L’Afrique est-elle devant le stop de son passé ?

Introduction à “L’Afrique devant le stop de son passé”

Rappelons que notre préoccupation est d’identifier la difficulté principale de l’Afrique ; celle que nous serons en mesure de poser sous la forme d’un problème commun à résoudre. Rappelons aussi que nous avons choisi d’étudier tout ce qui est généralement présenté comme étant le problème.

A ce titre, nous consacrons une étude sur qui sont les africains dont nous recherchons le problème. Ils sont si souvent cités comme le problème, à travers leurs valeurs, leurs comportements, leurs agissements et leur culture.

Dans ce chapitre, nous analysons le passé, lui aussi promu comme le problème ; l’esclavage et la colonisation occupent à ce titre une place de choix. C’est pourquoi, il importe de dégager la difficulté liée à l’Afrique de naguère, à la Traite orientale, à la Traite atlantique ainsi qu’à la colonisation et aux périodes de lutte pour l’indépendance jusqu’à aujourd’hui. Il s’agit pour nous de clarifier la position de ces réalités historiques par rapport au problème recherché. Le constituent-t-elles ? C’est ce que nous verrons.

J’appelle le lecteur à faire montre d’une écoute ouverte et non voulue, selon les termes  de Freud, tant l’évocation du passé déchaîne trop souvent les passions au lieu d’entraîner qu’un effort de raison nous conduisent ensemble à mieux le comprendre et à accepter sa position par rapport aux enjeux de l’existence aujourd’hui. Faisons notre cet énoncé du sage Amadou Hampaté Ba : «Pour découvrir un monde nouveau, il faut savoir oublier son propre monde, sinon on ne fait que transporter son monde avec soi et on n’est pas « à l’écoute ». Et si cela ne suffit pas, référons-nous à la parole qu’il rapporte du sage de Bandiagara, Tierno Bokar prévenant le jeune chercheur : « Si tu veux savoir qui je suis, si tu veux que je t’enseigne ce que je sais, cesse momentanément d’être ce que tu es et oublie ce que tu sais. » Et puisque tous, nous recherchons le chemin du progrès de l’Afrique, il importe que chacun cesse momentanément d’être l’africain qu’il est pour en découvrir un autre. Ainsi, pourrons-nous peut-être constater ce qui nous unit et ce qui nous rend différend et nous oppose. La possibilité de construire un espace commun d’économie du progrès apparaîtra dès lors. Et, ce sera déjà en soi un progrès que de nommer ce qui rend difficile la relation sociale et l’économie collective.

Ce chapitre que nous traiterons en cinq volets, doit nous permettre de débattre et d’approcher cette compréhension et parvenir à cerner la position du passé par rapport aux circonstances actuelles et concrètes de la vie des africains. Nous postulons que s’il y a une difficulté, elle ne consiste pas tant en les faits passés mais en revanche naît de la vision que l’Afrique en a. Cette difficulté résulte de l’opposition entre la vision d’un passé de souffrance et celle de celui dont elle aurait été fière en lui procurant un meilleur équilibre. Plutôt que de résoudre cette difficulté de perception, le regard sur le passé semble faire l’objet de larges accords entre africains, à destination de l’extérieur, s’agissant d’une Afrique traditionnelle des valeurs, d’identifier des bourreaux et des victimes. Mais ces accords masquent en réalité des oppositions dont il faut dire qu’il faut du courage pour les éclairer et débattre des moyens de les aplanir. Une seule question suffit à parvenir à cette position, si le débat est accepté : le passé constitue-t-il le problème actuel de l’Afrique ?

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