Comment reconnaît-on le problème de l’Afrique ?

Pourquoi ?

La question que nous étudions dans cet espace est celle qui conduit au débat premier de l’Afrique. Ce débat concerne celui de savoir quelle est la question principale de l’Afrique. Car, qu’elle consiste et soit formulée comme une question ou un problème, cette difficulté principale est confusément posée. En effet, lorsqu’on en vient à se demander quel est le problème commun de l’Afrique, on est embarrassé pour trouver la réponse. Cette question est équivalente à celle de savoir quelle est la situation insatisfaisante partagée par les Africains et considérée par eux, collectivement comme leur problème commun, celle dont leurs productions constituent leurs réponses. Car, les réponses que les analystes donnent jusque-là sont loin d’être satisfaisantes ou manquent de rigueur.

Tant qu’on s’en est tenu aux traumatismes du passé, en tant que le problème, on croyait l’avoir cerné. Et, il a été difficile de lui trouver d’autres définitions. La question ne se posait même pas. Au fur et à mesure que le temps passe, les Africains gagnent en autonomie en même temps que ces traumatismes sont peu à peu relégués dans l’histoire avec difficulté cependant. Désormais, leurs productions sont admises comme une partie du problème avant d’être aussitôt, généralement minorées par leur association avec la production des Autres. Cette dernière est globalement présentée comme l’essentiel. Cette évolution n’a conduit qu’à accorder un peu de place aux productions africaines, sans pour autant nous éclairer davantage le problème actuel que ne l’a fait l’indexation du passé. Car, est-ce raisonnable de penser que le passé constitue son problème actuel, que les « Autres » et leurs productions ou les Africains eux-mêmes et leurs productions le constituent ? Qu’est-ce que la réponse à un problème ? Et, quel lien a-t-elle avec une production humaine ? Quant aux acteurs africains, peuvent-ils lui être assimilés alors même qu’ils tentent péniblement et de manière malhabile d’y répondre, en mettant en œuvre leurs solutions ? Depuis fort longtemps, le débat ne donne pas de réponses à ces questions. Or, l’Afrique peine déjà à accepter le débat. Comment pourrait-elle en extraire le moindre intérêt si ses termes manquent de la respecter et de faire appel à son intelligence, malgré le poids de sa peine et son caractère farouche parfois. Nous disons qu’il convient que ses termes fassent sens ; qu’ils soient intelligibles pour elle et fassent appel à sa raison. N’est-ce pas l’absence de clarification de ces questions et le manque de rigueur induite qui potentialisent son problème ou du moins la difficulté pour le cerner ? Car, si au lieu d’évoquer des réponses africaines, mêmes toxiques pour elle-même, on pointe des causes, c’est considérer qu’elle cause sa situation pathogène. Certains franchissent même le pas de l’intentionnalité. Cela peut-il être sensé pour elle que de considérer que son intention est de se faire du mal, telle une schizophrène ? Nous disons non. L’intention les expliquant et les justifiant est à rechercher dans les problèmes tels qu’elle les perçoit et dont ses productions constituent ses réponses. Peut-être même qu’ils sont intériorisés et donc tus. Ainsi, le débat concernant la problématique de situation de l’Afrique souffre de l’absence d’un accord méthodologique ou de sa convenance, à priori. Les termes de problème, de causes, d’obstacles, de freins, de conséquences habituellement employés par les débatteurs manquent parfois de précisions. Ils majorent davantage les difficultés de compréhension de la réalité africaine qu’ils ne l’éclairent. C’est donc une nécessité que l’Afrique et les débatteurs s’accordent sur le terme de problème et autres concepts associés pour un débat productif et utile. C’est la raison pour laquelle, avant de tenter d’explorer la réalité africaine, à la suite d’autres, en quête de son problème commun, il importe de livrer notre compréhension de ce qu’est un problème. Le débat que cette définition introduit et l’accord auquel elle peut aboutir constitue l’accord initial et la condition d’un débat pertinent concernant celui de l’Afrique et ses manifestations.

Qu’est-ce qu’un problème ?

Très souvent dans vie courante et s’agissant d’un problème humain, dès que qu’un pose cette question, celui y répondant commence par nommer un responsable. Un coupable, en quelque sorte. Cette réponse est si commune qu’on l’entend la donner par un enfant, un conjoint, une communauté. C’est le fameux, « le problème, ce sont les Autres ». Par exemple, un enfant accourant en pleurs vers sa mère répondra «c’est tel frère ». Bien entendu, la mère ne comprend rien à ce qu’il veut exprimer comme problème dont les pleurs et larmes sont la conséquence. Ainsi, la définition d’un problème en désignant quelqu’un le rend parfaitement incompréhensible. C’est pourquoi, celui questionnant relance par « les Autres quoi ? », pour demander ce qu’ils ont fait ? Qu’a-t-il fait ton frère ?, rétorquera la mère. C’est en introduisant un fait, une action que l’on approche le problème. Mais, même là encore, il est difficile de comprendre le problème. Car si l’enfant répond « il est parti avec son copain », cela ne suffit toujours pas à expliquer le problème à sa mère, puisqu’elle ne voit rien de problématique dans le fait que l’autre frère soit allé avec son copain. « Et alors ? », relancera-t-elle à nouveau, dans le avec le souci de cerner davantage le problème de son fils. Et, quand ce dernier répondra enfin que l’acte libre de son frère le prive de la possibilité de continuer à jouer avec lui et qu’il se retrouve tout seul sans partenaire de jeu, alors sa mère commencera à comprendre les pleurs. Ainsi, un problème ne réside pas en un coupable, encore moins dans ses actes. Il est dans la situation induite. C’est en cela que dans son sens commun, un problème est défini par une situation présente et préoccupante à laquelle est confronté un individu ou un groupe d’individus. Sa modification présente des niveaux de difficultés. C’est donc une situation vécue, qu’elle le soit objectivement ou ressentie. Un problème s’objective quand une telle situation parvient à la conscience et est analysée puis jugée comme inacceptable par le ou le groupe concerné. Un problème est par conséquent loin d’être une situation neutre et impersonnelle, si bien qu’on entend souvent ceux qui en sont affectés définir le leur par un responsable (l’auteur de la cause prétendue) ou par ses conséquences. Parce que les manifestations perçues, que sont ses causes et conséquences, sont précisément des éléments concrets constitutifs de la situation inacceptable (et de son développement auquel peuvent participer les éléments de résolution). Le problème est du domaine conceptuel et de la sensibilité. Un problème ne consiste donc pas nécessairement en une réalité démontrable par la seule raison ; la sensibilité peut suffire à le définir. C’est en caractérisant ses manifestations perçues que ceux qui les vivent et qui en sont affectés le définissent. Un problème consiste ainsi en un jugement porté sur la perception de ses manifestations. C’est dire combien le problème ne peut être défini sans interroger ses deux notions associées que sont ses causes et ses conséquences. Ainsi, un problème peut être matérialisé par une phrase. Il a un sujet, des causes, un verbe, le problème lui-même et des compléments, ses conséquences. Pour avoir un sens, comme une phrase, il ne peut être décrit qu’en respectant la désignation de chacun de ses termes pour ce qu’ils sont véritablement. Autrement, c’est comment prendre le sujet d’une phrase pour le verbe ou ses compléments pour le groupe sujet ou le groupe verbal. C’est pour cela qu’il convient de préciser ce que sont les causes ou les conséquences d’un problème afin d’éclairer la question recherchée et de ne pas la confondre avec réalités correspondant à ces concepts. Cela étant, il faut remarquer immédiatement que la recherche et analyse des causes et conséquences fait partie de sa résolution. Elle suppose par conséquent la question ou le problème déjà posé : à savoir, sa problématique précisée et comprise. Ainsi, on entrevoit des éléments de développement ultérieur de ce travail, dont le but est précisément de poser et préciser la question centrale africaine.

Que sont les causes d’un problème ?

Pour y répondre, appuyons-nous sur les dictionnaires de langues. Ils s’accordent pour définir une cause comme étant « ce qui produit quelque chose ». C’est la conception généralement admise. Ne dit-on pas qu’il n’y a pas d’effet sans cause ou de fumé sans feu ? Même si cette dernière assertion est dépassée depuis longtemps par la créativité de l’homme. Appliquée au sujet traité, cette définition renvoie à voir « quelque chose » comme consistant en les difficultés actuelles de l’Afrique. La cause apparaît ainsi comme ce qui intervient en tant qu’une force agissant sur les Africains. Elle les affecte en rendant leurs conditions actuelles d’existence difficiles. Ainsi, la cause des difficultés de l’Afrique consiste en ce qui modifie son environnement et ses conditions de vie, perçues alors comme difficiles. L’enjeu est de savoir ce qui les affecte dans le sens perçu. La cause est aussi appréhendée comme la raison d’être de quelque chose. En évoquant la raison, on introduit l’action de l’homme dans l’existence de cette chose. Il s’agit là des causes en tant que productions humaines. Cela étant, si la raison explique telle ou telle action des hommes, la cause véritable de la chose due est représentée précisément par leurs actions. Ainsi, la raison est mère de la cause constituée par une production humaine vis-à-vis de son effet : la transformation de son environnement. On peut par conséquent s’interroger sur le lien existant entre la raison et cette chose, son effet. D’autant qu’entre ce dernier et elle, il y a la force appliquée : celle le produisant concrètement au sens de la conception première de la cause. En ce sens, la raison s’incarne en la force qui, elle l’exprime en modifiant l’état de l’objet sur lequel elle s’applique. La raison motive, justifie et explique l’existence de la cause en tant que force. La raison comme le motif explique la force. Mais pas l’effet de la force. L’explication de l’effet est ailleurs. C’est donc un raccourci de la pensée, s’agissant d’une production humaine, que d’introduire la raison ou le motif, comme la cause d’un effet. Si l’on peut admettre que la raison formule le sens et l’attendu d’une production humaine, la réalité à laquelle elle conduit dépend toujours de cette production, agissant comme force. Encore que cela ne suffit guère à expliquer l’effet. Car, l’objet auquel elle s’applique oppose une force. Un sujet sensible sur lequel agit une production humaine génère en retour ses propres productions, agissant elles-aussi, comme forces. C’est le rapport de ces forces et/ou leur addition ou soustractions aux forces causales qui induit l’effet. Cela achève de confirmer le fait que si la raison, comme la motivation, est l’un des déterminants de l’action humaine, elle ne cause pas directement un effet. Comment le pourrait-elle alors même que la production en laquelle elle s’incarne n’y parvient pas seule si on n’introduit pas la nature de ce à quoi elle s’applique ou les productions du sujet concerné ? Cette nature doit être comprise comme telle, quand il s’agit d’un objet, mais surtout comme force. Concernant une société humaine la force est celle d’une organisation sociale, celles de réponses humaines, celle des hommes et de leur état d’esprit. Un effet résulte donc toujours soit, d’un rapport de forces, de leur addition, de leur soustraction ou de leur multiplication. Il s’en suit aussi que l’effet dépend aussi de leur direction et de leur sens. En cela, l’effet est le résultat de l’interaction entre la cause et l’objet ou sujet auquel elle s’applique. Et l’effet est loin d’être représenté par les seules modifications de l’objet ou du sujet et de sa réalité ; il se matérialise aussi dans les modifications et adaptations de la cause initiale. Par ailleurs, la cause est également présentée comme « l’origine ou la source de quelque chose ». Or, en raison de l’analyse précédente, la motivation ou la raison, est la source de toute production historique. Cette dernière, en tant que force, est le canal par lequel l’homme agit sur son environnement. La production humaine est, de ce point de vue, la cause de la modification directe et amicale ou antagoniste de l’environnement de l’homme ; la raison en est la source. Nous aboutissons au fait que cette dernière n’a de rapport avec l’effet (la modification) qu’en raisonnant. Autant dire en établissant, de façon motivée, l’existence de ce lien. Dès lors, une cause consistant en la raison ou en la motivation peut souffrir de la possibilité d’un biais : celui occasionné par la motivation. Or, la cause doit être un fait et non le résultat d’un raisonnement. Car ce dernier fait appel à des arguments ; eux-mêmes souffrant de leurs motivations, lesquelles présentent le défaut de servir de réponses au problème dont les causes sont recherchées. De plus, loger ses causes en la raison, c’est prendre le risque un problème dans le passé. N’est-ce pas le même risque que celui de loger les causes du problème actuel de l’Afrique dans le passé ? Le problème de l’Afrique peut-il résider dans le résultat d’un raisonnement établissement un lien entre son passé et sa situation concrète actuelle, excluant les acteurs-sujets que sont les Africains et leurs productions de ses effets ? De cela, il résulte que rechercher et définir les causes des difficultés contemporaines de l’Afrique par quelque raison ou motivation peut être entachée par le raisonnement ou la motivation conduisant à les établir. Somme toute, que les causes soient définies par ce qui produit quelque chose ou par les concepts de raison, de motivation, d’origine ou de source, elles renvoient à des faits ou à des réalités actuelles. Ces faits consistent en forces, ne souffrant d’aucun biais d’être le résultat d’un raisonnement. S’agissant du sujet nous préoccupant, ces faits s’appliquent aux africains d’aujourd’hui et à leurs conditions actuelles d’existence. Et la question que cela appelle est de savoir si des rapports passés et ne s’appliquant plus, en tous cas, pas dans leur forme initiale, peuvent occasionner des effets au présent qui puissent leur être attribués. Peuvent-ils expliquer la réalité actuelle des hommes auxquels ils ne s’appliquent plus ? La part traumatique de l’histoire de l’Afrique occupe à cet égard une large place. Trop de place dirions-nous. C’est pourquoi, nous l’examinerons ultérieurement pour son évocation en tant que cause. Pour l’instant, tentons d’examiner la définition de ce que sont les conséquences d’un problème.

Que sont les conséquences d’un problème ? Le rapport causes – réponses

Quels rapports les conséquences ont-elles avec les réponses pour en éliminer les causes ? Avant de tenter de répondre à cette question, examinons sa définition. Selon les dictionnaires, « c’est ce qui est produit nécessairement par quelque chose ; qui est une suite logique ». Ainsi, une cause induit une situation-problème pour celui auquel elle s’applique en produisant des effets, ses conséquences, comme ses suites logiques. Mais, cette définition mérite des précisions, s’agissant en particulier d’un problème humain. Comme nous l’avons précédemment indiqué, une telle définition ignore le sujet ou l’acteur, sans lequel on ne peut évoquer un problème ni ses conséquences. En effet, puisque nous admettons qu’une conséquence est produite nécessairement par quelque chose, nous devons également considérer que ce « quelque chose » en est alors la cause, telle que nous l’avons analysée précédemment. La situation qu’elle induit et vécue par le sujet auquel la cause s’applique est le problème, lorsqu’elle ne l’agrée pas. Cette situation s’objective par ses manifestations que sont ses causes et ses conséquences. C’est à travers elles que la situation est jugée. C’est probablement pour cette raison que certaines écoles de sociologie, définissent un problème social par ces dernières. Ainsi, les conséquences sont loin d’être le second terme logique d’un couple causes-effets, dont l’existence ne doit rien au sujet vivant ces effets. Comme nous l’avons vu également, La logique des effets, si elle existe, ne réside-t-elle pas précisément dans la nature même du rapport causes-sujet ? Par ricocher, n’est-elle pas dans celle du rapport causes-réponses du sujet à leur égard ? Par conséquent, les conséquences sont loin de représenter les images des causes, dans une sorte de symétrie mathématique dans laquelle le sujet ne constituerait que l’axe passif. Aussi, nous devons admettre que les conséquences sont les résultats induits par le rapport entre, d’une part, des causes et, d’autre part, les réponses de leur objet ou sujet. De ce point de vue, l’état des hommes et leurs conditions socio-économiques, sociopolitiques, culturelles sont les résultats de leurs rapports, à travers leurs réponses, aux causes des problèmes de vivre auxquels ils sont confrontés.

Ces considérations amènent également à préciser la définition des conséquences comme suit. Elles existent ou sont absentes, selon que leur déterminant initial (les causes) est neutralisé par des réponses ad hoc ou non. Lorsqu’elles existent, les conséquences, comme les causes d’un problème peuvent être réduites, modifiées, transformées ou renforcées. Un tout autre aspect au sujet des conséquences concerne leur signe. En tant que réalités, elles n’ont pas un, ni de sexe par ailleurs. Mais, elles l’acquièrent par la sensibilité des hommes. Lorsque qu’ils les perçoivent comme insatisfaisantes pour leurs espoirs de vivre, ils leur affectent un signe négatif. Quand elles contribuent à l’équilibre minimum recherché, ils leur confèrent le signe positif. Dans ce cas, ils n’évoquent guère de conséquences. Au contraire, ils affichent fièrement des retombées, terme valorisant leurs réponses. Ce terme est alors la désignation des conséquences, perçues comme positives. Ainsi, on voit bien que les hommes donnent un signe ou un sexe aux conséquences, pour finalement réduire la notion de « conséquences » aux seuls résultats du rapport causes-réponses perçus comme défavorables. Les hommes procèdent ainsi à un véritable arrangement avec leur raison ; lequel est de même nature que celui à travers lequel ils ont tenté d’exclure de l’humanité d’autres hommes pour leur sexe, leur handicap, leur âge, la couleur de leur peau ou encore leur origine ou leur culture. Pourquoi nient-ils à une conséquence, ressentie comme positive, son caractère de conséquence ? Et bien, parce que la retombée (conséquence positive) recentre le sujet au cœur de la dynamique du problème humain existentiel. Elle le valorise. Pour ce que sa contribution au résultat a produit d’agréable et de satisfaisant. Mais, cela relève d’une vision restreinte de l’existence. C’est une forme d’existentialiste, mais bornée. Quant à la conséquence, sans épithète ni qualificatif (donc effet défavorable), elle, est essentiellement associée à la cause. Une telle définition exclut le sujet de toute contribution à son état. Dans une sorte de vision spinoziste, dans laquelle sa réalité ne serait que déterminée (par la seule cause et pardi !). Une telle vision amène souvent les hommes à rechercher des causes de conséquences actuelles, hors d’eux-mêmes. C’est ce que l’Afrique fait parfois. En indexant les causes les plus lointaines de ses problèmes anciens ou leurs conséquences et en les transformant en causes actuelles de ses problèmes contemporains. Dans cette vision uniquement déterministe de ses réalités d’hier et actuelles, l’Afrique faible certes hier, mais libre aujourd’hui, est absente. Pourtant actrice elle n’a jamais cessé d’être actrice, même assujettie. En excluant dans une telle vision ses réponses et en abandonnant par la même occasion sa liberté et son pouvoir d’influencer le lien entre causes et effets de son problème, l’Afrique ne se constitue-elle pas esclave d’une telle vision ?. Cette question est suffisamment importante, pour que la place de l’acteur soit également examinée dans cet effort de définition du problème. L’examen de la conséquence du problème du point de vue d’un sujet actif peut nous y aider. Un tel sujet est une réalité à la fois déterminée et existentialiste. Déterminé, dans le sens, par les causes, en tant que forces agissant sur lui ; par tout ce tend à le contraindre. Existentialiste, dans le sens de ce que sa volonté d’être l’amène à tenter de réaliser pour se libérer de ces contraintes. Dans la mesure où, et comme nous l’avons vu, la conséquence résulte consiste d’un rapport entre des causes et ses réponses, alors ces dernières fondent la responsabilité du sujet-acteur. Cette responsabilité réside dans sa liberté et les moyens qu’il engage pour la résolution du problème auquel il est confronté. Ainsi, l’effort fait, depuis son identification, son analyse le conduisant à en trouver les causes le déterminant ainsi que ses conséquences, jusqu’au choix des solutions de résolution et leur mise en œuvre, constitue l’autre terme du rapport. Ainsi, si la conséquence d’un problème, c’est ce que la cause produit, ce résultat implique nécessairement les réponses pour tenter de le résoudre. C’est pourquoi, nous devrions considérer que la conséquence d’un problème dépend également de sa résolution : réponses inadaptées ou inefficaces ou encore de la résolution partielle. Parvenu là, nous pouvons faire de nouvelles hypothèses concernant la question de savoir pourquoi la conséquence non désirée, comme résultat d’un tel rapport, est attribuée aux seules causes ? Parce que dans leur désir de dissociation, les hommes fractionnés veulent paraître beaux, grands, forts et dominateurs de l’environnement ; quand leurs réponses contribuent à produire des conséquences favorables. Mais, ils entendent se présenter comme petits, faibles et finalement victimes de l’environnement, quand ces dernières ne réalisent pas leur prétention. L’homme gardant son unité, en étant à la fois déterminé et acteur responsable, ne souscrit guère à la définition de la conséquence ne s’appliquant qu’au seul résultat du rapport perçu comme défavorable. Parce qu’il est solidaire de l’environnement dont il est lui-même une partie. Et, parce qu’une telle perception de la conséquence induit une erreur fondamentale transformant l’acteur en sujet passif : la passion conduisant à n’affecter ce résultat négatif qu’aux seules causes externes, plutôt que la raison de mettre en lumière ses réponses lorsqu’elles sont inadaptées, inefficaces à leur égard. Procéder ainsi, pensent les hommes, c’est prendre le risque de faire passer leurs réponses pour des causes. Cela leur est insupportable. Pourtant, c’est un abus confortable de langage et de perception de la réalité complexe, mais aussi d’arrangement avec leurs passions, que d’attribuer une conséquence aux seules causes, et de surcroît externe, ignorant ainsi l’effet de couple causes-réponses. C’est aussi s’épargner d’interroger leur responsabilité dans les résultats défavorables du rapport entre causes et réponses les affectant ? Ainsi, par exemple le choix d’engager un affrontement ou une guerre n’est nullement la conséquence de quoi que ce soit, comme le prétendent certains analystes et chroniqueurs de la réalité africaine. C’est toujours une réponse à une situation considérée comme inacceptable. Certes, le rapport de la réponse guerrière à une telle situation restant à élucider produit les véritables conséquences connues : la faim, la malnutrition, la santé précaire et mort et nous en passons. Certes, ces situations sont malheureusement et à juste titre inacceptables.  Mais, il importe de se rappeler que le caractère tragique d’une production humaine, comme faire la guerre à titre de réponse, n’en fait jamais pour leurs auteurs, ni la conséquence d’une situation problématique, ni sa cause, ni le problème qu’ils traitent par ce moyen. C’est leur marge de liberté en action. Les conséquences sont donc bien une fonction du rapport des réponses aux causes. Donc, de la nature et de l’efficacité des réponses. Nous parvenons finalement à cette évidence : les conséquences ont à avoir avec les choix des hommes concernés.

Ainsi, en fonction de ces choix, une cause peut aboutir à un problème rapidement avorté, en raison de l’efficience des réponses. Il existe donc des causes à conséquences nulles. La logique du lien des causes aux effets, introduite par la définition des dictionnaires réside alors en ce que des conséquences nulles sont associées qu’à des réponses adaptées et que d’autres maximales et défavorables correspondent à des réponses hors sujet ou inefficientes. Ainsi, confondre la conséquence, en tant que résultat de ce rapport, avec une cause ou avec une production humaine, consistant toujours en une réponse à cette dernière relève d’une forme de déraison. De tout cela, il résulte qu’un problème, comme situation insatisfaisante, est celle précisément induite par des causes initiales, les réponses et les conséquences découlant de leur rapport. En ce sens, un problème est une situation dynamique. Jusqu’ici, on voit bien que la définition d’un problème est loin d’être une évidence. Car, les situations telles que vécues et les mots pour les décrire peuvent avoir des sens différents selon les sujets concernés. Cela ne conduit-il pas les hommes à privatiser même une situation insatisfaisante pour tous, selon leur perception jusqu’à adopter des stratégies de réponses menaçant la résolution d’un problème commun ? Cette question montre qu’un individu peut être en face d’un problème ou se poser une question devant ce qui lui apparaît comme une difficulté. Elle suggère aussi qu’une communauté humaine peut être concernée de la même manière de telle sorte que la difficulté et le problème qui la traduit sont partagés ou communs. Le problème a donc des caractéristiques.

Au delà des causes, des réponses et des conséquences d’un problème

Il existe des problèmes individuels ou de couples, de familles ainsi que de collectivités ou de communautés humaines, de la plus petite à toute la communauté humaine. Selon qu’une situation parvient à la conscience et est ressentie comme telle par un ou deux individus, un groupe humain, une nation, un continent, tous les hommes, elle constitue un problème individuel ou partagé, dans le sens identique pour tous. Pour autant, le partage d’une même et telle situation n’en fait pas une préoccupation commune ou collective. Pour le devenir, deux conditions sont nécessaires. D’abord, si ceux la partageant le reconnaissent ensemble comme un problème commun. Ensuite, s’ils choisissent et acceptent de fédérer leur énergie pour y répondre ensemble au bénéfice de chacun et de tous. Ainsi, la finalité de la politique – la vraie – est de tenter d’amener une communauté humaine à réaliser ces deux conditions. Dans ce cadre, les solutions et des moyens communs mis en œuvre sont concertés. De cela, il ressort qu’un problème commun n’est pas nécessairement celui ressenti par une même communauté humaine. Il le devient par le libre choix, donc raisonnable, de ses membres d’en faire leur enjeu commun. Si une telle communauté ne procède pas ainsi, alors, le problème est partagé dans ses manifestations, mais non s’agissant des voies de sa résolution, privatisées quant à elles, dès lors que la situation indésirable leur apparaît privée. Le réchauffement climatique est l’exemple du problème commun le plus simple pour tous, mais restant à mettre en commun. Depuis des pionniers comme René Dumont, les hommes ont fait du chemin. Si la mise en commun du problème commun a connu un réel progrès, personne contestera que globalement les États ne sont pas parvenus à une stratégie et à des solutions concertées ; chacun pensant pouvoir y échapper retranchée derrière ses réponses privées et ses moyens. Ainsi, un problème partagé et non mis en commun se reconnaît quand chacun ou chaque partie de cette communauté tente d’y échapper séparément. Mais, c’est la voie de l’égoïsme sur fond de méfiance face à un problème commun. C’est également la voie certaine qu’aucune de ses parties n’y échappe de manière durable. C’est pourquoi, l’identification et la caractérisation d’une situation insatisfaisante constituent, de fait, la première réponse sa résolution. Comme nous l’avons indiqué précédemment, un problème étant l’étape d’une situation dynamique insatisfaisante, sa résolution consiste à la stopper ou la ralentir. C’est ainsi qu’on peut se rendre compte qu’une situation insatisfaisante mue en problème au sens où ses manifestations affectent durablement ceux qui y sont exposés. Une situation insatisfaisante mue en problème à résoudre quand que la situation initiale n’est pas traitée pour parvenir à la situation satisfaisante. Ainsi, un problème implique pour ceux le définissant et qui y sont exposés, de réduire ou d’éliminer la différence entre la situation jugée inacceptable et celle requise, souhaitée ou acceptable pour eux. Ce passage constitue la résolution ou la réduction du problème ; tel le passage d’un élément chimique, de sa forme instable (oxydée) à sa forme stabilisée (réduite). Le problème constitue sous cet angle, l’élément déclencheur d’un processus de recherches, de questionnements et d’interrogations susceptibles de les conduire à l’identification et à la caractérisation de ses de ses conséquences et de ses causes. En faisant preuve de raison, d’imagination et d’audace, des solutions peuvent alors être identifiées. Des plans d’actions, s’appuyant sur les solutions et les hommes pour les mettre en œuvre, sur la base d’une stratégie permettent alors de le traiter. La résolution du problème est le processus qui va de son identification à sa maîtrise ou à son atténuation sous sa forme supportable et acceptable. Pour une société humaine, cet aboutissement ramène alors le problème à sa forme consubstantielle à l’existence qu’est l’adversité ; l’adversité étant la forme prise par un problème lorsque le sujet-acteur a gagné en autonomie à son égard. D’où l’interrogation suivante : qu’est-ce que l’adversité ?

Sans jouer au philosophe que je ne suis pas, l’’adversité, ce sont toutes les contraintes internes et externes au sujet, telle une collectivité humaine. Elles font de sa liberté, non pas une illusion, mais une conquête concrète et permanente. Elles donnent son sens à la liberté. Alors qu’est-ce que la liberté ? Elle consiste pour une telle société à être responsable d’elle-même ; donc de sa réalité. Il y a un lien entre la notion de problème, d’adversité et de liberté. Un problème est la forme que prend l’adversité quand elle n’est pas maîtrisée ou contenue ; c’est quand le sujet vit la situation comme celle de non-liberté. C’est aussi la situation dans laquelle l’impression de liberté s’envisage comme une illusion. De ce point de vue, un problème humain a toujours à avoir avec la liberté. Comme elle, il invite à la raison pour le ramener à sa forme d’adversité, donc contenue. Car, une situation acceptable est pure illusion si elle est envisagée comme celle du règne des désirs, des émotions et des passions ; c’est vivre dans une condition permanente d’esclave de ses passions ; donc souffrant. D’où l’interrogation suivante : comment une société humaine résout-elle les problèmes auxquels elle est sans cesse confrontée pour vivre dans une certaine autonomie, qu’elle juge acceptable ? Comment contient-elle l’adversité ? C’est en mettant en commun les problèmes et en recherchant des réponses concertées qu’elle y parvient ; qu’elle gagne en autonomie. La condition de cette évolution repose sur son affranchissement de ses désirs égoïstes et de ses passions dont la satisfaction lui est plus pathogène que l’adversité non contenue : les problèmes. Ainsi, lorsqu’un problème social est résolu, les réponses efficaces, basculent dans le champ de la culture de la communauté humaine concernée. Mais, une situation pour laquelle l’application de règles, par exemple de culture ou de connaissances ou de solutions connues suffit à la rendre acceptable cesse de constituer un problème actif ; il devient un problème conjugué. De ce point de vue, et à titre d’exemple, tant que la population d’un village au cœur de l’Afrique respecte la tradition du chef héréditaire, le problème traité par cette organisation n’en est plus un ou est du moins contenu. Il peut le redevenir si une telle population refusait de continuer à observer la règle traditionnelle. De nouvelles solutions devraient donc être concertées. Ainsi, un problème consiste en un enjeu pour passer d’une situation insatisfaisante à une autre souhaitée, car acceptable. Mais, la difficulté de vivre n’est pas un problème définitivement résolu puisque c’est la condition même de la vie. Aussi, du point de vue de l’existence, un problème est la forme circonscrite dans le dans le temps qu’elle prend, lequel temps s’écoule jusqu’à ce qu’une réponse appropriée lui soit appliquée. Et la réponse à un problème humain n’est pas celle d’une équation mathématique. Elle est entachée d’une part de subjectivité. Et la perception même du problème l’est également. La subjectivité est une raison suffisante expliquant qu’un problème humain soit difficile à résoudre et que sa résolution ne soit pas définitive. Pour cette même raison, les réponses peuvent parfois être pires que le problème initial traité. Tels les effets secondaires de médicaments contre une pathologie, ces réponses aggravent la situation telle qu’on fini souvent par en faire le problème en oubliant le problème initial. C’est cette situation précise qui amène parfois à prendre les réponses pour des causes ou le problème, en raison de leurs effets secondaires toxiques. Telle peut être le cas de la guerre civile inter communautaire, en tant que solution d’un différend, aux conséquences redoutables. Elle fait oublier le différend qui explique qu’elle soit une réponse pour devenir elle-même le problème aux yeux des hommes. Ainsi, en raison de l’évolution de la perception des hommes, une chaîne de causes menant à des problèmes et des effets se met en place continuellement. Telle cause initiale produit telles conséquences dans son rapport avec telles réponses. Toutes les trois caractérisent le problème initial. Finalement, les effets des réponses pour traiter les causes et les conséquences peuvent dériver, en de conséquences nouvelles dans la perception des hommes. Quant aux réponses, elles sont transformées en causes, si bien que leur association avec leurs effets donne une nouvelle définition du problème. Sans que le problème initial ait été résolu. Pire encore, ces causes et conséquences nouvelles masquent totalement le problème leur ayant donné naissance. Ainsi, les difficultés à résoudre un véritable problème peuvent naître de la liberté des hommes, déviant et orientant, en l’absence de raison, leurs solutions vers ce qui leur apparaît comme des causes ou ce qu’ils perçoivent comme des problèmes. Mais, leurs solutions peuvent causer des situations qu’ils vivent comme problématiques et occupant néanmoins leurs esprits. Leurs solutions laissent cependant proliférer le problème initial ainsi ignoré, oublié, non traité ou masqué. Or, chaque problème humain est en réalité un problème secondaire au problème initial des hommes ; celui de leurs difficultés à exister selon leurs désirs et leurs passions. Il est contemporain de leur avènement. Pour toutes ces raisons, un problème humain est toujours plus complexe que ce qu’on en perçoit. Ainsi, les difficultés à résoudre un problème social renseignent sur son niveau de complexité.

Problème complexe

Les difficultés qu’éprouve l’Afrique en tentant de résoudre la question centrale à laquelle elle fait face autorisent l’hypothèse selon laquelle son problème est complexe. De cela et s’agissant de l’Afrique, l’objet de nos préoccupations, il peut être déduit qu’une partie de l’ensemble des éléments nécessaires à sa réduction échappe à l’Afrique ou qu’elle l’ignore ou la méconnaît. La complexité suggère également que d’autres éléments de ses caractéristiques peuvent être imprécis, partiels ou contradictoires. Le problème de l’Afrique l’est encore par rapport à la représentation que chaque Africain s’en fait. Il peut enfin être rendu complexe par les systèmes de référence des acteurs africains : références historiques, sociales, politiques, économiques, culturelles ou traditionnelles. Cela justifie l’examen des caractéristiques du problème : sont-elles suffisamment connues, complètes pour permettre à l’Afrique de réduire son niveau de complexité ? Les causes en font partie. Les concernant, il convient de se demander si celles évoquées pour l’expliquer sont pertinentes : si elles contribuent à la compréhension de la situation et à sa résolution. Quant aux conséquences du problème, sont-elles ce que chacun croit connaître ? Est-ce les guerres, les drames, les génocides, les coups d’État ou au contraire la faim, la maladie, l’ignorance et finalement la souffrance ? Il convient également de considérer les solutions de l’Afrique au problème. Quelles sont-elles ? Sont-elles adaptées et produisent-elles, dans le cadre de plans d’actions cohérents des résultats satisfaisants ? Sont-ce alors les plans d’actions et les modalités de mise en œuvre des solutions qui potentialisent le problème de l’Afrique ayant pour conséquence principale sa souffrance de vivre ? Cette question conduit à examiner le plan de progrès de l’Afrique. Le plan d’actions déroulé depuis les indépendances est-il cohérent ? Cette interrogation invite à passer en revue les éléments de ce plan : la contribution des acteurs et leurs productions ; les coûts acceptés de chaque solution et leur finalité et ainsi de suite. Parvenu à cette étape, une dernière interrogation s’impose néanmoins pour cerner complètement le problème : les solutions africaines sont-elles évaluées ; les meilleures pratiques et réponses au problème sont-elles encouragées et généralisées ?

L’analyse de la réalité africaine a pour objet de traiter les questions soulevées par ces éléments de définition. Cette analyse est une prétention : être la lampe permettant d’éclairer le problème pour sa compréhension. Ce parcours est un chemin ; celui menant au fait que son problème se renforce du manque d’une démarche méthodique pour sa compréhension et sa réduction. En clarifiant le problème et la réponse de l’Afrique, on éclaircit pourquoi l’Afrique en est-là : souffrante. Il est donc temps de revenir à la question posée initialement : quel est le problème commun de l’Afrique, quelle est la question commune de l’Afrique ? Pour y répondre, le chemin le plus court consiste à examiner d’abord ce qui est généralement présenté comme le problème de l’Afrique. Réside-t-il dans les traumatismes du passé et de manière générale dans les productions des « Autres » ? Au contraire, sont-ce les productions-réponses africaines qui le constituent ? Consiste-t-il précisément en un écart de comportements des africain par rapport aux valeurs de l’Afrique ? Ou, résulte-t-il d’activités de revendications des parties de populations nationales africaines ? Finalement, est-ce la grande difficulté de vivre de l’Afrique ou faut-il le rechercher ailleurs ? Voici les questions que nous examinerons ultérieurement, à la lumière des éléments précédents de définition du problème et des concepts associés.

Mais avant de quelle Afrique s’agit-il ?

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