La question à débattre : Quel est le problème commun de l’Afrique ?

Quel est le problème commun de l’Afrique ?

Telle est la question centrale débattue en cet espace. Cette interrogation est en soi une prétention, puisqu’elle suppose l’existence d’une telle réalité, celle qui explique sa marche lente, voire son arrêt et peu productive, pour ne pas dire peu efficace. Le lecteur patient, parvenu à cet article peut s’impatienter que l’hypothèse de problème ne soit pas encore identifiée. On tourne autour du pot en quelque sorte, pense-t-il ? On peut entendre son impatience. Mais, une question se pose cependant. Est-il sûr que le débat peut reposer sur des bases accordées sans accord préalable sur la question centrale ?

La question est le cœur de ce débat. Elle constitue l’une des clés de lecture et de contribution au débat : d’un côté ceux qui mettent en commun cette supposition et de l’autre, ceux qui posent le contraire. Mais, au sein même du premier groupe auquel j’appartiens, sommes-nous tous d’accord sur les termes même de la question ? Si tel n’est pas le cas, comment parvenons-nous à une quête commune fructueuse et aboutissant à démontrer au second groupe son erreur ?  Voici le premier enjeu. Car, la question est à l’évidence simple. Mais, il ne faut pas s’y tromper, elle est plus complexe que ce donne la première impression. Car quelle réponse attend-on de “quel” ? Que signifie “problème” et sa caractéristique “commun”, veut-elle dire “partagé” ? Enfin, de quelle “Afrique” s’agit-il ? Ainsi, il est primordial que la question à débattre soit clarifiée ; ce qui implique d’obtenir un accord minimal sur sa compréhension.

Notre approche nous conduit à nous placer dans la lumière des règles grammaticales, pour observer que le sujet à comprendre consiste en une phrase ; sa structure à juste titre interrogative est ponctuée par un point d’interrogation (?). Il est donc une interrogation ; il invite par conséquent à trouver une inconnue et non pas à s’épancher, sans direction ni but précis, sur une réalité donnée. Dans le développement de l’approche, on analysera les termes du sujet, donc de la phrase. Pour cet exercice, on se placera aussi sous sous l’autorité de quelques catégories définies par Aristote – histoire de jouer à l’apprenti-philosophe.

Débat autour de la compréhension d’une phrase

Accord sur le complément

La phrase commence par un déterminant  : “quel”. Il est aisé de remarquer qu’il renvoie à trouver une réalité singulière puisque par sa connaissance, on désigne le problème particulier recherché : on le détermine. Le désigner implique que le problème sera posé et clarifié. Le problème désigné et substitué à “quel” fait partie d’une espèce de réalités nommée le problème, lequel à son tour appartient à un genre de réalités qui n’est rien d’autres que tout ce que nous analysons et désignons ordinairement par “la difficulté”. Aux difficultés, les philosophes préfèrent le terme savant “d’apories”, pour dire contradictions, embarras, tant celui qui est concerné se trouve dans sa marche (celui de son esprit vers ce qui est vrai, donc acceptable) devant deux situations. S’agissant de l’Afrique, elle se trouve en face de deux situations consistant en ses conditions concrètes d’existence et celles auxquelles elle aspire. Ainsi, nous cherchons à identifier et à désigner ce problème singulier, au milieu d’un ensemble d’autres problèmes singuliers, eux-mêmes consistant en une manière de mettre en équations d’innombrables difficultés rencontrées et à résoudre . Par conséquent, poser ce problème, c’est l’identifier, c’est préciser ce qu’est “quel”, comme la forme sous laquelle le problème de l’Afrique se présente. Par cette opération même, on accède à sa substance, à ce qui fait sa singularité par rapport tout ce à quoi on l’assimile parfois. Le fait que le déterminant “quel”, soit associé au verbe d’état conjugé ici “est” en fait l’attribut d’un problème particulier parmi d’autres. Trouver l’attribut en le posant permet de de spécifier. Comme tel, “quel” est un qualificatif de ce problème, il clarifie son état. Comme qualificatif  soit au singulier, il implique de trouver un problème unique et non des problèmes que certains analystes voient souvent partout, dès qu’il s’agit de l’Afrique. La réponse recherchée ne peut donc pas consister en l’évocation ou la désignation de problèmes, certes dignes d’intérêt pour l’analyse et la quête. La catégorie de la quantité ou du nombre de la réalité recherchée est ainsi partiellement précisée ; nous compléterons ce point ultérieurement. Ainsi, on cherche donc un problème singulier posé et non des problèmes posés, encore mois des réalités ne consistant ni en des problèmes, ni en des problèmes posés.

Accord sur la signification du verbe

Ensuite, le groupe verbal. “Est”. Il s’agit de l’auxiliaire être. Le fait d’être conjugué au présent oriente la recherche et suggère de déterminer la qualité ou l’état de ce problème singulier. Le temps de conjugaison (présent) impose de trouver le problème actuel, vécu par les africains aujourd’hui ; inutile donc de chercher un problème du passé ou de faire l’hypothèse de problèmes futurs. Le présent implique également qu’en plus de ne rechercher qu’un problème singulier, il est inutile d’en rechercher un autre qui soit continu ; en d’autres termes dont on ferait remonter l’existence depuis le passé. Il s’agit donc bien du problème tel que les africains le perçoivent à l’instant même où ils se pose cette question. Les termes de la quête se précisent ainsi : le problème est singulier parce qu’il est unique, actuel et non continu en venant du passé ou discontinu, parce qu’actualisé au présent. Il est celui concret des africains à chaque instant où chacun ils se pose cette question ; quelles que soient par ailleurs les circonstances dans lesquelles elle est posée. Ce problème peut renvoyer des d’actions dont il résulte ou qu’il induit, sans être ces actions qui lui sont liées. La réponse à la question ne consiste donc pas en des causes, des réponses et des conséquences. En parvenant là, on voit bien qu’il faudra donc distinguer ce problème de réalités consistant en causes, réponses, conséquences, qui néanmoins à préciser pour les distinguer de lui.

Accord sur le sens du sujet

Enfin, le groupe sujet : “le problème commun de l’Afrique”. En l’état, c’est un véritable groupe sujet. Il facilite la quête en nous précisant la relation du problème singulier recherché et sa qualité : “quel”, comme état ou désignation, doit être celui d’un problème de l’Afrique. Sa singularité est renforcée par l’épithète “commun” le distinguant de tous les autres problèmes de l’Afrique. En concernant l’Afrique, il donne une idée du lieu où il se pose et est posé et où ceux qui sont censés le définir et agir en face résident majoritairement. Mais, on ne sera pas plus avancer en restant là, car qu’est-ce que l’Afrique du groupe sujet ? Le sujet qui comporte plusieurs termes doit par conséquent être clarifié : “Le problème” est ce dont on cherche un état, une désignation, une qualification, laquelle est l’inconnue “quel” à trouver ; l’inconnue qualifie et désigne à la fois le problème singulier dans cette espèce de réalités désignées par “le problème”. Peut-on désigner ce problème singulier sans avoir défini l’espèce de réalités qu’est le problème et à laquelle il appartient ? Pourra-t-on valider quelque réponse concernant sa désignation si aucun accord préalable concernant la définition du problème ne sert d’étalon ? Et, comment clarifier ce que signifie le problème”, si nous ne le distinguons pas des termes proches comme une question, une interrogation, une équation, un mystère. Comment le distingue-t-on de la difficulté, qui est le genre du problème et qui regroupe toutes les réalités que nous nommons par “difficulté” ? S’agissant de “commun”, comme épithète, il est un qualificatif du problème particulier recherché. Il nous indique que parmi tous les problèmes singuliers de l’Afrique identifiables, il s’agit de ceux qui sont communs à l’Afrique. Et “commun” signifie-t-il “partagé”par les africains ou “mis en commun” ? On le voit, il est nécessaire de disposer d’un accord sur ce point, sur la base peut-être de critères convergents. Et, parmi les problèmes qui répondraient à la définition de “commun” ayant fait l’objet d’un accord, comment valide-t-on celui précisément qui soit, non seulement singulier mais commun à l’Afrique, si l’Afrique n’est pas définie ? Nous en arrivons enfin au terme “de”. Cette préposition rattache le problème commun à trouver au terme “l’Afrique”, faisant du problème singulier commun recherché, celui de l’Afrique. Mais, alors, “de” introduit-il le lieu où ce problème est observé ou vécu, ou indique-t-il introduit-il des détenteurs ou propriétaires ou indique-t-il simplement ceux qui le définissent ensemble comme un problème commun, en raison d’être concernés par ses manifestations et donc à traiter ensemble ? Même si nous parvenions à un accord sur ce que nous entendons par l’Afrique, ne pas s’accorder sur le sens de “de” permet-il de clarifier la compréhension de la question ? A l’évidence, non. Et, si l’Afrique n’est pas définie ou du moins l’objet d’un accord, la réponse à la question initiale ne peut faire l’objet d’aucun accord.

Le débat sur la compréhension de la question est nécessaire.

 Comme on peut s’en rendre compte, tout cela est indispensable et nécessite d’être débattu. Pour éviter des quiproquos et des monologues juxtaposés, envenimant inutilement trop souvent le débat, dès qu’il est engagé. Il ne nous reste plus qu’à poursuivre la discussion pour tenter de préciser les termes de la phrase introductive du débat. L’enjeu en vaut la chandelle : nous accorder sur le sujet à traiter, disposer d’un cadre accordé d’analyse, de moyens accordés de confronter les hypothèses de réponses et de ceux permettant de nous accorder sur l’hypothèse approchant le plus la réponse à la question posée.

Le débat, y compris terminologique et méthodologique, que nous engageons sur ce point produira,  en fonction des avancées, le temps nécessaire pour un accord sur les bases de la quête et de la discussion du problème commun de l’Afrique. Le stade où nous en sommes nous renvoie aux questions suivantes : Comment distinguer le problème particulier recherché d’un autre ? Qu’est-ce qu’un problème, par rapport à une difficulté, une question, un mystère ? Qu’entendre par qu’un problème commun ? Qu’est-ce que l’Afrique dont nous recherchons son problème commun ? etc… Voici les termes de ce débat avant que quelque hypothèse ait un sens.

GNG

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