La valeur “Culture de paix” (1/5) : La paix est-elle en l’absence de la guerre ou son but ?

Dans l’article précédent, nous avons examiné la culture de paix revendiquée par l’Afrique, à travers ses instruments qu’elle a développés pour parvenir à la paix. Ce travail a permis d’aboutir au fait que selon elle, la paix correspond à l’absence de conflits violents, comme la guerre. Sa culture de paix consiste donc à empêcher la survenue des conflits violents ou alors à obtenir des hommes organisés en communautés qu’ils cessent d’user de violence dans leurs rapports.  Son histoire, hier et aujourd’hui, montre qu’elle n’est pas parvenue à faire rares les conflits et l’usage de la violence. C’est pourquoi, il importe d’approfondir son idée de la paix, d’autant que finalement une culture active du conflit répond nécessairement à des conflits fréquents, donc à une culture du conflit. Or, les conflits consistent en une manière violente de résoudre les divergences de points de vue des hommes. Et, ces points de vue se rapportent à des objets : ce sont leurs constats et interprétations qu’ils font de leur situation de coexistence.

Ainsi, la paix ne peut pas être que la seule absence du conflit violent ou de la guerre, ne serait-ce que si les divergences persistent. Nous devons par conséquent approfondir la réflexion sur la paix. Ce travail implique d’approcher les hommes, les circonstances de leur existence, dans un espace social de coexistence, les constats qu’ils font de ces circonstances, le devenir de ces constats, les conflits qu’ils engagent et la violence dont ils usent pour traiter ces constats, dont l’évacuation de leur espace relationnel constitue la paix selon l’Afrique. La question traitée est celle de savoir si le problème commun se constitue dans la culture de paix de l’Afrique, revendiquée comme étant l’une de ses valeurs. Plus précisément, il s’agit d’explorer dans cette contribution de quelle manière la paix ne peut être définie sans l’espace social commun, le problème commun et les divergences qui s’y rapportent ainsi que les réponses mises en œuvre (dont les conflits) afin de faire de l’espace social, celui d’une économie du progrès, à savoir de réduction de la la difficulté de vivre. Selon que les volontés visent à en faire un espace d’économie collective et de résolution concertée du problème, les appréciations ainsi que les choix sont différents. Bref, qu’est-ce que la paix ?

 

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Termes du débat : Quel est le problème commun de l’Afrique ? / Hypothèse-question : Les africains et leur culture le constituent-ils ? / Chapitre : Devant qui sont les africains ? / Volet : Devant les valeurs et la culture de l’Afrique ? / Sujet : La culture de paix de l’Afrique / Point : “La paix est-elle en l’absence de la guerre ou son but ?”

Devant les africains, leurs valeurs et leur culture

13.B La paix est-elle en l’absence de la guerre ou son but ?

Aux termes de l’analyse de la culture de paix de l’Afrique, il semble en première analyse que sa conception de la paix (absence de guerres ou de violence) pour laquelle elle a développé une culture de son obtention s’oppose d’une certaine manière à celle de Carl Von Clausewitz (1780-1831). Anticiper ou éviter la guerre et la violence ou alors la stopper ou y mettre fin, telle est en substance la culture de paix de l’Afrique et sa voie pour réaliser la paix. Les circonstances d’existence avant la guerre et la violence et celle après elle sont donc celles de paix. Pour Clausewitz en revanche, c’est par la guerre, qu’il reconnaît comme réponse paradoxale et en la faisant qu’on réalise sa finalité, la paix. Dans “De la guerre” en 1832, il énonce qu’ « en aucun cas, la guerre n’est un but par elle-même. On ne se bat jamais, paradoxalement, que pour engendrer la paix, une certaine forme de paix”.  (1) Pour lui par conséquent, les hommes font la guerre pour produire la paix. Autrement dit, si on ne peut pas extraire de son énoncé que la guerre est nécessaire pour réaliser la paix, on peut néanmoins dire, selon lui, qu’ on peut parvenir à la paix en faisant la guerre, qui est alors moyen de la paix, quand la guerre est sa finalité. Comment la culture de paix de l’Afrique parvient-elle alors à la paix sans faire la guerre et surtout en évitant de la faire ou en l’évacuant aussitôt qu’elle survient ? Nous devons donc admettre de ce point de vue que, soit la paix selon l’Afrique n’est pas celle selon Clausewitz, soit considérer qu’elle a une autre manière d’y parvenir, autre que par le conflit violent. Or, l’analyse précédente a abouti au fait que si sa culture anticipe ou met fin à la guerre, ou encore la met dans la situation de la faire, elle ne traite pas les divergences,  N’est-ce pas pourquoi la paix se résume à l’absence de la guerre et en l’envahissement de l’espace par des divergences ? N’est-ce pas aussi pourquoi sa culture produit une situation de paix, qualifiable de paix minée par ces dernières ?

Quelle est donc la nature de la paix selon Clausewitz à laquelle les hommes peuvent parvenir au moyen de la violence guerrière ? Dans son énoncé, il souligne un fait essentiel se trouvant dans l’expression “une certaine forme de paix ». Car, ce peut être une paix armée, c’est-à-dire une paix ou tranquillité des vainqueurs, obtenue à la suite de l’épuisement des ressources des vaincus ou au prix de leur défaite qui les place alors sous leur domination. Une telle situation de paix n’est qu’en reposant sur un état donné de rapport des forces entre co-sociétaires et non pas sur leur volonté de faire de l’espace, celui de la coexistence. Même s’il en fait une certaine forme de paix, est-ce cela la paix des hommes en société ? Résulte-elle nécessairement de la guerre ou du conflit, encore moins violent, en tant que son résultat. De quelle manière la  guerre ou l’usage de la violence peut-elle être le moyen de réaliser la paix et la produire ? La violence entre les hommes rend-t-elle finalement les circonstances de leur existence plus acceptables et accouche-t-elle de l’harmonie entre eux ?

Le débat introduit par la paix, comme état d’un espace social sans conflits violents

La paix : absence de guerre ou résultat de la guerre ?

Avant une situation de guerre existe une situation de coexistence, sans guerre, cela va s’en dire. Tout au moins, elle ne se manifeste pas par la guerre, raison pour laquelle elle n’est pas une situation du même nom. Dans ces circonstances précédant celle de guerre, l’une des parties de l’espace social peut les juger non satisfaisantes, inacceptables et même insupportables. Dans le même temps, l’autre partie peut penser qu’elles sont satisfaisantes, acceptables voire même à renforcer dans l’état où elles sont. Pour la première, elles ne réduisent pas ses difficultés d’existence ; pour l’autre au contraire, non seulement elles le font et sont à maintenir, mais en plus, elles sont à améliorer pour les réduire davantage. L’échange de ces constats aboutit à la manifestation d’une divergence entre les parties de l’espace de coexistence. C’est de l’opposition de ces visions que le conflit peut naître avec l’usage de la violence comme solution, avec la même ambition pour toutes les deux : parvenir à une situation qui les satisfasse. Changer, maintenir ou améliorer la situation de coexistence, pour la rendre davantage acceptable, telle est la raison d’être du conflit, dont la guerre est l’une des formes les plus violentes. Ici, le terme situation acceptable se rapporte aux circonstances changées de coexistence, par rapport à celles initiales inacceptables ou le contraire, selon la partie concernée, mais elle ne signifie pas une situation de paix.

Observons que, sans doute, ces circonstances le sont aussi en raison de l’arrêt de la violence due à la guerre elle-même, par ailleurs acceptable pour aucune des parties. Ainsi, l’objectif initial de paix, selon lui, se dédouble d’un objectif aussi important que le premier, mais que le propre choix des parties génère et impose à eux : l’arrêt de la violence due à la guerre. C’est pourquoi, même en l’absence de l’atteinte des premiers objectifs les acteurs peuvent en voir et identifier néanmoins un situation de paix : celle résultant de la seule fin d’une guerre et d’une violence qui n’a pas réalisé leurs objectifs, voire même qui a aggravé leur situation. Par exemple une guerre qui ne produit pas la paix (= situation satisfaisante espérée), donc qui ne produit pas la situation de paix qui l’a justifiée, selon Clausewitz, aboutit malgré elle à une situation satisfaisante pour des parties épuisée en vain par rapport à leurs buts respectifs. La guerre Iran-Irak des années 80 en est un exemple historique. Ainsi, ce n’est pas parce qu’une situation satisfaisante qualifiable de paix (par l’arrêt et l’absence de la violence due à la guerre) que la la guerre a produit la paix et que cette paix est sa finalité. Il y a donc bien une situation satisfaisante, abusivement qualifiée de paix, liée à toute guerre, indépendamment de sa finalité, de la réalisation ou pas de cette fin.

Dans ces conditions, son énoncé selon lequel la paix est le but de la guerre, fait de la situation satisfaisante mécaniquement et due à l’arrêt de la violence guerrière, sa finalité dès lors que la guerre ne produit ni ne réalise les objectifs initiaux des parties. Il vient par conséquent que son énoncé n’est pas valable de tous temps, si l’on considère deux formes différentes de paix : la sienne, comme finalité de la guerre (dans le sens production de circonstances acceptables de coexistence) et la paix liée à l’arrêt et à l’absence de la guerre, selon la culture africaine (dans le sens absence de violence) ; laquelle n’est cependant pas sa finalité. En y regardant bien, la guerre selon Clausewitz réalise son but, à savoir une situation acceptable de coexistence et aboutit nécessairement à une situation acceptable, par défaut, due à sa propre disparition, quand elle est une guerre pour rien. Ainsi, puisque selon lui la guerre réalise la paix, la situation acceptable par défaut, due à sa propre disparition est une situation de paix par l’absence de violence. Cette situation qui surgit de l’arrêt et de la disparition d’une guerre (qui ne l’a cependant pas produite), mais lui succède tout simplement est semblable à la paix africaine.

Par ailleurs, le conflit ou la guerre modifie toujours les circonstances de coexistence des parties. Elle le fait soit dans le sens de la satisfaction des attentes d’une des parties, à la suite de sa victoire. Même dans un tel cas, les parties peuvent à travers une discussion de paix, entériner la fin effective de la guerre et acter la nouvelle situation de coexistence. Mais, il est clair qu’une telle situation, non seulement repose sur l’état du rapport des forces que la guerre a établi, mais est déterminé par ce dernier. Le conflit peut aussi aboutir à des modifications dans le sens de la satisfaction des attentes initiales révisées  des parties. Il y parvient lorsque les parties, dans un rapport équilibré des forces, consentent enfin à mettre en commun la situation de coexistence et à négocier de quelle manière elle peut être modifiée ensemble pour la rendre acceptable pour les deux parties. C’est le cas aussi, lorsque le rapport des forces est déséquilibré, sans que la victoire de l’une des parties ne soit pour autant facile, sans qu’elle ne lui coûte davantage. En revanche, si la victoire est envisageable avec le moins de coût possible, alors, le conflit suivi de négociation peut aboutir, d’une part à la satisfaction des attentes initiales d’une des parties, mais également à son renforcement ; il peut, d’autre part, dégrader la situation initiale déjà insatisfaisante pour l’autre partie. Ces nouvelles circonstances de coexistence sont alors jugées comme étant celles de paix, en l’absence de la poursuite de la guerre et de manifestions de la violence guerrière. Néanmoins, une situation de coexistence changée par la guerre et acceptable pour l’une ou l’autre des parties n’est pas nécessairement une situation de paix, surtout si la divergence est maintenue sous le poids du rapport de force établi par l’usage de la violence.

C’est pourquoi, il convient d’observer qu’à travers l’usage de la guerre, les protagonistes aboutissent rarement à l’exacte situation de coexistence pour laquelle ils ont choisi de faire usage de la violence. C’est en cela que la situation résultant de la guerre est généralement différente de celle constituant le but initial de l’engagement de la guerre. Aussi, quel que soit le jugement que les parties portent sur elle, par rapport à leurs buts initiaux, elle est appréciée comme de paix parce que la guerre et finalement la violence est absente. Pourquoi ? Sans doute parce que comparant la situation initiale qui a justifié l’usage de la violence guerrière, il semble que la nouvelle situation génère moins d’adversité et de violence directe que la guerre, du point de vue des protagonistes. Si nous prenons en compte cette possibilité, l’analyse de Clausewitz suggère que la situation de paix post guerre ne l’est donc pas nécessairement et uniquement par rapport à celle qui a précédé et justifié la guerre, mais qu’elle ne l’est par conséquent dans tous les cas  qu’en comparaison de celle de guerre et de violence due par elle.

Une situation n’est-elle de paix qu’en succédant à celle de guerre ?

Poursuivons l’analyse par la question suivante : pourquoi engager la violence guerrière, si la situation qui précède celle de guerre est celle de son absence (donc de la violence), ainsi que l’autre situation qui lui succède ? Selon Clausewitz, la situation qui précède n’est pas une de paix au sens de la conception de la culture africaine (absence de guerre) ; c’est la raison précise pour laquelle elle a justifié la guerre pour la modifier en une situation de paix. Si elle n’est pas de paix, quelle est la nature de cette situation qui précède la guerre (conflit violent), si l’usage de la violence permet d’aboutir finalement à une situation comparable (sans guerre, ni violence) ? En effet, dans un cas comme dans l’autre, les nouvelles situations auxquelles la guerre aboutit en prenant fin sont celles considérées de paix par Clausewitz et qu’il définit également comme étant le but de l’existence de la guerre. Observons qu’il fait néanmoins preuve d’humilité et de clairvoyance. Il tempère en considérant que la paix est pluriforme, sans doute en raison des situations variables de coexistence ci-dessus évoquées que la guerre peut générer, dont le seul élément d’unité est l’absence de guerre et de violence. Il les qualifie cependant  de paix. C’est pourquoi on peut penser que selon lui une situation de paix, quelque soit sa forme, en est une pour le seul fait, tous comptes faits, d’être et de succéder à la disparition de la guerre, d’être ce dont elle accouche, à savoir comme son résultat. Or, la situation de paix, succédant à une guerre qui n’a cependant pas réalisé ses finalités (objectifs initiaux des protagonistes) et consistant ou se manifestant par l’arrêt de la guerre et de la violence en est une, mais sans être un produit attendu de la guerre.

Compte tenu de ce qui précède, on ne peut pas manquer de s’interroger. Doit-on comprendre que des circonstances de coexistence succédant à celles consistant à se faire la guerre ne sont de paix que parce qu’elles ne consistent pas à se la faire ? Un tel atterrissage nous renvoie à la paix selon l’Afrique : à savoir, absence de guerre dont la nature propre est de consister en une situation de violence, parfaitement insupportable pour les deux parties. Enfin, est-elle de paix même quand la nouvelle situation que le rapport des forces a produite est aussi insupportable que celle initiale, pour l’une des parties au moins ? Doit-on alors considérer qu’une situation succédant à la guerre est de paix dans le seul cas où l’usage de la violence guerrière a réalisé les finalités initiales qui l’ont justifiée ? Si la situation antérieure de coexistence ayant justifié son existence n’est par conséquent pas celle de paix, doit-on alors faire l’hypothèse qu’une situation de coexistence  ne devient une situation de paix qu’en la seule raison de succéder à une violence guerrière, sans pour autant être nécessairement différente de celle qui la précède, voire en pouvant être pire, au moins pour l’une des parties ? Si non, pourquoi se faire alors la guerre si les protagonistes sont déjà dans des circonstances de coexistence qualifiables aussi de paix ? Pourquoi la guerre pour générer une situation de paix si cette dernière est finalement la situation se situant avant et après celle consistant en la guerre ? En conséquence, énoncer que la paix est le but de l’usage de la violence guerrière est parfaitement discutable et constitue une introduction au débat sur ce que sont la paix et le conflit dont la guerre est une forme violente.

Avant la guerre, point de paix ; après la guerre, la paix  ?

Par la guerre, des protagonistes entendent traiter la situation d’existence qu’ils perçoivent diversement, considérant mutuellement que l’autre partie en est toute seule responsable  de son caractère non acceptable. Elle est l’une des formes de manifestations les plus violentes du conflit. La guerre emprunte par conséquent sa nature au conflit. Or, il consiste en un rapport violent de forces entre protagonistes divergents ou supposés ; il est la manière qu’ils ont choisie pour résoudre leurs divergences réelles ou supposées, à partir de constats partagés ou non. Cela dit, d’où vient-il que ces parties impliquées dans l’usage de la violence cherchent à produire une situation de paix ?  Drôle de manière de produire une situation qualifiable de paix ou d’harmonie que de tenter d’y parvenir en faisant être la violence qui divise, qui éloigne les parties les unes des autres et peut finalement aboutir à un espace fractionné.

Considérant l’analyse de Clausewitz, la situation avant la guerre et la violence, caractérisée par l’existence possible de divergences, n’était pas une qualifiable de guerre ou de violence. C’est bien la raison d’être du conflit violent ou guerre. Quant à la culture africaine, elle l’assimile à une circonstance de coexistence pacifique dans la mesure où elle ne se manifeste guère par la violence et la guerre. Sur ce point, la divergence est claire. Indubitablement, celle consistant à se faire la guerre ne l’est pas en revanche. Il y a un accord parfait entre sa conception et celle de l’Afrique sur ce constat. Pour la culture africaine, celle qui fait suite à la guerre et à la violence, est une situation de paix tant que la guerre et la violence guerrière ne sont plus. Il semble bien que Clausewitz rejoint cette position, en dépit de l’humilité dont il a fait preuve en faisant remarquer la variabilité des formes de paix, dont l’élément d’unité est constitué par l’absence de violence et de paix. La question est : peut-on alors penser que les circonstances de coexistence succédant à celles consistant en la guerre sont davantage de paix que celles initiales d’avant la guerre et la violence ? Si on ne s’égare pas dans un jugement qualitatif des définitions, ont peut observer simplement que si la guerre a été nécessaire et choisie par les protagonistes pour la changer, c’est bien le signe qu’elle ne l’était pas, au moins du point de vue de l’un des protagonistes. Mais, on peut en dire autant de celle qui lui succède comme son résultat, selon Clausewitz : elle n’est pas plus de paix que celle qui l’a précédée. Ce n’est donc pas dans la seule position des séquences de coexistence des hommes en société, par rapport aux séquences consistant à se faire la guerre et à user de violence les uns contre les autres que la paix réalise son unité, en tant que circonstance satisfaisante de coexistence pour toutes les parties.

Il semble que c’est sans doute pour des raisons comparables que Rigoberta Menchu, Prix Nobel de la paix en 1992 n’est pas de l’avis de Clausewitz, ni de la culture africaine de paix, faisant de la paix, la situation de coexistence après la guerre (en tant que son but), selon le premier et celle sans violence selon le second. C’est sans doute aussi pourquoi elle affirme :  « La paix n’est pas seulement l’absence de guerre : tant qu’il y aura la pauvreté, le racisme, la discrimination et l’exclusion, nous pourrons difficilement atteindre un monde de paix ». (2) On peut modestement ajouter qu’elle n’est pas non plus ce que la guerre produit en disparaissant. Car, il ne peut y avoir de coexistence harmonieuse tant  que les membres d’un espace social n’en font pas un espace commun, à savoir ne mettent ni en commun les circonstances inacceptables de coexistence (les difficultés inacceptables), ni en œuvre des réponses concertées pour y répondre ensemble. Ainsi, la paix est loin de consister en une situation d’existence ordonnée par rapport à une autre dite de guerre ou de violence. Plus précisément, elle ne se situe ni avant, ni après elle. En revanche, elle a une relation avec un espace social, avec la perception de ses membres des circonstances et modalités de leur existence, donc de coexistence, ainsi qu’avec leurs choix de réponses pour traiter leurs divergences inévitables au sujet de la perception de leurs difficultés à exister. Examinons donc cette relation.

C’est dans le cadre de cet examen que nous étudierons au prochain article, la relation entre une espace social, les constats de ses membres le concernant et les divergences pouvant se constituer à travers l’échange des constats des co-sociétaires.

 

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(1)  Clausewitz Carl Von, « De la guerre », 1832

(2) Menchu Rigoberta , Prix Nobel de la paix en 1992

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