AFRIQ_ACTU/La situation du Gabon : Quel est le problème des gabonais ?

Encore une fois, des élections en Afrique s’achèvent par un violent duel fratricide. Les uns pensent que le problème, c’est le fait qu’Ali Bongo soit déclaré vainqueur et que Jean Ping soit lui déclaré vaincu : c’est le fait que Jean Ping n’ait pas le pouvoir et qu’Ali Bongo le conserve. . Les autres pensent que le problème, c’est Jean Ping et le fait qu’il n’accepte pas la défaite qu’on lui attribue : c’est le fait qu’il veuille le pouvoir qu’Ali Bongo détient. Les uns pleurent et râlent quand les autres rient et fanfaronnent.

On tient aussi des acteurs extérieurs pour le problème.

Voilà la situation de tous les gabonais au sujet de laquelle une grande partie des gabonais et des africains sont agressifs les uns vis-à-vis des autres. Tout cela crée une situation de violence et incertaine.

Et, c’est partant d’elle que le débat s’engage.

Si, des gabonais et des africains fractionnés, qui se solidarisent à eux, pensent que Jean Ping ou Ali Bongo est le problème et le fait que le premier soit déclaré vaincu ou que que le second le soit mais aussi comme vainqueur, alors les gabonais et leurs soutiens doivent parvenir à la conclusion que le problème qu’ils identifient ainsi est un problème privé. Car et à ce titre, il ne peut, ni être mis en commun par les gabonais, ni être traité ensemble par eux. Sa solution, toute aussi privée, sera celle que les uns ou les autres auront su imposer à tous, à un problème commun que finalement les uns et les autres ont privatisé.

Alors, quand on parvient à ce point, une seule question s’impose : quel est le problème commun (le véritable) néanmoins et malheureusement privatisé par les uns et les autres et dont la victoire de l’un ou de l’autre constitue la solution ? Car, finalement, les gabonais ne se battent pas pour définir ce problème commun, mais ils se battent pour que s’impose leur solution, à un problème commun qu’ils n’ont pas défini ensemble, mais qu’ils ont privatisé. Voici le véritable enjeu de tous les gabonais s’ils sont rassemblés.

Il suppose la conscience de se vivre les uns et les autres comme membres d’une communauté unique d’économie collective du progrès. Le problème commun ne peut être défini que par et dans le cadre d’un espace social mis en commun par eux. Dès lors que des gabonais vivent, certes les uns à côté des autres et partagent un même espace social, cependant non mis en commun,  alors le problème commun ne peut être que privatisé et traité comme tel. La réponse qu’ils lui apportent ne peut qu’être sociopathique, à savoir les éloigner de la possibilité même d’un espace social “commun” ; je ne dis pas “partagé”.

Or, un espace social commun est le résultat de leur volonté commune exprimée. Le Gabon, comme tous les pays africains est un espace social, reconnu par la force de l’histoire des hommes. Comme tel, il est constitué par des gens désignés par gabonais par la force de cette même histoire. Il sera un espace social commun par les gabonais eux-mêmes. A condition de réfléchir à ce que nous entendons (au sens des africains) par respecter, la liberté, l’égalité, exister, la solidarité, la communauté nationale, un homme, une société humaine, etc…

Enfin, à tous les africains, qui semblent se constituer esclaves des “Autres” en toutes circonstances, et qui ne sont jamais acteurs mais victimes définitives et exclusives de l’histoire, qui n’ont aucune responsabilité, parce que convaincus d’être sous l’autorité et la responsabilité d’un maître, je rappelle cette parole de sagesse africaine “C’est quand le mur est fissuré que ce qu’on pense être la blatte pénètre dans la maison et y élit domicile”. Et, même la blatte a le droit de vivre, de pondre des œufs et d’assurer la continuité de son espèce, de sa descendance. Alors, soyons des acteurs responsables, parce que le sage dit aussi “Même quand il n’y a plus de piment dans le pot, il reste toujours trace de sa présence, avant que le pot ne se remplisse à nouveau”. Passez donc votre doigt dans un pot vide de piment et frottez vos yeux, vous en serez convaincus.

L’Afrique a toujours conservé une part incompressible de liberté, même aux périodes historiques les plus difficiles. Alors qu’on arrête de nous en prendre aux “Autres”. N’est-ce pas ce que Mandela a démontré : Un homme enfermé pendant plus d’un demi-siècle qui parvient cependant, et dans sa condition, à user des miettes de liberté (“sa liberté de penser”), pour faire de l’Afrique du Sud, ce dont nous sommes fiers aujourd’hui. Les africains sont-ils  dans sa position aujourd’hui ? Que nous soyons gabonais, ivoiriens ou autres, nous nous ressemblons sur ces divers points.

Évidemment, nous ne réfléchirons pas tous. Le sage dit “un seul homme peut tuer l’éléphant, mais tout le monde en mange”. Évidemment, il n’est pas question de tuer un éléphant aujourd’hui. Certains d’entre nous continueront d’agir, LA PASSION, aux commandes de leurs actes, parce qu’ils n’en seront pas libérés. Mais, ce n’est pas une raison pour considérer qu’ils ne méritent pas d’être membres de l’espace social commun et de les en exclure, d’être violents à leur égard. Parce que “Quand des gens pensent que celui qui se déculotte en public est un fou, la meilleure chose à faire par eux se considérant sains d’esprit est de ne pas l’imiter, pour justifier leur différence”. Autrement, il n’y ni fous, ni sains d’esprit.

Ainsi, le Gabon, comme la Côte d’Ivoire et plusieurs autres pays africains, nous invite simplement à réfléchir et non à exprimer nos passions se retournant contre nous-mêmes. Et, on ne peut pas faire autrement que de suivre la voie dans laquelle au milieu du chaos, de la violence et de la souffrance, certains tentent de raisonner l’insupportable, comme Zadig de Voltaire au milieu de champ de bataille ; même si cette procédure est elle-même insupportable pour ceux qui sont possédés par leurs passions. Et, parce que c’est cela même et selon Aimé Césaire, la juste attitude en face de la souffrance humaine, on peut pardonner la violence de ceux qui ont tout compris, qui savent tous, qui ont la réponse à tout et qui finalement sont tout ! La responsabilité de chacun est de tenter d’être digne de l’homme qu’on reproche trop souvent à d’autres de ne pas être.

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GNG

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