CRISE DE LA COTE D’IVOIRE : Contestation et rejet de l’avènement d’une société ivoirienne mettant aux prises des Surivoiriens.

Au sortir de la colonisation et aux premières années de l’indépendance, des ivoiriens pensaient que la société ivoirienne fondée sur la la loi et la volonté d’un homme n’était pas meilleure. Ils aient raison. C’est ainsi qu’à l’abord des années 90, la société fondée et régie par la loi, les les nombres et leur ordre leur a semblé comme étant meilleure. La démocratie, puisque telle est la désignation de cette dernière société devait réaliser tous les espoirs de vivre libres de tous les ivoiriens. La mort de Félix Houphouët-Boigny en 1993 devait alors constituer le moment de rupture avec l’ancienne société et d’avènement de la société ivoirienne régie par la loi et le nombre. Les faits montrent qu’il n’en a rien été ; la société ivoirienne n’a jamais achevé cette rupture. Pire encore, il semble que son évolution tend vers une société dont il résulte que la loi est dépourvue de toute autorité sur les hommes qui doivent agir selon ses prescriptions et que la loi du nombre et de la majorité est inversée. En effet, que reste-t-il à la loi si elle n’a aucune autorité sur l’esprit des hommes qui doivent agir dans son cadre et si elle est manipulée pour fonder les actes poser pour contourner son sens ? Quelle valeur le nombre peut-il avoir désormais, si la relation d’ordre des nombres peut être inverser pour aboutir à faire du faible nombre, celui supérieur au grand nombre et de la minorité la majorité ? Bref, il faut clair : la démocratie ivoirienne fondée sur la loi vidée de tout sens et de toute autorité et sur les nombres au rapport inversé n’a aucun sens, ni rien de meilleur. Dès lors, une telle société démocratique n’est pas mieux que la société fondée sur les hommes.

En conséquence, il y a tout simplement  lieu de réaliser deux opérations. D’une d’une part, il convient de chercher à comprendre en quoi en quoi elle est éloignée de la société démocratique et en quoi elle est particulièrement toxique pour tous les ivoiriens. D’autre part, forts de cette compréhension, les ivoiriens ne pourrons que la la rejeter avant de poursuivre leur quête d’une véritable société démocratique.

Introduction à la société ivoirienne régie par des Surivoiriens.

Les faits donnent tort aux ivoiriens qui pensaient que la démocratie en soi est toute la solution pour faire vivre en paix les membres d’un peuple. Ceux-ci découvrent qu’il n’existe aucune raison suffisante pour accepter cette nouvelle société que des adeptes de Nietzsche veulent imposer au peuple ivoirien, qui n’a de meilleur que sa laideur. Les ivoiriens font l’amère expérience de l’insuffisance de la démocratie en soi depuis plus de trente années. Ils constatent qu’il n’est pas suffisant de dire que c’est la loi de la démocratie lorsque deux tiers du peuple devaient s’accorder sur leurs opinions et sentiments et ainsi accaparer le pouvoir, même à travers l’heureuse voie des urnes. Ils découvrent qu’affirmant à propos de cette relation fondée uniquement sur le nombre que c’est la loi de la démocratie, qu’ils doivent s’accorder aussitôt sur le fait qu’une telle loi peut exclure de fait l’autre tiers aux opinions et sentiments contraires. Ainsi, la question des justes modalités de la vie ensemble de toutes les parties du peuple n’est pas résolue par une démocratie en soi fondée sur la loi et le nombre, même la plus parfaite, qui ne soit équilibrée et soutenue par des piliers : les pensées et sentiments authentiques et justes de tous les ivoiriens qui, vivant ensemble, la mettent en œuvre ainsi que leur solide volonté de vivre libres ensemble en se respectant mutuellement. Car, il arrive toujours un moment où la démocratie elle-même est contestée, rejetée ou travestie par la fraction-exclue du peuple, qu’elle soit minoritaire ou majoritaire.

Ne trouvant aucune utilité à un système qui procèderait comme s’il n’existait pas, le tiers-exclu du peuple par exemple, peut alors user de la force pour imposer aux deux autres tiers son opinion et son sentiment certes minoritaire. Dès lors, le constat certes bruyant et juste d’absence de démocratie de la part des deux tiers paraît sans valeur pour le tiers-exclus. Dans le même mouvement, ce dernier entend désespérément de son côté affirmer l’existence d’un système démocratique rejeté qu’il a vidé de toute substance, en tentant de masquer au passage sa ruse avec sa raison. Mais, c’est bien là une situation de quiproquo : le tiers évoque l’exclusion de ses pensées et sentiments quand les deux tiers pointent le caractère vicié du système qui, en l’état, conduit à une autre exclusion : celle des opinions et sentiments majoritaires. Dans de telles conditions, la rupture est inévitable entre les parties du peuple. Pourtant, les choses sont claires à y regarder de près et attentivement. Pour le tiers exclus, c’est un non sujet que celui de savoir si la démocratie permet d’exprimer son opinion minoritaire que de savoir si cette opinion est considérée et prise en compte ou pas par elle. De son côté, pour les deux tiers du peuple,  le sujet n’est pas tant que l’opinion majoritaire puisse être exprimée dans un système vicié mais sans pouvoir néanmoins être considérée, que de savoir si ce système travesti lui permet d’emporter la détention du pouvoir.

Pour sortir de cette situation, les parties doivent identifier le sujet commun dont la résolution peut les unir. Ce sujet commun aux parties est à minima de savoir dans quelles mesures les opinions, qu’elles soient majoritaires ou minoritaires peuvent être considérées et prises en compte. Ce sujet n’est pas de savoir si la démocratie est respectée dans sa mise en œuvre ou pas. Une telle question ne se pose que pour les deux-tiers mais pas pour le tiers. Jusque-là, les ivoiriens ont soigneusement évité de s’accorder sur ce sujet, dans un pays où le respect mutuel des parties constitutives du peuple est à construire et à renforcer sans cesse, où les parties sont les acteurs à la place des ivoiriens en tant qu’individus. Pour avoir jusque-là procédé ainsi, la Côte d’Ivoire dérive dangereusement depuis plus de trente ans.

Cette situation vient de connaître une accélération brutale avec l’abus manifeste de la constitution par le régime Ouattara et ses partisans. Il semble qu’ils ont déjà fait d’une partie du peuple ivoirien l’ennemi à combattre, plutôt que ceux avec lesquels ils doivent chercher ensemble la meilleure manière de vivre ensemble et de mener une économie collective de vivre profitable à tous. Sauf si cela n’est déjà fait, des hommes d’État de paix ne peuvent pas considérer que cette question relève de vivre ou de ne pas vivre qui puisse conduire à se constituer en puissance. La démagogie, c’est de considérer qu’une partie, qui plus est minoritaire, du peuple peut passer outre la constitution et de l’amener en conséquence, dans le cadre du piège tendu sur les conseils expérimentés et avisés de Staline à propos de l’importance de ceux qui comptent les voix (1) par rapport à ceux qui votent (le peuple), à parvenir à une 2ème réélection qu’elle interdit expressément.

Cette opération politique, certes menée avec brio depuis 2011 est très grave néanmoins. La raison est simple ; la constitution n’est pas la barrière ou la digue à manipuler pour parvenir à des fins politiques inavouables. Elle est tout, en ce sens que c’est elle qui fait exister une société et un peuple ivoirien. Empruntant les mots de l’ancien ministre français Jack Ralite (1928-2017) à propos de la culture, la constitution ivoirienne est l’âme de ce pays et de son peuple. A ce titre, elle ne peut ni ne doit surtout constituer un supplément démocratique que des âmes non démocratiques de dirigeants démagogues se donnent pour apparaître comme étant des démocrates alors qu’ils ont des ambitions monarchistes. Cette lente et calamiteuse dérive de la société ivoirienne depuis 1993 est inacceptable.

Que sont des ivoiriens qui accepteraient que leurs passions de vivre écrasent leurs volontés de vivre libres ? Ils ne peuvent recevoir la qualité d’hommes dignes des êtres humains, en vivant de manière comparable à celle des animaux. Voici pourquoi, à l’évidence, cette situation appelle chaque ivoirien à se déterminer et à agir. Questionner son sens donné à vivre ensemble dans une société en État de paix, telle est l’objet de cette détermination. Pour notre part, au terme de cet exercice, si nous ne pouvons qu’échouer à parvenir seul à expliciter ce que cela signifie sans tous les ivoiriens, nous sommes toutefois convaincus que cela ne peut peut pas, en revanche, être une manière de vivre dont il résulte que chacun, en fonction des ressources dont il dispose, peut de son unique volonté, travestir les règles communes qui garantissent la confiance les uns dans les autres et la détruire à son unique profit ou au profit de quelques partisans qui partage ses désirs.

Les ivoiriens et leur société.

A la fin de la colonisation est née la Côte d’Ivoire, en tant qu’un nouvel ensemble sociopolitique indépendant. Les habitants de ce territoire étatique acquéraient alors la désignation d’ivoiriens.

Certes, la société ivoirienne était loin d’être parfaite.

La ressource dont disposaient ces ivoiriens, c’était de vivre ensemble au sein d’une société ivoirienne en tant que membres du peuple ivoirien. L’avantage que le peuple ivoirien représentait pour ses membres vivant ensemble au sein de la communauté humaine, composée de divers peuples, c’était de représenter à l’avenir l’espace social et politique de leur économie collective de réduction de leurs difficultés communes de vivre. Ainsi, face à l’adversité qui se dégage du monde, l’avantage historique de chaque ivoirien était, en étant membre de la société ivoirienne et partie du peuple ivoirien, de pouvoir poursuivre la réduction de ses difficultés particulières de vivre dans ce fait même.

On peut par conséquent aisément imaginer que dès lors que des ivoiriens décident de rompre avec les autres membres de la société ivoirienne, soit ils parviennent à se constituer en une nouvelle société, soit ils basculent en leurs réflexes en une sous-communauté proche de celle des animaux au sein de la société ivoirienne fracturée par leurs actes. Procédant comme des animaux, il semble qu’ils perçoivent alors la société ivoirienne de laquelle surgit la force qu’est l’État, comme constituant le moyen au service de leurs fins particulières. C’est ainsi qu’ils usent de sa puissance pour s’octroyer l’essentiel de ce qu’elle peut produire. Certes, la société qu’ils veulent transformer à leur avantage était loin d’être parfaite ; on peut même préciser qu’elle était sans aucun doute lacunaire. Mais, les choses sont claires ; ses lacunes n’avaient rien à avoir avec les tares de cet ensemble asocial, apolitique et amoral que le régime et ses partisans veulent imposer au peuple ivoirien.

Quoi que chaque ivoirien puisse à juste titre reprocher au gouvernement de Félix Houphouët-Boigny de 1960 à sa mort en 1993, cela est sans commune mesure avec la gouvernance de ceux qui lui ont succédé, dont plusieurs revendiquent son héritage. Il résulte de leurs gouvernements le délitement de l’essentiel, à savoir le lien entre les ivoiriens qui faisait être une société ivoirienne et son peuple si fier de l’être. Pourtant, les ivoiriens semblaient constituer, jusqu’à ces trente dernières années, une communauté d’économie collective de vivre. De l’indépendance en 1960 jusqu’à ces trente dernières années, les ivoiriens étaient semblables les uns aux autres et à tous les hommes. Ils existaient individuellement, mais par dessus tout, ils étaient membres de la communauté ivoirienne des hommes. Cette communauté est ce qui a dirigé leur existence, à savoir leurs corps et leurs esprits, de leurs naissances à leurs morts. La valeur des ivoiriens en tant que des hommes formant cette société humaine particulière s’incarnait dans le fait qu’ils reconnaissent cela et y tiennent. Les ivoiriens étaient des hommes parce qu’au delà de leurs intérêts particuliers poursuivis à juste titre, leurs sentiments éprouvés, leurs pensées manifestées et leurs actes ne visaient qu’une unique finalité à laquelle ils tenaient : celle de l’existence de la communauté ivoirienne. Elle incarnait la condition de la possibilité de réduction des difficultés du plus grand nombre de ses membres que nous désignons par son progrès ou développement.

C’étaient leurs attitudes et comportements dans la société qui déterminaient le jugement que leurs contemporains pouvaient porter sur eux, comme bon ou mauvais. Et, ils s’efforçaient de ne juger se mutuellement leurs valeurs que selon un unique point de vue : le degré et le but pour lequel ils s’étaient libérés de leur égo ou vanité en tant que membres de la société commune ainsi que leur utilité collective. Il a semblé que le souci  de la communauté ivoirienne manifesté par les ivoiriens s’est renforcé au fur et à mesure de leur vie ensemble au sein de leur communauté sociopolitique depuis l’indépendance. Cela est intervenu au fur et à mesure et grâce aux évolutions matérielles et intellectuelles et surtout morales de leur société. Bien sûr, tout n’était pas parfait. Mais, des ivoiriens remarquables en leurs dispositions sociales, notamment morales et éthiques, du Nord et du Sud, de l’Est à l’Ouest ainsi que du Centre du pays, on joué des rôles exceptionnels. Ces ivoiriens remarquables ont généré telle manière de faire tenir la société ensemble. Ils ont introduit de nouvelles valeurs, comme la paix par exemple. Procédant ainsi, ils ont généré ou renforcé telle règle morale en même temps qu’ils ont modifié la vie sociale, dans le sens de l’appartenance à une même société ivoirienne à titre d’exemple.

Depuis plusieurs années cependant, il est difficile d’affirmer que leurs rôles aient été relayés par les générations qui les ont suivis et remplacés dans la conduite de la marche historique du peuple ivoirien. Certes, au sein de cette société, le plus grand nombre d’ivoiriens ne pensaient ni ne jugeaient librement par eux-mêmes individuellement ce qui déterminait les conditions de leur existence. Adultes pourtant, qu’ils soient chefs de familles, traditionnels, villageois pour la plupart, on les a même observés être traités dans leur plus grand nombre comme des personnes mineures. Sur l’unique fondement ne de pas disposer des connaissances académiques, ils acceptaient jusque-là que ceux qui marchaient devant eux sur le chemin de la modernité, dit-on, leur tiennent la même comme si leurs esprits étaient encore immatures.

Or, les progrès moraux de la société entière ne dépendent que du gain d’autonomie de chaque ivoirien et de son indépendance d’esprit. Et, en ce domaine de l’esprit, il n’est pas nécessaire d’avoir été instruits par l’école pour poser des questions, pour chercher à comprendre, distinguer le vrai du faux et rechercher la vérité. Certes, l’instruction augmente cette capacité. Mais, ce n’est pas elle qui dote les ivoiriens de ces dispositions qui les rendent dignes d’être des hommes. Hommes, la capacité à discerner et à distinguer ce qui est vrai du faux, ce qui est juste de l’injuste, bien du mal, beau du laid leur est immanente. Par ailleurs, parce que cette autonomie n’a pas été encouragée ni développée, la société ivoirienne que l’on croyait sur la voie du progrès social a pris le chemin de l’échec, notamment au plan moral et de l’éthique sociale. Le mutisme des ivoiriens recherché et organisé par ceux qui marchaient devant eux a progressivement affaibli la société ivoirienne au lieu que leurs esprits encouragés et entraînés à penser la société en État de paix assurent son assise. Dès lors, la société ivoirienne a commencé à péricliter dès le premier événement qui a ébranlé ses fondations fragiles. Ce défaut d’autonomie du plus grand nombre d’ivoiriens a sans aucun doute contribué à générer des adeptes de Nietzsche parmi eux.

De bergers de troupeaux d’ivoiriens à adeptes de Nietzsche.

La société ivoirienne saine, au moins en apparence et sur le plan moral, s’enracinait et tenait en le fait que si les ivoiriens manifestaient malgré tout peu de signes d’autonomie et d’indépendance, ils pouvaient compter sur des guides dotés d’un solide sens de l’histoire et de robustes dispositions morales. Cette dernière était certes retenue, comme tenu en laisse par les fractions communautaires dont ils relevaient. Toutefois, ils étaient malgré tout liés et unis aux autres membres de la société ivoirienne ; ils paraissaient être soucieux  de son existence et fiers d’en être membres. Puis intervint la pluralité des opinions politiques dès 1990, lorsque le vent de l’Est souffla jusqu’en Afrique. Pour constituer des troupeaux de partisans, au fur et à mesure qu’ils ont continué à être privés de la parole pour exprimer librement leurs pensées et sentiments ainsi que leurs jugements, leurs esprits ont entamé une sorte de dégénérescence sous la poussée de dirigeants manifestant de faibles dispositions morales, éthiques et déontologiques. Cette dégradation de leurs esprits prit la forme d’une déviance : leurs conduites dépendirent alors de leurs intérêts particuliers poursuivis tandis que le vrai et ce qui est juste prirent respectivement la forme du faux et de ce qui est injuste et inversement selon ce même point de vue. Même des ivoiriens qui, avant les indépendances, guidaient ceux dont ils avaient la charge de conduire leur marche dans l’histoire, ont cessé de penser par eux-mêmes ; ils se sont complu à s’abstenir de questionner les consignes qu’ils recevaient des divers acteurs politiques. Se fondant sur la règle traditionnelle de l’inégalité sociale et politique, ils ont eux-mêmes veillé à leur tour à ce qu’aucun esprit au sein des communautés sociales dont ils étaient chefs ne soit ce qu’il doit être : le marcheur qui cherche la vérité et qui chemine de vérité en vérité. Chemin faisant, les parties de la société tenaient désormais de moins en moins ensemble, à défaut de ce lien qui unissait ses membres ; ce lien était désormais remplacé par le seul lien du groupe communautaire et son intérêt spécifique.

Faisant une analyse rapide de la période de l’indépendance à la mort de Félix Houphouët-Boigny, nous constatons le déclin accéléré de la société au moins au plan des idées politiques et des valeurs morales. Nous ne pouvons que reconnaître que la nouvelle période historique est un recul au plan politique ne serait-ce que parce que l’art contradictoire de la politique, qui doit faire vivre ensemble les membres de la société ivoirienne et concilier leurs intérêts particuliers, est devenu une sorte de prestidigitation ou d’exercice d’habilité mystificatrice, dont nombre de dirigeants sont devenus les acteurs. A défaut de manquer de curiosité et de donner de la nourriture à leurs esprits, en raison d’être aimantés par des intérêts immédiats, souvent dérisoires, les ivoiriens spectateurs qu’ils mystifient  sont des masses du peuple ivoirien. La rupture de la société ivoirienne entraîne avec elle un grand risque de désagrégation ; c’est ce qu’il y a de plus visible et angoissant depuis 1993. Cette période se caractérise aussi par un défaut ou du moins la rareté de personnalités créatrices et contributrices à l’édification d’une société en État de paix. S’il est exact qu’une société ne peut reposer sur des hommes providentiels, tant ils sont rares et que le risque d’erreur peut être dramatique, il est tout aussi vrai que les masses ne créent rien du tout ni n’innovent en matière de construction d’une société en État de paix.

C’est ainsi que la société ivoirienne est désormais pauvre de ces hommes d’États dont elle a pourtant plus que jamais besoin pour faire vivre ensemble ses membres en État de paix. Ainsi, les véritables responsables politiques sont devenus rares, tandis que nombreux sont les citoyens ivoiriens qui semblent se découvrir une indépendance intellectuelle mais au service de pensées sophistes. Quant à leur devoir moral dont l’exercice nécessaire doit fonder leurs jugements, ils le négligent, comme s’il était devenu encombrant vis-à-vis de l’exercice de leur capacité de rationalité calculatrice de leurs intérêts immédiats particuliers souvent dérisoires. Ainsi, privés de ce recul moral indispensable, une grande majorité d’ivoiriens et les formations politiques dont ils sont les partisans sont devenus décadents, et cela, dès leur création pour certaines d’entre elles. Il n’est donc pas étonnant de constater l’apparition d’un autoritarisme politique dont l’évolution en dictature intervient en même temps que les considérations morales sont devenues peaux de chagrin.

Des ivoiriens aux Surivoiriens.

Comme disent nombre d’ivoiriens dans leur situation tragique, l’heure n’est pas au “gros français”. C’est leur manière raccourcie d’affirmer que les pensées colportées par les paroles ne servent plus à rien. En d’autres termes, ils signifient par là que l’esprit est devenu inutile en cette circonstance dramatique. A leur sens, le moment est à “tomber les chemises”, tous muscles sous tension et à former les coups de poings pour se battre. Ils ont sans doute tort, car que resterait-il alors d’humains aux ivoiriens sans leurs pensées et sentiments échangés et sans les paroles à travers lesquelles ils procèdent pour les exprimer ? Les hommes vivent ensemble en échangeant des paroles ; ces paroles traduisent leurs pensées et sentiments. Autrement, comme dans le règne animal, la puissance déterminera à l’avenir la valeur de chaque ivoirien et sa position dans la société. Ainsi, nombreux sont les ivoiriens de tous bords politiques qui ont choisi et décidé de renverser la table des valeurs. Désormais, ils pensent la société ivoirienne à partir de ses parties et non plus à partir de sa totalité, à savoir du peuple tout entier et de la constitution qui doit relier ses membres pour le constituer.

A l’examen des faits et à bien regarder de près leurs postures et actes, il leur a semblé que l’existence et l’autorité de la constitution ivoirienne, bref du peuple ivoirien, étaient incompatibles avec la quête de leur dignité, avec l’affirmation de la vie des fractions du peuple ivoirien ainsi qu’avec la réduction collective des difficultés de vivre de leurs membres. Pour ainsi dire et, en vue de réduire les difficultés de vivre de leurs membres dans leurs cadres, ils procèdent comme si la mise à mort de la constitution et le fractionnement du peuple tout entier qui en résulte étaient les conditions de leur libération ainsi que celle des parties du peuple qu’ils constituent. Si on en croit leur détermination à donner la mort au peuple à travers celle de sa constitution, ils semblent ressembler aux hommes supérieurs et puissants suggérés en pensée par Nietzsche (2).

Aspirant à devenir des Surivoiriens, ces ivoiriens on abattu la constitution comme le philosophe a fait mourir Dieu en pensée pour l’avènement de Suhommes. Comme lui, ils pensent que toute la morale des ivoiriens leur paraissant faibles, peureux et médiocres découlent de cette constitution, comme les hommes forts du philosophe pensent que celle de leurs contemporains qu’ils jugent faibles découlent de Dieu. En abolissant par conséquent la constitution à travers sa négation, en se passant de toutes valeurs morales qu’elle porte au point de décapiter d’autres ivoiriens et de faire de leurs têtes ensanglantées des ballons d’un football macabre, ils espèrent devenir des Surivoiriens. Leur but est clair : constituer un Surpeuple ivoirien, à savoir le peuple supérieur des ivoiriens puissants. Formant une fraction puissante de la communauté nationale, ils aspirent à ne tirer leur puissance que de leurs propres volontés de réaliser leurs désirs les plus sociotoxiques et anhistoriques. Face à ce tableau inquiétant, les ivoiriens de bonne volonté, à savoir ceux dont la raison contrôle encore leurs passions, et dont la valeur se mesure au niveau de maîtrise de leur égo, ne peuvent pas laisser faire ceux qui abattent la constitution pour tuer le peuple ivoirien.

Mise à mort et agonie de la constitution et du peuple ivoirien.

La mise à mort inacceptable de la constitution est annonciatrice d’une société en État de violence. Si les ivoiriens n’y prennent gardent, cette mise à mort annonce aussi la naissance de surpeuples ivoiriens. On ne peut pas dire autre chose qu’il semble que la société ivoirienne en agonie depuis 1993 risque de prendre fin, assassinée par ses parties partisanes. En effet, que sont la société ivoirienne et le peuple ivoirien, sinon qu’une communauté d’hommes et de femmes, réunies par une histoire commune, ne tenant ensemble et ne formant société que liés par leur constitution. Cette constitution est ce qui fonde les conditions de leur tempérance ainsi que de la mesure avec laquelle ils tentent de réaliser leurs buts particuliers, parfois contradictoires. Supprimez donc ce qui régule leurs désirs respectifs et il n’en reste plus que les sous-communautés initiales, dont les membres sont liés par autre chose que ce lien, leurs passions de vivre, y compris au dépens des autres.

C’est ce que le régime Ouattara et la part partisane du peuple qui le soutient ont réussi à réaliser en décidant de jouer avec les failles de la constitution. Elle n’interdit pas la candidature d’un président réélu une fois, mais elle interdit en son article 55 la réélection une seconde fois. Ainsi, un président qui a fait deux mandats peut être candidat, mais sans pouvoir être réélu une seconde fois par le peuple. Dès lors qu’il est conséquent et respecte sa propre règle et qu’une de ses parties n’a pas d’yeux que pour ses intérêts immédiats mais dérisoires, ce peuple qui est le même qui a fixé cette règle ne peut l’enfreindre. C’est en cela que cette lacune constitutionnelle fait non seulement appel à l’intelligence de ce peuple, mais en plus sollicite son authenticité morale. A cet égard, le fait de la constitution de 2016 n’y a rien changé ; il est par conséquent inutile de se cacher derrière ce fait. Qu’il s’agisse de la constitution de 2000 ou de celle de 2016, le ver était déjà dans le fruit dès lors que les ivoiriens pouvaient être en présence de dirigeants amoraux et d’une partie inauthentique du peuple. La constitution était vérolée et exposée au manque de morale et d’éthique sociale de dirigeants démagogues et de leurs partisans.

Cette lacune, qui est constitutive d’une faille constitutionnelle depuis la constitution de 2000, représente néanmoins, au delà des regrets la concernant, un défi lancé à la moralité des dirigeants ivoiriens et de leurs partisans. Il faut y voir une mise à l’épreuve de inauthenticité de leurs dispositions morales en matière politique. De ce point de vue, le président Ouattara et ses partisans n’ont pas démontré des dispositions morales authentiques dans le fait même de vouloir tirer un profit particulier de la faille de la règle commune et de pousser une partie du peuple à se séparer de l’autre. Qu’est-ce que la démagogie, sinon que l’art de vouloir simplifier ce qui est complexe, de donner à voir que l’on sollicite la liberté et la raison des hommes alors qu’on fait appel à leurs passions. Quand on considère les arguments fallacieux de la Cour politique qu’est le Conseil constitutionnel, à propos de la nouvelle constitution et de sa non-rétroactivité, alors que l’article 184 neutralise ce dernier argument, on est obligé de constater qu’une constitution même parfaite n’aurait pas suffi. Sans de solides dispositions morales des dirigeants et du peuple qui établit la règle commune, si à la place de leur volonté de vivre avec et pour leurs compatriotes, une constitution n’a aucune valeur en soi. N’est-ce pas ce qui ressort de l’expérience ivoirienne ?

Lors de la cérémonie d’investiture du président Alassane Ouattara, monsieur Mamadou Koné, Président du Conseil constitutionnel,  rétorque à la juste protestation de nombreux ivoiriens dans des termes insultants et méprisants à leur égard. Il s’offusquait du fait que ces ivoiriens se sont invités dans le débat du fondement juridique, moral et politique de cette candidature qui donnait la possibilité d’une réélection illégale et illégitime, considérant alors qu’ils n’ont que pour seul diplôme, leur extrait de naissance selon ses termes.  “Le débat sur les conditions d’élections en Côte d’Ivoire a quitté le domaine du droit pour se retrouver dans le domaine politique avec des spécialistes qui n’ont pour seul diplôme que leur extrait de naissance”. (3) Celui qui établit le constat du fait, selon ses propres termes, que “le débat sur les conditions d’élections en Côte d’Ivoire a quitté le domaine du droit pour se retrouver dans le domaine politique”, ne peut en ce domaine précisément s’offusquer du fait que tout ivoirien puisse avoir un avis sur la question. Sauf bien sûr, si le président de cette Cour oublie qu’elle rend justice au nom et pour le peuple ivoirien et surtout exige des ivoiriens qu’ils disposèrent d’un “diplôme de spécialistes en raison”, son raisonnement est parfaitement inconséquent.

Dans le domaine politique où ce sujet est parvenu comme il l’énonce lui-même, la capacité de raisonner de chaque ivoirien suffit à faire de lui un acteur et un intervenant. Pourtant et de son point de vue, même en ce domaine de la politique, sans disposer d’aucun diplôme en droit, les ivoiriens lui semblent incapables de comprendre l’évidence : un président qui, constitutionnellement, ne peut être réélu qu’une seule ne peut pas être réélu une seconde fois. Selon lui, il leur faut un diplôme en droit pour saisir et comprendre cela. C’est là une preuve de mépris pour le peuple ivoirien et sophisme de sa part ; il fait d’un faux argument ce qui fonde son propos par ailleurs insultant pour chaque ivoirien qui a pris part à cette discussion politique. Voici pourquoi l’ancien footballeur devenu maire de Vavoua, Bonaventure Kalou lui répond ainsi : “Quand on est diplômé, on a une connaissance, une formation dans un domaine donné. On n’est pas plus sage ou plus intelligent que le commun des mortels. A toutes fins utiles…”. (4) Dès lors, que voulez-vous expliquer à des gens qui ont toutes les bonnes raisons de penser à tort cependant qu’ils ont raison, alors qu’ils ont tort et qui, de surcroit, méprisent leurs contradicteurs ? Ainsi, d’une manière ou d’une autre, on peut penser que ce régime a la volonté de se passer de constitution et du peuple ivoirien.L’argument de nombre de partisans du régime reposant sur le caractère impératif et définif de la décision de cette Cour relève également de sophisme.

Le peuple au nom et pour lequel cette cour œuvre est souverain. Dès lors, ces partisans et le président de cette Cour omettent de considérer qu’il est fondé de sa propre volonté pour procéder à l’annulation de quelque décision de sa part qu’il jugerait injuste et contre les principes et valeurs en lesquels il croit. Tout ce qu’on peut affirmer est que pour avoir accepté ces arguments faux, le peuple ivoirien a donné là l’occasion aux sophistes de faire de ce qui est faux et injuste, ce qui est vrai et juste. On se demande alors quelles sens le peuple ivoirien donne-t-il alors à ce qui est vrai, si ce qui est faut est aussi vrai ; à une existence digne si une existence indigne a la même valeur que cette dernière ; aux ivoiriens en tant que des hommes libres, si des  ivoiriens sont aussi des êtres qui accordent la même valeur à une existence contrainte ; à la vie éclairée par ce qui est vrai, bien, juste, beau, si la vie obscurcie par ce qui est faux, mauvais, injuste et laid a la même valeur. C’est là ce qui est le plus grave.

On a vu dans nombre de sociétés, des gouvernants vouloir ignorer la règle qui enracine la société et qui fait tenir ses membres ensemble. On a pu constater la révolte commune de ses membres, soucieux de vouloir continuer à vivre ensemble les uns avec les autres, dans une société en État de paix que la règle garantit précisément. Cela intervient lorsque le plus grand nombre de leurs membres pensent tous souffrir de la défection de leur lien ou du mépris manifesté à son égard. Or, dans le cas de la Côte d’Ivoire, le mépris pour la règle commune manifesté par le régime Ouattara constitue le moyen de servir ses partisans. Dans un pays dans lequel les difficultés de vivre des ivoiriens sont incommensurables, tels partisans voudraient pouvoir faire du pouvoir le moyen d’y échapper ou de l’atténuer égoïstement. Cet intérêt particulier immédiat est si puissant que l’intérêt collectif de la société en État de paix paraît négligeable, d’autant que la détention du pouvoir, constitue le moyen de minimiser les impacts de l’État de guerre. Dans ces conditions, la mise à mort de la règle commune qui constitue le lien sociopolitique dont résulte le peuple ivoirien est apparue acceptable, ainsi que le risque de scission de ce dernier. Lorsque les convictions morales sont si lâches que des ivoiriens mesurent leur valeur d’hommes dignes au niveau de satisfaction de leur ego, aucune force ne leur permet alors de résister au mirage politique qui leur fait croire qu’ils peuvent vivre sans leurs contemporains avec lesquels ils forment la même société ou en ignorant leur présence. On aura bientôt la confirmation de tout cela lors de l’élection présidentielle du 31 octobre 2020.

Sachant le président Ouattara non rééligible une 2ème fois, lorsque des ivoiriens décident de le réélire contre la constitution qui doit tirer sa force et son autorité de leur contribution à la décision qui l’a fait exister, le sujet n’est ni le régime Ouattara, ni la légalité constitutionnelle, ni sa candidature et réélection illégitimes, ni le gouvernement parallèle et concurrent du défunt Comité National de Transition (CNT), créé à titre de riposte. Le sujet est précisément ce qui lie les membres du peuple ivoirien les uns aux autres et le rapport qu’ils veulent entretenir entre eux. Les ivoiriens, partisans du régime Ouattara ont fait leur choix : le mépris pour la règle qui doit les lier aux autres ivoiriens, au delà de leurs convictions politiques partisanes à propos des options politiques pour mener une économie collective de réduction des difficultés communes de vivre. Dès lors et sans plus aucune règle qui assure leur unité et cohésion, ils doivent s’expliquer s’agissant de la manière dont ils voudraient être liés aux autres compatriotes. La réponse de l’opposition et de l’autre part partisane du peuple qu’elle emporte avec elle est de profaner – si on ose dire – la dépouille d’une constitution agonisante déjà abattue par le régime et ses partisans. La désobéissance civile active et le gouvernement parallèle du Comité national de Transition (CNT) devaient alors constituer les derniers coups portés à la constitution. Ensemble, l’opposition et ses partisans assurent par conséquent une mort définitive de la constitution, en l’absence d’aucun ivoirien pour tenter de la ranimer, au cas où le coup fatal porté par le régime Ouattara et ses partisans n’était pas mortel.

A observer les ivoiriens agir depuis 1993, on a des raisons de craindre que la mise à mort de la constitution soit le résultat de la pensée de nombres d’ivoiriens. Constitués en parties partisanes du peuple ivoirien, ils semblent ne poursuivre que leurs buts particuliers éphémères et souvent dérisoires. Sa mort résulte aussi des rationalisations de leurs relations sociales et politiques, en vue de pouvoir réaliser, dans les cadres restreints partisans des intérêts particuliers et non pas celui du peuple ivoirien tout entier, à commencer par son existence. Dès à présent, les ivoiriens doivent par conséquent prendre la mesure de l’agonie, espérons-le réversible, de la société ivoirienne et du fragile peuple ivoirien. Il doivent saisir et appréhender ce moment comme étant celui de la bascule du peuple ivoirien du côté obscur de l’histoire des sociétés humaines. Ce peut être le début de son fractionnement, si, un grand nombre d’ivoiriens sages ne se retrouvent pas pour résister à ce qui est proposé à tous les ivoiriens. Si ces ivoiriens mesurés n’y prennent garde, ils devront faire face à des ivoiriens modifiés, mus par une volonté de devenir des ivoiriens puissants : des surivoiriens au seins de surpeuples ivoiriens.

Naissance de Surivoiriens et de Surpeuples ivoiriens.

Les faits sont effrayants. En tuant la constitution, c’est un moyen de remettre en question les valeurs la société ivoirienne et des principes politiques qu’elle porte. Peut-être, une haine et un ressentiment sont-ils nés de la constitution. Jusque-là, elle ne permettait pas d’exprimer tous les instincts refoulés au sortir de la colonisation. En agissant comme étant la puissance qui a donné autorité à toutes ses valeurs en lesquelles nombre d’ivoiriens ne croient guère par ailleurs, mais qui tentaient de réguler leurs conduites, la constitution devait être abattue pour cette raison précise. Sa mort devait permettre la résurgence de valeurs en lesquelles ils ont toujours cru, mais jusque-là mises en latence : la violence, la loi du plus fort, la puissance qui surplombe l’existence et les relations des ivoiriens et non pas le pouvoir. Selon eux, ces valeurs protégeaient et valorisaient des fractions du peuple qu’ils considèrent comme étant médiocres  et leur permettaient de gouverner des fractions puissantes. En abattant de cette manière la constitution et le peuple, ces valeurs peuvent disparaître pour rendre possible le développement de nouvelles valeurs et avec elles celui de la puissance des fractions supposées les plus puissantes. Ces valeurs combattues, nées à leur sens d’une morale d’esclaves chercheraient, comme ils en ont la conviction, à domestiquer les instincts des ivoiriens et des fractions communautaires qu’ils constituent. Voici pourquoi leurs passions et instincts nauséabonds doivent alors être libérés, valorisés et encouragés. C’est ce que la mort de la constitution abattue doit permettre désormais. L’usage des machettes autrement que pour produire de quoi se nourrir et les crimes les plus barbares dont elles sont les moyens devait en convaincre les ivoiriens. Sa mise à mort et avec elle du peuple ivoirien laisse place à une nouvelle société ivoirienne ; c’est une société violente, dangereuse car une société en État de guerre entre ivoiriens aspirant à devenir des Surivoiriens. C’est cela leur société meilleure, dans laquelle ceux qui gouvernent et exercent leur puissance sur ceux qu’ils dominent les craignent désormais, tandis que ces derniers redoutent à l’avenir leurs courroux.

Dans cette nouvelle aventure au cours de laquelle la constitution n’existe plus, à défaut de faire autorité. De leur côté, les parties partisanes du peuple ivoirien existant seules, sans plus aucun peuple faute de l’autorité de la constitution qui les unit ainsi que leurs membres, ne peuvent alors que « devenir ce qu’elles sont ». Dans les profondeurs obscures des âmes de leurs membres, elles ne peuvent que vivre dès à présent dans une certaine joie de pouvoir réaliser tous leurs désirs jusque-là enfouis que commandent leurs passions de vivre. Mais, cette joie s’enracine dans la violence et l’impunité, toute toute infraction à la règle régissant leurs relations ayant disparu, en l’absence de règles qui fassent autorité. L’affirmation de leur vie et celle de leurs membres ainsi que la reconstruction des valeurs en lesquelles elles croient sont ce qui attend ces parties partisanes opposées du peuple ivoirien fracturé et leurs membres. La constitution en tant que le résultat d’une méditation des conditions de la possibilité d’existence d’un peuple ivoirien ainsi que de la fin ou mort du fragile peuple ivoirien au sortir de la colonisation, cède alors la place à l’absence d’une règle qui unit ses parties et leurs membres. De la part de ces parties partisanes, son absence vaut exaltation de leur existence ainsi que celle de leurs membres. Désormais et plus que dans le passé, leurs membres seront d’accord sur tout et refuseront de discuter avec les autres pour rechercher ensemble la vérité, puisqu’ils la détiennent déjà.

De cette manière, là où des ivoiriens mesurés redoutent des dangers mortels pour tous les ivoiriens due à l’agonie de la constitution, ces ivoiriens ivres de leurs passions de vivre libres, mais inégaux à d’autres, pointent la faiblesse et la médiocrité de ces derniers. Au contraire, ils vantent et vendent à tous les autres auxquels ils ne laissent de choix que d’être partisans de leur folie, une Côte d’Ivoire rendue meilleure à leur sens par la violence la plus brutale. Pour ces parties partisanes, la mort de la constitution ne constitue pas une fin. Au contraire, elle initie le début de la transformation de la société ivoirienne selon leurs uniques visions d’elle. De leur point de vue, les partisans ivoiriens sont comme est un pont. Cette corde se dresse entre le peuple ivoirien tout entier qu’ils font disparaître à travers leurs actes et ses fractions partisanes, appelées à devenir les surpeuples ivoiriens. Le peuple ivoirien médiocre, en agonie et impuissant à constituer le cadre de réalisation de leurs désirs doit céder sa place de souverain à ses fractions, en tant que les véritables peuples, supérieurs à ce dernier. Pour passer du peuple ivoirien impuissant à réaliser leurs ambitions et désirs de vivre aux surpeuples, sa mise à mort est impérative ; elle intervient à travers l’ignorance et la négation nécessaires et indispensables de ce qui liait ses parties – j’ai nommé la constitution.

A l’examen de l’histoire de la société ivoirienne depuis 1993, cette construction s’effectue en trois phases durant lesquelles les fractions partisanes du peuple se débarrassent peu à peu de leurs anciennes croyances acquises. Contraints de vivre ensemble au sein d’une même société par une histoire qu’ils ont subie, la phase initiale d’accumulation et sans réflexions de connaissances à propos de droit, de république, de démocratie leur a permis jusque-là d’en avoir avoir une compréhension suffisante ; l’enjeu était clair dans lesurs esprits : les exploiter et les détourner au service de leurs véritables fins. Cette phase correspond à peu de chose près, à la période du gouvernement de Félix Houphouët-Boigny de 1960 à 1990.

Adossés alors sur leurs passions, la phase de destruction progressive débutée depuis 1993 de l’ensemble des connaissances ou de ce qu’ils donnaient à penser qu’ils tenaient jusque-là pour ce qui était vrai, juste, bien, beau, etc… devait mettre fin à leurs mensonges et tromperies à propos des valeurs dans lesquelles tous comptes faits ils ne croyaient pas vraiment. Depuis 1993, les ivoiriens sont peu à peu habitués à accepter la violence plutôt que des relations de respect mutuel, civiques et fraternelles. Ainsi, de plus en plus tapis en rangs serrés dans ces fractions comme des sardines en conserves, ces ivoiriens pensaient subir ces anti-valeurs et ces croyances erronées que sont la liberté, l’égalité politique, la justice, la morale et l’éthique politiques démocratiques. Voici pourquoi, après être parvenus à abattre la constitution dans cette seconde phase, ils veulent non pas créer de nouvelles valeurs, mais revenir à celles en lesquelles ils ont toujours cru vraiment que l’on peut résumer par la loi du plus fort.

Ainsi, l’opération devant mener à une société ivoirienne acceptable et meilleure constitue la troisième phase. Elle consiste tout simplement à restaurer des valeurs en lesquelles ils n’ont jamais cessé de croire : la société restreinte communautariste, l’inégalité sociale et politique, la puissance qui fonde la propriété, y compris celle permettant d’accaparer le pouvoir surgissant de la vie ensemble de tous les ivoiriens. Cette phase de renaissance des fractions communautaires, à partir de rien ou de leurs propres volontés et valeurs, devrait aboutir à faire d’eux des hommes puissants et des fractions partisanes du peuple qu’ils constituent, des surpeuples ivoiriens. Comme des ivoiriens nouveaux, sans l’être néanmoins, monstres de volonté de domination, sachant être méchants et barbares pour leurs fins particulières, ces ivoiriens génèrent de nouvelles connaissances et une nouvelle morale : la Volonté de Puissance. Le principe fondamental de cette dernière est simple : est bon, tout ce qu’ils désirent, en négligeant la considération des autres. A bien y regarder de près, il n’y a point de nouveauté, mais un processus dont les villages et royautés représentent une forme de ses résultats. Sans doute, aujourd’hui, le temps long qui conduisit les hommes dans les villages et royaumes à finir par accepter la domination et la réalité des relations au terme desquelles la volonté d’en découdre a disparu altèrent leur perception. Seules et sans repère constitutionnel les liant désormais à d’autres, les parties du peuple et leurs membres tentent alors de devenir des peuples supérieurs au peuple ivoirien tout entier ainsi qu’à ses autres fractions : autrement dit, ils formes des Surpeuples ivoiriens. Leurs ennemis qu’ils combattent sont précisément d’autres parties partisanes du peuple, aspirant elles-aussi à le devenir. En définitive, la morale de La Volonté de Puissance invite alors les parties du peuple et leurs membres à se transformer en des Surpeuples composés d’ivoiriens puissants et supérieurs à leurs contemporains : des Surivoiriens.

Des ivoiriens et les  parties partisanes du peuple ivoirien qu’ils constituent aspirent à devenir des Surivoiriens formant des Surpeuples. Ils supposent la morale politique constitutionnelle démocratique comme étant réactive par rapport à leurs croyances réelles, s’agissant de la manière de faire société commune ensemble et des valeur qui doivent l’enraciner. A la place de cette morale démocratique réactive qu’ils rejettent,  ils veulent restaurer la morale de vainqueurs ou de puissants qui n’a été d’aucun secours dans le passé quand l’adversité se fut plus précise. Elle implique qu’ils doivent pratiquer le “grand mépris”. Il n’y a donc rien d’étonnant à leurs diverses manifestations de mépris. En fait partie, leur résignation morbide à désirer être heureux sans d’autres compatriotes ; elle est une forme de mépris pour le souci du bonheur ensemble avec tous les ivoiriens. La rationalité calculatrice et moribonde au service de l’abus  est une manifestation du mépris pour la raison, à savoir cette conscience morale de souffrir de la souffrance des autres. Que dire de l’indisposition au bien collectif, qui n’est que désobéissance à la morale politique démocratique sinon qu’elle constitue une forme de mépris pour la vertu en politique. Lorsque la justice est perçue comme une astuce des faibles pour se protéger des plus forts au sein du peuple, n’est-ce pas là une manifestation de mépris pour la justice ? Enfin la sensibilité doit disparaître, parce que tout ce qui sensibilise jusqu’à générer chez les ivoiriens des sentiments de pitié doit être considéré comme antagoniste. C’est ainsi que, par exemple, une tête ensanglantée utilisée comme un ballon de football relève désormais de l’ordre des choses. De leur part, c’est là une marque de mépris pour la vie des compatriotes et pour la compassion de ceux qui en souffrent de cela. Quand leur volonté entend supprimer chez les ivoiriens ou extirper d’eux toutes leurs dispositions qui témoignent de leur impuissance à vivre heureux seuls, on ne peut pas en dire autre chose qu’elle est totalitaire. Cette volonté est porteuse d’une nouvelle morale politique totalitaire : elle est précisément la Volonté de Puissance ou la morale d’ivoiriens puissants aspirant à dominer d’autres.

Face à la mort de la constitution et du peuple ivoirien, les Surpeuples sont appelés non seulement à affronter les derniers ivoiriens résiduels en leur sein. Ceux-ci pensent que la mort de la constitution et du peuple signifie que plus rien n’existe de société ivoirienne, de peuple ivoirien et de règle qui lie les ivoiriens. Contradictoirement à leur sens, tout cela existe encore ; pour eux, il suffit de considérer que la règle qui lie désormais les ivoiriens ensemble est celle de la loi des plus forts ou de ceux qui disposent d’une capacité supérieure à violenter d’autres et à les dominer. C’est pourquoi, la mort de la constitution et, à travers elle, celle du peuple ivoirien, annoncent un combat pour les nouvelles fractions du peuple ivoirien que constituent ses parties partisanes : c’est le combat pour dominer les autres parties dans le but de réduire leur part des difficultés communes de vivre à leur détriment. Ces Surivoiriens sont désormais ceux « qui recherchent en toutes choses ce qu’il faut surmonter » (5) pour parvenir à cette fin. C’est ainsi que l’existence de la constitution qui contrariait ce projet devait être surmontée. Ces fractions supérieures du peuple ivoirien ou surpeuples et leurs membres veulent abandonner toute peur ; c’est pourquoi, ils acceptent de vivre dangereusement, à côté de ceux qui sont désormais leurs ennemis à vaincre. En étant membres de surpeuples qui survivent à la mort de constitution et du peuple ivoirien, ces Surivoiriens ressemblent à bien y regarder de près, aux Surhommes de Nietzsche, appelés à naître et à survivre à  la mort de Dieu. Les membres de ces surpeuples sont de ce fait des guerriers ; ils croient en la brutalité et en la violence. Cette dernière leur permet de détruire les anciennes illusions de la constitution et du peuple ivoirien, à propos de liberté, d’égalité, de bien, de justice, etc… Ils peuvent alors bâtir de nouvelles valeurs ou plutôt restaurer des valeurs anciennes. Il résulte de ce processus que les règles sont leurs désirs ou volontés malsaines ; désormais, ils constituent à eux seuls le peuple ivoirien, tous les moyens étant bons pour être les surivoiriens formant des surpeuples, etc…

Ainsi, inutile de parier sur le fait que les nouvelles valeurs ou plutôt restaurées qu’elles définissent ne peuvent avoir aucun caractère universel. Dans cette mesure où ces valeurs ne rassemblent pas ces surpeuples ainsi que leurs membres, où elles sont précisément les anti-valeurs à celles que promeut la constitution démocratique assassinée, elles ne peuvent avoir un caractère universel. Puisque tant qu’ils détiennent le pouvoir, la constitution est morte et avec elle le peuple ivoirien, la circonstance historique est celle de la réinvention des rapports politiques entre ivoiriens. A leur sens, cette réinvention ne pourra pas se faire sans rejeter la dualité initiale entre ce qui est constitutionnel et ce qui ne l’était pas. Cette dualité posait l’existence de deux types d’espaces relationnels entre ivoiriens : l’un, qui est celui de la conformité constitutionnelle, est celui des citoyens ivoiriens au sens civique aiguisé ; l’autre, qui est celui de l’abus constitutionnel, est celui des ennemis du peuple ivoirien et de l’existence d’une société ivoirienne en État de paix. Pour que l’abus génère et renforce le surpeuple, cette dualité devait être abattue ou plutôt inversée ou renversée. Pour ne laisser la place éminente qu’à un espace relationnel abusif, dans lequel toute relation entre ivoirien est déterminée par la Volonté de Puissance, en tant que la nouvelle morale, la dualité est inversée ainsi que l’ordre des nombres ou démocratique dont il résulte que la  minorité politique est désormais supérieure à la majorité politique.

Surgissement d’une nouvelle morale politique : La Volonté de puissance.

La volonté de puissance est l’ambition manifestée par nombre de dirigeants ivoiriens et les fractions partisanes du peuple ivoirien qui leur accordent leur confiance. La nouvelle morale politique, qui accompagnera les Surpeuples ivoiriens dans leurs conquêtes, est la Volonté de puissance.  A leurs yeux, c’est elle qui rendra désormais possible les grandes choses, et qui leur redonnera ainsi qu’à leurs membres leur potentiel créateur. Leurs membres pourront alors réduire leurs difficultés de vivre en manifestant un mépris non dissimulé pour les besoins identiques de leurs compatriotes. Depuis 2011, ce processus est en cours dans ce qui est connu sous le concept de “rattrapage ethnique”. Au sens de leurs membres et partisans, loin d’annoncer un dangers mortel commun, la mort de la constitution porte en elle un immense espoir : c’est celui d’une société ivoirienne nouvelle, dans laquelle vivent tels Surpeuples et leurs membres supérieurs à côté de tels autres Surpeuples et leurs membres médiocres. Elle recèle cependant un risque pour ces Surpeuples et leurs membres : celui de voir les ivoiriens non partisans résister, récuser et refuser l’avènement d’une telle société ivoirienne moribonde.

Pour se réaliser en tant que Surpeuples, ces derniers et leurs membres ne peuvent que devoir mépriser toutes les valeurs que tentaient d’incarner la constitution abattue : la morale politique démocratique qu’ils considèrent comme étant réactive, la réduction collective des difficultés de vivre et le bonheur collectif, la raison et le souci les uns des autres, la vertu, la justice, la compassion, etc…, toutes dispositions qui  lorsqu’elles sont exprimées rendent possible la société commune, ce qui est collectivement bien, beau, utile. Bref, ils ne peuvent que mépriser toute signification aux choses ne pouvant en acquérir une que collectivement. Les surpeuples devenus alors immanents, sont désormais la source de la morale, y compris politique, et non plus aucune règle. A quoi ressemble une telle morale ? Elle ressemble au Gai savoir, de Nietzsche, un savoir animé par une volonté affirmative et créatrice, qui veut connaître le réel tel qu’il est, avec sa part de hasard, de mal, d’imprévisible, d’absurde. Et cette nouvelle société ivoirienne, à partir ce fondement, peut alors être transformée : nul besoin de chercher dans la constitution une raison de décliner ce que ces surpeuples et leurs membres veulent et peuvent, mais en eux-mêmes à l’exclusion de toute autre source.

Selon ces Surpleuples, les valeurs combattues de la société prennent leur source dans la constitution ivoirienne, qu’il tiennent pour être la source d’une morale du ressentiment, une morale d’esclave, dont il faut qu’ils libèrent : leur morale politique sera une morale de leur libération. Opposant la “moralité du maître, puissant qui domine” à la “morale d’esclaves faibles qui sont dominés” (6), ils préfèrent la première. Elle est développée par les ivoiriens forts et libres constituant telle part puissante et libre du peuple, capables de définir eux-mêmes leur propre valeur et d’inventer leur propre définition de la société ivoirienne. Les esclaves ou dominés sont ceux qui héritent leurs valeurs de la constitution, incapables de prendre en main leur système moral et de leur valeur. Pour ces derniers, un système d’organisation sociopolitique qui améliore tous les ivoiriens et les conditions de leur existence en grandissant les ivoiriens, en les encourageant, en les anoblissant, en les rendant collectivement puissants, a la même signification et valeur qu’un système qui domestique certains parmi eux, qui les affaiblit, les décourage, les ramollit, les indigne, dès lors qu’améliorer peut recevoir selon eux tous ces sens. En conséquence, cette nouvelle morale ne laisse aucune place à la culpabilité et à la mauvaise conscience, qui constituent les deux traits majeurs de la morale d’esclaves. Non fondées désormais sur un sentiment de transgression morale et de la loi, culpabilité et mauvaise conscience doivent disparaître avec la mort de la constitution.

La culpabilité doit au contraire signifier, comme originellement, que la dette est due et que la punition est tout simplement une forme de garantie du remboursement de la dette contractée. Ils acceptent dès lors l’échange de violences. Telle partie partisane devenue Surpleuple accepte d’être coupable à travers ses actes impériaux, d’avoir contracté une dette envers telles autres qui les ont subis, qu’elle reconnaît et accepte de rembourser tôt ou tard. Sans plus nourrir de sentiment de mauvaise conscience, cette dernière de son côté ne peut plus agir comme une valeur inhibitrice. Se faisant, plus aucune mauvaise conscience ne déplace la violence potentielle des parties partisanes du peuple à l’égard des autres parties en violence contre elles-mêmes. La construction historique des notions de “bien”, de “mal”, de “cruel”, de “moral” est alors défaite, en abolissant une morale de la médiocrité, visant selon eux à empêcher les forts, les puissants et maîtres de devenir ce qu’ils sont, pour laisser place à une morale : la morale de la supériorité.

Une telle évolution de la société ivoirienne ne peut enchanter les ivoiriens raisonnables. Cela dit, les ivoiriens avares de leurs intérêts particuliers immédiats et certes sans meilleurs lendemain ont des motivations qui doivent être accueillies et respectées telles qu’elles sont. Collectivement, les ivoiriens doivent chercher à les comprendre, à identifier leur importance au nom de laquelle ils prennent de risque de faire de leurs compatriotes des ennemis à combattre plutôt qu’à mener ensemble une économie collective de réduction des difficultés communes de vivre. C’est de cette manière qu’il leur sera possible  d’identifier ensemble les voies de les prendre en compte dans les solutions communes à trouver. Sauf à s’engager dans la voie de la violence, ce n’est certainement pas en portant des accusations et en adoptant des postures de juges des actes les uns des autres que l’on parviendra à rétablir le lien qui doit assurer l’unité du peuple ivoirien. Avant d’en arriver à l’abord des sujets de divergences multiples, il convient d’abord d’accepter de discuter et non pas de se disputer. Discuter, c’est d’abord se reconnaître comme sujets engagés dans une interrelation ; c’est se respecter tels que nous nous mettons en rapport.

En définitive, cette société nouvelle et considérée comme étant meilleure alors qu’elle est loin de l’être par ses promoteurs est inacceptable. Les hommes ne sont pas différends des animaux si, vivant ensemble, ils échangent de la violence plutôt que leurs pensées et sentiments, aucune règle n’ordonne et ne régule leurs comportements et leurs actes, si enfin ce qui détermine des un aux autres est leur volonté de puissance ou la loi naturelle du plus fort à tel moment de leur existence. En choisissant de faire de la constitution et des valeurs communes les obstacles à surmonter le président Ouattara et ses partisans ont choisi d’imposer leur société, telle qu’ils l’imaginent et dans laquelle eux sont des surhommes.

Si les autres ivoiriens n’y prennent garde, plutôt de résister à l’avènement d’une telle société, ils perdront eux-mêmes leurs convictions pour épouser les leurs. Ils seront alors amenés à ne pas être différends d’eux en procédant pareillement à leurs pratiques. C’est ainsi l’éphémère Comité National de Transition a brièvement témoigné de la possibilité de cette bascule. Sur le terrain des horreurs où ils sont invités par le régime et ses partisans à se battre comme des carnivores autour de la constitution agonisante, les autres ivoiriens  doivent avoir la force de résister à la perte de tout ce qui les rend dignes d’être des hommes. Le meilleur moment venu, ils seront ceux qui ramèneront ces ivoiriens égarés dans l’histoire aux valeurs et seront à leurs côtés pour les accompagner pour retrouver leur humanité temporairement perdue sur l’autel de leurs intérêts particuliers immédiats mais dérisoires. Tout ce développement témoigne de ce que les ivoiriens ne sont accordés pas sur la souveraineté du peuple ivoirien et sur leur problème commun qu’ils doivent tenter de discerner. Voici pourquoi les bonnes volontés annoncées pour mettre fin à une telle société, lesquelles interviennent après des manifestations de volonté de puissance interrogent plus qu’elles ne constituent une espérance. L’expérience montre que des contre-feux font partie des arsenaux de lutte contre les incendies dévastatrices. Certes. Mais, en matière de violences dans les relations humaines, la contre-violence n’est pas une option valide au plan moral et de la dignité humaine. Même dans le pire des cas, une contre-violence qui ne vise pas à rendre possible la réalisation d’une volonté de vivre libres avec et pour les autres est gratuite mais en plus, elle n’a aucune valeur par rapport à celles qu’elle combat.

Contre La volonté de puissance, La volonté de vivre avec et pour tous les ivoiriens.

La nécessité et le devoir moral de rompre avec cette Côte d’Ivoire laide et inacceptable que le régime Ouattara impose est évidente et indiscutable. Il y a une raison au fait que nombre d’ivoiriens soutiennent et créditent telles formations politiques et leurs responsables de leur haute considération. Cette raison est la poursuite de leurs intérêts particuliers immédiats, souvent dérisoires. C’est à ce titre devenu impératif que le respect de la personne humaine n’est plus une exigence pour une multitude ivoiriens partisans. Quant à leur signification donnée à la société ivoirienne, elle a  mué en groupe communautaire ethnique. Ainsi, respect de la personne est devenue accessoire tandis que le périmètre de la société d’économie de vivre a connu un mouvement centripète, par la volonté de ceux des ivoiriens qui aspirent à bâtir une nouvelle société. Ainsi une partie du peuple ivoirien s’est mise de fait en situation de guerre avec une autre. Et la guère n’est pas un jeu social dont il résulte que les partenaires du jeu respectent scrupuleusement les règles. Dès l’instant qu’à leur sens la manière de vivre ensemble leur semble constituer une question d’être ou de ne pas être, que peuvent valoir leurs engagements mutuels et les règles qui les unissent si ce n’est rien ? Quand les parties du peuple et leurs membres refusent de considérer le bien de la communauté nationale en n’envisageant que leurs profits immédiats à tirer de la détention du pouvoir que valent alors les considération de république, de démocratie, de constitution et d’institutions républicaines ? Dès lors, on ne peut que craindre que leur projet ne soit moribond.

Subitement depuis 1990, des propos belliqueux de tels dirigeants ont suffi à exciter les populations, si peu habituées à juger par elle-mêmes du fondement des actes pour lesquels on les sollicite. Ainsi, des appels à la violence et à en dispenser n’ont eu aucune difficulté pour mettre en branle des ivoiriens devenus, plus que des partisans, des fanatiques. Des ivoiriens sont alors parvenus à un tel degré d’inhumanité qu’ils n’ont pas hésité à se vêtir comme des soldats pour tuer des compatriotes ou pour se faire tuer par eux. Quant à ceux qui se distinguent déjà par cette tenue, mais avaient la noble tâche de protéger le peuple ivoirien, ils ne manifestent plus aucune retenue à diriger les armes légères et lourdes contre ceux qu’ils doivent précisément défendre d’agressions extérieures. Devenus alors des êtres malfaisants, des ivoiriens ont accompli ainsi leurs buts méprisables et sont désormais prêts à continuer de procéder ainsi. La dignité de la personne humaine de chaque ivoirien est ainsi avilie par des postures de puissants et de barbares. A force de renforcer durablement la méfiance mutuelle en ivoiriens, elle prend le chemin de l’irréversibilité ; il y a par conséquent, des raisons de craindre l’écroulement de la société ivoirienne et sa fin tragique.

Mais, contrairement au futurologues de l’Apocalypse, nous croyons en un avenir meilleur de la société ivoirienne en laquelle nous espérons. La décadence morale actuelle rend compte néanmoins du combat des ivoiriens pour leur existence, pour ainsi dire de leurs passions de vivre. Dans cette période de décadence, une partie importante du peuple ivoirien a perdu la valeur accordée à la personne humaine et à son libre développement, ainsi que le sens de la société d’économie collective de réduction des difficultés communes de vivre. Cette décadence fait suite aussi à la croissance de la population et à l’inadéquation des ressources et à la faiblesse de la quantité de travail qui permet de les acquérir. Sans doute que le temps occupé à s’épier, à se préparer à s’affronter et celui consacré à se battre y a largement contribué. Malgré tout ce qui tend à faire d’une possibilité de sortie de cette crise durable une illusion, nous pensons qu’il est possible d’y mettre fin. Dès lors qu’une perspective politique permettra de sécuriser chaque ivoirien en ce qui l’éloigne de tels autres et que telle autre perspective de développement économique et social permettra aux ivoiriens d’envisager et de parvenir à satisfaire plus rapidement les besoins de la société, alors la société ivoirienne reposant sur des valeurs en lesquelles ses membres croient renaîtra.

Il convient en effet d’arrêter de vouloir lutter contre les effets du mal qui ronge la Côte d’Ivoire plutôt que de lutter contre sa racine. Ceux des ivoiriens qui aspirent à montrer la voie doivent refuser ce qui inacceptable. Cela veut dire être prêts à se laisser emprisonner en raison de ses pensées, à se laisser ruiner financièrement et à sacrifier ses intérêts personnels pour la possibilité d’une culture ivoirienne. Il ne s’agit pas d’user de l’artifice qui consiste à ne pas s’engager, mais d’essayer d’être irréprochables en manifestant un refus de ce qui n’est pas bien, juste, beau, etc… Ceux d’entre les ivoiriens, qui se disent intellectuels et/ou qui conduisent les masses ou encore ont une influence sur elles, manquent du minimum de courage pour être du côté de ce qui est bien, juste, beau, alors ils choisissent de ne pas mériter mieux que la condition d’esclaves qui leur est promis.

Avant que la société ne renaisse, la conscience d’une responsabilité individuelle de chaque ivoirien et de la responsabilité de la société ivoirienne, elle-même doit être une exigence commune. Il faut aux ivoiriens d’abord observer, tenter de comprendre et expliquer ce qui se joue quand les ivoiriens agissent comme ils procèdent. Ce sentiment de responsabilité morale vis-à-vis du peuple ivoirien doit être le devoir de chaque ivoirien envers la société ivoirienne entière, sauf pour ceux d’entre eux qui pensent être indépendants d’elle. Des ivoiriens qui se soustraient à son autorité et qui refusent absolument à se soumettre à ses prescriptions considèrent qu’ils sont indépendants d’elle. Cela dit, la société ivoirienne comme toute société humaine fait appel au sentiment inné de justice des ivoiriens pour l’observation des règles qu’elle  se donne. La difficulté est qu’aucun sentiment de justice n’est inné ; bref, il n’existe pas de sentiment inné de la justice. Voilà pourquoi des ivoiriens peuvent dans certaines circonstances ne pas vouloir observer les règles de la société. Et, se soustraire à l’autorité de la société toute entière, est certes une mauvaise réponse, mais une réponse néanmoins à un sentiment d’injustice éprouvé à l’égard de la justice de la société elle-même.

Malgré tout, que des ivoiriens agissent sous sa contrainte, ce qui n’est pas toujours heureux, mais peut atténuer leur responsabilité ou qu’ils se passent de sa contrainte, il demeure toujours une part irréductible de responsabilité propre de chaque ivoirien. Les choses sont claires ; la société ivoirienne entière est impuissante devant les sentiments de justice ou d’injustice des ivoiriens, déterminant leurs conduites vis-à-vis de ses règles. Puisque tel est le cas, il n’existe qu’une manière unique pour elle d’approcher une résolution de l’équation : d’abord, les ivoiriens ne doivent pas ruser avec leur sentiment de justice éprouvé en leur fort intérieur ; ensuite ce sentiment que les des ivoiriens éprouvent doit s’appuyer et s’équilibrer avec le sentiment de justice de la société toute entière, ce qui exige de partager leurs sentiments éprouvés de ce qui est juste. Faute de cela, la société ivoirienne risque d’évoluer durable vers celle dont on examine les premiers linéaments ci-après. Cela suppose que les analyses de leurs situations communes qu’ils vivent soient fondées sur l’exigence de quête de ce qui vrai et juste, bien et utile collectivement.

Nous ne voyons aucune possibilité que la compréhension mutuelle des ivoiriens progresse s’ils refusent de partager leurs joies et leurs souffrances. Dans le même temps, s’ils relèguent les considérations morales au dernier plan, quelle chance ont-ils dans l’histoire, qu’ils soient séparés ou unis par ce qui n’est pas bien, vrai, juste, beau. Si au lieu d’un amour commun pour tout cela, les ivoiriens préfèrent continuer à ruser avec leurs pensées et les sentiments qu’ils en éprouvent, alors cela signifie qu’ils ont choisi de ruser avec leurs esprits et leurs sentiments vrais. Rien ne pourra alors arrêter leur course collective folle vers l’abîme que constitue une société nouvelle et meilleure, mais fondée sur la morale de puissance, dont il résulte que les plus forts à telle période l’emportent sur tels autres. Mais cela, ce n’est pas vivre en hommes, mais comme des animaux.

Conclusion.

Les relations des membres de la société de Côte d’Ivoire puent depuis 1993. Cette fois, elles ont franchi le rubicond à savoir la digue qui liait jusque-là les ivoiriens ensemble en un peuple : la constitution. Si les ivoiriens de tous bords politiques n’y prennent garde, une nouvelle morale politique risque d’enraciner la société ivoirienne : la morale de puissance au terme de laquelle des ivoiriens veulent s’imposer à d’autres et les dominer en usant des moyens les plus détestables.

Aucun ivoirien ne peut être neutre face à la Côte d’Ivoire dégoûtante depuis 1993, sauf s’il veut leurrer les autres. La puanteur des modalités de leur vie ensemble insupporte tant les ivoiriens que la Côte d’Ivoire depuis cette date n’est pas celle à laque ils aspirent. Ils sont nombreux à ne plus l’accepter telle qu’est est depuis la mort de Félix Houphouët-Boigny, sans être néanmoins parvenus à la modifier durablement. On peut tout à fait dire que la manière de vivre ensemble des ivoiriens dans leur société depuis 1993 est dégoûtante, tant beaucoup de divergences les conduisent à s’éloigner toujours un peu plus les uns des autres. Devant ce qui est insupportable, ce qui n’est pas juste, bien, beau ni collectivement utile, à savoir ce qui ne fait pas vivre les hommes en société, l’acteur prend parti. Le neutre, s’il existe vraiment, est celui qui est sans doute lâche ou leurre les autres. « Quiconque n’est pas dégouté par ce qui est dégoutant est encore plus dégoutant que ce qui ne le dégoûte pas », (7) dit Me Jacques Mukonga Sefu, avocat au Barreau de Lubumbashi en République démocratique du Congo.

Cela étant, dit Amadou Hampaté Ba, « la véritable histoire ne saurait être élaborée ni par les seuls partisans inconditionnels d’une thèse – car ce seraient des panégyristes, à savoir ceux qui font l’éloge de leur thèse – ni par les seuls antagonistes – car ce sont les tracteurs naturels -, ni même par les neutres, car chacune de ces opérations ne peut être que partielle.» (8) Ainsi, ni le gouvernant qui exerce le pouvoir illégalement et illégitimement sur la société ivoirienne et ses partisans, ni l’opposition qui conteste leurs actes et ses partisans ne peuvent écrire seuls l’histoire de la Côte d’Ivoire. Il y a une raison simple à cela que souligne le sage. Si être neutres signifie pour ceux des ivoiriens qui prétendent l’être ne poursuivre aucune fin en adoptant cette position, alors abrégeons tout de suite ainsi : les neutres n’existent pas ; ces ivoiriens n’existent pas. Dans tous les cas, les neutres prétendus entre ces deux pôles, ceux qui peuvent déterminer seuls cette histoire, ni des incompris, à savoir ceux qui ne sont aucun des trois, ne disposent seuls du pouvoir de sa détermination. Ces derniers, croient en la possibilité d’une autre réalité. Dans la mesure où ils ne s’emploient pas à tirer profit de l’opposition aveugle des deux premiers pour faire être la société selon leur seule vision, ils peuvent alors les rapprocher pour aboutir à une synthèse et à une conciliation.

Dès lors, prendre parti, face à ce qui est dégoûtant, comme l’est la manière de vouloir vivre ensemble des ivoiriens ces trente dernières années, être acteur n’est pas nécessairement être pour l’un ou pour l’autre que leurs interactions produisent, mais être favorable à la situation qui ne le produit pas. Parce qu’un homme n’a pas à choisir entre entre les deux pôles qui produisent par leurs interactions ce qui est dégoûtant, un homme digne est favorable à une idée qui se rapproche le plus de la vérité, lorsqu’elle n’est pas au service d’un intérêt qui tire profit de l’opposition des deux premières. Cette vérité est ce qui amène à faire à vivre les ivoiriens en société en État de paix. Elle peut alors conduire à une autre réalité possible, dont les deux autres nient ou empêchent la possibilité de l’existence.

Face à cette difficulté, l’opposition commence par demander au peuple de s’abstenir d’exercer sa souveraineté en ne réagissant pas à ce qui m’insupporte ; puis, elle tente même d’empêcher que ceux de ses membres désireux de le faire ne puissent le faire. Et, pour finir, elle se proclame souverain à la place du peuple, en opposition à un autre souverain auto-proclamé qu’elle combat : le régime Ouattara. Enfin, tous les deux ont initié la négociation pour établir les conditions de la co-souveraineté sur la société, toujours sans le peuple ni ses représentants. Ainsi, le régime au pouvoir et son opposition sont d’accord au moins sur un point : le peuple n’est pas le souverain, telle a été la constante depuis 1993, indépendamment de ceux qui incarnent le gouvernant et l’opposition.

Dès lors, si être dans l’opposition ou pouvoir ou les soutenir,  c’est prendre parti pour elle ou pour lui, sans aucune réserve, et ruser avec sa raison souveraine, au point de faire de ce qui faux, mauvais, injuste, toxique collectivement, ce qui vrai, bien et utile collectivement, alors je me demande quels sont les acteurs qui prennent parti pour la république et le peuple souverain ivoirien et poursuivent la finalité commune de tenter de faire vivre ses membres ensemble ? Ceux-la ne sont ni neutres, ni les partisans du régime, ni les adorateurs de l’opposition. Ils sont probablement peut-être les chercheurs de la possibilité d’une existence différente de la société, des relations de ses membres et de leur équilibre. Face à ceux des ivoiriens prétendument supérieurs, qui ne cherchent qu’à en découdre pour faire de la violence le moyen pour parvenir à être souverain à la place du peuple ivoirien, les ivoiriens manifestant de la mesure ou tempérance doivent s’armer de leur dignité ; mais, elle ne suffira pas. Plus encore que leur dignité cependant nécessaire, il leur faudra faire preuve de bravoure pour leur faire reconnaître, accepter et respecter le peuple en tant que le souverain.

Il est incontestable que c’est lorsque le peuple sera reconnu et respecté comme tel que la société consistant en État de paix pourra se construire. Le peuple ivoirien fracassé est par terre. Le régime Ouattara et ses partisans pensent qu’ils sont forts, parce l’opposition ivoirienne n’est parvenu, ni à contester ses forfaits, ni à éclairer le peuple ivoirien pour le conduire à sa chute. Mais, dit Jacob, le fort n’est pas celui qui ne tombe jamais, mais celui qui tombe, se relève et continue de marcher. Le fait que le peuple ivoirien sera le plus fort et le plus glorieux n’est simplement qu’une question de temps et non pas de probabilité. Et, Confucius qui en savait quelque chose de la gloire énonçait : la plus grande gloire n’est pas de ne jamais tomber, mais de se relever à chaque chute. La  chute du peuple ivoirien et le risque de son éclatement ne sont pas un échec ; nous disons avec Socrate que son échec serait qu’il reste là où le régime Ouattara et ses partisans l’ont fait tomber et d’épouser ce qu’il conteste de leurs manières de faire. Rien de cela ne sera définitif, parce que le peuple ivoirien a une âme. Comme dit le psychiatre Boris Cyrunlick, “cette sorte de ressort invisible” finira par le conduire malgré lui à dépasser sa peur de la mort pour écouter sa pulsion de vivre libre, digne et souverain de tous affreux dirigeants. Parce qu’il sait qu’une poignée d’hommes ne peuvent avoir raison de toute l’humanité, ni de sa part ivoirienne en donnant à ce qui est faux, injuste, pas bien, pas beau, la même valeur que ce qui est vrai, juste, bien, beau.

Ceux des ivoiriens qui soutiennent l’insoutenable fausseté dont le régime Ouattara est le promoteur ont un raisonnement. Ce dernier épouse la considération du philosophe allemand Arthur Schopenhauer à propos du parlementarisme (9). Ils considèrent avec ce régime qu’il est indifférent de savoir s’il faut imposer une opinion à un troupeau d’ivoiriens ou si on lui en permet plusieurs. Leur argument se fonde d’abord sur un double constats. D’abord, ils observent le fait que leurs opinions à propos de la manière de vivre ensemble divergent des opinions des autres parties de la société. Ensuite, ils constatent le fait que leurs opinions et choix puissent être exprimés et présentées au peuple en même temps que l’opinion majoritaire ne changera pas leur devenir désiré. Ils en concluent que la possibilité de les exprimer et de les soumettre à tout le peuple n’empêchent pas qu’ils soient tenus à l’écart de la société ivoirienne. Bref, ils auront toujours tout le reste du peuple d’ivoiriens contre eux, à savoir une partie importante et majoritaire de ce peuple. Dès lors, ils ont opté pour la première voie, à savoir la voie de la force et de la violence : imposer leurs opinions et choix minoritaires pour inverser la réalité, en mettant à l’écart non pas la partie minoritaire mais en excluant la partie majoritaire du peuple. En ce sens, ils ont choisi l’option non démocratique par rapport à l’option démocratique qui, tous les deux n’empêchent cependant pas ce qu’ils mettent à l’écart de le demeurer. Ainsi, si les ivoiriens ne s’arrêtent pas à leurs passions, ils constateront que le dernier développement de la politique en Côte d’Ivoire les interroge : il leur pose la question du fondement moral, d’une part, de l’exclusion de la minorité par une démocratie régie par les seuls nombres et leur ordre, dont il résulte la mise à l’écart de la minorité et, d’autre part d’une démocratie pervertie dont il résulte que un tiers est devenu supérieur aux deux-tiers exclus. Les ivoiriens ne peuvent s’accorder sur aucun fondement moral qui puissent les unir. Dès lors, ils ne disposent d’aucun autre choix que de rejeter la démocratie pervertie aux conséquences incommensurables, mais aussi la démocratie uniquement arithmétique et fondée sur les seuls nombres et leur ordre qui déterminent à l’exclusion de la considération de celui non déterminant. Si la démocratie uniquement arithmétique n’est pas rejetée, elle produira la démocratie pervertie au terme de laquelle l’ordre des nombres s’inverse. La question fondamentale est comment parvenir, d’une part, à éviter d’imposer une opinion et un choix minoritaires au peuple, comme cela est le cas, ou à l’inverse, à éviter d’autre part, de lui proposer plusieurs opinions et choix en sachant à l’avance que celles minoritaires qui divergent des autres majoritaires seront tenus à l’écart en raison d’avoir toujours tout la majorité du peuple contre elles. C’est à cette réflexion que conduisent les crises successivement de ces trente dernières années et que la règle du nombre majoritaire en soi est impuissante à résoudre.

Le peuple ivoirien doit rechercher et trouver sa juste voie si elle ne veut pas favoriser l’avènement de Surivoiriens et de leurs Surpeuples au sein de la société ivoirienne. Le contexte international a permis l’élection Trump aux États-Unis. Depuis quatre années, avec ses partisans, et ceux qui les ont regardé faire, avares de leurs intérêts immédiats, ils ont anéanti et dilapidé en quatre petites années les efforts incommensurables de générations d’américains en ouvrant la boîte de Pandore de l’ego, individuel et collectif. Ils ont encouragé et favorisé les régimes iniques à travers le monde y compris en Afrique. Partout, les démocraties sont aux prises avec des Surhommes et peinent à réduire le terrorisme dont l’Afrique constitue désormais le territoire de son développement. La pandémie du Covi-19 va sans doute générer la plus grande rupture des États au plan politique et économique. Dans ce contexte terrifiant, les africains et les ivoiriens en particulier doivent enfin se décider avant d’être surpris comme dans le passé : avec qui veulent-ils constituer leur société d’économie collective de réduction de leurs difficultés communes de vivre et affronter l’adversité qui va se renforcer et se préciser ultérieurement ? A notre époque, les africains en particulier les ivoiriens, seront doublement responsables par rapport à leurs aïeux s’il arriva que l’avenir les surprenne. Le moment venu, nuls Surivoiriens ne seront assez puissants tous seuls pour y faire face tandis qu’il sera trop tard pour s’organiser ensemble et optimiser quelque puissance collective fondée sur la persistance de la méfiance mutuelle. De ce point de vue, la dérive de la société ivoirienne depuis 1993 qui vient de connaître une accélération brutale invite à chercher enfin à comprendre le sens des systèmes politiques à travers le monde, aussi divers que les peuples, dont ont résulté à titre d’exemples le principe de péréquation des grands électeurs comme aux Etats-Unis, le principe des Cantons suisses et le Comité de gouvernement à présidence rotative, les Fédérations, etc…

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(1) Boris Bajanov, “Bajanov révèle Staline”, Gallimard, coll. L’air du temps, 1979.

(2) Friedrich Nietzsche, “Le Gai Savoir”, (« La gaya scienza »), Œuvres complètes de Frédéric Nietzsche, vol. 8 – Traduit par Henri Albert, Paris, Société du Mercure de France, Paris,

(3) Aimé Koa Bi, Politique-Affaire : “Ils n’ont pour seul diplôme que leur extrait de naissance” – Bonaventure Kalou répond au président du conseil constitutionnel : “On n’est pas plus sage que le commun des mortels…”. https://www.actupeople.net/politique-affaire-ils-nont-pour-seul-diplome-que-leur-extrait-de-naissance-bonaventure-kalou-repond-au-president-du-conseil-constitutionnel-on-nest-pas-plus-sage-que-le-commun-des-morte/actualite/ak/

(4)  idem (3)

(5) idem (2), cité par : https://la-philosophie.com/gai-savoir-nietzsche

(6) https://la-philosophie.com/nietzsche-genealogie-de-la-morale

(7) Jacques Mukonga Sefu, ”La neutralité est-elle une forme de lâcheté ?” Discours prononcé à l’occasion du 33ème Congrès de la Conférence Internationale des Barreaux de tradition juridique commune (CIB) au Palais de Beaulieu de Lausanne en 2019

(8) A. Hampâté Bâ, cité par B.G. Zanklan d’après : “L’éclatement de la fédération du Mali : En réponse à Me Boubacar Gueye, Hampaté Bâ rectifie et précise ses souvenirs”, L’Arbre à palabres n°18 janvier 2006, Revue Le sens de l’histoire

(9) Arthur Schopenhauer, “Le Fondement de la morale”, Traduit par Auguste Burdeau, Éditeur : G. Baillière, 1879 195p

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