COTE D’IVOIRE 2020 (4/4) : Sens et non sens de l’argument fondant l’engagement, le choix et le soutien des ivoiriens.

Le moment arrive-t-il enfin ? Les faits sont certes têtus. Encore que ce qui s’est passé, tel que chacun pense qu’il l’a été ne suffit pas à le faire être, tel qu’il a véritablement été. Ce débat n’a que peu d’importance. Car, quoi qu’il ait été ou l’est encore, il vient un moment où un peuple … Ce temps vient, pour tous les ivoiriens, de vaincre ensemble les haines. Car, on peine à comprendre que certains parmi eux tolèrent ce sentiment qu’ils éprouvent à l’égard de ceux avec lesquels l’histoire les condamne à cheminer dans l’existence humaine, leurs compatriotes. Ils l’ont même adopté, sans manifester la moindre gène. Le temps est cependant venu pour tous de reprendre la marche des peuples dans l’histoire, là où les ivoiriens en ont abandonné la voie en 1993. C’est pourquoi, Il n’y a pas que les partisans de Laurent Gbagbo que sa libération doit intéresser, à défaut de s’en réjouir. Il n’est même pas nécessaire de l’être pour reconnaître simplement avec tous les autres que cela ne peut être qu’un moment décisif pour tous, comme les violences, les guerres et leurs conséquences l’ont constitué depuis 1993. Tout ivoirien digne, qui manifeste la volonté de mettre fin à l’impasse de trois dizaines d’années, ne peut être que concerné. Peut-être, est-ce, le jour qui marquera le début, quand tout un peuple se leva d’un même pas, qui est enfin arrivé. C’est à tous les ivoiriens de le faire advenir et de le faire être tel. A condition que ceux prétendant être raisonnables n’imitent pas ceux qu’ils pensent qu’ils ne sont pas.

Les ivoiriens raisonnables et ceux dont ils prétendent qu’ils ont perdu la raison.

Leur désir de justice et leur vanité ont conduit nombre d’ivoiriens au plus grand tort causé à tous : le développement de la haine mutuelle. Ces retrouvailles de tous les ivoiriens peuvent sans doute initier le moment où ils vont enfin pouvoir trancher leurs opposition et les dépasser. Car, c’est un fait que dans l’espace public commun ivoirien, chacun évoque la violence de l’autre dont il est victime. Soit. Néanmoins, celui qui dit qu’il est raisonnable ne peut continuer, à ôter son caleçon comme celui qu’il prétend qu’il a perdu la raison et à sa suite.

De ce point de vu, aucun candidat, quel qu’il soit aux prochaines élections de 2020, ne pourra rien apporter aux ivoiriens qui manquent de démontrer la raison qu’ils revendiquent dans leurs jugements et leurs attentes. Car, même le candidat ayant les meilleures intentions pour tous, qui a la plus robuste détermination pour les réaliser, ne peut que tenter de convaincre les ivoiriens qui rêvent de justice, d’équité et de progrès communs. Mais, il lui sera difficile de raisonner ceux qui désirent la revanche, face à l’injustice qu’ils peuvent à juste titre ressentir. Parce que ceux-là ni ne veulent, ni ne parlent de la justice. Pour lui, ce sera assurément une tâche incommensurable que de convaincre ceux qui s’opposent aux premiers. Parmi ceux-ci, les uns désirent profiter de l’impunité pour les forfaits dont ils savent avoir été les auteurs ou avoir soutenu, encouragé et protégé les auteurs. Les autres désirent la revanche, pour avoir d’une part payé et souffert de la justice rendue pour des forfaits semblables ou tout simplement, d’autre part pour avoir été victimes non reconnues par la justice. Pourtant, un autre chemin existe.

C’est la voie du rassemblement de tous les ivoiriens qui éprouvent de l’injustice et de tous ceux qui les reçoivent, reconnaissent et comprennent l’injustice qu’ils ressentent. Dès que l’on évoque la justice, on parle de faits, dont les uns sont des auteurs et dont les autres sont ceux qui en sont touchés. Cela dit, dans une circonstance de trois décennies de violence durable échangée et généralisée, ayant impliqué ou concerné de près ou de loin l’ensemble des ivoiriens, lequel d’entre eux a la légitimité pour rendre justice aux uns et aux autres et au nom de qui, pour qui et pour quelle finalité ? Qui la rendrait et au nom de qui, quand tous les ivoiriens sont acteurs des faits jugés ? Lequel d’entre eux est uniquement victime, sans avoir quelque culpabilité ou responsabilité dans tel ou tel forfait au détriment de tel autre ? Si les ivoiriens sont honnêtes et sincères avec eux-mêmes, ils reconnaîtront que s’ils s’en tenaient, en cette circonstance, à la quête de la justice, alors la rendre risque de produire d’autres injustices à corriger ultérieurement. On se rend compte, dans le drame ivoirien, que la volonté – si ce n’est le désir de juger certains ivoiriens, acteurs comme les autres – a produit d’autres conséquences sur l’esprit et les perceptions des hommes. Leurs sentiments indignes de l’homme qui les a conduit aux violences coproduites, mais jugées par une justice des vainqueurs, borgne comme un pirate, n’ont été que renforcés. Si la justice recherchée par ces volontés et désirs consistent à choisir ceux d’entre les ivoiriens, dont elle juge les faits reprochés après les avoir faits bourreaux, avant même d’avoir jugé les faits et tous les faits dont ils sont loin d’être les seuls acteurs, alors ce n’est pas de justice dont il s’agit. Ceux qui ont piétiné la règle fondamentale commune en 1993 n’ont-ils aucun tort ? Ceux qui ont accepté et manipulé ce piétinement pour parvenir au pouvoir en 2000 n’en n’ont-ils aucun ? Ceux qui se plaignent de ce que la même règle a été piétinée par des rebelles entre 2002 et 2011 sont-ils plus légitimes pour relever le tort de ces derniers quand eux acceptent de considérer qu’ils peuvent bâtir sur les fondements du déni de la règle ?

C’est pour toutes ces raisons que, que compte tenu des circonstances des faits jugés par les uns et les autres, la voie la moins risquée, hier mais aussi aujourd’hui, est celle que les ivoiriens empruntent ensemble. Dans cette voie, il leur faut temporairement dépasser la justice pour rechercher ensemble quelque chose, sans laquelle la justice elle-même ne peut avoir de réalité. Elle doit leur permettre de se retrouver dans la situation d’équilibre qu’ils recherchent tous. Au terme de la longue séquence de quête violente de justice de part et d’autre qui, aussitôt obtenue par les uns a produit un forfait au détriment d’autres comme ils le pensent, la coexistence des ivoiriens risque d’être durablement une suite de distensions dangereuses et irréversibles de leurs liens, générée et entretenue par la quête violente de justice dans ces conditions. C’est pourquoi, tous doivent marquer la volonté de dépasser temporairement la justice, comme les circonstances l’exigent, pour rechercher le rassemblement et la possibilité de l’unité et de la cohésion nationales. Tous les ivoiriens raisonnables peuvent, en manifestant leur raison, mettre en minorité tous les autres et, en agissant ainsi, souligner ce qui ressemble à une fuite en avant ou folie de leur part. Sont-ils plus raisonnables que tous autres ivoiriens, ceux d’entre eux qui évoquent la justice, en même temps qu’ils entendent la fouler à leurs pieds et en faire le support de leurs désirs d’impunité ou en faire l’étendard de leurs désirs de revanche ou alors la démonstration de détenir seuls la vérité ?

Dans cette voie, il semble évident que le plus grand mérite reviendra à ceux des ivoiriens, dont l’injustice subie ne sera que simplement reconnue par tous. Raisonnables et dignes, ils accepteront de faire don de sa correction, autre que sa simple reconnaissance qui rétablit leur dignité, au profit de l’unité nationale. Y a-t-il une plus grande dignité des hommes que de vaincre leur vanité et de léguer temporairement leurs droits à tous leurs contemporains pour contribuer à la continuité de la collectivité unique d’hommes de laquelle ils sont membres ? La justice que chacun recherche à juste titre, pourra peut-être alors et à l’avenir, être obtenue, non pas violemment, mais à travers la confiance mutuelle placée en eux-mêmes qui rendent justice et en la règle commune adoptée et reconnue par tous qui leur sert de référence. Il ne peut y avoir de justice pour ceux qui ne reconnaissent pas la règle, qui la piétinent ou qui acceptent qu’elle le soit. Il peut en avoir non plus pour ceux qui se méfient de ceux qui la rendent ou qui s’excluent de ceux au nom desquels elle est rendue ou encore, si elle en est une qu’à l’unique et définitive condition qu’elle soit rendue par eux-mêmes ou par ceux qu’ils agréent seuls.

Malgré tout, si les ivoiriens préféraient de droit ma foi, la justice des vainqueurs circonstanciels, comme l’histoire nous l’enseigne s’agissant des conflits entre États, ils doivent alors admettre qu’ils s’estiment être membres d’États-communautés opposés et en conflit. Dès lors, ils doivent aussi avoir conscience de reléguer, par voie de conséquence, l’État de Côte d’Ivoire à un simple espace dans lequel leurs conflit et oppositions se déroulent. Si telles étaient leurs pensées et leurs volontés, alors, on ne peut que les inviter à espérer que les vainqueurs circonstanciels de ce conflit parviennent à être suffisamment puissants et durablement pour imposer leur justice tout aussi durablement. Faute de quoi, la violence ne peut être mise en latence. Peut-être alors, la Côte d’Ivoire devrait se préparer à entrer durablement en dictature ou à demeurer dans l’impasse de la volonté de domination qui mène au cimetière des peuples disparus, sur le chemin de l’histoire des États et des peuples. La boucle de l’inconséquence collective des ivoiriens serait alors bouclée, puisqu’ils auront dès lors définitivement retourné leurs forces contre eux-mêmes. Cela dit, il y a de l’espoir.

Car, si les ivoiriens sont êtres émotionnels expliquant qu’ils aient pu trente années durant agi sur un fondement essentiellement psychologique, ils sont également raisonnables. On peut avoir confiance en eux, en leur capacité d’interrogation de ce qu’ils produisent et vivent depuis si longtemps et de discernement de leur intérêt existentiel commun, au milieu du chaos qu’ils génèrent ensemble en agissant ainsi depuis 1993. La même parole qui les as conduit sur cette voie, celle violente de la dispute, est la même qui les mènera à la discussion. De cette contradiction apaisée des verbes échangés, ils aboutiront à la voie commune de coexistence qu’ils désigneront par la même expression. Parce que si la parole peut être toxique, comme le peuple toltèque l’a si bien décrite, elle est aussi ce qui génère et rend possible la coexistence pour ensemble rechercher l’atténuation des difficultés communes de vivre. Eh bien parlons et discutons ! Mais, tenons nous à user de paroles qui défient les esprits, en même temps qu’elles les nourrissent pour les rendent meilleurs. De telles paroles ne peuvent que heurter le confort de la situation dans laquelle chacun pense détenir seul la vérité, en une matière où elle n’est, par convention, qu’après des débats et après l’accord des hommes de la considérer comme telle. Mais gardons-nous de paroles qui blessent, en tous cas, ayons cette intention et la volonté de la réaliser.

Ces dernières années, chaque ivoirien semble avoir identifié ses responsables politiques utiles et ceux qui lui paraissaient toxiques. Peu d’ivoiriens en tous cas peuvent s’exclure de ce constat. Et comme le point de vue de tels d’entre eux n’est pas supérieur à celui de tels autres, il est impossible de trancher cette question sinon qu’en se référent au vote majoritaire de celui qu’ils portent au pouvoir. Même cette solution est apparu inefficace à défaut de faire preuve d’un minimum de raison. Au delà du vote, la violence a constitué le seul moyen de départager tant de fureur et de passions exprimées. A procéder ainsi, et au regard des changements à chaque élection, tous les responsables sont par conséquent susceptibles d’être considérés comme étant utiles ou toxiques. Pourtant, il arriva que l’opinion majoritaire des ivoiriens est de considérer que les hommes politiques leur sont toxiques et nuisibles, à défaut de leur être utiles. Bref, le politicien n’a pas bonne presse, comme on dit. Mais, un petit détail nous invite à interroger les ivoiriens eux-mêmes.

En effet, chacun peut observer leur soutien massif, sans réserve à la personne de tel ou tel responsable politique et encore moins aux idées qu’il ne développe que rarement pour la plupart d’entre eux. Celui qui est finalement fait responsable politique de poids, sans avoir vendu la moindre idée, ni avoir convaincus ceux qui lui assurent sa position, en échange de quoi cela est-il possible ? C’est en recherchant le quoi que l’on parvient à s’engager dans une voie d’analyse qui souligne, non pas la grande responsabilité du peuple dans la manière d’agir des responsables politiques qu’il se choisit, mais une grande partie de sa source. Cette grande implication de sa part peut être approchée dans ses attentes qui expliquent nombre de récriminations à leur égard. Le silence et le soutien du peuple, s’agissant de le laisser agir, dans l’ignorance des règles communes – si ce n’est leur piétinement – en dit plus que le réflexe consistant à pointer tel ou responsable politique, comme s’il disposerait de la force de faire ce qui lui est reproché sans la grande masse de ceux qui le soutiennent. Évidemment, pour un gouvernant, ayant l’intention de servir la communauté nationale, ce soutien ne le dédouane guère de sa responsabilité dans tels ou tels écarts qu’il leur reproche, ni de celle de manquer de l’exercer dans telles ou telles autres.

Nous examinerons ultérieurement la nature de la relation du peuple et des responsables politiques qu’il se choisit. Sans doute qu’une explication des circonstances concrètes de la coexistence et de tout ce qui est reproché à tel ou tel responsable politique peut y être trouvée. Peut-être, devrions-nous à la suite de cet examen revoir les parts respectives de responsabilités. Dans l’immédiat, il s’agit d’approcher la vérité que nombre d’ivoiriens pensent être les seuls à détenir, s’agissant de ce qu’ils produisent collectivement.

La vérité, entre les voies partisanes, antagonistes et neutres.

Les ivoiriens ont sans aucun doute raison d’exprimer leurs points de vue concernant leurs relations de coexistence. Ces points de vue peuvent même s’opposer, parce que chacun d’eux ne constitue pas en soi la vérité pour celui auquel on l’oppose. C’est pourquoi, c’est dans le dépassement de leurs divergences qu’ils peuvent parvenir à la vérité que les uns et les autres reçoivent et acceptent comme telle. L’observateur attentif de l’existence ordinaire en tire l’axiome suivant : “Si les pieds et les mains du tisserand ne se contredisaient pas dans leurs mouvements, jamais la bande de tissu ne naîtrait. Et, si la bande de tissu n’était née, les hommes marcheraient nus. De même si les hommes tombaient toujours d’accord, ils cesseraient de se mouvoir et d’agir, donc de produire et de progresser. Ce serait, finalement, leur mort culturelle.” (1) Ainsi, la contradiction génère la vérité, ce qui est collectivement utile. La question est alors de savoir de quelle manière, à partir de la contradiction, les hommes peuvent-ils parvenir à la vérité, à ce qui est utile à leur coexistence et n’aboutit pas comme son absence, à “la mort culturelle”.

Le tisserand, la contradiction de ses mains et de ses pieds et le tissu.

Selon Amadou Hampâté Bâ, de la discussion jaillit la lumière. Eh bien, discutons, invite-il  les hommes à discuter ! Discutons dur même, s’il le faut, mais ne nous disputons pas, car c’est cela qui est mortel, dit-il. La véritable histoire ne saurait être élaborée ni par les seuls partisans inconditionnels d’une thèse – car ce seraient des panégyristes, à savoir ceux qui font l’éloge de leur thèse – ni par les seuls antagonistes – car ce sont les tracteurs naturels -, ni même par les neutres, qui le sont rarement. Car chacune de ces opérations ne peut être que partielle. Pour approcher au plus près de la vérité historique, du long drame de plus de trente ans des ivoiriens, il leur faut le témoignage des trois à la fois. Et, que chaque ivoirien rapporte ce qu’il a vécu, qu’il expose ce qu’il reproche aux autres et ses raisons de leur en vouloir. Peut-être que les torts de tels et tels ivoiriens pourront enfin trouver une oreille attentive et être reconnus. Peut-être même, découvrirons-nous que tous les ivoiriens ont leurs raisons de s’en vouloir mutuellement. Mais, ces raisons peuvent-elles suffire si elle conduisent les ivoiriens à coexister durablement en s’en voulant mutuellement ?

La quête de la vérité à propos de ce qui est passé et de ce qui se passe encore est du même ordre que celle concernant les progrès de l’existence à réaliser ensemble. La voie de la vérité historique est de même nature que la voie du progrès commun. Elle n’est pas celle envisagée puis élaborée et proposée par ses seuls partisans, bien qu’ils en fassent l’éloge ou exagèrent sa meilleure pertinence et son efficacité collective. Elle n’est pas non plus uniquement celle suggérée et défendue par ceux qui s’opposent à elle. Parce que comme elle, cette voie contradictoire souffre de ses excès, en raison d’une croyance inconditionnelle en elle. Enfin, elle ne saurait même être la troisième voie. Défendue certes avec mesure peut-être par des parties dites neutres, mais qui ne peuvent totalement l’être, elle ne peut par conséquent l’être. Ainsi, la voie du progrès commun, à savoir celle qui sera vraie, est celle qui rassemble le plus grand nombre d’ivoiriens : c’est celle qu’ils élaborent et choisissent ensemble d’arpenter, en considérant les témoignages et propositions émanant des partisans de telle voie, de ceux qui opposent la leur et enfin des neutres auto-proclamés, qui en évitant de s’opposer à l’une et à l’autre tentent pourtant de faire de la leur la véritable voie.

Pourtant, au cours de ces trois décennies, la réalité est qu’au lieu de discuter des voies qu’ils proposent, les ivoiriens ont choisi de se disputer violemment. Leur finalité consiste à détenir le pouvoir d’État, collectivement représenté, pour engager tous les ivoiriens dans leur voie qu’il refuse de soumettre à la discussion en vue de permettre à tous les ivoiriens d’exercer leur liberté : choisir. Par conséquent, la discussion n’est pas la voie qu’ils ont choisie. Ce n’est pas tant qu’ils ignorent le rôle déterminant de la parole et de la discussion. Ils savent que la discussion n’est d’aucune utilité, dès lors qu’il s’agit de défendre des intérêts particuliers à satisfaire et attendu par les parties supportrices du peuple. Ne discute-t-on pas pour dégager une vérité (convenue), et pour réaliser l’accord en ce qu’elle l’est, si bien que les parties la reconnaissent comme telle ? Cette vérité, c’est l’intérêt commun. On ne discute pas sans l’idée de vérité susceptible de recevoir l’accord des parties. La discussion aboutit à une convention (l’intérêt général) quand la dispute mène à la prétention de la vérité (l’intérêt particulier). A la suite de s’être disputés ces dernières, il semble qu’ils veulent continuer à le faire, après une pause qui n’a servi qu’à reconstituer les ressources pour le faire.

Depuis quelques temps, les mots clés qui alimentent leurs disputes sont victimes et injustice. A travers ces deux vocables, les uns et les autres veulent établir, sans aucune convention, la vérité d’une histoire dramatique à laquelle peu d’ivoiriens ont échappé comme auteurs. Ils procèdent exactement comme lorsqu’il s’agit de définir la voie commune de l’existence collective. Encore une fois, seule la discussion permet d’y parvenir. Pour avoir eu la prétention de la vérité non conventionnelle, pour avoir manqué de faire confiance à la voie conventionnelle, pour être dépourvus de la force nécessaire pour le contraire, des responsables politiques ont agi comme des enfants un peu trop obéissants. De même que ces derniers contemplent leurs parents, parfois même tyrans, des dirigeants de la Côte d’Ivoire ont contemplé ceux qui les ont porté au pouvoir, jusqu’à servir leurs désirs d’être finalement bourreaux de la Côte d’Ivoire et de tous les ivoiriens. Ainsi, aborder les contributions de tel ou tel responsable politique, c’est traiter de la manière dont les ivoiriens se sont eux-mêmes violentés. Si les ivoiriens sont victimes, ils sont leurs propres bourreaux, sans doute.

Tel dirigeant est-il meilleur par ce que tels autres ne le sont pas ?

Approcher la vérité ne consiste pas à qualifier en opposant ce que l’on disqualifie. Du même point de vue, tel dirigeant peut-il être celui susceptible d’être utile à la Côte d’Ivoire et à tous les ivoiriens par le seul fait que tels autres sont disqualifiés ? Voici la question à laquelle chaque ivoirien doit répondre, raisonnablement.

En effet, des élections interviendront dans deux ans à peine. Sans doute qu’avant même le premier tour en octobre 2020, nombre d’ivoiriens ont déjà leurs champions. Ils sont les partisans inconditionnels de ce qu’ils pensent être la meilleure voie. Pour eux, c’est le meilleur gouvernant que la Côte d’Ivoire puisse avoir parmi tous les prétendants. Malgré leur conviction de partisans, érigée en vérité, on ne peut que les inviter à entendre l’avis et à considérer le témoignage des antagonistes et des neutres, au sujet de leurs préférences avant de s’engager définitivement. C’est dans cette contradiction que se situe sans doute la vérité : le fait évident qu’il y a probablement aucun prétendant qui ait cette qualité, si l’on considère le fait que tous les ivoiriens ont contribué de près ou de loin au drame et qu’il en existe peu qui soient légitimes pour apparaître, sur la base de ce drame, comme ceux qui vont remettre le pays sur le chemin du progrès commun. Comme la vérité du meilleur gouvernant n’est ni totalement celle pour laquelle ils sont engagés, ni celles qui lui sont opposées, ni même celles qui se couvrent de neutralité, ils pourront alors renforcer leur raison d’être engagés pour elle ou en changer. Peut-être même qu’ils reconsidéreront les bases de leurs jugements.

Alassane Ouattara est-il le gouvernant qu’il faut à tous les ivoiriens ?

Avant d’être aujourd’hui les gouvernants de la Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara et les partisans de son leadership et d’une voie dont il n’a pas entretenu les ivoiriens se sont plaints d’avoir été victimes dans le long drame ivoirien. D’abord Konan Bédié et des siens à partir de 1993 et peut-être même avant, puis Laurent Gbagbo et les siens de 2000 à 2011 ont paru constituer leurs bourreaux. Ainsi, refusant leurs agressions, c’est pour y mettre fin que leurs actions diurnes et nocturnes combinées ont contribué, peut-être, au coup d’État de 1999 et effectivement conduit à celui de 2002 auquel ont succédé les guerres entre 2002 et 2011. Détenir le pouvoir constituait le seul moyen efficace.

L’objet de leur refus et révolte initiale n’était autre que la tentative, perçue de la part des premiers, d’exclure les populations du nord de la Côte d’Ivoire de la citoyenneté. L’alliance avec le FPI de Laurent Gbago avait pour but de mettre en minorité Bédié et le PDCI. Sans que l’on puisse affirmer qu’elle ait produit le coup d’État de 1999. A défaut de preuves, on peut cependant relever que cette alliance de circonstance a contribué à élargir la base de son acceptation par des ivoiriens, fatigués et souffrants d’un concept dangereux : “ivoirité”. Ensuite, la révolte s’est doublée d’un sentiment de revanche de celui dont  le flair politique moribond, digne de la mystification, lui permit de leur soutirer le pouvoir si convoité : Laurent Gbagbo, connu ultérieurement sous la désignation “Le boulanger d’Abidjan” pour ses talents en matière de tromperie et de mystification. Quand on est prêt, comme ils étaient à faire payer le prix fort aux ivoiriens pour le détenir, à partir de 2000, ils pouvaient encore moins accepter que celui qui était, de leur point de vue, pire de Konan Bédié, exerça tranquillement le pouvoir qui leur revenait. L’alliance avec le PDCI de Konan Bédié, à partir de 2005, visait le même objectif : mettre en minorité Laurent Gbagbo et le FPI pour favoriser leur victoire dans les urnes. La victoire que chacun d’eux espérait a été cependant été révisée par les deux alliés en co-victoire à la suite d’un premier tour indécis, qui témoignait globalement de la fracture communautaire. La suite, chaque ivoirien la connaît. Alassane Ouattara, Konan Bédié et Soro Guillaume ont co-gouverné le pays de 2011 à 2018 avant que leurs désirs de détention du pouvoir ne les séparent à nouveau et ne modifient leurs alliances.

Quel est le progrès de la communauté nationale d’économie collective que l’on puisse leur attribué, au crépuscule de l’alliance RHDP, d’une décennie de “Ado solutions” et au lendemain du RHDP parti unifié, du fracas des ruptures d’alliances ? En étant leader d’une nouvelle alliance, Alassane Ouattara et ses soutiens peuvent-ils continuer à être les gouvernants d’un pays ivre, sur la seule base d’une compétence économique dont il en a dilapidé le capital de confiance qu’on lui accordait ? Le peuvent-ils en ayant démontré une incapacité à incarner le peuple de Côte d’Ivoire, dont il pointait le fractionnement par les autres, quand aussitôt le pouvoir pris et détenu, son premier acte d’autorité a consisté à en jeter une partie en prison ? Le peuvent-ils quand ils n’ont su faire la bonne lecture du passé récent et apprendre de lui, écouter et entendre ce les ivoiriens pensent et disent et enfin les respecter, ainsi que la loi qui les unit ? Seuls les ivoiriens peuvent répondre à ces questions. Ils considéreront sans doute, non pas le passé, mais ce qu’ils leur proposent pour l’avenir et leur confiance en leur capacité à changer, qui les renverra cependant à ce qu’ils n’ont guère réalisé (la cohésion nationale) en une dizaine d’années de détention du pouvoir, sans trop de violence, comparés à leurs prédécesseurs.

Konan Bédié est-il le gouvernant qu’il faut à tous les ivoiriens ?

Connu comme le porteur de l'”ivoirité”, Konan Bédié n’a pas trouver une meilleure risposte à l’adversité politique entre 1990 et 1999 qu’un concept, adossé à ce qu’il y a de plus morbide en les hommes. Avant de s’allier en 2005 à Alassane Ouattara -“cet étranger qui ne pouvait lui disputer le pouvoir” en 1993 – pour arracher le pouvoir en 2011 à Laurent Gbagbo et l’exercer ensemble jusqu’en 2018, Konan Bédié et ses supporters se considéraient eux aussi comme des victimes des deux autres cités en 1999, voire même fomenteurs du coup d’État. Certes, l’ordre constitutionnel ivoirien a été piétiné et contesté par des gens désireux de détenir le pouvoir en 1993. Mais, on ne voit pas bien comment lui et ses partisans sont les seuls victimes, à la place et à l’exclusion du peuple de Côte d’Ivoire, bafoué en ce qui le constitue (la constitution), mais qui a cependant accepté et applaudi de l’être. Bref, poursuivons. A cette époque, ayant manifesté la volonté de définir tous seuls ce que sont la Côte d’Ivoire et les ivoiriens, ils ne comprenaient pas que ceux qu’ils considéraient comme des étrangers s’opposèrent à eux. Pour combattre Laurent Gbagbo ensemble avec Alassane Ouattara, cette considération n’a pas pesé lourd. Quand est venu le moment de choisir de s’allier au second, pourtant et selon eux, l’archétype même de l’étranger dont ils affirmaient naguère qu’il ne pouvait leur disputer le pouvoir que les ivoiriens représentent collectivement, cette conviction avait disparu. Sans aucun doute, être proche du pouvoir et reconstituer leurs forces amenuisées par leur exclusion violente du pouvoir en 1999, a justifié leur choix. Les sages disent que lorsque le chien est affamé, il finit par manger son collier en cuir.

Reconquérir le pouvoir a toujours guidé leurs choix. Ils sont tant persuadés d’être les plus légitimes à l’exercer si bien que faire une alliance avec ceux que hier encore, ils considéraient qu’ils étaient des étrangers n’a constitué que le moyen de tenter de parvenir à leur fin. Car, franchement, qui peut énoncer que cette considération ait disparue de leur esprit par le seul fait d’une alliance de circonstance, alors même qu’elle n’a nullement constitué l’occasion de débattre de ce désaccord profond ? Quand on a co-dirigé ce pays depuis 2011, on ne peut qu’être comptables et co-responsable des résultats produits par le co-exercice du pouvoir sur cette période. Le désaccord récent à l’approche de 2020 peut-il faire de Konan Bédié et du PDCI des opposants authentiques et crédibles pour exercer à nouveau un pouvoir qu’ils ont co-exercé jusqu’en 2018, sans que leur volonté commune soient de rassembler les ivoiriens mais de co-exercer le pouvoir et d’en assurer le leadership tour à tour ? La aussi, seuls les ivoiriens peuvent répondre à cette question sur la base des mêmes considérations.

Laurent Gbagbo est-il le gouvernant qu’il faut à tous les ivoiriens ?

Quant à Laurent Gbagbo et les siens, ils ne disent pas moins. Selon eux, ils sont victimes de la violence de Alassane Ouattara et de ses partisans depuis 2002, du vol de leur victoire électorale en 2010 et comble de tout, de la privation de leur liberté à la suite de la guerre qu’ils n’ont gagnée qu’avec l’aide de la France. Selon eux, ils ont même été victimes de la violence du monde et de la France auquel il a lui-même permis de se mêler des affaires entre des ivoiriens. Mais, avant de l’être, n’étaient-ils pas les meilleurs alliés avec Alassane Ouattara, dans le cadre du front républicain des années 94, contre Konan Bédié et ses soutiens, jusqu’au lendemain du coup d’État de 1999 ? Qu’est-ce qui s’est passé pour qu’ils deviennent les meilleurs ennemis à partir de 2000, que de nombreux ivoiriens perdent leur vie dont le général Robert Gueï, indésirable après avoir “balayé” en 1999 le pouvoir de Konan Bédié dont l’éviction a justifié leur alliance ? Le désir de détenir le pouvoir pour ceux pour lesquels ils se battaient peut sans aucun doute être évoqué. Ce désir qui a justifié que Alassane Ouattara s’oppose à la règle générale est de même nature que celui qui a conduit Konan Bédié au manque de discernement qui l’a égaré. C’est également le même qui a conduit Laurent Gbagbo à ne tirer aucune leçon de l’expérience toxique du premier pour tous les ivoiriens. Au contraire, il semble avoir traduit et développé un concept qui a fait l’infortune de son prédécesseur.

Franchement, les ivoiriens qui traitent Laurent Gbagbo et ses supporters de victimes détiennent-ils plus la vérité que ceux qui se réclament d’Alassane Ouattara, qui ont fait des années durant de la persécution de Bédié et de Gbagbo leur font de commerce politique ? Le sont-ils par rapport à tous les Bédié-dépendants qui ont tout perdu à la faveur d’un coup d’État de 1999 dont l’histoire nous éclairera peut-être le rôle joué par les anciens alliés que sont Alassane Ouattara et Laurent Gbagbo ? Le sont-ils par le seul fait que certains d’entre eux ont souffert de la justice des vainqueurs ? Par ailleurs, sauf à reporter la responsabilité de l’impasse ivoirienne sur les adversaires politiques, qu’a apporté la gouvernance de Laurent Gbagbo à la Côte d’Ivoire ? Favoriser un poids plus important de la chose spirituelle, à travers la grande pénétration de l’église protestante, par celui qui se définissait hier encore comme un vrai républicain constitue-t-il une réponse recevable pour les ivoiriens ? Le fait essentiel est que si le républicain Houphouët-Boigny a été un bâtisseur d’églises, le républicain Laurent Gbagbo a eu des pratiques proches de celles d’un prédicateur évangélique.

Avec la fin proche du procès de la CPI à la Haye et l’acquittement définitif probable qui se profile à l’horizon, le débat entre les protagonistes semble reprendre de la vigueur. Pour les uns Alassane Ouattara, est un fossoyeur de la Côte d’Ivoire et de l’Afrique quand Laurent Gbagbo est érigé en grand défenseur, victime. Pour leurs contradicteurs, disons même, ceux avec lesquels ils se disputent depuis si longtemps, Laurent Gbagbo est loin d’être le défenseur de l’Afrique allégué par ses supporters. Il est même, selon eux, responsable de tant de morts ordonnés, quand Alassane Ouattara et les leurs sont vierges de tout crime, n’admettant sur le bout de la langue que des effets collatéraux non désirés de leur quête de justice. La libération définitive probable de Gbagbo et Blé Goudé, signifierait-il pour autant qu’ils sont des victimes d’une erreur judiciaire internationale ? On peut l’affirmer en droit, si tant est que ces ivoiriens reconnaissent tout autre droit que celui qu’ils édictent, comme ceux qui contestent la justice qui les a jugés et qui pourraient reconnaître leur innocence. Mais, en politique, certains ivoiriens voudraient pouvoir continuer à contester ce caractère et continuer à faire d’eux des bourreaux. On se demande alors, sur quoi les uns et les autres fondent-ils leurs notions de coupables-responsables et de non coupables, accusés à tort donc victimes d’une erreur judiciaire. Des accusés à raison ou à tort, qui n’ont jamais été inquiétés par quelque justice, encore moins internationale peuvent-ils se prévaloir de non culpabilité, autant que Laurent Gbagbo ? Il y a à l’évidence des vainqueurs. D’une part, les vainqueurs, du point de vue de la liberté. Ils ont accusé et occasionné la privation de liberté sans que leur erreur ne soit compensée au profit des accusés à tort, à l’issue du procès. D’autre part les vainqueurs du point de vue de l’honneur et de la dignité ; ce sont ceux qui ressortent non coupables du procès, en ayant été cependant privés de liberté à tort de la brutalité de ceux qui, en plus de juger avant la justice, entendent y échapper. La seule manière d’équilibrer les gains et les pertes est que la justice considère et étudient toutes les accusations, de sorte que les gains puissent être étalonnés sur les deux domaines : liberté et dignité. Mais est-ce la meilleure voie pour tous les ivoiriens pour mettre fin à trois décennie de violence collective ?

Guillaume Soro est-il le gouvernant qu’il faut à tous les ivoirien ?

Soro Guillaume (avec les siens) se plaint du manque de reconnaissance de Alassane Ouattara et de ses partisans. Ils considère avoir arraché le pouvoir à Laurent Gbagbo avant de le leur donner. Il a une si grande idée de lui-même et de son œuvre, qu’il affirme avoir sacrifié sa jeunesse et ses études à ré-établir la démocratie au profit des ivoiriens. Ainsi, pour lui, sa contribution au drame de trente ans en particulier, ne laisse aucun  doute sur son intérêt procuré aux ivoiriens. Ayant anticipé ce manque de reconnaissance et s’offusquant de ce que ces derniers ne le lui remettent pas en retour, après 10 années d’exercice du pouvoir par leur mentor commun, il a multiplié les initiatives pour apparaître à la fois comme leur victime et comme le conciliateur que les ivoiriens ne semblent pourtant pas attendre. Il se présente aussi comme la victime de la gouvernance de Houphouët-Boigny pour avoir été emprisonné en tant que leader de la Fédération estudiantine de Côte d’Ivoire (FESCI) dans les années 90, alors qu’il tentait de ré-établir la démocratie. On se demande depuis quand la démocratie existe en Côte d’Ivoire, depuis quand elle a été éclipsée, au point qu’il a consacré sa jeunesse à la ré-établir  ?

Mais, franchement, qu’a-t-il procuré à la Côte d’Ivoire avec ses supporters ? L’histoire retient à cette heure, qu’il a successivement servi, d’abord Laurent Gbagbo, dans ses activités politico-subversives poste chute du Mur de Berlin et dans le contexte de mutltipartisme, puis Alassane Ouattara, dans leur conquête violente du pouvoir. Ce serait étonnant que l’histoire rendît compte ultérieurement qu’il ait été éloigné du coup d’État de 1999. Ayant conscience de sa position fragile, il a multiplié les actes du politicien, au sens politicien du terme : maintien d’une alliance bancale qui ne tenait plus qu’à un fil avec Alassane Ouattara, tentatives de réconciliation/rapprochement avec Konan Bédié, tentatives de réconciliation avec Laurent Gbagbo et finalement rupture avec le premier cité en ce début d’année 2019. Quoi qu’il en soit, ce que lui-même ne conteste pas, c’est son rôle éminent dans la violence qui caractérisé l’histoire du pays entre 2002 et 2011. C’est pourquoi, la question de savoir ce qu’il a procuré aux ivoiriens collectivement reste posé, malgré la haute idée qu’il a de sa contribution et de sa finalité.

Kablan Duncan, Mamadou Koulibaly, Affi N’Guessan et tous les autres sont-ils les gouvernants qu’il faut à tous les ivoiriens ?

Pour être tout à fait complet et avant de clore l’évocation de ces personnalités que les un et autres ivoiriens s’opposent mutuellement comme étant la vérité du gouvernant qu’il faut à la Côte d’Ivoire, nous donnons raison à l’avance à tous les ivoiriens qui pensent qu’on pourrait introduire d’autres acteurs. Ils sont moins luisants. Certes. Mais, dans la pénombre de cette longue histoire chaotique, ils ont rendu possible telle ou telle accélération, tel ou tel ralentissement, contribué à telle ou telle félonie, passant d’un côté puis de l’autre de la lignes d’affrontements, pour être certains que l’issue des disputes les épargne de toutes souffrances. Certains d’entre eux ont fait le tour de force d’être de toutes les parties à la fois ou successivement, mais n’apparaissant jamais au premier plan et paraissant ne jamais assumer aucun de leurs choix circonstanciels.

Le plus illustre de ces acteurs, c’est sans aucun doute, Daniel Kablan Ducan. Il a traversé ce chaos, en en sortant sans la moindre égratignure ni aspérité, sans que les ivoiriens sachent aucune opinion de lui, ni connaissent aucun acte qu’il ait posé. Pourtant, il a toujours joué les premiers rôles, en se faisant si petit afin que les ivoiriens ne remarquent pas sa discrète mais grande contribution au drame. On pourrait presque prévoir qu’au milieu du chaos, des hommes comme lui peuvent être de tous bords en confrontation tant que leurs intérêts personnels poursuivis sont préservés. Peut-être, espère-t-il prendre le pouvoir sans avoir mené au grand jour aucune bataille de conviction politique personnelle connue des ivoiriens, encore moins pour convaincre une majorité d’entre eux. Dans ces conditions, qu’est-ce qui peut faire d’un tel responsable politique, le meilleur dirigeant qu’il faut à la Côte d’Ivoire ? Et, que peuvent espérer les ivoiriens d’hommes qui peuvent être de part et d’autre et de tous fronts politiques et de guerres à la fois, dans l’unique but de réaliser leurs intérêts personnels ? Les hommes ne se limitent pas à leurs choix ni à leurs comportements à un moment donné, mais quand même, la question se pose.

Mamadou Koulibaly et Pascal Affi N’Guessan font partie de ces esprits qui peuvent être acteurs et contributeurs du pire, en tentant d’apparaître comme neufs. Car, s’il arriva que quelques ivoiriens puissent dire qu’ils n’ont joué aucun rôle dans le drame ivoirien, au minimum, ils ont été complices passifs de certains de ceux qui étaient impliqués sinon témoins privilégiés de sa survenue, de son développement, en apparaissant n’y avoir aucune responsabilité. C’est pourquoi, il faut l’affirmer ici : ils ne sont pas, pas plus que ceux qui précèdent, des Acteurs Politiques Non Identifiés ou Nouveaux (APNIN).

Membre du FPI, et au titre de ce parti, Mamadou Koulibaly a été ministre chargé du budget dans le gouvernement de transition en 2000 sous la présidence de Robert Guéï, à la suite du coup d’État de 1999. Dans la foulée de la victoire électorale et “sanglante” de 2000, il a été ministre de l’Économie et des Finances dans le premier gouvernement de la 2ème République de Laurent Gbagbo, dont il était le porte-parole. Son élection en tant que député de Koumassi (commune d’Abidjan) en 2000, il est élu par une majorité de ses paires FPIstes président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire en janvier 2001, fonction qu’il exercera pendant plus de 10 ans, jusqu’en 2011, au moment de la victoire toute aussi “sanglante” d’Alassane Ouattar. Enfin, président par intérim pour quelques mois du Front populaire ivoirien à l’issue de la crise post électorale de 2011, des divergences de points de vue politiques et les tensions entre les cadres dirigeants du parti conduisent Mamadou Koulibaly à suivre son propre chemin en créant le parti : Liberté et Démocratie pour la République (LIDER), parti fondé le 14 juillet 2011.

Ainsi, il a été au cœur du pouvoir de 2000 à 2011, au cours des périodes les plus sombres du pays. Sauf à démontrer une contestation active de la politique suivie et les conséquences qu’il en a tirées, il est loin d’être un acteur politique qui ait été éloigné du chaos généralisé de ces dernières années. Car, quand on a exercé tant de responsabilités éminentes pendant si longtemps au cours de cette période, on ne peut pas ne pas avoir été au cœur du pouvoir de Gbagbo Laurent, ni n’avoir eu aucune contribution au drame ivoirien, qu’elle soit active ou passive. C’est pourquoi, tout ce qu’on peut lui reconnaître, c’est d’avoir décidé de changer de voie en 2011, certes tardivement diront certains ivoiriens, après le point culminant de la longue crise par rapport à celle du FPI. Néanmoins, l’argument selon lequel on ignore son choix ou ce qui se serait passé si Laurent Gbagbo pouvait et avait gagné la guerre en 2011 ne peut être supérieur aux faits réels analysés. Sa singularité a été de tenter désormais de convaincre les ivoiriens par ses idées. Le mérite de ces dernières doit être reconnu d’exister, dans un paysage politique ivoirien dans lequel il est globalement question de tel ou tel dirigeant et non des ivoiriens et surtout de la voie pour sortir du drame et poursuivre enfin l’économie collective de réduction des difficultés communes de vivre. D’autant que ce qui compte, ce ne sont pas les morts, ni le passé, mais l’existence de ceux qui restent, le présent qu’il faut changer néanmoins avec ceux qui sont responsables du passé. Cela, il n’est pas nécessaire d’être un sympathisant de son parti, ni de partager toutes ses idées pour faire ce constat.

On peut faire le même exercice avec Pascal Affi N’Guessan. Membre FPI et au titre de ce parti, il a été ministre de l’économie, de l’industrie et des Finances du gouvernement de transition militaire. Arrêtons son CV à son rôle le plus éminent, celui de Premier ministre de Côte d’Ivoire. C’est à cette haute place qu’il a conduit la politique du pays, sous la présidence et l’autorité de Laurent Gbagbo de 2000 à 2003, qui mènera au second coup d’État jusqu’aux accords de sortie de la partition du pays à la suite du coup d’État avorté de 2002. Comme Koulibaly, il est l’un des principaux acteurs du drame. Président du Front populaire ivoirien (FPI) par intérim, le 3 avril 2015, la justice ivoirienne le confirmera dans sa fonction de président du FPI-légal, non sans lui léguer par le fait du droit, l’héritage politique d’un homme. L’histoire retiendra qu’il a contribué avec d’autres, à la dispute à propos du profit politique à tirer du sort de leur mentor emprisonné. Dans ces conditions, où son plus grand combat politique consiste à combattre ses propres amis d’hier, comment peut-il être utile à tous les ivoiriens en menant des combats d’idées visant leur progrès collectif ?

Ainsi, quel que soit le responsable politique de premier plan considéré, parvenu à une position qui le rapproche de la détention du pouvoir, il est difficile d’en trouver un seul qui ait été éloigné du chaos dont les ivoiriens peinent encore à s’en remettre. Les faits peuvent même parfois amener des ivoiriens à indexer des leaders politiques qui ont été loin d’avoir servi tous les ivoiriens et en tous cas de les avoir servi convenablement, comme étant le problème de la Côte d’Ivoire. Ils peuvent même conduire à espérer, que par une raison non déterminée, ils ne soient plus en situation d’interférer dans une histoire politique ivoirienne dont ils peuvent avoir toutes les raisons du monde de les en rendre seuls responsables. Procédant ainsi, ils espèrent qu’ils emporteraient avec eux le problème de la Côte d’Ivoire en devenant inactifs. Erreur et mirage, pourrait-on rétorquer. Car, un problème ne se constitue guère en les hommes-acteurs, ni en leurs productions-réponses à ce qu’ils pensent résoudre en agissant ainsi, même quand leurs productions sont toxiques.

C’est pourquoi, il faut l’affirmer ici : ni Alassane Ouattara, ni Konan Bédié, ni Laurent Gbagbo, ni Guillaune Soro, ni quelque autre ivoirien ne constitue la difficulté à laquelle les ivoiriens doivent collectivement faire face. Certes, en raison de leur position historique, des choix qu’ils ont faits ou pas et de leurs actes, il y a sans aucun doute de justes raisons de vouloir leur faire endosser la plus grande part de la responsabilité collective, à laquelle aucun ivoirien n’échappe. En effet, chaque ivoirien est responsable de vouloir faire de son problème le problème de tous, des réponses particulières à son problème particulier tel qu’il se le pose, les réponses générales au problème commun non défini ensemble. Les problèmes particuliers ainsi définis et les réponses particulières mises en œuvre pour les traiter, n’ont pour effet non seulement que d’alimenter le problème commun mais également de le masquer. Tel ivoirien tente de résoudre son problème particulier à travers telle réponse particulière de sa part. C’est dans l’ordre des choses quand chaque ivoirien choisit telle option et agit de telle manière, en référence au problème tel qu’il se pose à lui. De son côté, tel leader politique pense en toute sincérité résoudre le problème commun de la Côte d’Ivoire. Si, à travers ses réponses particulières cependant, il traite le problème particulier qu’il a identifié et qu’il vêtit en habits communs, alors il n’est pas plus ni moins qu’un ivoirien ordinaire. C’est bien là la première difficulté : être un ivoirien ordinaire ou un ivoirien responsable politique. Si le premier peut définir seul son problème, le second ne peut le faire seul, s’agissant du problème commun de tous les ivoiriens, ni même avec ses seuls supporters, au risque de convertir son/leur problème identifié en problème commun. Quand tel est le cas, la violence ne peut qu’accompagner l’existence d’une telle communauté sociale et politique nationale, ainsi que chacun de ses membres.

Sens et non sens de l’argument fondant l’engagement, le choix et le soutien des ivoiriens. 

Les ivoiriens attendent impatiemment les élections de 2020. Certains d’entre eux espèrent le statu quo, quand d’autres aspirent au changement. Ils se disputent déjà à propos de la meilleure qualité des candidats qu’ils soutiennent. On se demande quelle importance peuvent avoir les qualités à propos desquelles ils se disputent et à quoi elles serviront. En effet, que valent, d’une part, des qualités mal fondées, contestées et non reconnues. D’autre part, que valent-elles  quand, des élections présidentielles, comme une compétition, n’offrent pas toujours à choisir entre des meilleurs, les candidats ayant les meilleures qualités ? Compte tenue de ce qui précède, il semble que les ivoiriens n’ont pas d’autres alternatives qu’une compétition qui opposera des candidats qui ne sont pas les meilleurs possibles.

Des élections présidentielles, comme une compétition, n’offrent pas toujours à choisir entre des meilleurs.

Des élections présidentielles, ce sont des compétitions dans lesquelles ne sont pas nécessairement engagés les candidats que les ivoiriens désireraient et pour faire court, des hommes providentiels que des ivoiriens pourraient à tort espérer. Comme telles, elles aboutissent nécessairement à un vainqueur ; celui qu’une majorité d’ivoiriens aura choisi par la combinaison de leurs préférences. Ce peut être le moins apte à résoudre leurs innombrables difficultés. Il peut aussi être celui bénéficiant d’un à priori favorable. Même si leur choix est légitime de droit, il se peut cependant qu’il se retourne contre leurs intérêts communs les plus existentiels. C’est pourquoi, c’est à cela qu’ils doivent réfléchir dès à présent. Beaucoup de matières peuvent d’ores et déjà alimenter leurs réflexions, au delà même des programmes de gouvernement qu’ils espèrent que les candidats leur exposeront et en débattront. Par exemple, quasiment trois décennies de félonies leur ont permis d’approcher plus que jamais la personnalité des éventuels candidats qui se présenteront. Lequel présente-t-il plus d’aptitudes à ne pas aggraver la fracture béante entre communautés ivoiriennes qu’aucun gouvernant n’a su colmater jusqu’à présent et à manifester plus de volonté et de détermination à la réduire ? Ce dernier peut-il être de ceux des ivoiriens qui se sont fait la guerre ou de ceux qui on développé ou contribué aux situations d’injustice qui ont démembré le pays ?

Par ailleurs, les ivoiriens ont vécu l’expérience de gouvernance des trois principaux partis politiques. On nous rétorquera à l’avance que ces trente dernières années, tous n’ont pu gouverner sereinement. Le principal acteur qui a rendu ces gouvernances impossibles se gargarise d’avoir réussi là où ses prédécesseurs ont été incapables de maîtriser son désir. Certes. Au congrès du RHDP_unifié du 26 janvier 2019, ne déclare-t-il pas et je cite : “Depuis la mort d’Houphouët, le pays pas eu de tranquillité jusqu’à ce que je vienne au pouvoir en 2011″.” (2) Il a sans doute quelques raisons de fanfaronner. Car, quand on est parvenu à vaincre tous ses adversaires politiques, par la violence il faut le préciser, à faire d’eux des alliés de circonstance pour mieux les assommer, que l’on est parvenu à leur faire accepter une gouvernance tranquille alors qu’on a pourri la leur ainsi que l’existence des ivoiriens, il y a de quoi démontrer la manifestation de la vanité. Hisser son œuvre politique au niveau de celle de Félix Houphouët-Boigny relève d’une forme de cécité intellectuelle. Laissons les ivoiriens apprécier : ils ont le choix entre une existence violente et lui confier le pouvoir jusqu’à ce le croque-mort l’emporte en échange d’une existence tranquille. Cependant et même s’il confond la paix armée et la cohésion d’un peuple, cela constitue-t-il un argument que d’évoquer l’incapacité de gouvernants à ne pas pouvoir dissiper, autrement que par la violence, les situations de crise dans lesquelles leurs mandats sont intervenus ? Quand à la grande alliance politique qui a gouverné le pays cette dernière décennie (le RHDP), plutôt dans le calme temporaire des cœurs et des armes, a-t-elle fait démonstration d’une grande volonté et d’une sérieuse détermination à rassembler les ivoiriens regroupés autour de leurs îlots communautaires ?

Quand on observe le désordre et le recul partout de la règle générale et enfin les engagements financiers somptuaires dans des projets à faible utilité et bénéfice pour les ivoiriens, on ne peut pas raisonnablement souhaiter la continuité de telles œuvres politiques. Quand de surcroît, on en vient à se rendre compte qu’une telle alliance ne servait finalement que l’intérêt des partis engagés jusqu’à leur désaccord récent qui l’a faite exploser, on ne peut qu’avoir des doutes sur quelques nouvelles alliances dont ont manquerait d’exposer la raison d’être au ivoiriens. Le RHDP devait réaliser le progrès (politique, économique et social) et servir la paix. Les ivoiriens ne sont pas dupes ; en huit années, ils n’ont eu ni l’un, ni l’autre puisqu’ils sont revenus au plan politique à la situation de 1993, à la nuance près de l’ère des alliances visant l’hégémonie et la gouvernance durable et sans partage du pays et si possible, sans alternances politiques. Ainsi, quand on n’a pas à choisir entre des meilleurs ou ceux qui ont démontré leur utilité collective, sur lesquels porter sa confiance, qu’est-ce qui doit déterminer les choix des ivoiriens ?

Non sens de l’argument qui détermine les choix des ivoiriens

Approcher la vérité ne consiste pas à qualifier en opposant ce que l’on disqualifie ; ce n’est pas affirmer la vérité. Car, est-ce dire la vérité que de justifier l’injustifiable en opposant un autre injustifiable ? Dans leurs oppositions au sujet de la meilleure qualité et de la légitimité du candidat qu’ils supportent, les ivoiriens tentent régulièrement de justifier leurs préférences des personnalités politiques qu’ils ont choisies de soutenir. Un procédé revient régulièrement. Il consiste à affirmer et à démontrer que la personnalité qu’ils supportent est leur meilleur choix de gouvernant pour la Côte d’Ivoire. Ils argumentent en opposant le fait que les autres, soutenus par d’autres ivoiriens ne le sont pas. Un peu court non comme démonstration ? Car, l’argument consiste à qualifier la personnalité supportée ou soutenue en opposant le fait qu’ils disqualifient d’autres personnalités concurrentes. Ainsi, observer que telle ou telle personnalité a contribué aux torts causés à la Côte d’Ivoire leur suffit pour faire de leur préférence le gouvernant qu’il faut aux ivoiriens. Un tel procédé est pour le moins spécieux et sans fondement. Car, leur candidat préféré n’a pas plus d’aptitudes à gouverner la Côte d’Ivoire, parce que d’autres en disposeraient moins que lui ou même en disposeraient autant que lui. Par conséquent démontrer ce que leur candidat possède comme qualité, en sur l’une base de l’affirmation de ce que les autres ne possèdent pas, c’est considérer que dès lors que ces derniers sont dépourvue de la qualité recherchée, alors leur candidat le possède. Par quelle raison cela est-il possible ? Le lièvre court-il plus vite parce que la tortue court moins vite ? Un tel raisonnement ne consiste-t-il pas en une mystification de l’esprit ?

C’est la raison pour laquelle le fait que telle ou telle personnalité politique a été actrice, même de premier plan, dans le drame ivoirien ne saurait qualifier telle autre et encore moins davantage que la première. Par ailleurs, tous les ivoiriens n’ont pas exercé de responsabilité au cœur de l’État cours de cette période dramatique. Ils n’ont donc pas pu ordonner des actes au détriment de la Côte d’Ivoire et des ivoiriens. Ils n’ont pas pu les organiser, ni les exécuter. Certes. Mais cela fait-il de tous ivoiriens hors du pouvoir, des personnes qui n’aient pas été actrices du drame, de près ou de loin ? Si les ivoiriens font preuve d’honnêteté envers eux-mêmes – puisqu’ils se doivent la vérité – ils ne peuvent exclure la contribution de chaque ivoirien à ce drame. Tous ont participé, soit à travers leurs postures agressives ou leurs paroles venimeuses, soit à travers leur soutiens apportés aux acteurs en première ligne, soit en applaudissant tels ou tels actes. Même les ivoiriens prétendant être neutres ne confèrent-t-ils pas son sens à leur statut qu’en masquant leurs pensées profondes. Dans ces conditions, existe-t-il véritablement un seul ivoirien qui soit plus légitime qu’un autre pour pointer tel ou tel acteur, fusse-t-il responsable, gouvernant, acteur du drame, quand il a été lui-même acteur, impuissant peut-être à modifier le cours des choses, mais acteur quand même ? Que dire alors de ceux qui, en contestant tel ou tel acte, n’ont pas agi en conséquence, ayant choisi et préféré accompagner ou être simples témoins de leur commission, en considération de leurs intérêts propres ?

Ainsi, cette procédure consistant à démontrer la meilleure qualité et légitimité de la personnalité politique supportée en mystifiant, semble constituer un hors piste collectif. Il vient, en conséquence, que le fondement de l’aptitude de telle ou telle personnalité politique à pouvoir conduire le pays, mieux que telles autres et mieux que cela n’a été fait ces trois dernières décennies, ne peut résider en la simple opposition de leurs actes passés non démonstratifs, de la part des uns comme de celle des autres. Au mépris de la raison, en affirmant leur aptitude à travers l’opposition de l’absence de démonstration de leurs aptitudes passées, cela revient à affirmer par exemple qu’en tant que gouvernants, telles personnalités politiques seront plus utiles à tous que celles qui leur sont opposées parce que ces dernières ont été des gouvernants aussi peu utiles qu’eux ou le seront au regard de leurs actes passés. Est-ce ainsi que le choix des ivoiriens doit être fondé ? C’est de la pure folie collective.

Conclusion : quête de sens des choix des ivoiriens.

Sans doute, importe-t-il aux ivoiriens de rechercher d’autres fondements à l’aptitude de telle ou telle personnalité à mieux les gouverner et à défaut, à leur préférences et choix. De ce point de vue et dans la mesure où ce qui est en jeu est leur avenir et non leur passé, c’est peut-être le lieu pour rechercher les fondements de leurs choix. D’autant que, puisqu’aucune personnalité actuelle n’est qualifiable en raison de ce qu’elle a démontré dans le passé récent, qu’il n’en existe aucune connue qui puisse bénéficier de leur confiance, fondée sur le pari du doute, les ivoiriens ne disposent d’aucun autre choix que d’interroger et d’entendre les candidats s’agissant de leurs intentions, de ce qu’ils compte faire de leur avenir. Cet unique voie suppose qu’ils admettent que les hommes ne sont pas uniquement qu’à travers leurs actes à tel moment de l’existence, mais qu’ils peuvent en produire tels autres à tels autres moments. Ainsi, peut-être leurs projets concernant leurs objectifs prioritaires communs peuvent leur permettre d’identifier des personnalités auxquelles ils peuvent créditer un choix par défaut, mais raisonné, à défaut de pouvoir leur donner leur confiance sur la base de leurs démonstrations passées. Sans doute que des sujets d’appui doivent mener à l’essentiel commun : quel est le candidat qui assurera davantage de cohésion sociale que ne peuvent le faire tous les autres, ainsi que tous les précédents qui ont davantage été préoccupés par la seule détention/conservation du pouvoir, les uns, pour échapper à la justice par rapport à leurs forfaits éventuels passés, les autres pour en profiter ou satisfaire leur égo blessé ou leurs désirs de magnanimité ? Nous évoquerons dans un prochain article quelques sujets qu’ils peuvent considérer comme prioritaires et sur lesquels devrait porter leur interrogation des candidats. Les ivoiriens ne peuvent éviter d’être les arbitres de compétions présidentielles qui mettront aux prises, non pas les meilleurs candidats possibles, mais ceux que l’histoire de ces trois dernières décennies qu’ils ont co-produite leur propose. Et dans la mesure où ils ne peuvent les éviter, il leur reste à mettre de côté le passé de ces candidats qui les condamne au rejet sur la coordonnée confiance de leurs choix pour rechercher un choix, par défaut de confiance, mais néanmoins raisonné principalement.

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(1) A. Hampâté Bâ, cité par B.G. Zanklan d’après : “L’éclatement de la fédération du Mali : En réponse à Me Boubacar Gueye, Hampaté Bâ rectifie et précise ses souvenirs”, L’Arbre à palabres n°18 janvier 2006, Revue Le sens de l’histoire

(2) Alassane Ouattara, cité par Roxanne Ouattara : “congrès du RHDP : Depuis la mort d’Houphouët, le pays n’a pas eu de tranquillité jusqu’à ce que je vienne au pouvoir”, Article du quotidien Ivoire Soir – 26 janvier 2019 https://www.ivoiresoir.net/alassane-ouattara-au-congres-du-rhdp-depuis-la-mort-dhouphouet-le-pays-na-pas-eu-de-tranquillite-jusqua-ce-que-je-vienne-au-pouvoir/

GNG

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