Dans la calebasse de “bangui” ou de vin de palmes, l’histoire sous les yeux !

Le palmier rônier (à gauche) et le palmier à huile (à droite)

Rentrant de vacances, j’ai eu l’occasion de reprendre contact avec le village, l’histoire d’hier, certes en cours de modification. Aller aux champs, voir les palmiers et partager le “bangui” (par exemple) sont des expériences qui m’ont aussitôt ramené à mes réflexions. Parmi elles, l’intelligence dans le fait de déraciner ce qui n’est pas haut (le palmier à huile), d’une part et de grimper au sommet de ce qui l’est (le palmier rônier).

Le vin de palmes ou “bangui” est un objet de convivialité connu de nombreux ivoiriens, adeptes du précieux sésame et même des non consommateurs. Si on s’arrêtait à ses saveurs et odeurs différentes selon sa source ou aux méthodes de son extraction, la sève préférée (parce enivrante) ne nous livrerait pas ce qu’elle pourrait raconter de l’histoire des africains en particulier, des hommes en général. De coutume, après consommation, il convient d’étaler son fond de calebasse (ou de verre de nos jours) de bangui sur le sol, même quand le liquide ne comporte aucun dépôt. Certains consommateurs prétendent même parvenir à y lire l’avenir, à moins que ce soit la conscience d’une histoire douloureuse de lutte pour être et pour exister, en tant que des humains.

Une inconséquence, mais en apparence seulement

Pour approcher le “bangui”, au-delà de ce que chacun sait, il convient de se poser la question suivante.

Pourquoi, alors que la sève du palmier pourrait s’extraire arbre debout, comme le palmier dattier ou le palmier rônier, le déracine-t-on d’abord ? Pourquoi, alors que le palmier à huile moins haut et même à portée des mains d’un homme debout fait-il l’objet d’un harassant déracinement préalable avant de procéder à l’extraction de sa sève, quand le palmier rônier haut de 80 à 100m ne subit pas un tel traitement , Pire encore, pourquoi des hommes grimpent-ils à sa cime, mettant en jeu leur existence, en échange de récolter sa sève. Bref, pourquoi la sève du palmier rônier semble avoir obtenu une égale valeur à leur vie aux yeux de ceux qui tentent d’en disposer ? Pourquoi enfin y accéder est-il devenu la condition d’affirmation de leur égale existence  ?

On peut aborder cette question en faisant appel à des considérations relatives à la physiologie végétale ou physiques, s’agissant des conditions ou mécanismes d’écoulement de la sève. Sans doute que d’autres considérations fondées sur des constats empiriques,  peuvent fournir quelques hypothèses de réponse. Mieux encore, peut-être qu’une analyse expérimentale de la question pourrait nous éclairer d’avantage. Toutefois, quelles qu’elles pourraient être, si l’on s’en tenait aux hypothèses auxquelles pouvaient nous conduire ces chemins de réflexions, on omettrait d’explorer l’histoire de la coexistence des hommes concernés. Telles ou telles pratiques pour disposer de la précieuse sève constituent leurs réponses, en face des problèmes tels qu’ils ont perçus qu’ils se posaient à eux.

On peut également évoquer l’axiome de la finalité de la moindre souffrance au terme de l’application duquel des hommes en Afrique on jugé que le fait de faire l’effort de grimper coûtait moins que celui de consacrer une dure labeur à l’arrachage des racines du rônier plus solidement encrées dans le sol que celles du palmier à huile. L’hypothèse à laquelle une telle piste permet de parvenir serait immédiatement mise en échec par l’exposition même de la vie (dans l’option de grimper vs effort pour déraciner). Parce que non seulement l’exposition extrême de sa vie ne constitue pas la meilleure réponse aux difficultés de l’existence, mais surtout une telle situation est constitutive d’une plus grande souffrance.

Réflexion approfondie, il semble finalement que c’est en tentant d’échafauder une certaine lecture de l’histoire des africains d’hier que l’on peut approcher une compréhension de ce qui semble apparaître à première vue comme étant dénué de bon sens de la part des aïeux : à savoir, le fait de déraciner le palmier à huile, cime à maturité à quasi-hauteur d’homme, d’une part et de grimper à la cime du palmier rônier à plus de 80m de haut, d’autre part.

En effet, par principe nous considérons que les hommes d’hier étaient aussi intelligents que ceux d’aujourd’hui. En conséquence, il vient qu’il n’y a aucune marque de déraison ou manque de sensibilité de leur part dans cette situation à priori incompréhensible. Il faut donc découvrir la marque d’intelligence dont ils ont fait preuve en elle. En trouvant cette inconnue, une part d’histoire africaine s’éclaircira. Partant de cet éclair, on peut espérer secouer un stop devant lequel les africains, organisés en communautés nationales piétinent et se marchent trop souvent sur les pieds jusqu’à générer des échanges d’actes violents à leur propre détriment. La conception de la propriété constitue ce stop devant lequel ils s’affrontent trop souvent.

Dans le développement à venir, nous verrons :

  • Que des hommes se sont appropriés la terre, y compris tout ce qu’elle contient et qui peut réduire leurs souffrances de vivre, comme quand ils ont préféré le palmier à huile aux autres palmiers et ont rendu sa sève aussi noble qu’eux-mêmes.
  • Que,  pour faire démonstration de puissance et inspirer la terreur, ils ont exigé d’autres de souffrir, de déraciner le palmier à huile (sève pourtant extractible debout ) pour leur permettre de profiter seuls de sa sève, faite “boisson du noble”.
  • Pourquoi, détenteurs sans partage de la terre, ils ont dénié le droit à d’autres en faire des outils métalliques de déracinement ou de coupe du rônier, pour accéder sans risque à sa sève.
  • Comment, l’homme libre mais temporairement vaincu, a espéré, a démontré son génie et l’a mis au service de sa volonté de résister à l’arbitraire et de vivre en homme libre. En se hissant à la cime du rônier, à la seule force de son esprit, pour se procurer une variété du précieux sésame que d’autres lui interdisaient – ne lui tolérant cette variété de la sève qu’au prix d’accepter que son existence qu’il expose ait une moindre valeur que la sève défendue (du palmier à huile) et que la sève tolérée (dattier, rônier).

Avant de poursuivre la question traitée en cet article, rappelons ses termes. Pour extraire la sève ou “bangui”, pourquoi les aïeux sont-ils parvenus à une double pratique en apparence dénuée de bon sens ? En effet, pour extraire la sève de l’arbre, ils déracinent le palmier à huile, à portée de leurs mains alors qu’ils mettent leur vie en jeu en grimpant à la cime du palmier rônier (80 à 100m environ).

De l’animalité et de l’appropriation fondée sur la violence à l’humanité

Convenons que la Terre est première pour pouvoir supporter les hommes qui y sont apparus. Ils sont mêmes faits de terre et y ont surgi alors qu’elle n’appartenait à aucun d’eux. Aux premières périodes de socialisation, qui ont concerné les hommes, les animaux et même les plantes, la loi du plus fort fondait l’appropriation de ses parties. Des parties accaparées de la terre et ce qui s’y trouve seront des que territoires de chasse, de pêche et de cueillette et de croissance. Ensuite, l’humanisation progressive reposera sur la loi de la coexistence et de la coopération.

Dans un double mouvement, les uns acceptent d’abandonner l’idée de tirer temporairement avantage de leurs forces supérieures à d’autres. Quant aux autres, conscients des limites de leurs forces, acceptent sans aucun effort de reconnaître un privilège exorbitant aux premiers : celui d’être propriétaires de portions de l’espace de coexistence ainsi que de ce qu’elles contiennent, un espace pourtant sans propriétaire connu initialement. Ils seront rejoints dans leur raisonnable décision par d’autres encore, malgré l’avantage qu’ils pourraient tirer de leurs forces. Ainsi, la société des hommes s’est bâtie avec le ciment, d’une part, de la force coercitive de la vanité d’un côté et, d’autre part, d’un bon sens proche de la faiblesse, proche cependant de l’abandon de soi, qui amène parfois à accepter l’inacceptable, sans rien négocier ni tenter de faire valoir son droit inaliénable à exister en l’espace commun.

Un autre bon sens, proche de la sagesse humaine humaine y a aussi contribué. Ce dernier considère qu’il existe toujours une force brute de la violence supérieure à une autre de même nature. Elle a le pouvoir de reléguer cette dernière au rang d’illusion. Cette dernière force n’est autre que celle mise en œuvre pour posséder unilatéralement ce qui ne peut en réalité l’être durablement que fondé sur une convention ou accord des hommes. En abandonnant sous l’ordre de son propre esprit la conception de la propriété fondée sur la force brute (possédée ou dépourvue), les hommes réalisent leur humanité, en coexistant selon leurs conventions illimitées et durables et non selon leurs forces limitées et circonstancielles.

La sève du palmier à huile élevée au rang de “vin de nobles”

Extraction du bangui

 

D’abord, il convient de considérer que déraciner le palmier à huile est premier par rapport à grimper jusqu’à la cime d’un palmier rônier. Sans doute que la découverte de la sève ou “bangui” est fortuite. A la faveur d’un phénomène naturel violent, comme par exemple une tempête ou un orage, un palmier à huile s’est retrouvé déraciné et brisé. Des hommes attentifs à leur environnement ont peut-être simplement observé et bu la sève s’écoulant de la zone de bris. La domestication de ce phénomène et son perfectionnement par des hommes en Afrique donneront la pratique connue d’extraction  de la sève du palmier à huile. Cela supposé, pourquoi ont-ils grimpé sur le palmier rônier ?

Des africains s’étant imposés comme les propriétaires de l’espace de coexistence, de ce qu’il contient, y compris même des hommes qui y coexistent ont privatisé, avec la plus grande rigueur, tout ce qui peut réduire à leur seul profit, les difficultés et la grande souffrance de vivre des hommes et d’agrémenter leur existence. Le palmier à huile et sa sève le seront dans ce but. Dans l’espace désormais d’une coexistence tolérée sous conditions, seul le propriétaire peut ordonner l’extraction de sa sève, pour son noble plaisir. Il y parvient d’autant mieux qu’il faut un outil pour le déraciner, que la bêche nécessaire pour y parvenir provient du fer et que ce dernier lui-même est fait d’une terre particulière, comme l’argile pour le pot (canari) du potier. La terre appartenant au propriétaire de l’espace, autant observer que l’outil de déracinement du palmier à huile aussi. Ainsi, même pour un téméraire “voleur”, il lui faudrait un double vols au moins pour disposer clandestinement de la sève du palmier à huile : voler un peu de terre et quelques palmiers. Ainsi, la sève partiellement fermentée qui devient le “bangui” est non seulement un objet de plaisir et de convivialité pour les seuls nobles, mais surtout une frontière : entre des hommes, des nobles y ayant accès et les autres, des sous-hommes. L’ordre requis et donné par le propriétaire aux non possédants pour déraciner ses palmiers à huile et extraire leur sève et la lui porter, sans droit d’en consommer, est en lui-même une démonstration de puissance, de noblesse de domination de gens avec lesquels il coexiste et une manière de réitérer sa propriété de l’espace de coexistence. Inutile d’ajouter que la présence de ces palmiers à huile ne doit rien à un quelconque effort de production qu’il n’a pas réalisé au demeurant. En définitive, parce que la sève du palmier à huile a acquis par la violence, comme le proriétaire terrien, un statut de boisson royale, des hommes dominés marqueront leur refus de manière non frontale. Car, face à ce tableau, peut-il exister des hommes qui acceptent d’augmenter leurs difficulté et leurs souffrances de vivre et de n’être que des moyens à d’autres de réduire les leurs et de rendre leur existence agréable et supportable ? Ni naguère, ni de nos jours, de tels hommes existent. Grimper sur le palmier rônier pour disposer de la sève défendue, voici l’acte de résistance des sans propriétés.

L’acte de résistance des “Sans Terre” au prix de leur vie

Rappelons que des africains se sont approprié tout l’espace vital, y compris tout ce qu’il contient, y compris d’autres africains, transformés en moyens de réduire leurs difficultés et de satisfaire leurs plaisirs égoïstes. Sans doute, parce que ces derniers ont été vaincus par leur violence ou par leurs propres peurs à son égard. Pourtant, dans cette obscurité, eh bien, il leur est resté l’essentiel : les hommes qu’ils demeuraient aux yeux d’eux-mêmes. Naguère, des africains ont été probablement vaincus par la vanité de certains de leurs propres congénères. Des africains propriétaires de tout ne leur ont toléré que la possibilité de sacrifier leur vie pour la préserver et pour parvenir au plaisir de la consommation d’un artefact du véritable plaisir auquel eux avaient droit : la sève d’autres arbres, y compris d’autres palmiers (rônier, dattier, etc…). Il est vrai qu’ils se réservent le palmier à huile, dont la sève est élevée au rang de Wlouégbui n’zan (“vin de nobles” en Akan). Le risque vital à courir pour obtenir la sève d’autres palmiers étant élevé à défaut de bêche, le propriétaire peut se montrer magnanime et tolérant d’autant que leur existence ne vaut pas la sienne et leur perte  est un non événement selon lui.

Les hommes aujourd’hui, comme ces africains d’hier, n’acceptent pas que quiconque puisse considérer qu’ils ne sont pas des hommes, autant que d’autres. Et, puisque la consommation de la sève de palmier semblait marquer la frontière entre les hommes, les nobles d’une part et les autres, d’autre part, leur réponse a été l’ouvre d’une vie. Accéder et consommer la sève défendue. Mais, si leur esprit a constitué le rempart efficace contre la défaite morale en plus de celles physique et psychologique, comment démontrer leur égale humanité quand ils ne peuvent disposer de la terre singulière pour d’abord produire du fer, puis fabriquer une bêche pour déraciner ou une machette pour couper le palmier rônier ou dattier, seuls palmiers non réservés ? Comment sont-ils des hommes, quand il ne leur reste à disposition que leur esprit ? Eh bien, il ne reste à leur esprit qu’à rallonger leurs bras, leurs membres, leurs troncs, etc… bref, à les déplacer comme hors de la terre jusqu’à la cime des palmiers non réservés. Grâce à lui, leur tête et leurs bras sont projetés et hissés à 10om environ de haut en face de la cime du palmier rônier grâce à un ingénieux système d’échelle de bois et de lianes. L’extraction de la sève peut alors commencer. Lorsque ces hommes, qui ont vaincu leur propre mort  envisagée par le propriétaire, descendent avec leurs calebasses de sève de palmier rônier, se sont assis à côté des nobles et ont dégusté leur “bangui” en même temps qu’eux, ils ont fait la démonstration qu’un homme était un homme et qu’un homme en valait en un autre homme. Mais, la sève de palmier à huile n’est pas la sève de palmier rônier et la terre n’était pas devenue une copropriété.

L’ordre de la relation de coexistence aurait pu changer

Le noble propriétaire l’est en ce qu’il économise son énergie acquise sans effort ou peu dirons-nous. Statique, il réalise peu d’activités productives, se déplace rarement. Campé dans un coin du sol possédé, il ignore parfaitement les limites de sa propriété. Seule la cérémonie instituée de la “nouvelle ou Djassi” constituera l’un des moyens d’obtenir quelque information de la part des non-possédants.

Or, niés dans leur être et leurs droits sur ce territoire commun, ces derniers sont précisément ceux qui disposent d’une connaissance élargie des moindres recoins et limites du territoire commun. Ils savent mieux que quiconque l’existence des palmiers de toutes sortes et leurs localisation. Et, comment ? Parvenu 100m à la cime des palmiers rôniers, ils voyaient d’un seul point de vue de rônier, ce que de nombreux déplacements à pieds ne permettaient pas de connaître. Pourtant, de leur position perchés tout haut à laquelle ils sont parvenus, ils se sont contentés d’accepter la domination de ceux qui en savaient moins et de montrer une résistance symbolique à travers l’accès au “bangui” du palmier rônier et sa consommation.

Le “bangui”, la règle du premier occupant et de la propriété

Si nous faisons l’effort de bien regarder de près, le bangui balançant dans la calebasse à la main, on peut observer que cette question de la propriété de l’espace vital peut continuer d’alimenter nos réflions. Elle a condut des africains à exposer leur existence pour accéder à un objet symbolique (la sève de palmiers), qui n’a de valeur que celle d’être précisément un symbole, introduit une règle chère à l’Afrique : celle qui fait du premier occupant, supposé ou reconnu sous le poids de sa force, le propriétaire d’une portion de l’espace vital commun.

La règle ancestrale implicite ou explicite, attribuant au premier arrivant ou occupant de l’espace la propriété relève soit d’un accord, soit d’un processus de normalisation d’un état de fait dont l’énergie pour l’établir consiste en violence. La propriété résulte d’une convention des hommes ; c’est elle qui lui confère son autorité. Elle peut aussi découler d’une voie de fait et continuer à être, tant que le premier occupant auto-désigné dispose des moyens de lui donner son autorité. Que ce soit par la voie d’une convention extorquée ou d’une voie de fait, une telle règle ignore voire méprise parfaitement l’histoire.

En effet, la qualité de premier occupant suppose le premier homme à surgir en une portion d’espace donné, sur une Terre constituée avant lui. Les questions conséquentes sont alors sans doute nombreuses. La première est de savoir qui peut dire exactement à partir de quand et selon quels critères convenus, les hommes sont des hommes, à moins qu’ils aient brutalement surgi sur la terre en étant déjà les hommes que chacun croit pouvoir être et reconnaître ? Qui est capable dans ces conditions de reconnaître quelque primo-occupant et propriétaire avant lui et d’en établir la généalogie jusqu’aux possédants actuels avec lesquels il cohabite ? A la lueur de l’histoire, la qualité de premier occupant et de propriétaire est d’abord fondée par la force brute qui lui donne son autorité.

Dans l’histoire, un premier occupant ne se dote de cette qualité qu’en se référant à celui qui le rejoint en le lieu qu’il occupe. Il opère un double mouvement. Au terme du premier don l’énergie est la force brute, il parvient à s’auto-désigner comme tel. Le second mouvement consiste, d’une part, en l’ignorance du passé de cette portion d’espace désormais appropriée et en l’omission de la transformation par la violence, d’un statut initial de non primo-occupant, en premier occupant vis-à-vis des nouveaux occupants auxquels il peut l’imposer par la même force. En effet, il a lui-même éventuellement rejoint initialement un premier occupant avant de refuser la règle et finalement de le vaincre et de l’évincer de l’espace. Fort de sa domination de circonstance, il s’est alors vêtu des habits du premier occupant (vaincu) vis-à-vis des hommes à venir. Ainsi, s’agissant de tout premier occupant, le repère d’antériorité d’occupation est constitué par tout nouvel arrivant. Il est surprenant de constater que des africains si attachés au passé soient parvenus à bâtir une règle qui prend appui sur deux repères glissants : sur le passé et l’avenir proches et mobiles et non sur le passé y compris le plus lointain. Le propriétaire terrien est celui qui les moyens de revendiquer son passé glorieux. Un tel ordre, qui ne se réfère qu’au futur (le nouvel arrivant) et au passé ou à l’histoire limitée par la force, ne peut être qu’un ordre fondé sur la violence. L’antériorité d’un propriétaire actuel, est fondée par sa force. Cependant que par rapport à celui qui le précède et qu’il a peut-être vaincu, il n’est guère premier occupant et ne le devient qu’en lui supprimant ce statut. Dans l’idée même du premier occupant, mobile au gré de l’histoire et changeant, réside l’acceptation et l’usage de la violence pour le devenir, s’y maintenir ou pour tenter de rétablir ce que l’on pense être la vérité historique déformée par les prétendus premiers actuels. C’est pourquoi une telle règle, puisqu’elle ne se fonde que sur la force n’a d’assise que celle de la force qui apporte l’énergie à son autorité afin d’être respectée. Lorsque l’histoire apporte des éléments de contestation de la légitimité de la primauté d’occupation, n’apporte-t-elle pas aussi, croît-on, le fondement de la justification du déploiement de la violence inverse pour tenter de rétablir le passé, sans cesse repoussé, à défaut de pouvoir parvenir au premier homme surgi, au regard duquel celui qui prétend être premier occupant ne l’est pas ? Il est temps de conclure.

En guise de conclusion

C’est sans doute parce que la conception d’être et de coexister avec les autres et de la propriété comportait des aspects sociopathiques qu’elle a amené des africains à exposer leur existence en grimpant à la cime du palmier rônier. C’était là, leur manière de la refuser cette conception ainsi que sa rigueur. La valeur du “bangui” est d’être un objet symbolique. Le vin ou sève fermentée de palmier rônier est le témoin vivant de la lutte d’hommes pour tenter d’exister et de coexister en hommes avec ceux qui pensaient tout posséder y compris eux-mêmes et leur esprit.

Néanmoins, ils ont choisi de démontrer à leurs bourreaux qu’ils étaient des hommes eux-aussi. Il ont également choisi et accepté d’être dominés par eux et de vivre privés de ce qui réduit leurs difficultés de vivre, ne subsistant qu’en défiant la mort et en accordant aux objets de leur quête pour continuer à vivre, la même valeur que leur propre existence. Est-ce ainsi que des hommes doivent-ils vivre ? Bien sûr, de nos jours, chacun a accès à toutes les sèves de palmiers. Mais, des idées, de la nourriture, des voitures, des maisons, etc… ont remplacé la sève de palmiers à huile au titre d’objets de nobles, en tous cas dans de nombreux esprits. On coule parfois plus de béton pour une maison familiale qu’il en faudrait pour bâtir une école. On dépense plus pour des morts que pour des vivants affamés ou malades. Tout cela, pour une noblesse que l’on veut afficher ou démontrer, fondée parfois sur une violence et une délinquance financières  ! Plus personne ne se plaint qu’on transforme le moindre poste administratif et la moindre parcelle de responsabilité administrative en en boutique, en épicerie, et pour tout dire en commerce.

Que serait l’Afrique si ces africains-grimpeurs avait haï la domination par d’autres africains et avaient poussé leur avantage fortuit, découvert à la faveur de leur périlleuse résistance, dans le sens de la défense et de la construction de la copropriété de l’espace vital ! Il n’est jamais trop tard pour mieux faire, comme pour préférer la convention humaine et l’accord à la violence, ce véritable chemin sans issue, inacceptable pour aucun homme.

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