La valeur “Temps” : (3A/10) La Désignation de l’Existence

Dans les articles introductifs à l’examen de la conception du temps par l’Afrique, nous avons rendu compte de ce que, quelque part en Afrique de l’Ouest, des africains établissaient une équivalence entre la distance et temps de son parcours et concevaient le cerveau comme de l’énergie pure. D’une part, il nous faut comprendre, par quelle opération le temps est substitué à l’espace. Il nous faut aussi tenter d’en savoir un peu plus sur comment le cerveau, au lieu d’être désigné comme toute autre chose substantielle et massique est assimilée et désignée par “énergie pure ou force”. Nous avons aussi introduit la question du changement dont il semble que le temps en constitue une porte, confirmant ainsi par là même l’importance d’en savoir davantage sur le temps qui semble avoir un lien avec des séquences d’existences, impliquant elles-mêmes le changement de modalités d’existence. Un tel savoir sera sans aucun doute,  un levier pour changer le changement, puisque tel est l’énoncé approprié pour approcher le fait de changer. Toute cette attention n’a qu’un seul but : tenter d’identifier ce qui est inacceptable dans le rapport de l’Afrique au temps et qui agit comme une clé d’ouverture de la porte donnant sur le changement. Observons néanmoins que cette clé ne porte pas son nom. Puisqu’elle n’est pas une solution, mais un aspect du problème que nous tentons de poser.

Pour formuler s’il y a lieu des hypothèses à son sujet, nous aurions pu commencer par les premières expériences de l’existence aux termes desquelles les hommes en Afrique, comme ailleurs, ont éprouvé le besoin de tout distinguer ou de tout discerner selon leur but poursuivi. C’est ce besoin qui les conduit à des représentations variables du temps, dont nous verrons qu’il désigne l’existence. Nous aurions également pu proposer une petite histoire du temps afin de dégager la représentation que l’Afrique en fait parmi d’autres représentations que les hommes ailleurs ont eux aussi faite à travers l’histoire. Le développement des fondements métaphysiques de sa conception sacro-empirique du monde et donc du temps aurait présenté un certain intérêt en la mettant en rapport avec d’autres conceptions de même nature. Enfin, le combat d’autres hommes ailleurs, pendant des siècles, pour aboutir au temps de conception sacro-scientifique qui constitue de nos jours le support de désignation et de quantification de toutes existences aurait pu être passé en revue ; son intérêt évident réside dans tant de débats qui l’ont nourri et qui ont permis à des sociétés humaines d’ordonner le monde conformément à leur conception et selon les buts poursuivis. On pourra toujours y revenir.I

Le seul intérêt de rappeler cela est que l’abord du temps, tel que conçu par l’Afrique s’est avéré être un exercice des plus difficiles. Pour être tout à fait honnête, nous n’avons pas imaginé être dans une telle solitude, malgré tous les hommes qui nous ont précédé et laissé tant de réflexions et de méditations sur le temps. Il aurait sans doute suffi à notre souffrance de parler du temps qu’il fait, du jour, du soleil, d’heures, des bruits de bottes qu’on redoute dans le monde, de Naymar, etc… La réalité est têtue. Elle est qu’on peut passer le reste de l’existence à épiloguer sur le temps, sans parvenir à le cerner complètement, même pas celui des Baoulé, noté “B.” dans tous les articles s’y rapportant.

Au terme de tant de solitude et pour s’en délivrer, le plus simple nous est paru consister à livrer dans une série d’articles à suivre, les fragments d’idées à son sujet, dont la plupart mériterait d’être approfondies. Ces articles constituent un lot de consolation, en face d’un sujet aussi capricieux et inépuisable que le temps. Modestement, la conception usuelle du temps par les Baoulé, partie des peuples Akan situés dans l’Ouest africain nous servira de support à l’analyse, sans que nous n’affirmions que leur conception est toute la conception africaine du temps. Mais, elle aura le mérite d’en représenter des aspects essentiels.

Dans ce premier article, nous analysons leurs premières évocations du temps : le jour, le mois, l’année. Il semble bien que ces termes désignent des séquences d’existences. Voyons donc de quelle manière le temps est une désignation de l’existence selon ces africains.

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Termes du débat : Quel est le problème commun de l’Afrique ? / Hypothèse-question : Les africains et leur culture le constituent-ils ? / Chapitre : Devant qui sont les africains ? / Volet : Devant les valeurs et la culture de l’Afrique ? / Sujet : “La valeur Temps (3A/10) : La désignation de l’existence”

Devant les africains, leurs valeurs et leur culture

12.B La valeur “Temps”

Brève méthaphysique akan

Dans leur cosmogonie, les Baoulé perçoivent l’Univers et le désignent par meinh, mainh ou mâan, littéralement comme quelque chose qui englobe, qui engloutit ; comme un océan infini qui noie tout. Le ciel (gnanmien ou gnanmian) est la demeure de dieu, Gnanmien pkli. De lui, ils disent qu’il a “descendu” ici bas le monde des vivants (la Terre) dans lequel nous vivons : Gnanmien Pkli djra li meinh, ainsi disent-ils. Ils disent aussi que la Terre (Assyè) est son épouse. C’est leur relation imagée de couple, qui explique qu’ils ne réalisent aucun culte ni sacrifice sans évoquer et faire appel à Gnanmien Pkli et à son épouse Assyè. Sans doute aussi que parce qu’ils sont les causes premières de tout, les hommes les craignent. Les hommes, en particulier, comme toutes choses apparaissent alors comme leurs enfants, ce qui résulte de leur coexistence et union. En rejoignant leurs aïeux à travers la mort, les hommes acquièrent et partagent alors leur puissance en quelque sorte, acquise dans la mort qui les conduits si proches du père et de la mère de tout. De même que les aïeux ne sont jamais bien loin de dieu le Grand Ciel et de son épouse, les vivants eux aussi  ne le seront pas non plus de leurs aïeux, dans l’espérance de profiter de leur puissance pour mieux vivre. Sur la base de cette vision, ils confèrent une importance quasi-divine à la Terre-mère, aux aïeux et, de manière générale, à tout ce qui est passé. De ce point de vue, ils sont à l’image de beaucoup d’autres africains et d’autres sociétés humaines.

Puisque qu’il s’agit de traiter de leur conception du temps, observons que le titre même de cette tentative de déclinaison de leur métaphysique comporte un élément introductif du débat. En effet, est-ce l’exposé ci-dessus, figurant ce qui est énoncé de cette métaphysique qui est bref ou alors le temps mis pour le dire et le figurer par écrit ? L’exposé figuré est-il plutôt court que bref, si ce qui est jugé concerne la longueur du paragraphe qui le figure ; plutôt petit que bref si c’est le nombre de mots ou de lignes qu’il comporte qui est jugé ? Ou alors, l’est-il effectivement parce qu’on attribue à la séquence d’existence mise pour l’énoncer ou pour le figurer une caractéristique de brièveté ? Ces interrogations en elles-mêmes montrent que les hommes ne trouvent un accord sur son existence, et dans la mesure où il semble exister en chaque esprit, que dans le discours qui sert de support pour mettre en commun leurs représentations du monde. En ce sens, le temps n’apparaît également comme connaissance commune à tous que discursif. N’ayant aucune existence substantielle, cela signifie que le temps n’a pas d’autre réalité, qu’incarnée par ce que chacun dit de lui pour parvenir à cet accord sur son existence. Reprenons le titre de ce paragraphe à titre d’exemple. Qu’est-ce qui distingue un énoncé ou ce paragraphe (énoncé figuré) du temps, quand tous les trois peuvent être brefs par le discours ? C’est dire qu’on peut approcher le temps tel que perçu par l’Afrique, à travers son discours à son sujet et à travers tout ce qu’il partage avec d’autres notions. C’est pourquoi, le chemin le plus court aborder la question du rapport de l’Afrique au temps nous semble consister à analyser ce que les africains eux-mêmes en disent dans leurs discours. De ce point de vue, ses désignations multiples constituent sans aucun doute une porte d’examen parmi d’autres.

L’Existence nommée : le temps désigne l’existence

Le temps des Baoulé peut être reconstitué à partir de ses représentations usuelles : le jour, le mois, l’année etc… D’une manière générale, tout ce qu’ils disent de l’existence du Soleil, de la Lune, des saisons, d’eux-mêmes, etc… évoque ou implique le temps.

Le jour, la nuit, la journée

Le jour, dont le terme est  aliè (jour)), est ce qui scande l’existence des hommes. Il est la désignation de la situation d’existence du Soleil, dans laquelle ses positions successives dans le ciel sont observables sans artifices, du lever au coucher qui le suit. A ces dernières, les hommes associent l’état de visibilité maximum d’eux-mêmes ainsi que de leur environnement, lorsque des phénomènes ne l’atténuent. Ainsi, le jour (part diurne de la journée) a un lien avec la lumière naturelle du Soleil, dont les hommes bénéficient dans le cadre de leur coexistence avec lui en un lieu donné. Cette séquence d’existence du Soleil permet aux hommes de tout distinguer visuellement. Le jour-clarté est désigné par aliè. Observons que ce terme peut se prononcer de deux manières. Conformément à l’une d’elles, il désigne aussi “nourriture”. Ainsi, il semble que aliè, jour-clarté dû et constitué par la lumière des rayons du soleil (clarté) est la “nourriture” de toutes choses. Sans cette “nourriture”, l’existence des vivants, selon les modalités que nous connaissons serait-elle possible ? Les hommes et les animaux peuvent-ils exister sans les plantes ; les plantes le peuvent-elles sans photosynthèse, dont la lumière apporte l’énergie ?

La nuit est le contraire du jour. Kôgouè (la nuit) est sa désignation. Cette séquence d’existence attribuée au Soleil concerne celle allant du coucher au lever qui le suit. Elle  représente et désigne la situation d’existence dans laquelle, du même lieu d’observation, les positions successives du soleil dans le ciel ne sont plus observables du coucher au lever suivant.  Elle est par conséquent celle dans laquelle le Soleil semble ne plus coexister avec les hommes en ce lieu ; c’est en quelque sorte celle de coexistence avec le Soleil, mais en des espaces différents. Elle est aussi celle où la clarté n’est plus et où la visibilité la plus faible, pour ne pas dire nulle.  Ainsi, jour et nuit correspondent, toutes les deux sous-séquences, à l’existence du Soleil ;  le jour désigne l’existence lumineuse du soleil ou coexistence au même endroit avec les hommes qui y sont), quand la nuit désigne l’existence obscure ou coexistence en des espaces différents. Ainsi et dès ses premières évocations, le temps a  un lien lointain avec la lumière due à l’existence de l’astre solaire. Gardons à l’esprit le lien entre temps et lumière qu’Albert Einstein et d’autres préciseront à notre époque, selon une perception scientifique du monde. Finalement, jour et nuit se disent de deux modalités d’existence du Soleil. Ce sont ses modalités qui induisent le changement nous apparaissant comme son mouvement ; elles offrent ou non la possibilité d’observer ses états successifs (positions) dans le ciel en  un même lieu de l’espace. Ainsi, le jour-clarté est la part visible de ce mouvement supposé. Désormais et dans le cadre d’un repère scientifique, nous considérons que ce mouvement que désormais est apparent.

L’énoncé  Aliè sou tchein (littéralement “le jour grossit ou grandit”), signifie “le jour se lève” ; comme une pâte boulangère ou comme un enfant qui grandit. Avec un peu d’imagination, on peut même énoncer : “la nourriture de l’existence (la lumière/ clarté) abonde”. Et, si “le jour grossit”, c’est parce que le Soleil continue d’exister, même la nuit. En se “couchant” ou en “tombant ou s’étalant”, comme disent les B., il coexiste  en d’autres espaces avec tout ce qui se trouve, quand des autres, la coexistence intervient en des espaces séparés, occasionnant la nuit qui qui rend alors impossible le profit à tirer de son existence : la lumière et la clarté. Avec son “lever”, sa lumière fait place nette à la nuit, donnant ainsi l’impression de grossissement du jour. La nuit est par conséquent autre modalité de coexistence avec le soleil :  coexistence mais en des espaces différents. Les énoncés Lika sou pkadja, “l’espace ou le lieu s’éclaircit” et lika wa dounm,  “l’espace/ lieu s’est assombri” témoignent de ces deux modalités de coexistence : dans la coexistence spatiale, la clarté inonde l’espace commun, grâce aux rayons du Soleil ; dans la coexistence non spatiale, l’espace s’assombrit en  son absence. Finalement, nous parvenons au fait que la journée est formée des deux sous-séquences (jour et nuit) de coexistence avec le Soleil, selon deux modalités différentes : la présence ou l’absence de la lumière dont il inonde l’espace. Le terme tchein désigne ces deux sous-séquences de coexistence. Formant une séquence de coexistence, selon deux modalités, la journée, est par conséquent constituée du jour-diurne (jour), équivalent à une coexistence dans le même espace et du jour-sombre (la nuit), correspondant lui à la coexistence en des espaces séparés. Ainsi, la journée (ensemble part diurne et nocturne) est solaire parce qu’elle désigne une séquence d’existence du Soleil, mais aussi de coexistence avec les hommes, selon les deux modalités : spatiale et non. Nous préciserons ultérieurement quelles sont les bornes de la journée, en tant que séquence de coexistence bi-modale. Pour la suite de l’analyse, le terme usuel “jour” vaudra “journée”.

Tout le monde s’accorde à dire dans le cadre du discours usuel et, reprenant la formulation populaire de Wikipédia, que  “Le jour solaire est le temps que semble mettre le soleil pour faire un tour autour de la terre. Autrement dit, le jour solaire est le temps séparant deux passages consécutifs du soleil au méridien d’un lieu”. Cet énoncé commun pose en soi le problème de la notion de temps. Car dire que “le jour est le temps mis par le soleil…”, implique que nous sachions déjà ce qu’est le temps. Or, le jour (comme temps) est en lui-même est avant tout la désignation de l’existence du soleil, dont la modalité est constituée par ce mouvement. En raison de ce que nous venons d’analyser, il est également une séquence de coexistence bi-modale, du Soleil avec les hommes. C’est de la reproduction de cette dernière que résultent les jours successifs. Pourtant, avant d’être “le temps …”, le jour est d’abord cette  existence bi-modale et ses modalités.

Il importe aussi de préciser qu’en référence à la science, la plupart des lecteurs savent désormais que ce n’est pas le Soleil qui fait le tour de la Terre mais bien cette dernière qui en fait en le tour et en une année. Ils savent aussi qu’en revanche, c’est le tour de la Terre sur elle-même qui donne l’impression de la modalité d’existence du Soleil selon laquelle il est en mouvement (se levant et se couchant dans cette séquence continuée ), séquence d’existence désignée par le jour ou la journée. Sur la base de cette double représentation, le temps est le résultats d’une contradiction. Depuis toujours et malgré la science, le jour est selon, cette référence, lié à un mouvement (finalement apparent) d’un coucher à un autre ou d’un lever au coucher qui le suit, selon les bornes définies de détermination de la journée en fonction des conceptions humaines. Cela dit, tous les hommes ont fait de cette séquence d’existence (de ce mouvement apparent) la définition initiale du jour. Tout cela ne supprime au jour sa nature de désignation d’une séquence d’existence ; il résulte néanmoins et également des limites anthropologiques que d’aucuns nommeront une erreur qui n’apparaît, cependant que par l’existence de son contraire. Quoi qu’il en soit, le jour  désigne une séquence de coexistence bi-modale du Soleil et des hommes en un espace donné de la Terre, que le fondement soit empirique (Le soleil qui est en mouvement) ou scientifique (la Terre qui tourne sur elle-même). Ainsi, les modalités de cette coexistence n’interviennent pas dans cette dimension de sa nature. Bref, revenons au temps des B. pour approcher de plus près le jour. Ils ont désigné les différents moments du jour par les positions successives du Soleil en es reliant  leur propre  à des actes concrets régulièrement réalisés au cours de la journée, ou encore par des événements réguliers dans une succession associable à celle des positions du Soleil : aliè ndjinêssoun (l’aube), nglinmon (le matin ou lever du Soleil), via djan (midi, Soleil au zénith), ndôswa ou aliè a san (le jour s’assombrit = le soir ou coucher du Soleil = crépuscule), kôgwè (la nuit). Certains de ces moments seront désignés et repérés autrement. Par exemple, le champ régulier du coq de Pagode ou le premier champ du coq constitueront des bornes de sous-séquences d’existence du Soleil. Ajoutons aussi que les moments journaliers (ou états d’existence du Soleil) ne sont pas comptés, contrairement aux séquences de jours, de mois et d’années. Nous verront ultérieurement quel signification cela a.

Il est temps de répondre à la question de savoir quelles sont les bornes des séquences d’existence du Soleil ou de coexistence bi-modale avec les hommes ? Rappelons que Le jour-diurne et la nuit qui le continue forment la journée : tchein. Comme le temps-jour désigne la séquence d’existence d’un être (le Soleil), il a nécessairement et conséquent un contour qui le rend discernable de toutes autres choses. A la question de savoir quand commence la journée et quand finit-elle, la réponse se trouve dans le début et la fin de la séquence de cette existence. Pour le savoir, il suffit de se référer à la manière dont les hommes sont nommés à la naissance, en l’absence de circonstances particulières associées. En effet, les B. attribuent à l’enfant qui naît la désignation du jour de sa naissance, la désignation d’événements singuliers ou encore les prénoms de grands parents ou d’aïeux, etc… . S’agissant de la journée, la question est alors  quand commence-t-elle et quand s’achève-t-elle : la nuit fait-elle partie de quelle journée ? Selon les B., le jour-diurne est la dernière sous-séquence de la journée ; il s’achève  avec la tombée de la nuit à partir du lever du soleil. Aussi, tout enfant né après la nuit advenue (sous-séquence jour-obscur ou nuit) portera le nom de la journée ou jour suivant (du lendemain) qui commence avec la nuit tombée. C’est là une preuve que la journée commence (selon eux) après le coucher du soleil (avec la nuit tombée) et s’achève avant le suivant, ce qui inclut sa portion nocturne, à savoir la nuit ou jour-obscur et le jour-diurne qui le suit. Qu’est-ce qu’il y a-t-il d’autre dans le discours en rapport avec le jour ? Les Akan en général, groupe auquel font partie les B. ont nommé sept journées consécutives : kissié, djôlè, mlan, woué, yah, fwé, monnin. Dans quel but ont-ils procédé ainsi ? En raison de l’intérêt de procéder ainsi pour l’analyse, nous y reviendrons ultérieurement ainsi que sur leur semaine (Lé motchuè). Pour l’instant, traitons du mois (srah ou anglo) et de l’année (afwè).

Que désignent le mois (srah ou anglo) et l’Année (afwè) ?

Le mois, dont les désignations équivalentes  sont Srah ou anglo en B., est comme la journée. Il scande l’existence des hommes. Il est la désignation de la séquence d’existence dans laquelle les positions successives de l’astre lunaire dans le ciel sont observables ou non, totalement ou partiellement. A ces dernières est associée, lorsque des phénomènes ne l’atténuent pas, une certaine visibilité au delà du jour-diurne sans artifices. On peut donc là aussi dire que chaque partie de chaque mois a à avoir, pendant les nuits, avec la lumière naturelle, permettant aux hommes de continuer à se se distinguer et à discerner les choses. Ces deux termes désignent à la fois la Lune elle-même et sa séquence d’existence. C’est parce que ses séquences se répètent qu’on parle de cycle lunaire. Le mois est la désignation de cette séquence d’existence d’une lunaison à une autre ; la lunaison marquant le début de chacune d’elles. C’est ainsi qu’ils disent : Srah wa fi, à savoir “la lune a poussé” ou “la lune a reflué”. Les fluctuations de ses états successifs dus à son mouvement supposé sont rendues compte par ses positions respectives visibles ou non : nouvelle lune, premier quartier de lune, pleine lune, dernier quartier de lune. La science enseigne, pour quiconque ne remettant pas en cause ses représentations sur ce point, que c’est la lumière du Soleil projetée sur l’astre lunaire qui le rend visible, totalement, partiellement ou pas, selon la position spatiale de l’observateur sur Terre. Le mois apparaît ainsi comme la désignation une séquence de coexistence, d’une part entre le Soleil et la Terre et, d’autre part, entre ces deux astres et les hommes, selon les quatre modalités qui déterminent ce qui est désigné par cycle lunaire. La aussi, on voit bien que le temps-mois a quelque chose à avoir avec la lumière de l’astre Hélios, donc de son existence.

Afwè désigne l’année en B. Pour le commun de ces africains, il nomme une séquence d’existence de phénomènes climatiques et géographiques successifs. En coexistant avec chacune d’elle, les séquences d’existence des hommes leur sont associées : saison de pluies/ travaux des champs, sécheresse/ récoltes. Ces activités humaines sont elles-mêmes liées aux cycles culturaux des plantes, eux-mêmes dépendant du climat. Il semble que les vieux sages pouvaient annoncer la fin d’une année et le début d’un autre en faisant lecture de la visibilité ou clarté de certaines étoiles dans le ciel. Les mois et les années ne son ni identifiés ou nommés comme comme les jours particuliers dont la séquence forme la semaine des B, ni numérotés, comme dans d’autres cultures. Cependant, s’agissant de l’année, les moments qui la composent sont eux-aussi désignés, comme les moments de la journée. Par exemple, wahaa est la sous-séquence qui initie le début d’une année. Elle correspond à la période des récoltes et d’abondance de nourriture. Cette période succède à moungoun, traduit en en français dans les pays sahéliens par “période de soudure”, sans que soit précisé ce qui est soudé à quoi. Cette dernière est celle qui succède aux semailles et plantations de vivriers, pendant laquelle les greniers s’amenuisent pour finalement devenir souvent vides. L’année des B. représente aussi la séquence de leur existence au cours de laquelle un ensemble d’activités successives constituent ses modalités, en relation avec les cycles naturels. Ainsi, sans qu’ils aient accordé une importance particulière au nombre de mois composant une année avant les influences extérieures, la chronologie de leur existence reposaient sur ces repères. La fluctuation de l’étendue des sous-séquences d’existence des saisons était reliée à celle des saisons et aux modifications géographiques et climatiques.

Désormais, avec l’influence occidentale et la conception scientifique de l’existence, l’année a une autre détermination : elle est la désignation d’une autre séquence d’existence de la Terre et plus précisément, de sa coexistence avec le Soleil, dont la modalité consiste en le mouvement qu’elle réalise pour faire un tour du Soleil. Elle est enfin l’ensemble de la séquence constituée par la succession des mois désignés et identifiés de janvier à décembre. En raison de la variation des activités des hommes, donc des modalités de leur existence, l’année est aussi l’ensemble de ces activités, se succédant au cours de cette même séquence et recommencées la séquence suivante, selon des modalités plus ou moins différentes ou variées. Il est utile de préciser que quand nous traitons des séquences d’existence des hommes et de leurs modalités, des B. en particulier, nous entendons qu’elles se traduisent par des activités sans cesse modifiées, différentes ou nouvelles. De nos jours, certaines d’entre elles interviennent à la faveur d’une coexistence de plus en plus spatiale des hommes, au terme de laquelle les distances sont contractées aussi bien physiquement que par les technologies développées. Ces dernières, en tendant à égaliser les modalités même de l’existence, conduisent les hommes vers une nouvelle forme de coexistence, non seulement du point de l’égalité des quantités et des espaces d’existences que de ses modalités elles-mêmes également. C’est sans doute en cela que la notion de “temps  partagé” devient désormais de plus en plus évident. Cela dit cependant, si à l’avenir les mois qui se suivent ont un nom et un numéro, cela ne change guère le fait que mois et années continuent d’être des désignations de séquences d’existences.

A ce stade, une question se pose : qu’y a-t-il au delà du jour, du mois et de l’année ? Plus exactement, comment les B. désignent-t-ils des séquences d’existence n’ayant pas l’étendue de celle du Soleil, de la Lune ou des saisons ? Concrètement, comment nomment-ils des séquences furtives d’existence  comme celle d’un éclair ou du tonnerre et aussi étendues que celles immémoriales de l’existence des premiers hommes ?

La désignation de toutes existences : blêh (époque, ère, période, instant, moment, …)

Avant de poursuivre, une remarque s’impose, à l’heure où chaque B. a certainement une montre ou un téléphone portable ou une radio qui lui donne l’heure (le temps). Le terme dôh, terme générique de la durée horlogère (heures, minutes et secondes) a été créé et est d’usage récent en rapport avec le contact des européens. Quant à ses désignations multiples (les notions d’heures, de minutes et de secondes), elles n’ont même pas été adaptées localement mais reprises en l’état dans la langue des B.

Cela étant précisé, traitons maintenant de  ce qui existe ou a existé au delà de l’étendue de la séquence correspondant à l’existence du Soleil, de la Lune ou des saison. Pour parvenir à la détermination de séquences d’existences dont l’étendue se situe au delà des notions (jour, mois, année) nommant les séquences de coexistence bi-modale respectivement du Soleil, de la Lune et des saisons, les B. usent d’une désignation générique pour toutes séquences d’existences. Blêh est le terme de cette désignation. Comme tel, il est le temps-désignation de séquences d’existences non rendues singulières. Ce terme signifie à la fois, époque, ère ou période ou moment plus ou moins lointain, plus ou moins étendu, que ce soit dans le passé ou dans l’avenir. En B., les termes raccourcis de siècle, de millénaire n’existent pas mais sont explicitement nommés : afwè yah (cent ans), afwè apkwi (mille ans), etc… Déjà, avec un peu d’attention, on se rend compte qu’on est déjà en face de temps à la fois “désignations” mais aussi “comptés”. Les périodes de temps immémoriaux que manipulent les historiens, les paléontologues et autres experts des séquences très étendues d’existences) sont désignées par ce seul terme générique. C’est ainsi et de manière générale que pour évoquer le temps au delà de plusieurs années, comme par exemple une séquence écoulée depuis fort longtemps (époque lointaine) d’existence des aïeux en particulier, ils diront : nanans bé blêh sou, littéralement “au cours de l’existence des aïeux”, à savoir “au temps des aïeux” ou “à l’époque ou ère des aïeux”. Bref ! ils diront plus souvent blêh n’guè… : “au cours de l’existence pendant laquelle…”, suivi de l’évocation d’un événement ou d’une réalité contemporaine coexistante de l’époque considérée. Par exemple, l’intronisation d’un roi ou une guerre entre tribus contribuera à désigner cette séquence et à donner une idée de son étendue. Disons-le tout de suite : comme telle, le niveau de précision de cette manière de procéder nous apparaît de nos jours comme faible,  bien que non nécessaire inadapté pour l’époque. Ainsi, en étant celles singulières, respectivement  du Soleil et  de la Lune, le jour et le mois ne sont que des désignations particulière de séquences particulières d’existences.  On peut observer aussi qu’à défaut que la désignation générique blêh signifie (en étant seule), les B. lui associent les modalités de l’existence considérée. Une autre manière de désigner et signifier  une modalité d’existence, consiste à associer à sa modalité un temps singulier (jour, par exemple)  signifiant en lui-même. L’exemple suivant éclaire ce procédé : Hé djou lôw anouman (“nous y sommes arrivés hier”), ce qui permet de préciser cette séquence d’existence (arrivée en un lieu), comme étant simultanée à celle désignée de manière singulière (la séquence écoulée de coexistence avec le Soleil = hier). A l’analyse, blêh ne désigne pas uniquement des séquences importantes d’existence mais toutes séquences. Ce terme est d’usage dès qu’il s’agit d’évoquer une séquence d’existence à laquelle une désignation précise n’a pas été affectée. Considérons par exemple l’énoncé suivant : Blêh n’guè hé djou lôw, qui signifie “le moment où nous y sommes arrivés”. La séquence d’existence consistant à parvenir à ce lieu n’est pas singulière ; à ce titre, elle n’a aucune désignation propre. Le terme générique de désignation correspondant à toutes séquences d’existence est employée dans ce cas précis.

Le temps est le nom de la coexistence

Pour clore ce point, il convient d’observer que les hommes et leur existence ne sont jamais éloignés, dès qu’il s’agit de définir le temps, pas plus que celle de toutes choses en général. Tout ce qui précède permet de se rendre compte que les désignations multiples qui évoquent le temps, se rapportent d’abord à des choses (le Soleil, la Lune, les hommes, etc…) et surtout à des séquences de leur existence et à leurs modalités. Non seulement elles désignent, mais elles signifient également les séquences d’existence qu’elles désignent. Ensuite, elles se réfèrent aux modalités successives d’existence des choses dont elles désignent et signifient l’existence. Ces modalités nous apparaissent comme leur mouvement ; c’est pourquoi toute existence est mouvement, c’est à dire la continuité et la succession des séquences et états d’existence. A ce stade, sans que l’on puisse résumer à cela le temps tel que perçu par les B., nous pouvons néanmoins relever qu’il est la désignation de l’existence des choses. Au minimum, il leur est lié : le jour n’est-il pas lié à l’existence du Soleil, le mois à celle de la Lune, etc…. En raison de ce que nous avons analysé ci-dessus, ne sont-ils pas aussi les désignations de coexistence impliquant ces astres en eux et avec les hommes ? Dans la mesure où finalement le temps apparaît aux B. comme la désignation de la coexistence, on est en droit de se poser la question de savoir pour nombre d’africains entendent-ils et aspirent-ils à une existence seule, comme s’il était possible que quelque chose existe sans une autre, comme si le temps pouvait exister et être associé à une existence sans une autre existence de référence. Et, puisque nous ne sommes pas encore parvenus à énoncer entièrement ce qu’est le temps, tel que l’Afrique (les B. en particulier) se le représente, il sera sans doute nécessaire d’approfondir tout ce qu’ils disent et qui s’y rapportent.

Avant d’aborder d’autres notions et conceptions des B. en rapport avec le temps, il convient de préciser ce qu’est le temps-désignation, tel que nous venons de l’analysé.

Séquence de l’existence /séquence de perception

Nous venons de faire l’analyse selon laquelle les jours, les mois et les années désignent des séquences de l’existence du Soleil, de la Lune, etc… Il conviendrait d’approfondir leur procédure pour y parvenir, car des questions surgissent. Par exemple, ces séquences d’existence désignent-elles des parties différenciées et séparées les unes des autres d’une chose discrète, dont la totalité n’est accessible qu’à travers la perception de chacune d’elles coexistant avec les autres ? Si tel est le cas, cela ferait de l’existence une chose multiple, définie par ses parties (séquences) existant en même temps, comme une communauté humaine. Désignent-elles au contraire des parties liées d’une chose unitaire, comme les bras et les yeux le sont pour un homme ? Cela ferait sans doute de l’existence une chose dont on peut prendre conscience de toutes ses parties différentes (séquences), donc de son unité, en une seule et unique perception. Enfin, constituent-elles des parties non seulement liées d’une chose continue mais se succédant également, à savoir dont les parties actuelles imprégnant les sens et constatées par la conscience relèguent les précédentes dans le souvenir ? Un tel aboutissement ferait de l’existence une chose unitaire, dont la totalité n’est accessible qu’à travers la perception de chacune d’elles existant dans un certain ordre : après celle qu’elle relègue dans le souvenir et avant celle non encore perçu et constaté par l’esprit. Cette option permet alors d’assimiler l’existence à un mouvement. Cette déduction implique de traiter de ce qu’est le mouvement qui lui ressemble : quelque chose d’unitaire dont les différentes parties, reconnues et interprétées comme telles par l’esprit  se succèdent en étant aussitôt reléguées dans le souvenir, en raison des prises successives de conscience de leur réalité ? Malgré leur pertinence, l’objet de cet article n’est pas cependant de développer le point de vue des B. par rapport à ces questions légitimes. Aussi, nous n’en traiterons que des aspects utiles à l’analyse des points qui seront développés.

L’existence du Soleil, prise comme exemple, apparaît à la fois comme continue mais également segmentée en séquences-jours. En serrant de plus près l’idée de succession des séquences-jours les unes aux autres, le jour apparaît comme une séquence de son existence formée à partir de deux perceptions psychologiques associées à ce que l’on croit être deux modalités de son existence. La première a trait à son existence consistant en un Soleil actif car rayonnant : c’est le jour-diurne ou jour-éclairé ou encore jour-clarté. La seconde perception est celle d’un astre inactif ou au repos en quelque sorte, car non rayonnant. Il est “couché”, dans son lit pourrait-on ajouter ou “tombé”, comme les B. disent. Il est alors invisible ainsi que ses rayons lumineux ; il n’éclaire plus. L’alternance de cette double perceptions définit le journée : la séquence d’existence du Soleil (actif-inactif). D’une certaine manière, sa séquence est-elle différente de celle de l’homme lui même, quand il alterne des séquences d’activité et de repos ? Ne se lève et ne se couche-t-il pas finalement comme l’homme lui-même existe ?

Or, la modalité d’existence connue du Soleil consiste à projeter de multitudes rayons lumineux dans toutes les directions de l’espace. On ne peut donc pas dire que cet éclairage généralisé prend fin la nuit venue, comme si l’astre n’existait plus alors même que la nuit est perçue comme modalité obscure de son existence. Cette contradiction impose de considérer que la nuit perçue n’a donc rien à avoir directement avec l’existence même de l’astre en tant que telle,  mais que c’est cette perception qui la relie à l’astre. Par la suite, il ressort que la nuit n’est pas une sous-séquence de l’existence de l’astre. Qu’est-ce alors que la nuit perçue ? Rien de plus, que l’absence des rayons du Soleil qui continue cependant d’exister dans la mesure où il réapparaît à la conscience. Il continue d’exister selon sa seule modalité connue : projeter ses rayons qui, comme sources lumineuses, éclairent l’espace. Et, comme il n’a pas disparu et avec lui ses rayons, c’est donc que ces derniers ne parviennent plus à l’espace où se trouve celui qui l’observe. Pourquoi n’y parviennent-ils plus alors que pendant le jour-diurne ils y parviennent ? Il n’y a que deux solutions possibles à la question. Soit, de manière périodique, quelque chose se situe entre eux et cet espace où se trouve l’observateur ; soit ils y parviennent mais l’observateur ne les perçoit plus la nuit, parce que la conscience de ces dernier serait un phénomène périodique, ce qui n’est guère le cas ou alors en raison d’une limite humaine de leur perception la nuit venue. S’agissant de cette dernière hypothèse, être deux ou trois observateurs suffit à constater sa fausseté. Finalement, il ne reste plus alors que la solution à la question relative à ce qui barre l’accès aux rayons. Qu’est-ce qui peut barrer en fin de compte l’accès de ses rayons à l’espace ou se situe l’observateur ? Il faudrait quelque chose de suffisamment grand pour obstruer tout le champ de perception de l’observateur et de son horizon de vision. Il faudrait aussi qu’il procède ainsi de manière régulière et périodique pour que la nuit (ou jour-obscur) succède selon la même manière au jour-éclairé ou jour clarté. Cette question a été résolue par la science depuis Galilée ; alors on ne va pas poursuivre les questionnements : c’est la Terre sur laquelle l’observateur se trouve  elle-même qui limite la perception de ce dernier. Dans un mouvement périodique de rotation, dont la régularité est contrôlée par les influences respectives de coexistence, comme une toupie, elle présente l’observateur d’une manière telle que son champ de vision et de perception est aboli par une partie d’elle-même ; cette dernière se positionnant entre l’autre vaste partie d’espace terrestre où l’observateur terrien se situe et les rayons du Soleil.  Pourquoi dire tout cela ? Tout simplement pour montrer que le rapport de la nuit au Soleil n’implique pas pour autant que la nuit est une modalité ou son expression, encore moins une partie de séquence d’existence du Soleil ; elle est par conséquent loin de constituer une partie de son existence. Elle n’en est pas non plus une de la Terre ni de l’observateur.

En définitive, le jour ou journée désigne la séquence d’existence du Soleil, établie par l’esprit à partir de la reproduction d’une double perceptions sensorielles : succession l’une à l’autre d’une séquence d’invisibilité-visibilité de l’astre et de ses rayons, couplée à un autre d’obscurité-clarté. C’est pourquoi, plus qu’une séquence de son existence, la séquence-jour désigne un ensemble de modalités à priori différentes d’existence, telles que perçues psychologiquement par l’homme et interprétées par son esprit en faisant précisément une séquence de l’existence de l’astre. En effet l’analyse montre qu’elle est et désigne simplement la perception renouvelée de l’observateur de ses conditions d’existence. Tout ce qu’on peut ajouter est que la journée, formée de deux sous-séquences (diurne et obscure), n’est finalement que la désignation d’une séquence de perception des conditions d’existence et par conséquent de coexistence de l’homme avec le Soleil et la Terre. Comme le jour-obscur, on peut en dire autant du jour-diurne, bien que plus proche du point de vue sensorielle et de l’esprit de sa nature de séquence d’existence du Soleil. Il résulte de tout cela que l’existence du Soleil est unique et unitaire. Tant qu’il existe, il brûle de tous feux, illuminant tout l’espace de coexistence. C’est cette modalité d’existence et ses conséquences sur toutes autres existences que l’homme perçoit et désigne par le jour-diurne ou jour-clarté. C’est en cela que ce dernier est plus proche d’être le reflet directe de son existence. Si l’homme était dans une modalité d’existence telle qu’il ne percevait que le jour-diurne, l’existence de l’astre lui aurait paru unie, unique et invariable. Elle n’aurait par conséquent aucune séquence discernable. La séquence jour résulte donc d’une difficulté à établir ces caractéristiques de son existence. C’est la raison pour laquelle, la séquence-jour, relativement et malgré l’existence continue du Soleil , est tous comptes faits, lié à une séquence de perception de l’homme. En effet, la discontinuité que le sens oculaire perçoit à travers la captation de la nuance (sous-séquence-obscure) et interprétée par l’esprit comme étant la nuit n’est liée qu’à la variation des modalités de coexistence du Soleil, de la Terre sur laquelle l’homme est et à sa position en tant qu’observateur et centre des perceptions et interprétations des manifestations de ces modalités. C’est en cela que le temps-journée est avant tout une séquence de double perceptions continues de la séquence continue d’existence de toutes les existences intervenant dans les modalités telles que perçues et interprétées.

Ainsi, dire que la séquence-journée se constitue de jour-diurne et de jour-obscur ou nuit, c’est traduire la perception variable, donc segmentée des modalités de coexistence, dues à celles unies te uniques des existences respectives qui déterminent ces modalités. En particulier, elles le sont par l’existence du soleil, dont la modalité est au contraire unique, continue et ininterrompue ; puisque le soleil n’existe par par intermittence : elle brille et éclaire et n’existe pas autrement. Il ne fait donc pas de doute que, de manière erronée, la nuit est interprétée par l’esprit comme étant une autre modalité de son existence continue, alors même qu’elle est la perception que l’homme fait des modalités de la coexistence. L’esprit fait de la nuit, une sous-séquence de l’existence du Soleil alors qu’elle est autre chose : la perception d’une condition différente de coexistence par rapport au jour-diurne aussi.  Un observateur non terrien coexistant cependant avec la Terre et le Soleil n’a donc pas la même perception de ces conditions et par conséquent la même conception du temps. Ainsi, sur la base de l’impossibilité de s’en rendre compte, une séquence d’existence du Soleil nous paraît différente d’une autre. Il est fait de l’appréciation des modalités variables et successives de coexistence un changement de l’existence de l’astre. Or, les modalités changeantes de coexistence perçues n’ont rien à avoir avec les existences en relation, uniques et unimodales (le Soleil brille, la Terre tourne, l’homme-observateur vit sur la terre en tournant avec elle, au même rythme) ; elles sont en revanche dues à l’impossibilité de discerner entièrement et totalement la continuité de chacune d’elles. Finalement, la séquence d’existence est une séquence de perception précédant et succédant à une autre, basculé dans les souvenirs. Ces perceptions sont celles des modalités de coexistence analysées par l’esprit comme uniformes impliquant les existences qui les déterminent. L’opération consiste alors à faire  des séquences successives de perceptions des modalités changeantes et non des existences elles-mêmes uniques et unimodales, les séquences de leurs existences respectives. On peut émettre une hypothèse d’explication : parce que les nuances perçues et interprétées qui se succèdent sont le fait de la relation entre ces existences ; en conséquence, leur continuité démontre celle de ces existences impliquées en même temps que les séquences successive de leur perception équivalent à celles de ces existences.

Il résulte de ce qui précède que le temps est une tentative de conciliation des perceptions des nuances par les sens (psycho-sensoriel) et qu’ils soumettent à l’esprit ainsi que de leur lecture et interprétation par ce dernier, en vue d’établir l’existence des choses : leur continuité et leur succession. Le jour, comme séquence d’existence du Soleil et temps-désignation, est une manière d’établir et de nommer la continuité de l’existence de l’astre entre deux prises ou actualisations de conscience de l’existence du Soleil. On peut donc poser la question de ce qui se passe au delà de deux prises de conscience correspondant à la séquence ainsi déterminée ; comment procède-t-on pour déterminer toute la continuité d’une existence au delà d’une séquence ? De plus, dans la mesure où, pour toutes les autres existences, il n’existe pas de séquences connues et désignées de manière singulière, comme le jour, le mois, etc…, de quelle manière les B. y parviennent-ils ? Enfin que signifient 3 jours, 7 jours, 10 mois, 10 années ? Analyser d’autres notions de temps, en particulier la semaine, est la meilleure façon de tenter de répondre à ces interrogations

L’observation nous montre qu’ils comptent les jours, les mois et les années, en tant que des séquences singulières d’existence. Dans la mesure où un jour équivaut à une séquence d’existence du Soleil et à ses modalités, qu’un mois correspond à celles de la Lune, alors compter les jours ou les mois revient à dénombrer le nombre de leurs séquences. En consistant en un ensemble de modalités successives, on pense qu’il est fondé d’énoncer que ces dernières constituent également toute l’existence d’une chose. En ce sens, le jour et le mois, en tant que séquences, sont une unité d’existence respectivement du Soleil et de La lune, pris comme références de coexistence avec les hommes. C’est pourquoi, les compter revient à dénombrer leurs nombres d’existence respectifs mais également celui des hommes y procédant. De plus, comme ce nombre se dit de choses autres que le Soleil et la Lune, nous convenons par conséquent que le compte des séquences d’existence du Soleil (des jours) et de la Lune (des mois) constitue la manière des B. de se représenter toute l’existence d’une chose existant simultanément à eux.

En apparaissant également comme une évocation du temps, la semaine souligne ce point de vue, en étant un temps différent du jour et du mois.  En effet, elle désigne certes une séquence d’existence du Soleil composée de sept séquences-jours consécutifs. Mais, bien qu’elle nomme cet ensemble de sept séquences, elle ne se rapporte guère directement à l’astre. C’est pourquoi, on peut observer que si elle désigne une séquence différente de son existence (par rapport au jour), cette désignation diffère du jour dans la manière de l’élaborer. En effet, la  semaine est un nombre singulier ; il est obtenu par le compte ou dénombrement de sept séquences-jours successifs d’existence du Soleil. Comme nombre de séquences successives, elle désigne une quantité d’existence.

Synthèse : Le temps-désignation de l’existence et le problème commun de l’Afrique

De tout ce que nous venons d’analyser, il ressort que le temps des Baoulé est multiforme. Nommé tchein, srah ou anglo et afwè, il est la désignation de séquences d’existence respectivement du soleil, de la Lune, des saisons, etc…. Ainsi, quelles que soient les expressions usuelles pour énoncer la chose du temps, elles désignent d’abord des séquences d’existence de choses singulières. Le jour, le mois et l’année ne sont rien d’autre que cela. Et même si nous cherchions à en savoir plus d’une expressions contemporaine comme la seconde, elle n’a pas une autre signification que de désigner la séquence d’existence d’un électron de l’atome de césium 133, pris comme une autre référence de nos jours, selon convention internationale. Parvenu là, le lecteur se posera alors la question de savoir qu’est-ce que la semaine ? Pour son immense intérêt pour un autre aspect que nous traiterons dans le prochain article, Lé môtchuè (la semaine) y sera abordée. Par ailleurs, quelle est la différence entre l’existence dont la désignation de ses séquences est le temps-désignation (jour, mois, année) et le temps désigné par durée dans l’usage ? Prenons par conséquent rendez-vous pour poursuivre l’exploration du temps tel que perçu par les africains.

Il convient néanmoins de tenter de répondre à la question initiale. Rien en une conception du temps en faisant la désignation d’une séquence singulière d’existence n’est susceptible de représenter un aspect du problème commun de l’Afrique que nous recherchons. Au contraire et d’autant que le temps comme désignation de l’existence apparaît et peut être déduite de toutes les conceptions humaines. Le temps africain se distingue par les existences de référence auxquelles l’Afrique adosse la détermination de toutes existences. Certes, on peut passer beaucoup de temps à disserter sur la précision, la simplicité ou commodité de cette détermination. Mais, la question importante s’agissant de la précision ne rejoint-elle pas celle de la simplification et de l’efficacité de l’existence à laquelle chaque modalité de détermination de la réalité perçue permet d’aboutir ? Toute détermination a un niveau de précision adapté tant que ce niveau satisfait cette exigence. Si question il y a, elle se situe à ce niveau. Et puis, de manière générale, concevoir la réalité perçue, en particulier le temps, consiste en une modalité de contribution à la coexistence dans laquelle tout en engagé. Comme réponse à l’adversité induite par cette dernière, la conception du temps aboutissant à en faire une désignation de l’existence constitue une. L’autre question est alors de savoir si une telle réponse est efficace de tous temps. Le débat commence à notre sens là : non pas de savoir si sa conception du temps comme désignation d’une séquence d’existence vaut une autre, puisque c’est le cas, mais à partir du point de savoir si elle est efficace pour sa propre existence.

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GNG

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