais meilleure conseillère que la confiance dans l’intelligence et la moralité du peuple souverain. En république, face au régime au pouvoir abusif, même le plus abject, le peuple souverain est le seul acteur pouvant se doter du droit d’ignorer la règle et d’user de violence, pour rétablir sa souveraineté. Cela peut conduire et prendre la forme d’une révolution populaire, à condition que le plus grand nombre de ses membres poursuivent le même objectif commun, celui d’un sens commun donné à la société ivoirienne. En république, ce qui est vrai, bien, beau, loyal, etc… c’est le peuple in fine qui en décide de l’attribut. Détenant la souveraineté, il est le seul à pouvoir agir, même par la violence, ne détenant ce droit que de lui-même. Ce n’est ni le cas du régime au pouvoir, ni de son opposition, tous les deux astreints aux règles communes, ni à quelque forces armées, encore moins républicaines. Je ne doute pas que les ivoiriens qui parviendraient à se rapprocher au delà de leurs passions parviennent à considérer que ce pays ressemble à la Côte d’Ivoire telle qu’elle est depuis 1993, que le gouvernement au pouvoir ressemble au régime Ouattara, Gbagbo ou Bédié, que l’opposition ressemble à une seule des oppositions qui se sont opposées à leurs régimes.

Certes, la participation du président Ouattara aux élections présidentielles de 2020 défie le droit constitutionnel, la morale politique et l’éthique sociale. Mais, il y a une raison pour laquelle l’opposition a ordonné aux ivoiriens de ne pas voter et, à travers ses partisans, a même tenté ici et là de les en empêcher : elle sait que si les ivoiriens pouvaient exercer leur droit librement, chacun pourrait se rapprocher de la vérité de ce qu’est notre pays ainsi qu’un changement de l’état des chose. L’argument des tricheries électorales redoutées de la part d’un régime Ouattara, qui impose une candidature légale mais illégitime à juste titre, ne peut justifier de suspendre ou d’ôter aux ivoiriens qu’elle prétend défendre leurs droits. Cette vérité lui semble sans doute intolérable, plus encore que le coup de force du régime Ouattara juridique.

Le problème commun à résoudre consiste en une vérité : il n’appartient ni au régime Ouattara au pouvoir ni à son opposition de décider à la place du peuple ivoirien, de la société que ce peuple accepte, de juger à sa place de ce qui est vrai, bien, juste, beau, utile collectivement, acceptable, etc… C’est pourquoi, quelque abus qu’ait opéré le régime Ouattara, l’opposition n’est pas l’unique et l’ultime redresseur de tort. Et la réponse appropriée en république n’est surtout pas d’empêcher les ivoiriens d’en juger par eux-mêmes, au delà du jugement certes pertinent de l’opposition. Si le peuple est souverain, et si régime et opposition acceptent ce principe, alors, il l’est autant vis-à-vis du régime au pouvoir autant que vis-à-vis de toute opposition. Ainsi, de son côté, l’opposition ivoirienne a abusé le peuple et la république en voulant précisément sauver le peuple de l’abus du régime Ouattara.

Le peuple doit se lever et montrer au régime et à son opposition le pays qu’est la Côte d’Ivoire, le gouvernement et son opposition qu’il veut. Il n’est pas nécessaire d’user de violence pour le faire savoir, quelque issue à laquelle la crise nous mènera ne changera pas l’intérêt de cet effort. En ce domaine, les ivoiriens ne sont pas contraints par l’urgence qui semblait guider les initiatives malheureuses de ceux qui veulent le pouvoir tout de suite et à tous prix, sans l’accord du peuple. Il faut préparer les conditions d’une nouvelle époque en Côte d’Ivoire.

Conclusion.

Un républicain a confiance dans le peuple et le reconnaît comme son souverain. Cette confiance se fonde et se renforce dans le travail qu’il fait, au pouvoir ou en tant qu’opposant à un régime au pouvoir, ou simple sympathisant de ces deux, ou simples citoyens, pour contribuer éclairer le libre exercice de sa liberté et de son droit. Ceux qui considèrent que le peuple est un troupeau d’enfants mineurs, incapables de discerner aucun intérêt particulier ni collectif, au point qu’une puissance (eux) doit décider et agir à sa place pour son bien génèrent en réalité, ses souffrances les plus importantes. Ceux-là ne sont pas des républicains, mais ceux qui veulent faire leur miel de sa domination.  Tant que l’état d’esprit des acteurs politiques ivoiriens est cela, le peuple ivoirien doit s’attendre à la continuité de sa souffrance, peu importe qui il porte à la détention et exercice du pouvoir et qui sont dans l’opposition à leur pouvoir. Le peuple détient la solution à sa difficulté, sans qu’une révolution ne soit nécessairement urgente. La grandeur de la considération dont le peuple crédite tels ou tels acteurs politiques devrait être étalonnée au regard de celle qu’ils lui portent en retour dans leurs attitudes, postures et leurs actes. Un peuple digne, mais méprisé ne saurait accorder une grande considération aux auteurs de ce mépris. A condition qu’il ait une certaine compréhension des mécanismes qui produisent ce forfait à son détriment, sans que parfois, il ne parvienne à s’en rendre compte ou que ses propres pesanteurs ou passions qui lestent son esprit ne l’empêchent de le constater.

Il faut arrêter de se plaindre de la toxicité des seuls vieux acteurs ou de tels ou tels acteurs. Les leaders politiques ne créent pas les conditions d’une transition pacifique ; ils confisquent le pouvoir etc… Cela est souvent exact. Mais, chacun de nous détenons une partie du pouvoir que tous représentons en vivant ensemble. A consacrer le temps à disserter de ceux qui exercent mal leur part du pouvoir détenue et peut-être mal exercé, on finit par ne plus voir ceux qui croient n’en disposer aucune part en exerce tout autant une part et peut-être mal aussi. Qu’est-ce qui enferme ceux qui les soutiennent durablement et rendent possible et durablement cette toxicité, en étant conscients de l’effet collectivement désastreux pour la société et sa cohésion ?

Un gouvernant, un dirigeant est un membre de la société qui le devient ; ne l’est pas tout seul, ni durablement sans la multitude qui les crédite d’une considération sans bornes. Le pouvoir et ses privilèges sont insuffisants pour expliquer la longévité de nombre de dirigeants toxiques. Il convient d’interroger les motivations et intentions de ceux qui font d’eux ce qu’ils sont. Leurs cadets qui font d’eux des rois ont-ils pris leurs propres responsabilités, s’ils ont semblé se considérer eux-mêmes jusque-à comme incapables de faire mieux qu’eux, au point d’attendre leur mort pour le faire savoir. Sans les créditer d’une considération sans limites, ils ne seraient pas les acteurs de l’espace politique aussi longtemps, empoisonnant au passage l’existence du plus grand nombre d’ivoiriens. Mais cela ne signifie pas que les cadets qu’ils ont éduqués politiquement et qui osent sont meilleurs qu’eux. La question demeure le rapport à la république, à ses règles et institutions et la considération du peuple

Lorsque parfois nous avons le sentiment de confiscation du pouvoir, seules des questions nous permettront de comprendre la réalité et la combattre. Le plus grand nombre de membres du peuple, voit-il en cela un abus ? Existe-il un peuple uni autour d’un même intérêt qui contribue à créer les conditions d’un abus dont il a conscience ? Le peuple exerce-t-il sa souveraineté en acceptant un abus constaté qu’il n’accepte pas ? En dernier ressort, le peuple détient le pouvoir de traiter tout abus du régime, voire de son opposition. Il a à sa disposition deux moyens : la combinaison de ses choix et si elle ne suffit pas à rétablir sa souveraineté, la confrontation violente avec le pouvoir et l’opposition s’il y a lieu est inévitable. Pour parvenir à ce choix, il doit d’abord constater ses échecs à user des moyens républicains. En définitive, ni le régime Ouattara, ni son opposition actuelle ne dispose du moindre argument pour justifier quelque raison de leur part dans cette crise. Aucun d’eux ne peut avoir quelque raison dans un espace politique commun où le peuple ivoirien est soit dupé soit exclus et sa souveraineté méprisée. Le peuple doit chercher à comprendre ce qui lui arrive depuis 1993 et la considération réelle qui lui est portée par les régimes et oppositions successives, sous les divers prétextes de le sauver.

La solution des difficultés politiques que nous rencontrons ne peut jamais être des initiatives qui ignorent le peuple, en la raison précise de craindre sa liberté. Même mal exercée selon l’avis, cette liberté est ce qui détermine ce qui lui est acceptable et c’est là l’essentiel. Les solutions seront à la fois républicaines et didactiques, à savoir des initiatives qui renforcent la compréhension et la contribution décisive et efficace du peuple aux processus républicains y compris qui peuvent le mener à la révolution, pour rétablir sa souveraineté compromise. La croissance de la compréhension et conscience du peuple le conduisent à l’exercice éclairé de sa souveraine liberté. Plutôt que craindre cette liberté, elle est en définitive la solution acceptable pour tous et impérative si cela est nécessaire. Voilà pourquoi les initiatives politiques doivent construire et renforcer son exercice bénéfique pour tous.

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COTE D’IVOIRE 2020 : Une certaine opposition ivoirienne va finir par relativiser le tort du régime Ouattara.

Le jour se lève sur le drame ivoirien dont un épisode s’est joué hier à l’occasion du premier tour des élections présidentielles. Des ivoiriens attendent fébrilement et tous muscles sous tension, comme des boxeurs dans leurs coins, les résultats de ces élections que le régime qu’ils combattent doit proclamer.  Leur intention est de les comparer à des résultats dont ils disposent déjà, sans les avoir organisées, ni y avoir participé et en empêchant qu’elles ne se tiennent. De jolies cartes censées traduire la réussite de leur action circulaient hier déjà aux alentours de 16h sur les réseaux sociaux. La suite ne leur échappe pas : quoi qu’il arrive, ils sortiront vainqueurs de la confrontation violente avec le régime, en prenant avec le régime, le peuple en otage et en annexant sa liberté.

Tout commence avec un juridisme nauséabond au terme duquel la Cour constitutionnelle de la Côte d’Ivoire a cyniquement dit la norme constitutionnelle applicable au cas particulier du président Ouattara, alors que la constitution en son article 55 interdit qu’un président ne peut être réélu qu’une seule fois. Monsieur Alassane Ouattara a été élu président de la Côte en 2011 ; il a été réélu en 2015. Manifestement, il ne pouvait être à nouveau candidat en 2020 pour un autre mandat. Mais, les juges de cette cour, après examen des recours des oppositions au régime et se prenant pour Minos, ont rendu leur décision ; elle est exécutoire et irrévocable : la candidature du président Ouattara est recevable et valide. Ils ont procédé non sans exclure et retenir d’autres candidatures selon qu’elles peuvent nuire au candidat du régime ou amoindrir celles de l’opposition. Ni les oppositions, ni le peuple n’ont plus aucun recours possible par la voie juridique, contre ce forfait et cet abus de pouvoir. En face de ce nouveau chemin dangereux que les ivoiriens empruntent, les oppositions ont choisi et entrainé une partie du peuple dans un boycott actif des élections et dans une désobéissance civile. Voici les termes du problème de la Côte d’Ivoire.

Nous ne nous attarderons pas sur la question de l’abus du peuple par le régime Ouattara. Cet aspect a déjà fait l’objet de plusieurs articles. Ce qui nous intéresse ici est la réponse des oppositions ivoiriennes ou une partie en tous cas. Quelle signification peut-on donner au boycott actif des élections et à la désobéissance civile telle qu’est manifestée au cours de ce premier tour des élections ? Cette analyse met en question la défense supposée de la république par les oppositions.

Les choix possibles des oppositions et des ivoiriens face à l’abus du régime Ouattara.

La décision de la Cours constitutionnelle ivoirienne étant exécutoire et irrévocable la voie juridique était épuisée, dès lors que la Côte d’Ivoire est une république souveraine. Les oppositions au régime moribond du président Ouattara ne disposaient alors que de deux options : soit aller aux élections, soit ne pas y aller. Quant à l’option de la voie violente, seul un peuple souverain peut s’octroyer ce droit, même en république.

Ne pas y aller impliquait de retirer toutes les candidatures de l’opposition et d’espérer que le plus grand nombre possible d’ivoiriens s’abstiendraient de participer comme eux à ces élections. Leur expliquer l’enjeu et les y encourager, voici ce que pouvait être sa mission. Procédant ainsi, ces oppositions auraient exercé leur liberté en même tant qu’en respectant celles des ivoiriens et en ayant confiance en son exercice. Cette option supposait aussi que les oppositions étaient accordées sur le diagnostic de l’abus du peuple et convenaient de la combattre ensemble et de la même manière. Cela ne fut pas le cas. Cette option avait l’avantage d’éviter de risquer de légitimer des résultats abusifs par une participation de l’opposition.

Mais, son succès supposait deux conditions : d’une part, unité de l’opposition et unité de diagnostic d’action et de moyen, d’une part, et confiance en la liberté du peuple souverain et en sa raison souveraine, d’autre part.  Des oppositions qui ne partageaient pas le danger imminent que représente le régime Ouattara pour la république ne pouvaient s’unir totalement. Pourtant, une partie d’elle prétend le peuple uni à l’image d’une opposition pourtant désunie.  Dès lors qu’aucune de ces conditions n’était remplie, le risque de légitimation de résultats électoraux abusifs par et au profit du régime Ouattara ne pouvait être écarté, sans décider à la place de chaque ivoirien pour en être certain. Voici pourquoi cette option n’a pas été choisie par l’opposition, d’autant que l’histoire montre que les absents ont souvent eu tort et bien que la détermination à la place de chaque ivoirien sera mise en oeuvre dans le choix qui suit.

Ainsi, les opposition au régime Ouattara ont choisi d’aller aux élections sans y aller vraiment. Dès lors que les candidatures validées ont été maintenues, d’une manière ou d’une autre, l’opposition participe à ces élections. Sans doute, elle a procédé ainsi, de sorte à pouvoir exercer tous les droits que la constitution confèrent à la qualité de candidats. Considérant néanmoins que les mêmes causes produisent les mêmes effets, l’opposition redoutait le vol des suffrages des ivoiriens avant même qu’ils ne les expriment. Elle est convaincue qu’il n’existe aucune raison qu’elle pensa que le régime Ouattara n’usa pas du même abus aux élections présidentielles que celui dont il a fait une démonstration impériale lors de la validation des candidature. En ce sens les craintes de l’opposition sont fondées. Certes, mais tout de même !

La signification du boycott actif et de la désobéissance civile des candidats de l’opposition.

Toutefois, la question qui se pose n’est pas celle de la probité morale et éthique du régime Ouattara, à savoir sa considération de la république et du peuple ivoirien. Chacun peut convenir que son absence de considérations morale et éthique n’est pas un sujet de débat au regard des faits. Laissons donc de côté ce régime définitivement discrédité et hors de la république pour débattre de l’opposition. Ce qui me semble en jeu dans cette affaire est l’opposition, en tant que le contre-pouvoir – puisqu’elle en dispose – qui s’oppose à l’abus du peuple par le régime Ouattara. Ayant épuisé son recours juridique, la question qui se pose est de savoir en quoi l’opposition combat-elle l’abus de la république par le régime à travers le non-abus de la république. Examinons donc les faits.

Au point de départ de son choix, il s’agit pour l’opposition de défendre la république et le peuple ivoirien des abus du régime Ouattara. A ce point de vue, elle ne peut confondre le régime Ouattara qui l’abuse et la république elle-même. Le respect de cette dernière, contrairement au régime impérial combattu, consiste à agir, conformément à ses règles, le contraire étant précisément ce qui reproché au régime inique. Par conséquent, l’opposition ne peut disposer d’une qualité de défenseure de la république qu’en agissant dans le cadre républicain. Cela a-t-il été le cas et est-ce toujours le cas ?

L’opposition, à la fois candidate pour tirer profit de cette qualité pour user des marges juridiques que cela lui confèrent et ordonnatrice d’un boycott actif et d’une désobéissance civile aux lois, étale son sophisme. Si les lois de la république perdent leur autorité en raison d’être appliquées iniquement par le régime Ouattara, il n’existe aucune aucune raison qu’elles fasse autorité par ce que les candidats de l’opposition se plaçant dans le cadre, usent de leur autorité pour atteindre leurs objectifs politiques. C’est en cela que la stratégie qui consiste à demeurer candidats d’élections qu’ils ne reconnaissent pas, tout en espérant tirer avantages de cette qualité est parfaitement incompréhensible pour le peuple ivoirien. La compréhension de ses actes est-elle par ailleurs la moindre attente qu’elle a de lui, quand elle tente de l’empêcher de se déterminer par lui-même ? On peut en douter.

Craintive de la continuation de l’abus du régime et de son extension aux élections présidentielles proprement dites, l’opposition a opté pour un boycott actif et une désobéissance civile, entraînant avec elle une partie du peuple dans des actions violentes. Voici, me semble-t-il, la limite de la prétention républicaine et démocratique que régime au pouvoir et oppositions revendiquent : tous abusent en réalité de la république ; aux abus du régime, les oppositions entendent opposer des contre-abus de la république. En usant et encourageant la violence à travers l’abolition de la liberté d’autres ivoiriens, il n’y a rien d’autre à dire que que cela relève de violence à l’encontre de ces derniers.

Ainsi, les options consistant à user de la libre délibération du peuple pour abattre ce régime impérial et abusif, sans blesser la république ont été ignorées au profit d’une option qui considère et prend le régime pour la république, assimilant ses lois à lui qui les exécute, sans doute abusivement. Dès lors, avant même de savoir combien d’ivoiriens sont pour la république et la défendent, de savoir combien pensent qu’ils ont été abusés, l’opposition et des ivoiriens ont décidé à leur place. Avant même d’en avoir l’esprit net sur combien d’entre-eux manifestent librement une certaine morale et éthique sociale, ils ont décidé à leur place.

En effet, des ivoiriens qui décident librement de ne pas participer à des élections qu’ils jugent non démocratiques et pour lesquelles ils redoutent que leurs choix ne soient pas respectés exercent tout aussi librement leur liberté, en restant dans le cadre républicains. Mais, dès lors qu’ils décident d’empêcher activement qu’elles ne se tiennent, d’empêcher que d’autres ivoiriens arbitrent eux-même entre des attitudes et postures à avoir et ce qu’il convient de faire ou pas face à l’abus du régime, ces ivoiriens  ont en réalité choisi de décider à la place d’autres ivoiriens.

En cette matière, ces ivoiriens qui empêchent d’autres de s’exprimer librement craignent que leurs choix leur paraissent aussi amoraux et non éthiques que les actes du régime combattu. En un mot, ils ont peur de leur liberté à exercer, parce qu’ils n’acceptent pas le sens dans lequel ils pourraient l’exercer. Cela, c’est l’argument le plus flatteur pour eux. On peut aussi analyser qu’ils considèrent que ces ivoiriens auxquels ils défendent de s’exprimer à travers leur unique moyen, leurs voix – portées par leur voix électorales – sont mineurs. Leurs esprits ne sachant pas encore discerner ce qui est vrai, bien, juste, beau, utile collectivement, ni encore procéder à quelques calculs s’agissant de ce qui leur convient, ils veulent décider et agir à leur place, comme des parents en tant que puissances, pour leurs enfants mineurs. C’est là, la manifestation d’un grand mépris, aussi grand que celui du régime inique du président Ouattara.

Ainsi, des ivoiriens convaincus de leurs propres choix, ont décidé et choisi de décider à la place d’autres ivoiriens en les empêchant de le faire, leur imposant ainsi leurs convictions. S’il est entendable que parmi les objectifs qu’ils poursuivent ainsi, figurent celui d’une tentative de rétablir la république, le moins que l’on puisse dire est qu’ils ont pris le risque de l’échec à le faire. Des défenseurs de la république agissent contre ses principes tout en voulant en user parce qu’ils peuvent leur être utiles ; il décident impérialement à la place d’autres ivoiriens, et sans avoir reçu aucun mandat de leur part pour le faire, comme le régime qu’ils combattent. En définitive, pensent-ils qu’il existe encore une république et un peuple ivoirien digne et respectable entre eux et le régime qu’ils combattent ? N’est-ce pas en cela qu’elle ressemble au régime, qui pour abattre définitivement son opposition a considéré que nulle république, ni peuple souverain n’existent et n’est digne de respectabilité ?

Au delà de leur victoire éventuelle sur ce régime combattu sur fond de violence, existe-t-il une seule raison pour les ivoiriens qu’ils ont fait taire et à la place desquels ils entendent décider, de faire d’eux des républicains et démocrates qui ont de la considération pour leur liberté ? Peuvent-ils eux-mêmes alors être dignes de la considération de ces ivoiriens indignes de leur considération ? Le rapprochement et le rassemblement des ivoiriens sont-ils possibles dans ces conditions ? La suite d’une telle histoire peut alors être échafaudée, dès à présent, si quelques esprits vrais n’en modifient pas le cours : les faux défenseurs aujourd’hui de la république seront le régime abusifs et combattu demain, ainsi que le régime Ouattara l’a été hier avant d’être combattu aujourd’hui, etc… Pourquoi ? Derrière la grande complexité perçue de ce qui passe depuis 1993, on peut approcher une certaine simplicité.

Nombre d’ivoiriens évoquent constamment le peuple en s’abritant derrière sa souveraineté. Mais, dès qu’il s’agit de le laisser s’exprimer pour laisser apparaître ses fractures et ses fêlures et imperfections, ils préfèrent décider et agir à sa place pour lui créditer leurs propres pensées, sentiments, convictions et actes. De fait, des ivoiriens veulent être tous seuls le peuple, pour être certains que l’histoire s’écrive selon leurs seules volontés. Dès lors, la liberté de chaque ivoirien lui fait peur et la combat avant qu’il ne puisse l’exercer.

Conclusion.

A une époque où j’étais au collège à Bouaké, l’établissement disposait d’un superbe jardin public. Partout de belles allées ; elles séparaient de jolies haies fleuries d’hibiscus notamment. Gare au moindre désaccord avec un collègue et il vous invitait au jardin. De fait, c’était là que devait se résoudre à coups de poings, à coups de prises de luttes et de judo, ou encoure de katas et postures de karatékas les divergences. A cette époque, le Kung fun et le Shaolin constituaient l’attraction au cinéma. Bref, le joli jardin était en fait un espace de violence où devaient de traiter les désaccords.

Ainsi que la réponse au moindre sujet de désaccord se manifeste souvent dans le cadre familial, villageois, citadin par le “tombé de la chemise”, par la gifle, les coups de poings, nombre d’ivoiriens ont spontanément choisi de manifester d’abord leur désaccord avec le régime Ouattara, certes abusif, par la violence, avant même d’avoir épuisé la voie pacifique : le libre usage des bulletins de votes et des voix électorales des ivoiriens ou leur abstention en signe de protestation. Il y avait une réponse à la crainte légitime d’élections abusives : le vote massif des ivoiriens convaincus de république et de morale et éthique sociale qui rendait tout abus quasi impossible ou son contraire : l’absence massive de leurs suffrages. Évidement, c’est la liberté exercée par les ivoiriens qui confère son caractère massif et fait de leurs votes ou leur absence l’anti-dote à la volonté d’abus du régime Ouattara.

La difficulté est que cela revient à avoir confiance en la liberté des ivoiriens pour y parvenir et à manifester de l’espoir quant au sens de cet exercice. Parce que respecter la liberté des ivoiriens constitue un risque à prendre, parce que des ivoiriens doutent du bon exercice de cette dernière, ils ont purement et simplement choisi spontanément de refuser de le leur reconnaitre leur empêchant son exercice, comme s’ils devaient recevoir leur autorisation. Évidemment, à leur sens, c’est pour leur bien et le bien de la république et, ils pensent de bonne fois sans doute, être leurs défenseurs. De ce point de vue, alors que le régime impérial leur laisse encore néanmoins la possibilité d’entraver ses intentions sociotoxiques, l’opposition ne leur laisse pas ce luxe.

Comme le dirait Pascal, même celui qui va pendre veut être heureux. Ceux qui ont en commun de pendre la république, chacun à sa manière régime et opposition, ont un point de ressemblance : ils affirment vouloir son bonheur, qu’ils la pendent ou la guillotinent. Tant qu’il existe des ivoiriens qui veulent garder d’autres ivoiriens comme des bergers de troupeaux, leur ordonnant quel pré brouter, il est difficile de savoir quels ivoiriens sont pour la république ou contre, quels ivoiriens n’agissent que sur la seule base de leurs intérêts immédiats hâtivement calculés rationnellement, peut-être sans aucune considération morale ni d’éthique sociale. Or tant que le peuple est contrarié dans l’exercice de sa souveraine liberté et la détermination consciente de sa propre volonté, nuls ivoiriens ne sauront avec quels autres ils vivent ensemble. Les conditions de progrès communs dans leurs rapprochement mutuels ne pourront alors être que retardés, ainsi que leur rassemblement et leur cohésion. De ce point de vue, si le régime inique du président est indiscutable, la démonstration de la raison de l’opposition reste à faire. Pour ma part, j’ai un problème avec le fait que quand on dispose de la double possibilité de résoudre pacifiquement cette difficulté constituée par l’abus du régime Ouattara, qu’on préfère spontanément la voie immédiate de la confrontation violente, alors même qu’il était était possible de tenter d’abord le vote massif contre ou alors le retrait massif de discrédit de délégitimation, sans mépriser la république elle-même et en la distinguant du régime qui tente de l’abolir. Il est exact de ces deux options exigent une foi inébranlable en la république et en la démocratie, j’en conviens. Mais, il n’y a pas d’autres moyens que d’avoir foi en elle, faute de quoi, les ivoiriens sont dans un cycle d’éternel recommencement.