Au secours, “la nouvelle africaine” ! (2)

Des nouvelles utiles pour le progrès

Dans l’esprit des aïeux en Afrique, le « Djassi » reposait sur la conscience de la réalité duale que le monde constitue. La première réside en ce que c’est l’environnement qui permet la vie. Sa connaissance était nécessaire pour organiser les progrès se traduisant par la réduction de la peine de vivre. Dans leur contexte d’organisation de la société, basée sur l’inégalité, ils percevaient la seconde réalité ainsi : les principaux dangers qui menaçaient chacun et la communauté étaient perçus comme étant principalement extérieurs. Ils supposaient ainsi que le domaine intérieur était par conséquent à priori maîtrisé, à défaut d’être totalement sécurisé, grâce à l’intelligence organisationnelle qu’ils ont développée sur divers plans, social, politique, ainsi de suite. Et, puisque le principe d’inégalité offre les moyens de réduire  les dangers internes, avec davantage de facilité. La communauté constituait donc l’espace et le moyen de la sécurité collective. Ainsi, à travers le « Djassi », la contribution de chaque habitant au progrès et à la protection collective était ainsi attendue et formalisée.

Remarquons au passage, et ce n’est pas là le moins intéressant, qu’à leur époque la communauté était perçue comme limitée. Quant aux dangers qui étaient présents dans leur environnement immédiat, ils leur paraissaient donc à priori évidents et de nature peu diffuse. C’est ce qui a par ailleurs justifié l’efficience des parades qu’ils opposaient et qui apparaissent de nos jours rudimentaires et moyennement élaborées. C’est probablement aussi ce qui peut expliquer la codification et sécularisation du « Djassi » comme pratique d’économie de l’existence. C’est aussi un élément d’explication du rythme lent de progrès évoqué par Joseph Ki-Zerbo que nous aborderons ultérieurement. Il apparaît d’emblée que la perception de l’environnement a fortement impacté le rythme d’évolution de la société africaine. Ainsi, la connaissance du « voyageur », transmise par la cérémonie instituée, permettait à toute la famille, à tout le clan, à tout le royaume de connaître et comprendre son environnement proche et éloigné. Se faisant, le « Djassi » permettait de faire œuvre de créativité collective. Le progrès qui en était issu conduisait à anticiper les dangers qui menaçaient et à les maîtriser. La connaissance partagée du  voyageur contribuait à l’adaptation à l’environnement. Les moyens de subsistance, de protection de la communauté et d’adaptation à l’environnement, à la fois nourricier et hostile, pouvaient ainsi être améliorés, grâce aux « nouvelles » des « voyageurs ». Le progrès reposait en partie sur eux, apparaissant de ce fait comme des colporteurs de possibilités de progrès et d’équilibre. La cérémonie du « le Djassi », telle que décrite, est un legs de l’Afrique de naguère. Même si elle est variée dans son approche selon la partie concernée, elle est à la fois une production et une valeur partagée par une grande partie de l’Afrique. C’est pourquoi, cela présente beaucoup d’intérêt de s’interroger sur sa signification et sur ce que les africains en ont fait.

On peut faire des hypothèses, qui d’une certaine manière, représentent le sens à donner à cette constante de la société africaine. Qui sait, si ce n’est en fin de compte l’un des leviers pour surmonter certains obstacles actuels entravant la marche de l’Afrique. La cérémonie du « Djassi » est un rituel de salut et de partage d’information, donc de savoirs. Et comme le salut, c’est un outil d’économie de l’existence. C’est une production marquée du seau de l’Homme, dans sa volonté de réduire sa peine de vivre et donc d’équilibre dans son environnement. Ceux qui nous ont précédés nous ont enseignés que la parole, comme l’écriture, qui objectivent la pensée et la sensibilité peuvent changer la vision du monde. Toutes les deux peuvent engager les hommes sur les voies les plus fécondes pour se réaliser. Et, tout ce que les hommes produisent a un sens ou une signification, en rapport avec l’économie humaine d’être et d’exister.

Bref ! Voici ma part d’égarement, d’ignorance, d’audace et d’espérance, s’agissant de ce que « Djassi » évoque en mon esprit. J’en ai également tiré des interprétations et des possibilités d’amélioration des productions du présent. Je ne prends pas beaucoup de risques. Et tant bien même ce serait le cas, j’assume mon audace. Il n’y a aucun tort à tenter de rechercher le sens des choses ou des principes en elles. Il n’y en a pas non plus à chercher à comprendre une certaine vision du monde par les hommes, d’autant que cela peut éclairer le chemin de la marche pour exister. Et, dès lors que cette expression ne tente pas d’y contraindre les autres hommes. Car, il semble bien que le « Djassi » livré par chaque « voyageur » fait sens en économie de l’existence des hommes. Dès lors, on peut se rendre compte de l’intérêt des africains de se saisir de leur rôle de voyageurs et dépositaires de “nouvelles”, tant bien même personne ne leur demande des nouvelles, comme naguère. Si « le voyageur » à cette période a une grande importance, c’est en raison de la connaissance qu’il pouvait avoir de l’environnement vital. En ce sens,  le «Djassi» peut permettre aux hommes en Afrique de réduire leur peine d’être. Ne serait-ce qu’en partageant la compréhension des difficultés communes que leurs voyages divers leur livrent. On verra ainsi que «la nouvelle » peut servir l’économie de l’existence, en permettant de mieux définir et de clarifier les difficultés à résoudre.

Je développerai ce point au prochain article.

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