Terrorisme, etc… et le problème de l’Afrique

A notre époque, une partie du monde est aux prises avec le terrorisme dans un contexte de mondialisation des rapports humains. Au croisement de volontés de maintenir des empires et de les conforter et de celles opposées, d’en raccommoder d’autres à tous les prix , fissurés de toutes parts et disloqués depuis bien longtemps par l’histoire, se trouve l’Afrique. Ce développement de l’histoire met à l’ordre du jour la question de l’existence des africains.

Depuis les indépendances entre les années 1960 et 2000, l’Afrique a souvent bénéficié de la volonté de coopération compatissante et souvent à dessein des différents empires et parfois de leurs reproches dédaigneux. Depuis, notre attention se porte sur son existence et sur la question qu’elle suscite au regard de toute son histoire. On se demande parfois comment elle procède pour continuer même à exister, à exister dans le noir. On peut surtout se poser cette question aujourd’hui quand on la voit consacrer une part importante de la liberté recouvrée à renforcer l’adversité à son détriment et à l’y maintenir. Quoi qu’il en soit, elle est brutalement réveillée de sa somnolence.

Des groupes armés se réclamant de la religion de l’Islam, au désespoir des hommes de la foi espérance, occupent sa moitié nord et sèment la mort et la terreur. L’un de ces groupes, constitué par des africains eux-mêmes, a capturé plus de deux cent jeunes filles au cœur du continent, comme un trophée et une démonstration de puissance, sans que la détermination de l’Afrique à refuser cette nouvelle forme d’oppression soit à la hauteur de sa peine actuelle et de sa mémoire traumatique. Pour espérer se faire respecter et améliorer leur niveau de difficulté de vivre, d’autres africains, regroupés en mouvement politique n’ont pas trouvé de meilleure solution que de pactiser, à la place du soumis, avec des gens prêts à vaincre en mourant, mais surtout pour permettre à ceux des leurs qui survivent de tout domestiquer, y compris d’eux-mêmes.  Ils procèdent ainsi, comme naguère quand certains de nos aïeux acceptaient des formes de commerce dont la marchandise étaient constituée par certains de leurs contemporains. Comme d’autres encore, au temps colonial, acceptaient d’être les marteaux écrasant d’autres contemporains pour espérer réduire leurs difficultés de vivre. Pas plus tard qu’hier, encore une fois au cœur de l’Afrique et au nom de leur liberté également, des africains en ont découpé d’autres à la machette pour échapper à une vie d’adversité. Aujourd’hui même, peut-être, d’autres se préparent à un affrontement délibératoire par le sang versé pour avoir l’autorité armée d’exercer un pouvoir qui ne peut les protéger eux-mêmes et à fortiori ceux au nom desquels ils entendent se faire empereurs d’empires qu’ils n’ont pas bâtis ni préparés à anticiper ou affronter l’adversité. Ainsi, comme si la société africaine était devenue inconsciente l’indépendance acquise, les productions collectives toxiques mais cependant non absurdes du point de vue de leurs auteurs pourraient être énumérées. Mais qui peut consacrer ses efforts pour donner sa saveur au temps à le faire ; ce temps que son existence révèle et colorie ? Comme dans ses histoires passées, elle se montre incapable d’anticiper et de faire face à l’adversité ; elle se contente de remettre « son sort » aux Autres. Cela n’aurait été révoltant si finalement elle ne trouvait guère son salut dans leur indexation. Tel est le point où l’Afrique en est dans sa marche et qu’il convient de dépasser. Le moins qu’on puisse dire est qu’elle contribue fortement à ses propres malheurs. La preuve est ainsi faite qu’il y a dans l’histoire des hommes, une grande part des pauvres eux-mêmes, peu importe et bon gré, malgré, celle des Autres et de sa nature. Et sur ce point, j’aurais aimé en débattre avec ce grand africain et homme qu’était et que demeure pour tojours Chinua Achebe et pour lequel j’ai beaucoup d’admiration et d’affection.

Pourtant, Napoléon lui-même pensait avoir échoué avec ses plans et ses exploits machiavéliques en prévoyant les guerres de nationalité après celles de la religion, de la « race », et de la suprématie culturelle qui secouèrent tous les hommes, où qu’ils soient sur terre jusqu’aux confins du XVIIIe siècle. Il avait raison sur l’introduction de la nation ; il semble aussi que les autres aspects des guerres n’ont pas fondamentalement changé, même si les périodes de calme nous endorment au point de croire en leur disparition en l’esprit des hommes. Personne ne conteste le fait que le XIXe siècle a donné le coup d’envoi du réveil et de l’émancipation des peuples dominés par les empires existants et leurs rares rivaux. Non pas parce que ces peuples avaient eu une illumination que certains qualifieraient de divine. Mais, tout simplement par ce que les empires eux-mêmes ont influencé leur esprit, quant à cette possibilité de changement et aux moyens d’y parvenir qu’ils leur ont fournis. Peut-être doutaient-ils de leur capacité à en avoir la conscience et de les exploiter à leurs profits. N’étaient-ils pas autres choses que des hommes en leur esprit ? Tous les peuples dominés ont tenté d’être aux commandes de leur existence à partir du XIXe siècle. Les africains qui nous préoccupent figurent parmi eux. Face au déchaînement de l’adversité qui n’épargnait aucun homme sur terre, ils y sont partiellement parvenus eux-aussi à partir de l’aube des années 1960 ; à genoux et rampants ou debout mais bien courbés, sous le poids de la puissance des empires, mêmes affaiblis par leurs antagonismes qui permirent l’émergence de peules dominés auparavant. Une large partie de l’Afrique d’hier pensait sans doute que la séparation-inclusion à l’amiable des empires et sans le sacrifice de payer le véritable prix de la liberté, sans faire des guerres même asymétriques, éteignait la volonté initiale à laquelle elle a associé la sienne, et en étant à la place du partenaire soumis. Ce choix l’a conduite sur le chemin de ses souffrances, sans aucune dignité ni gloire. En tous cas, que des africains démontrent le contraire. Cette vision infantile influence toute son histoire. Cela étant, dans les périodes d’indigestion du passé et du présent et au regard de ce qui se passe, on peut se poser une question : le terrorisme est-il la réponse qui aurait rendu les africains fiers de tous leurs aïeux qui en auraient fait leur voie pour contribuer à la production de leur histoire ? C’est parce que peu d’africains ont la réponse à cette question que le passé n’a pas à être jugé, mais simplement constaté. C’est aussi pour la même raison que cette question n’a finalement aucun intérêt puisque ce qui compte est ce que nous choisissons, décidons de faire et faisons aujourd’hui. Sans doute, devons-nous aussi considérer et reconnaître le machiavélisme, que l’on qualifie parfois de pragmatisme, d’abus de savoir, de connaissances ou de confiance, sans indexer leurs auteurs, puisque tout cela fait partie de la vie. Quoi que cela répugne parfois l’homme ; celui qui se ment à lui-même ou tente de se cacher de lui-même ou de ruser avec ce qu’il est. Les projets opposés de faire des africains  des hommes, à la condition de leur affecter un esprit à et une sensibilité, à racheter et à rapprocher, dans un cas, de celui de l’oriental, donc musulman et dans l’autre, de l’occidental, donc chrétien n’a jamais disparu pour autant. N’est-ce pas ainsi qu’après le long intermède musulman, qu’elle intègre et demeure globalement dans l’empire occidental, chrétien, après qu’une large partie ait été arrachée ou éloignée de l’empire oriental, arabe et musulman ? Cela étant, du point de vue de l’histoire des hommes, ces volonté croisées d’exister sont-elles un tort ? Pour ma part, il me semble que la réponse est qu’il appartient à l’Afrique de s’engager sur le chemin de l’affirmation de la sienne et de la recherche des aspects susceptibles de faire l’objet d’accords.

Si donc l’Afrique pense qu’il n’appartient pas à d’autres de faire d’elle humaine, qu’elle n’a aucun choix à faire entre Orient et Occident, qu’elle n’a pas à choisir « son maître » en quelque sorte ; si elle pense que raisonner ainsi est juste et qu’en revanche, ces volontés sont injustes et la répugnent, alors une question s’impose à elle : qu’est-ce qu’elle fait de ses marges de manœuvre en tant qu’actrice ? Telle est la question centrale. Cette question est identique pour tous les peuples. Notamment, ceux meurtris par une histoire dont leur seul mérite est d’être parvenus à continuer à exister, malgré leurs nombreuses erreurs au milieu d’une réalité globale dans laquelle d’autres avaient mieux orienté ou anticipé le leur. Ces époques qu’elle a vécues et auxquelles ses aïeux ont contribué, elle les regarde aujourd’hui en refusant de les accepter alors qu’il n’y plus rien dont on doive accepter ou refuser l’existence, puisque tout a été. Elle lutte ainsi à contre courant et inutilement contre ce qui a été. A ce sujet, je connais un africain dont le sobriquet était : “L’eau versée”. A l’appel, il répondait, “on ne peut la ramasser et la reconstituer”. Peut-être qu’il avait tort. Car qu’aujourd’hui, tant qu’elle ne s’est pas évaporée ni n’a été utilisée par quelque plante, l’association de plusieurs techniques devraient permettre de l’extraire de la terre dans laquelle est s’est infiltrée, puis de la purifier pour lui rendre son état initial. Malgré tout, lorsque son humeur était plutôt rieuse, il répondait “Qui”, pour interroger “qui peut la ramasser ?” Nous reviendrons plus tard sur cette digression à propos du passé. La question posée ci-dessus concerne davantage l’Afrique au regard de sa situation aujourd’hui, dont la seule connaissance que les africains eux-mêmes ainsi que les hommes dans le monde en ont est son extrême difficulté a à exister, à tous les points de vue ; même en comparaison des peuples qui ont eu une trajectoire comparable à la sienne depuis le début l’histoire. Le fait qu’elle ne soit pas seule dans cette circonstance historique n’est nullement un réconfort pour l’africain peinant à vivre.  Et, il y a des raisons d’espérer. Les conditions concrètes d’existence de nombreux africains les étonnent dorénavant bien plus qu’hier et les amènent à se poser des questions. Il n’y rien de mal en cela que quiconque doive stopper.

Ainsi, des africains parmi les plus méritants luttent en tentant d’éclairer la problématique. Ils le font parfois en suggérant leurs réponses à une question qui n’est finalement pas éclaircie ou mal posée. Des hommes, sensibles à la souffrance humaine procèdent autant, solidaires. Pour l’Africain sensible à la situation du continent, l’important est de contribuer à la compréhension de ces circonstances concrètes. Avec, autant que cela est possible, toute l’authenticité et la sincérité nécessaires. Procéder ainsi, même avec un dessein personnel associé, tant que cela peut servir la marche de l’Afrique, telle est le chemin de la véritable existence. Le faire, en acceptant l’esprit ouvert et la main tendu de tous ceux qui épousent sincèrement la cause de l’Afrique pour des motifs divers pouvant servir tous les hommes. Quand on est viscéralement africain, on est aussi chaque homme. C’est pourquoi, on ne peut pas accepter que  que l’Afrique s’abaisse désormais à choisir entre être orientale et musulmane ou être occidentale et chrétienne. Au contraire, elle doit affirmer et soumettre aux hommes sa voie menant à la définition de l’Homme et de la société humaine. Avec le souhait que cet homme soit, Le dénominateur commun que tous les hommes acceptent librement d’être. Sans doute, ce n’est pas la voie la plus simple, quand des hommes en avant dans cette réflexion et production pensent détenir la vérité. Cela étant, est-il nécessaire d’être l’altérité pour mériter son respect et sa confiance ? La différence qui délimite l’espace social commun et ne rend pas cet espace non vivable doit pouvoir suffire. Dans le cas contraire, n’est-ce pas accepter de ne pas être en devenant l’autre ?

C’est pourquoi, l’étude que nous proposons concerne la question essentielle de l’Afrique, comme synthèse de toutes les difficultés auxquelles elle a à faire face. Non résolue, elle la stoppe ou la freine considérablement dans sa marche historique. Elle est, avec toutes celles qui en découlent, à l’origine de sa grande difficulté de vivre, aujourd’hui, et à travers son histoire, bon gré, malgré son environnement et «les Autres ». L’ambition n’est pas de dresser des causes de ses difficultés, ni de trouver des coupables, des victimes, des bourreaux et des sauveurs. C’est encore moins, à cette étape de la réflexion, de proposer des réponses pour la résolution d’une question qui, à mon sens sens, est précisément l’inconnue que cet espace est censée démasquer.

La première étape consiste à bien cadrer la question à traiter que je rappelle ci-contre : quel est le problème commun de l’Afrique ?

A bientôt !

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