CRISE POLITIQUE ET MORALE DE LA COTE D’IVOIRE : Sans un minimum d’éthique sociale, la politique risque de n’être qu’une dangereuse mystification du peuple ivoirien – 2ème volet

Cet article traite de la valeur de la politique en Côte d’Ivoire. Dans le premier volet précédent, nous avons examiné l’éthique sociale des acteurs ivoiriens, à travers l’exploration de la moralité de leurs fins poursuivies ainsi celle de leurs actes publics préférés qu’ils posent pour tenter de les réaliser. Dans le présent et dernier volet, nous examinons la question de savoir si nombre d’actes publics posés par les dirigeants ivoiriens relèvent de la politique, en étant dénués du minimum requis d’éthique sociale pour être qualifiables d’actes politiques au sens noble du concept.

Pour aborder cette question, rappelons que nous entendons par éthique sociale, la préférence d’un acte politique, en ce qu’il contribue à la quête individuelle et collective des ivoiriens, à savoir une vie de moindre souffrances. Ensuite, posons que leur règle fondamentale et principes qu’elle contient constituent le cadre de détermination des actes préférés parmi d’autres, tel que ces actes soient conformes aux dispositions de leur convention, s’agissant de l’organisation de l’acceptabilité des termes de leur existence collective et de leurs relations au sein de leur société. Concernant ce dernier point, observons d’emblée la grande surprise d’un grand nombre d’ivoiriens. A la faveur des actes politiques posés par leurs dirigeants, ceux-ci constatent que la constitution pouvait ne pas s’imposer aux ivoiriens, en particulier au président Ouattara et à ses partisans. C’est que, ces ivoiriens pensaient jusque-là que l’existence de la règle commune conventionnelle suffisait à ordonner et à réguler les comportements politiques de ceux qui forment la société ivoirienne. Désormais, tous le savent : ce n’est pas la règle qui s’impose aux hommes, mais les hommes qui,  consentent librement ou pas qu’elle le soit. Dans le premier cas, ils acceptent alors tout aussi librement de supporter son exigence et sa rigueur. Procédant ainsi, ils contribuent à rendre possible la société humaine en acceptant de placer leurs volontés particulières et leurs désirs sous la puissance qu’ils lui confèrent ensemble.

Tel n’est pas ce que les ivoiriens constatent à travers les dernières productions politique. Ils se rendent compte que, parce qu’ils n’entendaient pas qu’une disposition constitutionnelle s’imposa à eux, le président Ouattara, son régime et leurs partisans l’ont contournée. Il s’en suite qu’ils ont ainsi initié une nouvelle période de violence en Côte d’Ivoire. Il ne fait aucun doute qu’ils ont fait leur choix : ils ont trouvé plus avantageux ne pas conformer leurs fins et leurs actes à la norme commune. Ils trouvent justes leur postures, leurs préférences et leurs actes. De leur côté, pointant leur caractère injuste, l’opposition et ses partisans entendaient les contrarier dans leur projet sociotoxique. A contrario, ces derniers considèrent justes les actes qu’ils ont posés pour y parvenir sur l’unique base du caractère juste de leurs contestations. Quelle vérité et justice y a-t-il dans le fait d’empêcher les ivoiriens de se déterminer eux-mêmes librement ? Il n’existe aucun rapport entre le caractère juste de la fin poursuivie et le caractère juste des actes pour y parvenir ; le penser relève de sophisme.

Ainsi, à la suite du régime et de ses partisans, l’opposition et les siens ont procédé de manière semblable, à savoir injuste et toxique pour la société ivoirienne. C’est que, pour tous ces acteurs, ce qui est juste vaut ce qui est injuste de sorte qu’un juste milieu n’existe pas entre ce qui est juste et ce qui est injuste. En effet, il est difficile de penser que ceux qui se refusent absolument à rechercher la conciliation et qui préfèrent l’affrontement violent considèrent l’existence d’un tel juste milieu. Après avoir examiné leur manque d’un minimum d’éthique politique dans le premier volet de cet article, nous nous posons deux questions : la première question consiste en celle de savoir si des acteurs dépourvus d’un minimum d’éthique peuvent parvenir à considérer l’existence d’un juste milieu entre justice, considérée par les uns et injustice, perçue par les autres. Et, dans la mesure où nous supposons qu’il en existe un juste milieu, qu’est-ce qu’il pouvait être ? La seconde interrogation est celle de savoir si le régime Ouattara et son opposition font de la véritable politique, alors que ce juste milieu, qui présuppose un souci manifesté pour la société, leur est inconcevable. Dès lors, la question finale suivante se pose : peut-il exister pour des esprits qui sont convaincus de l’inexistence d’un juste milieu qui fait vivre les membres de la société, un peuple ivoirien, sa constitution et une république démocratique de Côte d’Ivoire  ?

V.

Sans éthique, point de juste milieu. Pas de juste milieu, point de politique.

 

En tant que membres du peuple ivoirien, le régime Ouattara, son opposition et leurs partisans respectifs ont accepté des valeurs communes avec tous les autres ivoiriens. Ces valeurs ont été déclinées dans la constitution ivoirienne en tant que normes communes contraignantes, générées dans le cadre d’un processus démocratique. Force est de constater que malgré leur caractère supposé impératif, le respect de ces normes ne suit pas leur adoption par tous. Une unique raison explique cela : leurs désirs respectifs d’agir de telles ou telles manières, même en ignorant les règles, en vue de réaliser les fins partisanes qu’ils poursuivent. A leur sens, ces fins pour lesquelles la constitution est alors un obstacle à leur réalisation en certaines de ses dispositions doit être dépassée, comme l’interdit ou ignorée, comme la liberté et l’égalité politique qui mène à leurs droits de pouvoir se déterminer individuellement et librement. Ces fins sont liées à eux-mêmes, à leurs pensées et sentiments ; ces fins ainsi que ces sentiments déterminent leurs attitudes, comportements et leurs actes politiques. Par ailleurs, ces attitudes, comportements et actes politiques sont façonnés par de nombreux autres facteurs, notamment les valeurs propres de ces partis et groupes sociaux ainsi que des ivoiriens qui les composent. Constatant leurs actes politiques injustes et en présence de ceux-ci, on ne peut que faire l’hypothèse d’une prééminence, à leur sens, de valeurs  particulières de ces groupes qui justifie de piétiner les valeurs communes. Leurs considérations de ce qu’ils jugent le plus avantageux mènent à leur valeur accordée à la règle fondamentale commune et expliquent leur rapport à cette dernière.

De ce qui est jugé le plus avantageux à la valeur accordée à la règle commune.

Pour quelque ivoirien qui veut appréhender et saisir l’éthique des dirigeants et la moralité de leurs actes politiques, une voie est d’examiner leurs actes jugés avantageux. En effet, de ce qui est jugé le plus avantageux par les acteurs politiques ivoiriens, il résulte leur valeur accordée à la règle commune. Or, parce que la société est prétendue être ordonnée par la convention constitutionnelle de tous les membres du peuple ivoirien, tous les actes publics qu’ils posent doivent lui être conformes, en plus de leur dimension éthique indispensable. De sorte que la valeur qu’ils accordent à cette convention et aux principes qui en découlent peut être approchée en examinant leurs actes préférés. Ceux-ci renvoient à ce qu’ils jugent avantageux, relativement à leur utilité à la réalisation des finalités qu’ils poursuivent en posant ces actes. Ainsi, tels de leurs actes qui manquent d’être conformes à la règle conventionnelle et qu’ils jugent néanmoins avantageux ne peuvent avoir aucune finalité collective. Il ne peut en être autrement, dès lors que leur conformité à la convention est une condition de leur statut de moyens collectivement admis et justes de réaliser la finalité collective. Bref, le rapport à la règle des acteurs rend compte de la nature des finalités qu’ils poursuivent, renvoie à la nature des moyens préférés pour les réaliser et renseigne également sur quelles finalités et moyens sont jugés avantageux.

Des conflits de valeurs indiscutables des acteurs.

A l’évidence, nombre de valeurs des partisans ivoiriens sont en conflit avec les valeurs communes de la république démocratique. On se demande alors, si le consensus à propos des valeurs communes traduites par les normes contenues dans la loi fondamentale est vrai et sincère. Quels ivoiriens peuvent-ils établir et argumenter le niveau d’acceptation réelle de ces normes par ces ivoiriens ? Tout ce qui vient de se passer en Côte d’Ivoire donne à penser la négative. D’une part et à travers leurs postures et actes, nombre d’ivoiriens donnent le sentiment d’avoir été arbitrairement amenés à adopter des valeurs et normes étrangères à leur système de valeurs de référence ; l’interdit constitutionnel de plus d’une réélection en fait partie. D’autre part, on ne peut pas éviter de songer aux effets de la composition multi-ethnique de la société et des appartenances religieuses concurrentes. Oui, il faut la souligner : une grave divergence irrésolue existe entre ivoiriens. Elle a trait au périmètre considéré de la communauté commune. Il est clair que les valeurs d’ivoiriens les amenant à encourager d’autres à égorger, à décapiter d’autres ivoiriens et à jouer au foot avec leurs têtes ensanglantées en 2020, dans le but bien compris de s’approprier le pouvoir que tout le peuple ivoirien représente, ne peuvent qu’être en conflit avec celles du plus grand nombre d’entre eux.

Sur ce point, nous concédons que nulle considération ethnico-communautaire,  ni aucune conception spirituelle, en tant que déterminant du contour de la société commune de la part d’acteurs partisans ne peut justifier de tels actes indicibles. Comment rassembler alors les ivoiriens autour de valeurs partagées si la vérité obscurcie est préférée, s’agissant de qui manipule les décapitations pour faire saisir les ivoiriens d’effroi et les faire taire face à des actes sociotoxiques ? Le grand honneur et le grand respect que reçoivent ceux des ivoiriens qui encouragent cela, de la part de nombreux autres ivoiriens ainsi que leurs idées de la république méritent d’être examinés. Ils mènent à leurs valeurs partagées avec ceux auxquels ils accordent leur grande considération. Sans même avoir discerné ces valeurs, on peut d’ores et déjà affirmer qu’elles sont étrangères à celles en lesquelles un grand nombre d’ivoiriens se reconnaissent. Ces valeurs que ces parties du peuple ivoirien expriment ainsi sont indubitablement  en conflit avec les valeurs et normes importantes et utiles à la société ivoirienne.

En définitive, c’est dramatique de constater que l’autorité du peuple ivoirien n’a rien pu faire face à de tels faits non conformes à ses valeurs et normes partagées par un grand nombre de ses membres.  Existe-t-il encore des valeurs que les ivoiriens partagent largement dans leur grande majorité et susceptibles d’être considérées comme partie d’une culture ivoirienne ? Il est même à craindre que normalisant les décapitations et sans doute des empoisonnements mortels comme moyens politiques, un renversement des valeurs se produise. Il pourrait en résulter que des valeurs et normes toxiques deviennent les nouveaux principes de la vie collective et les déterminants de l’ordre politique. Que seraient alors les coutumes, les traditions et le droit, sinon que ce qui résulte de l’opération consistant à faire des valeurs qu’une poignée d’ivoiriens et leurs groupes sociaux trouvent importantes dans leur vie collective et en font la base des normes de la vie ensemble avec les autres. Lorsque de telles valeurs sociotoxiques tendent à se substituer à celles partagées par le plus grand nombre, alors la domination commence.

Ces valeurs sectaires, voire même animales, qu’une partie de la société nationale n’apprécie comme étant des valeurs qu’en raison de permettre d’accroître les profits matériels qu’elle pourrait en tirer ne sont pas de celles qui peuvent unir les ivoiriens. Elles ne sont pas de celles qui peuvent améliorer les modalités de leur vie ensemble et la santé morale de la société entière, ni de celles qui peuvent favoriser les progrès des circonstances d’existence du plus grand nombre de ses membres. Ainsi, la question de la sincérité de la croyance en des valeurs et normes communes ou partagées de comportements se pose désormais avec acuité indubitablement. En d’autres termes, s’agissant des fins collectives ou particulières poursuivies par nombre des acteurs politiques ivoiriens et de leurs actes pour les réaliser, les préférences générales communes aux ivoiriens  sont désormais soumises à caution de leurs actes justes et sincères. Sans ces derniers, en vue de parvenir à ce que qui est bien et utile à tous pour exprimer collectivement ce que sont les ivoiriens, la société ivoirienne demeure une hypothèse, que de tels actes ignobles ne peuvent contribuer dans tous les cas à réaliser.

Instrumentalisation de la république démocratique et de ses règles, notamment la souveraineté du peuple.

A l’évidence, il est désormais plus avantageux pour nombre d’acteurs ivoiriens de ne pas se conformer aux normes communes. Pourtant, tous les acteurs revendiquent et se réclament de la république démocratique en tant que cadre sociopolitique et valeur commune dans le même temps. Cela signifie, que ceux des acteurs qui manifestent cette préférence conçoivent la république démocratique comme ayant une valeur instrumentale. Précisément, la société ivoirienne consistant en république démocratique n’a à leurs yeux qu’une valeur utilitariste ; elle n’en a une pour tous les partisans que comme moyen d’obtenir quelque autre bien évidemment partisan. Et, à leur sens, ce dernier est plus élevé que la préservation de la république démocratique elle-même.

En ce sens, les normes constitutionnelles, en tant que règles de comportements notamment politiques dans l’espace public n’ont de valeur que comme moyens d’implanter dans la société un nouveau système de valeurs, à savoir ce qui permet à l’avenir de juger de ce qui est bien, juste ou pas. La valeur de ce qui est bien, de vérité, d’utilité collective et de justice des actes politiques dépend de la qualité de la délibération de leurs auteurs qui aboutit aux moyens qu’ils préfèrent pour atteindre les buts ou finalités identifiés. De sorte que, puisque les finalités partisanes poursuivies elle-mêmes ne constituent ni ne représentent un bien collectif, comment leurs moyens choisis et mis en œuvre pour les réaliser peuvent-ils prétendre à ces qualités, malgré leur délibération rationnelle la plus parfaite ? En conséquence, la plus parfaite délibération pour déterminer les moyens préférés ne peut aboutir, dans ces conditions, à des préférences de moyens consistant en bien, en ce qui est juste et vrai.

Or, la règle commune est supposée constituer le cadre de cette détermination et délibération ; elle est ce qui est de nature à exclure les préférences n’ayant pas ces qualités. Que vaut alors la règle et quelle puissance les ivoiriens lui confèrent-ils en tant que peuple, s’ils préfèrent user de leurs pouvoirs ou facultés de suivre leurs passions qu’elle doit contenir ? Tels partisans choisissent de manipuler la règle elle-même et manifestent le désir de la contourner en refusant d’en observer les principes. Sans être sanctionnés politiquement par le peuple majoritaire, et sans la réunion des conditions pour l’être, que vaut encore  la règle commune dans ces conditions ? Pour ceux des ivoiriens qui ne se sont jamais posé la question de savoir ce qu’est une constitution, ces actes leur fournissent ce qu’elle n’est surtout pas en soi : elle est loin d’être une puissance impérative en sa seule existence. La constitution ivoirienne, de même que toute constitution, ne rend pas d’elle-même impossible à réaliser telles ou telles fins politiques partisanes. Elle n’empêche aucun acteur politique ivoirien de préférer et de poser tels ou tels actes politiques sociotoxiques. Sans la crainte de la puissance incarnée par le peuple, sans craindre d’être durement sanctionner par cette puissance, la production d’actes politiques injustes est facilitée. Dans une telle circonstance,  existe-t-il encore autre chose que la violence échangée entre ceux qui enfreignent la règle et ceux qui protestent pour sanctionner martialement les abus ou alors en faire tout aussi martialement la règle nouvelle et ce hors de toute règle que celle que les vainqueurs imposent ?

Il y a une raison à cela et elle est simple : aucune fin politique, ni aucun acte pour la réaliser ne relève, l’une comme l’autre, de l’ordre des choses éternelles ainsi que la mortalité l’est pour les hommes. Ce qui empêche la réalisation de telles fins et d’user de tels moyens, comme par exemple dépasser tels interdits consensuels pour y parvenir, est en chaque ivoirien, y compris en le président Ouattara lui-même, en ses partisans, ainsi qu’en tous les autres ivoiriens. S’ils décident – puisqu’ils le peuvent – d’ignorer leur conscience, la grande délibératrice  qui tranche entre ce qui est vrai ou faux, bien ou mauvais, juste ou injuste, utile collectivement ou toxique, alors rien ne peut leur interdire de vouloir poursuivre des fins partisanes en usant d’actes les plus toxiques pour toute la société ivoirienne si nombre d’entre eux refusent de sacrifier leurs désirs pour éviter le pire. Tout est alors possible y compris le pire, sauf l’immortalité de la Côte d’Ivoire en tant qu’État de paix que les membres du peuple ivoirien tentent péniblement de constituer ensemble et de leurs progrès communs. Dans une telle circonstance, on peut craindre que seule une violence supérieure à la leur peut mettre un terme à leur forfait. Avec regrets, on ne peut que redouter que cela n’augure aucun avenir de quiétude à court et moyen terme pour la société ivoirienne.

La règle commune que des ivoiriens voudraient en vain qu’elle soit comme Dieu.

La Constitution ivoirienne n’est pas comme Dieu. Chacun le sait : on dit de ce dernier qu’il est partout, qu’il est témoin de tout ce que les hommes font ou pas, y compris qu’il connaît leurs pensées et sentiments profonds qui fondent leurs intentions réelles ainsi que leurs actes. On pense aussi de lui qu’il est ce qui inspire à tous les hommes la crainte ; de cette dernière, on dit qu’elle les amène parfois à éviter d’agir de telle ou telle manière toxique pour tous. A l’évidence, la constitution ivoirien ne détient pas de tels pouvoirs divins. Voici pourquoi, plutôt que de considérer la constitution comme si elle était une sorte de Dieu, les ivoiriens devraient regarder en eux-mêmes. Ce sera sage de leur part de revoir leurs conceptions de la règle. A l’examen des circonstances de leur vie ordinaire de tous les jours, ils observeront qu’elles leur enseignent cette sagesse. En effet, Dieu lui-même ne les a jamais empêchés de faire quoi que ce soit qui soit en leur pouvoir, y compris de tenter de réaliser leurs désirs les plus malsains socialement. Il a juste le pouvoir de sanctionner dit-on. Ce que Dieu lui-même ne peut pas à travers ses prescririons divines, comment la règle conventionnelle des ivoiriens le pourrait-elle. Il convient de se rendre à l’évidence. Aussi longtemps qu’on examine cette question de la puissance de la règle commune, il semble en dernier ressort que ce sont ses auteurs, à savoir, les ivoiriens eux-mêmes qui marquent une préférence pour telle ou telle fin, qui décident d’agir ou pas de telle manière ou pas pour la réaliser, se plaçant ou pas sous l’autorité de leur conscience qui fait d’eux des hommes et non pas des bêtes.

C’est parce que ce sont les ivoiriens qui, en acceptant d’obéir d’eux-mêmes à leur conscience la plus claire de leur société, qu’ils parviennent à reconnaître l’autorité de leurs règles qui ordonnent les relations de ses membres. Lorsqu’ils rusent avec cette dernière, il arriva qu’ils ne reconnaissèrent plus la puissance de leurs règles. C’est ainsi que le président Ouattara et ses partisans n’ont reconnu à la constitution ivoirienne aucune autorité. Relevons qu’à ce titre, leurs actes constituent la cause première. Cela relevé, les finalités partisanes  du président Ouattara et de ses partisans, ainsi que de leurs actes préférés pour les réaliser ne pouvaient cependant produire à eux-seuls les circonstances actuelles de la société ivoirienne. Que peut-on dire des actes de ceux de tous les autres partisans ivoiriens ? Sans les actes de ces derniers, les coups portés à toute la société ivoirienne par le président et ses partisans, à travers leurs actes politiques toxiques pour la société, auraient pu intervenir, mais pas efficacement pour leurs auteurs. La juste attitude consiste par conséquent à considérer que tout ce qu’on pourrait leur reprocher à leur actes doit l’être aussi pour les actes de tous ces autres ivoiriens. Plutôt que de réduire le potentiel toxique des actes des premiers, voire de l’annuler, les leurs ont facilité, sans le vouloir néanmoins, leur plus grande expression. Ce sont les modalités de leur opposition à eux qui ont rendu efficaces leurs actes politiques toxiques pour la société ivoirienne.

En définitive, sans le vouloir, c’est donc la combinaison de leurs déterminations, dont résultent leurs actes qu’ils ont permis au président Ouattara de parvenir à ses fins partisanes, dont l’utilité collective est discutable. C’est le rapport des ivoiriens à leur conscience, qu’ils gouvernent ou aspirent à le faire, qui les mènent à marquer le souci de ce qui est commun et à agir en conséquence politiquement en cette direction. De ce point de vue, aucune constitution ne peut parvenir à empêcher des ivoiriens qui désirent poursuivre la réalisation de leurs désirs en s’engageant dans une voie toxique pour la société entière. Si la règle constitutionnelle implique un devoir pour tous les ivoiriens, ce n’est cependant ni la règle en elle-même, ni le devoir qui en résulte qui détermine leurs comportements politiques, mais leur rapport à la règle. Ce rapport est fondé par leurs déterminations de ce qui est vrai, juste, bien et utile collectivement sous l’autorité de leur conscience. A nulle époque de l’histoire des hommes, aucune de leurs règles en elles-même n’est parvenue à faire quoi que ce soit contre les ruses de nombre d’entre-eux avec leur conscience. Chaque fois que des hommes ont préféré eux-seuls contre la société dans laquelle a cours leur existence ou une partie de la société entière contre sa totalité, toute règle commune a perdu toute signification autrement que celle qu’ils la lui donnent unilatéralement, être leur instrument ou perçue comme un obstacle selon la finalité poursuivi.

C’est au terme de telles déterminations que, sauf à vouloir se sauver tous seuls les uns et les autres de l’adversité de vivre, ainsi que procèdent les acteurs politiques ivoiriens, aucune fin interdite par la constitution n’est volontairement poursuivie par tels acteurs politiques. De même et à condition d’opérer de justes déterminations, quelques hommes politiques ivoiriens justes ne peuvent parvenir au choix d’aucune finalité ni d’aucun moyen qu’elle interdit. Ainsi, constatons qu’il y a une condition à l’effacement du devoir que la règle implique devant le pouvoir de l’acteur libre. Lorsque cette même condition n’est pas remplie, son absence rend possible la substitution de la volonté réelle de l’acteur de s’abstenir d’user du pouvoir réel qu’il détient au devoir symbolique que la règle implique. Lorsque l’acteur accepte en conscience l’éthique sociale, il peut alors librement choisir de ne pas aller au delà de la règle. Dans un tel cas dans lequel il marque le souci de la société entière et de tous ses membres, il se convainc qu’il “ne peut pas” agir de telle manière alors même que ses passions le persuadent qu’il le peut.

Cette condition s’incarne dans le libre arbitre de chaque ivoirien. Ce dernier rend possible le libre accord de tous les ivoiriens ou leur adhésion à des fins collectives. C’est précisément celles pour lesquelles ils ont ensemble adopté une règle fondamentale de conduite des acteurs politiques et de tous les ivoiriens. A son tour, leur accord librement consenti fait alors de ces fins le bien commun qui leur sert de référence à la détermination de leurs finalités poursuivies ainsi que de leurs actes politiques préférés pour les atteindre. Faute de cela et de sa conséquence, on ne peut faire ce constat : le peuple ivoirien réagit aux événement en procédant comme si la règle était comme Dieu. Il doit se rendre à l’évidence des dispositions complexes et contrastées de ses membres. Comme tous les hommes, les ivoiriens sont capables d’intentions, de poursuivre des finalités les plus utiles au progrès culturel de la société et de poser des actes nobles résultant de la dignité de leurs âmes pour les réaliser ; ils sont capables de leurs contraires aussi. Ainsi, ils sont aussi parfois capables de se comporter et d’agir comme des animaux. C’est en cela même que faire société ivoirienne commune, c’est s’efforcer collectivement de procéder en luttant ensemble contre cette part d’animalité en chacun de ses membres.

Rien d’autre ne garantit l’autorité de la règle si ce n’est le bien commun poursuivi collectivement en vertu et en vu duquel chaque ivoirien consent à faire du devoir symbolique induit par la règle sa volonté propre. Sans accord concernant ce bien commun, aucune de leurs déterminations ne peut aboutir à la quête de vérité et de justice de leur part. Bref, le véritable sujet de débat est : quelle est la raison qui pousse les membres du peuple ivoirien à vouloir vivre ensemble et à agir politiquement de manière juste en vue de réaliser cette raison ? Si aucune finalité collective ne constitue cette dernière, aucune de leurs règles communes ne peut avoir quelque valeur à leur yeux au delà de celle symbolique, ni ne peut exercer sur leurs esprits quelque autorité. Depuis l’avènement des hommes, même les sermons considérés comme divins échouent parfois à amener les hommes à exprimer la meilleure idée qu’ils se font de l’humanité. Comment penser ou croire que des règles conventionnelles humaines parviennent spontanément et constamment là où ces sermons échouent. Face à toute expression par certains d’entre eux de ce qu’il y a d’indignes en eux, les ivoiriens n’ont à rien d’autre à faire qu’à rechercher ensemble à être meilleurs individuellement et collectivement, à être dignes de la considération d’autres ivoiriens et de d’autres sociétés humaines. De leur part, ce progrès culturel commun requiert d’échanger au sujet de leurs craintes et de leurs souffrances que la république n’apaise pas. Peut-être alors, parviendront-il à échanger leur confiance dans le sectarisme communautaire  contre leur confiance en la république et en sa capacité à dissiper sinon à réduire leurs peurs rationnelles et parfois irrationnelles des intentions malveillantes de leurs concitoyens dont témoignent leurs actes injustes. Comment y parvenir si ceux qui les gouvernent et influencent considérablement la nature des relations politiques entre ivoiriens de démontrent pas eux-mêmes leur confiance en la république ?

En quoi le régime, l’opposition et leurs partisans respectifs ont-ils confiance ?

Il est difficile d’alléguer que le régime a confiance en  la république ainsi qu’en le peuple ivoirien : il s’est employé à dépasser le premier en instrumentalisant sa loi fondamentale et à manipuler la liberté du second, en l’instrumentalisant aussi. On peut faire le même constat concernant l’opposition. De son côté, elle a choisi  de dépasser aussi la règle et tenté d’empêcher le peuple d’exercer sa liberté, craignant précisément que le résultat de l’exercice de cette liberté ne réalise pas ses buts particuliers et partisans. Dès lors, les preuves de la croyance et de la confiance en la république démocratique , en ses valeurs et en le peuple ivoirien des deux acteurs manquent. On ne peut pas énoncer autre chose que d’observer que tous ces acteurs politiques ivoiriens qui agissent au mépris de ce qui cimente leurs relations, procèdent ainsi pour tenter de réaliser des buts particuliers et partisans. S’agissant du régime, il a fait de la rationnelle instrumentalisation de la règle et de la liberté et égalité politique des ivoiriens sa stratégie politique.

Comme si la rationalité juridique était l’unique dimension de la raison et suffisait à réaliser ce qui est bien.

Le but ou finalité précède l’action : en particulier, le but politique précède l’acte politique qui doit le réaliser. Voici pourquoi il existe des buts et finalités identifiés et poursuivis par le président Ouattara, son régime et ses partisans. Ceux-ci ont précédé sa décision de candidature à l’élection présidentielle de 2020 en vue d’être réélu une seconde fois, contrairement à l’interdit de la constitution de la république démocratique ivoirienne. Il s’agit simplement d’accaparer le pouvoir et de l’exercer pour servir ses partisans. Premier acte politique, sa candidature en apparence dénuée de toute signification pour une grande partie du peuple ivoirien, constituait la condition initiale pour les réaliser. Il n’ignorait pas que la réalisation de ses souhaits transformés en buts dépendait aussi d’actions extérieures à son régime ; d’autres dirigeants d’État et acteurs ivoiriens étaient les auteurs de ces derniers ainsi que le peuple ivoirien, dont sa part partisane favorable à ses projets.

Pour convertir ses souhaits en buts ou fins dont la réalisation ne dépendait que de lui seul, de son régime ainsi que de ses partisans, il a déterminé les moyens les plus efficaces, sans tenir aucun compte de la morale républicaine et démocratique : transformation de la Cour constitutionnelle en cour de défense juridique d’une candidature insensée au plan moral et éthique et de proclamation d’une victoire annoncée depuis un an au moins, inféodation de la Commission électorale indépendante chargée d’organiser l’élection et surtout de compter les scrutins exprimés, abolition de l’esprit critique et de jugement de ses partisans pour les amener à un choix que leur conscience  elle-même n’approuve sans doute pas. Cela amènera certains d’entre eux, soit à se dédire à propos de sa candidature ou à donner le sentiment de ne disposer d’aucune conscience propre pour juger de la pertinence de cette dernière. Il est de même de la possibilité, de la conformité juridique et de la justice d’une seconde réélection.

Ainsi, tous ces actes politiques auxquels manquent l’essentiel, à savoir l’éthique, ont été ses moyens pour réaliser des buts et fins socialement et politiquement toxiques pour la collectivité ivoirienne. Ces actes, dont les principes sont en leurs auteurs, ne relèvent pas du genre des actions de l’homme qualifiables d’involontaires. S’agissant de leur valeur, elle est ce qui fait l’essence de l’homme politique, entendu comme l’acteur qui œuvre à faire vivre du mieux possible les membres d’une société politique donnée. Certes, on ne peut discerner les intentions qui expliquent leur existence, sans pénétrer l’âme de leurs auteurs ; cela, ne le peut avec certitude, même pas les auteurs eux-mêmes. En conséquence, contentons-nous de partir de leurs résultats. Compte tenu de ces derniers, on peut du moins s’interroger à leur propos comme suit : quel honneur espèrent ces auteurs, qui puisse être associé à leurs actes politiques qui manquent autant la finalité de celles authentiques, à savoir : contribuer à minima à bâtir la société politique évoluant au plan culturel ? Sans surprise, l’honorabilité de leurs actes politiques n’est par reconnue par une large partie du peuple ivoirien, bien que leur manière de l’exprimer est apparue contre-productive.

Évidemment les ivoiriens ne sont pas des hommes à part ; ils ne sont pas que des êtres raisonnables : ils sont aussi doués de sensibilité. Voici pourquoi, ceux d’entre en occurrence, le président et ses partisans, qui ne considèrent la réalité qu’ils produisent ensemble sous l’unique angle de sa rationalité raison ont probablement tort. Si les ivoiriens les suivaient dans leurs pensées et conceptions, ils les conduiraient au pire ainsi que les stoïciens procédèrent et en firent l’expérience naguère dans la Grèce antique. Ces ivoiriens font de la raison rationnelle l’unique législatrice, qui prescrit ce qui est juste, c’est-à-dire ce qui est moralement bon et acceptable et qui récuse et proscrit ce qui est injuste ou ce qui est moralement mauvais. A les suivre, il n’y a point d’autre bien ni d’autre mal que ce qui est bien ou ce qui est mal rationnellement. Bref, selon eux, la suprême raison n’est ni incarnée par les puissances en lesquelles les ivoiriens croient, ni la société entière des ivoiriens seules garante de ce qu’est un homme ivoirien, une société ivoirienne et desquels découlent les devoirs des acteurs politiques ivoiriens qu’ils sont. Non, à leur sens rationnel, la puissance prescriptrice est leur propre et seule raison.

Voici pourquoi, s’appuyant uniquement sur la faculté de rationalité dont ils disposent et, à l’exclusion semble-t-il des considérations de leur conscience, le régime et nombre d’ivoiriens le soutenant ont recherché quand même le mal réel – la souffrance de la société – faisant de leurs buts particuliers et partisans un absolu à réaliser, considéré rationnellement comme étant le bien. Ils ont choisi ce qui est contraire à la morale, en tant la prescription de la véritable raison suprême : la conscience. Peut-être sont-ils semblables aux ivoiriens qui préfèrent, s’appuyant sur la seule rationalité, la domination d’autres ivoiriens, la richesse et l’opulence indues, la violence susceptible de conduire à l’atteinte d’autres vies, le déshonneur et l’indignité, etc…  C’est dire que la raison-rationnelle n’est pas la toute puissance qui puisse seule ordonner la société humaine ivoirienne. Force est de constater cependant que de nombreux ivoiriens préfèrent ces choses alors même que leur raison-spirituelle ou conscience prescrit qu’ils les rejettent pour le bien de la société. Ils ont fait leurs choix : eux-mêmes et leurs partisans, égoïstement.

De la rationalité faite puissance délibératrice de leurs actes préférés, il en résulte une considération subséquente de leur part : de même qu’il n’y a ni juste milieu entre vrai et faux, entre vertu et vice, de même selon eux, il n’y a guère de milieu juste entre ce qui est conforme à la raison-spirituelle et ce qui est contraire ou conforme à la raison-rationnelle. Dès lors, et comme les Stoïciens, à une époque reculée dans la Grèce antique, toutes leurs fautes et celles de ces innombrables autres ivoiriens qui s’opposent à eux, parfois maladroitement, sont égales. Tous leurs vices dont leurs contradicteurs maladroits les accablent valent toutes les vertus autoproclamées par ces derniers dont ils couvrent leurs actes de réprobation. Jamais dans la courte histoire de la Côte d’Ivoire, cette doctrine politique de l’autorité absolue de la raison-rationnelle en matière de considérations du bien de la société n’a été portée à un si haut niveau.

Parce que les ivoiriens sont des êtres chez lesquels la raison est une disposition développée au service d’une volonté raisonnée et validée par leur conscience, ils ne peuvent pas agir comme des stoïciens accordant le fondement de leurs détermination de leurs actes dans la société qu’à leur faculté rationnelle. Ils ne peuvent pas non plus procédé comme les animaux, chez lesquels la disposition de “volonté sensitive”, si l’on ose la désigner ainsi, est hypertrophique. Il reste toujours possible à ces ivoiriens ignorant tout interdit, le pouvoir de convoquer des contraintes à l’appui de leurs faits indicibles et défiant tout entendement. Aucune contrainte ni raison ne peut expliquer le fait d’ivoiriens égorgés et décapités pour faire peur au plus grand nombre d’entre eux et pour briser leur volonté de s’opposer à la forfaiture et avoir raison de leur conscience. La puissance de l’État mis au service de buts sociopathiques, jusqu’à faire taire des ivoiriens qui ne réclamaient que la justice, ne peut être expliquée par aucune contrainte extérieur aux auteurs de ces actes ni à ceux qui ont commandé leurs actes ignobles.

Confiance en la “morale de puissance” et peur de la république démocratique.

C’est dans ce contexte que des ivoiriens se plaignent de ce que la communauté internationale et les autres États préfèrent s’abstenir de juger ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire ainsi que les actes abjects du régime et des ivoiriens qui les ont soutenus et cautionnés. Certes, cette attitude et leur choix masquent mal leur parti pris. Mais, ceux ceux des hommes qui constituent le reste d’une communauté de sociétés politiques à laquelle appartient la Côte d’Ivoire poursuivent leurs fins simplement et légitimement de leur côté. Cela relevé, quels ivoiriens honnêtes peuvent penser ou croire qu’il revient à d’autres d’agir de telles manières dans le but de réaliser, à leur place, leurs fins qu’ils peuvent poursuivre ensemble ? C’est là, la fausse attitude de ceux des ivoiriens qui recherchent la justice, la vérité et ce qui est bien, tout en préférant demeurer parfaits. Et, bien sûr, ils veulent que leurs mots et paroles soient neutres et leurs mains parfaitement propres, attendant de la communauté internationale des mots tranchants et que ceux qui composent leurs membres se salissent leurs mains à leurs place. Les acteurs de la communauté internationale n’ont aucune responsabilité dans le fait que le chemin que des acteurs ivoiriens préfèrent pour réaliser leur fin commune est celui qui les y mène en ne leur coûtant rien. Des ivoiriens veulent emprunter des chemins qui ne les diminuent pas en tant que des hommes parfaits qu’ils entendent être ainsi que leurs pensées et sentiments exprimés qu’ils voudraient parfaits. Mais, trahis cependant par leurs véritables sentiments éprouvés mais non exprimés, trahis par leurs postures et comportements obscurs et souvent menaçants, ils sont sans aucun doute leurs premiers bourreaux.

Qu’est que la société ivoirienne, si des ivoiriens ne veulent pas échanger des paroles et sentiments, ni des pensées et des idées, ni des opinions ni discuter avec d’autres ivoiriens de la vérité ni d’aucune valeur morale ou éthique ? Nuls ivoiriens ne doivent accepter rien de tout ce qui vient d’être partagé sans l’examiner par leurs propres soins. Leur indépendance de jugement et leur liberté morale ne doivent pas être entravées par leurs préjugés. Là réside la condition de pouvoir se dicter eux-mêmes leurs conduites, notamment politiques. Autrement, nombreux parmi eux se laisseront entraîner par d’autres, jusqu’à une mort certaine. Les ivoiriens n’en retiendront alors que les circonstances macabres plutôt que la dignité qu’une noble cause certes mal défendue peut conférer parfois à la mort. Outre la mort gratuite que tels ivoiriens s’attribuent le pouvoir de donner à d’autres, se priver eux-mêmes de leur propre liberté de détermination, voici ce qui peut arriver de pire pour des ivoiriens aspirant à rester debout quoi qui leur arrive. Des opinions fausses mais malheureusement dominantes, à propos de ce qui est bien, juste et utile traversent la société ivoirienne ; sans aucun argument recevable ni valable, leurs auteurs qui ne les justifient pas en font des vérités. Nombre d’ivoiriens ont tort de ne pas en juger eux-mêmes, préférant en définitive en faire leur prison de préjugés par d’autres de ce qui est bien, juste, utile à tous.

Après tout ce qui vient de se passer en Côte d’Ivoire, à la suite d’une période étendue de sophisme, des ivoiriens ne s’étonnent pas devant les fausses postures et des actes injustes. Au contraire, ils sont encore trop nombreux à continuer  de croire qu’il existe quoi que ce soit d’indiscutable en leurs pensées et actes, comme si leur caractère bien, juste et utile collectivement allait de lui-même. C’est ainsi qu’ils continueront d’être enfermés par leurs préjugés en s’octroyant à eux-seuls la capacité exclusive de juger et de reconnaitre ce qui est bien, juste et utile à tous. Pourtant, une possibilité existe : une nouvelle vision de tout, fondée sur l’attitude philosophique du doute de celui qui cherche ce qui est vrai. Elle ne peut résulter que du questionnement de ce qu’ils croient à tort intangibles car définitivement certain. A défaut de les mener à la vérité, au juste et au bien absolus, elle peut néanmoins contribuer à les épargner de prendre tout ce qui faux, pas bien et injuste collectivement pour leurs contraires. Existe-t-il une autre manière d’approcher ce qui vrai, bien, juste, collectivement utile que l’attitude de questionnements susceptible d’aboutir à démasquer leurs contraires ? La moralité est aux relations interpersonnelles ce que l’éthique sociale est aux des actes politiques, car la politique est indissociable de la morale ; mieux encore les deux ne font en réalité qu’un, ainsi que le sont l’altérité et soi, ainsi que telles parties de notre société commune et telles autres. Si les actes politiques en Côte d’Ivoire ne considèrent pas cela, alors il ne peut y avoir aucune société étatique apaisée et consistant en république démocratique. De vaines tentatives de forger et de loger des États de partisans dans une coque républicaine et démocratique, vidée de toute sa substance restent toujours possibles et accessibles aux ivoiriens. Mais ces tentatives constitueront sans doute ce par quoi la société ivoirienne peut périr.

Quoi qu’il en soit, les ivoiriens s’approcheront de la vérité en considérant ce qu’ils savent déjà : si de plus en plus d’ivoiriens ne sont pas animés des mêmes sentiments de ce qui est vrai, bien, juste, utile collectivement, pour en faire leurs désirs communs mais raisonnés, alors ils continueront à s’égarer. Ils poursuivront vainement la quête de la cause de tout ce qui est vrai, bien, juste, utile collectivement dans une république démocratique qui n’existe pas sans eux, dans une loi fondamentale qui n’a d’autorité que celle qui la lui transfert, ou alors dans les cieux, plutôt qu’en eux-mêmes. Leurs réalités si insupportables continueront de leur côté de résulter de leurs pensées, attitudes et comportements, libérés de leur conscience. Et, pas plus que d’autres, ce n’est pas la faute d’un seul ivoirien, fût-il remarquable et même injuste, par sa position et sa responsabilité dans la société. C’est l’amour collectif d’un certain ordre de leurs esprits, de ce qui est vrai, bien, juste, utile collectivement leur unique salut commun, dans un combat sans fin avec l’effet incontestable de leur sensibilité indiscutable. Il n’y a sans doute rien de divin à attendre hors d’eux que les ivoiriens n’aient déjà en eux-mêmes collectivement et individuellement.

Fondement philosophique des actes des acteurs politiques ivoiriens.

La seconde réélection contestée du président Ouattara relève d’une grande injustice ainsi que sa politique du “rattrapage ethnique” menée depuis 2011 l’a inaugurée. Mais, l’espoir est permis, car l’injustice à son tour inaugure la justice (6), selon Vladimir Jankélévitch (1903-1985). La dimension de justice, au point de vue juridique, à savoir de la conformité aux règles est aveugle ; elle se borne aux règles en ignorant la complexité dont la prise en compte est nécessaire à l’existence de la société elle-même au service de laquelle les règles sont. Les règles ne suffisent pas à cette existence. Le président Ouattara lui-même revendiqué et fait de l’injustice, au point de vue de cette complexité et, plus précisément de l’iniquité, la fondation de son œuvre politique. Cette injustice périra par la justice que le peuple ivoirien recherchera à l’avenir en chaque acte politique, de quelque dirigeant qu’il émane. Ainsi alors, la justice dont le peuple ivoirien fera le fondement de ses jugements de tous actes politiques réprimera à son tour la violence de l’injustice, commettant ainsi le meurtre de sa génitrice injustice, comme un parricide. Malgré leur grand tort, le président Ouattara, son régime et leurs partisans ne sont pas néanmoins les ennemi du reste du peuple ivoirien. L’injustice qu’ils ont érigée en principe éthique et politique est ce qu’une grande partie du peuple combat chez eux. A ce titre, ce n’est parce que partout dans la nature, cette dernière elle-même semble être naturellement injuste que les ivoiriens en bons sophistes doivent puiser de cette constatation, le ressort de leurs actes également injustes, même pour des contestations justifiées. Précisément, parce qu’ils aspirent à être des êtres certes naturels mais particuliers par leur disposition de conscience, ils doivent s’efforcer de rechercher la justice et la vérité en posant des actes de contestations justes et vrais qui élèvent le niveau de culture de la société en manifestant leur humanité.

C’est donc en hommes dignes de considération des autres, donc honnêtes et justes vis-à-vis de la société, qu’ils doivent s’efforcer de vivre ensemble, bon gré, mal gré la complexité évidente des relations humaines et le constat de la grande part d’inégalité et d’injustice en la nature elle-même. Face à cette complexité, il n’est pas suffisant aux ivoiriens dotés d’esprits uniquement ou essentiellement rationnels de parvenir à ce qui est collectivement vrai, bien, juste et utile. Chacun le sait, d’une part, lorsque la rationalité est mise au service du vice, elle est pire que l’instinct qui ne distingue guère les êtres animaux des êtres humains. D’autre part, la coexistence apaisée des ivoiriens dont il est question tout au long de cette réflexion et dont nous recherchons la voie, ne relève point de ce qui compliqué et pour lequel la rationalité seule suffit. Au contraire, en tant que leur manière de vivre ensemble, elle est de l’ordre de ce qui est complexe, parce qu’elle se manifeste à travers leurs sentiments nourris par leurs paroles et actes échangés. Concernant l’exploration de cette coexistence, il ne s’agit donc guère de traiter de relations compliquées entre ivoiriens telles que la rationalité seule suffirait, en étant le moyen, mais de la vie d’ivoiriens dans la société qu’ils forment ensemble ; elle se manifestent par leurs relations complexes. En ce domaine, il faut plus que la rationalité. De plus, cette dernière peut être par les ivoiriens eux-même, qui peuvent la mettre au service du vice, ainsi que procèdent le président Ouattara et son régime depuis 2011. Autant dire que la rationalité au service de l’injustice, de ce qu est faux, de ce qui n’est ni bien ni utile collectivement est encore plus sociotoxique. En cette matière complexe de la coexistence des ivoiriens, donc de leurs relations, au delà de la rationalité, il faut surtout de la sensibilité et un surcroit de spiritualité. Bref, il faut la conscience propre aux hommes ; ils ne perçoivent leur valeur qu’en vivant en société humaine et en s’efforçant de marquer le souci des contemporains et d’être utiles à tous les membres de la société formée ensemble. Et, cette conscience  se manifeste précisément en l’éthique sociale de leurs actes en particulier politiques.

En cette matière de la philosophie de l’action politique, on peut considérer la morale d’Aristote ou au contraire la morale de Kant. Ce sont deux conceptions philosophiques de l’action et deux repères de détermination de ce qui est bien, vrai, juste, beau et collectivement utile. La première conception fait de la fin visée le bien. De son côté, la seconde considère l’intention de l’acteur ou auteur comme étant le bien et non pas la fin ou résultat de son action. Dans le premier repère, le motif qui a amené le président à se porter candidat et à espérer être réélu une seconde fois, malgré l’interdit constitutionnel, ne peut constituer une bonne fin collective. Il est impossible d’attester du fait que la juste et bonne finalité visée soit de conforter la société ivoirienne dès lors que le mépris pour un interdit conventionnel qui la régule ne peut en être un moyen raisonnable pour atteindre un tel but. Dans le second repère, il est difficile d’argumenter l’existence d’une bonne intention du président Ouattara qui expliqua sa candidature à une élection de laquelle ne pouvait résulter sa seconde réélection en vertu de l’interdit constitutionnel. En effet, ce qui l’amena à piétiner un interdit qui fait tenir ensemble les membres de la société ivoirienne ne peut relever d’aucun devoir ou d’aucune obligation du président à l’égard de ce qu’il fallait faire ou ne pas faire vis-à-vis de cette cette élection. Selon quelle maxime serait-il parvenu à se déterminer en faveur d’être candidat à une élection qui ne pouvait aboutir à sa seconde réélection, s’il entendait respecter l’article 55 de la constitution ?

  En tout état de cause, si les actes  du président Ouattara se fondent sur une certaine morale de l’action politique, en l’absence d’intention et de finalité justifiables, cette dernière est étrangère à la fois à la morale d’Aristote et à celle de Kant. S’il en existe une malgré tout à laquelle l’on puisse rattacher sa décision de candidature, sans aucun doute, elle est à rechercher du côté  de la morale de Nietzsche dont elle est davantage proche. La “Volonté de puissance” – telle est la désignation par son concepteur. A son terme, Dieu lui-même n’existe pas, puisque l’acteur en occurrence le président semble être lui-même le Dieu tout puissant. D’autre part, à observer le masque de républicain démocrate avec lequel il s’est présenté aux ivoiriens jusqu’à la détention du pouvoir, on ne peut que constater l’unité et la cohérence de la conception l’auteur de “La morale de vainqueurs” a, l’autre désignation de sa morale  : ce dernier énonce, conformément à cette vision morale, que les grands hommes, à savoir ceux reposant leurs actes sur cette morale, avancent masqués. Dans cette conception morale et en conséquence, ni la république et sa constitution, ni le peuple ivoirien ne peuvent représenter la puissance pour chaque membre de la société, considérant sa propre puissance. Une telle société, qui ressemble fort bien à s’y méprendre à la société animale, ne peut être la société ivoirienne que chacun ivoirien souhaite. Pour ce qui nous concerne, nous la récusons et la refusons. Cela étant exprimé, ce refus ne signifie nullement l’acceptation par avance de la société en l’unique raison d’être simplement ordonnée et gouvernée par de nouveaux vainqueurs puissants, sans davantage d’éthique sociale et politique. Un grand nombre des membres de l’opposition ivoirienne se distinguent-ils de tels vainqueurs ? On a des raison d’en douter.

Dans les actes politiques examinés jusque-là, l’on perçoit l’égoïsme des acteurs opposés et en conflit. Cela dit, où commence l’égoïsme des acteurs politiques ivoiriens ? Sans une ébauche de la signification de ce terme il nous sera difficile de répondre à cette interrogation. Débarrassée de tout ce par quoi on le définit habituellement, l’égoïsme consiste dans son expression la plus élémentaire, à ne se soucier que de sa relation à Dieu et à éviter de se préoccuper de ses contemporains avec lesquels l’on vit et constitue la société commune. Il consiste par conséquent à ne se soucier que de sa postérité dans l’au-delà et par conséquent à ne se préoccuper que de soi et des siens, au détriment du souci à marquer pour ses contemporains. Ainsi, au point de vue politique, comme à celui spirituel, nombre d’ivoiriens se racontent des histoires. Ils paraissent incapables de manifester le moindre souci vis-à-vis de leurs contemporains ils semblent avoir trouvé dans les conditions de leur seule existence ainsi que de leur existence supposée au delà de leur mort, la cause la plus préoccupante. En comparaison, les modalités et conditions de leur existence concrète avec ces autres contemporains leur semblent relever de ce qui est secondaire et reçoit à leurs yeux la moindre considération. La foi elle-même est mise au service de leurs fins étriquées.

C’est ainsi que le commerce de la foi est devenu un secteur économique important du pays, lequel a pris un essor remarquable depuis plusieurs années. Si l’on doutait encore de l’égoïsme qui structure les pensées et sentiments dans leurs rapports, le face à face ultérieur avec Jésus ou Allah qui les préoccupe tant par rapport à leurs relations apaisées avec ceux avec lesquels ils vivent ici-bas est une expression du souci manifesté pour eux-seuls et pour ceux qu’ils considèrent comme étant des leurs. Peine perdue, la foi est d’abord la foi dans les contemporains et le souci manifesté d’eux et de leur présence nécessaire ;  sans cette présence, leur existence n’a plus aucun sens, ne pouvant plus se donner aucune valeur en soi. En effet, quelle valeur donnée à des hommes politiques qui, poursuivant des fins partisanes, préfèrent et posent des actes politiques toxiques pour le peuple tout entier en vue de les atteindre en ignorant une partie du peuple ivoirien ? A son propos, qu’en reste-t-il dès lors qu’il ne peut être le bénéficiaire d’actes qui empoisonnent son existence ?

Que reste-t-il encore de peuple ivoirien et de république démocratique de Côte d’Ivoire ?

Un faux calme et assurément précaire règne en Côte d’Ivoire depuis la dernière élection présidentielle chaotique de 2020. Tout se passe comme si plus rien n’opposait les ivoiriens depuis cette dernière élection. Il est possible de penser que résignés, un grand nombre d’ivoiriens se soient résolus à attendre cyniquement la mort des dinosaures politiques ivoiriens qu’ils rendent uniques responsables de leurs souffrances. Soit. Mais, l’histoire la plus reculée possible nous enseigne. Les faits constants qui la constituent montrent que même la disparition des véritables dinosaures n’a pas constitué un événement qui a mis fin à la difficulté de vivre des êtres vivants ayant survécu à leur disparition et auxquels ils dictaient auparavant leurs désirs. Ce constat mue en une raison suffisante qui doit amener à réviser les certitudes de ceux des ivoiriens qui fondent, avec cynisme, leurs plus grands espoirs sur la disparition de dinosaures politiques. Il convient de les inviter à s’interroger sur leurs certitudes et à chercher plutôt à éprouver leurs réponses à leurs interrogations concernant ce qui se passe dans la société ivoirienne, à savoir la politique. Sans chercher à comprendre ce dont ils font l’amère expérience depuis ces trois dernières décennies environ, ils risquent, non seulement de constituer des éléments d’explication de ce qu’ils n’ont pas compris en continuant, pire encore, à être des acteurs de ce pourquoi la mort de tels de leurs dirigeants ne constitue pas le fait générateur, mais bien une source d’espoir assurément déçu.

Éthique sociale et périmètre de la société commune considérée par les acteurs politiques ivoiriens.

Les actes politiques préférés par les acteurs ivoiriens rendent compte de leurs considérations du périmètre de leur société commune envisagée. Aussi sérieusement que nous chercherions une compréhension de ce qui se joue dans le pays pour être en mesure d’en donner une explication, nous devrions examiner les sociétés étatiques. On peut y déceler que ce qui les caractérise. C’est la détermination de son périmètre qui donne sa valeur et son sens à la considération de tel espace social ; quant à la validité des considérations éthiques dans l’agir politique au sein ou en dehors d’un tel espace, elle n’a de sens et de durée que relativement à cet espace considéré. Selon les conceptions de ceux qui constituent par leur vie ensemble ces espaces où existent et prennent racines des valeurs culturelles communes, sont les bénéficiaires de la politique menée par ceux d’entre-eux qui les dirigent et les gouvernent. Dès lors, ceux des acteurs dont les actes y compris politiques sont destinés à être au service de leurs fins particulières et collectives poursuivies constituent ce périmètre social. L’éthique des actes des gouvernants et dirigeants au-delà de ce périmètre semble n’avoir de valeur que relativement à leur intérêt poursuivi. A ce titre, elle prend une valeur algébrique : variable, donc aléatoire, elle est fonction de la configuration de la circonstance historique.

En effet, il convient de regarder exister et évoluer les sociétés étatiques dans l’histoire et agir leurs gouvernements. Dans leurs relations, la morale ou éthique des actes de leurs gouvernants n’est pas absolue. Elle est valeur s’agissant de leurs relations à leurs propres membres dont ils gouvernent les relations. En revanche, prenant une forme algébrique dans leurs rapports à d’autres États et à leurs citoyens, l’éthique de leurs actes extérieurs au périmètre sociopolitique considéré est souvent soumise à caution de leurs finalités poursuivies. Ainsi, la moralité des actes politiques des gouvernants dépend du périmètre social considéré dont ses membres en sont les bénéficiaires. En d’autres termes, puisque les finalités d’actes politiques au sein du périmètre sociopolitique s’adressent aux bénéficiaires constituant ce périmètre sociopolitique étatique, alors la dimension éthique des préférences de finalités et d’actes constitue un critère de choix des gouvernants ; leurs choix portent alors sur des actes qui sont d’abord éthiques avant leur utilité pour atteindre la fin visée. Dès l’instant que des actes hors du périmètre s’adressent à d’autres sociétés étatiques et à leurs membres, alors l’utilité collective de leurs actes pour leur périmètre social bénéficiaire prime sur leur valeur éthique. Cette réalité est incontestable et intangible tant qu’il existera des sociétés politiques distinctes, concurrentes et parfois adversaires. C’est cette dernière, qui est cependant liée à l’égoïsme structurel des hommes, qui suscite pourtant régulièrement, chez les membres de telle société étatique donnée, un procès historique mais abusif en immoralité contre des gouvernants extérieurs au périmètre sociopolitique de leur appartenance.

Considérant tout cela, au sein d’un même espace sociopolitique étatique, tel que la Côte d’Ivoire, il suffit d’identifier ceux pour lesquels toute considération éthique est superflue pour les acteurs qui posent tels actes au sein de la société commune. L’on parvient alors à se représenter le périmètre sociopolitique considéré par les acteurs et ses membres bénéficiaires de leurs actes, au delà de celui théorique désigné par la Côte d’Ivoire.  Ainsi, il est possible de parvenir à discerner le périmètre social pour lequel l’éthique a un sens et constitue un critère de détermination des préférences d’actes politiques par tels gouvernants ou dirigeants. Ceux pour lesquels cette considération est superflue ne sont pas bénéficiaires desdits actes préférés mais dépourvus de toute éthique sociale. S’agissant des relations politiques au sein d’une société étatique donnée, des actes politiques s’adressant à ses membres qui perdent cet attribut éthique, résultent de son fractionnement en parties par leurs auteurs. Considérant telle de ses parties ainsi fractionnées qu’ils préfèrent, l’attribut éthique de leurs actes est une valeur importante ; les membres de cette partie préférée sont les bénéficiaires de ces actes. Considérant la partie rejetée de la société faussement commune, dont les membres sont non bénéficiaires des résultats de leurs actes, cet attribut devient encombrant à leur sens pour l’efficacité de leurs actes au service des premiers. Et, comme tel, il peut être minoré voire ignoré.

C’est ainsi que des valeurs et interdits communs peuvent cesser d’en être en étant dépassés. C’est le cas notamment lorsque des actes, qui modifient telle valeur fondamentale de la société, profitent et sont utiles à ceux qui veulent être à eux-seuls en fin de compte la société entière ou, du moins, sa partie puissante. Cette dernière qui entend générer seule ses valeurs et ses interdits. En définitive, d’une certaine manière, le souci marqué de l’éthique des actes politiques est une manifestation du périmètre sociopolitique étatique considéré. Quand ce souci fait défaut s’agissant d’actes politiques destinés aux membres d’un même espace social, cela signifie que des bénéficiaires des fins qu’ils réalisent existent tandis que d’autres membres, exclus du véritable espace considéré par les auteurs de ces actes, sont ceux qu’affectent le manque d’éthique de leurs actes. Voici pourquoi ces acteurs n’acceptent pas le procès fait à leurs actes de manquer d’éthique alors même qu’ils leur semblent éthiques au point de vue des intérêts de leurs bénéficiaires pour lesquels ils agissent.

Une société dont les membres se refusent absolument à admettre et à reconnaître l’existence d’un juste milieu.

 D’abord, l’équivalence de valeur perçue par le régime Ouattara entre justice et injustice s’oppose au refus par l’opposition, de l’existence d’un juste milieu entre la possibilité de dépasser l’interdit et l’impossibilité. Un juste milieu existe pour des esprits justes. Ces derniers reconnaissent l’existence d’un juste milieu, même entre deux conceptions opposées. C’est pourquoi de tels esprits préfèrent et recherchent la conciliation. On ne peut pas dire que ceux des ivoiriens que l’histoire collectivement produite a conduits à agir au nom et pour les ivoiriens ces dernières années ont démontré la détention de tels esprits. Au contraire, à leur sens un juste milieu n’existe pas. Voici pourquoi l’essentiel de leurs actes politiques visent à établir exclusivement ceci ou cela comme vrai, comme si la société des hommes elle même en tant que fait historique ne reposait pas sur un juste milieu : entre d’une part l’égoïsme ontologique et constitutif des hommes et la communauté solidaire. A nulle époque de leur histoire et depuis leur avènement les hommes n’ont eu une existence individuelle et séparément de leurs contemporains, malgré leur égoïsme constitutif. C’est dire qu’aucune société humaine n’a jamais existé sans reconnaissance de ce juste milieu par les hommes qui la constituent.

Pourtant, les faits montrent que comme les Stoïciens, des ivoiriens rejettent l’existence d’un juste milieu qu’évoquait Aristote, entre en particulier les objets de leur opposition : entre la possibilité de dépasser un interdit commun et son contraire, l’impossibilité de le faire. Le président Ouattara et ses partisans ont préféré poser des actes qui ne produisent ni ne renforcent la paix au sein de la communauté politique. C’est en ce sens que conformément au point de vue aristotélicien, leurs actes relèvent de ceux qui sont injustes. De l’autre, l’opposition et ses partisans considèrent que l’interdit commun au membres de la communauté politique est non dépassable. C’est cette conception qui justifie qu’ils posèrent des actes de refus qui non seulement entravent la liberté de chaque ivoirien, mais en définitive produisent également le même effet que ceux de leurs adversaires combattus. Ainsi, les actes injustes dont toutes les deux parties sont auteurs découlent de leurs conception de l’absence de juste milieu entre la possibilité et l’impossibilité de dépasser un interdit commun.

Certains de ces ivoiriens sont ceux de l’opposition qui rejetaient catégoriquement la participation, d’une part, à des élections présidentielles organisées par des “voleurs présumés de voix électorales”, mais qui n’avaient encore rien volé, puis d’autre part, à des législatives organisées par un pouvoir qu’ils jugeaient illégal et illégitime. Naturellement, ils étaient ceux qui s’opposaient à d’autres ivoiriens constituant le régime Ouattara et ses partisans. Ces derniers s’opposaient farouchement de leur côté à la recherche de conditions consensuelles permettant l’organisation transparentes d’élections présidentielles justes susceptibles de déterminer le juste milieu, à savoir la juste lecture de l’interdit constitutionnel. Selon le philosophe auteur de Éthique à Nicomaque, un juste milieu existe entre justice, à savoir ce qui produit la paix et le progrès social et injustice, à savoir ce qui menace et ruine l’existence même de la communauté politique. Il se situerait  entre ce qui est vrai et ce qui est faux, ce qui est bien et ce qui est mauvais, ce qui est collectivement utile et ce qui est toxique pour tous, entre vertu et vice. Un tel juste milieu correspond à ce que Platon pense être la nature de ce qui l’est : ce qui donne à chaque partie de la société et à chaque membre la place qui lui revient au sein de la société. En ignorant chaque ivoirien et le peuple ivoirien, leurs actes étaient injustes.

Ces autres ivoiriens ressemblent aux Épicuriens. A l’instar de ces derniers, ils considéraient contradictoirement aux premiers, que la justice vaut injustice, que ce qui est vrai est équivalent à ce qui est faux, que ce qui est bien vaut ce qui est mal ou mauvais, que ce qui est collectivement utile vaut ce qui est collectivement toxique, tant qu’il est utile en particulier et enfin que la vertu vaut le vice. C’est ainsi qu’ils mirent un rationalisme vigoureux mais moribond au service de l’utilité partisane de leurs actes injustes dans la mesure où ils leur parurent relever de ce qui est vrai, bien et juste. Ces derniers ne concevaient ni ne connaissaient aucune contradiction. A leur sens, tout est identique et de même valeur : à savoir, ce qui est juste comme ce qui est injuste. Ainsi, ce qui est interdit par convention vaut selon eux ce qu’ils s’autorisent unilatéralement à ne pas supporter : à savoir, l’interdit conventionnel de la seconde réélection. Pourtant, ils démontreront aussitôt le contraire en considérant que l’illégalité et l’injustice des actes de leurs adversaires de l’opposition ne valaient pas la légalité et la justice des des leurs. C’est à ce titre qu’ils jugeaient légal et juste de les sanctionner.

Dans une société démocratique peuplée d’un grand nombre d’esprits justes, ces derniers s’efforcent de parvenir à discerner un juste milieu existant entre deux extrémités même radicalement opposées de la conception politique. Un juste milieu existe entre la conception qui considère l’interdit dépassable et la seconde opposée qui considère le contraire. Il se situe entre ce qui est vrai et ce qui est faut, entre ce qui est collectivement bien et utile, don juste et ce qui est injuste. C’est la décision souveraine du peuple qui détermine ce qui constitue leur point de recouvrement. Considérons en l’occurrence l’interdit d’une seconde réélection et le désir de passer outre du régime. Admettons les conditions dans lesquelles le peuple souverain pouvait s’exprimer souverainement. Lorsque à travers ses suffrages, la décision du peuple implique le rejet d’un candidat non rééligible une seconde fois, mais néanmoins candidat à ce que la loi commune interdit, alors cela signifie que le peuple souverain considère et fait de l’interdit à ne pas dépasser ce juste milieu. S’il arriva qu’il préféra majoritairement choisir et élire malgré tout un candidat qu’il pensait ne pas devoir l’être ni être réélu une seconde fois, cela veut dire qu’il établit le juste milieu en ce qu’il admet désormais : la possibilité de la seconde rééligibilité qui implique possibilité de dépasser l’interdit.

Le régime Ouattara et l’opposition ivoirienne ainsi que leurs partisans respectifs divergeaient sur le juste milieu, les premiers considérant que la règle fondamentale ne n’établit pas avec certitude. Dans un tel cas, l’enjeu n’était plus juridique, mais politique. Il appelait de leur part des actes justes, de l’ordre de ceux qui assurent à la communauté politique sa cohésion et réalisent l’intérêt commun de ses membres. Seul le suffrage universel pouvait alors établir et affirmer le juste milieu entre leurs lectures et opinions divergentes de la règles. Ce suffrage présupposait et impliquait la réunion nécessaire des conditions pour une expression juste et sincère de la détermination de ce juste milieu par le peuple. Ainsi, une possibilité existait bien de déterminer ce juste milieu entre ce qui était acceptable ou admissible et ce qui était interdit par la règle. Ce même juste milieu se situait entre les conceptions partisanes du Président Ouattara et de ses soutiens et celles de l’opposition et de ses supporters à propos du sens de la règle fondamentale. Aucune des parties ne pouvait imposer sa lecture et compréhension de la règle ; seul le peuple ivoirien avait compétence, capacité et légitimité pour le déterminer. Lorsque les conditions sont réunies, il pouvait procéder à travers sa libre détermination de ce juste milieu. Lorsqu’elles le sont, sa juste détermination pouvait alors réaffirmer en elle-même, non seulement la règle acceptable par tous, mais également pouvait immédiatement mettre fin à la divergence ou au conflit de compréhension ou d’acceptation de la règle qui les opposait. En définitive, leur divergence pouvait être ramenée à un enjeu pour des esprits justes : la recherche des justes conditions dans lesquelles le peuple ivoirien pouvait établir et déterminer justement et librement ce juste milieu.

Dès lors, la véritable question était de savoir quelles étaient les conditions et les modalités de cette détermination du peuple tout entier, telles qu’un processus électoral ou de détermination régulière était possible et pouvait permettre d’approcher ensemble ce juste milieu. Dans quelles conditions, le peuple souverain pouvait-il établir ce juste milieu avec la plus grande liberté et la plus auguste sincérité, telle était le véritable sujet de débat. C’est là un débat que des acteurs ayant une juste idée de la république démocratique et n’aspirant pas à faire valoir la primauté de leurs fins partisanes pouvaient engager sans violence. Plutôt que de s’accorder sur l’existence d’un juste milieu, sur la quête commune des moyens de le déterminer, les acteurs politiques ivoiriens ont choisi de faire l’économie de leurs intérêts politiques partisans poursuivis. La réalité était que des acteurs ne concevaient aucun juste milieu entre l’interdit à ce qui était autorisé ou permis par une règle ; ils voulaient interpréter seuls et de manière partisane la règle commune et faire de leur point de vue le juste milieu entre leurs conceptions opposées. Ils faisaient face à d’autres acteurs ; ces derniers assimilaient de leur côté, de manière partisane et autoritaire, l’interdit à ce qui était autorisé ou permis. Parce que tous les deux acteurs opposés n’acceptaient, l’un comme l’autre, un juste milieu qui puisse être librement déterminé par le peuple, la recherche déterminée d’un accord sur les conditions d’une détermination juste n’a pas fait l’objet de leurs préférences d’actions.

A bien y regarder de près, ces acteurs ne constituent guère cependant deux groupes étanches aux conceptions séparées par une digue éthique. C’est ainsi que nombre des premiers – les stoïciens en leurs âmes, ont fini par ressembler aux seconds – les épicuriens en leurs âmes. Tour à tour, ils ont commencé par rejeter violemment le régime au pouvoir et sa conception d’absence de contradiction, pour aussitôt accepter son existence selon que rejet et acceptation sont utiles selon les circonstances à la poursuite de leurs fins propres. Ils reconnaissent l’existence d’élections législative organisées par un pouvoir dont ils rejette la légitimité et y participent. Comment peuvent-ils affirmer dans le même temps l’inexistence du pouvoir qui les organise ? Quand ils affirment l’inexistence d’un pouvoir et le reconnaissent à travers cela, comment ne pas extraire de ces pensées contradictoire que selon eux l’inexistence vaut existence, au point de vue de leurs intérêts politiques partisans. Sans aucun doute, ils ressemblent et partagent avec le régime et ses partisans, leur considération d’identité entre ce qui est bien, juste, vrai, utile et respectivement ce qui est mauvais, faux, injuste et inutile. Or, initialement, ils étaient aussi ceux qui refusaient la nuance et la complexité ainsi que l’existence d’un juste milieu entre possibilité et impossibilité de dépasser un interdit commun. En fin de compte, ils ont réussi l’exploit d’être à la fois rationalistes-absolutistes et rationalistes-relativistes, démontrant ainsi leur identité au régime combattu, au plan de leurs conceptions politiques.

Dans ces conditions, que reste-t-il de conceptions politiques utiles à la république démocratique ivoirienne ? D’une part, des opposants tour à tour rationalistes-absolutistes puis rationalistes-relativistes ne pas sont restés fidèles à leur conception de l’absence d’un juste milieu. Alléchés et aiguillonnés par leurs intérêts, ils n’ont pas hésité à devenir rationaliste-relativistes, en relativisant existence et inexistence, donc leurs conceptions. D’autre part, la grande masse des relativistes-épicuriens, constituée par le régime au pouvoir et la partie de l’opposition qui a rejoint ses membres, ne font aucune différence entre ce qui est vrai, bien, juste et collectivement utile et leurs opposés. Pour eux, leurs fins particulières et partisanes ainsi que l’utilité des moyens pour les réaliser constituent les uniques principes de déterminations de leurs préférences à agir. Or, compte tenu de la complexité humaine et des limites pour discerner ce qui est vrai, bien, juste et utile et par conséquent de l’impossibilité de les réaliser en tant qu’absolus, ce qui est vrai, bien, juste et utile ainsi que réalisables ne peuvent être que relatifs et se situer en des justes milieux avec leurs opposés. L’enjeu est alors les conditions et la meilleure manière de déterminer et réaliser ensemble le vrai, bien, juste et utile relatifs, mais collectifs, tels que les membres de la société y trouvent leurs comptes particuliers, à savoir leurs correspondances à leurs jugements. Parce que seuls leurs intérêts politiques partisans avaient une valeur à leurs yeux au détriment de celui commun aux membres du peuple ivoirien, nombre d’acteurs politiques ivoiriens ont posé des actes qu’ils qualifient de politiques, mais dénués toutefois que quelque finalité collective. Qu’est-ce qu’il y a de bien et juste dans des actes publics qui ne procurent aucun bénéfice commun aux membres de la communauté politique ? Dans ces conditions, font-ils alors de la politique ainsi lorsque leurs actes publics sont injustes, à savoir quand ils empoisonnent la société ?

Point de politique sans dimension éthique des fins poursuivies et des actes pour les réaliser.

Sans aucune dimension éthique, l’acte public, à savoir l’acte prétendu au service des membres d’une communauté politique relève d’une autre nature que politique. Débarrassée enfin de son voile politique, dont le dirigeant la couvre, l’action publique et la politique qui en constitue l’ensemble, ne sont que fausseté, ruse, tricherie, tromperie, duperie ou mystification publique. Cette mystification a pour victimes aussi bien ceux qui sont exclus des bénéficiaires de sa finalité, mais aussi ses bénéficiaires immédiats. En effet, débarrassée de toute moralité, l’action politique risque de n’être qu’un coup de force social ; ce dernier est fondé sur les dispositions de l’homme qui perdent leur noblesse et étant mise en œuvres de manière inappropriée, à savoir au service de l’injustice. La politique, puisque c’est de cela qu’il s’agit jusque-là dans cette réflexion, est inséparable de la morale. A nulle époque dans l’histoire, il n’a existé, d’un côté, un vaste espace politique où tous les actes sont permis en raison d’être couverts du vernis de l’attribut politique. Aucun acte politique, dans la mesure où sa finalité est collective, n’est dénué de sa dimension éthique. Il n’a jamais existé non plus, de l’autre côté de la société, le champ des relations ordinaires interpersonnelles entre ivoiriens, où la moralité de leurs actes est exclue. On se demande quelle est la valeur des fins poursuivies et des actes politiques pour les réaliser quand il en résulte une élection clôturée par le sang versé de nombreux ivoiriens et la fracture de la société ivoirienne et en définitive la déchéance morale d’un grand nombre de ses membres.

Il semble que nombre de dirigeants au pouvoir ou dans l’opposition, qui procèdent ainsi, usent et cachent leurs actes indignes et sans aucune valeur éthique sous le vernis de la politique. Si donc la fin que tous poursuivent est la société ivoirienne consistant en république démocratique, et leurs actes les moyens de faire progresser ses membres vers sa réalisation en tant que société en État de paix, alors ils doivent entendre quelque objection et la considérer. La politique ne peut pas être conçue par eux comme étant séparée de la morale de l’acte politique. Or, c’est précisément l’inverse que le peuple ivoirien constate. Au regard de tout cela, un doute ne peut que s’introduire et s’installer dans l’esprit du peuple ivoirien, s’agissant de la sincérité d’un grand nombre d’acteurs politiques ivoiriens et de nombre de dirigeants qui les représentent politiquement et auxquels ils vouent une immense considération parfaitement intéressée. En effet, quels sont les ivoiriens partisans opposés les uns aux autres, qui démontrent leur croyance et confiance dans la république démocratique et en ses valeurs ? En tous cas, ils ne peuvent être les ivoiriens qui violent ses valeurs et ses interdits, ni ceux qui posent des actes consistant à les piétiner à leur tour, les moyens de combattre les premiers. Il est clair que nuls ivoiriens ne peuvent prétendre avoir confiance en la république démocratique quand, contre leurs consciences, ils soutiennent les actes qu’ils savent toxiques de ceux qui servent leurs intérêts partisans.

En posant des actes publics, pour ne pas dire pour lesquels leur intention présumée consiste en une finalité collective, les dirigeants politiques et leurs actes ne peuvent échapper à une question décisive : l’intérêt commun de leur intention poursuivie, à savoir la fin collective de leurs actes préférés. Qu’il s’agisse de leurs intentions, de leurs choix d’actions et des finalités pour lesquels ses actes constituent les moyens de les réaliser, ils n’ont de valeur politique qu’éthique. C’est une dimension de l’acte public dans son rapport à la société politique et à ses membres, en ce qui produit, préserve, améliore, renforce le bien de cette société humaine. C’est à l’aulne de cette dimension que la nature véritablement politique des actes politiques posés par les dirigeants ivoiriens doit être examinée et déterminée, au delà des débats juridiques de leur légalité et de pure force rationnelle.

L’éthique discutable des fins et des préférences d’actes politiques pour les réaliser ne peut constituer la ligne de séparation et de distinction du régime Ouattara de son opposition. En effet, nous nous rendons compte de ce que des acteurs ivoiriens ont pris parti, soit pour le régime, soit pour l’opposition. Mais, nombre d’entre eux, de même qu’un grand nombre d’autres ivoiriens ont perçu le faux, en conscience, dans les actes du régime comme dans ceux de l’opposition. Mais, ils sont nombreux à les accepter, contre leurs conscience, comme étant ce qui est vrai et bien dès lors qu’ils pensèrent que ces actes constituaient des moyens utiles à  la réalisation de leurs buts passionnés. Ces ivoiriens ont bien perçu que les buts et finalités poursuivis par ces dirigeants, qui constituaient les objets de leurs volontés respectives ou souhaits n’étaient pas des biens collectifs en eux-mêmes, contrairement à ce qu’ils leur laissaient penser qu’ils le sont, contre le verdict de leur conscience de tels actes. Il en est pareillement de leurs moyens préférés dont ils ont usés pour tenter de les réaliser. Le résultat le plus éclatant de tout cela est la fracture de la société ivoirienne et sa déchéance morale. Malgré tout, la conscience de tels ivoiriens continue de les interroger : quels hommes aspirent-ils en être, en rusant avec leur conscience ? Qu’ils soient ceux qui produisent des actes qu’ils savent toxiques pour la société ou ceux qui assurent le soutien de ces dernier, en tant que des partisans acceptant eux-mêmes de tels actes contre leur conscience, ils sont questionnés.

Quelle valeur accorder à des fins et à des actes politiques toxiques pour la société ivoirienne et la vie des ivoiriens ?

Quelle valeur accorder à des fins et à des actes politiques, mêmes légaux ou dont l’intention légitime est la justice, mais qui ne recherchent ni la réduction des souffrances de vivre des ivoiriens, ni la cohésion de la société ivoirienne ? L’opinion générale de ceux des dirigeants ivoiriens et leurs partisans, qui pensent et prétendent que les objets de leurs volontés leur semblent être des biens collectifs par nature et que les moyens dont ils usent pour les atteindre le sont aussi en raison d’être leurs préférences est non fondée. Ce n’est pas parce que leurs choix ou préférences sont collectivement toxiques que ce ne sont pas leurs volontés. De l’autre, ce n’est pas parce que ce sont leurs volontés que leurs buts, finalités et moyens choisis représentent des biens pour la société ivoirienne toute entière. Quelle valeur peut-on accorder en définitive aux actes politiques des acteurs ivoiriens si ces actes ne sont pas de nature à renforcer la société ivoirienne mais au contraire la fracturer ?

Pourtant vivant ensemble avec d’autres ivoiriens, si des acteurs politiques ivoiriens, ne formulent que des fins particulières qu’ils poursuivent, ne préfèrent en conséquence et en toute logique que des moyens toxiques pour les réaliser, vivent-ils alors dans une société consistant en république démocratique ? Leurs actes politiques posés amènent à penser que la république démocratique, qui doit être la fin politique en soi à réaliser par chacun d’eux est alors choisie par eux comme le moyen de réaliser leurs fins partisanes et particulières.  Elle semble être considérée par les acteurs comme l’un de leurs biens ; lesquels biens le sont en la raison unique de leur utilité, à savoir de servir de moyens pour obtenir d’autres biens, à savoir réaliser les fins partisanes poursuivies. Comme l’analyse Aristote, une fin qui constitue un moyen de réaliser une autre fin est certes utile ;  mais, elle lui est subalterne. Il vient que que la valeur accordée à la république et à ses règles semble être, à leur sens, leur utilité à la réalisation de leurs fins particulières et partisanes. Voici pourquoi, par exemple, pour ceux qui détiennent le pouvoir, seul ce qui rend la république démocratique réellement utile est préférée comme leur moyen ; c’est le cas de ses institutions et de leur force que nous désignons par puissance publique. Voici aussi pourquoi ce qui en elle leur paraît inutile, quand ce n’est d’être un obstacle à l’atteinte de leurs fins partisanes, est ignoré ou méprisé. Il en est ainsi de ses principes, dès lors qu’ils peuvent interdire, entraver  ou empêcher tels buts ou fins particulières et tels actes qu’ils préfèrent en raison de leur être utiles pour réaliser ces dernières.

Tous les politiciens ivoiriens qui agissent avec leurs partisans disposent du pouvoir d’agir, comme tous les hommes. Mais, on peut observer que nombre d’autres êtres, en l’occurrence les animaux, disposent eux aussi de ce pouvoir. Ce n’est donc pas ce pouvoir de l’action qui fait ce qu’ils sont en tant que des hommes couverts de l’épithète “politiques”. Sans la valeur de l’action ou de l’acte politique produit sur le fondement de pouvoir détenu et exercé, ce pouvoir d’agir ne confère pas à son auteur sa valeur d’homme. D’autre part, tous les partisans ivoiriens qui marquent une déférence sans faille pour les leaders de leurs choix et pour leurs actes toxiques ont trop souvent oublié qu’eux-mêmes sont dotés d’une faculté de discernement de ce qui est bien, vrai, juste et collectivement utile. Ils procèdent pourtant comme les enfants. Ils sont entraînés et habitués à marquer la déférence pour leurs parents, en raison du faible niveau de développement de leur capacité de détermination qui permet de discerner le vrai du faux, le bien du mal, le juste de l’injuste. Sont-ils cependant comme des enfants, voire même comme les animaux ? Ces derniers sont doués d’une sorte de volonté sensorielle et émotive ; comme les hommes, ils veulent mais leur faculté de déterminer et de discerner la valeur notamment morale des objets de leur volonté ainsi que les moyens de les atteindre n’est pas développée. Nul ne peut leur faire offense aux ivoiriens, qui même quand ils manifestent une sorte de “volonté sensitive”, ils le savent en conscience et n’ignorent pas que là n’est pas la juste attitude humaine ; celle qui peut élever leur niveau culturel par rapport aux enfants et aux animaux.

L’homme ne peut être défini en faisant exister en lui d’un côté la raison et de l’autre la sensibilité, en tant que le royaume de ses émotions. Son expérience et la tentative de le comprendre tel qu’il est et agit nous conduit à constater l’unité de l’homme. Cette unité est rendue complexe par les degrés divers de développement de ses dispositions de raison et de sensibilité ainsi que leur degré d’intervention dans ses déterminations. Ce qui fait la valeur des hommes, c’est l’équilibre subtile auquel des générations successives d’hommes vivant ensemble en sociétés sont progressivement parvenues ; dans leurs efforts constants de placer leur conscience au sommet de toutes leurs déterminations, toutes les suivantes continuent sans cesse de développer cet équilibre. C’est grâce à la conscience, cette part de la raison, au commandement de la part rationnelle et sensitive que les hommes tentent de bâtir et de se donner leur valeur. C’est par l’effort constant pour développer la conscience que les  désirs utiles à la société humaine et les passions pour ce qui est bien, vrai, juste et utile réduit l’espace des passions et désirs toxiques pour l’injustice et le faux par exemple. Si en tous leurs actes, y compris politiques, produits par les ivoiriens, ils ne prennent pas le temps d’écouter leur conscience, il est problématique qu’ils l’entendent et saisissent droite conduite qu’elle éclairent parmi plusieurs autres pour une coexistence apaisée avec leurs contemporaines. Elle est si vite et si souvent débordée par leurs sens, ainsi que chacun en fait l’amère expérience.

Tels hommes politiques ivoiriens entendent agir à habituer leurs concitoyens à la justice, à ce qui est bien, juste et utile collectivement, jusqu’à les amener à respecter les lois consensuelles. On ne peut que les soutenir en cela. Mais, si telle est leur auguste intention, ils se doivent d’être habiles et sérieux en politique pour la réaliser. Concernant la politique qu’ils disent en faire en agissant publiquement, sa valeur n’est autre que de faire vivre ensemble les ivoiriens en hommes. Voici pourquoi elle est une chose essentielle et sérieuse. On ne peut qualifier de politiques des actes que leurs auteurs eux-mêmes savent en conscience qu’ils sont sources de toxicité pour la société. Quant à l’habileté à démontrer, elle ne peut avoir pour ressort une rationalité perverse à l’exclusion de la conscience ainsi que la démonstration en a été faite, ni reposer sur l’autorité des désirs toxiques. L’habileté dont il s’agit d’un homme public ivoirien, qui donne à penser aux contemporains qu’il est un homme politique,  est fondée sur et par ses passions utiles à la société ivoirienne toute entière. C’est en effet, en agissant passionnément pour ce qui est collectivement bien et juste, utile à tous les membres de la communauté politique qu’il entend servir et pour la vérité qu’il se distingue de ceux qui agissent publiquement mais ne sont pas des hommes politiques au sens noble du concept. Au delà de leur nature particulière, la dimension éthique de leurs fins poursuivies et des actes posés par tous les acteurs ne distingue pas le régime Ouattara et son opposition. Pourtant, à les entendre tous, leurs actes politiques sont justes alors même qu’ils divisent les ivoiriens et les prennent à la fois à témoin et comme arbitres impuissants de leurs affrontements, tant ils leur ont soustrait toute puissance. Ils sont nombreux à prétendre même avoir l’opinion la plus vraie et juste de la République de Côte d’Ivoire. Il nous reste alors à examiner leurs arguments.

Une certaine compétition ayant pour enjeu l’opinion la plus exacte et juste de la Côte d’Ivoire ?

Lequel du régime Ouattara au pouvoir et de son opposition détient-il l’opinion la plus exacte et juste de la république démocratique de Côte d’Ivoire ? A l’analyse des derniers événements politiques intervenus fin 2020 et début 2021, tout se passe comme si son régime et son opposition se disputaient aux yeux du peuple ivoirien, la place de celui des acteurs qui détient l’opinion la plus juste de la république démocratique, de la liberté et de la justice. Ayant nourri l’intention de convertir leurs souhaits politiques respectifs dépendant de tous les ivoiriens en buts réalisables par eux seuls, ils ont délibéré sur les actes préférés qu’ils pouvaient exécuter eux-mêmes.  Ils ont tous les deux préféré une finalité partisane ainsi que des actes qu’ils ont jugés avantageux pour sa réalisation. Leurs finalités partisanes poursuivies constituaient les objets de leurs volontés respectives, tandis que les moyens pour les réaliser résultaient de leurs libres délibérations et choix. C’est en cela même que leurs actes politiques, dont le fondement est en leurs pouvoirs respectifs, sont volontaires. En effet, leurs actes posés après raisonnement et réflexion sont délibérés et volontaires. Nuls d’entre eux ne peuvent par conséquent expliquer les souffrances qu’ils occasionnent à la vie des ivoiriens en convoquant quelque force majeure. C’est également en cela qu’ils en sont complètement responsables, sans aucune circonstance atténuante extérieure à eux-mêmes qui les obligea à les poser.

D’une part, le président Ouattara et ses partisans ont manifesté une certaine rationalité au plan juridique. N’eût été d’être moribonde et sa toxicité mise au service de la manipulation des principes fondamentaux de la société et de ses valeurs, on aurait pu penser qu’ils  sont les acteurs qui ont l’opinion de la république démocratique la plus proche de la vérité. Mais, leur opinion de la république est fausse au plan moral. Par ailleurs, il est exact qu’ils ne sont pas ceux qui ont préféré les fins justes ni des moyens justes pour réaliser ces dernières. Au contraire, leurs fins et moyens préférés sont toxiques pour la société ivoirienne. De l’autre part, l’opposition semble avoir initialement préféré des moyens justes, à travers le boycott et de la désobéissance civile, tous les deux passifs et non violents. N’eût été, d’une part, que ce boycott et cette désobéissance soient devenus actifs, jusqu’à empêcher d’autres ivoiriens d’exercer leurs droits politiques et, d’autre part, qu’ils soient mis au service de leurs fins partisanes poursuivies, on aurait pu dire que ses membres sont les acteurs qui ont l’opinion la plus exacte de la république démocratique. Ainsi, quelle que soit le bien fondé qu’ils pensent de leurs finalités ainsi que de leurs actes, il leur manque quelque chose d’essentiel. Ce quelque chose  qui a fait défaut aux fins poursuivies et aux actes des deux acteurs politiques opposés est leur principale insuffisance : la valeur  éthique est précisément l’essentiel qui manque aux fins et actes. Le défaut de cette dernière est aussi ce qui trahit leurs véritables opinions respectives de la république démocratique de Côte d’Ivoire. Des actes publics qui génèrent des vies de souffrances aux ivoiriens et qui ne renforcent pas la cohésion de la société, mais au contraire contribuent à la fracturer manquent de cette qualité essentielle. Les dirigeants qu’il faut aux ivoiriens, ce sont ceux qui ont l’opinion la plus vraie et juste possible de la république ivoirienne. De tels dirigeants sont reconnaissables à travers le fait qu’ils poursuivent des finalités collectives et préfèrent par conséquent les moyens et actes les plus justes pour les réaliser. Nuls des acteurs politiques, auteurs d’actes qui fractionnent la société ivoirienne, ne peuvent prétendre qu’ils ne voulaient pas être injustes, quand le pouvoir et son opposition se sont livrés à de tels actes.

Le Président Ouattara et ses partisans ont démontré qu’ils étaient éloignés de dirigeants dont le souci le plus auguste est la vie de chaque membres de la société ivoirienne ainsi que l’existence de la société elle-même. Ils ont commencé par identifier et par poursuivre des fins partisanes injustes. Pour les réaliser, ils ont commis des actes injustes, pire encore, ignobles pour les réaliser.  Ils ont choisi d’ignorer la constitution, à travers une candidature qui ne devait aboutir à une seconde réélection qu’elle interdit. Procédant comme s’ils sollicitaient l’arbitrage du peuple ivoirien, ils se sont présentés au peuple ivoirien en se couvrant des épithètes de républicains et de démocrates. Pourtant, ils savaient en conscience que sa décision pouvait être travestie. Ne disposaient-ils pas des moyens de manipuler les électeurs ivoiriens et le processus électoral, dès lors qu’ils refusaient les conditions d’une juste détermination du peuple qui impliqua et présupposaient une organisation consensuelle de ces condition ? C’est alors que la préférence du peuple ivoirien avait une valeur instrumentale pour mieux imposer la leur. De son côté et poursuivant leur fins partisanes, l’opposition et ses partisans ont choisi de ne pas adopter une comportement qui respecte tous les ivoiriens, encore moins ceux qui n’ont pas les mêmes préférences qu’eux. De ce point de vue, ils ont épousé l’attitude violente du régime et de ses partisans. Ainsi, ils ont choisi d’empêcher d’autres ivoiriens de se déterminer librement, comme pour leur faire éviter le piège d’instrumentalisation à leur fin de la préférence du peuple ivoirien tendu par le régime et ses partisans. Le fait est que l’intention et la volonté de générer le bien ne confèrent pas à leur actes injustes une valeur de justice.

Par et dans le fait même de vivre ensemble dans une société commune, les ivoiriens constituent et génère ainsi une force collective ; elle s’appelle le pouvoir. L’injustice consiste à s’en emparer arbitrairement, ainsi que le président Ouattara et son régime ont procédé. Ils y sont parvenus en se fondant sur un rationalisme non seulement juridique moribond mais aussi politique toxique pour la société. Ce piège enferme leurs auteurs en les amenant à faire de cette force collective appropriée martialement un pouvoir arbitraire. Dans un tel cas, détenu de cette manière, comme des  démagogues ou tyrans usurpateurs du pouvoir, ils  sanctionnent sa détention par une sorte de légalité  ainsi que les privilèges les plus injustes et exorbitants qu’ils en tirent. Faisant alors de la légalité le principe de cette détention, ils pensent pouvoir justifier de se l’attribuer ainsi que les privilèges tirés. Comme leurs biens privés, ils s’autorise alors à les distribuer à leurs partisans.

Mais, ce qui est juste n’est pas nécessairement légal. Et, ce qui est légal est encore moins nécessairement juste. Or l’enjeu de la société humaine, ivoirienne en particulier n’est pas en l’unique légalité des actes publics posés. En revanche, l’enjeu de continuité, d’équilibre et de progrès de la société requiert que les actes publics soient déterminés et préférés sur la base de ce qui est vrai, juste, bien, beau et collectivement utile aux membre de la société. La légalité de l’acte public est un moyen de parvenir à la justice, à la vérité et à ce qui est bien ou de tenter de les réaliser. Elle n’a de valeur en soi que cela, autrement la conformité des des actes et pratiques des colonisateurs à leurs règles du droit colonial aurait fait relever ces actes de ce qui est juste, bien et utile aux membres de la société coloniale, comprenant les opprimés. La légalité de tels actes n’a jamais été acceptable aussi bien pour les colons que pour ceux qui subissaient leurs désirs de puissants. La république démocratique est éloignée d’une société dont il résulte qu’un homme et quelques partisans peuvent s’emparer arbitrairement de la force collective constituée par tous ses membres vivant ensemble.

Un gouvernant ou un dirigeant se doit d’être un homme sage. En effet, un homme qui a prétention de vouloir et de pouvoir faire vivre ensemble les membres d’une communauté politique ne peut fonder son espoir d’y parvenir que sur une disposition de sagesse. Et un l’homme sage est un homme de raison, mieux encore, de conscience. Il a d’abord conscience de la complexité des hommes et de leurs sociétés, donc de sa propre complexité. De ce premier constat, il découle de sa conscience de l’immense difficulté à concilier des bornes en apparence non conciliables : d’une par le désir de puissance et la disposition d’égoïsme constitutive des hommes et d’autre part, la volonté ou inclination des hommes à vouloir vivre avec les contemporains qu’ils veulent précisément dominer pour réaliser leur désir et exprimer leur égoïsme. Voici pourquoi le dirigeant sage pose des actes raisonnables, dans le sens consciencieux et non pas déterminés sur la base du calcul de finalités étroites et étriquées. De tels actes ne sont pas uniquement rationnels ou calculés, mais mesurés, à savoir dont la mesure de la valeur par raisonnement est un équivalent de celle  accordée à l’existence de la société dont chacun de ses contemporains est membre. Bref, il pose des actes vrais, justes, bien et collectivement utiles, à savoir, à l’existence de la société et aux progrès notamment culturels de ses membres.

Là ou manque la raison de céder le pouvoir prolifère la violence.

De ce qui précède, observons avec Aristote qu’il ne suffit pas de poser des actes rationnels ou paraissant justes ou même de se contenter de poser des actes justes, pour être juste. Il faut plus encore ; il faut les produire comme procèdent ceux qui sont justes, pas seulement rationnels, mais et surtout et raisonnables ou consciencieux. Et, la production d’actes justes ne tombe pas du ciel, ni de la naissance, mais du parcours de vies de leurs auteurs. C’est pour s’être entraînés et habitués à agir justement que des hommes deviennent de mieux et de plus en plus justes. Le président Ouattara est un gouvernant qui, dès sa prise de pouvoir, a fait de l’injustice le principe même de ses actes politiques en gouvernant la société ivoirienne. A ce titre, il ne démontre pas les traits d’un gouvernant juste, ne s’étant pas efforcé et habitué de l’être au pouvoir. N’a-t-il pas lui même annoncé ce principe fondamental de ses actes politique à sa prise du pouvoir en 2011 ?

A travers son concept de “rattrapage ethnique”, il a affirmé par avance, dès sa prise du pouvoir et avant même son exercice, sa préférence des bénéficiaires de son action politique, en tant que gouvernant. Avec le recul, on peut penser que les ivoiriens pouvaient donc prévoir ce qui se passe. Fondamentalement, il pense que le gouvernant exerce le pouvoir pour des bénéficiaires de sa préférence. Il considère même que ceux qui l’ont procédé dans l’exercice du pouvoir ont agi pour des bénéficiaires de leurs préférences. Il en tire le constat que ces derniers ont été servis à un tel niveau que cette situation a placé ceux qui sont les bénéficiaires préférés de sa gouvernance dans une position de retard considérable des gains offerts par la détention et exercice du pouvoir.

La politique semble alors apparaître à son sens comme une compétition entre bénéficiaires de la détention et exercice du pouvoir ; cette compétition est indirecte et se fait à travers celle interposée entre dirigeants pour détenir et exercer le pouvoir. Leurs partisans qui les soutiennent sont alors comme des supporters particuliers ; ils soutiennent même, contre leur conscience, leurs actes qu’elle rejette. Selon lui, la finalité du dirigeant vainqueur d’une telle compétition est  claire pour tous les ivoiriens qu’il a désigné et précisé sa finalité : les bénéficiaires préférés de son exercice du pouvoir sont ceux des ivoiriens qui doivent rattraper en gains du pouvoir, les bénéficiaires préférés par ses concurrents vaincus. Selon une telle pensée fondamentale, comment penser qu’un tel gouvernant, accepte de céder le pouvoir, considérant cela comme un abandon des bénéficiaires qu’il préfère et dont il ne peut céder la satisfaction des intérêts à des dirigeants qu’il suppose ne pas les préférer à d’autres parties de la société ? Comment penser que celui qui affirme rattraper et mettre à niveau puisse aisément, selon sa conception du pouvoir et son principe, consentir à permettre qu’un nouvel écart se creuse à la faveur de la détention et exercice du pouvoir par un autre dirigeant auquel il aurait cédé le pouvoir alors qu’il est convaincu qu’ils n’ont pas la même préférence de ses bénéficiaires ?

Ainsi, depuis 2011, dans la fonction qu’il incarne, le président Ouattara s’est habitué à être volontairement injuste ; il pose des actes consciemment injustes qui font de lui un gouvernant injuste. Le fait qu’il les ait annoncés préventivement aux ivoiriens ne change cela ni ne l’atténue. Il ne peut pas croire que le temps de ce troisième mandat subtilisé/usurpé, il va cesser de l’être et devenir juste parce qu’il le voudra. Le peuple ivoirien sait que celui qui pose des actes justes doit sa qualité à son habitude acharnée à s’exercer à le faire et non pas quand il en décide. En conséquence, il se peut que le président et ses partisans pensent agir pour la république, mais il est difficile d’énoncer qu’une large partie du peuple ivoirien convient de cela avec eux, ni qu’elle attend le meilleur d’eux. Non seulement cette part du peuple n’attend rien de lui et de ses partisans, de bien, de juste, d’utile collectivement, mais au contraire et surtout, elle redoute le pire. Il est clair qu’avec leurs actes non seulement injustes et qui violent aussi les interdits sans lesquels la société ivoirienne ne peut tenir ensemble et est impossible à bâtir, cette part du peuple redoute une vie de grande souffrance, ce qui lui est inacceptable. Comment discuter alors des possibilités de sortir de la crise avec une telle conception du pouvoir ? En effet, une solution existait pour des esprits justes et non craintifs.

Entre deux extrémités de conceptions différentes et même opposées, un juste milieu existe pour des esprits justes faisant de la quête de conciliation le fondement de leurs actes politiques. Des hommes justes possèdent de tels esprits à force de s’exercer à poser des actes justes. Ces hommes justes, qui agissent justement pour tenter de trouver ce juste milieu ne confèrent la valeur juste à l’une ou à l’autre de ces deux extrémités, ni ne les assimilent pour autant. C’est ainsi qu’agissent de véritables hommes politiques, qu’ils soient davantage républicains ou démocrates. Lorsque surgit une divergence de lecture et de compréhension de la règle qui structure et ordonne leur société, ils s’en remettent aux instances qui ont la charge de les régler. Il arriva que leur confiance dérisoire en de telles structures rende cette voie sans issue pour sortir de la divergence. Il arriva même, aveuglés par leurs finalités partisanes poursuivies, qu’ils veuillent incarner eux-mêmes la voix pour donner la juste lecture et compréhension de la règle commune. Ici, leur  violence commence. Pourtant, dès l’instant que la voie des instances juridiques de conformité aux règles, pour dire ce qui est juste légalement, devient non praticable, il reste toujours la voie politique de règlement des divergences, en tant que la voie ultime et paisible de conciliation.

C’est la voie souveraine. A son terme, le peuple souverain arbitre et établit la juste idée de ce qui est juste et acceptable au delà de la règle alors bafouée. Évidemment, il y a une condition à la juste expression de cette détermination souveraine de ce qui lui semble juste par le peuple : les conditions d’un processus de détermination juste. On peut avoir des raisons de penser que ceux des acteurs politiques ivoiriens au pouvoir ou en quête de l’être, qui refusent cette souveraineté du peuple tout entier, sont déjà vêtus de leurs habits de dictateurs. De leur côté et comme les précédents, ceux des hommes politiques qui refusent la recherche d’un accord sur ces conditions en vue de résoudre la divergence et de parvenir à la conciliation, sont déjà tout autant drapés dans leurs habits de dictateurs. Et, de même qu’au sens des uns, ce qui est faux vaut ce qui est vrai, que ce qui est injuste équivaut à ce qui est juste, que ce qui est mauvais a la valeur de ce qui est bien, il n’existe pas de juste milieu pour des esprits injustes apparaissant au peuple toujours masqués. Si le peuple ivoirien en est là, c’est sans aucun doute parce ses dirigeants, refusant absolument la conciliation, ont peur de  sa souveraineté. A l’évidence, mais pour des raisons différentes, ils refusent de la lui reconnaître. Elle est pourtant éminemment nécessaire à la résolution de leurs divergences politiques rendues toxiques pour le peuple tout entier par leurs préférences de la violence comme voie de résolution.

Jusque-là, le peuple ivoirien lui-même donnait à penser que la société ivoirienne organisée en république démocratique et sa loi fondamentale constituaient le moyen de parvenir à faire vivre ensemble ses membres dans un État de paix, en tant que le cadre de la quête collective du bien commun et des biens particuliers. C’est pourquoi, le trouble ne peut être que plus grand, dès lors qu’à l’évidence et à travers leurs actes politiques, de nombreux ivoiriens démontrent que ce moyen n’est pas leur préférence, tant leurs actes injustes ne sont pas de nature à la préserver. On ne peut par conséquent que se poser des questions concernant la valeur de la république démocratique de Côte d’Ivoire elle-même et la sincérité des ivoiriens à œuvrer ensemble à la réalisation d’une telle société. Il est évident que ce ne sont pas la constitution ni les principes et normes de conduites politiques qu’elle contient qui nous fourniront la réponse à cette question, en leur simple existence théorique et symbolique. Toutefois, on peut se demander, quelles idées les ivoiriens avaient-ils d’une telle société, telles que traduites dans cette dernière, objet de leurs oppositions violentes. Et, cela est un préalable pour examiner dans quelles mesures et pourquoi leurs actes sont contraires à la réalisation d’une telle société ; c’est pourquoi nous avons tenté d’analyser les justes idées et opinions qu’ils s’en sont faites. La valeur et l’autorité de la constitution de la république démocratique et du peuple ivoirien sont bafouées.

Par la suite, il conviendra d’examiner les fondements des principes et interdits posés par leur règle fondamentale commune, tels qu’ils pouvaient avoir une autorité jusqu’à leur imposer les termes de leurs préférences de fins et de comportements politiques. Cet examen peut contribuer à encourager les membres du peuple ivoirien à explorer les conditions dans lesquelles une règle commune a un sens et une autorité sur les membres de la société qui l’ont générée pour l’organiser et l’ordonner. A défaut d’interroger leur esprit et les objets de ses quêtes, c’est une évidence que le bien commun, à savoir ce qui est vrai, juste et utile à eux tous, ne peut trouver sa réalisation à travers aucune règle, même dotée de l’épithète “commune”. Sans cette introspection collective, leurs oppositions à propos de ce qui est légal, bien, vrai, juste et utile collectivement dans leurs actes sont sans aucune issue positive. Dès lors, seule la violence aveugle accompagnera leur existence collective.

Conclusion.

Ce n’est pas parce que des dirigeants politiques et des acteurs ivoiriens posent des actes publics qu’ils font de la politique. Ce n’est pas faire de la politique que de poser des actes publics dénués de toute éthique sociale, pire encore, quand ces acteurs savent eux-mêmes en conscience que leurs actes sont toxiques pour la société toute entière. Au demeurant, toute action publique comporte une dimension éthique. En matière politique, cette éthique se conçoit relativement au périmètre social considéré au bénéfice duquel l’action est accomplie. Voici pourquoi on peut concéder à quelques contradicteurs ivoiriens de voir quelque attribut éthique dans leurs actes posés, prenant en compte leur périmètre social considéré. Néanmoins, cette concession n’éteint pas le contre argument fourni par le fait qu’ils ne peuvent justifier que leurs actes disposent d’un tel attribut qu’en considérant précisément ce périmètre social restreint et partisan au profit duquel ils posent ces actes. Et, la république démocratique de Côte d’Ivoire ne peut être circonscrite à tel périmètre social restreint considéré par tels acteurs politiques fondamentalement partisans. Parce que, précisément, ce périmètre social restreint considéré n’est pas toute la société ivoirienne, laquelle fonde l’action politique, tels actes publics destinés à bénéficier à une seule partie de la société sont dépourvus de toute éthique sociale.

Aimer la Côte d’Ivoire et avoir de l’affection pour tous les ivoiriens, c’est marquer un égal souci à l’égard de chacun d’eux. Ce souci se manifeste par des actes publics éthiques, à savoir qui reconnaissent équitablement chaque ivoirien et l’égale importance de sa vie à celle de tel autre ivoirien. En un mot, ce sont des actes dont ni la finalité, ni l’intérêt des bénéficiaires ne sont supérieurs à la vie et à la dignité d’aucun ivoirien. C’est tout à fait le contraire des actes de démonstrations de puissance destinées à satisfaire les désirs de puissance de tels citoyens au détriment de tels autres. Au delà de leurs intérêts partisans poursuivis, des ivoiriens manifestent encore le souci de tous leurs contemporains avec lesquels ils constituent la république démocratique de Côte d’Ivoire, et sans lesquels leur existence collective ne peut qu’être ruinée par leurs oppositions diverses. Ceux-là ne peuvent pas continuer à accepter une telle issue. Leur refus ne suffira pas s’il n’est pas accompagné de leurs interrogations des conditions et du sens de l’action publique qui assurent à cette dernière l’attribut “politique”.

Nous voilà au point où la surprise et la déception de ceux des ivoiriens qui pouvaient percevoir la règle fondamentale ivoirienne comme une sorte des dieux dans lesquels ils croient sont importantes. Désormais, ils le savent ; la constitution n’a pas la puissance d’amener, encore moins, de contraindre les acteurs politiques ivoiriens, à la place de leurs libres déterminations. Au delà du calcul et de la rationalisation de leurs intérêts particuliers immédiats, un minimum de raison-spirituelle, autrement dit, de conscience de l’immensité au sein de laquelle se déroule leur existence est requis de la part de tous les ivoiriens. En effet, des ivoiriens qui observent ou reconnaissent les fins partisanes et les actes toxiques pour la société préférés par nombre d’acteurs pour les réaliser, ne peuvent que se poser des questions et il y en a beaucoup à laquelle il convient qu’ils y réfléchissent. Quelle est la valeur d’une règle qui échoue à ordonner et à réguler les comportements politiques des acteurs ? Où se loge la puissance d’une règle qui a l’autorité nécessaire sur les acteurs politiques ivoiriens ? Quelle est celle de la république démocratique en tant que forme d’organisation de la société, si son gouvernant subtilise et instrumentalise le pouvoir qu’elle constitue, en abolissant au passage ses principes, notamment ses interdits ? Quelle est l’autorité d’un peuple dont la volonté collective de l’immense majorité de ses membres, ne parvient pas à s’imposer à celle de chacun de ses membres. Comment se fait-il qu’un grand nombre d’ivoiriens se contentent de constater et d’admettre, contre leur conscience, que le désir de quelques-uns des ivoiriens soit supérieur à la volonté conventionnelle ou majoritaire ? De quels hommes veulent-ils en être ? Et, à quelles vies aspirent-ils, en attendant leur mort certaine qui leur inspire autant de crainte et justifie la quête d’une vie en tous leurs actes destinés à la retarder et à souffrir le moins autant que possible ?

Les ivoiriens ne peuvent pas accepter de souffrir, ni tolérer de voir des ivoiriens souffrir de leurs relations. Ils cesseraient immédiatement pour leurs consciences d’être des hommes et leur société reculerait en matière de culture humaine. Voici pourquoi, face à ce qui leur est inacceptable en conscience, leurs actes publics visant à tenter de réaliser ce qui leur occasionne peu de souffrances en vivant, peuvent pourtant manquer de mesure. Cela survient lorsque leurs souffrances, dont la réduction est leur raison de vivre, sont ignorées et non considérées par leurs contemporains avec lesquels ils constituent ensemble la société. Ainsi, il arriva que leurs consciences elles-mêmes soient submergées et débordées par le mépris vis-à-avis de leurs souffrances de vivre. Dans un tel cas, ils s’éloignent des hommes par leurs actes que leurs consciences peine à tempérer. Dès lors, il est vain pour quelques ivoiriens d’attendre des actes sympathiques et bienveillants pour leurs semblables et leur société commune, de la part d’autres ivoiriens dont les souffrances et le mépris à leur égard tendent à abolir leurs consciences. Oui, les souffrances de vivre à certain degré et le mépris à leur égard diminuent l’humanité en les hommes. On ne peut donc pas attendre d’ivoiriens qui vivent une telle expérience de se comporter et d’agir en hommes, à savoir avec mesure, quand la conscience qui qui encadre et discipline les modalités de sa quête de vivre sans souffrance tend à être abolie par trop de souffrance.

Tous les ivoiriens doivent le savoir ; tous les ivoiriens sont en quête d’une vie de moindre souffrances. Voici pourquoi, tels ivoiriens se défendront toujours lorsque l’essentiel, à savoir sa vie et sa dignité, sont en jeu et que des manifestations de mépris vis-à-vis de leurs souffrances inacceptables accompagnent ces dernières. Des ivoiriens certes vivant dans la souffrance mais dont les souffrances sont reconnues et considérées n’auront jamais les mêmes comportements dans la société que tels autres, qui en plus de souffrir des modalités de la vie ensemble, sont ignorés et méprisés ainsi que leurs vies que nuls autres ivoiriens ne souhaiteraient vivre. Tout ceci nous laisse entrevoir la voie juste de résolution de nos difficultés. Ainsi, la recherche de compréhension et d’explication des comportements des ivoiriens dans leur société commune ne peut ignorer cette exigence radicale et juste de chaque ivoirien : une vie respectée de moindre souffrances. Il résulte de ce qui précède que nuls ivoiriens ne profiteront jamais en toute quiétude de leurs vies à côté d’autres ivoiriens qui souffrent, sans que les souffrances de ces dernier ne soient  considérées et respectées, ni partagées par les premiers pour tenter de les en alléger. Les ivoiriens ne doivent pas oublier cela quand ils traitent de leurs raisons ou torts, de légalité, de légitimité, de leurs droits, de leurs attentes du pouvoir et de leurs dirigeants, ainsi que tous les autres ivoiriens, qu’ils considèrent comme leurs adversaires, si ce n’est les obstacles à une vie de moindre souffrances. Et, dans la mesure où tous espèrent toujours un avenir meilleur, partageons avec eux la juste conception de l’avenir de Gaston Bachelard : en substance, l’avenir espéré par les ivoiriens est précisément ce qu’ils font faire ensemble dès à présent. Nous espérons, que cet effort contribuera à leur montrer l’intérêt de la mesure et ce qui peut la déterminer.

 

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IV. De l’éthique des acteurs et de la valeur de leurs actes politiques.

Dépasser la question de d’illégalité de la seconde réélection du président Ouattara.

De l’éthique du régime Ouattara et de la valeur de ses actes politiques.

De l’éthique des membres de l’opposition et de la valeur de leurs actes politiques.

V. Sans éthique sociale, point de juste milieu. Pas de juste milieu, point de politique.

De ce qui est jugé le plus avantageux par les acteurs politiques ivoiriens à leur valeur accordée à la règle.

En quoi le régime, l’opposition et leurs partisans ont-ils confiance ?

Que reste-t-il encore de peuple ivoirien et de république démocratique de Côte d’Ivoire ?

Point de politique sans dimension éthique.

 

 

_________________________________________De l’acte politique et de sa valeur.

(1) Jean-François Thurot, “La Morale et la Politique d’Aristote”, Paris, Firmin Didot, 1823, 500 p.

(2) Xavier Jaze, “Funérailles de Jerry Rawlings : pourquoi Alassane Ouattara a envoyé Affi N’Guessan”, Monde Actuel, 2 février 2021. URL : https://www.mondeactuel.net/2021/02/02/funerailles-de-jerry-rawlings-pourquoi-alassane-ouattara-a-envoye-affi-nguessan/

(3) Dreffus Polichinelle, “En meeting Amon Tanoh : “Dites à Ouattara de libérer notre pays” Publié par afrique-sur7.fr le 10/10/2020 – URL : https://www.afrique-sur7.fr/443616-amon-tanoh-ouattara-liberer-pays/

(4) Richard Yasseu “Pour ses attaques contre le président Alassane Ouattara, Marcel Amon Tanoh déchu de ses droits coutumiers par le royaume du Sanwi”7info.ci le 17/10/2020 URL : https://www.7info.ci/pour-ses-attaques-contre-le-president-alassane-ouattara-marcel-amon-tanoh-dechu-de-ses-droits-coutumiers-par-le-royaume-du-sanwi/

(5) Arnaud Houssou, “Marcel Amon Tanoh demande pardon à Alassane Ouattara.” – Publié par 7info.ci le 25/01/2021 URL : https://www.7info.ci/marcel-amon-tanoh-demande-pardon-a-alassane-ouattara/

(6) Vladimir Jankélévitch, « Traité des vertus De la justice à l’équité », Bordas, 1970, tome 2 , chapitre 5, pp. 673-812.

 

GNG

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