CRISE POLITIQUE ET MORALE DE LA COTE D’IVOIRE : Sans un minimum d’éthique sociale, la politique risque de n’être qu’une dangereuse mystification du peuple ivoirien – 1er volet

Sans un minimum d’éthique sociale, la politique en Côte d’Ivoire risque de n’être qu’un épais tissu de ruses, de mensonges, de tromperies et de duperies. Bref, elle est mystification des membres de la société ivoirienne. La république démocratique ivoirienne est meurtrie par la valeur douteuse des actes de nombre de ses acteurs politiques. Ainsi, des interdits qui rendent possible la vie ensemble ont cessé d’être des interdits par la volonté de quelques uns de ses membres et sans aucun consensus. Devenue moribonde et méconnaissable, elle parait évoluer désormais vers une société sans interdits. Nulle part dans l’histoire n’a existé aucune société humaine sans interdits. Quand l’immense majorité des acteurs de la classe politique ivoirienne posent des actes publics dépourvus d’un minimum de moralité, font-ils alors de la politique ? Ainsi, la noble action politique est dévoyée sans cesse depuis trop longtemps. Voici pourquoi, le temps est venu pour le peuple ivoirien de se poser une question : sans un minimum d’éthique en politique, la république démocratique est-elle possible, réalisable, vivable et viable ?

Le président Ouattara emporte avec lui une immense responsabilité dans cette affaire. D’une part, il a décidé et choisi de postuler à une élection alors qu’il savait que la constitution lui interdisait une seconde réélection. D’autre part, alors qu’il a choisi d’ignorer la constitution pour s’en remettre directement à la décision souveraine du peuple ivoirien, il a décidé et choisi de refuser de discuter des conditions justes de la détermination de ce dernier. De son côté, l’opposition politique à son régime entendait sauver le peuple ivoirien et la république de l’aveuglement du régime par l’ivresse du pouvoir. Mais, l’opposition n’a été d’aucun secours de la république ni du peuple ivoirien. La mesure dans laquelle elle a usé de certaines des méthodes combattues du régime, plutôt que d’adopter une posture de responsabilité y est pour beaucoup. Ainsi, elle n’a pas éclairé le peuple ivoirien ni ne l’a avisé, en particulier les partisans qui forgent la force du régime, de la toxicité collective de la voie dans laquelle il l’engageait, à savoir la négation d’un interdit commun, pour l’armer et le préparer à mieux se défendre lui-même. Au contraire, elle a fait de cette situation son affaire personnelle et l’a perçue comme étant celle de démonstration d’une puissance qu’elle ne possédait guère ni n’incarnait. En combattant l’illégalité et l’amoralité en leur opposant illégalité et manque d’éthique sociale, elle procédait à une sorte d’écobuage politique. Elle n’a pas perçu que le carburant de l’illégalité et de l’amoralité est en ceux qui posent des actes politiques dépourvus de telles qualités. Il ne lui suffisait donc pas le brûler le carburant en elle-même, pour faire cesser les actes illégaux et dépourvus d’éthique du régime. En définitive, le feu de la volonté de puissance a consumé l’opposition. Dans ce même mouvement, ce feu a emporté la république démocratique que cette dernière donnait à penser qu’elle entendait sauver des flammes de la ruse, du mensonge, de la duperie, de la tromperie et du désir de puissance, présentée par le régime aux ivoiriens comme étant une manière juste de faire de la politique. Sans éthique, tous leurs actes sont éloignés de faire de la politique. Peut-être est-ce de la toxi-politique ou politox, si le lecteur ne me tient pas rigueur de ces termes.

Dans l’article précédent de cette réflexion, nous avons analysé les fins poursuivies par les acteurs de cette situation, à travers les actes qu’ils ont posés. L’exploration du déterminant de leurs choix d’actes politiques nous a menés aux fins partisanes qu’ils poursuivaient. Dans le présent article, nous examinons la part essentielle du président Ouattara dans la responsabilité de cette situation ainsi que de manière générale, la faible considération éthique de la plupart des acteurs impliqués. L’éthique sociale de l’opposition, y est également analysée pour dégager sa part de la responsabilité. Cet examen, qui sera réalisé en deux volets, nous conduira ultérieurement à nous interroger sur la valeur à accorder à la constitution de la république ivoirienne ainsi que sur l’autorité du peuple ivoirien en tant que le souverain, impuissants à ordonner et à réguler les actes politiques.

IV.

De l’éthique des acteurs et de leurs actes politiques.

Nombre de ceux des acteurs ivoiriens qui incarnent les institutions de l’État républicain et démocratique sont des acteurs politiques auquel il semble qu’il manque l’essentiel : un minimum d’éthique. Or, la politique est une affaire sérieuse puisqu’il s’agit de tenter de faire vivre ensemble en paix les membres de la société commune. Ainsi, ce but est la finalité la plus auguste de la politique qu’ils disent faire. C’est précisément cette fin qui doit les distinguer des autres membres de la société. C’est à travers leurs actes justes au service de l’existence même de la société et du progrès de ses membres qu’ils contribuent à la réalisation cette fin. De leur part, cela implique de poursuivre des finalités à caractère collectif. Tous les actes politiques, de quelques acteurs qu’ils émanent, qui menacent cette existence, la cohésion de ses membres ainsi que la possibilité de progrès communs et partagés par ses membres ne peuvent en conséquence mériter d’être qualifiés d’éthiques. Bref, examinons l’éthique des acteurs à travers les actes qu’ils ont posés.

La convenance de ne pas se tromper d’objet du débat.

La valeur douteuse des actes posés par nombre d’acteurs politiques nous mène à leur éthique politique et à leur sens donné à la république démocratique ivoirienne. De fait, si nous voulions examiner l’éthique des acteurs, nous devons partir de leurs buts et fins visés et interroger leur valeur ainsi que celle de leurs actes préférés. On approche cette valeur en recherchant leur raison qui les pousse à poser tels actes politiques concrets, plutôt que tels autres. Ces actes sont le reflet de leurs préférences, qu’il s’agisse des buts qu’ils cherchent à atteindre à travers eux ou des moyens pour y parvenir. Dès lors que les fins que les acteurs poursuivent ne sont pas collectives, mais partisanes, il ne peut y avoir quelque doute sur le fait que les moyens ou actions sur lesquelles portent leurs préférences ne consistent pas en bien collectifs, à savoir en des actions justes en raison de ne pas être sociotoxiques.

Cette analyse présuppose de ne pas considérer d’emblée le résultat de leurs actes. Non pas qu’ils soient sans intérêts, mais parce que leurs résultats réels ne renseignent pas nécessairement sur les motivations initiales de leurs auteurs. En revanche, les raisons qui ont déterminé ces actes ont une valeur qui manifeste leur considération éthique. Voici pourquoi, dans un premier temps, il convient d’accepter le désintérêt temporaire de ces résultats ainsi que les jugements portés sur eux. En évacuant temporairement ces préoccupations,  l’attention des ivoiriens pourra alors être orientée vers le questionnement du caractère éthique des finalités poursuivies par les acteurs et des actes préférés pour les réaliser. Le moment sera venu dès lors pour analyser les fins et actes préférés par les acteurs, responsables de la situation collectivement toxique. Leurs préférences témoignent de leurs considérations éthiques qu’elles reflètent.

En effet, il importe de clarifier le débat. Il est exact que le faux calme politique temporaire l’a occulté avant qu’il ne surgisse assurément à nouveau à l’approche des élections de 2025. L’illégalité supposée de la candidature et de la seconde réélection du Président Ouattara a ébranlé la société ivoirienne en fin d’année 2020 et en début d’année 2021, avant que la Covid-19 ne détourne de nombreux ivoiriens de leur colère. L’énoncé d’illégalité d’une seconde réélection présuppose une réélection par le peuple ivoirien, autrement il est absurde de spéculer sur les attributs de ce qui n’existe pas. La régularité d’une telle réélection, à condition de poser qu’une réélection est intervenue, se mesure alors à l’aulne de sa conformité à la loi. Cette conformité elle-même découle de celle du processus électoral qui y a conduit. Or, en cette matière, nombre d’ivoiriens ont pour unique argument, pour fonder l’illégalité de sa seconde réélection, le fait qu’une seconde réélection ne pouvait intervenir en vertu de la constitution. Certes, l’article 55 fixe le nombre de réélection à l’unité.

Cela étant, si l’on prend la peine de suivre leur raisonnement, cela voudrait signifier qu’une seconde réélection, même résultant du libre choix du peuple ivoirien, dans le cadre d’un processus électoral régulier leur est inconcevable. C’est là un point de vue discutable et sans aucun argument valable au plan juridique au moins. Il convient par conséquent d’affirmer qu’une seconde réélection, même interdite par la constitution était non seulement possible en fait – ce que confirment les faits -, mais en plus, elle pouvait être valable en droit, dès lors que les conditions précédentes sont satisfaites. Quant aux valeurs politique et éthique d’une telle issue, c’est une autre affaire qu’il convient d’examiner plus attentivement. Précisément, les valeurs politique et éthique constituent les objets de notre réflexion et non la légalité.

Ainsi, confusion existe et menace la clarté de l’enjeu du débat. Elle concerne le risque de spéculations à propos de légalité de la candidature et de la seconde réélection, alors que ce qui est contesté et récusé concerne le manque d’éthique politique et sociale du président et de son régime. Si cette confusion n’est pas levée, elle risque de continuer à aveugler les acteurs politiques ivoiriens et leurs partisans en renforçant leurs certitudes contestables et discutables à minima, à propos d’une candidature et d’une seconde réélection illégales. Quand on souffre avec le peuple ivoirien de cette situation, une meilleure manière de manifester le souci de lui existe : l’amener à cet enjeu fondamental constitué par le manque d’éthique politique et social des acteurs, plutôt que de l’encourager à pointer un défaut d’illégalité de candidature et de réélection. Son attention ne peut être attirée vers cette considération sans l’avoir arrachée à la certitude de ses constats d’illégalité pour l’orienter vers l’absence de valeur éthique des fins poursuivies et des actes posés pour les réaliser. Dans cette mesure, il est nécessaire de dépasser la question et les allégations d’illégalité des actes, de sortir de l’enjeu de conformité légale des fins et actes pour explorer leur valeur politique, leur sens pour la société ivoirienne. Voici une contribution pour dépasser la question de la seule conformité des actes à la règle commune. Cette contribution examine la problématique de l’éthique des acteurs politiques ivoiriens.

Que sa nature soit politique ou non, un but ou une fin relève soit d’un souhait ou d’un objet de volonté. Être candidat par exemple à une élection présidentielle est d’abord un souhait parce qu’une candidature validée à une élection présidentielle ne dépend pas uniquement de celui qui pose sa candidature. Seule dépend de lui sa décision ou non de se porter candidat et de fournir les éléments et pièces justificatives nécessaires à la validation de sa candidature. Mais l’examen de sa validité ne dépend d’aucun candidat. Il en est exactement de même du souhait initial du président d’être réélu une seconde fois en vue d’être président et de gouverner. Outre de faire une campagne électorale et de tenter de convaincre les électeurs, le devenir de la candidature dépend de ceux qui organisent l’élection, des électeurs qui choisissent en votant, mais aussi de ceux qui comptabilisent leurs scrutins. Par ailleurs, cela dépend des actes antagonistes d’autres acteurs politiques concurrents. Enfin, la validation et proclamation des résultats de l’élection ne dépend pas de l’acteur qui pose sa candidature. C’est en raison de tout cela que l’éthique politique de tel candidat ou plutôt le manque d’éthique ne suffit pas à réaliser ses souhaits surtout s’ils sont politiquement dévastateurs de la société. Ainsi, au delà de l’acte de candidature du président Ouattara à une réélection contrariée par l’interdiction de sa double réélection par la loi, c’est l’éthique de tous les acteurs qui ont concouru à ce résultat qu’il convient d’examiner.

En effet, la loi peut interdire ; mais la loi ne peut empêcher quiconque des ivoiriens de vouloir aller librement au delà de l’interdit. La loi peut sanctionner l’infraction avérée à l’un de ses interdits ; mais la loi ne peut sansctionner d’elle-même en l’absence d’acteurs qui détiennent le pouvoir qu’elle leur confère de le faire ; pas plus, la loi ne peut sanctionner avant la commission de l’infraction. Par ailleurs, un peuple commet-il une infraction s’il dépasse son propre interdit posé dans sa loi ? La loi s’impose à chaque ivoirien ; mais, d’une c’est bien chaque ivoirien qui décide librement de manifester sa force morale en acceptant de supporter sa rigueur, pour le bien de la société entière. D’autre part, un peuple qui dépasse son propre interdit en décidant et en choisissant contre ses principes posés, au lieu de sanctionner par cette décision et choix le contrevenant commet-il une infraction ? Un peuple qui modifie sa règle existante dans son acte souverain qui fait loi est-il coupable de quelque infraction ? Si oui, qui détient alors le pouvoir de le sanctionner s’il est le souverain ? Aucune règle ne s’impose à aucun peuple, mais à des individus et aux groupes qu’ils peuvent former et dans ce cas, à condition que des acteurs fondés de pouvoir par elle manifestent son autorité. Ainsi, il est possible de considérer que de fait, le peuple ivoirien a souverainement changé la loi, précisément son interdit, en agissant contradictoirement à celle initiale et à son interdit qu’il dépasse par sa décision.

Admettons néanmoins une objection unique. Elle consiste en une condition. Certes, dans leur grande majorité, les ivoiriens considèrent que le peuple ivoirien ne s’est ni déterminé librement par rapport à cette candidature, ni dans des conditions justes permettant d’exprimer sa préférence et de fonder le changement souverain éventuel de son interdit. Encore que la recevabilité de ce point de vue ne peut être fondé par le refus du régime d’accéder à la demande de l’opposition visant de justes conditions de manifestation du choix du peuple. Car, s’agissant de la préférence de l’opposition et de ses partisans de boycotter le vote, elle ne constitue nullement un argument. Quoi qu’il en soit, cette objection ne supprime pas au débat pour autant la nature de son objet véritable : la question introduite par cette candidature est d’ordre politique et éthique et non pas d’ordre légal. En l’espèce, et s’agissant d’un interdit politique, qui ne s’avère qu’après acte du peuple, et pour lequel la loi fait des électeurs les seuls juges, seul le peuple ivoirien pouvait sanctionner quelque tentative d’infraction en la mettant en échec. Constatons au contraire, qu’à travers son vote qui exprime sa préférence, une partie du peuple a librement supprimé toute autorité à la loi émanant de lui. Aussi, la question de la crise politique et morale ivoirienne ne concerne pas que le manque d’éthique sociale des seuls dirigeants, fussent-ils les manipulateurs des préférences des partisans ivoiriens.

De la légalité de la candidature du président Ouattara et de son manque d’éthique.

Passés les premiers instants de grande tension pendant lesquels d’innombrables ivoiriens associaient “seconde réélection” et “illégalité” et pendant lesquels cette association semblait être sensée, les ivoiriens doivent revenir à eux-mêmes et à leur raison. Lorsqu’ils énoncent une seconde réélection, ils supposent choix et décision du peuple ivoirien. Dès lors, est-il raisonnable de leur part de penser que le choix et la décision du peuple souverain relèvent d’un acte illégal ? Le non sens ou absurdité d’une telle allégation doit les amener à mieux discerner ce qui les heurte et à tenter de le nommer convenablement. Il leur faut examiner l’éthique du régime Ouattara et de ses partisans.

Pour notre part, au terme de l’analyse de la situation politique ivoirienne  initiée par le fait que le président Ouattara a préféré être candidat à une réélection dont la constitution limite le nombre à l’unité, notre conviction est faite : pour lui, comme pour son régime et leurs partisans, ce qui est vrai, juste, bien et collectivement utile relève uniquement de sa seule conformité à la règle de leur référence. Il résulte de leur conception de la politique que leurs actes politiques le sont parce qu’ils sont légaux, de leur point de vue. Néanmoins, on pourrait inférer de leurs conceptions politiques que les actes posés hier par les colonisateurs l’étaient dès lors qu’ils s’enracinaient et se fondaient sur un ordre colonial en tant que la règle de référence ayant autorité. Qui peut penser que cela relève de la vérité et de ce qui est juste ?

La légalité recouvre-t-elle tout ce que la morale ou l’éthique est ?

La légalité d’un acte et de la situation qui en résulte est l’attribut de ce qui est non seulement intervenu mais est conforme à telle loi ou règle. Comme telle, elle est postérieure à sa moralité. Et, la moralité est le caractère de ce qui est vrai, juste, collectivement utile et non toxique pour la société ; il en est pareillement de l’acte qui le fait être. La légalité ou conformité à la règle ou convention sociale, ne constitue que l’une des manifestations de ce qui est moral, sans totalement recouvrer tout ce que la moralité exprime et signifie. En effet, ce qui est légal n’est pas nécessairement moral et inversement. Est-ce moral de s’opposer à la convention politique, comme par exemple, d’être, candidat à une élection à laquelle l’on ne doit pas être réélu par convention politique, même en l’étant légalement ? Est-ce moral de tenter les hommes et d’espérer de leur part, qu’ils expriment ce qu’il y a de plus moribond en eux, la volonté d’être la société entière plutôt d’en être seulement membres ? C’est ainsi que ce qui est moral, à savoir, bien, juste, utile et précieux pour la société humaine n’est pas manifesté que par sa seule conformité aux lois, ni ne résulte que des seules lois, encore moins si elles sont imprécises et incomplètes. Et, même s’agissant de lois justes en leurs principes, cela ne suffit pas, si elles sont mises en œuvre de manière inique.

Pour un acteur politique détenant et incarnant à lui seul la puissance de l’État, sa posture démagogique consiste à transformer autant de ses souhaits en buts ou en fins réalisables par ses propres et uniques actes et à faire dépendre leur réalisation de lui seul. N’est-ce pas ainsi que ces situations politiques (candidature validée, seconde réélection par exemple) qui consistent en ses souhaits sont devenus des buts réalisables. Ils ont pu être réalisés par le président Ouattara contre la loi fondamentale et, pour la seconde réélection, contre une grand nombre d’ivoiriens dont les actes contraires devaient les empêcher d’être des buts atteignables. Faites donc de vous-mêmes et de vous seuls, si vous y parveniez, ceux dont dépend la réalisation de vos souhaits et vous parviendrez à convertir ces derniers en buts ou fins réalisables relevant de votre propre et unique volonté. Des acteurs membres du régime ont fait de la volonté du président la leur et ont admis les mêmes fins que lui sans leurs propres délibérations. De leur part, cela revient  à considérer que leur liberté à déterminer et à poser des actes justes, qui leur confère leur responsabilité, dépend du président. Il convient cependant d’analyser cela comme un problème qu’ils ont avec leur conscience qui les mène à la considération qu’ils se donnent.

Comme le Dieu qu’il ne peut être pour le peuple ivoirien, Ado est comblé, pourrait-on observer, pensant au pharaon Akhénathon. La satisfaction non dissimulée du président Ouattara, due à son sentiment d’exercer un grand pouvoir sur la société ivoirienne, n’est pas condamnable en soi. Ce qui l’est, c’est la condition qu’il exerce ce pouvoir injustement mais non pas justement, à savoir à la fin de renforcer la société ivoirienne et sa cohésion. Cette dernière condition qui donne sa saveur morale à cette satisfaction fait défaut.  En l’espèce, il exerce injustement ce pouvoir sur la société ivoirienne. L’acte juste, dont un homme peut être fier, n’existe pas sans que cet acte ne soit moral. Néanmoins, lorsque la constitution ivoirienne autorise la candidature d’un gouvernant qui a déjà été réélu une fois en 2015, mais sans que cette candidature ne doive aboutir à une seconde réélection, de fait elle remet son autorité à la conscience des citoyens électeurs ivoiriens eux-mêmes et à leur décision.

Or, leur décision peut relativiser la loi et lui supprimer tout attribut cardinal, dès lors qu’une telle détermination peut être tributaire des penchants des hommes. L’expression de ces faiblesses elles-mêmes peut être, renforcée par la faculté de rationalité. Bien qu’elle leur permet de distinguer le vrai du faux, le bien et l’utile de ce qui est toxique, elle agite aussi devant leur sens, l’intérêt particulier et partisan immédiat qu’ils peuvent en tirer ; mais cet intérêt particulier réalisé par l’acte public est souvent toxique pour la société. A juste titre, des ivoiriens sensibles aux gains immédiats liés à leurs décisions, dont ils ne peuvent tirer profit que dans des conditions apaisées, peuvent être alléchés par une offre rendue possible pas la règle conventionnelle. En cela, en ne supprimant pas le chemin des tentations susceptibles de conduire à ignorer l’interdit, en laissant à chaque ivoirien  la possibilité d’agir contre la loi à laquelle il a contribué à l’adoption, le peuple ivoirien a mis le ver dans le fruit constitutionnel : l’autorité de l’interdit ne se fondait que sur le rapport entre la volonté réelle et sincère, mise en commun avec tous les autres ivoiriens et le désir circonstanciel de chaque ivoirien.

Toutefois et s’agissant des actes du président Ouattara, une question se pose : est-il valeureux de poser des actes même conformes à la loi fondamentale, quand il les sait manifestement susceptibles de produire de l’injustice et de fracturer la société ? Cela l’est-il de commettre l’injustice relativement à la loi et à la morale sociale et politique en posant des actes injustes en eux-mêmes, comme manipuler la règle et  ce qu’il y a de plus sombre en les hommes et même leur ignorance de bonne foi  ? Et bien, à travers leurs actes, le président et ses partisans sont clairs : ils considèrent qu’il est moins valeureux de supporter l’injustice due à des actes injustes éventuels d’autres acteurs auteurs que quand eux-mêmes produisent des actes d’injustice. En cela, ils épousent la conception des Sophistes analysée par Socrate (1). La vision de ce qui est moral de ces derniers dans la Grèce antique, Caliclès à leur tête ainsi que de tous ceux qui se réclament d’eux, comme Thomas Hobbes et Nietzsche  est simple. Ainsi, leur conception d’une morale qui ne serait fondée que rationnellement les mena à une conception de la vie ensemble fondée sur la loi du plus fort, ainsi qu’à l’équivalence de ce qui est juste à ce qui conforme. Épousant une telle conception, le président et ses partisans ont été conduit par cette dernière au coup de force constitutionnel, initié par une candidature sans issue favorable en théorie par le principe de la loi constitutionnelle.

On ne peut que leur opposer la sagesse de Socrate. Selon lui, sans un minimum d’ordre et d’harmonie des fonctions de l’esprit et des mouvements du corps, la santé et la vigueur du corps sont problématiques. Autrement dit, sans un certain ordre de l’âme humaine, il n’y aurait aucun équilibre des passions avec les désirs raisonnés. De sorte qu’on peut conclure de cela que, sans ce minimum d’ordre et de régulation juridique et morale, qui lui assure l’équilibre dans son humanité, l’homme se ne distinguerait pas des animaux. Le président, son régime et leurs partisans ont fait leur choix : une société régie par la loi du plus fort, se fondant sur leur puissance sur la détention des instances du pouvoir, notamment du dire du droit et d’organisation de la détermination du peuple et de sécurité publique en charge de la réduction des contestations. Feignant de ne ne point décider ni de choisir à la place du peuple ivoirien, ils étaient pourtant certains de l’issue de la décision et choix du peuple. Disposant du pouvoir d’organiser les conditions de détermination des préférences des membres du peuple et de celui comptabiliser leurs choix pour établir la résultante de leurs choix individuels, ils ont usé de cette puissance incarnée. Ils ont préféré poser des actes conduisant à l’injustice ou injustes plutôt que de s’abstenir de commettre l’injustice avec encore plus de soin qu’ils n’en ont mis à éviter préventivement d’en souffrir.

Tout cela mis à l’écart, on peut toutefois lui reconnaître au moins quelques talents : la rationalité en politique, bien que mise au service de l’injustice, pour le plus grand malheur de la république démocratique de Côte d’Ivoire alors exangue. Cela dit, quelle peut être la valeur d’un tel talent d’un dirigeant politique, si ce talent n’est pas mis au service de la cohésion de la société, du progrès de la justice dans la société, bref du progrès moral de ses membres ? Parce que la morale n’est pas à part et séparée de la politique, la valeur de quelques talents politiques ne peuvent trouver sa juste mesure qu’au plan moral, et à condition que les idées de ce qui vrai, bien, juste et utile collectivement reflètent ces réalités en quête desquelles l’esprit humain court en restant totalement insaisissables néanmoins.

Le président Ouattara et son régime prétendent que sa candidature et sa seconde réélection relèvent de faits justes sur le fondement d’un unique argument : sa candidature et sa seconde réélection sont couvertes du sceau de la poudre de légalité constitutionnelle. Il est exact que la règle fondamentale des ivoiriens est le résultat de leur convention. Et, ils ne peuvent convenir de ce qui leur paraît injuste, si bien que par principe, ce qui est conforme à cette convention constitutionnelle est juste. En ce sens, ce qui est légal est juste ainsi qu’ils prétendent que sa candidature à l’élection présidentielle de 2020 l’est. C’est un fait qu’aucune des conventions des ivoiriens n’empêche nullement à un président déjà réélu de se porter candidat, bien que sa seconde réélection le soit. En raison, chaque ivoirien le sait aussi : une candidature n’implique ni ne vaut élection ou réélection. C’est même ainsi que de tous les candidats à une élection, seul un seul est élu. Certes, tout candidat peut être potentiellement élu ou réélu. Mais en l’espèce, si en vertu de la convention, la candidature du président n’était interdite nulle part, en revanche, elle ne pouvait  mener à sa réélection interdite. Il convient toutefois d’ajouter aussitôt que c’est le peuple ivoirien qui détient et qui peut exercer le pouvoir de cette interdiction inscrite dans la loi. Cela précisé, la conformité de cette candidature à la convention constitutionnelle n’implique pas qu’elle est juste.

En effet, le président, qui a posé sa candidature, n’était pas sans espérance d’être réélu ; il ne pouvait non plus penser l’impossibilité d’une issue favorable à sa candidature, bien que sachant l’interdit d’une seconde réélection. Dès lors, nul ivoirien ne peut affirmer et argumenter le fait qu’un dirigeant qui souhaite dépasser l’interdit commun accepte de supporter la loi qui interdit une telle issue pour le bien de la société entière. Nul autre ivoirien ne peut faire valoir son intention de ce bien de la société, à travers une candidature qui précisément entend dépasser ce qui a vocation à réaliser ce bien de la société. Quand il pose cet acte en ayant une pleine connaissance en conscience de son potentiel effet dévastateur sur la société, il ne peut pas justifier d’une action juste quand elle peut affecter la société toute entière, ce que l’expérience confirme. Parce qu’en ce refus même de la convention des ivoiriens se trouve son manque d’éthique sociale, le président et ses partisans ne peuvent pas énoncer que la légalité de sa candidature suffit à en faire un acte juste, au point de vue politique, social et moral.

La légalité de la candidature du président suffit-elle à son caractère juste ?

Lorsque le président Ouattara déjà réélu une fois en 2015 pose sa candidature à l’élection présidentielle de 2020, il n’ignore pas, en tant que président déjà réélu, la limitation du nombre de réélection à l’unité. Il importe donc de parvenir au sens et aux implications de sa candidature. Son acte signifie qu’il n’accepte pas l’interdit constitutionnel limitant à l’unité le nombre de réélections. Cela veut aussi dire qu’il ne croit pas en la solidité et en la sincérité de la convention constitutionnelle des membres du peuple ivoirien limitant le nombre de réélection à l’unité. Bref, il pense qu’il existe des ivoiriens, assez nombreux pour porter leurs choix sur sa candidature. Dans une certaine mesure sa candidature consiste en un défi lancé aux ivoiriens de se prononcer à nouveau sur leur préférence commune déjà établie de limiter le nombre de réélection à une.

Les faits montrent qu’il avait une bonne appréciation de l’inauthenticité d’une partie des ivoiriens, s’agissant de la convention constitutionnelle à laquelle ils ont participé à la validation. Là n’est pas tout. En effet, eux qui lancent le défi aux ivoiriens sont aussi les organiseurs de leurs choix, alors même qu’ils aspirent à leur faire en changer, bien qu’ils aient déjà choisi la limitation de la réélection à une seule ; cela s’appelle “forcer la main” qui tien le bulletin de vote du peuple ivoirien. Un homme raisonnable dira qu’une situation dans laquelle ceux qui force les mains des électeurs ivoiriens sont aussi les organisateurs de l’élection disposent des moyens de leur contrainte qui ne dit pas son nom. Il dira aussi qu’une forte dose de probité morale est nécessaire à ceux qui, doutant de la véracité de la préférence collective des membres du peuple ivoirien veulent les amener à en changer, s’ils entendent respecter leurs libres choix. A travers la candidature du président Ouattara, la limitation du nombre de réélection à une que les ivoiriens ont déjà choisi est remise en question. Dès lors, des gens qui désirent orienter à travers elle les choix des ivoiriens vers la modification de leur préférence en vue de la réalisation leur but politique poursuivi aspirent-ils à respecter le libre choix des ivoiriens ? Cette candidature elle-même peut-elle constituer une manière sincère de l’attester ?

Ainsi, à examiner le raisonnement du régime Ouattara et de ses partisans, la valeur ou mérite de leurs actes ne réside que dans la cause de leurs conséquences ; ces conséquences elles-mêmes résultent de leurs conduites conformes à ce que la règle prescrit. De ce point de vue, la justice de leurs actes n’est finalement que le moyen de parvenir à leurs fins et non pas la fin qu’ils poursuivent à travers ces actes. De sorte que la seconde réélection interdite, comme moyen de réaliser leur désir d’accaparer le pouvoir au service de leurs partisans sont les fins intermédiaires pour lesquelles leur conformité à la règle, à savoir leur caractère juste selon eux est moyen. D’une certaine manière et selon eux, les sentiments et opinions des ivoiriens, à propos de justice, de ce qui est bien et utile collectivement n’ont aucune valeur car infondés. Ainsi, leurs conceptions de ce qui est juste procèdent comme si la raison et la conscience des ivoiriens qui les dirigent sans cesse en quête de tout cela n’existaient pas et au mieux, devaient faire place nette à leur convention matérialisée par la règle fondamentale commune imparfaite. En quelque sorte, malgré ses insuffisances, la règle doit se substituer à leur raison et la remplacer. Quant à leurs opinions et sentiments de ce qui est vrai, bien, juste, utile, ils ne doivent avoir pour unique fondement que la seule conformité de ce qui est jugé à la règle.

Il reste alors peu de chose à ajouter à tout cela que d’observer que les conceptions de l’éthique sociale du président et de ses partisans en font le royaume de ce qui n’est que légal. En effet, ils fondent la justice sur l’effet du seul produit imparfait de la convention des ivoiriens, à savoir la règle commune et ce qu’elle implique à propos de ce qui est juste ou injuste. Dès lors et à leur sens, les ivoiriens n’ont plus rien à penser, à juger par eux-mêmes de ce qui l’est ; il s’en suit qu’ en cette matière, ils ne doivent s’en remettre qu’à l’autorité de la règle, même imparfaite, et cela, de quelque manière que les acteurs politiques agissent et font sous le couvert de ses imperfections et lacunes. C’est ainsi que raisonnaient les colonialistes et raisonnent les dictateurs. Sur l’unique fondement de la légalité, ils affirmaient ce qui est juste, du haut de leur posture martiale et impériale. Quand cela ne suffisait pas, lorsque à la suite de leurs libres délibérations sur leur valeur morale, les hommes aient heurtés et meurtris puis révoltés par leurs actes certes conformes à leur loi, ils allaien jusqu’à s’opposer violemment à eux pour les empêcher de penser le contraire et tenter de les faire taire.

On ne peut qu’objecter à cela que le droit ne signifie rien en manquant d’être au service de la morale. Autrement dit, ce qui est légal n’a aucun sens en étant dépourvu de toute moralité, à savoir le caractère de ce qui fait vivre ensemble les membres de la société. C’est dans cette relation à la moralité que le droit a un sens ou une valeur qui l’unit à la morale dans le champ des relations sociopolitiques. Sans cette valeur, le droit et la morale relèveraient de choses complètement distinctes et disjointes. La valeur morale de l’acte légal n’a aucun sens en dehors de tout jugement de sont aptitude à produire le bien collectif et à favoriser la vie apaisée ensemble des membres de la société. Et, il n’est pas nécessaire de discerner précisément cette valeur ; il suffit de savoir que toute valeur est déterminée négativement. Certes, les différences de signification d’actes à la fois légaux et moraux avec celles d’actes à la fois légaux et amoraux sont inséparables et solidaires. Mais, comme il s’en suit que les seconds actes ne peuvent jamais correspondre exactement aux premiers, la valeur de l’acte à la fois légal et moral repose sur son opposition à l’acte à la fois légal et amoral. La voie pour les distinguer nous amène à la différence de signification entre ce qui est moral et ce qui ne l’est pas et inversement.

Puisque nous admettons qu’une opposition existe bel et bien entre ce qui est moral et ce qui ne l’est pas, alors, un acte à la fois légal et moral existe et se distingue d’un acte à la fois légal et amoral. Rapporté à notre analyse, l’unique question concerne alors ce qui différencie, d’une part, être candidat à l’élection sachant la seconde réélection interdite et d’autre part, s’abstenir d’être candidat. Être candidat dans ces conditions manifeste la volonté d’aller au delà de l’interdit commun ; sans ce désir toxique, l’acte de candidature du président Ouattara relèverait d’une absurdité. Ainsi, le débat sur ce qui est moral peut trouver sa résolution dans le discernement de ce qui est amoral. Il n’est pas nécessaire de s’accorder sur la nature de l’acte moral ; pour le discerner, il suffit de relever sa différence avec l’acte amoral qui s’oppose à lui . La candidature du président Ouattara, même légale, mena à la désapprobation et opposition d’un grand nombre d’ivoiriens, en raison de ne pas pouvoir aboutir à une seconde réélection conformément à la convention constitutionnelle.

Dans ces conditions, elle ne peut recevoir l’attribut d’un acte politique moral ou éthique du fait de sa seule légalité. Voici, à peu de chose près, ce que les ivoiriens peuvent déduire de cette candidature si leur volonté est de tenter d’ordonner la confusion de leurs opinions à propos de cette candidature. Elle n’était point illégale mais anti-éthique sociale et en conséquence illégitime. Concédons que le président Ouattara avait le droit de se porter candidat à l’élection présidentielle de 2020, qu’à ce titre sa candidature était légale. C’est cette juste posture qui permet de mieux affirmer et souligner l’amoralité de cette candidature due à son haut potentiel destructeur de la société ivoirienne. C’est sans aucun doute en cela qu’elle était contestable politiquement.

Une candidature certes légale, mais injuste et contestable au plan politique et éthique.

C’est un fait incontestable que le président Ouattara a déjà été réélu une fois en 2015. Aussi, en posant sa candidature, il a pris le parti d’encourager des ivoiriens à emprunter un chemin de tentations. Ce chemin menait à la possibilité de dépasser l’interdit constitutionnel d’une double réélection, dans la mesure où des ivoiriens étaient disposés à ignorer la convention constitutionnelle et à faire du mépris à son égard le moyen de parvenir à leurs fins particulières. Le peuple ivoirien lui-même n’a pas jugé utile de rendre  non praticable le chemin susceptible de mener à son dépassement : nulle part dans sa constitution, le peuple ivoirien n’a pas interdit  toute candidature d’un gouvernant déjà réélu une fois, alors qu’il ne veut pas de seconde réélection. Légalement, rien ne s’opposait par conséquent à sa candidature, sauf considération éthique, et plus exactement la réponse à la question de savoir si sa candidature était bien ou toxique pour le peuple ivoirien. Considérant la primauté de la légalité sur l’éthique sociale, il a fait son choix : il est déterminé par son souci de légalité et son mépris de l’éthique politique.

Néanmoins, accordons à ceux qui ne partagent pas ce point de vue une objection : sans doute, aucune disposition institutionnelle ne peut rien contre le désir d’imposer sa propre loi et de dépasser la loi collective et ce qu’elle peut interdire pour rendre la société possible, ni de faire de sa considération éthique la norme sociale. Ainsi, il est sans doute possible qu’une disposition constitutionnelle qui eût interdit toute candidature d’un candidat ayant déjà gouverné et été réélu une fois et susceptible de mener à sa seconde réélection n’ait pas pu vaincre le désir sociopathique manifesté et noyé dans un rationalisme juridique moribond. N’est-ce pas ainsi que, contre l’évidence, il résulte de ce désir manifesté par certains partisans ivoiriens une insulte à l’intelligence du peuple ivoirien. Si l’on en croit les raisonnements sophistes de ses partisans, ils considèrent que le président Ouattara n’est qu’à son véritable premier mandat. S’appuyant sur un raisonnement juridique mystificateur, ils voudraient convaincre les ivoiriens de ce que celui qui est président de la Côte d’Ivoire depuis 2011 n’ait jamais gouverné ni été réélu une fois avant cette dernière élection de 2020. Ainsi, aucune règle n’aurait sans aucun doute eu raison de tels esprits désireux de substituer leur volonté à la volonté collective conventionnée. Cela dit, dans une telle circonstance, on peut toutefois relever que le peuple ivoirien n’aurait peut-être pas été impliqué, dans la possibilité du forfait auquel pouvait conduire une candidature contestable aussi bien en droit, politiquement qu’éthiquement. Cette possibilité ne serait alors fondée que par le seul désir de ceux des ivoiriens qui aspiraient à aller au delà de la loi commune et de procéder comme si elle n’existait pas.

En effet, des ivoiriens voudraient ignorer la complexité du processus ayant conduit au forfait réel, à savoir la seconde réélection pourtant interdite. Ils voudraient faire comme si une partie du peuple ivoirien n’avait point contribué à la commission de ce forfait ; ces ivoiriens font manifestation de démagogie. A l’évidence, ceux-là poursuivent leurs uniques intérêts particuliers, positionnant le régime Ouattara comme l’unique adversaire de la république pour éviter de constater que des parties partisanes du peuple divergent sur les conditions de la vie ensemble. Lorsque les membres d’une partie du peuple acceptent d’être les moyens du président Ouattara pour dépasser l’interdit commun, il est faux d’affirmer qu’il est le seul responsable, sauf à faire de cette partie du peuple des êtres dépourvus de la faculté de déterminer ce qu’ils considèrent comme leurs intérêts, de toute disposition morale et éthique, etc… C’est pourquoi, un constat s’impose à ce stade : le forfait au détriment du peuple tout entier consiste en une seconde réélection interdite et non pas en la candidature qui y a mené ; elle ne pouvait produire ce résultat sans une partie du peuple ivoirien. Dès lors, on ne peut ignorer à minima, la part de responsabilité de la partie du peuple qui a rendu possible cette réalité, au delà de la simple candidature nonobstant contestable au plan politique et éthique sociale.

Ainsi, à travers sa candidature socialement et politiquement dangereuse et dépourvue de valeur éthique, le président Ouattara a procédé comme s’il sollicitait l’arbitrage de la conscience des ivoiriens :  entre  son désir d’ignorer l’interdit, d’une part et la volonté commune réelle des ivoiriens que la loi et l’interdit manifestent, d’autre part.  La préférence et le choix d’une partie du peuple ivoirien n’ont fait que souligner l’absence de volonté réelle de sa part d’interdire une seconde réélection. Le fait que la volonté commune, finalement feinte par cette dernière, laisse praticable la voie conduisant à cette possibilité n’a fait que faciliter les choses en agissant comme un piège. En cela et en première analyse, son acte de candidature peut être jugé comme étant non seulement conforme à la loi existante, mais juste en ce qu’il ne portait à ce stade aucune atteinte en soi à la société ivoirienne.  Les ivoiriens eux-mêmes sont des êtres conséquents et capables de reconnaître l’objet de leur volonté manifestée (à travers l’interdit constitutionnel), d’une part, ainsi que tout ce qui peut leur procurer un bien collectif, d’autre part. Leur souci manifesté de la cohésion sociale devait les conduire à rejeter la tentative d’abolition de leur interdit commun à travers cette candidature).

Sauf, à penser le contraire d’eux et à faire des ivoiriens, des infirmes de l’esprit et de l’âme, abusés par le président Ouattara, l’acte de candidature de ce dernier n’était que cela. L’expression de son potentiel toxique au plan politique dépendait du libre choix des ivoiriens ; et cela est aucun doute l’essentiel ou le principal. Certes, sa responsabilité de gouvernant est grande. Mais, c’est une erreur que celle de considérer que lui-seul devait manifester le souci de la cohésion de la société commune en s’abstenant d’être candidat. Si être gouvernant lui confère cette immense responsabilité, cela n’implique nullement qu’il détienne à lui seul toute la responsabilité en cette matière. Constatons que des ivoiriens ne ramènent pas d’autres, fusse-t-il président, à la société commune. Constatons que des ivoiriens ne ramènent pas d’autres ivoiriens désireux de la fractionner par leurs actes à sa cohésion indispensable. Constatons que des ivoiriens ne se substituent pas à la conscience défaillante d’autres ivoiriens, mais sont au contraire sensibles à un tel projet et sont disposés à contribuer à sa réalisation.

Devant de tels constats, les ivoiriens ne pouvaient que se poser des questions dont celles qui suivent. Que vaut alors la règle commune pour ordonner et stabiliser la société ivoirienne et à laquelle ils associent leur volonté de manière inaliénable ? A quoi peut-elle leur servir, si leur volonté commune qu’elle cristallise résulte de volonté individuelles masquées et non sincères ? Peut-être, leur convention constitutionnelle n’est que la somme arithmétique de leurs volontés et non pas ce qui résulte de leur convention, et comme telle, défendable par chacun d’eux. On comprendrait alors que des ivoiriens veuillent l’ignorer et avec elle, une volonté qu’ils n’ont pas manifestée. La question de la sincérité de la volonté réelle de vivre ensemble en hommes dignes de l’humanité est posée. Même si ce sont des facultés des hommes, les ivoiriens ne peuvent reposer la société qu’ils constituent sur le faux, la dissimulation, la duperie, le mensonge, la tromperie, sauf à faire de la violence leur mode de relation.

Sur la base de leur considération de sa seule légalité comme fondement de ce qui est juste, à savoir sa conformité à la convention constitutionnelle, l’argument principal du président et de ses partisans est que leurs actes sont conformes à la constitution. A leur sens, il s’en suit que sa candidature et sa seconde réélection qui en résulte, même interdite par la règle, sont justes, parce qu’ils sont conformes au produit de la convention des ivoiriens, à savoir leur constitution. En conséquence, les manques et insuffisances de cette dernière ne peuvent de leur point de vue constituer des arguments du contraire, quoi que ces derniers puissent affecter gravement la cohésion de la société ivoirienne. Dès lors, ni cette candidature qui ne pouvait aboutir à une réélection conforme, ni cette seconde réélection elle-même, n’étaient nuisibles au peuple ivoirien, puisque la convention des ivoiriens les permettent, de leur point de vue. De ces faits, ils attendaient de ne pas être victimes de quoi que ce soit de la part d’une partie du peuple ivoirien, puisque eux-mêmes ne lui ont occasionné aucun dommage à travers leurs actes qu’ils jugent conformes, donc justes. A près analyse, la question que cela soulève a été examinée s’agissant de la candidature à une élection qui ne peut aboutir à aucune réélection conformément à la règle. Au terme de cet examen, si cette candidature est légale, en revanche, on ne peut faire valoir qu’elle est juste alors même qu’elle affecte le bien de la société ivoirienne, ainsi que le président Ouattara ne pouvait l’ignorer. Le caractère juste d’un acte politique auquel l’on attribue cette qualité ne repose pas sur sa seule conformité à la règle, même en supposant cette condition remplie. Qu’en est-il de sa seconde réélection ? Avant de juger de son rapport au bien de la société, examinons d’abord sa légalité.

De la légalité  de la seconde réélection du président Ouattara et de son manque d’éthique.

Admettons, au delà du commandement de leurs passions, que les ivoiriens parviennent à réaliser une analyse raisonnable de cette candidature et à constater sa légalité. Hypothéquons aussi qu’ils s’accordent sur le fait qu’elle n’est pas juste, eu égard aux arguments précédemment développés. Ils peuvent alors examiner la légalité et la signification éthique de la seconde réélection.

Problématique d’une candidature légale mais injuste à la seconde réélection interdite par la loi constitutionnelle.

S’agissant du caractère juste de  la seconde réélection du président Ouattara, un premier examen rapide de sa légalité fait apparaître qu’elle est contraire à l’article 55 de la convention constitutionnelle des ivoiriens. En effet, cet article stipule qu’un président ne peut être réélu qu’une seule fois. Dès lors, si sa candidature peut être jugée légale en raison de sa conformité à leur convention, on ne peut en dire autant, sans réflexion sérieuse, de sa deuxième réélection qui en résulte. A première vue, cette seconde réélection semble illégale dans la mesure où la convention des ivoiriens ne l’autorise pas, en son article 55. Alors que les ivoiriens pensent que ce jugement de leur part est vrai, car fondé sur cet article, il convient toutefois qu’ils examinent aussi cet autre argument avant de fonder leur certitude :  si le peuple ivoirien souverain, dont les membres conviennent de ses règles et établissent la convention notamment l’interdit, est le même qui les dépasse, un constat de non conformité ou d’infraction de sa part à la règle est-il fondé ? C’est là une question qui mérite un examen sérieux pour les ivoiriens qui aspirent à chercher à comprendre ce qui s’est joué.

A l’évidence, cela exige de fournir des explications au fait de poser une seconde réélection illégale que de se contenter de poser la pétition de principe d’illégalité en ne considérant que cet article 55. En effet, faire un tel constat implique de considérer aussitôt que le peuple ivoirien a commis une infraction à une règle. Or, ce peuple est lui-même le souverain fondateur de la règle. Comme tel, il dispose d’autorité du pouvoir de la modifier, de la dépasser ou d’en changer, sans que cela ne requiert aucune autorisation de qui que ce soit. Sauf, à disposer d’arguments contraires qui excluent le peuple ivoirien en tant que l’auteur autonome qui a décidé de ce dépassement de l’interdit, on ne peut évoquer l’illégalité de son choix sans traiter du droit inaliénable du peuple ou de sa partie qui a réélu. Dans tous les cas, le sujet du constat de la seconde réélection illégale mérite d’être développé et le constat mieux fondé, autrement que sur l’article 55, dont l’existence est garantie par le peupe. Jusqu’à preuve du contraire, ce sont des ivoiriens, une partie du peuple ivoirien et peut-être même le peuple ivoirien qui a rendu tout cela possible par ses préférences.

Le fait de droit est que, dans et sous certaines conditions, rien n’empêche le peuple ivoirien souverain de dépasser ses propres interdits et de modifier ses règles. Souverain, aucune de ses règles existantes ne s’impose à lui. La constitution ivoirienne n’interdit pas à un président déjà réélu une fois de se porter candidat à une élection présidentielle ; ce qu’elle interdit, c’est plus d’une réélection. Néanmoins, seul le peuple ivoirien peut d’autorité refuser sa candidature, sans se référer à sa règle. Voici pourquoi, un candidat contestable au plan politique et éthique, mais que ce peuple ne conteste pas et dont il autorise in fine la candidature, peut être réélu par une partie du peuple ivoirien malgré l’interdit constitutionnel.

Tel contradicteur pourrait opposer le non sens d’une candidature qui ne peut aboutir à une nouvelle réélection. Certes. Mais, le sens ou le non sens d’une candidature n’a rien à avoir avec sa conformité à la règle ; sa signification a à avoir avec le fait qu’elle soit juste ou injuste, au point de vue du bien de la société. Examinons dont cet argument du non sens de cette candidature qui rend la seconde réélection illégale de plus près. Ce n’est pas parce qu’une candidature ne peut aboutir à une élection qu’il est défendu pour celui que cet interdit concerne d’être candidat. Par ailleurs, la preuve que ce que ce qui parait insensé ou absurde peut avoir une signification est faite par cette seconde réélection effective pourtant interdite.

Un peuple souverain qui ne juge pas absurde une telle candidature, au point de ne pas décider d’autorité de l’empêcher, peut alors aller jusqu’à lui accorder ses suffrages ainsi que la preuve en a été faite. Le sens d’une telle candidature se trouve dans le fait même de la situation sursitaire de l’interdit. L’existence  effective d’un tel interdit dépend de la décision du peuple ivoirien. Soit, cette décision réaffirme la préférence du peuple s’agissant du nombre de réélections. Dans un tel cas, le peuple qui est certain de cette préférence anticipe sur un choix qu’il ne veut refaire en empêchant d’autorité la candidature, sans qu’une règle ne lui soit nécessaire. Soit, la décision du peuple intervient au cours de la détermination d’une préférence  entre plusieurs candidatures. Cela suppose alors que le peuple n’est pas certain de sa préférence que la règle établit. Cette décision se manifeste alors au terme de l’élection à laquelle la candidature insensée en apparence participe. Ainsi, la constitution ivoirienne renvoie la réalité de cet interdit à la préférence et au choix du peuple ivoirien, ainsi qu’à l’authenticité de leur choix conventionnel commun, s’agissant du nombre de réélection. Comme tel, le principe constitutionnel limitant le nombre de réélection à une est un interdit en sursis ; son sort, pour ne pas dire sa réalité non seulement de cette préférence ou choix exprimé par le peuple de Côte d’Ivoire, mais également de leur certitude de ce choix.

Certes, le président Ouattara et son régime veulent abuser du pouvoir qu’ils détiennent et exercent. A cet égard, rappelons le constat de Montesquieu selon lequel tout pouvoir a tendance à en abuser jusqu’à rencontrer ce qui limite son extension. Parce que l’opposition a induit le peuple ivoirien en erreur d’une juste appréciation de cette candidature abusive des ivoiriens, il n’a pu stopper la croissance envahissante du pouvoir du régime Ouattara. Quant à la seconde réélection pourtant interdite du président Ouattara à laquelle elle a abouti, une autre analyse est nécessaire, tant elle résulte d’un processus plus complexe encore qui ne tient pas qu’à la seule constitution, mais surtout à tous les ivoiriens. Cependant, si les ivoiriens sont honnêtes vis-à-vis d’eux-mêmes, ils ne peuvent traiter de la question de sa réélection illégale et illégitime, sans questionner la certitude de leur décision ou préférence concernant le nombre de réélections.

Bien que contestable politiquement et moralement, ce n’était qu’une candidature.

Les attitudes et comportements des ivoiriens à l’égard aussi bien de la candidature du président Ouattara ainsi que leurs choix concernant l’élection trahissent, pour nombre d’entre eux, leur certitude selon laquelle la constitution exprime leur préférence en son article 55. En effet, le fait que plusieurs d’entre eux soutiennent cette candidature plutôt que de rappeler et de réaffirmer leur préférence commune avec les autres ivoiriens était annonciateur d’un interdit commun incertain. Au demeurant, passé ce premier signe de fracture du peuple ivoirien et d’inauthenticité de plusieurs de ses membres, le peuple ivoirien disposait d’une autre possibilité de l’accorder à sa préférence réelle. L’acte de candidature du président Ouattara, certes valide en droit mais contestable au plan politique et éthique, a effectivement été contestée, mais sans une importante fraction partisane du peuple ivoirien. Ce fut le second signe d’un peuple dont les membres sont désaccordés sur leur interdit commun de pas pas plus d’une réélection. Passé ces premiers marqueurs de division du peuple ivoirien, cette candidature ne pouvait aboutir qu’à trois issues possibles : le rejet massif de la candidature lors de l’élection; acceptation majoritaire de la candidature et seconde réélection régulière ; élection violente, dont le résultat favorable à cette candidature est soumis à caution. Le devenir de la candidature contestable du président Ouattara, mais dont la contestation effective manifesta la division du peuple ivoirien, ne dépendait finalement que des ivoiriens.

La première issue consistait, dans le cadre d’un processus électoral régulier et apaisé, en le choix et la décision conséquente du peuple ivoirien : le rejet massif d’une candidature dont le porteur ne devait être réélu une seconde fois, conformément à la convention de ses membres. Une telle décision ne comportait aucune contradiction en elle et était conforme aux règles constitutionnelles que le peuple a lui-même fondées en son interdit d’une seconde réélection. Cette issue devait se manifester par le rejet massif dans les urnes du candidat Ouattara par le peuple ivoirien. Elle présupposait l’unité du peuple ivoirien, la convergence de ses finalités et sa confiance dans la république et en ses principes. Surtout, ce choix du peuple présupposait un surcroit de disposition éthique de sa part. A l’évidence, ses choix et ses décisions ont épousé et manifesté sa division : les uns ont procédé comme s’ils se soustrayaient de cette convention en élisant celui qui brisait leur interdit commun ; les autres se sont révoltés contre leur choix.

La seconde issue pouvait consister en le choix et la décision libres mais contradictoires du peuple ivoirien, dans le cadre d’un processus électoral régulier : la seconde réélection pourtant interdite par la constitution. Ce ne fut pas ce qui qui s’est passé. Une telle décision s’opposait aux règles constitutionnelles que le peuple a lui-même fondées en son interdit d’une seconde réélection. Elle impliquait l’inconséquence d’une partie du peuple ivoirien en décidant de le réélire une seconde fois, après avoir contribué à poser l’interdit qu’elle enfreignait. Plutôt que de constatent leur division, les ivoiriens évitent soigneusement d’interroger la sincérité de leurs engagements contractuels et conventionnels. C’est ainsi que les uns préfèrent accabler le régime de tous les maux et de tous les torts, tandis que les autres leur opposent des arguments sophistes pour défendre leur choix. De leur part, c’est là une procédure commode pour éviter de questionner leur volonté commune réelle de faire ensemble société ordonnée.

La troisième et dernière issue, qui ne pouvait consister en bien collectif pour le peuple ivoirien tout entier, était un processus électoral violent. Il devait résulter du fait que des ivoiriens veulent décider seuls sans d’autres ivoiriens s’agissant de respecter ou pas l’interdit. Bien sûr, elle pouvait s’additionner à la seconde issue. C’est ce qui s’est passé. Cette dernière issue devait montrer les parties membres du peuple ivoiriens aux prises et divisées, et également rassemblées autour de leurs intérêts politiques partisans et immédiats. Au terme de cette issue violente, ne pouvait résulter qu’un vainqueur qui s’impose comme étant, plus que le pouvoir, la puissance qui surplombe et régente leur existence commune et ses modalités. En définitive, sans être illégale ni injuste en soi, la candidature du président Ouattara constituait cependant un chemin susceptible de mener à l’injustice ; cette dernière est générée par un processus électoral violent et le résultat de l’élection contestable. D’une certaine manière et au delà de cette candidature, l’injustice naît du choix et de la décision d’une partie du peuple ivoirien non conformes à la loi commune que ses membres se sont donnée pour rendre la vie ensemble possible et paisible .

Indubitablement, nombre d’ivoiriens ont raison de souligner à juste titre le fait que cette candidature pouvait aboutir à une seconde réélection non conforme à la loi existante avant la décision du peuple. Néanmoins, ils ont tort d’affirmer qu’elle ne pouvait conduire qu’à de l’injustice, du fait de l’illégalité d’une telle réélection. C’est là un point de vue discutable bien que son effet délétère sur la cohésion de la société ne souffre d’aucune discussion. Mais cela relève d’éthique et non pas de légalité. En effet, au delà de la libre et légale candidature du candidat président déjà réélu une fois, on peut observer que c’est une partie du peuple peuple ivoirien qui a rendu possible sa seconde réélection et par conséquent la production de l’injustice. La question conséquente est cependant la suivante : un peuple qui choisit et décide librement peut-il produire  de l’injustice à son propre détriment ? En tant que le souverain, le peuple ivoirien comme tel ne peut poser aucun acte illégal, même en procédant à une double réélection qui heurte sa loi en vigueur avant la décision souveraine du peuple ivoirien. La raison est simple et incontestable : à travers sa décision, le peuple souverain en tant que la source de la loi et de la légalité, ne fait qu’abolir et qu’actualiser ce qui fait loi. De fait, l’article 55 de la constitution ivoirienne a été révisé par cette décision électorale du peuple.

Ainsi, s’il est fondé d’énoncer que la candidature du président Ouattara est politiquement et éthiquement contestable, la légalité et moralité du choix et de la décision du peuple ivoirien ne peuvent souffrir d’aucun jugement, encore moins de l’attribut d’illégalité et d’amoralité. Sauf bien sûr, à considérer que le peuple ivoirien n’a ni choisi ni décidé de sa double réélection de manière souveraine, l’allégation de l’illégalité de cette dernière mérite d’être mieux fondée et argumentée. A cet égard, affirmer que le peuple ivoirien n’a ni choisi, ni décidé, c’est dire que la partie du peuple qui a procédé ainsi pendant que l’autre refusait et s’abstenait de se déterminer n’est pas fondée à exprimer librement ses préférences. Mieux encore, c’est considérer que cette partie ne choisit et ne décide qu’en son seul nom et non pas en tant que partie du peuple ivoirien. Bref, c’est reviendrait à poser la question de qui constitue le peuple et des circonstances qui le font exister en tant que tel. C’est à partir de ce point que la complexité de la situation mérite qu’on s’y arrête pour examiner l’existence d’une seconde réélection qui supposerait choix démocratique et décision  effective du peuple ivoirien.

Le peuple souverain est la source de la règle, sans laquelle point de légalité.

Supposons même le cadre d’un processus électoral régulier impliquant tout le peuple ivoirien ; admettons-le comme étant légalement et moralement incontestable. Hypothéquons aussi que comme tel, il aboutit à une seconde réélection effective du président à la majorité du peuple, malgré l’interdit de l’article 55 de la constitution. Nous admettrions alors que c’est le même peuple ivoirien qui a généré la loi (interdisant la seconde réélection) qui la piétinerait à travers cette seconde réélection que lui-même interdit. Dès lors, un constat s’imposerait : le peuple ivoirien a produit un interdit qu’il aurait aussitôt dépassé ; à travers son choix majoritaire aboutissant à le réélire une seconde fois, le peuple -dirions-nous, aurait aussitôt méprisé un interdit qu’il a posé.  Ainsi, ce peuple ivoirien source de la loi à laquelle il aurait alors lui-même enlevé aussitôt toute force en générerait une nouvelle par sa décision souveraine. En fin de compte, puisqu’une loi existait et consistait en cet interdit de la seconde réélection, quelle serait alors, dans une telle circonstance, celle reconnue par ce peuple ivoirien à laquelle l’on puisse étalonner la légalité d’une seconde réélection de sa part ? A l’évidence, ce ne pourrait être celle de l’interdit. Puisque aucune loi, même la constitution, ne peut s’impose au peuple ivoirien souverain en tant que sa source, mais à chaque ivoirien et à ses parties,  il s’en suivrait que la seconde réélection nous mènerait alors à la nouvelle loi à considérer : cette nouvelle loi, qui surgirait du choix et de la décision du même peuple ivoirien et qui abolit de facto la précédente (dont l’interdit) rendrait nécessairement légale la seconde réélection selon un unique principe : tout acte du peuple ivoirien est conforme à sa volonté et est donc légal ; cette volonté qui est loi est traduite en tant que loi.

Ainsi, c’est un non sens d’évoquer l’illégalité d’une seconde réélection conformément à un processus électoral régulier : si on admet une seconde réélection, on ne peut admettre son illégalité en raison du fait que le choix du peuple ivoirien est contradictoire à sa loi abrogée par cet acte. Il reste donc à conclure en posant les termes du vrai débat. D’une part, soit aucune réélection n’est intervenue en Côte d’Ivoire, en raison d’un processus électoral irrégulier. Il convient dans ce cas de fournir les arguments de l’irrégularité. A cet égard, la non-participation intentionnelle ou abstention d’une partie du peuple ne peut constituer un argument au plan légal, ni avoir pour conséquence de considérer que le peuple n’a ni décidé ni choisit. D’autre part, soit une réélection qui suppose choix et décision du peuple (majorité démocratique) est intervenue dans le cadre d’un processus électoral régulier. Dans ce dernier cas ou l’on suppose l’existence d’une réélection elle implique nécessairement le peuple et ne peut qu’être légale, sauf à faire valoir une fausseté : ce n’est pas parce qu’une partie du peuple refuse de participer aux élections et de se déterminer dans les urnes par rapport à cette candidature que le peuple ivoirien n’a ni choisi ni décidé d’une seconde réélection, même interdite par la constitution avant qu’elle soit soit actualisée par cette décision souveraine.

Pourtant, à écouter et à entendre certains ivoiriens, ils considèrent que le peuple ivoirien n’a ni choisi, ni décidé et procédé à une seconde réélection. Sans expliciter leur argument, ils considèrent que parce qu’eux se sont abstenus de le faire, le peuple ivoirien ne s’est pas prononcé. Ils procèdent comme s’ils représentaient à eux seuls ce peuple ivoirien et comme si leur libre décision de s’abstenir ne valait pas détermination de leur part. De leur point de vue, il s’en suit qu’aucune seconde réélection n’est intervenue, qui résulta du choix et de la décision du peuple ivoirien, en tant que la source de la loi. En clair, ils affirment, sans aucun fondement, l’absence de choix et de décision du peuple ivoirien, parce qu’ils sont ce peuple à eux-seuls. Soit. Mais, dès lors que selon eux, aucune seconde réélection n’est intervenue, est-il raisonnable cependant de leur part de juger une réélection non advenue, encore moins de lui attribuer un défaut d’illégalité. Si nulle réélection n’est intervenue, s’ils considèrent que le peuple ivoirien n’a ni décidé ni choisi, ils ne peuvent pas juger de sa légalité, en déterminant la légalité d’une réélection qui n’a pas eu lieu à défaut de choix exprimé par le peuple ivoirien qu’ils incarnent seuls et duquel ses membres qui ont voté sont de fait exclus en raison d’avoir fait un choix différent du leur.

Égarement des ivoiriens à vouloir débattre de légalité des actes politiques plutôt que de leur caractère éthique.

Parvenu là, il est fondé de constater que l’objet du débat n’est pas le caractère illégal de la seconde réélection, fondé sur la considération fausse selon laquelle le peuple ivoirien n’a ni choisi ni décidé en procédant à une seconde réélection. La question est alors de savoir si les ivoiriens s’accordent sur le fait que le peuple ivoirien s’est régulièrement prononcé en choisissant son gouvernant et en refusant d’élire des candidats conformément à sa loi. Concernant cette question, des ivoiriens se sont abstenus d’y contribuer ; mais, ce fait que ne peut constituer un argument recevable pour déterminer si ce peuple a procédé à ce choix ou pas. La mesure dans laquelle ils ne sont pas à eux-seuls le peuple et leur abstention n’implique pas absence de décision et de préférence ni absence d’expression du peuple ivoirien en fonde l’argument. De ce point de vue, l’irrégularité du processus électoral présidentiel, qui peut ne pas permettre l’expression régulière du choix et de la décision du peuple ivoirien doit être la question décisive plutôt que celle de la légalité d’une seconde réélection, qu’aucun ivoirien ne peut discuter sans d’abord admettre l’existence de cette dernière. La question serait alors : quelles sont les conditions d’expression libre et régulière de son choix et de sa décision, même en présence d’une candidature juridiquement fondée, mais toxique politiquement et moralement ? L’opposition ivoirienne a voulu trancher seule avec ses partisans et sans le peuple ivoirien,  la problématique de la toxicité politique et morale de l’acte de candidature du président Ouattara pour une seconde réélection interdite. En conséquence, elle a additionné sa démagogie à la démagogie du régime Ouattara. Mais, pour apparaître à leurs partisans respectifs comme éloignés des souffrances du peuple ivoirien que leurs affrontements occasionnent, tous les deux usent d’arguments faux pour se donner raison ou pour lester leur adversaire de la responsabilité de la situation toxique.

D’autre part, dès lors qu’une multitude d’ivoiriens qui se sont abstenus de participer au choix et à la décision, pensent que cette seconde réélection n’est pas intervenue, ils ne peuvent évoquer l’amoralité de ce qui selon eux n’est pas intervenue : cette seconde réélection. Avant cette élection présidentielle, il était possible aux opposants de solliciter l’esprit de justice des partisans de leurs adversaires, de rechercher à les convaincre de la toxicité collective d’un désir de dépassement de l’interdit collectif, de solliciter leur volonté d’une société apaisée. Cela supposait de faire confiance à leur esprit de responsabilité ce qui impliquait de respecter leur liberté de détermination. Mais, là n’est pas la voie de raison préférée et empruntée par les membres de l’opposition.

Même après les élections, il leur était encore possible de souligner le mépris pour l’interdit commun de la part des ivoiriens partisans du président qui ont porté leurs voix sur lui, dans le cadre d’un processus démocratique violent. Mais, ils n’ont pas procédé ainsi ; il ont préféré continuer à contester le libre droit d’une candidature que la loi permettait et autorisait, contester le libre choix d’autres ivoiriens qu’ils n’ont rien fait pour sauver la république ensemble avec eux et dont ils ont justifié les craintes qui les amenaient à préférer le dépassement de l’interdit commun. Ils ont choisi de ne pas évoquer ce mépris qui heurte la conscience d’une large partie de la société ivoirienne s’agissant de ce qui bien, juste et vrai pour la société ainsi que de juger faussement ce dont ils n’admettent même pas l’existence, à savoir la seconde réélection. L’injustice ne se loge pas dans la candidature, mais dans les actes d’une partie des ivoiriens partisans dont les membres ont fait le choix de porter leurs choix sur cette candidature. Et, dès lors qu’il en résulte cette seconde réélection, cela signifie qu’une partie des ivoiriens sont des auteurs d’injustice vis-à-vis de la société commune. La seconde réélection ne peut représenter la situation injuste, si les ivoiriens qui se sont abstenus de contribuer à la décision n’admettent pas qu’il y a eu seconde réélection. Ou alors, il convient qu’ils nomment mieux ce qui constitue la situation d’injustice, qui ne peut être selon eux une situation de seconde réélection. Ce sont bien le mépris pour l’interdit de la seconde réélection, que la candidature du président exprime et également manifestés par les choix électoraux des partisans qui la soutiennent qui génèrent la situation vécue comme de l’injustice.

Ainsi, les lois civiles même les plus justes à priori peuvent conduire à des actes et à des résultats injustes. Mais en l’espèce, mettons de côté tous les actes du président qui ont créé les conditions de l’injustice. Il reste que des ivoiriens partisans l’ont choisi. Les actes de nombreux autres opposés à sa politique n’ont pas cherché à convaincre les premiers de les rejoindre en vue d’agir ensemble pour la république. Au delà du président Ouattara et de tout ce qu’on peut l’en rendre responsable, tous ont permis de leur côté l’avènement de ce résultat ;  à travers leurs actes, ils sont en fin de compte ceux qui ont rendu possible la réalité injuste et collectivement toxique. On peut alors énoncer que les ivoiriens ont collectivement produit de l’injustice à leurs propres détriments à travers leurs actes non conformes à leur règle fondamentale commune, mais surtout éclairés par leurs fins partisanes et épousant le manque de considération éthique de leurs fins et actes.

Dès lors que les ivoiriens ne sont pas accordés pour considérer qu’un choix du peuple ivoirien est intervenu, et qu’en conséquence il n’y a pas eu seconde réélection, alors comment nombre d’entre eux parviennent à juger comme étant illégale, une seconde réélection dont ils contestent l’existence. Et, si selon un grand nombre d’entre eux, il n’y a pas eu seconde réélection, il vient en conséquence que le président Ouattara et son régime ainsi que la fraction du peuple ivoirien qui les soutient se sont tout simplement imposés à tous les ivoiriens comme étant le pouvoir de la république ivoirienne, pire encore, comme comme étant la puissance qui surplombe et régente la vie de ses membres. D’une certaine manière, sa candidature qui pouvait aboutir à un processus électoral violent ou même à un processus régulier s’achevant par une seconde réélection régulière, initiait la possibilité dans les deux cas, d’un coup de force constitutionnel. On aurait pu espérer qu’il soit réalisé démocratiquement par le peuple ivoirien, à travers un processus électoral régulier qui aurait peut-être pu  consacrer sa seconde réélection, même interdite par la constitution. Cela aurait sans doute lever le voile sur l’éthique de la majorité du peuple ivoirien tout entier, outrepassant peut-être son propre interdit pour quelques bénéfices immédiats. Pour parvenir à cette vérité, il aurait fallu un processus électoral régulier et la confiance des ivoiriens, non seulement dans ses mécanismes mais aussi dans la vertu des hommes chargés de le mettre en œuvre. Faute de ces conditions, tels ivoiriens apparaissent comme ceux ayant une éthique sociale douteuse, tandis que tels autres revendiquent une éthique qu’ils n’ont pas démontrée et pensaient ne pas pouvoir le faire.

Le résultat de la conjonction des finalités partisanes poursuivies par les acteurs ivoiriens ainsi que de leurs actes politiques préférés et posés est cette situation politique. Si donc le président Ouattara n’est qu’à son premier mandat dans le contexte de la constitution de 2016, comme l’affirment ses partisans, les ivoiriens ont tout à craindre de l’avenir, malgré le faux calme précaire. Si aucun changement n’intervient avant fin 2024, les mêmes causes produiront leurs mêmes effets, si la réflexion ne les amène pas à anticiper la posture collective la mieux adaptée pour sortir de ce chemin commun sans aucune issue pour quelque partie partisane du peuple ivoirien. Ce résultat qui heurte et ébranle la société ivoirienne, justifie d’interroger l’éthique des acteurs. Les ivoiriens doivent donc en finir avec la réélection illégale pour examiner les conditions ayant rendu possible l’appropriation martiale et inacceptable du pouvoir que rien en fin 2024 n’empêchera de se poursuivre si les ivoiriens ne se retrouvent  pas pour réfléchir ensemble dès à présent à la question, en observant une écoute ouverte, les uns vis-à-vis des autres. Bref, il convient de discuter d’éthique plutôt que de se disputer à propos de légalité.

Le défaut de valeur éthique de l’action politique du président Ouattara.

L’action politique consiste en la transformation des circonstances collectives actuelles d’existence en celles vers lesquelles l’acteur politique nourrit l’intention de faire tendre la société politique. En cela, elle relève de l’ordre du faire : le régime Ouattara a tenté et réussi la transformation d’un interdit (seconde réélection) en ce qui est admis (seconde réélection). Elle relève aussi de l’ordre de la manipulation stratégique de données. Le régime a procédé à la manipulation de données dans le but de satisfaire un intérêt préalablement défini (la seconde réélection) au sein d’une réalité elle-même préfixée : la limitation du nombre de réélection à une. Ainsi, si à l’échelon de l’action individuelle, les éléments manipulés sont « intention», « désir », « croyance », « volonté », « rationalité », dans ce champ de l’action collective, sociale ou politique, le régime a manipulées les notions couvertes par les termes  « communauté », «accord, convention », « norme, loi, légalité »,   et « légitimité ». Le président Ouattara pensait qu’être candidat et être réélu une seconde fois étaient possibles, malgré l’interdit constitutionnel. C’est pourquoi il a agi en ce sens. S’il pensait qu’ être candidat était possible, c’est parce que cela ne dépendait que de lui, de sa seule décision et action au regard de sa lecture de la loi fondamentale. Quant à la possibilité de validation de sa candidature il ne pouvait la fonder qu’en dehors de lui : sur la constitution et sur ceux qui disposent du pouvoir de dire le droit. Mais de fait, le fondement de cette possibilité reposait in fine sur la probité morale et la moralité de ceux fondés à dire le droit.

S’agissant de sa conviction de la possibilité sa seconde réélection, malgré l’interdit constitutionnel, il convient d’en rechercher le fondement hors de lui. D’abord, il ne décide ni ne choisit leur préférence à la place de chaque ivoirien électeur. Ensuite, il n’est pas chaque acteur de l’organisation de la consultation électorale. Ainsi, là aussi, le fondement de conviction de possibilité d’une seconde réélection pourtant interdite reposait également sur la probité morale de tous les ivoiriens : ceux qui choissaient leur préférence et ceux qui organisaient les modalités de leur prise de décision et comptabilisaient leurs choix pour établir leur préférence collective. De toute évidence, cette conviction se fondaient sur sa certitude de l’existence d’une partie du peuple ivoirien acquise à son désir de dépasser l’interdit commun., D’autre part, il  pensait possible le fait de pouvoir être réélu une seconde fois en raison de pouvoir compter, d’une part, sur les institutions d’État et de ceux qui les incarnent. Ainsi, il savait pouvoir compter sur plusieurs partisans acquis à sa cause, sur leurs manifestations de soutien ainsi que sur leurs scrutins permettant de convertir l’œuvre d’une seconde réélection illégale en œuvre légale. Quant au caractère juste de cette dernière, elle appelle aussitôt un examen attentif que nous avons tenté de faire précédemment.

Considérant tout ce qui précède, il ne lui suffisait plus que de délibérer sur les moyens, à savoir chercher les moyens les plus appropriés de réaliser ses buts intermédiaires de candidature à l’élection présidentielle de 2020 et de seconde réélection. Ces moyens sur lesquels il pouvait délibérer pour parvenir au choix de ceux les plus efficaces ne pouvaient être que les actes que lui et ses partisans pouvaient poser et non pas ceux sur lesquels ils n’avaient aucune prise. Parmi ces actes, ils ont recherché ceux qui pouvaient les conduire efficacement à leurs buts. Cette délibération a eu pour résultats la préférence pour la candidature du président Ouattara, le noyautage des institutions d’États (Conseil constitutionnel et Commission électorale indépendante, les forces de sécurité nationale) ainsi que leur mise au service de leur dessein. La mobilisation de leurs partisans était indispensable afin qu’aucun scrutin qu’ils devait exprimer n’échappa pas au candidat-président, dont la loi interdit la réélection une seconde fois. De fait, sa candidature n’a abouti qu’à les encourager à choisir entre la société ivoirienne et la reconnaissance de l’autorité de sa propre loi, entre sanctionner sa tentative de passer outre un interdit commun ou alors être ceux qui favorisent et réalise la possibilité de dépasser l’interdit. L’histoire n’a pas encore rendu son verdict, s’agissant des commanditaires des milices à la marchette, chargées de décourager et de vaincre la résistance des ivoiriens opposés au saccage de la convention entre ivoirien.

Ainsi, parce qu’ils n’ont pas conclu à l’impossibilité de réaliser ces fins, ils n’ont pas renoncé à le faire. Néanmoins, leurs moyens propres ne suffisaient pas pour réaliser leurs fins. En effet, outre leur tentative de transformation de leurs souhaits en buts réalisables par leurs seuls actes, ils n’y sont parvenus qu’en raison des actes des membres de l’opposition, certes non recherchés ni considérés nécessaires pour atteindre ces buts. Ils pouvaient neutraliser sinon contrarier les moyens préférés par le régime jusqu’à les rendre inopérants. C’est en cela que les actes des membres de l’opposition doivent être examinés au plan éthique. Les actes de ces derniers poursuivaient-ils la fin de la cohésion sociale pour mériter l’attribut d’être éthiques ? Pour répondre à cette question, interrogeons la moralité de la posture des membres de l’opposition et de leurs actes doit également être soumise à l’analyse.

De la légalité des actes de contestation de l’opposition et de leur manque d’éthique.

Parce qu’ils refusent un interdit conventionnel commun, au point de poser sa candidature à une élection dont ne pouvait résulter sa seconde réélection, le président Ouattara et son régime ont posé un acte anti-social, s’appuyant sur leur détention de la puissance d’État. Les contestations de l’opposition ivoirienne au plan juridique et politique étaient par conséquent fondées. Mais le bien-fondé de leur contestation ne aurait suffires à établir l’éthique de leurs actes, en comparaison de ceux du régime. Qu’en est-il alors de l’éthique des membres de l’opposition et de leurs partisans ainsi que de la moralité de leurs actes d’opposition ? Il convient de les examiner pour porter tout jugement.

Légalité et éthique de la contestation de la candidature du président Ouattara.

De droit, l’opposition et ses partisans peuvent contester juridiquement cette candidature ainsi qu’ils ont procédé, d’autant que rien dans la constitution ne les en empêche. Leur acte de contestation juridique de cette candidature est par conséquent non seulement légal, mais juste en raison de n’induire en l’état aucun tort, ni au président Ouattara, ni à son régime et leurs partisans, ni enfin au peuple ivoirien. D’autre part, l’opposition et ses partisans ont le droit de se tromper, s’agissant de leur lecture de ce qui constitue le droit à propos de la légalité de cette candidature. En effet, leur contestation juridique de la légalité de cette candidature est fondée sur leur propre lecture des dispositions de la règle commune. Ils ne disposent pas néanmoins, ni du droit de dire le droit, ni n’ont reçu délégation de pouvoir par la même règle de dire le droit. Passons les faux et insensés arguments de la Cour constitutionnelle, soulignés dans des articles précédents publiés. Rien dans la constitution ivoirienne n’interdit formellement à un président déjà réélu une fois d’être candidat à une nouvelle réélection, bien qu’en revanche son article 55  limite à  une réélection au plus. Jusque-là, l’opposition a agi légalement et justement. En clair, c’est la seconde réélection qui n’est pas autorisée par la constitution. Néanmoins, ajoutons  aussitôt que quand nous énonçons cela, nous supposons que c’est faisant de l’interdit d’une seconde réélection sa règle à ne pas dépasser que le peuple ivoirien, qui est son fondateur, lui confère force. La force de la constitution est en cela, si bien que si tel n’est pas la volonté réelle du peuple ivoirien, alors l’article 55 ne vaut pas un interdit, auquel l’on puisse étalonner la légalité de ce qui résulte de l’élection présidentielle, à savoir la seconde réélection.

En revanche, les actes conjugués actifs et non passifs de boycott et de désobéissance civile des membres de l’opposition, visant à empêcher la tenue de l’élection et la consultation des ivoiriens relèvent d’actes non conformes à la règle commune. Comme tels, ils sont illégaux, sauf si eux-mêmes ne reconnaissent plus l’autorité de la constitution. Quant à l’éthique de tels actes, il est difficile de leur accorder la moindre once de moralité ; manifestement, ils causent le plus grand tort à tous les ivoiriens pour lesquels ils affirment précisément agir. En effet, parce que des ivoiriens sont coupables à leurs yeux de ne pas épouser leur préférence, au regard de la situation générée par la candidature contestée, ils entendent faire de leur d’exprimer leur préférence le moyen de combattre le régime. En conséquence, au nom de leur fin partisane poursuivie, ces ivoiriens ne méritent pas selon eux d’exercer leur liberté de se déterminer librement par rapport au défi que la candidature du président Ouattara lance à tous les ivoiriens : cette candidature met tous les ivoiriens électeurs en demeure de manifester leur dignité à travers le choix de leur préférence. Certes, aucun ivoirien fût-il président ne dispose de quelque pouvoir constitutionnel de défier le peuple ivoirien en le contraignant à travers une candidature sans aucune issue constitutionnellement de se déterminer à nouveau alors qu’il a déjà établi par convention sa préférence. Mais, la juste voie de lutte contre l’imposture consiste à solliciter la conscience du peuple ivoirien et non pas à se déterminer à la place de chacun de ses membres. Ainsi se referma le piège tendu par le régime à son opposition politique, s’agissant de laquelle des deux forces politiques manifeste davantage d’éthique sociale. Du point de vue de l’analyse, le manque d’éthique du régime est dissimulé sous une certaine rationalité, toutefois moribonde. Quant à l’opposition ivoirienne, elle a étalé sa carence comparable en cette matière, sans qu’aucune analyse importante ne soit nécessaire pour conduire à ce constat par tous les ivoiriens.

La stratégie du régime Ouattara a consisté à  transformer ses souhaits, dont la réalisation impliquait les ivoiriens, en buts ne dépendant que de lui et de ses partisans. En transformant ses souhaits en objets de sa seule volonté, le président en a fait des fins atteignables, dont la réalisation ne dépendait d’aucun autre ivoirien que de lui et ses partisans. En plus de dépendre du régime sur l’éthique républicaine et démocratique duquel elle ne pouvait compter, la réalisation des souhaits de l’opposition dépendait d’elle-même mais aussi des ivoiriens. Ainsi, l’opposition devait faire face au président et aux institutions, disons à la puissance publique, qui se sont placées au service de son souhait ainsi que de ses partisans. Il sans intérêt et inutile pour l’opposition de tenter de raisonner ce régime en tant que son adversaire aussi déterminé que lui à transformer ses souhaits en réalités.

Pour équilibrer le rapport de forces politiques et espérer mettre en échec le projet du régime, l’opposition ne disposait que d’une unique possibilité. L’appui d’un grand nombre de républicains et de démocrates ivoiriens constituait l’atout le plus efficace. De ce point de vue et de toute évidence, convaincre ses partisans acquis à son combat relevait d’un effort fort superflu. L’enjeu de la bataille de la république démocratique de Côte d’Ivoire était de gagner non seulement le soutien des ivoiriens indécis, mais surtout la désaffection d’un nombre conséquent des partisans du régime. A cet égard, les termes  de la batille n’offraient aucune autre alternative stratégique à l’opposition que de solliciter la conscience et l’éthique des ivoiriens, notamment des partisans du régime, dans le but d’amoindrir les soutiens de ce dernier.

Une telle option stratégique requérait de l’opposition ivoirienne qu’elle fût elle-même juste au plan moral par rapport au régime auquel elle tentait de s’opposer au manque d’éthique sociale. Elle impliquait que l’opposition posa des actes légaux et éthiques pour marquer sa différence avec le régime, non seulement au plan politique en tant  républicaine et démocrate, mais aussi au plan de l’éthique sociale. C’est ainsi qu’elle pouvait représenter une alternative justifiée à ce dernier aux yeux du plus grand nombre d’ivoiriens et surtout à la partie partisane du peuple ayant trouvé la réalisation de ses buts particuliers en cette candidature. Cette stratégie sollicitait l’authenticité et la force force de l’opposition. Elle exigeait de l’opposition de tenir un discours de rassemblement du peuple ivoirien et qui manifeste le souci de chacun de ses membres ; le plus grand effort devait s’adresser aux partisans du régime. Contre toute attente, l’opposition s’est contentée de mobiliser ses partisans. Pourtant, l’enjeu était la sauvegarde de l’espérance républicaine et démocratique de la société ivoirienne toute entière et non pas sa victoire politique sur le régime et ses partisans. L’opposition ivoirienne a manqué de solliciter la force morale de ceux des ivoiriens partisans du régime Ouattara, qui espéraient tirer un profit particuliers de leur soutien à ce régime. Au contraire, elle ne leur a offert aucune raison de mener avec elle un combat contre le vice et pour la vertu.

Cette raison était morale. Et, si le jugement éthique négatif porté sur le régime est indiscutable, l’opposition n’a offert aucune garantie en cette matière aux partisans du régime, ni même à ses propres partisans, pour peu qu’ils fassent preuve de vérité morale. Dès lors, comment, aux yeux des ivoiriens honnêtes dans leur jugement et des partisans du régime à convaincre, l’opposition pouvait-elle incarner  la force qui pouvait réétablir la république démocratique morale que  le régime qu’elle combattait transformait précisément en une société sans interdit ? Bref, l’opposition ne pouvait opposer au régime manquant d’éthique sociale que ses actes éthiques et espérer que ceux de ses partisans et plus encore, de tous les ivoiriens en particulier des soutiens du régime, s’agrègent et convergent pour permettre la sauvegarde de la république, si tel était son vœu. Ce n’est pas la voie qu’elle a préférée. Sans doute et autant que le régime combattu, elle poursuivait sa propre finalité partisane. De toute évidence et à leur suite, les partisans ivoiriens ont fait de leurs côtés leurs choix : ils n’avaient aucune raison de privilégier l’intérêt commun par rapport à leurs intérêts particuliers, quand ceux qui marchent devant eux ne procèdent pas différemment. Cette raison, qui était morale ou éthique ne leur a pas été fournie par l’opposition. Étant l’unique motif qui amène un homme à préférer et à choisir l’intérêt commun, plutôt que son intérêt particulier égoïste, l’absence de considération éthique ou morale par l’opposition n’a pas permis d’empêcher le naufrage collectif et moral de la société ivoirienne toute entière initié par le président Ouattara et son régime.

Les membres de l’opposition au régime auraient pu inviter les partisans du régime adversaire à faire ce choix avec eux. Il y avait une condition à cela : offrir une garantie morale. Mais dès l’instant où ils préfèrent eux-mêmes poursuivre leurs intérêts partisans, ils n’offraient aucune garantie morale. Dans ces conditions, au delà de leurs partisans, ils ne pouvaient fournir aucune raison aux soutiens du régime susceptible de les amener à préférer l’intérêt commun de la société ivoirienne aux dépens de leurs intérêts particuliers que précisément leurs soutiens au régime certes contestable devaient néanmoins réaliser. Ainsi deux forces politiques dépourvues de toute éthique sociale étaient opposées. Leurs partisans en constituaient les piliers, alléchés par les possibilités offertes par leurs soutiens de réaliser des intérêts partisans et particuliers. Dans cette opposition se résumant finalement à celle entre la puissance publique de l’État dévoyée par le régime au peuple ivoirien, entre ce qui est éthique et ce qui ne l’est pas, il y avait peu de considération politicienne, mais surtout un enjeu éthique ou moral. L’opposition a procédé comme le régime, mais sans détenir aucune puissance. N’en disposant pas, il lui était mortel de considérer comme étant accessoires et négligeables, ceux dont la la sauvegarde de la république et à travers elle la réalisation de ses vœux partisans pouvait véritablement dépendre. Dans ces conditions, l’opposition a fait les frais de son ignorance de la différence entre un souhait et un but ou fin réalisable relevant de la seule volonté de celui qui se le/la donne. Pour s’assurer de réaliser les siens, l’opposition devait neutraliser les souhaits contraires du régime que ce dernier a transformés en buts, s’appuyant sur la puissance de l’État que ses membres incarnent. Au contraire et comme le régime qu’elle combat, l’opposition s’est égarée dans des actes politiques injustes (boycott actif, désobéissance civile active) en y entrainant ce qui lui restait de peuple ivoirien. Plutôt que de de solliciter et d’interroger la conscience de tous les membres de ce peuple et de l’amener à choisir entre deux sociétés dont l’une sans interdit, elle a de son côté encouragé le choix partisan toxique entre régime et opposition à suite du régime. L’opposition ivoirien s’est piégée elle-même en considérant qu’il était à la fois possible, d’une part de contester ce qu’à son sens n’existait pas et, autre part, d’agir dans le cadre de la gouvernance d’un pouvoir (participation aux législatives) dont il ne reconnaissait pas l’existence, au lieu de combattre son manque d’éthique, ce qui présupposait de reconnaître cette existence. Cela relève du sophisme de la part de l’opposition que d’affirmer, à partir du manque d’éthique du pouvoir, son inexistence ; c’est du même ordre que penser qu’il était possible de combattre efficacement ce régime adversaire que l’opposition prétend qu’il n’existe pas en tant que le pouvoir, précisément combattu.

Une rétrospection de ce qui s’est passé montre une concurrence ou un antagonisme entre le souhait commun proclamé par les membres de l’opposition d’empêcher la réalisation du souhait sociopathique du président Ouattara et leurs souhaits particuliers d’être gouvernants. Cet antagonisme n’a fait que favoriser une seule chose : les conditions dans lesquelles les ivoiriens dont dépendait la réalisation de leurs souhaits ont été inutiles et contre-productifs pour empêcher l’injustice à laquelle devait conduire les actes du régime. Ce qui vient de se passer en Côte d’Ivoire à l’occasion de l’élection présidentielle de 2020 ne peut trouver une juste explication ni compréhension sans considérer le chemin qui mène du souhait à sa réalisation et celui de la volonté à sa réalisation.

Dévoiement de leur manque d’éthique par des membres de l’opposition

Face au danger mortel pour la république ivoirienne que le régime Ouattara fait courir à la société ivoirienne, les membres de l’opposition ont fait le choix de la posture illégale et amorale ainsi que du rapport de forces violent plutôt que de l’éthique sociale. Pourtant il n’y avait qu’une unique et juste attitude à  opposer au manque d’éthique sociale du régime que l’opposition n’a pas préférée : refuser le choix partisan qui implique de choisir parmi les ivoiriens quels sont ceux avec lesquels ses membres s’opposaient au régime, plutôt que rechercher la meilleur manière de sauvegarder la république. Sans doute, à défaut de cette ligne de partage, pas plus que le régime Ouattara, mais autant que lui au moins , la république démocratique et ses valeurs, le progrès moral de tous les ivoiriens n’était pas les fins poursuivies par l’opposition. Les raisons de son échec à mobiliser les ivoiriens pourtant meurtris pas la transformation de la république démocratique en société sans interdit réside sans nul doute en cela. L’opposition ivoirienne a eu tort de vouloir s’abstenir dans des circonstances dans lesquelles l’existence de la république et du peuple ivoirien se jouait. Et, les absents ont toujours tort selon l’adage populaire, même quand ceux qui sont présents n’ont pas nécessairement raison de ce fait. Leur raison ne constitue guère non plus le fondement de la raison des absents. Voici semble-t-il la vérité que chaque ivoirien, au delà de ses préférences ou choix partisan, doit reconnaître s’il manifeste le souci d’un autre et si sa volonté est de former ensemble avec tous les autres la société ivoirienne. Ainsi, si pour le président Ouattara, son régime et leurs partisans, ce qui est vrai, juste, bien et collectivement utile relève uniquement de sa seule conformité à la règle, il semble que pour nombre de membres de l’opposition ivoirienne, il y a équivalence entre ce qui est vrai, juste, bien et collectivement utile et leurs contraires.

C’est ainsi, qu’un pouvoir qui n’existait pas à leur sens peut organiser des élections auxquelles ils participent. Après avoir préféré le rapport de forces y compris violent, au nom de la justice, que des dirigeants politiques de l’opposition se sont affrontés pour avoir le droit d’être candidats de leurs partis aux élections législatives organisées par un régime dont ils ne reconnaissaient ni la légalité ni la légitimité. Ils se sont préparés et ont participé à des élections organisées par un pouvoir qu’eux-mêmes considéraient comme illégitime. En conséquence, ils ont accepté de tirer profit d’un statut tout aussi d’élus  illégitimes selon leur logique de pensées. Il ne s’agit pas là de juger le bien-fondé ou pas du fait que des membres de l’opposition aient participé à ces élections législatives, consécutives à une élection qu’ils ont jugée illégitime, mais d’examiner l’éthique de leurs actes. A travers ses postures et actes, l’opposition s’est piégée au plan éthique.

D’autre part, si l’on en croit le médiat Monde Actuel, Pascal Affi N’Guessan qui a été traqué et jeté en prison par le régime Ouattara pour avoir revendiqué la justice, certes par des moyens de force, semble-t-il accepté d’être le représentant d’un gouvernant à ses yeux illégitime. (2) Par ailleurs et de son côté, Marcel Amon Tanoh, ancien chef de la diplomatie ivoirienne sous l’autorité du président Ouattara, qui pensait voir le vent tourner, avait rejoint l’opposition courant juillet 2020 soit à quatre mois de la présidentielle de 2020. Il entendait, disait-il, contester le mandat supplémentaire que ce dernier briguait. « Nous en avons marre. Dites à Ouattara de libérer notre pays » (3), lançait-il le samedi 10 octobre 2020, lors d’un meeting au stade Félix Houphouët-Boigny. A propos de cette déclaration, le collectif des chefs traditionnels du Sanwi dont il est originaire pointait la déchéance « morale dont a fait preuve monsieur Marcel Amon Tanoh à travers les propos xénophobes indignes incitant à la haine, à la violence et jetant les prémices d’une potentielle guerre civile entre Ivoiriens et populations vivant en Côte d’Ivoire ». (4). En à peine deux mois plus tard après des propos au relent xénophobe, destiné à solliciter d’une partie des ivoiriens ce qu’il y a de plus noir en eux, le voilà à genou devant celui qu’il considérait comme l’étranger usurpateur du pouvoir deux mois plus tôt, mais tout en ayant servi sous son autorité comme ministre. Dans une déclaration publiée sur sa page Facebook, il écrivait : « J’ai conscience d’avoir profondément heurté le Chef de l’État, à qui je tiens à présenter publiquement mes sincères excuses ». (5) Ainsi, celui qui acceptait la déchéance de ses droits coutumiers au nom de la cause qu’il défendait n’acceptait pas d’être devenu anonyme et était disposé à renier cette cause pour les recouvrer. La cause était-elle honorable et sa défense sincère ? Le peuple ivoirien est assez intelligent pour en juger.

Une chose parait certaine : il est difficile d’identifier quelque bien collectif lié à la transhumance politique fondée sur l’orientation présumée du vent politique. L’éthique politique de dirigeants sans aucune valeur est-elle plus acceptable ou pire que le manque d’éthique de ceux dont ils contestent précisément la légitimité du pouvoir détenu et manipulé ? En définitive, lorsque l’on fait l’effort de dépasser les proclamations de principes relatives à l’illégalité de la candidature et de la seconde réélection du président Ouattara, il est possible de conduire une juste analyse de l’actuelle séquence de la crise situation sociopolitique ivoirienne qui dure depuis le début des années 90. Au terme de celle que nous avons tentée de faire, nous parvenons au constat qu’il s’agit d’une crise du politique ; cette crise s’enracine dans une crise morale. La grande majorité des acteurs, qu’ils soient membres du régime Ouattara ou de son opposition, voudraient faire de la politique sans un minimum d’éthique sociale. Seul compte leur intérêt partisan immédiat, si bien que les actes politiques qu’ils préfèrent pour réaliser ces fins sociotoxiques manquent de l’éthique sociale la plus rudimentaire. Est-ce même de la politique qu’ils font ?

Conclusion.

 Il n’existe pas de société humaine sans aucun interdit. Mieux encore, c’est la règle commune et, plus précisément l’interdit, qui a rendu possible la société des hommes et son humanité. Chacun comprend dès lors, le grave dommage occasionné à la société ivoirienne par les finalités partisanes et sociotoxiques poursuivies ainsi que les actes tout aussi toxiques pour la société préférés par les acteurs politiques pour tenter de les réaliser. Le président Ouattara et ses partisans emportent avec eux une immense responsabilité dans le vertige politique que traverse la Côte d’Ivoire et la déchéance morale de la société ivoirienne. Certes, l’opposition ivoirienne et ses partisans ont manqué de la juste attitude à observer devant leurs forfaitures. Et, à ce titre, ils emportent de leur côté une responsabilité, non moins importante. Cependant, leur part que certains de ses membres voyaient nulle, n’amoindrit en rien, celle immense du régime Ouattara, ni ne constitue l’étalon pour la déterminer et la mesurer. L’immense responsabilité du président et de son régime n’implique guère l’absence de responsabilité de l’opposition, de ses membres et de leurs partisans. L’inverse est tout aussi vrai.

La preuve est faite, par leurs actes respectifs, qu’une règle commune se fonde de l’esprit des hommes qui l’établissent et en font leur convention et puise sa force. Cet esprit peut ou pas être en quête de ce qui est vrai, bien, juste et collectivement utile. Sans l’esprit des ivoiriens, aucune de leurs règles communes n’a d’autorité. C’est l’autorité de leur conscience qui leur confère la force  de supporter et d’accepter la règle commune, précisément l’interdit commun, contre leurs désirs ; c’est la même force qui leur confère le pouvoir et le courage de la changer ensemble avec les autres ivoiriens ainsi que la sagesse de savoir qu’un interdit commun ne doit pas être changé unilatéralement mais qu’il peut l’être, sans aucune violence, par tous ceux qui en font leur convention sociale et politique s’ils en conviennent. A l’évidence, cette force morale a fait défaut au président Ouattara, à son régime ainsi qu’à leurs partisans si bien qu’ils ont dépassé ce qui ne devait être changer unilatéralement et martialement.

« Que la force me soit donnée de supporter ce qui ne peut être changé et le courage de changer ce qui peut l’être mais aussi la sagesse de distinguer l’un de l’autre. », ainsi s’exprimait l’empereur romain Marc Aurèle (Marcus Aurelius), au IIe siècle après. J.-C. Certes, la morale du stoïcien qu’il était, qui a poussé la rationalité jusqu’à ne reconnaître en matière sociopolitique aucun juste milieu entre le vrai et le faux, n’est pas de celle constitutive d’éthique sociale. Mais cela n’enlève rien à la vérité de son énoncé. En effet, sans aucune force morale, comment distinguer ce qui doit être supporté, ne doit être changé ou en revanche peut l’être sous certaines conditions ; enfin comment démontrer une manifestation de courage là où le changement concernant une convention est unilatéral et violent comme une démonstration de puissance ? En effet, ce n’est pas la règle en elle-même qui fournit au peuple ivoirien et à ses membres, la force d’esprit de supporter et d’accepter ce qui ne doit être changé ni dépassé, comme un interdit constitutionnel commun et le courage de le changer ensemble, puisqu’il peut l’être s’ils s’accordent sur cette évolution. Ce n’est pas faire preuve de courage que de changer unilatéralement, brutalement et sans aucun consensus,  un interdit constitutionnel commun. Cette procédure ressemble à la manifestation d’un sentiment de puissance.

Aussi sérieusement que nous avons examiné cette séquence de la crise ivoirienne, il a été difficile de trouver la moindre once de justice en les actes posés par les acteurs en conflit. Nous devons alors constater qu’ils n’ont trouvé entre la volonté toxique du président Ouattara de changer l’interdit commun et de le dépasser et celle de l’opposition de ne pas l’accepter, aucun juste milieu. Or, pour des esprits justes, qui préfèrent la conciliation et la recherchent, plutôt que le rapport de forces violent, un juste milieu existe. Quel aurait pu être ce juste milieu, tel que les acteurs en conflit acceptèrent de poser des actes justes ? Et dès lors que leurs actes ne sont ni justes ni ne recherchent la conciliation et la paix de la société, relèvent-ils de l’ordre de l’action politique au sens noble du terme ? C’est ce que nous examinerons dans le prochain volet de cet article interrogeant l’éthique des acteurs.

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IV. De l’éthique des acteurs et de la valeur de leurs actes politiques.

De la légalité de la candidature  du président Ouattara et de son manque d’éthique.

De la légalité de la la seconde réélection du président Ouattara et de son manque d’éthique. 

De la légalité des actes de contestation des membres de l’opposition et de leur manque d’éthique.

A SUIVRE :

V. Sans éthique sociale, point de juste milieu. Pas de juste milieu, point de politique.

De ce qui est jugé le plus avantageux par les acteurs politiques ivoiriens à leur valeur accordée à la règle.

En quoi le régime, l’opposition et leurs partisans ont-ils confiance ?

Que reste-t-il encore de peuple ivoirien et de république démocratique de Côte d’Ivoire ?

Pas de politique sans dimension éthique.

 

_________________________________________De l’acte politique et de sa valeur.

(1) Jean-François Thurot, “La Morale et la Politique d’Aristote”, Paris, Firmin Didot, 1823, 500 p.

(2) Xavier Jaze, “Funérailles de Jerry Rawlings : pourquoi Alassane Ouattara a envoyé Affi N’Guessan”, Monde Actuel, 2 février 2021. URL : https://www.mondeactuel.net/2021/02/02/funerailles-de-jerry-rawlings-pourquoi-alassane-ouattara-a-envoye-affi-nguessan/

(3) Dreffus Polichinelle, “En meeting Amon Tanoh : “Dites à Ouattara de libérer notre pays” Publié par afrique-sur7.fr le 10/10/2020 – URL : https://www.afrique-sur7.fr/443616-amon-tanoh-ouattara-liberer-pays/

(4) Richard Yasseu “Pour ses attaques contre le président Alassane Ouattara, Marcel Amon Tanoh déchu de ses droits coutumiers par le royaume du Sanwi”7info.ci le 17/10/2020 URL : https://www.7info.ci/pour-ses-attaques-contre-le-president-alassane-ouattara-marcel-amon-tanoh-dechu-de-ses-droits-coutumiers-par-le-royaume-du-sanwi/

(5) Arnaud Houssou, “Marcel Amon Tanoh demande pardon à Alassane Ouattara.” – Publié par 7info.ci le 25/01/2021 URL : https://www.7info.ci/marcel-amon-tanoh-demande-pardon-a-alassane-ouattara/

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