La valeur “Attachement à la communauté” : Où est le problème ?

Existe-t-il un homme, en tant qu’un être social, qui ne soit attaché à aucune communauté humaine ? Un homme en est-il un s’il n’est pas membre d’un ensemble social donné ? Des analyses énoncent que l’attachement des africains à leur communauté, qui constitue l’une de leurs valeurs est l’une des difficulté qui éprouvent l’Afrique dans sa marche vers le progrès. Pour cette valeur comme pour les autres, le chemin le plus court est d’identifier ce que les africains eux-mêmes considèrent comme inacceptable dans cet attachement. La question traitée est donc la suivante : qu’est-ce qui est inacceptable dans l’attachement à la communauté au point de constituer leur problème ?

Vous situer par rapport au débat en cet espace
Termes du débat : Quel est le problème commun de l’Afrique ? / Hypothèse-question : Les africains et leur culture le constituent-ils ? / Chapitre : Devant qui sont les africains ? / Volet : Devant les valeurs et la culture de l’Afrique ? / Sujet : Qu’est-ce que la culture africaine? / Point : La valeur “Attachement à la communauté” : où est le problème ?

Devant les africains, leurs valeurs et leur culture

11. La valeur “Attachement à la communauté” : où est le problème ?

Existe-t-il une difficulté de l’Afrique en rapport avec l’attachement des africains à la communauté ? Par exemple, les africains s’opposent-ils à propos de ce trait de caractère social dont il faut dire tout de suite qu’il n’est pas une particularité africaine ? Le chemin pour examiner cette question est le suivant. D’abord, de quoi on débat et quelle est sa différence avec l’ethnocentrisme, désigné naguère par le tribalisme ? Puis, nous verrons de quelle manière la société africaine était organisée et qu’est-ce qui a déterminé l’attachement de ses membres à elle. Ensuite, nous examinerons la société africaine d’aujourd’hui et son organisation politique et sociale. Confronté à la réalité de la relation sociale, cet examen permettra de dégager les communautés auxquelles les africains sont attachés de nos jours. Enfin, nous tenterons de répondre à la question posée, à savoir si les modalités selon lesquelles les africains sont attachés ou non à telle ou telle communauté sociale constituent le problème de l’Afrique en rapport avec les circonstances concrètes de l’existence des africains.

L’attachement à la communauté

Sans jouer au psychologue que l’on est pas, on peut simplement énoncer que l’attachement d’un individu aux membres d’une communauté sociale donnée à laquelle il appartient résulte d’un constat : celui des preuves de manifestations de solidarité et du souci que ceux-ci expriment à son égard, concernant son existence et la satisfaction de ses besoins, dont la sécurité en est une composante essentielle. Le déterminant principal de ce lien est par conséquent, à chaque extrémité du lien, la contribution des sujets de l’attachement à l’équilibre et à la sauvegarde respective de l’un et de l’autre ou de l’un et des autres membres d’une communauté donnée. On s’attache à quelqu’un avec lequel la relation sociale agit positivement sur sa vie. Autrement, le lien n’est pas sain.

Ainsi, une crainte de l’environnement peut néanmoins éprouver d’autres sujets qui sont alors anxieux et ont peur de l’espace de leur vie et se méfient de leurs contemporains d’autres communautés. Elle peut justifier qu’ils s’attachent à ceux qu’ils connaissent et dont la proximité calme leur anxiété . Ainsi, le souci d’équilibre et de sécurité dans son environnement, précédemment évoqué peut être affecté par cette crainte. L’idée de ne pas pouvoir parvenir seul à l’équilibre autrement qu’avec ceux auxquels l’on est attaché ou qu’en étant au sein d’une partie de communauté donnée ou qu’en étant réalisé et offert par ladite communauté peut déterminer et ancrer plus fortement ce lien avec cette partie. Il mue alors en lien de dépendance d’un individu à d’autres ou à une communauté donnée. L’absence d’une telle idée ou son dépassement sont les faits d’individus confiants en eux-mêmes et en leurs capacités de s’ouvrir à leur environnement. Ainsi, on voit qu’un individu qui ne fait preuve ni de maturité, ni de responsabilité et qui de ce fait n’est pas équilibré ne peut ni empêcher la bascule de l’attachement initial en un l’attachement sur fond de crainte-dépendance ; ce qui compromet la possibilité de devenir de l’attachement comme un lien sain lui permettant de gagner en autonomie. Un tel lien n’est par conséquent pas moteur mais reste celui de dépendance en étant appuyé que sur l’affectif et les émotions, rendant l’individu très sensible à sa rupture ou à sa manipulation. N’est-ce pas ainsi qu’il est sollicité pour atteindre des buts politiques, sociaux ou commerciaux en faisant appel à sa dépendance à la communauté d’attache devenue bergère de son existence ?

Les manipulations sociales jouent et exagèrent le risque à prendre par les individus à ne pas rester enfermés dans leur communauté d’attache lorsqu’ils tentent de s’ouvrir à d’autres. Quand on croit que la communauté restreinte d’attache est celle qui vous assure et vous garantit votre existence, cela devient difficile pour des individus peu confiants en eux-mêmes de la dépasser. Qui n’a pas d’exemples de communautés sociales, économiques, ethniques, religieuses étanches à la pénétration d’éléments étrangers, en général par le mariage ? Et, si finalement des couples sont parfois tolérés, n’est-ce pas dû à la force de caractère des individus impliqués ou à l’avantage à tirer d’une telle dérogation ? N’est-ce pas en cela qu’on peut sans doute mesurer le degré d’ouverture d’une communauté donnée par le taux de couples impliquant un homme ou une femme d’une autre communauté, en fonction de la valeur reconnue en particulier à la femme ? Dans des communautés où elle semble avoir une moins-valeur, il est extrêmement difficile à un homme extérieur à la communauté de se faire accepter comme son époux.

Les manipulations politiques procèdent également de l’exagération du risque à prendre par les individus à ne pas rester enfermés dans leur communauté d’attache lorsqu’ils tentent de s’ouvrir à d’autres. Pointer des ennemis de la communauté suffit alors à rassembler les individus peu confiants, tels des moutons d’un troupeau. Qui peut résister à l’appel pour faire front quand, sa dépendance et sa sincérité abusées, il croit fermement reconnaître l’ennemi commun qu’on lui désigne pour lui épargner une réflexion qu’on pense qu’il en est incapable  ? Là aussi, qui n’a pas d’exemples de communautés sociales, économiques, ethniques, religieuses rassemblées pour faire front contre d’autres communautés, désignées comme des ennemis, par le seul fait d’agissements ou d’attitudes de quelques éléments en leur sein ; éléments dont on peut rarement affirmer et démontrer le soutien du plus grand nombre de leurs membres à leur égard . Mais, très souvent, ce mécanisme suffit à obtenir le comportement souhaité. L’attachement initial, sur fond d’une crainte diffuse, se renforce alors par l’effet de la désignation de l’objet de la crainte :  un ennemi commun nommé ou imaginé. Dès lors, le lien devient un instrument de combat au terme duquel, seule la communauté d’attache doit sortir vainqueur. Il s’en suit pour l’individu, que l’attachement, au lieu d’être ce qui le nourrit, le rassure pour oser l’ouverture, mue en ce qui nourrit sa méfiance et constitue le moyen d’y mettre fin par la défaite et la domination des objets de crainte et de déséquilibre. Pour la communauté donnée, au lieu de constituer ce qui rend l’ouverture possible, en agissant comme garantie, l’attachement transformé en outil de combat, est précisément ce qui impose la fermeture. En ce sens, un attachement individuel qui n’est pas sain peut évoluer rapidement en un centrage sur soi, qu’on attend d’une communauté d’attache qu’elle réalise. Ainsi, l’ethnocentrisme ou le centrisme communautaire, c’est lorsque le sentiment d’attachement à une communauté donnée devient le moyen collectif de lutte contre d’autres communautés prises pour des concurrents sur des territoires désormais partagés. Si l’on peut sans doute reconnaître qu’il est malaisé, voir impossible de démontrer l’existence en Afrique de communautés centrées sur elle-mêmes, au sein d’un État donné, un certain nombre de faits montrent à tout le moins qu’on ne peut nier cette possibilité, d’autant qu’il est tout aussi difficile de trouver des communautés ou groupes ethniques qui démontre d’être épargnée de la tentation de centrisme communautaire.

Pour approcher d’un peu plus près la question, voyons maintenant ce qu’en dit un spécialiste de l’organisation sociale africaine d’hier. A quelles communautés les africains étaient-ils attachés ?

Organisation sociale, parenté et attachement à la communauté

Fr. D. MBUNDA nous livre que dans l’Afrique d’hier, « la notion fondamentale dans l’organisation des sociétés traditionnelles est celle de parenté, «» [en tant que des]  groupes organiquement solidaires, garants de leur soutien mutuel, de leur défense et de leurs droits aux ressources ».(1) Il précise que la parenté codifie en quelque sorte l’existence de chaque individu :  «statut social des individus, type de comportement, ses devoirs et droits, son rang et sa participation aux rituels ». Il poursuit ainsi : « Un aspect très significatif des fonctions sociales est leur perspective égalitaire. Un membre du groupe peut aspirer et parvenir à occuper de nombreuses et complexes fonctions sociales dont certaines peuvent paraître déraisonnables au regard de la logique occidentale. Ce sentiment très puissant d’appartenance à la famille, au lignage, au clan, est très caractéristique de la tradition africaine. Le groupe tend à occuper une place plus importante dans la vie sociale que l’individu. »(2)  Appelée “Ujamaa” en Tanzanie, la parenté est « la conscience sociale d’une appartenance commune. Reprenant enfin les termes du gouvernement socialiste du Kenya en 1965, il conclut à propos de la parenté, dans ces termes : La parenté est un code important. Les membres d’un clan nourrissent de profonds sentiments de solidarité envers leur groupe, C’est là-dessus que reposent leur sens de la responsabilité sociale mutuelle, leur sens du partage et de la coopération pour le bien du clan ou du lignage. L’individu n’est vraiment lui-même que dans la mesure où il offre en retour ses services au clan dans une espèce de réciprocité continuelle des droits et des devoirs liés à ses fonctions sociales» (3).

Lorsqu’on analyse l’Afrique d’aujourd’hui, il ne fait aucun doute que Ki-Zerbo a parfaitement raison ; celle d’hier est encore bien présente en celle d’aujourd’hui. C’est pourquoi, à ceux en Afrique ayant peur de la disparition de la première, nous pouvons énoncer qu’ils peuvent être parfaitement rassurés sur ce point ; la parenté continue de codifier en quelque sorte l’existence de la majorité des individus au sein des groupes sociaux (groupes ethniques ou régionaux, ethnies, quartiers des villes, cantons, villages, familles). A ceci près que, de plus en plus et s’agissant de leur place et de leur fonction dans la communauté, certains individus sont parvenus à gagner des exemptions fortement corrélées au niveau de leurs contributions à la vie du groupe d’appartenance. La parenté (le sang ou le gène) continue cependant d’être le déterminant d’une large partie de l’organisation sociale. Nombre d’africains eux-mêmes ne continuent-ils pas de de faire du sang la meilleure carte d’identité de chaque individue selon la célèbre formule de Jean-Marie Adiaffi (4) et le déterminant de son existence ? Dans ces sous-espaces sociaux (villes, quartiers des villes ou villages), la langue complète le sang. Car, qui peut énoncer que le matriarcat et le patriarcat ont été évincés par le système institutionnel officiel dans plusieurs espaces ruraux africains ? La question n’est donc pas la disparition d’une telle tradition, mais son adaptation aux nouveaux défis. Car, si la parenté continue de déterminer seule l’espace social commun, il n’y a aucune raison de s’étonner des conflits entre différents regroupements de systèmes lignagers sur des espaces désormais partagés que nous désignons États. Cela est important d’autant plus que, face à la fureur des différentes histoires, le sentiment d’appartenance n’a pu que se renforcer, selon le rôle et la place des africains dans ces séquences d’histoires. En effet, quand on traverse la vie organisée par la lignée, avec la certitude de gouverner les autres et d’être respecté par eux, en raison de sa lignée, avouons que dans ces conditions, quiconque ne peut que croire en la lignée. Quand au plus fort de la colonisation on pouvait échapper à ce qu’elle avait de terrible, comme le travail forcé et la torture par le seul fait de sa lignée, avouons que pour celui qui le constate, elle est une valeur. Cela dit, en quoi l’attachement à la communauté constitue-t-il une difficulté de nos jours ? Par exemple, les africains s’opposent-ils à propos de ce sentiment ? Qu’en est-il de l’attachement à la communauté dans l’Afrique d’aujourd’hui ?

Les communautés aujourd’hui

D’abord, il convient de savoir à quelles communautés les africains sont-ils attachés de nos jours.  Cela revient à désigner les communautés d’économie collective du progrès, telles que de nombreux africains les reconnaissent. Cette interrogation renvoie aussi à celle de savoir quel rôle la lignée joue-t-elle encore dans la constitution et l’existence de ces communautés et s’il y a de nouveaux déterminants ? Ensuite, il s’agira d’examiner si cet attachement constitue un problème de nos jours, là où hier il n’en existait aucun, en tous cas pas un qui ait été constaté et mis en commun.

Ce qu’on peut dire est qu’à l’échelon de la relation internationale, l’Afrique apparaît comme  la communauté d’appartenance, quand hier les clans, les ethnies, les royaumes l’étaient. Mais dès qu’on en arrive à l’échelon des relations intra-africaines et aux modalités de mener l’économie de l’existence, la communauté africaine se fractionne pour laisser apparaître des communautés étatique d’attache. Cela dit et depuis les indépendances, les africains n’ont jamais autant revendiqué d’être des africains et des africains de tel ou tel État. S’agissant des relations intra-nationales ou intra-Etatiques, il semble bien que les ethnies ou leurs regroupements en groupes communautaires ou régionaux ainsi que d’autres groupes sociaux ou religieux constituent les véritables communautés d’appartenance. Avec un petit effort de reconnaissance de la réalité, on ne peut nier celle de l’existence des subdivisions de ces groupes communautaires : en communautés cantonales, en chapelles religieuses, etc… Passés, ces subdivisions, on en arrive aux villages et au delà les villages, aux familles élargies (les communautés de base), quoique à bien y regarder, des familles nucléaires autonomes (père, mère et enfants ou quelque chose d’approchant) commencent à se constituer.

De quoi est faite désormais l’existence de l’individu ? A-t-il une place et laquelle ? A-t-il une fonction et laquelle ? A l’échelon national, le droit institutionnel régit désormais la communauté nationale. Il constate l’inégalité des êtres mais proclame la liberté d’être et l’égalité de l’existence des citoyens. Ce droit est supposé émaner de la volonté collective. Cette volonté est par conséquent supposée remplacer  la parenté qui constituait jusque-là le déterminant du droit inégal applicable au sein des espaces restreints analysés précédemment. L’individu n’occupe plus une place sur une échelle de la valeur et n’est plus une fonction. Désormais et conformément au système institutionnel, il existe tout simplement et librement, a une valeur (l’homme tout simplement) reconnue égale à celle des autres et à tout homme, sans que le sang ou ses gènes jouent un quelconque rôle. Il n’assume plus la fonction d’être au service de la continuité de la lignée et des règles lignagères : il est libre d’exister pour lui-même, les siens quels qu’ils soient, et d’établir avec eux la relation dont eux-seuls, alors libres, sont responsables de sa nature. En constituant les États que nous connaissons, les africains ont déplacé le déterminant de l’organisation sociale. Désormais, la suspicion sur l’authenticité du sang de l’homme (mâle) qui a donné le matriarcat par exemple a été officiellement remplacée pour tous les africains par la volonté commune et certaine de liberté et d’égalité (même si cela reste à démontrer), quelque soit le doute sur la pureté ou non du sang de l’individu et peu importe l’espace commun où se déroule son existence. Le droit institutionnel, basé sur la force de la volonté commune remplace le droit coutumier, appuyé sur l’incertitude sur le sang paternel et la certitude du sang maternel. Dorénavant, et dans le système institutionnel, l’incertitude sur le sang de l’individu ou la pureté de son sang en quelque sorte éminemment important dans le système matriarcal par exemple, ne joue plus aucun rôle, là où dans le système lignager, cette incertitude ne laisse aucun choix à l’individu mâle, entre sa descendance et son ascendance maternelle , mais lui impose son ascendance maternel. C’est pourquoi, chacun peut se poser les questions suivantes : peut-on donner du sens au fait d’aimer plus et de donner plus de valeur à ses sœurs, ses neveux et nièces par rapport à ses propres enfants ? Des hommes doivent-ils avoir plus de valeur que d’autres ou plutôt doivent-ils avoir une valeur variable (plus-valeur ou moins-valeur) suivant l’espace social considéré et la qualité de leur sang ? Ces questions sont importantes puisque la réalité montre l’existence d’une dualité de systèmes d’organisation sociale : l’institutionnel au plan officiel, d’une part et le coutumier ou lignager, au plan local, d’autre part. Cette situation ne semble faire l’objet d’aucune difficulté ni quelque situation qui oppose globalement les africains. En tous cas, si des divergences existent, elle sont peu exprimées.

Au contraire, il semble que dans les esprits de beaucoup d’africains, tout se passe comme si ce changement profond (institutionnel) n’a pas eu lieu ; comme s’ils n’étaient pas concernés par la constitution ou que leur volonté ne s’exprimait pas dans ce droit institutionnel. Sur ce point, on est en droit de nous interroger sur l’existence  par conséquent au niveau national d’un système dual d’organisation sociale : le droit officiel, relevant de la volonté commune supposée, d’une part et le droit coutumier, reposant lui sur la lignée, dont certains aspects rendus officiels par le droit officiel, d’autre part. Ce n’est pas tout. Car, quand au niveau national, le droit officiel codifie et promeut la liberté des individus et l’égalité des existences, au niveau coutumier, le sang continue de codifier l’inégalité sociale et imposer, par exemple dans le système matriarcal, la préférence de la communauté d’ascendance maternelle.

Sur ce point, il y a bien une flagrante opposition des systèmes d’organisation sociale. Les intellectuels africains africains eux-mêmes manquent dans leur grande majorité d’en débattre ouvertement alors qu’ils expriment des positions divergentes. Par exemple, si ceux comme Mbunda et Ki-Zerbo voient dans le pouvoir du sang et des gènes le déterminant de l’organisation sociale, ils divergent sur la qualification de cette organisation. Quand le premier juge la parenté comme le support de la liberté et de l’égalité dans l’Afrique d’hier (5), le second l’évoque comme la base de l’organisation sociale inégalitaire (6). Cet exemple rend compte d’une réelle opposition entre les africains contemporains s’agissant de la lecture faite d’une valeur du passé encore actuelle. Cette situation d’opposition est à rapprocher de toutes les lectures à propos du passé. Poursuivons donc. Maintenant que nous avons fait une ébauche des communautés africaines, examinons la relation des africains à ces différents échelons communautaire, régis soit par les règles institutionnelles, soit par des règles de parenté ou leur co-présence.

L’attachement communautaire aujourd’hui et Espace social  commun et d’économie collective du progrès

Rappelons la question initiale : existe-t-il un problème en lien avec la conscience sociale d’une appartenance commune, désignée par l’attachement communautaire ou le sentiment communautaire ? Pour traiter cette interrogation, examinons de quelle manière cette conscience se manifeste au niveau familial, villageois, communautaire ou ethnique ainsi qu’au niveau national et à l’échelon de l’Afrique.

Comme nous l’avons analysé, à l’échelon de la communauté africaine, la parenté continue d’avoir droit de cité. Les populations à cheval sur des États ne continuent-elles pas de s’impliquer dans les réalités d’autres pays (des communautés étatiques en construction) manifestant ainsi la solidarité requise par le lien de parenté initial, que les frontières n’ont pas naturellement supprimé. Ainsi, dans une circonstance où des africains considèrent que les membres de leur groupes lignagers ou historique, d’avant la colonisation, sont opposés à d’autres dans un pays donné, ils n’hésitent pas à obéir aux prescriptions du lien de parenté ou historique. A cela s’ajoute l’intérêt politique et économique. Ainsi, à l’échelon national, l’attachement à toute la communauté nationale (incluant des groupes communautaires lignagers ou historique différents) souffre de l’omni-présence ou de l’omni-préférence de parties de groupes lignagers extérieurs inclus dans des communautés nationales voisines. Dans l’état actuel de l’Afrique, ce lien reste supérieur au lien national, si nous le supposons comme l’attachement à toute la communauté constitutive d’un État donné et non comme attachement à l’État, en tant que pays, territoire.   Le fait que des pays africains, ce qui est minoritaire, ne comporte pas de groupes communautaires à cheval, ne modifie que très faiblement le niveau d’attachement à toute la communauté nationale. La question en arrière plan est de savoir pourquoi des africains partageant un même territoire, un même État, sont-ils plus attachés à des parties extérieures de groupes communautaires qu’avec des groupes que leur présent et leur futur les lie ?  Pourquoi sont-ils si peu attachés à d’autres groupes communautaires que les leurs alors qu’ils sont liés par l’histoire à produire leur présent et leur futur ?

De nos jours, outre la parenté, d’autres déterminants de la conscience sociale des africains d’une appartenance commune s’y ajoutent, en fonction des circonstances dans lesquelles se déroule leur vie : par exemple le fait d’être noirs, le souvenir partagé des traumatismes anciens que beaucoup n’ont pas vécu, le fait de relever de tel ou tel État africain. On peut ajouter à ces éléments, les difficultés quotidiennes rencontrées comme les manifestations de supériorité des uns vis-à-vis des autres, le partage du rêve d’une Panafrique. Au niveau des interÉtats, on peut citer des institutions comme l’Union Africaine et des organisations régionales, etc…, en admettant qu’elles traduisent une telle conscience. Il convient d’observer cependant que chacun de ces déterminants délimite un espace différent d’appartenance selon les circonstances de la vie. En effet, selon que ce qui leur apparaît comme une difficulté à résoudre exige de s’appuyer sur telle ou telle communauté par souci d’efficacité, un attachement tactique est démontré à l’Afrique, à tel État, à telle communauté ethnique ou groupe régional au sein de tel État donné et à telle communauté villageoise. Ainsi, on voit bien qu’être noir, citoyen de tel État ou originaire de telle région ou même village ne résiste pas longtemps en face de tel ou telle situation considérée comme problématique. On peut donc déduire de ces attachements circonstanciés que le problème tel que perçu est ce qui justifie que les gens soient attachés à une moment donné à telle ou telle communauté. Cet attachement est une partie de leur réponse à son égard. Il ne peut par conséquent constituer en soi un problème, ni le problème partagé que les africains peuvent précisément choisir de mettre en commun.

D’autre part et comme nous l’avons également vu, des opinions divergentes sont exprimées à propos du fait que plusieurs africains revendiquent d’être ou d’appartenir à telle ou de telle communauté, qu’elle soit sociale, régionale, religieuse ou autre. Par exemple, des africains reprochent à d’autres  d’avoir adopté la foi d’autres contemporains, de faire partie désormais de leur communauté et de mépriser ainsi les pratiques spirituelles africaines héritées. Quand plusieurs autres africains pointent le sentiment d’appartenance régionale ou ethnique, ne procèdent-ils pas ainsi en raison de ce que l’attachement à telle ou telle communauté révèle la considération de cette dernière comme espace d’économie durs progrès ? Or, il n’y a rien d’inacceptable en soi, donc aucun problème en soi à dégager de l’attachement à une communauté ethnique, religieuse, etc…, sauf à juger inacceptable le libre choix de chacun de croire en tel ou tel dieu, de faire de telle communauté, l’espace de réalisation de ses progrès et de sa sécurité. En revanche, ce à quoi ce résultat de l’exercice de la liberté renvoie, ce sont les questions suivantes : pourquoi le périmètre de la communauté d’attache est précisément ce qui est reproché et pourquoi des africains en font usage comme leur espace social d’économie collective du progrès, alors même qu’ils revendiquent dans le même temps appartenir à un espace partagé qu’est leur État ? Ainsi, ce sur quoi les africains ne sont pas accordés, c’est ce qui justifie qu’ils limitent leur attachement à telle communauté et en fassent leur espace social d’économie collective du progrès. C’est aussi ce qui explique que la solidarité s’exerce au sein de telles communautés.

L’importance de la lignée n’a jamais disparu de l’esprit des hommes. Et, le sentiment d’appartenance à une communauté donnée n’est pas une tare de l’Afrique ; c’est même le signe d’êtres sociaux, raisonnables pour être capables de reconnaître et de s’attacher à un espace qui garantit mieux leur sécurité, par rapport au problème tel qu’ils l’identifient. L’enjeu est bien le problème commun au XXIe siècle ; celui dont la résolution implique de modifier le contour de la communauté d’attachement. Sur ce point, il semble bien qu’il y ai une difficulté : l’identification de problèmes privés et le périmètre de l’espace social d’économie collective du progrès. Une telle difficulté ne peut être surmontée sans mettre en commun le problème. Traiter les oppositions sur la liberté et l’égalité peut permettre de l’approcher. Car, quand on croit qu’on a plus de valeur que d’autres et qu’on doit être servi, comment peut-on alors mettre en commun les communautés respectives avec des gens dont on attend qu’ils acceptent d’être en bas de l’échelle et qui à juste titre refusent une telle option ? Ainsi, la difficulté est belle et bien liée à l’attachement à l’échelle des valeurs et non à la communauté en soi. D’une certaine manière, l’attachement à une communauté restreinte apparaît davantage comme un moyen pour chacune des communautés de se renforcer face à cette divergence qui les oppose et les met en situation de conflit permanent et rend impossible un espace social élargi commun. Nous pouvons néanmoins convenir qu’au lieu qu’il constitue une réponse adaptée, le sentiment communautaire limité constitue la réponse privée à un problème que chacun privatise : le fait que chaque communauté veuille vivre en dominant les autres. En étant inacceptable pour chaque communauté restreinte, leurs membres trouvent en leur attachement à leur groupe communautaire le moyen de le renforcer pour faire face à cette passion partagée.

Ki-Zerbo nous enseigne que l’Afrique d’hier est encore présente dans celle d’aujourd’hui  pour qui sait voir (7). C’est ce que nous avons fait en la regardant et surtout en la voyant de plus près comme précédemment. On peut aussi rappeler simplement certains éléments évoqués à propos de la solidarité. A l’analyse, nous sommes parvenus au fait qu’elle s’exerce principalement au sein des communautés restreintes, à la quasi exclusion de l’échelon national. En prenant comme repère de l’analyse du sentiment communautaire, la communauté d’économie collective, telle qu’elle est considérée par les africains et telle qu’elle constitue l’espace solidaire, nous aboutissons au fait  les communautés restreintes (groupes communautaires, ethniques, villages, familles, etc…) constituent le repère recherché. La communauté nationale africaine ne représente par conséquent pas dans la plupart des cas, pour les nationaux africains de chaque État,  l’espace social solidaire, mais celui partagé. Et, lorsque nous regardons de près les éléments constitutifs des communautés restreintes solidaires, le lien de parenté sociale du plus proche au plus lâche est l’un des principaux ressorts. Vient ensuite la parenté linguistique ou culturelle qui elle-même est soit une dérivée de la parenté sanguine, soit une résultante de la parenté historique. Ainsi, l’Afrique d’hier est encore bien dans celle d’aujourd’hui : le lien de parenté (sanguine, linguistique) est ce qui définit majoritairement le périmètre de l’espace social solidaire, donc de l’espace d’économie collective du progrès. Si naguère les africains faisaient être et, reprenant la formulation de Mbunda, les « groupes organiquement solidaires, garants de leur soutien mutuel, de leur défense et de leurs droits aux ressources » et les organisaient sur la base de la parenté, on peut énoncer que de nos jours, cette manière de procéder est encore valable, au mépris des changements profonds dus à l’histoire et malgré les nombreux africains nouveaux. La parenté, qu’elle soit sanguine ou historique continue de faire, dans une large proportion, des communautés restreintes africaines au sein des États les cadres réels de la solidarité et ceux au sein desquels la plupart des africains sont attachés les uns aux autres.

Attachement à la communauté, Ethnocentrisme et le problème

En parvenant à ce point, une question s’impose aux africains. Elle ne consiste pas à savoir si l’attachement à une communauté donnée constitue un problème ou pas. Parce qu’il n’y a pas d’homme social s’il n’existe aucun lien qui le relie à un autre. L’homme en tant qu’être social ne peut constituer comme tel un problème, ni ce qui le défini, à savoir le lien social. En revanche, le périmètre de l’espace social auquel un homme est attaché rend compte de ses peurs, de sa confiance, de ce qu’il considère comme l’espace de sa sécurité, celui de la solidarité et d’économie du progrès : en somme celui qui rend possible son existence et la nourrit. Il rend également compte de l’accueil, nécessaire pour mettre en commun les communautés d’attache. La seule question qui présente un intérêt pour chaque africain au sujet du sentiment communautaire est la suivante : Désormais, dans un espace social partagé au sein duquel des espaces sociaux restreints constituent ceux de solidarités exclusives et d’économies privées du progrès des uns aux détriments des autres et vis-versa peut-il devenir un État ou une nation, au sens espace social commun d’une solidarité inclusive ou d’une communauté nationale d’économie collective du progrès au profit de tous ? Un tel espace peut-il être apaisé et durable s’il n’opère pas ce mouvement ? C’est la raison pour laquelle l’attitude des africains qui parviennent à s’étonner des conflits récurrents entre communautés africaines au sein des États ne peut que reposer sur un défaut de bon sens, considérant l’espace social partagé, à savoir l’État, comme celui d’un espace déjà mis en commun par les africains eux-mêmes. Les faits montrent le contraire.

Pour clore ce point, rappelons que le sentiment d’appartenance à une communauté ne constitue aucunement un problème en soi. En revanche, il y a bien un lien entre le périmètre de cette communauté et ce que ses membres se représentent comme leur problème commun. Puisque, de par l’histoire et aux yeux de ceux qui y sont attachés, la communauté est l’espace social commun de sa résolution collective. C’est bien ce problème qu’il faut chercher et mettre en commun. Faute de quoi, les appels à une communauté élargie ne s’adressent qu’à des gens qui ne peuvent que les ignorer et ne pas comprendre leur intérêt. Car quelle est la seule raison de constituer une communauté commune si elle n’a pas vocation à constituer une espace social commun pour résoudre ensemble un problème commun défini ensemble ? Cela dit, les africains savent que des communautés restreintes, auxquelles la grande majorité des africains sont attachés, vivant les unes à côté des autres, au sein des États constitués par la force de l’histoire, se battent pour s’approprier le pouvoir dus aux États. Ils aspirent à mettre ces pouvoirs au service d’économies privés communautaires du progrès. C’est pour cet objectif que le sentiment a mué en moyen politique. A ce sujet, Bernard Zra Deli énonce qui suit : “Sentiment de repli sur soi, sur son ethnie, son groupe social, l’ethnocentrisme est l’une des tendances engendrées par le contact avec l’extérieur. Cette attitude de la prise de son ethnie comme centre du monde et de toute vérité n’épargne personne ; car toute rencontre avec “l’autre” nécessite une méfiance”.(8) Est-ce raisonnable d’énoncer que le repli des communautés ethniques africaines sur elles-mêmes a été engendrée par le contact avec l’extérieur ? Rappelons simplement que c’est ce centrage ethnique qui a amené certains Hutus à tenter de maintenir une domination sur les Tutsis, dont le refus a abouti au génocide du Rwanda de 1995. Au sein des différents États africains, des communautés ethniques ou royales n’ont pas attendu l’arrivée de certains Européens pour croire qu’ils étaient supérieurs à d’autres. Ceux des groupes ethniques, constitués en royaumes et qui en domestiquaient d’autres pour finalement les commercialiser auraient-ils procédé ainsi si un sentiment d’être supérieur ou d’être le centre du monde ne traversait pas auparavant leur esprit ? Et tous ces rois qui se faisaient appeler les plus grand des hommes, se sont-ils désignés ainsi à la suite de ces rencontres ? Il n’y a pas si longtemps que des unions matrimoniales interethnique relevaient de la fin du monde. Le temps est venu d’approcher la vérité historique : le centrage ou repli communautaire ne date d’aucune rencontre des communautés africaines avec d’autres hors d’Afrique. Nous pouvons reconnaître que la fureur de l’histoire, a pu sans aucun doute renforcer le centrage communautaire pour échapper à la domestication ou domination par d’autres. Et si des communautés extérieures ont pris une grande part à cette rage de supériorité, ce n’est pas cette situation qui a appris aux africains à se fermer sur leur communauté. En revanche, on peut partager son avis quand il énonce : “L’ethnocentrisme se manifeste par les rivalités ethniques et trouve le tribalisme comme force centrifuge. Cet enfermement dans un ghetto culturel ethnique n’épargne pas le monde culturel africain. Par crainte d’être absorbés par la culture de l’autre, d’abandonner les anciennes pratiques et traditions, nombreux sont ceux qui se plaisent aujourd’hui dans un ghetto culturel en Afrique”.(9) On peut ajouter à cela que là où hier, chacune des communautés restreintes, en étant dans son son territoire, pouvait être en guerre avec une autre, dans le sien, les communautés partagent désormais le même territoire, par la force de l’histoire. Au lieu que le conflit pour la domination relève d’une expansion-intégration territoriale,  désormais, le conflit vise à dominer le territoire partagé ne relevant pas que de leur fait.

Pour devenir l’instrument politique en vue de prendre, d’exercer et de conserver les pouvoirs, constitués par la plupart de ces États,  le sentiment d’appartenance communautaire a mué en sentiment ethnocentriste. En étant un moyen de domination et d’exclusion des autres communautés de l’espace social d’économie du progrès, sans lequel aucun progrès n’est possible, l’ethnocentrisme est un instrument politique, contrairement à l’attachement à la communauté qui est la reconnaissance d’un espace social et d’une relation agréable entre ses membres, car participant à l’équilibre. Mais, dans la mesure où l’espace social partagé est privatisé, cela ne peut conduire en réalité qu’à un espace de conflits, donc incompatible avec un progrès collectif continu et durable. Cela dit, il ne suffit pas de pointer l’ethnocentrisme pour que les choses changent, d’autant qu’on en ressent les effets sans pouvoir en faire une démonstration satisfaisante d’une quelconque communauté ethnocentriste. Tout ce qu’on peut dire est que des africains doivent être mentalement désarmés par rapport à ce qui justifie qu’ils ne veuillent pas s’abandonner à un espace commun. Puisque personne ne peut identifier, ce désarmement exige que tous les africains acceptent de débattre de ce qui justifie le périmètre limité de la communauté solidaire et à laquelle ils sont attachés ainsi que pourquoi ils entendent ne pas partager le pouvoir constitué collectivement. Cela nous ramène à la passion d’être déjà examinée. Ainsi, au lieu d’être constitutif du problème recherché, l’attachement à la communauté est une réponse humaine. Certes, il mue en ethnocentrisme, un mécanisme de réponse tout aussi humaine d’une communauté qui craint son environnement et pense trouver dans sa domestication ou la résistance, selon les circonstances, la solution à sa crainte. La crainte elle-même repose sur l’idée que l’environnement l’empêche d’avoir la valeur qu’elle se donne. Comme on le voit, l’ethnocentrisme est le moyen de réaliser la passion d’être qui peut elle même fait très souvent face à une passion identique. Mais, il n’est qu’une réponse privée à un problème privatisé : celui inacceptable pour la communauté donnée de ne pas avoir la valeur particulière et haute qu’elle se donne dans son environnement partagé avec d’autres ; ce qui implique que ces autres en aient une, mais de basse valeur pour permettre à la sienne de l’être. Voici l’enjeu de l’ethnocentrisme et de tous les centrismes. Et, si cela ne suffit pas, que chacun se pose la question suivante : existent-ils des gens qui refusent les bras tendus par d’autres, sourires aux lèvres et qui préfèrent rester entre eux ? Existe-il un autre choix que de rester entre eux pour des gens auxquels d’autres, courroux manifestés, ne tendent pas les bras ? Des communautés d’attache peuvent-elles s’élargir, autrement qu’en s’ouvrant et en s’accueillant mutuellement par des bras mutuellement tendus pour réaliser ensemble la communauté commune ? Cela est-il compatible avec l’idée même de supériorité ?

____________________________________________________________________________________________

(1) Fr. D. Mbunda  «  Valeurs culturelles, tradition et modernité », in UNESO, Problèmes de la culture et des valeurs culturelles dans le monde contemporain, 1983, pp11-79

(2) (1) Ibid

(3) (1) Ibid

(4) jean-Marie Adiaffi : « La Carte d’identité», Paris-Abidjan, Hatier-CEDA, Coll. Monde Noir, Poche, 1980.

(5) Ki-Zerbo : “La civilisation africaine d’hier et de demain”, Éditions Présence africaine, 2006, p. 15

(6) (1) Ibid

(7) (5) Ibid

(9) Bernard Zra Deli : « L’impérialisme culture occidental et devenir de la culture africaine: Défis et perspectives, Grand Séminaire Saint Augustin de Maroua, Fin de cycle de Philosophie (Licence) », 2008, http://www.memoireonline.com › Arts, Philosophie et Sociologie › Religion

(9) (8) Ibid

GNG

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *